Pologne : des manifestants bloquent le Parlement

Wojtek Radwanski, AFP | Des manifestants de l'opposition, à Varsovie.

Wojtek Radwanski, AFP | Des manifestants de l’opposition, à Varsovie.

La police polonaise a dispersé par la force les manifestants réunis autour du Parlement polonais, dont ils ont un temps bloqué toutes les issues, protestant contre le parti au pouvoir que l’opposition accuse d’avoir violé la constitution.

Plusieurs centaines de manifestants d’opposition ont bloqué vendredi 16 décembre les sorties du Parlement polonais à Varsovie empêchant pendant quelques heures des députés de la majorité, la Première ministre Beata Szydlo et le chef du parti conservateur au pouvoir Jaroslaw Kaczynski de quitter le bâtiment.

Cette situation inédite a suivi une manifestation de quelques milliers de personnes dans la soirée devant le Parlement. « Constitution », « médias libres » et encore « vous ne sortirez pas jusqu’à Noël », scandaient les protestataires agitant des drapeaux nationaux rouge et blanc et soufflant dans des cornes de brume. Ils ont été rejoints par des députés d’opposition libérale venus leur apporter leur soutien.

Répondant à l’appel du mouvement de défense de la démocratie KOD, les participants entendaient protester d’abord contre un nouveau règlement limitant l’accès des médias aux députés, et ensuite contre l’adoption du budget de l’Etat pour 2017 dans des conditions inhabituelles. L’opposition accuse le PiS d’avoir violé les dispositions de la constitution polonaise en décidant de déplacer le lieu des débats sur le budget 2017 et empêché la presse d’y assister.

Le président du parti au pouvoir, le Parti du Droit et de laJustice (PiS), Jaroslaw Kaczynski, a finalement pu quitter la Diète après l’intervention des forces de l’ordre qui ont éloigné les protestataires entourant son véhicule. Une partie des manifestants continuaient leur mouvement après, alors que nombre de députés ont décidé de rester à l’intérieur des bâtiments pour la nuit.

Source  AFP et Reuters : 17/12/2016

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Requiem pour un vote blanc

http---o.aolcdn.com-hss-storage-midas-51232c43c95b0c98ac3d503c391efa5d-204584693-0c4b2e9f8cb54375b44a14782989d2f9Par Mathieu Kassovitz

Pour éviter que les choses n’empirent, nous avons la responsabilité de reprendre les commandes de cette magnifique évolution humaine qu’est la démocratie.

Malgré le choc, l’élection de Trump est pour moi la suite logique d’un monde qui n’a cessé de sombrer dans un cauchemar orwellien et kafkaesque depuis cette terrible journée de septembre 2001. Nous sommes témoins depuis 15 ans de la descente aux enfer de nos démocraties au profit d’une démagogie populiste destinée à effrayer puis rassurer le troupeau de moutons apeurés que nous sommes devenus. La propagande a remplacé l’information pour s’assurer que nous ne sortions pas des rails, de peur de ne plus faire partie du troupeau et mis à l’écart. Les remises en questions des fondamentaux de nos démocraties ne sont plus bienvenues, au contraire, l’esprit critique est lourdement sanctionné quand il remet en question un système démocratique qui, on nous le répète à tue-tête, fonctionne à merveille.

Et ils ont raison nos politiciens, vu de leur côté du miroir, la machine fonctionne bien et à plein régime. Leur grosse entreprise ne connaît pas la crise. Pourtant la mondialisation et la technologie ont permis d’unifier le monde dans un modèle économique qui ne profite qu’à très peu de gens et qui s’enfonce petit à petit dans son propre dogme capitaliste. Nous sommes les témoins passifs sur nos réseaux sociaux et autres plateformes de communication de l’injustice du monde, nous l’acceptons comme des moutons vers l’abattoir, résignés et complices, espérant être égorgés après nos voisins pour profiter un peu plus longtemps de nos écrans plats et de nos divertissements en HD, comme avenir inéluctable.

Les politiciens ne sont au contrôle de rien, et ne sont pas plus savants que vous et moi.

Et pourtant. Pourtant nous sommes en démocratie. Le meilleur système de gouvernance mis au point jusqu’à ce jour. Un système basé sur l’humain et sur son sens critique. En France, nous sommes apparemment maîtres de nos destins puisque nous pouvons aller voter pour élire des hommes et femmes qui ont le courage de prendre la responsabilité de nous gouverner, grâce à des idées, des programmes pour trouver des solutions à nos problèmes. C’est du moins comme cela qu’ils nous l’annoncent, campagne politique après campagne politique. Nos dirigeants restent persuadés qu’ils savent, nous n’avons qu’a voter pour eux…

De toute façon nous n’avons pas le choix…

Heureusement, nous sommes de plus en plus conscients, nous peuples du monde, que les politiciens ne sont au contrôle de rien, et qu’ils ne sont pas plus savants que vous et moi, et parfois moins, ce qui rend soudain le choix démocratique plus difficile qu’on ne l’aimerait. Nous votons plus souvent CONTRE, que POUR et cela n’est pas sain pour notre république.

Les politiciens font de la politique comme certains font des baguettes (ou des pains au chocolats à 10 centimes).

Nos politiciens veulent bien faire, ils ont chacun un avis sur la situation et une proposition à faire, certaines sont meilleures que d’autres et leur volonté n’est pas (pour la plupart) à remettre en question. Malgré tout je voudrais livrer le fond de ma pensée en affirmant haut et fort qu’ils sont tous corrompus. Cette phrase populiste et généraliste je l’affirme sans remords, car nous avons les preuves au quotidien, que le système politique dans lequel ils nagent est une eau trouble qui les corrompt petit a petit comme la rouille d’un morceau de metal au fond d’un étang. Les politiciens n’ont pas de vision car ils n’ont pas les mains libres et ne comprennent pas la situation, ils l’exploitent. Ils le savent qu’il n’y a pas de solutions a l’intérieur de leur paradigme, ils en sont complice, ils en vivent, c’est leur métier. Ils font de la politique comme certains font des baguettes (ou des pains au chocolats à 10 centimes). Il faut vendre son pain. Il faut faire croire au miracle pour justifier son existence. Nos politiciens ne savent pas de quoi ils parlent. Et pourtant nous les laissons parler… Car nous leurs avons donné nos voix.

Il est temps de reprendre nos voix. Pour cela nous devons rétablir dans la constitution française le vote dit: blanc.

Un vote sans nom, qui représente une idée, plutôt qu’une personne. Aujourd’hui, pour calmer les foules, le vote blanc est reconnu depuis 2014, mais pas comptabilisé, donc considéré comme nul. Le vote blanc a pourtant fait partie de la constitution dès ses premières réformes pour assurer une démocratie totale, puis retiré ensuite car trop dérangeant pour maintenir une oligarchie politique en circuit fermé, comme c’est le cas aujourd’hui.

Sans le vote blanc nous ne sommes qu’un ersatz de démocratie. Sans le vote blanc, vous n’avez pas le choix complet, celui de participer à la vie démocratique en votant contre L’ENSEMBLE du système politique. Nous devons réécrire les règles qui cadrent la politique nationale. Pour cela il est impératif de passer en 6e République.

Si nous prenons nos responsabilités, de citoyens, cette « utopie » peut devenir réalité.

Le passage de la 5eme a la 6eme république fait partie des options offertes par la constitution française. Pour cela il faut que le peuple ou/et les dirigeants demandent la mise en place d’une CONSTITUANTE, c’est a dire un espace de réflexion sur notre pays, un espace dont nous sommes tous invités à participer. Cette CONSTITUANTE va permettre au pays de prendre de grandes décisions sur son avenir. Durant ces mois de discussions et d’échange nous allons voter. Pas pour des gens, mais pour des idées. Nous allons confronter nos avis sur les sujets les plus importants de notre société, la liberté, la finance, la peine de mort, l’aide sociale, la santé, le travail, et bien sur la politique, parmi les centaines de sujets dont nous allons débattre.

Alors comment officialiser le vote blanc pour la prochaine élection présidentielle ?

La solution vient du peuple. De nous. Et si nous prenons nos responsabilités, de citoyens, cette « utopie » peut devenir réalité. Il suffit d’utiliser les armes démocratiques à notre avantage. Nous devons créer un parti politique populaire dont le seul but est la mise en place d’une constituante.

Pour se présenter aux élections, le candidat d’un parti a besoin de 500 signatures de maires. Ces signatures peuvent être difficiles à obtenir pour des petits candidats qui n’attirent pas l’attention ou au contraire l’attirent trop. Mais je suis certain que si nous décidions ensemble de créer ce parti éphémère apolitique et de présenter un candidat lambda, nous trouverons nos 500 signatures en quelques heures. Il suffit pour cela que dans chaque ville et village de France, un de nous aille demander aux plus des 36.000 maires, s’ils se sentent à l’aise dans cet impitoyable monde politique. Nous aurons nos signatures dans l’heure. Pas besoin d’un budget ou d’un bureau central, nous pouvons tout organiser sur les réseaux sociaux. Avec nos signatures, nous pouvons présenter un candidat « démissionnaire » qui offrira enfin à tous les absentéistes et les déçus (j’en suis) la possibilité de pouvoir exprimer enfin leur voix sans savoir à l’avance que c’est peine perdu.

Rêvons ensemble, juste un instant:

Le parti du VOTE BLANC présente un citoyen lambda comme candidat aux élections présidentielles en 2017, cette personne garantit sous serment qu’elle démissionne de son poste le jour de l’élection. Elle n’est qu’une incarnation (au sens légal du terme) pour permettre au VOTE BLANC d’avoir sa légitimité dans les urnes. Le programme du parti du VOTE BLANC se résume à une liste exhaustive des sujets à traiter par la Constituante qui sera mise en place. La constituante est composée de législateurs et d’avocats qui n’ont d’autre mission que de constater les préoccupations des Français et les mettre en forme pour ensuite permettre aux Français de voter pour affirmer ou infirmer une proposition. Durant cette période de 9 mois, un an, ou 18 mois, nous, Français, nous allons être appelés à voter pour répondre à des dizaines de questions essentielles que nous nous posons à nous même. De ces résultats, la constituante pourra adapter la constitution, pour finalement la faire passer en 6eme. Un peuple a pris son destin en main.

Il est urgent de prendre nos responsabilités, non pas pour créer une révolution, mais justement pour l’éviter.

Fin du rêve, retour à la réalité.

Et la réalité est brutale car rien ne semble indiquer qu’elle s’embellisse dans le futur. Nous pouvons sentir l’orage gronder, et la violence, qu’elle soit révolutionnaire, ou bien d’Etat, semble inéluctable. Pour empêcher le pire il faut changer le monde, rien de moins que ça. Sommes-nous des citoyens assez courageux pour prendre notre avenir en main ? Ou sommes-nous juste des consommateurs obéissants ?

Il est urgent de prendre nos responsabilités, non pas pour créer une révolution, mais justement pour l’éviter.

Le parti du vote blanc n’a pas pour but de prendre la place des politiques, il a pour objectif d’amener les citoyens aux urnes, de leur redonner l’envie de participer à la vie démocratique pour éviter les extrêmes, qu’importe pour qui ils votent, que ce soit pour Sarkozy, Trucmuche, ou le Parti du Vote Blanc, ce n’est pas la question, du moment que les citoyens votent.

49% d’abstention ça donne un fou dangereux à la Maison Blanche. En France nous ne sommes pas loin de ce genre de chiffre… et de ce genre de candidat(e).

Pour éviter que les choses n’empirent, nous avons la responsabilité de reprendre les commandes de cette magnifique évolution humaine qu’est la démocratie, pour lui redonner sa vraie signification.

Pas la peine de chercher très loin d’ailleurs car la démocratie, se résume en trois mots.

Liberté, égalité, fraternité.

Source Blog Mathieu Kassovitz 15/11/2016

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Et si l’on se trompait sur le terrorisme ?

 Photo Saeed Khan © AFP)

Photo Saeed Khan © AFP)

Pour Olivier Roy, auteur du « Djihad et la mort », la filiation première du djihadisme contemporain n’est pas l’islam mais une « radicalité » qui s’apparente surtout au terrorisme européen des années 1970 et 1980.

événement est rare mais il arrive qu’une opinion minoritaire, exprimée avec compétence, probité et clarté, fasse basculer le point de vue jusque-là dominant. Les plus âgés se souviennent encore de ce mythique numéro d' »Apostrophes » du 27 mai 1983. A l’époque, une bonne partie des intellectuels français – Philippe Sollers et Roland Barthes en tête – font encore les yeux doux au maoïsme et à la Révolution culturelle. Laquelle fit plusieurs millions de morts. Ce jour-là, Bernard Pivot reçoit, entre autres, « la » figure du maoïsme à la française : la sociologue Maria Antonietta Macciocchi. En face d’elle, Pivot a placé un jeune chercheur belge, Pierre Ryckmans, qui a publié, douze ans auparavant, sous le pseudonyme de Simon Leys, « les Habits neufs du président Mao », un livre dénigré par les spécialistes de l’époque (un « ramassis de ragots »), notamment les animateurs de la revue « Tel Quel ». Or, en quelques minutes, d’une voix très douce, voilà que le jeune Belge décortique l’ignorance abyssale, et la bêtise, des conjectures pieuses alignées par « la » Macciocchi. L’effet d’anéantissement est immédiat. Non seulement on n’entendra plus jamais parler de la dame, mais plus personne n’osera mythifier la « révolcul » chinoise. Quant à la revue « Tel Quel », elle fera amende honorable.

En lisant le dernier livre d’Olivier Roy, « le Djihad et la mort » (Seuil, 2016), on peut se demander si – toutes proportions gardées – la même mise à jour n’est pas en train de se produire au sujet du terrorisme et de l’islam. C’est bien, cette fois encore, un point de vue dominant (surtout à droite) qui se voit dépiauté et contredit. A peine le livre est-il sorti qu’on a d’ailleurs vu naître des reproches analogues à ceux réservés à Simon Leys voici quelques décennies. Il est vrai que l’auteur ne manque pas d’audaces « incorrectes ». Pour Olivier Roy, il ne s’agit pourtant pas d’exonérer l’islam de sa responsabilité, loin s’en faut, mais à condition de ne pas se tromper. A ses yeux, la filiation première du djihadisme contemporain n’est pas l’islam mais une « radicalité » qui s’apparente surtout au terrorisme européen des années 1970 et 1980 : en Allemagne, la Fraction Armée rouge ; en France, Action directe ; en Italie, les Brigades rouges ; au Japon, le Nihon Sekigun (Armée rouge). Plusieurs centaines de victimes au total. Pour les terroristes d’aujourd’hui, dont la culture musulmane est proche de zéro, le recours à un islam fantasmatique est un « habillement », comme le fut jadis le recours à une vulgate marxiste. Depuis l’effondrement du communisme, du maoïsme et du socialisme arabe, écrit l’auteur, « les nouveaux rebelles en quête d’une cause n’ont plus qu’ Al-Qaida et Daech sur le marché ». Au passage, Roy pointe quelques poncifs produits par notre seule ignorance. On impute par exemple au salafisme les attentats-suicides alors même que les salafistes condamnent sans nuance cette « offense au Tout-Puissant ».

On objectera qu’il suffit malgré tout de compulser les sourates du Coran ou les hadiths du Prophète pour trouver des appels au meurtre et à la guerre. C’est ce que font méticuleusement, chez nous, des pourfendeurs de l’islam comme Michel Onfray, Jacques Julliard, Caroline Fourest ou, de manière plus rustique, Manuel Valls. A cela, l’auteur répond qu’il est toujours vain de « chercher à définir une orthodoxie musulmane dont les djihadistes représenteraient soit la quintessence, soit la perversion. […] C’est la pratique des croyants qui décide. La question n’est pas : “Que dit vraiment le Coran ?”, mais : “Que disent les musulmans sur ce que dit le Coran ?” »

A fouiller les textes saints dans leur « littéralité », on peut trouver des appels au meurtre dans le Premier Testament juif, dans les livres sacrés de l’hindouisme ou les professions de foi des catholiques intégristes. Quant à la défense d’une « laïcité française » qui serait menacée, Olivier Roy, d’origine protestante, en approuve le principe. Hélas, par le biais d’une dénonciation de l’islam, on en est venus à caricaturer ladite laïcité. Selon l’article 1 de la loi de 1905, elle est censée garantir le « libre exercice des cultes ». Or, aujourd’hui, n’importe quel signe religieux, qu’il soit juif, chrétien ou musulman, devrait être expulsé de l’espace public et cantonné à l’espace privé. Autre défaillance du langage : il est absurde de parler d’une religion « modérée ». La foi religieuse est toujours un absolu, c’est sa pratique qui doit être « modérée ». Au final, nos sociétés ne comprennent plus le religieux, voilà le vrai problème pointé par Olivier Roy.

Jean-Claude Guillebaud

Source : Téléobs 7/11/2016

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L’allégement de la dette grecque suspendu après l’annonce de mesures sociales

 Le premier ministre grec Alexis Tsipras, au Parlement, le 10 décembre. Le premier ministre grec Alexis Tsipras, au Parlement, le 10 décembre. ANGELOS TZORTZINIS / AFP

Nouvelle illustration de l’abus de pouvoir de la Troïka qui règne en maître sur tous les pays de l’UE. Le tort de Tsipras (qui tente de regagner de la popularité avec des mesurettes sociales) est d’avoir pris ces décisions sans consulter au préalable les créanciers.

« Il est impératif que les mesures ne soient pas décidées de façon unilatéral… » rappelle le puissant ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble.

Une bonne occasion pour Le commissaire européen à l’économie Pierre Moscovici de nous rappeler qu’il est à gauche et au Monde de le souligner avec insistance…

 

Une bonne occasion pour Le commissaire européen à l’économie Pierre Moscovici de nous rappeler qu’il est à gauche et au Monde de le souligner avec insistance…

Aurait-on trop vite tourné la page de la crise grecque ? Le Mécanisme européen de stabilité (MES, principal détenteur de la dette publique grecque) a décidé, mercredi 14 décembre, de suspendre l’application des mesures d’allégement de la dette hellène, pourtant validées lors d’une réunion des ministres des finances de la zone euro, le 5 décembre.

La raison, selon plusieurs sources bruxelloises ? Le puissant ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, aurait mis son veto à cette décision du MES devant se prendre à l’unanimité. Il réagirait à l’annonce faite par le premier ministre grec, Alexis Tsipras, le 8 décembre, de rétablir pour les plus petites pensions de retraite un 13e versement annuel et de reporter la hausse de la TVA sur les îles de l’est égéen, où s’entassent plus de 16 000 migrants et réfugiés, « tant que dure la crise des réfugiés ».

Son tort est d’avoir pris ces décisions sans consulter au préalable les créanciers. « Il est impératif que les mesures ne soient pas décidées de façon unilatérale ou annulées sans préavis », a déclaré M. Schäuble, mercredi. « Les institutions [les représentants des créanciers] ont conclu que les actions du gouvernement grec semblent ne pas être en ligne avec nos accords », a réagi Michel Reijns, le porte-parole du président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. « Quelques Etats membres le voient aussi de cette façon et [il n’y a] donc pas d’unanimité désormais pour mettre en place les mesures » d’allégement de la dette, ajoute-t-il.

Pierre Moscovici contre cette suspension

Ce contretemps n’est pas du tout du goût du commissaire européen à l’économie, Pierre Moscovici, qui refuse que la Commission endosse la responsabilité du veto. « On ne peut pas dire que cette décision [de suspension] a été prise sur le fondement d’une évaluation de la Commission [sur les mesures décidées par Tsipras], puisque cette évaluation n’est pas achevée, affirme l’ex-ministre des finances du gouvernement Ayrault au Monde. Ceux qui souhaitent la suspension des mesures de court terme doivent endosser leurs responsabilités. »

Pour M. Moscovici, les mesures sur la dette ne doivent pas être remises en cause. Leur principe avait été agréé par les dix-neuf ministres des finances de l’eurozone, fin mai. « Cet accord sur la dette grecque reste robuste, puisque les engagements sur les mesures de court terme reposaient sur la clôture de la première revue du plan d’aide [cette clôture a eu lieu cet automne] », explique le commissaire.

Même si elles n’avaient rien de radical, les mesures sur la dette visent pourtant à alléger de manière substantielle l’énorme fardeau grec (180 % du produit intérieur brut). Il est vrai qu’elles avaient été acceptées du bout des lèvres par M. Schäuble, qui a souvent répété qu’elles n’étaient pas nécessaires.

« Une application des règles sans indulgence »

Depuis que le troisième plan d’assistance financière à la Grèce a été validé (86 milliards d’euros, à l’été 2015), Alexis Tsipras a pourtant fait passer la plupart des nouvelles mesures d’austérité exigées par les créanciers, dont une énième révision à la baisse des retraites grecques, au printemps. Et de nombreuses hausses de TVA.

« De façon pas toujours spontanée mais constante, les Grecs ont respecté le programme d’aide, et les efforts qu’ils ont fournis sont considérables. Alors quand ils remplissent leur part du contrat, les autres doivent aussi remplir la leur », martèle M. Moscovici. « La Commission plaide pour une application des règles sans indulgence, mais qui permette un progrès partagé. On ne peut pas opposer l’allégement de la dette grecque à la justice et la cohésion sociale, que le peuple grec attend », ajoute le socialiste.

La délégation socialiste française au Parlement européen a très vivement réagi à la suspension des mesures sur la dette, mercredi. « Trop c’est trop, nous disons basta à M. Schäuble. Faites preuve d’un minimum de sens politique, et d’humanité, tout simplement, ont-ils fait savoir dans un communiqué. La Grèce renoue avec la croissance depuis deux trimestres, il est légitime qu’un chef de gouvernement redistribue là où il y a urgence sociale. L’Union européenne doit envoyer un signal social positif. Ne laissons pas la Grèce s’épuiser et le peuple grec sans espoir. »

Cette suspension semble avoir renforcé la détermination de M. Tsipras. Mercredi, il a dit qu’il allait proposer ses mesures sociales dès jeudi devant son Parlement. « Nous allons respecter intégralement notre accord avec les créanciers, mais nous allons aussi défendre de toutes nos forces la cohésion sociale », avait-il affirmé le 8 décembre. Les tensions, qui, entre Grecs et créanciers, s’étaient si fortement apaisées ces derniers temps, sont-elles reparties pour durer ?

Cécile Ducourtieux

Source Le Monde 14/12/2016

Voir aussi : Actualité internationale, Rubrique Finance, rubrique UE, Grèce,La logique des créanciers, jusqu’au bout de l’absurde2015 le révélateur grec, Varoufakis déplore l’impuissance de la France en EuropeDu traité constitutionnel à Syriza : l’Europe contre les peuples, Rubrique Economie, rubrique Société, Travail,   rubrique Politique, Politique Economique,

Primaire. Entretien avec Hélène Angel

« On ne parle jamais de l’amour des enseignants alors que sans amour ils ne peuvent pas faire ce métier là. »

« On ne parle jamais de l’amour des enseignants alors que sans amour ils ne peuvent pas faire ce métier là. »

Primaire le dernier film d’Hélène Angel avec Sara Forestier, suit le parcours d’une professeur d’école dévouée à ses élèves qui se confronte au monde scolaire d’aujourd’hui. Rencontre avec la réalisatrice au Cinémas Diagonal à Montpellier.

Quel est le point de départ qui a déclenché chez vous l’envie de tourner ce film  ?

C’est parti d’une émotion assez forte,  celle d’une mère qui voit son fils quitter le CM2 pour entrer en 6ème. Je l’ai vécu personnellement comme un au-revoir à son enfance. Et j’ai réalisé l’importance de l’école dans ce que l’on ressent,  à quel point les étapes  scolaires sont initiatiques et s’inscrivent dans notre sensibilité. On grandi avec ça. Dans le film, Florence, la professeur d’école, est aussi concernée. Elle a du mal à trouver la juste distance. Elle critique ses collègues qui acceptent trop le réel par rapport à l’idée républicaine qu’elle se fait de l’institution, mais elle, ne l’accepte pas assez. C’est une idéaliste, très impliquée, mais moins douée dans sa vie privé.

Avec cette plongée dans l’environnement scolaire souhaitiez-vous évoquer l’école où camper ce terrain pour parler de la société  ?

Le parti pris du huis clos fait suite aux deux ans que j’ai passé à me documenter en me rendant souvent sur le terrain. Lorsqu’on représente l’école,  on représente la société. C’est un lieu d’apprentissage,  pas seulement des savoirs fondamentaux. L’école dit quelque chose de notre époque et de notre société. Mais sur le fond,  même si l’angle s’attache au cadre et au fonctionnement scolaire, c’est à chaque fois l’humanité en jeu dont il est véritablement question.

Concernant le métier de professeur des écoles, on distingue différents niveaux d’implication par rapport aux difficultés de Sacha délaissé par sa mère.

L’école de Jules Ferry ne transmet pas que des savoirs mais aussi des processus relationnels. La transmission de connaissances par l’enseignement ne constitue qu’une part des connaissances qu’acquiert un enfant. Dans mes recherches sur le sujet, j’ai été frappée  du nombre de cas complexes où les parents lâchent l’affaire, et pas que dans les zones prioritaires. J’ai délibérément situé l’action dans une école sans difficulté particulière. Un des intérêts du film était de montrer différentes attitudes d’enseignants en situation.

Vous soulignez l’importance de la dimension affective…

C’est vrai, alors qu’à l’école l’affect reste un mot tabou. On ne parle jamais de l’amour des enseignants alors que sans amour ils ne peuvent pas faire ce métier là. En primaire, les élèves apprennent souvent parce qu’ils aiment leur maîtresse.

Florence est animée par des convictions citoyennes qui se heurtent parfois au cadre…

J’ai souhaité faire le portrait d’une femme qui réfléchit son métier. Elle se demande si elle participe au système. Tous les profs ne se considèrent pas comme des citoyens formant des citoyens. Cela découle pourtant des principes de l’école républicaine. L’air de rien, le film évoque cette question.

Recueilli par JMDH

Primaire sur les écrans le 4  janvier 2017.

Bande Annonce

Source : La Marseillaise 14/12/2016

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