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Conflit en mer d’Azov : quels enjeux pour Moscou et pour Kiev

La guerre d’usure à la russe

Le journal libéral suédois Expressen reconnaît dans les récents événements le mode opératoire russe :

Il y a longtemps que le Kremlin utilise son voisin comme un laboratoire expérimental où il met à l’essai des stratégies militaires à la limite de la légalité. En 2014, la péninsule criméenne a été occupée par des unités spéciales russes sans insigne – les fameux ‘petits hommes verts’ – qui ont longtemps confondu le monde et placé l’Ukraine devant le fait établi. … La stratégie du Kremlin est celle d’une guerre d’usure : il use de changements de positions minimes, qui, pris isolément, ne sauraient justifier une entrée en guerre, mais font durablement pencher le rapport de forces à la faveur de la Russie. Vladimir Poutine a besoin d’une crise. La réforme des retraites a porté un coup dur à sa popularité dans les sondages d’opinion. … Ne le laissez pas croquer impunément un autre morceau de l’Ukraine.»

Photo de deux des trois navires ukrainiens capturés, diffusée par les autorités russes. (© picture-alliance/dpa)

Photo de deux des trois navires ukrainiens capturés, diffusée par les autorités russes. (© picture-alliance/dpa)

Une humiliation insoutenable pour la Russie

The Guardian estime que l’heure de la revanche a sonné pour Moscou, exclue du nouvel ordre politique européen à

La fin de la guerre froide

Ce qui est flagrant, c’est l’absence en Europe aujourd’hui d’un forum collectif au sein duquel on puisse discuter et éventuellement résoudre de telles escalades. A la fin de la guerre froide, il n’y a eu aucune révision des traités de Yalta et de Potsdam. Aucun nouveau traité n’a été conclu avec la Russie. La tentative d’encerclement militaire du pays par l’OTAN a été aussi inconsidérée que l’accueil à Londres de tous les oligarques et tous les kleptocrates de Moscou. Il n’est pas impossible que les historiens comparent un jour le traitement réservé à une Russie vaincue et abattue dans les années 1990 à celui réservé à l’Allemagne après 1918.»

PCF: derrière une péripétie historique, un inexorable déclin

Le désaveu de Pierre Laurent restera un événement historique dans la trajectoire du PCF. Il est en revanche douteux que son successeur soit porteur d’une alternative doctrinale ou stratégique. La marginalisation du parti semble inévitable.

220x220-ctLe 38e congrès du Parti communiste français (PCF), qui se tient à Ivry-sur-Seine jusqu’au dimanche 25 novembre, restera dans les annales. Pour la première fois dans l’histoire de cette organisation de gauche radicale, née en 1920 comme « Section française de l’Internationale communiste », un vote de la base a conduit à évincer le secrétaire national d’un poste qu’il souhaitait conserver.

« C’est sans précédent, nous confirme l’historien Roger Martelli, ancien membre du PCF et directeur de la publication de Regards. Généralement, le secrétaire national désignait son successeur, ou le bureau politique se mettait d’accord sur un nom faisant consensus. » Formellement, c’est la commission des candidatures qui aura empêché Pierre Laurent de mener une liste commune lui permettant de rester à la tête du parti. Cette décision n’a cependant fait que traduire un désaveu émis par les militants eux-mêmes au mois d’octobre, lorsqu’ils se sont prononcés pour les textes d’orientation du congrès et ont mis en minorité celui de la direction sortante.

Si une voie de sortie honorable a été ménagée à Pierre Laurent ­– il devrait présider le conseil national (le parlement du parti) –, les ressources en légitimité et capacité décisionnaire seront bien détenues par Fabien Roussel, le nouveau patron en titre. « Je ne crois pas à un scénario de duopôle, abonde Martelli, parce que ce n’est pas dans la tradition partisane. La seule fois où le PCF a tenté une dyarchie, c’était en 2001, lorsque Robert Hue était président et Marie-Georges Buffet secrétaire. Cela ne fonctionnait pas et n’était pas considéré comme pérenne par les dirigeants du parti. »

Faut-il voir dans cet événement la vraie fin du « centralisme démocratique » ? Ce principe d’organisation, typique des partis communistes bolchévisés par l’URSS, voulait que tous les membres soient tenus par les décisions venues de l’échelon supérieur. En contrepartie de cette discipline, l’élection des responsables des échelons était censée répercuter, dans toute la structure pyramidale du PCF, la volonté des militants de base rassemblés en « cellules ».

En réalité, cette dimension démocratique était complètement tronquée par le fonctionnement réel du parti. Plusieurs mécanismes garantissaient l’absence de contestation des choix de la direction : la sélection et la cooptation des candidats, la formation des futurs dirigeants dans des écoles du parti, l’occupation de certains postes par des permanents… Ou encore l’impossibilité pour des organes de même niveau d’établir des liens horizontaux, afin qu’ils ne nouent pas d’alliances contre les décisions verticales – une pratique dont on retrouve ironiquement certains échos dans des partis contemporains, qui préfèrent se définir comme des « mouvements ».

Au bout du compte, résumait Pierre Lévêque dans sa synthèse sur les forces politiques françaises, « le système n’autorisait à tous les échelons que des débats sur l’application d’une ligne politique qui n’était effectivement discutée et mise au point qu’au sommet (bureau politique et secrétariat) ». C’est donc un centralisme « autoritaire » qui prévalait plutôt et s’adossait à une culture de valorisation extrême de l’unité, dont on peut encore retrouver la trace dans la volonté actuelle d’empêcher toute compétition publique pour la répartition des postes du parti.

Dans les statuts, cela fait bien longtemps que le centralisme dit démocratique a été abandonné. De plus en plus contesté à partir des années 1970, avec un certain nombre de purges et dissidences à la clé, il a été officiellement mis au rebut en 1994. Contactée par Mediapart, la politiste Fabienne Greffet rappelle que cette évolution s’inscrivait dans une série de réformes organisationnelles devant assurer la « mutation » d’un parti déstabilisé par l’effondrement du monde soviétique.

De fait, la structure autoritaire de l’organisation communiste s’est peu à peu relâchée. La diversité idéologique a enfin été reconnue, tout comme le droit d’exprimer un désaccord publiquement, ainsi qu’une certaine d’autonomie d’action pour chaque niveau organisationnel. Des principes tels que la parité femmes/hommes, la rotation des fonctions et le non-cumul des mandats ont été introduits. Avec parcimonie, quelques consultations directes des adhérents ont même été organisées.

Au fil des années, ce sont bien ces règles et ce climat nouveaux qui ont rendu possible la remise en cause de la direction sortante, et surtout de son chef. Dès 2016, des épisodes alarmants pour Pierre Laurent s’étaient d’ailleurs produits. Cette année-là, le texte d’orientation du conseil national sortant était resté majoritaire, mais avec un score nettement plus modeste que d’habitude (51,2 %). Quelques mois plus tard, la conférence nationale convoquée par la direction avait soutenu une stratégie consistant à présenter un candidat communiste à l’élection présidentielle, même contre Jean-Luc Mélenchon. Pierre Laurent avait regretté ce choix et demandé aux adhérents de désavouer cette conférence, ce qu’ils n’avaient fait qu’à une faible majorité (53,6 %).

Un processus de perte de confiance et de divisions inédites de la base militante était donc à l’œuvre, qui est apparu avec encore plus de force lors du congrès actuel. Au passage, on pouvait aussi repérer dès cette consultation de 2016 la méfiance prononcée des adhérents communistes envers le leader de La France insoumise. Elle augurait du faible score du texte signé par la députée Elsa Faucillon, qui défendait pour ce congrès un « Front commun » avec la FI, sur la base d’un « écocommunisme […] sans hiérarchie des luttes émancipatrices ». Difficile de voir, en revanche, des différences de fond très nettes entre l’alliance des forces qui ont triomphé de Pierre Laurent et la ligne affichée par ce dernier.

Historique, le départ contraint du secrétaire national ne débouche sur aucun virage doctrinal et stratégique qui soit clair, neuf ou ambitieux. La différence entre les deux sensibilités incarnées par Pierre Laurent et Fabien Roussel ne saute en effet pas aux yeux, et les compromis finaux du congrès l’ont encore estompée.

L’orientation défendue par Roussel était certes davantage soutenue par ceux qu’il est convenu d’appeler les « identitaires ». Un des vieux antagonismes du PCF, rappelle le politiste Dominique Andolfatto, réside dans l’opposition entre « les plus nostalgiques du parti de masse et dominateur d’autrefois, et les modernistes ou réalistes, qui ont une vision plus séculière ou opérationnelle du parti (un outil parmi d’autres pour reconstruire la gauche) ». Mais si le texte signé par Roussel évoquait bien « le rôle irremplaçable » du PCF, il n’écartait pas la perspective de rassemblements plus larges. Quant au texte signé par Laurent, il appelait à un « nouveau front social et politique », tout en affirmant la « vocation [des communistes] à être présents à toutes les élections ». La nuance est pour le moins subtile…

De plus, contrairement à une idée reçue, ce n’est pas parce que Roussel vient de la fédération du Nord qu’il campera nécessairement sur une ligne plus sectaire en termes de rapports avec les autres forces de gauche. « On met souvent cette fédération dans le même sac que celle du Pas-de-Calais, connue pour son âpreté dans la lutte des classes, mais elles ne sont pas identiques, met en garde Roger Martelli. On trouve dans le Nord un mélange entre une affirmation ouvrière très forte et des pratiques d’alliances très larges. Il n’y a là rien d’incohérent pour certains communistes, qui voient le PCF comme le parti de la classe ouvrière, mais une classe ouvrière qui ne saurait diriger toute seule le pays. »

Réaffirmer l’identité communiste tout en pratiquant une stratégie électorale à la carte ? Si un tel cap devait être choisi, on voit mal comment il pourrait répondre au déclin continu subi par le PCF. Plus que jamais, ce parti est l’ombre de ce qu’il fut, sans que des capacités de rebond soient vraiment repérables. Quoi que l’organisation communiste fasse, l’heure d’une reconversion réussie semble être définitivement passée. Comme si son obsolescence, pas forcément programmée, n’en était pas moins acquise.

L’examen des données électorales est implacable (voir le graphique ci-dessous). Alors que le PCF pesait un cinquième des suffrages exprimés aux législatives de 1978, il en a recueilli moins de 3 % à celles de 2017. Son score a ainsi été divisé par sept en 40 ans, avec des plongeons brutaux qui ont suivi autant des raidissements identitaires que des participations à des gouvernements socialistes. Le sursaut le plus récent, en 2012, s’inscrivait dans la dynamique du défunt Front de gauche. Laissé à ses seules forces, le PCF n’a plus qu’une capacité d’attraction marginale. Au niveau local aussi, l’implantation du parti a fondu inexorablement, si bien qu’il est aujourd’hui absent de pans entiers du territoire.

Les résistances au changement étaient sans doute trop fortes pour échapper à temps au déclin qui a concerné toute la famille des partis communistes occidentaux. Des dirigeants avaient bien réussi à promouvoir des idées eurocommunistes au cours des années 1970, parmi lesquelles la critique systémique de l’URSS, l’appel à la démocratisation interne et l’ouverture à des luttes nouvelles. Ces germes de reconversion en une gauche alternative, plus adaptée aux transformations sociodémographiques des pays occidentaux, ont cependant été tués à la naissance par Georges Marchais. Lorsque de nouvelles tentatives ont eu lieu après la chute de l’URSS, il était trop tard. Le parti avait perdu depuis quinze ans son statut de premier parti de gauche, et n’était devenu qu’un partenaire parmi d’autres du parti socialiste.

Du reste, la mutation engagée sous Robert Hue s’est traduite par une participation gouvernementale à la « gauche plurielle » (1997-2002), qui s’est révélée désastreuse en termes de crédibilité et de performance électorale. Et en dépit d’évolutions doctrinales sur les questions de société et l’écologie, le PCF est resté mal à l’aise avec de nombreux enjeux, comme le nucléaire ou les grands projets inutiles, en raison de la persistance d’un ethos productiviste. En plus de l’accumulation de virages tactiques, qui ont rendu peu lisible leur identité, les communistes ont par ailleurs évité toute personnalisation de la vie politique, ce qui les a rendus vulnérables à l’apparition de figures plus inspirantes dans la gauche radicale, qu’il s’agisse – dans des styles certes différents – d’Olivier Besancenot en 2002 et 2007 ou de Jean-Luc Mélenchon à partir de 2009.

Non content de perdre du terrain et de brouiller son image, le PCF s’est aussi banalisé dans la société. Sa surreprésentation dans les milieux ouvriers et même populaires a décliné. Surtout, son électorat a vieilli. La même tendance peut être observée du côté des militants. Elle explique l’érosion irrémédiable de leurs effectifs tout au long des dix dernières années, durant lesquelles on dispose d’une estimation fiable de celles et ceux qui sont à jour de cotisation (voir le graphique ci-dessous). De presque 80 000, le nombre d’adhérents a ainsi diminué jusqu’à moins de 50 000.

Fabien Roussel prend donc les rênes d’un parti qui ne peut plus assurer seul sa survie et dont les péripéties ressemblent depuis quelques années à l’épilogue sans fin d’une histoire bientôt séculaire. Le drame, pour l’instant, c’est que le PCF ne dispose pas non plus d’un partenaire susceptible de lui garantir cette survie : les relations avec la FI (elle-même en construction) sont exécrables ; le PS s’est effondré ; et les autres appareils luttent tout autant pour leur existence dans le champ éclaté de la gauche.

Source : Médiapart 25/11/2018

Le parti pro-indépendantiste au pouvoir à Taïwan battu lors des élections locales

© Tyrone Siu, Reuters | Les partisans du parti d'opposition explosent de joie, samedi 24 novembre 2018 à Kaohsiung.

© Tyrone Siu, Reuters | Les partisans du parti d’opposition explosent de joie, samedi 24 novembre 2018 à Kaohsiung.

L’échec du parti pro-indépendantiste au pouvoir lors d’élections locales à Taïwan a conduit samedi la présidente Tsai Ing-wen à quitter la direction de sa formation. Le parti d’opposition Kuomintang, plus enclin à des compromis avec Pékin, progresse.

Le parti pro-indépendantiste au pouvoir à Taïwan a essuyé samedi 24 novembre une défaite cinglante lors d’élections locales, conduisant la présidente Tsai Ing-wen à quitter la direction de sa formation.

Les 19 millions d’électeurs votaient pour leurs représentants au niveau des villages, villes, comtés et grandes agglomérations, et notamment les maires des 22 villes et comtés du pays. Le Kuomintang, principal parti d’opposition, plus enclin à des compromis avec la Chine, affirme avoir remporté 15 de ces 22 sièges, contre six lors du précédent scrutin. Le Parti démocrate progressiste (PPD), qui détenait 13 sièges, a affirmé en avoir remporté seulement six.

>> À lire aussi : « Les élections locales à Taïwan suivies de près par Pékin »

Tsai Ing-wen et le PPD sont ainsi sanctionnés pour la détérioration des liens avec la Chine, qui considère toujours Taïwan comme une partie intégrante de son territoire susceptible d’être reprise par la force.

« Sincères excuses » de la présidente

« En tant que dirigeante du parti au pouvoir, j’assumerai la totale responsabilité du résultat des élections locales d’aujourd’hui. Je démissionne de mon poste de présidente du PPD », a annoncé Tsai Ing-wen à la presse. « Nos efforts n’ont pas été suffisants et nous avons déçu nos partisans qui ont combattu à nos côtés. Je tiens à exprimer mes plus sincères excuses. »

Tsai Ing-wen a également indiqué qu’elle refusait la démission de son Premier ministre, William Lai. « Les résultats électoraux ont montré que le peuple n’était pas satisfait. J’en suis désolé et j’ai présenté ma démission à la présidente Tsai Ing-wen afin de reconnaître ma responsabilité politique », avait-il déclaré sur Facebook.

Tsai Ing-wen, élue en 2016, avait présenté ces élections comme une manière de « dire au monde » que Taïwan n’allait jamais plier devant Pékin, ce qui a accru la pression militaire et diplomatique dans la région. Pendant la campagne électorale, Tsai Ing-wen et les responsables du PPD avaient accusé à plusieurs reprises la Chine d’avoir diffusé des « fake news », ce que Pékin avait démenti.

La Chine continentale et Taïwan sont dirigés par des régimes rivaux depuis 1949, après une guerre civile entre communistes établis à Pékin et nationalistes du Kuomintang (KMT) réfugiés à Taipei.

Les Taïwanais contre le mariage homosexuel

En parallèle des élections, les Taïwanais se sont en majorité prononcés contre le mariage homosexuel, lors de référendums concurrents opposant partisans et adversaires du mariage gay. Un référendum stipulant que le mariage devait être une union entre un homme et une femme a réuni plus de six millions de voix, largement plus que le soutien apporté à un référendum en faveur de ce droit pour les couples homosexuels.

Ces résultats reflètent les fractures de la société sur ce sujet alors que le gouvernement tarde à appliquer une décision rendue il y a plus d’un an par la Cour constitutionnelle légalisant le mariage homosexuel.

Source : AFP et Reuters 24/11/2018

Finance Europe : les quatorze banques à surveiller de près

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Pour le vice-président de la Banque centrale européenne (BCE) Luis de Guindos, une douzaine de banques de la zone euro ne seraient pas suffisamment capables de soutenir une crise d’importance. Elles représentent « une zone de vulnérabilité » et vont faire l’objet d’une surveillance attentive. Il faut y ajouter deux banques britanniques pour obtenir le panorama des établissements européens qui posent problème selon les critères des régulateurs.

S’il y avait une nouvelle crise

Le commentaire de Luis de Guindos fait suite à la publication début novembre par l’Autorité bancaire européenne (EBA) des résultats de ses derniers « stress tests ». Comme n’importe quelle entreprise, les banques en difficulté épongent leurs pertes grâce à leur capital, ce que leur apportent leurs actionnaires.

L’EBA cherche donc à tester si en cas de situation de stress, soit une récession forte accompagnée de turbulences sur les marchés financiers, les banques auraient assez de capital pour faire face.

Or, pour douze établissements de la zone euro, plus deux britanniques, le niveau actuel de leur capital apparaît insuffisant.

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Trois éléments d’inquiétude

Ce résultat est inquiétant à plusieurs titres. Les banques en question sont réparties dans sept pays européens (Allemagne, Autriche, Espagne, France, Irlande, Italie, Royaume-Uni), multipliant ainsi les points de fragilité.

De plus, selon la dernière liste établie mi-novembre par le Conseil de stabilité financière, en charge de la coordination de la régulation financière au niveau mondial, sur les quatorze établissements, quatre sont considérés comme « systémiques », c’est-à-dire dont les déboires individuels sont susceptibles de provoquer une crise nationale ou mondiale, Ainsi, BNP Paribas, Deutsche Bank, Barclays et Société générale, respectivement, deuxième, quatrième, sixième et septième plus grosses banques européennes ne disposent pas, selon les calculs de l’EBA, d’un niveau de capitalisation suffisant pour leur permettre d’absorber les pertes issues d’une crise sévère tout en conservant la confiance des investisseurs. Dans une telle situation, leur niveau de capital actuel ne garantit pas leur survie.

Enfin, on peut s’interroger sur le niveau de risque tel qu’il a été énoncé par Luis de Guindos. Ce dernier pointe en position délicate des établissements qui, du fait d’une crise, se retrouveraient avec un capital inférieur à 9 % des activités de la banque – pondérées par le niveau de risque de chaque activité –, signe que leur niveau de capital initial, avant la crise, était insuffisant. Mais que signifie « insuffisant » ?

Donald Trump, l’assassinat de Jamal Khashoggi et… l’Iran

« Le monde est un endroit très dangereux ! » · Quelques réflexions sur la déclaration de Donald Trump concernant l’assassinat de Jamal Khashoggi, alors que le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman s’apprête à se rendre au sommet du G-20 à Buenos-Aires à la fin du mois.

Donald Trump et Mohamed Ben Salman dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, 14 mars 2017. Shealah Craighead

Donald Trump et Mohamed Ben Salman dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, 14 mars 2017. Shealah Craighead

Le président américain Donald Trump vient de rendre publique une déclaration sur l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Sa tache était d’autant plus difficile que le Washington Post avait divulgué des informations selon lesquelles la CIA était convaincue de la culpabilité du prince hériter saoudien Mohamed Ben Salman (MBS) dans ce crime, ce que confirment toutes les informations rendues disponibles par la Turquie. Ce texte de Donald Trump est un cas d’école. On hésite sur la manière de le qualifier : cynisme, arrogance, mépris de la vérité, mais une chose est sûre, il fera date dans les annales de l’histoire de la diplomatie.

Le titre d’abord : « Le monde est un endroit très dangereux ! » sert, dès le départ, à déplacer le problème qui n’est plus l’assassinat barbare de Khashoggi, mais… l’Iran. C’est d’ailleurs contre ce pays que débute la diatribe du président américain : « L’Iran est responsable d’une guerre sanglante par procuration contre l’Arabie saoudite au Yémen, qui tente de déstabiliser la fragile tentative de démocratie de l’Irak, soutient le groupe terroriste Hezbollah au Liban, soutient le dictateur Bachar Al-Assad en Syrie (qui a tué des millions de ses propres citoyens), et bien plus. De même, les Iraniens ont tué de nombreux Américains et d’autres innocents dans tout le Moyen-Orient. L’Iran déclare ouvertement, et avec une grande force : « Mort à l’Amérique ! » et « Mort à Israël ! » L’Iran est considéré comme « le premier sponsor mondial du terrorisme ». »

On pourrait rappeler bien des faits que le président semble oublier : que c’est l’Arabie saoudite qui a déclenché la guerre contre le Yémen ; que c’est l’intervention américaine en Irak qui a déstabilisé le pays ; que, si les Iraniens ont tué des Américains, ces derniers ont mené une guerre permanente contre leur pays ; que ce sont les États-Unis et Israël seuls qui considèrent l’Iran comme « le premier sponsor du terrorisme », etc. Mais nous savons que le président américain n’est ni un connaisseur de l’histoire de la région, ni un expert en géopolitique. On peut cependant insister sur un point : à l’heure où Trump tente de mobiliser le monde arabe et Israël contre l’Iran, un pays qui symboliserait « le Mal », il aura du mal à se réclamer d’une quelconque « supériorité morale » sur son adversaire s’il entérine la politique saoudienne. Même s’il sait pouvoir compter sur les cercles pro-israéliens à Washington et sur le gouvernement de Tel-Aviv qui ont été, depuis deux mois, les plus fermes soutiens de MBS.

Or c’est ce qu’il fait tout au long de son texte. Il affirme ainsi, contre toute vraisemblance, que l’Arabie « se retirerait volontiers du Yémen si les Iraniens acceptaient de partir ». Il est inutile de revenir longuement sur ce mensonge, sur la manière dont l’Arabie et ses alliés ont déclenché une guerre d’agression, détruit le pays, visé les civils, affamé sa population. Ni sur le fait que l’implication réelle mais limitée des Iraniens au Yémen est venue en réponse à cette intervention, les houthistes se cherchant des alliés.

Mais Trump se veut « réaliste », soucieux des intérêts économiques des États-Unis. Il insiste sur le fait que l’Arabie saoudite aurait accepté, après sa visite à ce pays en 2017, d’acheter pour 450 milliards de dollars (395 milliards d’euros) de produits américains, dont 110 (96 milliards d’euros) en matériels militaires. Mais tous ces chiffres ont été gonflés, la presse américaine l’a démontré à plusieurs reprises. Ils incluent des contrats signés sous la présidence Obama, comme de simples déclarations d’intention. Et Trump a aussi avancé des chiffres fantaisistes sur le nombre d’emplois que cela représenterait pour les États-Unis, allant jusqu’à un million — toute l’industrie de l’armement emploie moins de 400 000 personnes ! Fake news comme dirait Trump. Et même ces chiffres justifient-ils un appui inconditionnel à Riyad ?

« Notre pays n’approuve pas » ce crime

Il est significatif que le jour même où Trump faisait cette déclaration, Human Rights Watch révélait, dans un communiqué, que des actes de torture avaient été pratiqués contre les Saoudiennes arrêtées récemment — pratique il est vrai courante dans le royaume. Qu’importe toutes ces bavures, du moment que l’Arabie est « notre alliée » contre l’Iran, pays auquel le président américain a décidé de déclarer la guerre ! Comme le disait le président Franklin D. Roosevelt à propos du dictateur nicaraguayen Anastasio Somoza, « c’est peut-être un fils de p…, mais c’est notre fils de p… » Et on se souvient du soutien des États-Unis au régime du chah en Iran.

C’est dans cette perspective que Trump analyse le crime contre Khashoggi : « Notre pays ne l’approuve pas. » Ne l’approuve pas ? Un peu faible comme condamnation. Et Trump reprend ensuite les allégations de Riyad selon lesquelles Khashoggi « était un « ennemi de l’État » et un membre des Frères musulmans », des mensonges qui servent à atténuer la portée du crime commis. Et quid de la responsabilité de ce crime ? Là on touche au sublime : « Le roi Salman et le prince héritier Mohamed Ben Salman nient vigoureusement avoir eu connaissance de la planification ou de l’exécution du meurtre de M. Khashoggi. Nos services de renseignement continuent d’évaluer toute l’information, mais il se pourrait très bien que le prince héritier ait eu connaissance de cet événement tragique — peut-être qu’il l’a fait et peut-être pas ! »

Car Trump ne peut pas nier ce qui a fuité dans la presse américaine : la CIA est convaincue de la responsabilité de MBS, mais le président américain la traite comme un détail qui ne doit pas menacer les relations avec l’Arabie. « Ils ont été un grand allié dans notre très importante lutte contre l’Iran. Les États-Unis ont l’intention de rester un partenaire inébranlable de l’Arabie saoudite pour défendre les intérêts de notre pays, d’Israël et de tous les autres partenaires dans la région. Notre objectif primordial est d’éliminer complètement la menace du terrorisme dans le monde entier ! » Et Trump se contentera de punir quelques lampistes désignés par Riyad et dont le crime est d’avoir suivi les instructions de Riyad.

MBS au sommet du G-20 ?

Le Congrès suivra-t-il le président dans cette absolution donnée à la monarchie saoudienne ? Trump écarte à l’avance toute proposition qui ne serait pas « compatible avec la sécurité et la sûreté complètes de l’Amérique ». D’autant que le royaume, ajoute-t-il, a été très réceptif « à mes demandes de maintenir les prix du pétrole à des niveaux raisonnables. » Et de conclure : « J’ai l’intention de veiller à ce que, dans un monde très dangereux, les États-Unis défendent leurs intérêts nationaux et contestent vigoureusement les pays qui veulent nous faire du mal. Très simplement, cela s’appelle l’Amérique d’abord ! » Mais, même d’un point de vue de realpolitik cynique, ce calcul est-il bon ? MBS, en quelques années de pouvoir a déclenché une guerre désastreuse contre le Yémen ; ouvert une crise avec le Qatar ; enlevé le premier ministre libanais ; fait arrêter (et sans aucun doute maltraiter physiquement) des centaines de responsables saoudiens coupables de ne pas lui être totalement fidèles ; intensifié les arrestations contre tous les opposants. Ce prince erratique est-il vraiment un allié fiable des États-Unis ? Beaucoup aux États-Unis, y compris dans les cercles militaires et du renseignement, en doutent.

Après ces déclarations de Trump, on attend avec intérêt la réaction des gouvernements européens. Alors que plusieurs pays ont annoncé leur volonté d’arrêter leurs livraisons d’armes à l’Arabie, la France continue à en fournir, alors que tout prouve qu’elles servent dans la guerre contre le Yémen. Et Paris semble déjà prêt à tourner la page et à poursuivre le partenariat avec un royaume dont la politique contribue aux incendies dans la région. Un premier test sera le sommet du G-20 à Buenos Aires en Argentine (30 novembre-1er décembre) où le prince héritier saoudien a annoncé qu’il se rendrait après son absolution par Trump. Emmanuel Macron acceptera-t-il de lui serrer la main ?

Source. Orient XXI, 21/11/2018