Deon Meyer charge l’atmosphère

Deon Meyer : « L’Afrique du sud va mal ».  Photo dr

Deon Meyer : « L’Afrique du sud va mal ». Photo dr

Roman
Né en 1958  en Afrique du Sud, Deon Meyer est l’auteur unanimement reconnu de dix best-sellers traduits dans une trentaine de pays. Avant de se lancer dans le polar, il a été journaliste, et stratège en positionnement Internet. Il vit près du Cap.  L’année du lion  est son premier roman post-apocalyptique.

L’auteur sud africain, Deon Meyer sort du noir, le genre, pour le reste on ne peut pas vraiment dire qu’il quitte la noirceur. Dans son dernier roman, L’Année du Lion, l’écrivain dresse un tableau pos-apocalyptique dans le décor géant de son pays, entre le désert du Karoo et le fleuve Orange. Cette histoire inspirée d’une nouvelle l’a obnubilé durant cinq ans. Il y est question de survie, après une fièvre mortelle ayant décimée les neuf dixièmes de la race humaine.

C’est le chaos. Un père et son fils évoluent dans cet environnement hostile. Sans nouvelle de la mère, ils doivent lutter contre la faune sauvage et humaine qui sévissent dans un espace immense et sans loi. On se dispute les restes de la société passée progressivement pillés. Plus le temps passe plus le danger grandi.

Will Strorm en a conscience mais il dispose d’une grande force. Celle de poursuivre un but précis et un idéal. Il veut rejoindre le grand barrage de Vanderkloof proche d’une centrale-électrique et y établir la communauté d’Amanzi basée sur l’égalité. Un espoir, (une rédemption ? ) en rupture avec l’ancien monde.

Aux yeux de l’auteur : « cette communauté imaginaire pourrait correspondre à une vision de l’Afrique du Sud si cette dernière était égalitaire.» Cette force de conviction le père l’a transmet à son fils et l’a partage aussi avec  les survivants qu’il croise. Au fil de l’avancé du projet, la population en quête de civilisation augmente. Il faut s’organiser pour répondre à l’angoisse du manque et aux besoins croissants.

Un mode de gouvernance se construit. Des personnalités se distinguent autour des enjeux de pouvoir. Il y a Domingo, le tireur d’élite, un pilote de Cessna, et le pasteur Nkosi, opportun et politiquement efficace, ce dernier fait entendre la voix de dieux et pose les fondations d’une nouvelle église.

Un reflet du pays
Dans la saisissante scène d’ouverture, Nico Storm qui a 13 ans sauve son père Will d’une meute de chiens prête à le dévorer. Cet acte marque le départ de la relation père/fils, fil conducteur du livre qui peut se lire aussi comme une histoire initiatique. Au court des cinq premières années de la communauté, Nico grandit s’éloigne de son père et s’affilie aux commandos d’élite dans l’armée de la communauté qui voit jour sous l’impulsion de  Domingo.

A l’extérieur d’Amanzi les hordes impulsives et sans pitié charge l’atmosphère ce qui donne lieu à des scènes d’actions haletantes qui rythme le récit. La maîtrise de la mise en scène nous rappelle le talent que Meyer sait déployer dans ses romans noirs.
Deon Meyer observe le délitement de la société Sud Africaine avec frayeur.

« L’Afrique du Sud va mal. On ne sait pas si le pays va s’effondrer ou non. Il faut se montrer prudent. Peut-être que bientôt on sera obligé de quitter le pays, il faut se préparer » affirmait l’auteur lors de sa tournée de promotion à Paris.

En signant ce roman, il accepte désormais la probabilité, même infime, que l’univers sur lequel il a fondé son livre, puisse représenter une évolution cohérente de la réalité. Plus qu’un changement de genre, L’année du Lyon marque une modification plus profonde dans l’oeuvre de Meyer. Il assume radicalement la position de cet univers comme métaphore.

JMDH

L’année du Lion, éditions du Seuil. 640 p 16,99 euros. Traduit de l’afrikaans et de l’anglais par Catherine Du Toit et Marie-Caroline Aubert.

Source : La Marseillaise 04/12/2017

Voir aussi :  Rubrique Livres, Roman noir, rubrique Afrique, Afrique du Sud, rubrique Rencontre, Deon Mayer : « Je ne dresse pas d’agenda politique »,

Cinéma et sida, la guerre de la représentation

 Zero Patience  (1993 de  John Greyson.

Zero Patience (1993 de John Greyson.

Arts et sida
A l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre le sida du 1er décembre, Montpellier Danse libère la parole à l’occasion de deux soirées débat suivies de projections. La première qui s’est tenue mardi  a évoqué l’impact de cette maladie sur le 7e art.

Montpellier Danse s’inscrit de longue date comme un vecteur de réflexion sur l’influence du sida sur la danse et plus largement sur le monde de l’art. La danse contemporaine a été très tôt sensibilisée à la problématique. « Conséquence de la libération des corps en 1968, l’explosion de la nouvelle danse, portée par la jeune génération, est court-circuitée par le VIH qui fait son apparition en 1985 », rappelle le journaliste spécialisé montpelliérain Gérard Mayen qui animait le débat. Parmi les victimes du virus le danseur, chorégraphe, Dominique Bagouet, fondateur du CCN de Montpellier et du Festival Montpellier Danse succombe à l’épidémie le 9 décembre 1992.

En raison d’un imprévu la critique d’art Elisabeth Lebovici auteure  de Ce que le sida m’a fait – Art et activisme à la fin du XXe siècle, (Les presses du réel 2017) n’a pu honorer l’invitation. Dans cet ouvrage très documenté, elle revisite, avec sa mémoire de témoin, les liens entre art et activisme durant les « années sida » en France et aux États-Unis. Elisabeth Lebovici rend compte d’une créativité artistique et activiste née de l’urgence de vivre et du combat pour la reconnaissance de tous·tes avec un point de vue féministe assumée. A ses yeux, « l’homophobie est une forme déplacée de la misogynie», souligne Gérard Mayen.

Élaborer ses propres images
Dans Le sida face à la caméra, (collection Images d’ErosOnyx 2017), le journaliste critique de cinéma Didier Roth-Bettoni s’intéresse au corpus cinématographique ayant trait au sida.

Comme le mouvement gay dans les années 70, le sida génère un cinéma spécifique qui élabore ses propres images dont l’auteur scrute avec pertinence et sensibilité les enjeux. Il démontre comment  ce « cinéma de l’intérieur» a participé à la construction de la communauté LGBT mais aussi à la manière dont le reste de la société l’a regardée.

Dans le large éventail des films étudiés, l’auteur distingue sans jugement les films compassionnels comme Philadelphia « qui appelle à la tolérance, avec des limites dans les représentations…» et les films plus engagés, à l’instar de Zero Patience  (1993), du canadien John Greyson. Un ovni sulfureux et hilarant qui pose les vraies questions. Projeté à l’issue de la conférence à Montpellier, le film est offert  avec l’achat du livre.

« L’objectif de ce courant cinématographique est double, indique Didier Roth-Bettoni : représenter d’une part, des familles alternatives, et un environnement plus chaleureux et joyeux face à une société qui est dans le déni , et évoquer, d’autre part, la représentation de corps vivants, luttant contre le virus mais aussi contre les structures sociales.» L’auteur entend ainsi faire oeuvre d’historien auprès des nouvelles générations pour que  «tout ne soit pas à recommencer de zéro

JMDH

Prochaine soirée le 7 dec à 17h30 à l’Agora sur le thème La recherche contre le VIH et le sida :  un point sur les nouvelles avancées à Montpellier.

Source La Marseillaise 30 /11/2017

Voir aussi : Actualité France : Rubrique,rubrique Livre, Essais, rubrique Cinéma, Politique, société civileGay Pride Fête et réaffirmation d’un combat politique rubrique Société, Après «120 BPM», épargnez-nous vos louanges, rubrique Santé, Citoyenneté , Vertus et vices de la comédie sécuritaire, Rubrique Mouvements sociaux, rubrique Histoire, rubrique Danse, Robyn Orlin . Requiem pour une Afrique renaissante, rubrique Société, rubrique Religion, Le pape contre le « fumier du diable »

De l’art ou de l’amour ? fb censure sans chercher

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Privacy de Warme Winkel & Wunderbaum « Dans le système Facebook, seul le juge connaît la loi.» crédit photo dr

Chronique
Doit-on assimiler la censure du plus grand des réseaux sociaux, sans distinction du message et du contenu, à une atteinte à la liberté d’expression ?

Interdit d’expression durant trois jours sur le réseau privé Facebook pour avoir publier la semaine dernière une image de comédiens où apparaît une paire de seins. Le fait est presque devenu banal ce qui paraît d’autant plus inquiétant. L’accumulation des données accessibles gratuitement – si on ne tient pas compte des données privées revendues à notre insu – confère aux plates-formes numériques un rôle incontournable en matière d’information.

La Revue Réseaux* publie dans son dernier opus un état des lieux édifiant consacré à cette question. Les analyses croisées de différents chercheurs permettent de comprendre comment l’offre de ces plates-formes remet en question la grille éditoriale des journaux et le pluralisme de l’information,  garant d’un fonctionnement de la démocratie.

A dire vrai, en publiant cette image je me doutais que FB allait amputer ma liberté, d’autant que dans la pièce Privacy des néerlandais De Warme Winkel & Wunderbaum donnée au Théâtre Garonne à Toulouse il est justement question de l’exposition de notre vie intime sur les réseaux sociaux. « La vie privée n’est plus la norme sociale », déclarait en 2011 Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook.

La sanction est arrivée sur le champ, moins d’une minute après la publication. La conception de cette censure est plus que discutable. En vertu de la morale puritaine américaine, les images de nu heurtent les modérateurs de fb, alors que des vidéos de viol ou de décapitation peuvent se retrouver en ligne pendant plusieurs jours. Mais comme le démontre une enquête menée  au cœur de la machine à modérer fb par le quotidien britannique The Guardian, « Dans le système Facebook, seul le juge connaît la loi.»

Problème de qualité de l’information
Ce n’est pas la première fois que je suis sanctionné (puni ?), la dernière fois, cela concernait une photo des femen. Libre à chacun d’avoir un regard critique sur ce mouvement féministe radical internationalement reconnu qui s’implique pour la démocratie, contre la corruption, la prostitution et l’influence des religions dans la société, mais comment ignorer l’impact de la censure du plus grand réseau social mondial, qui compte deux milliards d’utilisateurs actifs par mois, à l’encontre des femen ? Facebook aime le féministe tant que cela contribue à faire tourner la boutique mais il ne faut pas qu’elles soient provocatrices. Rien à voir avec ces jeunes filles qui vous invitent sur le même réseau à passer du bon temps avec elles sans montrer leur seins…

Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) mettent en œuvre des modes de contrôles de l’information, de conditionnement des opinions, et introduisent un problème de qualité de l’information à l’échelle mondiale qui posent bien des questions. Comme les autres géants, Facebook  impose son offre aux internautes qui veulent accéder aux services et biens informationnels en les verrouillant sur son application, et impose ensuite ses conditions aux fournisseurs de contenus.

Pour éviter cette atteinte à la liberté d’expression dans la sphère domestique et contribuer à une action plus vaste, le pire est sans doute d’avoir recours à l’autocensure. Résister individuellement et massivement peut infléchir la loi d’airain de cette nouvelle oligarchie, on l’a vu, quitte à se faire bannir et à consacrer le temps gagné à inventer de nouveaux outils collaboratifs.

JMDH

Revue Réseau sep/oct 2017 Modèles économiques, usages et pluralisme de l’information en ligne, éditions La Découverte, 25 euros.

Source : La Marseillaise 30/12/2017

Voir aussi :  Rubrique Internet, rubrique Médias,, rubrique Education, rubrique Politique, Société civile, rubrique Société, Citoyenneté,

James Baldwin et l’invention du « Nègre »

I Am Not Your Negro, de James Baldwin et Raoul Peck, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Robert Laffont/Velvet Film, 144 p., 17 €.

I Am Not Your Negro, de James Baldwin et Raoul Peck, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Robert Laffont/Velvet Film, 144 p., 17 €.

Le verbe de l’écrivain américain, mort il y a trente ans, se déploie dans « I Am Not Your Negro », issu du film de Raoul Peck. Christiane Taubira l’a entendu.

ls sont six autour d’un journaliste et d’une table ronde : trois Afro-Américains et trois Américains blancs. Symétrie fortuite ou délibérée. L’écrivaine Toni Morrison observera plus tard que « dans ce pays, Américain signifie Blanc, toute autre personne a besoin d’un trait d’union » (par exemple : Afro-Américain, Sino-Américain, Italo-Américain, etc.). Ce soir-là, aux côtés de James Baldwin (1924-1987) se tiennent Marlon Brando, Joseph Mankiewicz, Harry Belafonte, Sydney Poitier et… Charlton Heston. Nous sommes le 28 août 1963, cent ans après la Proclamation d’émancipation des esclaves, publiée au mitan de la guerre de Sécession. Les grandes figures de résistance à l’esclavage et de la Civil War, Harriet Tubman, Crispus Attucks, Edward Hector, Austin Dabney, Lemuel Haynes… sont encore peu connues.

Ce mois d’août 1963 est fébrile. Plusieurs organisations ont appelé à marcher sur Washington pour l’emploi et la liberté, « jobs and freedom. NOW ! ». Martin Luther King en est le leader incontesté. Trois ans plus tôt, Abbey Lincoln et Max Roach ont maçonné cet album de jazz crissant, We Insist ! Freedom Now Suite. Aux premiers rangs de la foule immense et ardente qui ondule sur le mall du Lincoln Memorial, ces six-là, de Belafonte à Brando, désignés avec ou sans trait d’union, solidaires, ont choisi de croire au rêve que, dans une fulgurance clairvoyante et généreuse, Mahalia Jackson a demandé au pasteur King de partager avec cet essaim vibrant. « I have a dream. » Mais ils insistent, c’est « NOW ! » L’émission, qui a tourné autour de « Negro question, Negro problem », touche à sa fin. Baldwin est invité à conclure. « I’m not a Negro. I never called myself one. » (« Je ne suis pas un Nègre,…

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Source Le Monde des livres 29/11/2017

Manfred le double de Byron et Schumann

Manfred à l’Opéra Comédie, direction  David  Niemann, Choeur et Orchestre de l’Opéra national de Montpellier. Photo Marc Ginot

Manfred à l’Opéra Comédie, direction David Niemann, Choeur et Orchestre de l’Opéra national de Montpellier. Photo Marc Ginot

Musique
Manfred de Robert Schumann, le poème dramatique en trois parties de Lord Byron, nous plonge au coeur du romantisme allemand, à l’Opéra Comédie du 29 novembre au 3 décembre.

Dans l’histoire de la musique, Schumann demeure maître du Lieder et de la musique pour piano Il est aussi une figure emblématique du romantisme. Après avoir achevé son oratorio profane Le Paradis et la Péri et amorcé les Scènes de Faust, à la recherche de la forme lyrique parfaite, Schumann tente avec Manfred une synthèse entre la voix, l’orchestre, la poésie et la musique.

Il  parvient avec cette oeuvre, créée à Paris le 13 mars 1886, à approcher la réelle dimension d’un théâtre de l’imaginaire. Original, presque inclassable,  ce poème dramatique est animé par une musique aux accents parfois étranges, presque surnaturels, qui ne laisse jamais indifférents. Schumann choisit de confier les parties mélodramatiques à Manfred, tandis que les passages chantés reviennent au monde surnaturel des génies et des esprits.

Et tant pis si l’orgueilleux Manfred, double de Byron et Schumann, torturé par ses vieux démons, tente en vain d’exorciser ses douloureux péchés -inceste et faute obscure- en cédant aux forces occultes. Figure emblématique du romantisme, Schumann demeure pour Ernest Chausson, «le vrai poète du coeur humain » tandis que Roland Barthes voit « le musicien de l’intimité solitaire, de l’âme amoureuse et enfermée, qui se parle à elle-même ».

L’expérience illuminée Manfred, où la poésie et la musique, cultivent l’affirmation et la rédemption de l’âme sans céder un pouce au prosélytisme, aboutit musicalement à une superbe partition qui soutient un univers personnel fantasmé, une recherche d’absolu face à l’horreur du monde.

JMDH

Voir aussi Actualité Locale : rubrique Musique, rubrique Livre, Littérature germanique, Poésie rubrique , rubrique Montpellier,