Les anti-foot, ces nouveaux hérétiques

B9716330527Z.1_20180713112516_000+G34BMDBGU.1-0

Les rares casse-cou qui s’essaient aujourd’hui à un peu de sens critique sur le Mondial sont régulièrement couverts d’injures.

l ne suffit pas d’être heureux. Encore faut-il que les autres soient malheureux. » La citation est de Pierre Desproges, qui l’avait lui-même empruntée à Jules Renard. L’humoriste du siècle passé, mort d’un cancer expéditif et sans prolongation en 1988, se fendit deux ans plus tôt d’une chronique assassine sur la folie du foot. C’était durant la Coupe du Monde au Mexique, celle-là même qui amena nos valeureux Diables – ainsi que les Bleus, déjà – jusqu’en demi-finales. Desproges se gaussait à l’époque des « dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur gazon l’honneur minuscule d’être champions de la balle au pied ».

Aujourd’hui, ce genre de sortie de route verbale serait sanctionné sur le champ. D’aucuns l’auraient fusillé sur Facebook. On en aurait sans doute fait un sale intello (insulte à la mode). Voire un frustré. Le bashing aurait fonctionné à plein rendement.

On ne parle plus que de ça

Les rares casse-cou qui s’essaient aujourd’hui à un peu de sens critique sur le Mondial sont régulièrement couverts d’injures. Ne pas soutenir aveuglément l’événement ferait presque de vous un peine-à-jouir. Ou un prétentieux, cherchant à se distinguer de la masse. Quand bien même vous aimez le sport.

C’est le cas de Jacques Flament, éditeur belge installé en France depuis vingt-cinq ans, qui stigmatisait au début du Mondial l’hystérie et l’indécence du foot-business« Le footballeur le mieux payé du monde gagne près de 5.000 fois le SMIC pour courir après sa baballe ». Après son post sur sa page FB, il a perdu plusieurs dizaines d’« amis ». Et devrait en perdre d’autres encore. Cette semaine, il remettait ça, en s’étonnant du manque de hiérarchisation de l’actualité. On ne parle plus que de ça, dit-il en synthèse. Du pain et des jeux, comme jadis à Rome. Pour lui, pas de doute : on assiste à une anesthésie générale et collective.

« Personne n’est à l’abri du virus démagogique », observe Claude Javeau, professeur émérite de sociologie de l’ULB, qui a consacré en 2015 au ballon rond un ouvrage pamphlétaire (Je hais le foot).« C’est la religion qui a aujourd’hui le plus d’adeptes au monde, et sans doute parmi les plus fidèles. »

Les Diables, un tampon d’ouate

Pour Claude Javeau, hérétique assumé de cette nouvelle Eglise, et qui se targue non sans espièglerie d’avoir été souvent injurié pour ces analyses-là, la saga des Diables est « une fable entretenue, médiatiquement fabriquée et pleine d’exagérations. Les Diables rouges, c’est un tampon d’ouate sur un ulcère à l’estomac, qui ne peut pas empêcher la Belgique de se détricoter. »

A celles et ceux qui voient l’avènement d’une Belgique « black-blanc-beur », Javeau rappelle la leçon politique de 2014, au lendemain de la Coupe du monde au Brésil. « C’est au plus fort de la campagne brésilienne des Diables rouges, tandis que fleurissaient les drapeaux belges, que les élections législatives ont consacré la victoire de la N-VA, parti ouvertement autonomiste, sinon indépendantiste. »

Neymar versus la Méditerranée

Il ne suffit pas d’être heureux, non. Encore faut-il, aujourd’hui, que les autres ne nous emmerdent pas avec leurs malheurs, leurs drames et autres bobos. Des intempéries au Japon ont fait cette semaine plus de cent morts ? On s’en fout. Un train a déraillé en Turquie  ? Et alors ? Quant aux migrants, qui ont continué durant ces jours de fête à crever en Méditerranée. Franchement, quelle indécence !

« Aujourd’hui, déclarait il y a quelques semaines dans Le Soir Jean-Marie Brohm, auteur avec Marc Perelman d’un livre sur le foot (Le football, une peste émotionnelle – Folio, 2016), la cheville de Neymar est plus importante que ce qui passe en Méditerranée. Voilà la fonction du foot : une diversion sociale et politique. »

Même Emmanuel Macron avait décidé la semaine passée de décaler son agenda pour pouvoir suivre les matchs en direct. Le plan pauvreté cher au Président de la République a été reporté à septembre. Pour faire en sorte que Macron assiste à la demi-finale de Saint-Pétersbourg.« Tout est dit ! », s’emporte Jacques Flament. « Les pauvres, les réfugiés, les damnés de la terre, s’il vous plaît un peu de tenue ! Faites-vous discrets. Du moins encore pendant encore quelques jours. »

Nicolas Crousse

Source Le Soir 13/07/2018

Abus sexuels : les évêques chiliens démissionnent en bloc

Le smembres de la conférence des évêques de Chili, Luis Fernando Ramos Perez, à droite, et Juan Ignacio Gonzalez, à gauche , lors de la conférence de au Vatican, le 18 mai 2018 / Andrew Medichini/AP

Le smembres de la conférence des évêques de Chili, Luis Fernando Ramos Perez, à droite, et Juan Ignacio Gonzalez, à gauche , lors de la conférence de au Vatican, le 18 mai 2018 / Andrew Medichini/AP

Au terme de leur rencontre avec le pape François sur leur gestion calamiteuse des abus sexuels, les 32 évêques chiliens ont annoncé, vendredi 18 mai, remettre tous leur charge pastorale entre les mains du pape.

Les évêques du Chili ont annoncé, vendredi 18 mai à Rome, qu’ils remettaient tous leurs démissions au pape François afin que celui-ci puisse librement disposer d’eux après leur gestion catastrophique des abus sexuels dans leurs pays.

Dans une déclaration lue à la presse au terme des trois jours de rencontres qu’ils ont eues au Vatican, les évêques chiliens ont expliqué avoir longuement réfléchi aux interpellations du pape lors de leur première rencontre avec ce dernier, mardi matin.

« Ainsi a mûri l’idée que, pour être en meilleure syntonie avec la volonté du Saint-Père, il convenait de déclarer notre absolue disponibilité pour remettre nos charges pastorales entre les mains du pape », ont déclaré Mgr Juan Ignacio Gonzalez, évêque de San Bernardo, et Mgr Fernando Ramos, évêque auxiliaire de Santiago.

« Pour que le Saint Père puisse, librement, disposer de nous tous »

« De cette manière, nous pouvons faire un geste collégial et solidaire pour assumer – non sans douleur – les graves faits advenus et pour que le Saint-Père puisse, librement, disposer de nous tous », ont ajouté les deux porte-parole de l’épiscopat chilien.

Cette première depuis plus de 200 ans, et la démission que Pie VII avait exigée des évêques français après le Concordat de 1801, est motivée par la manière particulièrement calamiteuse avec laquelle les évêques chiliens ont géré les affaires d’abus sexuels.

« Pressions », « destructions de documents »

Mardi matin, lors de sa première rencontre avec les évêques chiliens, François leur a en effet lu un texte tirant les conclusions de la « mission spéciale » qu’il avait demandé à Mgr Charles Scicluna, archevêque de Malte et spécialiste des abus sexuels, de mener au Chili.

Ce texte, publié jeudi soir par la chaine chilienne Tele13, souligne que des faits dénoncés aux évêques « ont été qualifiés superficiellement d’invraisemblables, alors mêmes qu’il y avait de graves indices de délit effectif » tandis que d’autre cas « ont été enquêtés avec retard voire jamais enquêtés ».

Le pape dénonce aussi « des pressions exercées sur ceux qui devaient mener l’instruction des procès pénaux » ainsi que « la destruction de documents compromettants de la part de ceux qui étaient chargés des archives ecclésiastiques ».

« Renvoyer les personnes ne suffit pas »

Outre le fait que des prêtres expulsés d’un diocèse « à cause de l’immoralité » de leur conduite aient été repris par un autre, parfois en se voyant confier une charge pastorale en contact direct avec les jeunes, François s’indigne enfin d’apprendre que « dans le cas de nombreux abuseurs, de graves problèmes avaient déjà été détectés chez eux au moment de leur formation au séminaire ou au noviciat ». Il met en cause « certains évêques et supérieurs qui ont confié ces institutions éducatives à des prêtres suspectés d’homosexualité active ».

Commençant leur réflexion de trois jours sur de tels faits, les évêques chiliens ne pouvaient finalement qu’aboutir à présenter collectivement leur démission au pape, qui décidera ainsi au cas par cas du sort de chacun d’eux.

Néanmoins, comme il le souligne aussi dans son message, « renvoyer les personnes ne suffit pas ».

« Chercher les racines »

« Les problèmes que nous vivons aujourd’hui dans la communauté ecclésiale ne trouveront pas de solutions seulement en abordant les cas concrets et en les réduisant au renvoi de personnes, affirme-t-il. Cela – je le dis clairement – il faut que nous le fassions mais ce n’est pas suffisant, il faut aller plus loin. Il serait irresponsable de notre part de ne pas approfondir en cherchant les racines et les structures qui ont permis à ces événements concrets de se produire et de se perpétuer. »

Dans un bref message aux évêques chiliens diffusé jeudi soir par le Saint-Siège, le pape annonçait des « changements (…) à court, moyen et long termes, nécessaires pour rétablir la justice et la communion ecclésiale» : les démissions qu’il choisira d’accepter ne seront donc qu’une première étape dans un vaste processus de transformation de l’Église chilienne.

Nicolas Senèze

Source La Croix 18/05/2018

Législatives au Liban : le Premier ministre Saad Hariri perd un tiers de ses sièges au Parlement

© Eric Feferberg, AFP | Saad Hariri, grand perdant des législatives libanaises du 6 mai.

© Eric Feferberg, AFP | Saad Hariri, grand perdant des législatives libanaises du 6 mai.

Le Premier ministre Saad Hariri a annoncé, lundi, que son mouvement avait perdu un tiers de ses sièges au sein du Parlement libanais, au lendemain des premières législatives organisées dans le pays depuis 2009.

Poids lourd de la scène politique libanaise, le Premier ministre et leader sunnite Saad Hariri a annoncé lundi 7 mai que son mouvement, le Courant du futur, avait perdu un tiers de ses sièges au sein du Parlement, au lendemain des élections législatives organisées dans le pays du Cèdre.

Son parti disposera 21 sièges de députés dans le nouvel hémicycle, contre 33 sièges dans le Parlement sortant (sur 128 au total), a-t-il annoncé lors d’une conférence de presse organisée à Beyrouth, alors que les résultats officiels n’ont toujours pas été publiés.

« Nous avions parié sur un meilleur résultat et un bloc parlementaire plus large », a-t-il concédé, justifiant cette défaite en pointant notamment du doigt l’adoption d’une nouvelle loi électorale en 2017. « Le problème de cette loi électorale, c’est que plein de gens ne l’ont pas comprise », a-t-il assuré. Il a toutefois reconnu que certaines « performances n’étaient pas à la hauteur », sans expliciter.

Le Hezbollah et ses alliés raflent la quasi-totalité des sièges chiites

La nouvelle loi, qui introduit pour la première fois un mode de scrutin proportionnel, a laissé perplexes bien des électeurs, parfois obligés de choisir parmi des listes électorales alliant leurs candidats favoris à des partis qu’ils ne soutiennent pas.

>> À lire : Proportionnelle, équilibre confessionnel… un système électoral complexe

De son côté, le grand rival de Saad Hariri, le mouvement politico-militaire chiite Hezbollah, l’un des principaux alliés de la République islamique d’Iran dans la région, semble en passe de confirmer son emprise sur la scène politique libanaise. Les estimations du parti chiite et des médias locaux indiquent que le mouvement de Hassan Nasrallah, et son allié le parti Amal, ont raflé la quasi-totalité des sièges chiites.

« Il y a une grande victoire morale et politique pour le choix de la résistance », a lancé Hassan Nasrallah, lors d’un discours retransmis à la télévision, sans toutefois donner le nombre de sièges remportés par son parti et ses alliés.

Les législatives de dimanche, les premières organisées depuis 2009, ont été marquées par un faible taux de participation, 49,2 %, dans un pays où la corruption, le clientélisme et le népotisme imputés à la classe politique font régner un certain désenchantement au sein de la population. Plus de 1 500 violations du processus électoral ont été enregistrées par une ONG spécialisée dans la suveillance des élections.

Source AFP 07/05/2018

 

Les Libanais aux urnes pour les premières législatives en neuf ans

Beyrouth (AFP)

© AFP | Photo d'une affiche électorale prise dans la localité méridionale de Marjayoun le 5 mai 2018, à la veille des élections législatives libanaises

© AFP | Photo d’une affiche électorale prise dans la localité méridionale de Marjayoun le 5 mai 2018, à la veille des élections législatives libanaises

Les Libanais sont appelés dimanche aux urnes pour des élections législatives, les premières en près d’une décennie, mais le scrutin ne devrait pas bouleverser l’ordre politique d’un pays aux équilibres fragiles, mis à rude épreuve par le tumulte régional.

Les bureaux de vote vont ouvrir à 07H00 (04H00 GMT) pour accueillir les quelque 3,7 millions d’électeurs, sous haute sécurité.

Le Parlement (128 députés) devrait être dominé par les partis traditionnels, parmi lesquels figure le puissant Hezbollah chiite, allié de la Syrie et de l’Iran.

Ces dernières années, le pays a connu des crises politiques à répétition, évitant, souvent de justesse, l’engrenage de la violence malgré une situation géographique sensible, entre la Syrie en guerre et Israël.

Entre 20.000 et 30.000 policiers et soldats seront déployés pour sécuriser le vote, a annoncé le ministère de l’Intérieur, dans un pays frappé ces dernières années par des attentats meurtriers.

Avec une classe politique accusée de corruption et de népotisme, dominée depuis longtemps par les mêmes partis et incapable de relancer une économie brinquebalante, la population ne s’attend à aucun changement majeur.

La campagne électorale s’est déroulée sans incident et partout les affiches et portraits géants des candidats -très rarement des femmes, même si un nombre record de 86 candidates se présentent- ont envahi les panneaux publicitaires et les façades des immeubles.

Malgré les profondes divergences et parfois même l’animosité, les décisions politiques majeures sont souvent prises par consensus entre les forces politiques rivales.

- Hezbollah -

Indépendamment de l’issue du scrutin, le Hezbollah, seule formation à ne pas avoir abandonné les armes après la guerre civile (1975-1990), devrait continuer de dominer le jeu politique, estiment les analystes. Le mouvement chiite devrait aussi profiter du morcellement du paysage électoral.

« Le nouveau Parlement ne sera pas une source de nuisance pour le Hezbollah. Il bénéficiera de l’absence d’une large coalition face à lui », confirme Imad Salamey, professeur de sciences politiques à l’Université libanaise américaine (LAU), à Beyrouth.

Les dernières législatives au Liban remontent à 2009. Le Parlement avait prorogé à trois reprises son mandat, invoquant notamment des risques sécuritaires liés au débordement de la guerre en Syrie.

Quelque 597 candidats répartis en 77 listes sont en lice, pour des législatives organisées pour la première fois selon un mode de scrutin proportionnel.

Mais la répartition des sièges est aussi régie par un subtil partage confessionnel, entre les différentes communautés religieuses, et respecte une parité islamo-chrétienne.

Les 1.880 bureaux de vote fermeront à 19H00 (16H00 GMT) et les résultats pourraient être annoncés dès le lendemain dans les 15 circonscriptions.

- Dossiers épineux -

La nouvelle loi électorale adoptée en 2017 a incité des candidats de la société civile à tenter une percée.

C’est le cas notamment de la coalition « Koullouna Watani », qui appelle les électeurs à se mobiliser contre l’establishment politique traditionnel.

Le Liban, qui accueille 1,5 millions de réfugiés venus de la Syrie voisine, n’échappe pas aux répercussions du conflit.

Le Hezbollah intervient d’ailleurs militairement au côté du régime syrien, et même si cet engagement divise la classe politique, les candidats se sont abstenus d’évoquer la délicate question de son arsenal militaire.

Son grand rival, le Premier ministre Saad Hariri, soutenu par l’Arabie saoudite, devrait conserver son poste, même si sa formation, le Courant du Futur, risque de perdre plusieurs sièges.

Les prochains élus devront se pencher sur des questions politiques, sociales, mais aussi économiques majeures, dans un pays où la population subit notamment des coupures d’électricité quotidiennes depuis plusieurs années, des pénuries d’eau régulières et un problème de gestion des déchets ménagers qui perdure depuis trois ans.

Le Liban doit par ailleurs se lancer dans ses premières explorations d’hydrocarbures en Méditerranée, une possible manne financière qui pourrait aider un pays qui croule sous une dette publique culminant à 150% du PIB, le troisième taux le plus élevé à l?échelle mondiale.

Source AFP 06/05/2018

« Les Libanais ont toujours l’impression d’être dans un “entre-deux-guerres” »

 Illustration tirée du livre « Ma Très Grande Mélancolie Arabe », publié aux éditions P.O.L en 2017 Illustration tirée du livre « Ma Très Grande Mélancolie Arabe », publié aux éditions P.O.L en 2017 Lamia Ziadé

Illustration tirée du livre « Ma Très Grande Mélancolie Arabe », publié aux éditions P.O.L en 2017

A l’occasion des élections législatives du 6 mai, Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et professeur de relations internationales à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, décrypte le fonctionnement du système politique libanais.

Un premier scrutin après neuf années sans élections, une nouvelle loi électorale qui fait la part belle à la proportionnelle, des nouveaux candidats issus de la société civile… L’élection du 6 mai peut-elle conduire à un renouvellement de la classe politique libanaise ?

Ce sera la première élection adoptant le mode de scrutin proportionnel, qui était l’une des plus anciennes revendications des forces de changement et de la société civile libanaise. Il existe une vraie colère à l’égard des partis traditionnels, qui ont lamentablement failli dans leur gestion des affaires publiques. La crise des déchets, à l’été 2015 [manifestations contre le gouvernement à la suite de l’envahissement des rues de Beyrouth par des piles d’ordures], avait mis en lumière cette incurie.

Il y a enfin un désir de renouveau, qui s’était déjà exprimé en 2016 aux municipales de Beyrouth et qui est aujourd’hui porté par des listes indépendantes. On aurait donc pu penser que les conditions étaient réunies pour que se lève une vague de « dégagisme », qui aurait conduit à l’entrée au Parlement d’une vingtaine de figures réformatrices. Mais je crains que nous ne rations cette occasion de renouvellement.

Les sondages donnent les listes de la société civile en deçà du seuil d’éligibilité dans la quasi-totalité des circonscriptions. Le plus probable est que nous n’aurons que quelques petites surprises, qui ne changeront rien à l’équilibre des forces et que [le premier ministre] Saad Hariri sera reconduit à la tête d’un gouvernement d’union.

Benjamin Barthe

Lire la suite de l’article

Source Le Monde 27/04/2018

 

 

Congé parental : la France à la manoeuvre pour bloquer une directive européenne favorable à l’égalité femmes-hommes

Pour Emmanuel Macron, l'application de cette directive aurait un coût trop important pour les finances françaises. - Frederick FLORIN / AFP

Pour Emmanuel Macron, l’application de cette directive aurait un coût trop important pour les finances françaises. – Frederick FLORIN / AFP

Un projet de directive européenne ambitionne d’élargir le cadre des congés parentaux dans tous les pays membres pour « équilibrer » l’utilisation qui en est faite entre les femmes et les hommes. Sauf qu’elle pourrait ne jamais s’appliquer, la France s’y opposant aux côtés de la Hongrie et de l’Autriche.

Emmanuel Macron avait décrété l’égalité femme-homme « grande cause » de son quinquennat. A peine un an après son élection comme président de la République, ces bonnes intentions commencent (déjà) à s’écorner. Alors qu’un projet de directive européenne vise à équilibrer le recours aux congés parentaux entre les hommes et les femmes dans toute l’Union européenne (UE), la France s’y oppose et pourrait faire échouer son adoption. « J’en approuve le principe, précisait pourtant le chef de l’Etat, de passage au Parlement européen le 18 avril. Mais les modalités ont un coût qui est potentiellement explosif » pour le système social français.

Trois types de congés pour toute l’UE

Ce projet de directive dite « d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle » devait être un des éléments du futur « socle des droits sociaux » minimums communs à tous les pays membres. Face au reproche d’une Europe loin d’être assez « sociale », les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE avaient approuvé toute une série de mesures provenant de la Commission européenne « pour l’égalité » au mois de novembre 2017 à Göteborg (Suède). Trois types de congés devaient être imposés sur tout le territoire. D’abord, un congé paternité de dix jours à la naissance de l’enfant, ce dont la France dispose déjà. Ensuite, un congé parental de quatre mois pour chaque parent, indemnisé sur la base de l’arrêt maladie par les Etats (un couple pourrait ainsi disposer de 8 mois au maximum, à condition que chacun prenne bien 4 mois). Et, enfin, un droit à cinq jours de congé par an pour tout parent ayant à « s’occuper de proches gravement malades ou en situation de dépendance ».

Pour de nombreux pays européens, ces mesures apparaîtraient comme quasiment révolutionnaires. En Allemagne, en Croatie, en Slovaquie ou en République Tchèque, par exemple, le congé paternité n’existe tout simplement pas. En France aussi, cette directive apporterait quelques avancées sociales en ce qui concerne l’indemnisation des congés parentaux. Aujourd’hui, une fois le congé maternité passé (10 semaines après l’accouchement) ou paternité (11 jours), les parents ont la possibilité de prendre un congé parental pendant un an. Le problème, c’est qu’il n’est que très faiblement indemnisé. En bénéficiant de l’allocation PreParE (prestation partagée d’éducation de l’enfant), ils ne reçoivent que 396,01 euros par mois. Mais si cette directive était adoptée, l’indemnisation mensuelle serait indexée sur la base d’indemnisation des arrêts maladie pendant les quatre premiers mois. Ainsi, le parent recevrait chaque jour, par l’Etat, 50% de son salaire journalier. Soit une indemnité de pratiquement 900 euros pour un salarié touchant habituellement 2.000 euros par mois par exemple. Un coût « insoutenable » pour les caisses françaises selon Emmanuel Macron.

 

Un congé parental plus attrayant = moins d’enfants en crèche

« Faux ! », répond Yann Serieyx, représentant de l’Union nationale des associations familiales françaises (Unaf), auprès de Marianne. Avec 48 autres associations, l’Unaf a adressé une lettre ouverte au président. Ils le prient de rendre possibles ces « avancées sociales » pour « des millions de familles européennes », pour un coût qu’il estime « limité, voire nul » pour les finances françaises. « Si le congé parental est plus attrayant, davantage de pères le prendront et cela libérera des places en crèche. Aujourd’hui, chaque enfant en crèche coûte à l’Etat près de 1.700 euros. C’est considérable », nous explique-t-il.

Mais surtout, pour Yann Serieyx, cette directive amènerait la France sur le chemin d’une égalité entre les sexes face aux tâches domestiques. « Une mesure comme celle-ci permettrait la bi-activité des couples. Les deux parents pourraient se permettre de se relayer auprès de l’enfant avant de reprendre leur activité sans de trop grandes pertes d’argent. Cela ne peut qu’améliorer le taux d’activité des femmes après une grossesse », détaille-t-il. Selon une étude menée par l’OCDE en 2016, les hommes ne représentent que 4% des parents qui prennent un congé parental…

« Soutenir cette directive, c’est soutenir l’idée que l’éducation d’un enfant se porte à deux, à égalité, et ceci quel que soit le sexe des parents », souligne le député européen Edouard Martin (PSE), membre de la commission « Droits de la femme et égalité des genres » au Parlement européen, pour Marianne. Même s’il est un élu français, il a été le premier surpris de la position de son pays sur ce dossier… et de sa stratégie. « La France a coordonné un blocage en réunissant autour d’elle quatorze pays. Si la situation reste telle qu’elle est, le texte ne sera pas examiné au Conseil le 25 mai comme cela était prévu, minorité de blocage oblige », précise-t-il.

 

Mains dans la main avec l’Autriche, l’Allemagne et la Hongrie

Et les visages des amis de circonstance de Paris ont de quoi surprendre. On y retrouve l’Autriche, dont le gouvernement est composé de ministres d’extrême droite, la Hongrie de Victor Orban, qui s’est distinguée par la récente distribution de manuels scolaires officiels expliquant que « les femmes sont bonnes pour la cuisine, leur rôle c’est de s’occuper de la maison et de faire des enfants », comme l’a signalé L’Obs. Puis toute une bardée d’autres pays de l’est (Croatie, Lettonie, Roumanie, Slovaquie), peu connus pour leurs politiques sociales, et quelques voisins plus proches comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, par exemple.

Une situation qui étonne. D’autant qu’en janvier dernier, la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, disait étudier « toutes les possibilités d’allongement (du congé paternité), mais aussi de meilleures rémunérations ». Contacté, le secrétariat d’Etat n’a pas donné suite à nos sollicitations. Mais déjà à l’époque, elle précisait : « Il ne s’agit pas de dire oui pour faire plaisir à l’opinion ou d’aller vers un totem sans savoir comment le financer. » Tout est là : le budget d’abord, les droits ensuite.

Anthony Cortes

Source Marianne Le 03.05.2018

Voir aussi : Droit des femmes,

À l’ONU, l’isolement américain se confirme sur Jérusalem

L’ambassadeur Riyad Mansour, observateur permanent de la Palestine aux Nations-Unies, lors de l’assemblée générale à New York. / SPENCER PLATT/AFP

L’ambassadeur Riyad Mansour, observateur permanent de la Palestine aux Nations-Unies, lors de l’assemblée générale à New York. / SPENCER PLATT/AFP

Une large majorité d’États membres a approuvé le texte dénonçant la décision américaine sur la Ville Sainte, un nouveau camouflet pour Washington

Comme prévu par les connaisseurs avisés de l’ONU, la résolution sur Jérusalem a recueilli une large majorité des suffrages parmi les 193 membres de l’Assemblée générale. Au total, 128 États ont approuvé ce texte soumis au vote jeudi 21 décembre, à New York, et condamnant la reconnaissance américaine de la Ville Sainte comme capitale d’Israël. Aussi, 35 pays ont décidé de s’abstenir et 9 l’ont rejeté.

Dans la foulée, les Palestiniens ont vu dans cette large majorité la preuve d’un soutien international dont ils se sont félicités. Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, avait quant à lui rejeté les résultats par avance, qualifiant les Nations unies de « maison de mensonges ».

Réaction au véto américain

Le vote résulte d’une proposition commune du Yémen et de la Turquie, que les deux pays ont faite au titre de la présidence du Groupe des pays arabes à l’ONU pour le premier, et du sommet de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI) pour le second. Dans une lettre datée de lundi 18 décembre, leurs représentants aux Nations unies avaient demandé « la poursuite urgente » de la session spéciale de l’Assemblée à générale « à la lumière du véto des États-Unis » intervenu un peu plus tôt le même jour.

À (re) lire : La décision sur Jérusalem « illégale » pour les musulmans

Isolement américain

Une référence au rejet par Washington d’un projet de texte présenté au Conseil de sécurité par l’Égypte afin de rendre « nulle et non avenue » la décision de Donald Trump. Des quinze membres du Conseil de sécurité, les États-Unis avaient alors été les seuls à s’opposer à la résolution égyptienne. Les quatorze autres, qu’ils soient permanents comme la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni, ou non, comme le Sénégal, la Suède ou le Japon, l’avaient approuvé. Un camouflet pour les États-Unis qui, malgré leur droit de veto, ont alors pu mesurer leur isolement diplomatique.

Menaces vaines

Pour éviter un nouveau revers jeudi 21 décembre, Washington avait multiplié les pressions à l’approche du vote de l’Assemblée générale où, si les textes approuvés ne sont pas contraignants, aucun veto n’est possible contrairement au Conseil de sécurité. « Nous nous en souviendrons quand on nous demandera encore une fois de verser la plus importante contribution », avait menacé Nikki Haley, la représentante américaine à l’ONU, avant même le scrutin. Plus tôt, elle avait déjà prévenu : « Le président observera attentivement ce vote et il a demandé que je lui signale les pays qui auront voté contre nous », avait ainsi prévenu Nikki Haley, la représentante américaine à l’ONU. Des menaces qui n’ont pas porté leurs fruits.

Marianne Meunier
Source La Croix 21/12/2017
Source