Déclarée coupable mais dispensée de peine par la Cour de justice de la République la juridiction d’exception, conçue pour épargner aux politiques les foudres de la justice ordinaire.
Archives de catégorie : Politique
Adonis : « Le problème, c’est la tyrannie théocratique »
Adonis prend fait et cause pour le poète dont la vie est menacée. Il fournit des explications sur la situation de la pensée dans certains pays arabes et voit dans leurs peuples la seule raison d’espérer à long terme.
Quelle est donc cette société, ce pays où l’on peut condamner à mort un poète ?
Adonis Il n’y a pas que les poètes qui soient condamnés. Il y a aussi les penseurs, les peintres, les hommes tout court. Dans le wahhabisme, l’homme n’est pas défini par son humanité mais par sa croyance. S’il est musulman, et qui plus est wahhabite, il est du côté du bien. Sinon… la mort guette le musulman qui tente de quitter cet islam-là. Le problème gît dans les structures culturelles et religieuses qui gèrent le pays. Modifier un régime arabe, remplacer un tyran par un autre, ne résoudra rien. Ce qu’on appelle révolution et opposition dans le monde arabe n’est que l’autre face du régime. Cette soi-disant opposition n’a aucun projet ni pour la laïcité, ni pour la libération de la femme, ni pour les droits de l’homme.
Pensez-vous que la protestation internationale soit assez forte ?
Adonis Les poètes doivent réagir. Cela pourrait aussi encourager les forces progressistes en Arabie saoudite. Je connais beaucoup de gens contre le régime saoudien qui écrivent sur leur blog mais tout est censuré.
Le fait qu’Ashraf Fayad soit palestinien a-t-il influencé la sévérité de la condamnation ?
Adonis Non, au contraire. Cela va peut-être aider à sa libération. Ce serait une façon pour l’Arabie saoudite de dire aux Palestiniens : « Nous ne sommes pas contre la Palestine. » La cause palestinienne, bien qu’elle soit délaissée par les Arabes, reste symboliquement présente, au moins dans le cœur et dans l’imaginaire. Cette cause n’est pas morte.
Pensez-vous qu’en s’en prenant à un poète qu’on accuse d’athéisme, on veuille faire un exemple terrifiant ?
Adonis Pour la France, pays des droits de l’homme, l’individu, qu’il soit ou non croyant, doit avant tout être libre. Or, pour nous, Arabes, la question religieuse est première. J’attends des intellectuels français qu’ils interviennent, qu’ils réfléchissent aussi à ce que nous sommes dans cette perspective. Les Français doivent sentir qu’ils ne sont pas tout à fait libres si un autre peuple ne l’est pas. Un régime qui peut tuer au nom d’une idéologie relève de la tyrannie mais un régime qui tue au nom de Dieu est plus tyrannique encore. Notre problème actuel, c’est la tyrannie théocratique.
Vous dites que l’islam est la négation de la poésie, laquelle participe toujours d’une subjectivité et d’une remise en doute de toute vérité préétablie ?
Adonis À l’époque préislamique, les poètes croyaient exprimer la vérité. Avec l’arrivée de l’islam, ils ont subi le sort que Platon leur réservait dans la cité grecque. L’exil. Par bonheur, les poètes n’ont pas écouté l’injonction du texte coranique. Ils ont continué à écrire. La plupart d’entre eux étaient contre la religion. D’ailleurs, dans toute l’histoire de la poésie arabe, on ne trouve pas un seul grand poète dont on ait pu dire qu’il était aussi un croyant, comme ce fut le cas, en France, avec un homme comme Claudel, poète et catholique.
Pensez-vous qu’une protestation internationale à l’échelle des chefs d’État pourrait avoir une quelconque influence sur ce jugement ? Et iront-ils jusque-là, compte tenu des rapports financiers et autres qui les lient ?
Adonis Je ne crois pas que les politiques américaine et européenne puissent reculer. Elles sont coincées. Elles disent une chose et en pratiquent une autre. Combien de pays sont dans la coalition contre Daech ? Quarante ? Plus ? Tout le monde ! Et personne n’en vient à bout ? C’est stupéfiant. Cela dit, si l’on ne peut qu’être pessimiste au sujet des pays arabes, il faut être du côté du peuple et garder confiance en lui.
Entretien Costa-Gavras : « Z a été comme une étincelle, les gens se sont éveillés »
A Montpellier Le cinéaste et président de la Cinémathèque française Costa-Gavras était l’invité de la Librairie Sauramps pour la parution de son coffret DVD « Intégrale vol.1 (1965-1983) » chez Arte éditions.
Vous êtes né à Athènes en février 1933. Très jeune vous optez pour l’exil, dans quelle perspective arrivez-vous en France ?
Je suis arrivé en France en 1955, pour étudier. Je voulais écrire. Je me suis inscrit en licence de Lettres. A l’époque, c’était le seul pays où l’on pouvait entreprendre des études sans avoir d’argent, ce qui était mon cas. Sinon on était plutôt tenté par la belle vie en Amérique, telle qu’elle apparaissait à nos yeux.
A Paris, je fréquentais la Cinémathèque où j’ai découvert des cinéastes comme Jacques Becker, Erich von Stroheim, Renoir … qui m’ont permis de saisir que l’on pouvait travailler de nouvelles formes d’écriture avec des images. Par la suite j’ai voulu entrer à l’Idhec. Le concours d’entrée était très difficile. Il y avait un projet d’expo sur le théâtre grec ancien, on s’est adressé moi. Bien que n’étant pas formé – personne n’enseigne le théâtre antique en Grèce, ni la démocratie – je me suis lancé.
Lorsque vous quittez la Grèce en 1955, période où le pays voit le retour de la monarchie, le faites-vous aussi pour des raisons politiques ?
Oui, je fuyais la monarchie soutenue par les colonisateurs américains. Mon père était un démocrate anti -royaliste. Il avait fait la guerre en Asie mineure et il avait vu mourir autour de lui tous ses amis pour rien. Ce conflit soutenu par les royalistes, qui rêvaient de reconstruire l’empire byzantin, l’avait marqué profondément.
Après, durant la guerre civile tous ceux qui n’étaient pas conservateurs étaient considérés comme des communistes et ils ne disposaient pas des mêmes droits, leurs enfants n’avaient pas accès aux études.
Vous trouvez donc les moyens d’apprendre le cinéma notamment au côté de René Clément. Dans quelles circonstances réalisez-vous , « Compartiment tueur » votre premier film, sorti en 1965 ?
A l’origine, j’avais dans l’idée de faire une adaptation, un peu comme un exercice, parce qu’on ne travaillait pas sur les adaptations à l’Idhec. Il s’est trouvé qu’une secrétaire avait lu le livre de Sébastien Japrisot. Elle en a parlé au directeur des studios. Nous en avons discuté avec lui et il a fini par me dire : faisons un film.
Yves Montand s’est déclaré partant et Simone Signoret m’a dit : je te fais la vieille actrice. Tout cela était inattendu, après c’est devenu un film d’amis où se sont greffés Trintignant, Piccoli, Charles Denner, Bernadette Lafont… Daniel Gelin est venu faire de la figuration, simplement parce qu’il voulait être de l’aventure.
Le film rencontre un vif succès en France comme aux Etats-Unis. La critique salue vos talents de réalisateur et lance votre carrière. Comment s’est enclenché « Un homme de trop « , votre second long métrage ?
Après ce premier succès un producteur américain m’a demandé de lui proposer un projet je lui ai dit que je voulais adapter La condition humaine. J’ai commencé la préparation avec les acteurs, Piccoli Kremer, Claude Brasseur… et puis le producteur n’a pas donné suite, prétextant que le sujet était trop complexe. Il y avait trop de Chinois dans cette histoire pour les Américains.
A ce moment j’ai appris que Chabrol voulait faire un film sur la Résistance. C’est ainsi qu’on a basculé avec l’équipe sur Un homme de trop. Qui n’a pas bien marché. Chabrol ne voulait pas prendre position, il voulait aborder la Résistance sous l’angle de l’action. Les spectateurs attendaient sans doute autre chose sur ce sujet.
Avec Z, sorti en 1969, vous revenez vers vos origines à un moment clé, un an et demi après le coup d’Etat des colonels, aviez-vous conscience de la portée politique que ce film portait en germe ?
J’ai eu le livre de Vassilis Vassilikos dans les mains avant le coup d’Etat. Le film relate l’assassinat du député Lambrakis à Athènes en 1963. Nous l’avons écrit avec Jorge Semprun. C’était un peu comme un cri lancé sur un mur pour dire « à bas les colonels » Nous avons tourné à Alger, les acteurs ont accepté d’y participer sans condition. Je me souviens de Trintignant me disant, je le fais sans être payé.
Le succès a été immédiat. Le film est resté quarante semaines à Paris. Les gens applaudissaient à la fin. Nous étions sous le coup de la stupéfaction. Z a été une étincelle, les gens se sont éveillés. Il se sont exprimés comme l’a fait Melina Mercouri, mais les moments que j’ai vécus le plus intensément, sont liés à l’effet mobilisateur qu’a eu le film sur la population grecque qui avait vécu le coup d’Etat un peu passivement au début.
Quel rapport entretenez-vous avec l’engagement en tant que cinéaste ?
Ce qui m’intéresse essentiellement ce sont les gens qui résistent au pouvoir, d’où ma volonté d’adapter La condition humaine. Pour moi le cinéma est avant tout un spectacle, pas un préau où on fait des discours politiques ou académiques. Mais je n’ai jamais considéré le spectacle comme un amusement. Le cinéma doit parler de la société.
Dans l’Aveu en 1970, vous dénoncez les excès du stalinisme notamment en Tchécoslovaque. Ce film reflète-t-il aussi une désillusion d’une partie des artistes français de gauche ?
Notre génération était très attirée par les propositions soviétiques que nous ne considérions pas comme des ennemis mais comme des alliés. Nous discutions beaucoup avec Montand, Resnais, Chris Marker, Semprun… des vicissitudes de l’histoire mondiale.
A cette époque, on sentait le besoin d’un changement profond. Les communistes italiens nous paraissaient avoir fait un pas important. On sentait que cela pouvait se développer en France. Mais au sein du PCF d’alors aucune critique n’était possible. Certains acteurs avaient refusé de faire le film.
En 1973, avec Etat de siège, vous prenez pour cible la politique des Etats-Unis sur l’Amérique Latine ?
Au Guatemala, j’ai découvert l’existence de spécialistes de la déstabilisation politique. J’ai suivi cette piste qui m’a conduit à faire un film sur l’Uruguay dont la réflexion porte sur la violence révolutionnaire.
Après Claire de femme, vous revenez sur la thématique avec Missing ?
Claire de Femme est une adaptation d’un livre de Romain Gary qui interroge sur notre capacité à profaner le malheur avec l’amour. Pour Missing c’est venu d’une proposition américaine. Comme j’avais rencontré Allende plusieurs fois ça m’intéressait à la condition de faire la post production en France. Le film a marché.
Quand un film ne marche pas, ça m’est arrivé, c’est qu’on a loupé quelque chose…
Recueillli par Jean-Marie Dinh
Source La Marseillaise 17/12/2016
Voir aussi : Rubrique Rencontre, Jorge Semprun :La crise implique de réinventer la démocratie, rubrique, Cinéma, rubrique Histoire, rubrique Europe, Grèce, rubrique Amérique Latine,
Ce que l’on sait de l’opération anti-ETA controversée au Pays basque
Cinq personnes de la société civile, dont une femme, ont été interpellées vendredi soir, le 16 décembre, lors d’une opération policière franco-espagnole à Louhossoa, près de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), a annoncé le ministère de l’Intérieur. Une opération présentée comme « un nouveau coup dur porté à ETA », l’organisation séparatiste basque.
Dans un courrier daté du 25 octobre, publié par le site Mediabask, Michel Tubiana, Jean-Noël Etcheverry et Michel Berhocoirigoin avaient annoncé leur intention de participer à « la question du désarmement » qui a « été identifiée par tous les spécialistes et dans toutes les régions de conflit comme un élément-clé du processus de paix ». Dans ce texte, les trois hommes précisent qu’ils se situent « en intermédiaires entre une organisation armée avec laquelle » ils n’ont « aucun lien ni subordination, et un Etat » qu’ils veulent « amener à réfléchir. »
Joint dans la nuit par Le Monde, qui souligne « l’imbroglio » autour des interpellations, Me Tubiana a démenti avoir été interpellé, expliquant au quotidien qu’il aurait dû se trouver sur les lieux, mais n’y était finalement pas.
« Importante saisie d’armes, d’explosifs et de munitions »
Parmi les cinq personnes interpellées figurent le dirigeant du mouvement écologiste Bizi!, Jean-Noël Etcheverry, dit Txetx, Michel Berhocoirigoin, ancien président de la Chambre d’agriculture du Pays Basque, Michel Bergougnian, coopérateur viticole dans l’appellation basque Irouléguy, et une journaliste, Béatrice Haran-Molle. L’identité exacte de la cinquième personne n’est pas encore connue, indique-t-on de sources proches du dossier.
L’opération policière, sur commission rogatoire du Parquet anti-terroriste à Paris, a été menée par des enquêteurs de la police judiciaire française, notamment de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), de la Brigade de recherches et d’intervention (BRI) de Bayonne et des policiers de l’unité d’élite du Raid, assistés de policiers de la Guardia Civil espagnole.
Les cinq personnes ont été interpellées dans la grande maison, isolée, de Béatrice Haran-Molle, dans la bourgade de Louhossoa (environ 600 habitants), sur la route de Bayonne à Saint-Jean-Pied-de-Port. Au cours d’une perquisition, « une importante saisie d’armes, d’explosifs et de munitions » a été réalisée, indique le ministère français de l’Intérieur.
« Nouveau coup dur porté à ETA »
Pour les gouvernements français et espagnols, « l’interpellation de cinq individus en relation avec l’organisation terroriste ETA » est « un nouveau coup dur porté à ETA », comme l’a déclaré le ministre français de l’Intérieur, Bruno Le Roux, dans un communiqué, tout en se félicitant « d’une excellente coopération entre les services et avec les autorités espagnoles ».
De son côté, dans un tweet, le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé que « la Guardia Civil avait porté un coup à l’arsenal de la bande terroriste ETA en France ».
L’interprétation fournie dans les milieux nationalistes basques est complétement différente: ainsi, le site en ligne Mediabask, proche du quotidien basque espagnol Gara qui exprime parfois les positions d’ETA, publie une lettre que lui ont adressé Michel Tubiana, Txetx et Michel Berhocoirigoin, affirmant qu’ils avaient décidé « d’enclencher le processus de désarmement de l’organisation armée et procéder à la destruction d’un premier stock d’armes ». Ce stock « correspond à environ 15% de l’arsenal d’ETA ».
Tous trois justifient leur action par leur volonté de « contribuer à un avenir sans violence et démocratique pour le Pays Basque ».
« Rétablir la vérité sur ce qui s’est passé »
« Il faut rétablir la vérité sur ce qui s’est passé », a déclaré Michel Tubiana, interrogé par l’AFP, expliquant qu’il ne se trouvait ni à Bayonne ni à Paris. « Il y a un blocage total du processus de désarmement de l’ETA, un blocage qui vient du côté des gouvernements français et espagnol. Plusieurs membres de la société civile ont voulu relancer ce processus, en procédant à une première destruction d’armes », a-t-il expliqué.
« On a voulu jeter un coup de projecteur là-dessus. On voulait détruire des armes et les remettre aux autorités. Cette opération policière
Plusieurs mouvements nationalistes considèrent aussi que « les polices française et espagnole ont empêché la destruction des armes » et appellent à une manifestation samedi à 16h00 à Bayonne.
Dans un communiqué diffusé samedi matin, le 17 décembre, Jean Lassalle, député (ex-MoDem) des Pyrénées-Atlantiques, dénonce par ailleurs « les machiavéliques dérives autoritaires de l’état français ».
ETA a fait plus de 800 morts selon les autorités espagnoles et françaises
Le 12 octobre dernier une importante cache d’armes d’ETA avait été découverte en forêt de Compiègne (Oise). Le 5 novembre, un des derniers chefs d’ETA encore dans la clandestinité, Mikel Irastorza, avait été arrêté à Ascain, près de Bayonne, puis mis en examen et écroué à Paris. Enfin, le 14 décembre, un autre militant basque espagnol d’ETA avait été arrêté à Marseille. Ces trois opérations avaient également été menées conjointement par les polices française et espagnole.
Au nom de sa lutte pour l’indépendance du Pays Basque et de la Navarre, ETA (Euskadi Ta Askatasuna, Pays Basque et Liberté) a mené une campagne d’attentats qui a causé la mort de 829 personnes, selon les autorités espagnoles et françaises, les années 1980 ayant été les plus sanglantes.
En octobre 2011, ETA a renoncé définitivement à la violence, mais elle n’a pas depuis remis ses armes et refuse de se dissoudre. ETA réclame pour cela une négociation avec les États espagnol et français sur le sort de ses quelque 400 membres détenus dans ces deux pays, ce que Madrid et Paris refusent.
Source Le Huffingtonpost 17/12/2016




