Paris sauve la face de l’Arabie saoudite en exfiltrant Saad Hariri

 Mohammed Ben Salman, aux côtés d’Emmanuel Macron, à Riyad, le 9 novembre. Mohammed Ben Salman, aux côtés d’Emmanuel Macron, à Riyad, le 9 novembre. BANDAR AL-JALOUD / AFP

Mohammed Ben Salman, aux côtés d’Emmanuel Macron, à Riyad, le 9 novembre. BANDAR AL-JALOUD / AFP

La présidence libanaise a annoncé que le premier ministre démissionnaire, arrivé samedi à Paris, sera de retour au Liban mercredi prochain pour la fête de l’indépendance.

L’acte I du feuilleton Hariri est terminé. Le premier ministre démissionnaire libanais Saad Hariri et sa famille sont arrivés samedi matin 18 novembre à Paris, en provenance de Riyad, conformément à l’arrangement conclu mercredi entre Emmanuel Macron et Mohammed Ben Salman, l’homme fort du royaume saoudien. Le président français devait ouvrir, samedi, un nouveau chapitre dans cette saga pleine de mystères, en recevant le dirigeant libanais en tête-à-tête, puis en partageant avec lui et ses proches un déjeuner à l’Elysée.

L’avenir politique de Saad Hariri et sa capacité ou non à récupérer son siège de premier ministre, inconnue majeure de cette nouvelle phase, devaient figurer au menu des discussions. Vendredi, en marge d’un sommet européen à Göteborg, en Suède, Emmanuel Macron a déclaré que le chef du Courant du futur avait vocation à rentrer dans son pays « dans les jours, les semaines qui viennent ».

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Pour la diplomatie française, absente depuis longtemps du Proche-Orient, l’exfiltration de M. Hariri d’Arabie saoudite, où la plupart des Libanais le considéraient « captif », constitue un succès. L’initiative de Paris, qualifiée de « deus ex machina » par le quotidien libanais L’Orient-Le Jour, a permis d’extraire M. Hariri d’une situation délicate, tout en offrant une porte de sortie aux Saoudiens, qui s’étaient placés eux-mêmes dans une situation intenable.

« Retour de la diplomatie française »

Un retour direct à Beyrouth du chef du gouvernement, même pour remettre formellement sa démission au président Michel Aoun, aurait constitué un camouflet pour Riyad. « Macron a très bien joué, il a fait baisser la tension au Liban, tout en protégeant les Saoudiens de l’opprobre international », fait valoir un homme d’affaires occidental installé dans le royaume.

Depuis son élection, le président français, qui ne cesse de mettre en avant sa volonté « de parler à tout le monde », cherche à jouer un rôle de médiateur international. Un rôle que la France a déjà joué dans le monde arabo-musulman, où, contrairement aux Etats-Unis, elle entretient des relations avec tous les acteurs de poids, y compris l’Iran et le Hezbollah, le mouvement chiite libanais pro-Téhéran.

Les deux seules initiatives lancées jusque-là dans cette région par le chef de l’Etat n’avaient guère été couronnées de succès : l’accord en dix points, fruit de sa rencontre, en juillet, avec les deux frères ennemis de la Libye, Faïez Sarraj, le chef du gouvernement « d’union nationale », et le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est, peine à se concrétiser ; et ses efforts pour créer un groupe de contact sur la Syrie sont mort-nés. « L’arrivée de Saad Hariri à Paris marque le retour de la diplomatie française au Proche-Orient », se félicite Ali Mourad, professeur de droit public à l’Université arabe de Beyrouth.

Cette percée est aussi due à la proximité du ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avec bon nombre de dirigeants de la région, dont l’homme fort des Emirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed, surnommé « MBZ », et son alter ego saoudien Mohammed Ben Salman, alias « MBS ». Des relations qu’il a nouées pendant ses cinq années au ministère de la défense, sous la présidence de François Hollande, au prix d’une indifférence quasi complète aux méthodes très répressives que ces deux autocrates emploient en interne.

Dès l’annonce par Saad Hariri de sa démission surprise, le 4 novembre, depuis Riyad, les autorités françaises avaient exprimé leur préoccupation. Imputé à l’Iran et au Hezbollah, accusés de semer la destruction au Proche-Orient, ce geste attisait la tension entre les géants iranien et saoudien. Les inquiétudes de l’Elysée étaient d’autant plus grandes qu’en dépit des dénégations saoudiennes, Saad Hariri, quasiment injoignable, paraissait privé d’une grande partie de sa liberté. Chantage à l’inculpation dans l’opération anticorruption lancée au même moment dans le royaume ? Pressions sur sa famille ? Les spéculations sur ce qui avait pu inciter Saad Hariri à jeter l’éponge allaient bon train, tant à Beyrouth que dans les capitales arabes et occidentales.

Les efforts de l’Elysée pour trouver une solution ont commencé à porter leurs fruits, mercredi 8 novembre au soir, dans la capitale des Emirats arabes unis. Pendant son dîner avec Emmanuel Macron, consécutif à l’inauguration du Louvre Abu Dhabi, MBZ a décroché son téléphone et obtenu pour son hôte un rendez-vous le lendemain avec MBS. « Mohammed Ben Zayed a une vision très fine de ce qui se passe en Arabie saoudite et sa proximité avec le prince héritier [saoudien] n’est un secret pour personne », expliqua le lendemain le président français.

Depuis plusieurs semaines déjà, le cabinet de M. Macron s’activait pour organiser une rencontre avec le très puissant fils du roi Salman, âgé de 32 ans. Dans l’esprit du chef de l’Etat, celle-ci devait intervenir avant le déplacement qu’il souhaite effectuer à Téhéran, pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire de juillet 2015, menacé par l’administration Trump. Un voyage qui ne peut qu’irriter Riyad, ravi des coups de boutoir du président américain. Il était donc indispensable de conforter au préalable le lien stratégique franco-saoudien.

« Tentation hégémonique » de l’Iran

L’entretien de trois heures entre les deux trentenaires, à l’aéroport de Riyad, porta principalement sur le Liban et le sort de Saad Hariri. Quelques heures plus tôt, ce dernier avait reçu l’ambassadeur de France, François Gouyette, dans sa villa de Riyad. Dans les jours suivants, le président Macron eut deux autres conversations avec MBS, par téléphone. Lundi 13 novembre, au lendemain de l’interview de M. Hariri à la télévision libanaise, au cours de laquelle il s’était dit « libre » tout en faisant montre d’une grande fébrilité, la présidence française évoqua un possible recours devant l’ONU.

Un message destiné évidemment à faire pression sur Riyad. « Au Conseil de sécurité des Nations unies, c’est la France qui tient la plume lorsqu’il s’agit du Liban », rappelle une source élyséenne. Message reçu : mercredi en fin d’après midi, depuis Bonn, Emmanuel Macron annonçait avoir invité le premier ministre libanais à Paris. Jeudi, lors d’une rencontre avec MBS à Riyad, Jean-Yves Le Drian peaufinait le compromis. En échange du geste saoudien, le ministre français des affaires étrangères a renoncé, dans l’immédiat, à la visite qu’il devait effectuer à Téhéran la semaine prochaine pour préparer celle du chef de l’État.

Lors de sa conférence de presse à Riyad, le chef de la diplomatie française a haussé le ton contre Téhéran, dont il a dénoncé « la tentation hégémonique ». En réaction, le ministère iranien des affaires étrangères a dénoncé « le regard partial » de la France, qui « volontairement ou involontairement, aide à transformer des crises potentielles en crises réelles ».

Et après ? Emmanuel Macron a insisté sur le fait que M. Hariri n’entame pas un exil à Paris. Selon le chef de la diplomatie libanaise, Gebran Bassil, il pourrait revenir à Beyrouth dès vendredi prochain. Maintenant que sa liberté est garantie, les responsables politiques locaux sont pressés de l’entendre s’exprimer sur sa démission, que le président Michel Aoun a refusée jusque-là.

Samedi matin, la présidence libanaise a annoncé que M. Hariri sera de retour au Liban mercredi 22 novembre pour la fête de l’indépendance. « Le président [Michel] Aoun a reçu ce matin un appel téléphonique de M. Hariri l’informant qu’il se rendra au Liban pour participer à la célébration de la Fête de l’indépendance », a fait savoir la présidence, précisant également que M. Hariri participerait « notamment au défilé militaire » traditionnel.

Comme il l’a esquissé dans son interview du 12 novembre, M. Hariri pourrait revenir sur son retrait du pouvoir mais exiger en retour un geste du Hezbollah, son encombrant partenaire de gouvernement. Il pourrait également confirmer sa démission, en réitérant le discours anti-iranien qu’il avait initialement tenu, et s’éclipser, pour un temps au moins, de la scène politique libanaise. Dans les deux cas, les questions de fond, éclipsées par les manigances saoudiennes, risquent de revenir sur le devant de la scène. Et de ranimer la discorde entre partis libanais, mise en sourdine depuis deux semaines.

Marc Semo et Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant)

Source Le Monde 18/11/2017

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Il a fallu que Patrick Drahi perde 11 milliards en bourse pour comprendre ce que les abonnés SFR savent déjà

Patrick Drahi, Franco-Israeli businessman and Executive Chairman of cable and mobile telecoms company Altice, attends the inauguration of the Drahi-X Novation CenterUn mea culpa très rare de la part du PDG d’Altice.

Il a fallu que Patrick Drahi perde 11 milliards en bourse pour comprendre ce que les abonnés SFR savent déjà

TELECOM – L’humilité est rarement la marque de fabrique des grands de ce monde, et Patrick Drahi, président du groupe Altice, ne fait pas exception. Pourtant, sous la pression d’une débâcle boursière d’anthologie, il a fini par faire son mea culpa du bout des lèvres le 15 novembre, face aux analystes réunis à Barcelone.

« Il n’y a pas de raison (objective) pour expliquer le départ des clients, la seule raison, c’est que nous ne les traitons pas comme il faudrait », a-t-il déclaré en vantant par ailleurs la qualité du réseau.

En effet, la bourse s’inquiète de plus en plus des difficultés réelles de l’opérateur SFR, qui représente encore la moitié des revenus du groupe. L’action du groupe Altice, dont Patrick Drahi possède 60% à titre personnel, a ainsi perdu 42% en deux semaines, soit 11 milliards de capitalisation boursière envolée.

A mots choisis, Patrick Drahi a donc enfin admis ce que les forums de clients SFR et les enquêtes conso démontrent à chaque fois: la qualité de service client est très inférieure à celle de ses concurrents.

« Nous devons nous concentrer sur tous les petits détails opérationnels importants. (…) Nous devons faire en sorte que les clients soient heureux d’être chez nous », a noté le responsable.

Il a reconnu que SFR avait également mal géré ses augmentations de tarifs pendant l’été, créant un mécontentement, et n’avait pas vendu ses contenus de façon optimale.

Dès octobre 2016, « 60 millions de consommateur » a jeté une lumière crue sur le mécontentement des clients SFR. « 38 % des abonnés de l’opérateur au carré rouge sont insatisfaits, expliquait le magazine. C’est un taux très élevé pour une enquête de ce type. Chez les opérateurs concurrents, la proportion de clients se déclarant peu ou pas du tout satisfaits est inférieure de 20 à 30 points! ».

FILE PHOTO: Patrick Drahi, Franco-Israeli businessman and Executive Chairman of cable and mobile telecoms company Altice, speaks during the launch of the news channel BFM ParisCe 16 novembre, l’auto critique de Patrick Drahi ne semblait pas porter ses fruits. L’action d’Altice était en repli de 2,12% en début d’après-midi.

Jean-Baptiste Duval

source HuffingtonPost. 16/11/2017

Voir aussi : Rubrique EconomieSFR va disparaître au profit d’Altice, rubrique Médias,

Liban : Saad Hariri ouvre la voie à une possible désescalade

 Diffusion de l’interview de Saad Hariri, à Beyrouth, le 12 novembre. Diffusion de l’interview de Saad Hariri, à Beyrouth, le 12 novembre. ANWAR AMRO / AFP

Diffusion de l’interview de Saad Hariri, à Beyrouth, le 12 novembre. ANWAR AMRO / AFP

En laissant son poste le 4 novembre, le premier ministre avait dénoncé publiquement la « mainmise » de l’Iran et du mouvement chiite libanais du Hezbollah, membre de son gouvernement, sur les affaires intérieures de son pays. Une semaine après cette démission, Saad Hariri n’avait toujours pas donné signe de vie

Saad Hariri a rompu le silence écrasant dans lequel il s’était enfermé après sa démission surprise, annoncée le 4 novembre depuis Riyad. Cette décision, que le premier ministre libanais avait imputée à l’Iran, la bête noire de l’Arabie saoudite, accusée de « vouloir détruire la nation arabe », a fait brutalement monter la tension au Proche-Orient.

Dans une interview diffusée dimanche 12 novembre sur la télévision libanaise, où il est apparu les traits tirés, M. Hariri a réfuté la thèse dominante qui le présente comme l’otage des autorités saoudiennes. Il a affirmé à plusieurs reprises que ses hôtes ne l’ont pas forcé à démissionner, et qu’il rentrera « bientôt » à Beyrouth, répétant que son absence est due aux dangers qui pèsent sur sa vie, sans donner plus de précisions.

Parallèlement à ces dénégations, qui n’ont pas véritablement convaincu les observateurs, le chef de file de la communauté sunnite libanaise s’est efforcé d’apaiser la situation. Il a usé, à l’encontre de l’Iran et du Hezbollah, le mouvement chiite libanais pro-Téhéran, de formules moins belliqueuses que dans sa précédente intervention, et il a laissé entendre qu’il pourrait revenir sur sa démission. « Sur le fond, c’est une désescalade, réagit Karim Emile-Bitar, professeur de relations internationales à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. On a retrouvé le tempérament conciliateur de Saad Hariri. On peut supputer que les Saoudiens ont voulu mettre en sourdine leur ligne maximaliste. »

L’interview du premier ministre démissionnaire a été diffusée en direct, en début de soirée, sur Future TV, la chaîne de son parti politique, baptisé du même nom. Cinq autres chaînes libanaises ont refusé de retransmettre l’émission, conformément aux consignes du président Michel Aoun, qui avait estimé que les déclarations de M. Hariri seraient automatiquement sujettes à caution, compte tenu des « conditions mystérieuses entourant sa situation en Arabie saoudite ».

« Je suis libre ici »

L’entretien, conduit par Paula Yacoubian, une célèbre animatrice de talk-show, a été réalisé dans la villa que M. Hariri, détenteur de la nationalité saoudienne, possède à Riyad. « Je suis libre ici, si je veux voyager demain, je voyage », a déclaré d’entrée le leader libanais. Le visage pâle, les yeux cernés, s’interrompant parfois pour boire de l’eau ou se racler la gorge, il a assuré qu’il pourrait atterrir à Beyrouth « dans deux ou trois jours », pour « entamer les procédures constitutionnelles nécessaires » à sa démission, que le chef de l’Etat a refusé d’accepter en l’état.

« J’ai écrit ma démission de ma main, et j’ai voulu provoquer un choc positif (…) pour faire comprendre aux Libanais la situation dangereuse dans laquelle nous nous trouvons », a ajouté le chef du gouvernement. Il a démenti tout lien entre son retrait du pouvoir et la purge anti-corruption, entamée le même jour, sur ordre du prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salman, dit MBS, qui a abouti à l’arrestation de centaines de VIP, dont des princes et des entrepreneurs. Un coup de filet sans précédent, qui, dans l’esprit des Libanais et de nombreux observateurs étrangers, a pu servir aux autorités de Riyad pour faire pression sur M. Hariri, propriétaire dans le royaume d’une entreprise de construction, Saudi Oger. « C’est une coïncidence », a-t-il prétendu, louant sa relation avec MBS, qu’il a qualifié de « frère ».

out au long de l’interview, le fils de l’ancien premier ministre libanais Rafik Hariri, assassiné en 2005, a semblé épuisé nerveusement. Au bord des larmes à un moment, il a demandé à Paula Yacoubian, à la fin de l’interview, d’abréger ce qui paraissait être une épreuve pour lui. Cette fébrilité, très commentée sur les réseaux sociaux, a nui à ses efforts pour dissiper les soupçons pesant sur son séjour saoudien. « Hariri ressemble à un homme brisé, il n’y a aucune conviction dans ce qu’il dit », a souligné Karl Sharro, un commentateur politique libanais, très actif sur Twitter.

Main tendue au Hezbollah

A plusieurs reprises durant l’échange, l’intervieweuse a fait mention d’événements se déroulant simultanément, comme le tremblement de terre au Kurdistan irakien, de façon à démontrer que l’émission se déroulait bel et bien en direct et n’avait pas fait l’objet d’un montage préalable. Signe de la défiance du public, beaucoup de téléspectateurs ont pointé du doigt un bref moment, où M. Hariri jette un regard semble-t-il courroucé à un homme apparaissant dans le champ de la caméra, muni d’un bout de papier.

Sur les réseaux sociaux, ces quelques secondes équivoques sont devenues la preuve que le premier ministre libanais a reçu des instructions de ses hôtes saoudiens pendant l’interview. Faux, selon Paula Yacoubian, qui a assuré à l’issue de l’entretien que l’homme en question était un membre de l’entourage de M. Hariri, ajoutant n’avoir rencontré aucun responsable saoudien avant de prendre l’antenne.

A rebours de son discours de démission, durant lequel il avait promis de « couper les mains » de l’Iran dans la région, le chef du Courant du futur a tendu la main au Hezbollah. Il a suggéré qu’il pourrait renoncer à quitter le pouvoir si le mouvement chiite s’engageait à respecter le principe de « distanciation », c’est-à-dire de non-ingérence dans les crises régionales, élaboré par son prédécesseur Najib Mikati, premier ministre au démarrage du soulèvement syrien.

Sursaut pro-Hariri

Outre le rôle du Hezbollah dans ce pays, où il combat au côté des forces pro-Assad, le premier ministre a insisté sur son implication supposée au Yémen. Ces derniers jours, les autorités saoudiennes ont accusé des membres de la milice chiite libanaise d’avoir contribué à l’assemblage du missile balistique tiré par les rebelles Houthis, le 4 novembre, sur Riyad. « Je ne suis pas contre le Hezbollah en tant que parti politique, mais je suis contre le fait que le Hezbollah joue un rôle externe et mette le Liban en danger », a martelé Saad Hariri.

Dans cette inflexion, les observateurs libanais voient le résultat du sursaut pro-Hariri, qui s’est manifesté ces derniers jours à travers le pays. La plupart des partis politiques, choqués par le traitement réservé au premier ministre, ont réclamé son retour immédiat à Beyrouth.

A part la frange la plus extrême du Courant du futur, la plus grande partie de la communauté sunnite a préféré se solidariser avec son leader plutôt qu’obéir aux injonctions anti-Hezbollah des Saoudiens. « MBS a été trop impulsif, estime Karim-Emile Bitar. Maintenant qu’il a compris que son coup d’éclat a renforcé la popularité d’Hariri, il fait machine arrière. » « La rue sunnite a mis en échec le plan saoudien, renchérit Walid Charara, membre du centre de recherche du Hezbollah. MBS doit maintenant trouver une porte de sortie. »

Benjamin Barthe

Le Monde.fr avec AFP | 12.11.2017

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On line : Le président libanais demande à Riyad d’« éclaircir » la situation,

Rénovation urbaine et changement social. Entretien avec Henri Coing

arton1155-4346bHenri Coing est l’auteur dans les années 1960 d’une enquête, devenue un classique en sociologie et en études urbaines, sur la rénovation urbaine d’un quartier populaire parisien. Dans cet entretien réalisé en janvier 2017, il évoque son histoire personnelle, son parcours et la manière dont son étude éclaire les politiques contemporaines de rénovation urbaine.

En 1966, Henri Coing publie Rénovation urbaine et changement social ; l’ouvrage est tiré de sa thèse de sociologie fondée sur une enquête de trois ans dans un quartier du 13e arrondissement de Paris (l’îlot n° 4, entre les rues Jeanne-d’Arc et du Château-des-Rentiers) en cours de rénovation urbaine. À partir de cette monographie de quartier exemplaire, l’auteur montre la manière dont une transformation architecturale et urbanistique vient bouleverser la communauté de quartier, ses modes de vie, ses aspirations et les relations entre ses membres. Il souligne les orientations et l’impact de cette politique, qui, en transformant la morphologie d’un îlot, finit par modifier son peuplement et affecter les liens de ceux qui y vivent. En se gardant de surestimer le rôle de l’espace dans les processus de changement social, Henri Coing décrit comment la rénovation urbaine agit comme un révélateur et un accélérateur de mutations déjà en cours, permettant de saisir à la façon d’un précipité les transformations sociales, urbaines, économiques et démographiques qui bouleversent la société française au cours des Trente Glorieuses.

Cet entretien est l’occasion de revenir sur l’histoire familiale et le parcours intellectuel, peu connus, de l’auteur de Rénovation urbaine et changement social. Issu d’une famille bourgeoise de Saint-Étienne de culture chrétienne démocrate et fils d’un ingénieur des mines, Henri Coing est marqué par l’influence du catholicisme social et des luttes ouvrières de sa jeunesse stéphanoise qui participent à sa politisation et alimentent son intérêt pour les questions sociales. Se destinant à devenir prêtre-ouvrier, c’est par le biais des réseaux jésuites qu’il s’engage dans une thèse de sociologie sur la question des transformations urbaines du 13e arrondissement de la capitale. Il réalise celle-ci sous la direction de Paul-Henry Chombart de Lauwe, directeur d’étude à la VIe section de l’École pratique des hautes études (EPHE, devenue en 1975 l’École des hautes études en sciences sociales, EHESS) et directeur du Centre d’étude des groupes sociaux (CEGS), rebaptisé en 1966 Centre de sociologie urbaine (CSU) [1]. Depuis le début des années 1950, celui-ci promeut la reconnaissance académique de la sociologie urbaine en France, en conduisant des enquêtes collectives sur l’espace parisien et sur les modes de vie ouvriers, tout en jouant un rôle d’expertise auprès des administrations d’État, soucieuses de bénéficier de l’aide des sciences sociales pour éclairer leurs décisions d’aménagement et d’urbanisme. Cette démarche dans laquelle la recherche en sociologie urbaine n’a de sens qu’en lien étroit avec l’action publique est aussi celle qui, à partir de sa thèse, imprègne la trajectoire d’Henri Coing [2]. Après avoir achevé ses études théologiques, ce dernier s’éloigne progressivement de sa vocation religieuse pour occuper des emplois de chercheur : d’abord en bureau d’étude (au Groupe de sociologie urbaine de Lyon à la fin des années 1960, puis à Paris au CERAU – Centre d’études et de recherches pour l’aménagement urbain – et au BETURE – Bureau d’études techniques pour l’urbanisme et l’équipement), puis comme enseignant-chercheur à l’Institut d’urbanisme de Paris à partir de 1974 [3].

Au-delà du contexte intellectuel des années 1960 et de sa filiation avec son ancien directeur de thèse, Henri Coing revient au cours de l’entretien sur ses rapports avec les tenants du courant de la sociologie urbaine marxiste, très vigoureux dans les années 1970, en particulier Manuel Castells et Francis Godard, et sur les divergences et complémentarités avec ceux qui ont comparé la politique de rénovation urbaine à une « rénovation–déportation » des classes populaires vers la périphérie des villes [4] et qui inscrivaient leurs travaux dans le cadre d’une analyse marxiste critique du rôle de l’État [5].

Dans la dernière partie de l’entretien, Henri Coing évoque les principaux enseignements de son enquête sur la rénovation urbaine de l’îlot n° 4 du 13e arrondissement ; il décrit comment cette politique a précipité la disparition du mode de vie et de la solidarité qui animaient la communauté de ce quartier populaire en fragilisant le sentiment d’un « destin commun » qui unissait le groupe ouvrier. Rappelant les spécificités du contexte de l’après-guerre, marqué par les privations et les difficiles conditions matérielles d’existence, il souligne le « saut qualitatif » qu’avait alors pu représenter la transformation de l’habitat imposée par les aménageurs aux habitants. Par contraste, ces constats permettent d’éclairer les enjeux contemporains de la rénovation urbaine et les raisons de la faible adhésion des habitants des quartiers populaires à cette politique publique [6].

Emmanuel Bellanger & Pierre Gilbert

Notes

[1] Pour aller plus loin sur l’histoire du CSU et son rôle dans la sociologie urbaine en France, voir Christian Topalov. 1992. « Le Centre de sociologie urbaine (CSU) », Politix, n° 20, p. 195?201.

[2] Au cours de sa carrière, Henri Coing rédigera une trentaine de rapports et siégera dans plusieurs instances de recherche et d’évaluation. De 1983 à 1986, il sera membre du Conseil national d’orientation du programme Urbanisme et technologies de l’habitat (UTH). Il occupera de 1991 à 1997 les fonctions de directeur du Réseau socio-économie de l’habitat, regroupant 23 laboratoires, associé au CNRS et financé par le ministère du Logement. Il siégera également de 1991 à 1992 au sein d’un comité ministériel d’évaluation de la politique de réhabilitation des HLM (PALULOS – prime à l’amélioration des logements à usage locatif et à occupation sociale) et sera membre du comité directeur du Plan Construction et Architecture de 1995 à 1998.

[3] Henri Coing dirige de nombreuses thèses. Il est à l’origine de la création du laboratoire Tiers-Monde en 1976 et est désigné responsable du DESS de 1989 à 1994. De 1982 à 1986, il est également à la tête du département Urbanisme, transport et environnement de l’École nationale des ponts et chaussées.

[4] Manuel Castells et Groupe de sociologie urbaine de Nanterre. 1970. « Paris 1970 : reconque?te urbaine et re?novation–de?portation », Sociologie du travail, n° 4, p. 488?514.

[5] C’est notamment le cas de l’enquête sur Dunkerque, à partir de laquelle Manuel Castells et Francis Godard ont publié l’ouvrage Monopolville : analyse des rapports entre l’entreprise, l’État et l’urbain à partir d’une enquête sur la croissance industrielle et urbaine de la région de Dunkerque (Paris : Mouton/EPHE, 1974), cité par Henri Coing. À partir de la même enquête collective à Dunkerque, Henri Coing publie en 1977 le livre Des patronats locaux et le défi urbain (Paris : Éditions du Centre de recherche d’urbanisme (CRU)).

[6] Focalisé sur la rénovation urbaine et les transformations sociales, cet entretien ne met pas en lumière les missions à l’étranger conduites par Henri Coing et ses deux autres champs d’investissement et d’activité : l’étude du marché de l’emploi réalisée dans les années 1970 et 1980 et des services urbains en réseau (eau, assainissement, déchets, électricité) menée à partir des années 1990 dans les pays du tiers-monde et en Europe.

Source Metropolitics 06/11/2017

Voir aussi : Rubrique Science, Sciences humaines, rubrique SociétéNous devons rendre aux gens le temps gagné par l’automatisation, Logement, Consommation,

La presse libérale européenne répond au clip d’Oxfam-Solidarité : Une croisade inadmissible contre les riches

Silence ! On braque un hôpital | Oxfam-Solidarité

Voir le clip : Silence ! On braque un hôpital | Oxfam-Solidarité

 

Les contempteurs du capitalismes dévoient les révélations par pure jalousie, tonne The Daily Telegraph :

«La plus grande partie de ce qui a été dévoilé jusqu’à présent ne constitue pas une activité contraire à l’éthique, et encore moins une activité illégale. En effet, des millions de personnes ont placé leur argent dans des fonds offshore par l’intermédiaire de fonds de prévoyance retraite. … Comme cela avait déjà été le cas pour les Panama Papers, ces nouvelles informations ont été exploitées par des militants anticapitalistes qui ont du mal à accepter que certaines personnes soient plus riches que d’autres. … Sous couvert d’une vaste croisade moraliste, on essaie de mettre fin à des formes légitimes de placements fiscalement avantageux pour qu’à l’avenir, l’Etat décide à la place des gens où placer leur argent.»

 

 

La concurrence fiscale n’a rien de criminel

 

Les montages fiscaux offshore sont souvent criminalisés à tort, estime le quotidien Suisse Neue Zürcher Zeitung :

 

«Les transactions offshore sont parfois nécessaires dans un monde globalisé et si elles sont parfois l’expression de dysfonctionnements, elles en sont rarement la cause. C’est pourquoi il est trop simple de diaboliser les tentatives de se protéger de l’arbitraire, d’une bureaucratie pléthorique, d’une imposition excessive mais aussi de préserver sa sphère privée. Criminaliser d’office la concurrence fiscale internationale en s’appuyant sur un panel d’exemples d’abus est une grave imprudence. On aurait tort de se laisser éblouir par les motivations par trop limpides, tout au mieux naïves, des apologistes autoproclamés de la transparence. La concurrence entre les sites économiques, la protection de la sphère privée et les transactions offshore restent et demeurent nécessaires.»

 

 

Ce qui est immoral n’est pas forcément illégal

 

Le débat sur les pratiques fiscales doit aller au-delà des considérations morales, estime le quotidien Danois Berlingske :

 

«Le débat sur l’évasion fiscale doit être mené sur le terrain juridique et politique, même s’il est également possible de le mener sur le plan moral. La loi a-t-elle été enfreinte ? La législation nationale et internationale a-t-elle les moyens de redresser la barre ? En fonction des convictions politiques de chacun, les conceptions morales divergent. … On ne peut toutefois exiger que des entreprises, des organisations et des personnes se plient à des critères doubles : ceux des lois et ceux de la morale.»