Donald Trump envisage d’armer les enseignants

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Dans l’idée du président américain, les professeurs concernés porteraient leur arme de façon dissimulée et suivraient une formation spéciale préalable.

Et si les enseignants portaient des armes pour protéger les élèves en cas d’attaque semblable à celle qui a fait 17 morts la semaine dernière dans un lycée de Floride ? C’est ce qu’envisage le président américain Donald Trump. « Evidemment, cela s’appliquerait uniquement aux enseignants sachant manier une arme », a-t-il concédé, mercredi 21 février, en suggérant d’armer 20 % des effectifs des équipes pédagogiques.

Les professeurs concernés porteraient leur arme de façon dissimulée et suivraient une formation spéciale préalable, a précisé le président, sans annoncer de décision tranchée sur cette question éminemment controversée.

La NRA sifflée durant le débat

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Cette idée extrêmement controversée a été vivement critiquée mercredi soir, lors d’un débat organisé près de Miami par CNN, dans une salle rassemblant des milliers de personnes. « Vais-je devoir être formée comme une policière en plus d’éduquer ces enfants ? », a interrogé Ashley Kurth, une enseignante du lycée de Parkland où 17 personnes ont perdu la vie. « Vais-je devoir porter un gilet en kevlar ? »

« Je ne pense pas que les enseignants doivent être armés. Je pense qu’ils doivent enseigner », a, de son côté, réagi le shérif Scott Israel, qui est intervenu sur le lieu du carnage perpétré il y a une semaine par un jeune homme de 19 ans qui avait acheté légalement son fusil semi-automatique.

Lors de ce débat, le sénateur républicain Marco Rubio a soulevé un vent de fronde dans le public en refusant d’envisager une interdiction des fusils d’assaut. Mais, signe d’une inflexion, il a dit revoir sa position sur les chargeurs à grande capacité de munitions. Dana Loesch, la porte-parole très médiatique de la NRA, a, elle, été copieusement sifflée, esquivant les questions pour se concentrer sur la santé mentale de M. Cruz. « Je ne crois pas que ce monstre dément aurait jamais dû se procurer une arme à feu », a-t-elle martelé.

Les parents sermonnent le président

Tour à tour, des étudiants de différentes écoles endeuillées par les armes et des parents de victimes, assis en cercle autour de lui dans un vaste salon de la Maison Blanche, ont raconté leur détresse. Mais aussi avancé des propositions très variées.

Le chef d’Etat leur a promis de prendre des mesures « fortes » sur les vérifications des antécédents judiciaires et psychiatriques des acheteurs d’armes, en recevant à la Maison Blanche des rescapés de la fusillade de Floride. « Nous allons y aller très fort sur les vérifications d’antécédents », a déclaré le président américain.

Le locataire de la Maison Blanche a aussi promis la « fermeté » sur l’âge légal pour acheter une arme à feu, après que de nombreuses personnes ont relevé que Nikolas Cruz, le tueur de Floride, avait pu acquérir à 19 ans un fusil semi-automatique, alors qu’il faut avoir au moins 21 ans pour acheter de l’alcool. La NRA a immédiatement fait savoir son opposition à tout relèvement de l’âge légal pour acheter une arme, en estimant que cela reviendrait à « faire payer à des citoyens respectueux de la loi les actes malfaisants de criminels ».

Donald Trump a également critiqué le concept d’écoles sanctuaires où aucune arme n’est tolérée, en estimant que de tels sites jouaient un rôle d’aimant pour les « maniaques », qu’il a assimilés à des « lâches » qui privilégieraient les cibles, où ils risquent de ne pas se faire tirer dessus en réponse.

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Le « Plus jamais ça » des jeunes de Floride

« S’il vous plaît, M. Trump, il faut du bon sens », avait plaidé peu avant le père d’une victime, appelant à imposer sans tarder cette limite des 21 ans. Le long témoignage d’Andrew Pollack, dont la fille de 18 ans, Meadow, a été tuée au lycée Marjory Stoneman Douglas, a plongé la salle dans un silence total. « Combien d’écoles ? Combien d’enfants doivent-ils tomber sous les balles ? », a-t-il tonné, élevant la voix. « En tant que pays, nous avons échoué à protéger nos enfants. Cela ne devrait pas se produire. Je suis très en colère. »

Quelques heures plus tôt, des jeunes de Parkland avaient investi la petite capitale de la Floride, Tallahassee, pour tenter d’arracher un durcissement de la législation sur les armes aux élus de Floride au son de « Plus jamais ça », mot d’ordre répercuté sur les réseaux sociaux. « Que ces vies puissent être volées sans changement serait un acte de trahison à l’égard de notre grand pays », a déclaré Lorenzo Prado, un des nombreux orateurs à lancer des appels poignants au micro.

Les lycéens de Stoneman Douglas prévoient un grand rassemblement le 24 mars à Washington.

Source Le Monde et AFP 22/02/2018

Voir aussi : Vente d’armes,

Les risques de l’euro fort

 Xavier Timbeau Directeur de l’OFCE     Facebook     Twitter     Partager sur ...         LinkedIn         9Milliards         Mail Xavier Timbeau Directeur de l’OFCE     Facebook     Twitter     Partager sur ...         LinkedIn         9Milliards         Mail avier Timbeau Directeur de l’OFCE     Facebook     Twitter     Partager sur ...         LinkedIn         9Milliards         Mail Xavier Timbeau Directeur de l'OFCE


Xavier Timbeau Directeur de l’OFCE

Chronique

Depuis mars 2017 l’euro s’est apprécié d’environ 20 % face au dollar. Lorsqu’on tient compte du poids de nos partenaires commerciaux dans les échanges de la zone euro, on obtient un « taux de change effectif » qui s’approche de son précédent record, à la veille de la crise de 2008 signalant une appréciation générale de la devise européenne.

Des effets négatifs

Ce mouvement réduit les parts de marché des exportateurs de la zone tout comme celle des producteurs nationaux sur les marchés internes, même si les économies se sont spécialisées et que la zone euro n’est plus en concurrence avec le reste du monde sur de nombreux produits. L’appréciation de la monnaie européenne accroit le pouvoir d’achat des consommateurs – on achète moins cher à l’étranger – tout en réduisant la compétitivité des producteurs : l’exemple du Royaume-Uni montre que ces deux effets peuvent se compenser.

A l’opposé, la difficulté de la France à rétablir sa compétitivité et équilibrer sa position extérieure est accentuée. Après les transferts massifs du CICE et du pacte de responsabilité pour gagner quelques points de compétitivité (autour de 5 points au total), l’appréciation récente de l’euro annule pratiquement tous ces efforts, du moins pour nos échanges en dehors de la zone euro.

Des risques pour la zone euro

Il faut s’inquiéter de cette évolution de l’euro. La nouvelle révolution industrielle fait des coûts salariaux un argument secondaire, la localisation des investissements à venir se fera en partie sur des considérations de taux de change. De plus, l’appréciation de l’euro va peser négativement sur l’inflation et réalimenter les craintes déflationnistes. Et elle n’est pas finie. La zone euro affiche un excédent considérable de ses échanges extérieurs de près de 400 milliards d’euros. Pour les rééquilibrer, il faudrait un taux de change de l’ordre de 1,35 dollar pour un euro. Depuis le début de l’année 2017 nous n’avons fait que la moitié du chemin !

Certes, plus d’inflation aux Etats-Unis obligera la Réserve Fédérale à monter les taux d’intérêt tandis qu’ils resteront bas en zone euro, ce qui pousse à l’appréciation du dollar. Mais si l’excédent de la zone euro n’est pas réduit (par plus de demande en Allemagne, par exemple), alors la pression à la hausse subsistera. En raison de la grande hétérogénéité des situations des pays européens, la conséquence profonde n’en sera pas seulement moins d’investissement en zone euro ou une dépréciation du montant de l’épargne accumulée sur le reste du monde. Ce sera le retour du risque d’éclatement de la zone euro.

Source Alternative Economique 19/02/2018

Atteintes à la liberté d’informer : ça commence à bien faire

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Médias

« La liberté de la presse aujourd’hui n’est plus seulement attaquée par les dictatures notoires, elle est aussi malmenée dans des pays qui font partie des plus grandes démocraties du monde », déclarait Emmanuel Macron lors de la cérémonie des vœux à la presse, le 3 janvier dernier. « Elle est malmenée jusqu’en Europe », précisait-il. Elle est malmenée jusqu’en France, est-on tenté d’ajouter, tant les menaces de restrictions de cette liberté fondamentale s’accumulent depuis quelque temps.

Le dernier épisode en date a vu notre confrère Challenges sévèrement condamné par le tribunal de commerce de Paris pour avoir informé ses lecteurs d’une procédure de « mandat ad hoc » concernant le distributeur de meubles Conforama, l’obligeant à retirer l’article incriminé et à ne plus traiter ce sujet sous peine d’amende. Nombre de sociétés de journalistes et de rédactions, dont celle d’Alternatives Economiques, se sont émues de cette condamnation, qui fait prévaloir le secret des affaires sur la liberté d’informer.

Coup de force

Cette décision, prise par des juges issus du monde de l’entreprise, ressemble à un coup de force destiné à créer un précédent : plusieurs initiatives législatives ayant pour but de consacrer le délit d’atteinte au « secret des affaires » dans le droit français ont en effet échoué ces dernières années. Et la controversée directive européenne de 2016, qui ménage un équilibre très incertain en la matière, doit encore être transposée par le législateur dans l’Hexagone d’ici le mois de juin.

Les poursuites judiciaires déclenchées par les grandes entreprises à l’encontre d’ONG, de lanceurs d’alerte ou de médias, sont devenues monnaie courante

Cette incertitude juridique a de quoi inquiéter. Les poursuites judiciaires déclenchées par les grandes entreprises à l’encontre d’ONG, de lanceurs d’alerte ou de médias, sont en effet devenues monnaie courante, comme l’a montré encore récemment le procès ouvert à l’encontre de trois médias et de deux ONG à la suite d’une plainte en diffamation déposée par deux entreprises liées au groupe Bolloré. Même si ces procédures n’aboutissent pas toujours, elles paraissent avoir pour objectif premier d’intimider et de faire taire les médias. Compte tenu du risque encouru et des difficultés économiques qui frappent nombre de titres de presse écrite, elles pourraient en effet avoir pour résultat d’éteindre toute couverture médiatique heurtant certains intérêts privés.

L’information de qualité menacée par la pression financière

La menace ne vient cependant pas toujours de l’extérieur : l’intégration croissante de nombre de médias dans de grands conglomérats confronte souvent ceux-ci à une pression financière incompatible avec le maintien d’une information de qualité. En témoigne le cas de l’ancien pôle presse du groupe Wolters Kluwer, éditeur de plusieurs publications de référence de l’information du secteur social et médico-social (Liaisons sociales magazine, Entreprise & Carrières ou encore ASH) : passant des mains d’un actionnaire à un autre, celui-ci a vu ses rédactions décimées en quelques mois, mettant en péril une expertise précieuse aussi bien pour les professionnels de son secteur que pour l’ensemble des médias.

Enfin, les pouvoirs publics eux-mêmes ont joué avec le feu. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la direction de France Télévisions a été mal inspirée, lorsque fin 2017, elle a tenté de réduire drastiquement les moyens des magazines d’investigation de France 2, Envoyé spécial et Complément d’enquête. Face au tollé de l’opinion, elle est revenue partiellement sur cette décision, mais l’épisode a laissé un arrière-goût de censure déguisée sous des motivations d’ordre économique.

Pour tarir les fuites concernant les ordonnances, le gouvernement n’a pas hésité à porter plainte

Quelques mois plus tôt, en juin 2017, le nouveau gouvernement, à peine installé, dégainait l’arme judiciaire dans le but de tarir les fuites publiées par le quotidien Libération concernant les futures ordonnances sur le marché du travail. En ayant recours à la plainte contre X pour « vol, violation du secret professionnel et recel », le ministère du Travail avait dans sa ligne de mire aussi bien les sources de Libération que le quotidien lui-même. Une épée de Damoclès a pesé par conséquent sur tous les médias, qui, à l’instar d’Alternatives Economiques, ont eu alors accès aux projets d’ordonnances et ont voulu en rendre compte à leurs lecteurs.

Si le gouvernement a fini par retirer la partie de sa plainte qui les visait expressément (le recel), il a maintenu celle visant l’origine des fuites et diligenté des enquêtes internes pour l’identifier. Une manière détournée de chercher à tarir l’information en s’attaquant à ses sources. L’intention affichée par la ministre de la Culture Françoise Nyssen en novembre dernier de « porter plainte contre X » après la publication par Le Monde de révélations tirées d’un document de son ministère sur la réforme de l’audiovisuel, montre que le gouvernement n’a pas renoncé à manier ce registre.

Le travail journalistique démonétisé

D’où qu’elles viennent, ces pressions alimentent un climat délétère autour de la liberté d’informer. Elles se conjuguent, pour le pire, avec d’autres évolutions inquiétantes : face au déferlement des fake news et au rouleau compresseur des grands infomédiaires du numérique, pour qui l’information n’est qu’une commodité comme les autres, le travail journalistique sérieux apparaît de plus en plus démonétisé.

Le système de distribution égalitaire et solidaire de la presse, destiné à garantir le pluralisme, pourrait prochainement sauter

La crise de son modèle économique qui en résulte place aujourd’hui la distribution de la presse écrite dans l’Hexagone au bord du gouffre, avec le risque de catastrophes en chaîne chez les éditeurs et marchands de presse. Au passage, le système de distribution égalitaire et solidaire, destiné à garantir le pluralisme, qui régit la presse en France depuis l’après-guerre pourrait bien sauter, si l’on en croit l’intention affichée aussi bien par le gouvernement que par nombre d’acteurs de la filière de revoir de fond en comble la loi Bichet.

De toutes ces « disruptions », on ne saurait tenir pour responsables les pouvoirs publics, ni même attendre d’eux qu’ils y apportent toutes les solutions. A minima cependant, on peut légitimement attendre de nos élus qu’ils confortent et garantissent la liberté d’informer. Ce n’est pas une simple revendication corporatiste, mais l’une des conditions sine qua non au bon fonctionnement de notre démocratie.

Marc Chevallier

Source : Alternative Economique 08/02/2018

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Médias, Entretien avec Laurent Mauduit autour de son livre « Main basse sur l’Information »,

Wall Street connaît une « correction » supérieure à 10 %

 La Bourse de New York a terminé, jeudi, sur une forte baisse de 4,15 %. La Bourse de New York a terminé, jeudi, sur une forte baisse de 4,15 %. Bryan R. Smith / AFP

La Bourse de New York a terminé, jeudi, sur une forte baisse de 4,15 %.
La Bourse de New York a terminé, jeudi, sur une forte baisse de 4,15 %. Bryan R. Smith / AFP

La Bourse de New York s’est repliée de 4,15 % jeudi. Les marchés craignent un retour de l’inflation aux Etats-Unis et un relèvement plus rapide qu’attendu des taux de la Fed.

Volatilité. C’était le nouveau mot employé à Wall Street, pour ne pas avoir à dire que les marchés actions étaient entrés dans une phase baissière. Mais depuis jeudi soir 8 février, les opérateurs boursiers ne peuvent plus nier l’évidence : la Bourse connaît une « correction », c’est-à-dire une baisse supérieure à 10 %.

A New York, le Dow Jones a perdu ce jour 1 032 points à 23 860 points, soit un recul de 4,15 % tandis que le Nasdaq, l’indice riche en valeurs technologiques perdait 3,90 %. Cette chute, qui s’ajoute à deux forts reculs enregistrés les 2 et 5 février, fait que Wall Street se situe désormais 10,3 % en dessous de son record du 26 janvier. On ne peut pas encore parler de bear market – un marché baissier avec un recul supérieur à 20 % –, mais il n’empêche, l’euphorie sur la place new-yorkaise – la cote progressait avec une régularité de métronome depuis l’élection de Donald Trump, en novembre 2016 –, est brisée.

  • Vendredi 2 février : la hausse des salaires fait craindre un retour de l’inflation

Tout a commencé le 2 février avec la publication des bons chiffres de l’emploi par le département du travail américain. Non seulement les Etats-Unis ont créé 200 000 emplois en janvier, mais surtout les salaires ont augmenté, sur un an, de 2,9 %, contre 2,5 % auparavant.

Cette évolution est décisive. Depuis des trimestres, les économistes ne comprenaient pas pourquoi les rémunérations n’augmentaient pas plus, en dépit d’un taux de chômage tombé à 4,1 % de la population active, son plus bas niveau depuis le début du siècle. C’est désormais chose faite, et les opérateurs ont tendance à estimer que ce chiffre est durable, corroboré par les enquêtes de terrain qui montrent une pénurie de main-d’œuvre.

Deux conséquences, les salariés vont avoir un pouvoir de négociation renforcé et s’attribuer ainsi une part plus importante de la valeur ajoutée américaine, d’autant que la baisse de l’immigration légale et illégale constatée aux Etats-Unis devrait accentuer le manque de main-d’œuvre. Surtout, cette hausse des salaires fait craindre un retour l’inflation, laquelle risque de provoquer une hausse plus rapide qu’attendue des taux d’intérêts.

  • Lundi 4 : une Fed plus « faucon »

Lundi, justement, était la journée de prestation de serment du nouveau président de la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale), Jay Powell. Ce républicain modéré n’est pas un macro-économiste keynésien obsédé par le retour au plein-emploi, comme le fut la démocrate Janet Yellen. Ancien avocat et homme de marchés, il veut éviter les bulles financières. C’est en tout cas sa réputation.

Les opérateurs de marché en ont déduit qu’il agirait de manière décisive pour remonter les taux de l’institution monétaire, peut-être à quatre reprises au cours de l’année au lieu de trois, comme l’avait laissé entendre la Fed en décembre 2017. Bank of America Merrill Lynch prévoit qu’in fine, en 2019, les taux de la banque centrale seront compris entre 2,75 % et 3 % (contre 1,25 %-1,50 % aujourd’hui).

  • Mardi 6 : le rebond, on cherche les coupables

Volatile : la démonstration semble faite mardi alors que le Dow Jones reprend 2,3 %. On cherche les responsables alors que le marché était depuis des mois des plus réguliers. Comme toujours, on incrimine les algorithmes des ordinateurs qui gèrent les fonds des épargnants.

Lorsque la Bourse dévissait, ceux-ci ont réalloué automatiquement des fonds, pour rééquilibrer les risques de leurs clients, en vendant des actions pour acheter des bons du trésor. Phénomène logique. La presse s’est penchée aussi sur des produits financiers qui assurent contre la volatilité des marchés. Et on a découvert que des petits malins avaient choisi de spéculer en vendant ces produits, persuadés que les places boursières resteraient calmes comme une mer d’huile. La volatilité est revenue, et ils ont perdu la moitié de leur mise, ce qui aurait accentué les turbulences.

En réalité, les banques sont ravies : le retour de la volatilité fait peur aux épargnants pères de famille et redonne de la valeur aux hedge funds et autres produits complexes, plus à même de traverser des montagnes russes et qui assurent de fortes commissions.

  • Mercredi 7 : Trump ouvre grand les vannes budgétaires avec le Congrès

Donald Trump s’agace. Lui qui vantait la Bourse comme étalon de son action positive sermonne les marchés financiers sur Twitter, tel le roi des Perse Xerxès (480 avant Jésus Christ) qui fit fouetter la mer pour avoir détruit un pont, l’empêchant d’envahir la Grèce. « Au bon vieux temps, lorsqu’il y avait des bonnes nouvelles, la Bourse montait. Aujourd’hui, quand il y a une bonne nouvelle, le marché baisse. Grave erreur, alors que nous avons tant de bonne (grandes) nouvelles sur l’économie », a protesté le président américain.

La grande nouvelle, c’est que Donald Trump et les républicains annoncent un compromis qui relève de 300 milliards de dollars (245 milliards d’euros) le plafond de la dette et est censé éviter une fermeture des institutions fédérales jusqu’en mars 2019. Surtout, il ouvre grand les vannes des dépenses budgétaires, militaires (165 milliards de dollars sur deux ans) et civiles (131 milliards de dollars).

Le compromis s’ajoute à la réforme fiscale, qui représentait un stimulus pro-cyclique et jugé inutile voire contre-productif par l’immense majorité des macro-économistes, de l’ordre de 0,7 point du produit intérieur brut (PIB) sur dix ans (1 450 milliards d’euros, financés à moins d’un tiers par d’hypothétiques surcroîts de croissance).

On retrouve donc une Amérique en croissance depuis plus de huit ans, au plein-emploi, avec un déficit budgétaire prévu de 5 % du PIB (il était de 3,5 % pour l’exercice budgétaire clos le 30 septembre 2017). Un chiffre jugé unanimement extravagant à ce stade du cycle économique.

Ce laxisme peut entraîner une hausse des rendements exigés par les marchés financiers et une hausse accrue des taux par la Fed pour lutter contre l’inflation. Certes les Américains sont protégés par le statut de valeur de réserve mondiale du dollar et ne peuvent a priori pas connaître le destin de la Grèce, voire de l’Italie, même si le système de l’étalon dollar de Bretton Woods avait fini par exploser en 1971 et 1 973 à cause des dépenses de la guerre du Vietnam. Il n’empêche, cette surchauffe accentue les risques d’atterrissage brutal de l’économie, voire de récession, alors que la croissance prévue par Merrill Lynch pour 2018 et 2019 est de 2,7 % et 2,2 %.

  • Jeudi 8, la Banque d’Angleterre sème la panique

Nouvelle baisse en Bourse. L’affaire a été provoquée par la Banque d’Angleterre, qui n’a pas remonté ses taux, les laissant au niveau de 0,5 %, mais qui a annoncé que la remontée amorcée en novembre 2017 pourrait être plus forte et intervenir plus rapidement que prévu pour ramener l’inflation autour de 2 %.

Cette annonce a fait remonter les taux à dix ans sur les bons du trésor américains, qui ont atteint 2,851 % jeudi contre 2,05 % début septembre 2017, et relancé la chute des actions.

Toute une relecture du passé est en cours : les Etats-Unis n’ont jamais connu de déflation, les salaires ont toujours augmenté, même si c’était faiblement. Bref, après n’avoir vu aucune mauvaise nouvelle pendant plus d’un an, les marchés voient le retour de l’inflation partout… et les ennuis qui continuent : jeudi soir, l’attitude de certains républicains, opposés à la dérive des déficits, et de l’aile gauche des démocrates, furieux que n’ait pas été traité le dossier de l’immigration, empêchait le vote du budget par le Congrès, et le pays connaissait son second shutdown en quelques semaines.

Arnaud Leparmentier

Source : Le Monde 8/02/2018

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Finance, Le Dow Jones perd 4,6 % à l’issue d’une séance chaotique, On line, Wall Street : comment expliquer le recul des Bourses dans le monde, Les marchés financiers craignent la fin de « l’argent facile » ,

De la fenêtre juste après la neige

L’écrivaine turque Oya Baydar fait résonner le conflit qui déchire la Turquie dans son nouveau roman, « Dialogue sous les remparts ».

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9782752911414-8fc22L’intellectuelle turque Oya Baydar, militante marxiste dans sa jeunesse, sociologue puis journaliste, revient sur ses combats politiques et littéraires. Son roman Dialogue sous les remparts fait entendre le tête à tête de deux figures que l’on pense irréconciliables, celle d’une femme kurde et d’une autre, turque. Ces deux femmes, font entendre leurs voix qui s’opposent, mais cherchent à se comprendre, dans Diyarbakir en ruine.

Diyarbakir, la  capitale du Kurdistan turc, aujourd’hui, sur les remparts de la forteresse antique de Sur la neige tombe. Lente, douce et tranquille, le temps d’un examen de conscience. Oya Baydar glisse son regard entre les flocons.Un livre témoignage sur la réalité et l’aveuglement, loin du bruit et de la fureur de la guerre, en surgit. Une réflexion posée furtivement sur le blanc manteau, avant que de nouvelles traces de violence, qui en appelleront d’autres, viennent le souiller.

Contre le fracas d’un présent qui se poursuit aujourd’hui avec l’offensive turque en cours dans l’enclave kurde syrienne d’Afrin. Et il y a peu, dans les zones kurdes du sud-est de l’Anatolie où des centaines de Kurdes perdirent la vie. Après la rupture du dialogue en 2015, les villes furent détruites. Sur occupé par l’homme depuis presque dix mille ans est désormais un champ de ruine.

Dialoguant avec une mystérieuse interlocutrice, Oya Baydar, figure majeure de la littérature turque, revient sur une vie de luttes dont la tragédie kurde contemporaine est l’ultime chapitre. Le choix de ces dialogues démontre, malgré les profondes rancoeurs, que deux individus s’opposant ne sont pas en situation de guerre.

« Il y a une faute avec laquelle nous n’avons pas réglé nos comptes, une dette dont nous ne nous sommes pas acquittés. Cette faute n’est celle de personnes en particulier, ce n’est pas nous qui l’avons commise, ce ne sont pas les peuples, les réels auteurs du délit en ont rejeté le fardeau sur nos épaules

Entre Lévinas « L’état de guerre suspend la morale » et Diderot pour qui la guerre est « une maladie convulsive et violente du corps politique » avec ce roman, Oya Baydar, puise sa force littéraire dans un puits d’absolu, « c’était une façon de m’affronter moi-même. »

JMDH


Dialogues sous les remparts, 15 euros, Editions Phébus

Source : La Marseillaise 06/02/2018

Voir aussi : Rubrique Turquie, “La crise politique turque représente une grande menace pour les artistes”, Asli Erdogan : “Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakirköy…”,