Notre-Dame-des-Landes : des milliers de manifestants bloquent le périphérique nantais

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Plusieurs milliers de manifestants, accompagnés de centaines de tracteurs et de cyclistes, ont commencé à bloquer, samedi 9 janvier en milieu de journée, le périphérique de Nantes, à l’appel des organisations hostiles au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ils entendent protester contre d’éventuels arrêtés d’expulsion, qui pourraient être prononcés par le tribunal de grande instance de Nantes, le 13 janvier. Ils concerneraient les opposants historiques, onze maisons et quatre fermes, représentant plus de 400 hectares de terres agricoles sur les quelque 1 220 ha que couvre le projet d’aéroport.

La manifestation réuni 20 000 personnes sur le périphérique de Nantes, et des centaines de tracteurs, selon les organisateurs, la police avançant le chiffre de 7 200 manifestants. « La mobilisation paysanne est au rendez-vous au-delà des espérances », a commenté Julien Durand, porte-parole de l’Acipa, la principale association d’opposants au projet d’aéroport nantais.

Les opposants manifestent aussi à Paris, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Strasbourg, Albi, Rennes, Lille, Chambéry… ou encore au cap Sizun. Plus d’une trentaine de rassemblements sont annoncés, preuve du symbole national que représente la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, un combat historique pour un dossier ancien d’une cinquantaine d’années. C’est en effet au milieu des années 1960 que les autorités choisissent cette zone, située à une quinzaine de kilomètres au nord de Nantes, entre les villages de Notre-Dame-des-Landes et de Vigneux-de-Bretagne, pour construire un nouvel aéroport, destiné à accueillir le Concorde, emblème national de la politique aéronautique en ce temps-là. Mais ce projet est devenu symbole de discorde et d’une méthode de lutte contre des projets jugés « inutiles ».

A l’été 2009, lors du premier « camp action climat » se tenant en France, l’occupation de la zone d’aménagement différé, devenue zone à défendre, commence. La ZAD est née, devenant un modèle repris dans de nombreuses autres luttes environnementales, à Sivens (Tarn), contre un projet de barrage, ou à Roybon (Isère), contre un Center Parcs. Le bocage nantais, pittoresque patchwork de prés et de bois, de taillis et de petits chemins, est aujourd’hui parsemé de dizaines de cabanes, de caravanes, de fermes et de maisons réoccupées par des militants écologistes, « antisystème », des agriculteurs.

Les « pour » et les « contre »

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Dans l’attente d’une éventuelle confrontation, les deux camps fourbissent leurs arguments. Les pro-aéroport sont très largement majoritaires chez les élus de la région Pays de la Loire, à la mairie de Nantes ou au conseil départemental. L’ancien président socialiste de région Jacques Auxiette, comme le nouveau, Bruno Retailleau (Les Républicains), partagent la même position. L’ex-premier ministre (2012-2014), et ancien maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, a aussi toujours défendu la nécessité d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes, ce qui a valu à cette infrastructure d’être rebaptisée l’« Ayraultport » par ses opposants. Droite et Parti socialiste se retrouvent sur ce dossier, tout comme le Parti communiste ou encore les élus locaux de l’Union démocratique bretonne (UDB) — qui refusent la centralisation du trafic aérien par les plates-formes parisiennes. Favorable au projet, l’association Des ailes pour l’Ouest regroupe un certain nombre de chefs d’entreprise, avançant « 154 décisions de justice favorables au projet, le soutien de 3 Présidents de la République, 6 premiers ministres, 2 régions, 4 agglomérations ».

Le camp adverse n’est pas composé des seuls « zadistes », décrits par M. Retailleau comme une « minorité bornée, bruyante et ultraviolente », dans un entretien au Point, le 8 janvier. Les écologistes, une partie du Front de gauche, l’extrême gauche, des associations de défense de l’environnement, mais aussi des syndicats comme la CGT régionale, la FSU (les enseignants) ou Solidaires sont résolument opposés au projet. Du côté des agriculteurs, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) refuse l’artificialisation de terres agricoles qu’entraînerait le futur aéroport, mais rejette toute manifestation aux côtés des zadistes, alors que la Confédération paysanne milite activement au côté des opposants. Des groupes chrétiens du diocèse de Nantes, dans l’esprit de l’encyclique du pape François Laudato si’« sur la sauvegarde de la maison commune », en mai 2015, ont exprimé au début de janvier leur souhait que soient « réexaminés l’ensemble du projet et ses alternatives, avec une procédure transparente et démocratique », et que soit arrêtée « toute procédure d’expulsion des habitants de la zone concernée ».

Le Front national a aussi fait état de son hostilité au transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique à Notre-Dame-des-Landes. Le parti d’extrême droite réclame dans le même temps l’évacuation de la ZAD. Une pétition de riverains, qui serait signée par plus d’un millier de personnes, sans prendre position sur le projet lui-même, réclame aussi le départ des zadistes.

Au niveau gouvernemental, enfin, Manuel Valls a exprimé son souhait de voir l’aéroport se construire et le premier ministre entend évacuer la ZAD et restaurer l’autorité de l’Etat. Seule la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a exprimé des doutes sur la pertinence d’ouvrir ce chantier, et préfère en appeler à de nouvelles expertises indépendantes afin d’envisager de possibles autres solutions. Ce point avait fait l’objet d’un accord pour le deuxième tour des élections régionales entre le PS et les écologistes, malgré leur opposition sur le fond du dossier.

Démocratie et transparence

Parmi les nombreux arguments avancés d’un côté comme de l’autre, la question de la démocratie est souvent évoquée. Pour les pro-aéroport, cela signifie le respect des décisions prises, notamment le décret d’utilité publique de février 2008, et les conclusions des diverses enquêtes d’utilité publique. L’unanimité n’était pourtant pas de mise. Ainsi que le rappelle la Commission nationale du débat public, « la Communauté de communes d’Erdre et Gesvres, rassemblant les communes les plus directement intéressées par le projet, s’est prononcée à une assez nette majorité en faveur de la création d’un nouvel aéroport dans l’Ouest, mais a formulé un avis négatif à l’issue d’un vote assez serré quant à son implantation sur le site de Notre-Dame-des-Landes ».

 Début de la manifestation des opposants à l'aéroport, à Nantes, samedi 9 janvier. Début de la manifestation des opposants à l'aéroport, à Nantes, samedi 9 janvier. JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Aujourd’hui, les opposants, regroupés entre autres dans l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa), dénoncent le manque de transparence et l’absence de démocratie. Dans une lettre publique du 21 décembre 2015, ils accusent les autorités de « rétention d’informations capitales », notamment sur le cahier des charges initial de l’appel d’offres, sur des données comme « le gain de temps pour les passagers », qui aurait justifié la nécessité du transfert de l’actuel aéroport, le coût de sa rénovation « majoré de façon abusive » ou encore sur l’étude des zones de bruit. Selon l’Acipa, auteure du courrier, alors que l’intérêt général vers Notre-Dame-des-Landes serait justifié par « les nuisances sonores et la santé publique », l’Etat « a renoncé au transfert de l’aéroport de Toulouse alors que les logements inclus dans le Plan de gêne sonore y sont au nombre de 20 453 contre 1 751 à Nantes ».

S’appuyant sur leurs propres expertises, en opposition à celles présentées par l’Etat, la région ou la direction générale de l’aviation civile, ils dénoncent « un projet inutile, coûteux et destructeur » et demandent l’ouverture d’un débat sur la possible « optimisation » de l’actuel aéroport. Les « pro » évoquent l’augmentation du trafic aérien, la saturation prochaine de Nantes-Atlantique et défendent le transfert pour des raisons environnementales. Vinci Airport, concessionnaire du futur aéroport du Grand Ouest, annonce des bâtiments basse consommation et une plate-forme certifiée « haute qualité environnementale ». Le transfert permettrait d’éviter le survol de l’agglomération nantaise et l’existence de deux pistes, au lieu d’une actuellement, réduirait les nuisances sonores et améliorerait la sécurité. Un collectif de deux cents pilotes, s’opposant au transfert, conteste cette analyse.

Sur la biodiversité et les espèces protégées, sur la préservation des zones humides, la possibilité de compenser leur destruction et la méthode de calcul pour y parvenir, les contestations sont aussi nombreuses. Le futur plan de transport régional, avec la construction de lignes à grande vitesse vers l’ouest, l’existence de nombreux aéroports dans la région (Saint-Nazaire, Rennes…), comme le coût global de l’opération constituent aussi des points d’affrontement. Autant de raisons, selon les opposants, de rouvrir le dossier.

Ultime argument, si les contestations ont toutes été rejetées par la justice, les dernières en juillet 2015, certaines procédures (en appel notamment) sont encore en cours. Julien Durand, porte-parole de l’Acipa, n’a de cesse de rappeler l’engagement du chef de l’Etat à ce qu’aucune intervention des forces de l’ordre n’ait lieu avant l’épuisement de tous les recours juridiques. Une promesse qui devrait éviter, selon lui, de prochains affrontements autour du paisible bourg de Notre-Dame-des-Landes.

Rémi Barroux

Source : Le Monde.fr : 09.01.2016

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Ecologie, rubrique Politique, Société civile, rubrique Société, Citoyenneté,

 

Déchéance de nationalité : Hollande subit un premier camouflet à l’Assemblée

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Panique au sommet de l’État ! La grogne socialiste contre la déchéance de nationalité des terroristes binationaux va connaître un premier obstacle à l’Assemblée nationale. Vendredi, lors de leur déjeuner à la questure, les commissaires socialistes de la commission des Lois ont évoqué le texte et se sont prononcés par un vote écrasant contre l’article 2 de la réforme constitutionnelle portant sur la déchéance de nationalité. Par 16 voix contre 2, cet article qui fait polémique depuis un mois a été jugé inacceptable… C’est une première ! On notera d’ailleurs au passage que la majorité d’entre eux sont vallsistes…

Jean-Pierre Sueur, responsable socialiste de la commission des Lois au Sénat, et Marie-Pierre de La Gontrie, responsable du pôle justice au Parti socialiste, étaient présents autour de la table. On estime à une centaine le nombre de députés socialistes qui s’abstiendraient si le chef de l’État devait s’obstiner à présenter la déchéance des binationaux nés français à l’Assemblée nationale, sans compter une trentaine de députés PS (les frondeurs) qui voteraient carrément contre.

Des ministres gênés et qui se taisent

À ce stade, le chef de l’État essuie donc une contestation au sein même de son gouvernement, puisque Christiane Taubira maintient publiquement une position hostile à la déchéance, mais s’apprête à subir un nouveau camouflet parlementaire. « À ce stade, il ne peut plus espérer que le rapporteur du texte à l’Assemblée nationale y soit favorable », précise-t-on de source parlementaire. Ce serait quand même un comble qu’une révision constitutionnelle – qui n’est pas une petite chose – soit portée par une ministre et un rapporteur tous deux hostiles au texte qu’ils sont censés défendre… On sombre dans le ridicule le plus achevé de toute l’histoire parlementaire de la Ve République.

Christiane Taubira n’est pas la seule ministre au sein du gouvernement à éprouver de vives réticences vis-à-vis de la déchéance de nationalité, une mesure que d’autres jugent tout aussi inefficace vis-à-vis de la menace, bien réelle, des terroristes. « Le président de la République sait que beaucoup de ses ministres sont réservés, nous confie l’un d’eux. Il nous a demandé unité et solidarité. Personne ne va exprimer son malaise [sauf Taubira, NDLR], mais personne ne va soutenir. La triangulation politique trouve ses limites ! » Un autre député PS nous indique quant à lui subir une pression de la part d’un ministre menaçant. « Il m’a fait le coup de la dissolution ! » glisse-t-il au Point. Comme si Hollande allait sérieusement appuyer sur le bouton rouge si on lui refusait sa révision constitutionnelle…

« Ni ségrégation ni apatride »

Le piège, au départ tendu à la droite, se referme sur François Hollande qui avait manifestement sous-estimé les réticences des siens. La déchéance de nationalité intervient en quelque sorte comme « la goutte d’eau qui fait déborder le vase », selon l’expression d’un membre du gouvernement. Il est difficile pour certains députés socialistes d’entériner le fait qu’à travers la déchéance de nationalité, les citoyens français soient traités différemment selon qu’ils sont binationaux ou pas. Ils conspuent cette « hiérarchisation » implicite entre Français qu’ils estiment dangereuse pour l’unité nationale. Un débat sur les principes qui ne touche pas l’opinion, quant à elle, très favorable à l’extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés français et condamnés définitivement pour terrorisme.

Néanmoins, le Parti socialiste travaille toujours à un texte de compromis qui ne crée « ni ségrégation ni apatride », selon l’expression de Jean-Christophe Cambadélis. L’idée générale consiste à parvenir à un compromis « non pas avec la droite, mais avec le Sénat », précise-t-il. En effet, la révision constitutionnelle implique que le texte soit voté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat avant d’être examiné par le Congrès qui l’approuve par une majorité aux trois cinquièmes (soit 755 parlementaires). Si le texte est repoussé à l’Assemblée nationale, cette rebuffade contre François Hollande en provenance de son propre camp lui coûterait très cher en termes de crédibilité… Mais quand on joue avec les allumettes, on prend forcément le risque de se brûler les doigts.

Source Le Point 08/01/2016

Qu’est-ce qui oppose les sunnites et les chiites ?

Chiite et Sunnite dans le monde musulman

Chiite et Sunnite dans le monde musulman

La rupture par l’Arabie saoudite de ses relations diplomatiques avec l’Iran, dimanche 3 janvier, a creusé la cassure confessionnelle entre chiites et sunnites au Moyen-Orient. Cette montée des tensions entre les deux puissances rivales de la région est trop rapidement réduite à un conflit confessionnel entre sunnites et chiites. Pour y voir plus clair, voici un résumé de ce qui lie, différencie et oppose ces deux grandes familles de l’islam.

Une division historique

La division entre sunnisme et chiisme est historiquement le fruit d’un conflit de succession, après la mort du prophète, en 632 à Médine, dans l’actuelle Arabie saoudite. Les compagnons du prophète choisissent l’un d’entre eux, Abou Bakr, en conclave selon la tradition tribale. Selon les chiites, le pouvoir légitime revenait en droit aux descendants directs du prophète, par sa fille Fatima et son gendre Ali. Ecarté du pouvoir, ce dernier deviendra, vingt-cinq ans plus tard, le quatrième calife. Son règne, contesté par Mouawiya, un proche du troisième calife, Osman, assassiné, se termine dans la confusion et il meurt tué par d’anciens partisans devenus dissidents, les kharidjites.

Hussein, le fils d’Ali, qui se soulève contre l’autorité du calife Mouawiya, installé à Damas, sera tué lors de la bataille de Kerbala, en 680. Les chiites révèrent Ali, ses descendants et successeurs comme les « douze imams », persécutés, qui servent d’intermédiaires entre les croyants et Dieu. L’islam sunnite, lui, se voit comme la continuité des premiers califes de l’islam, qui ont conservé intacts et fait observer les commandements de Mahomet.

Une différence de doctrine

Le sunnisme, qui rassemble environ 85 % des musulmans, tend à se définir par opposition aux sectes qui ont parcouru l’histoire de l’islam, en premier lieu le chiisme, et revendique un idéal de consensus. Il se veut fidèle aux origines et pur d’influences étrangères, bien qu’il comprenne une grande variété d’interprétations et de traditions.

Il se définit par l’acceptation du Coran, parole de Dieu, et des enseignements et exemples donnés par le prophète, transmis sous forme de récits et d’informations (« ?adith » et « khabar »). Il opère un constant retour à ces textes.

Le chiisme partage ces sources fondamentales. Il est, lui aussi, très diversifié. Sa branche principale (« duodécimaine ») est caractérisée par le culte des douze imams et l’attente du retour du dernier d’entre eux, Al-Mahdi, « occulté » en 874 aux yeux des hommes mais toujours vivant, qui doit réapparaître à la fin des temps. En son absence, le clergé est investi d’une autorité particulière : il permet une médiation de l’autorité divine. Les religieux chiites sont structurés en une véritable hiérarchie cléricale, à la différence des oulémas (théologiens) sunnites.

Quelle répartition géographique ?

Le sunnisme est majoritaire au Maghreb et en Afrique noire, en Libye et en Egypte, en Turquie, en Arabie saoudite et dans le Golfe, en Syrie, en Afghanistan et au Pakistan, en Inde et en Indonésie. Les chiites sont majoritaires en Iran, en Irak, à Bahreïn et en Azerbaïdjan, et significativement présents au Liban, au Yémen et en Syrie, en Afghanistan, au Pakistan et en Inde.

  • Voir aussi : Carte interactive : où vivent chiites et sunnites au Moyen-Orient
  • Des rivalités exacerbées par les luttes politiques
  • Les divisions entre sunnites et chiites fluctuent à travers l’Histoire, selon les luttes politiques. Au XVIe siècle, la dynastie safavide, qui impose le chiisme en Iran, combat ainsi la Turquie ottomane, sunnite, même si la religion n’explique qu’en partie leur différend.
  • A l’époque moderne, en 1979, la révolution islamique iranienne polarise le Moyen-Orient. La volonté iranienne d’exporter sa révolution et sa politique de soutien à des groupes armés chiites, en premier lieu le Hezbollah, au Liban, mais aussi au Koweït, cristallisent les rivalités avec les pays arabes sunnites de la région, qui soutiennent Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran (1980-1988). Au même moment l’Arabie saoudite, où le wahhabisme, un courant du sunnisme ultrarigoriste et antichiite, est religion d’Etat, soutient le djihad antisoviétique en Afghanistan. Al-Qaida s’y forgera.En 2003, l’invasion américaine de l’Irak déclenche une guerre civile entre chiites et sunnites irakiens. La branche irakienne d’Al-Qaida y développe un djihad spécifiquement antichiite, et forme, avec le renfort d’anciens cadres du régime de Saddam Hussein, la matrice de l’actuelle organisation Etat islamique (EI). Celle-ci profite aujourd’hui du ressentiment des populations sunnites d’Irak contre le gouvernement dominé par les partis chiites, et sous influence iranienne. L’EI a par ailleurs mené des attentats terroristes contre des communautés chiites loin de ses lignes de front d’Irak et de Syrie, jusqu’en Arabie saoudite, au Koweït, au Yémen et au Liban.

    En 2011, dans la foulée des « printemps arabes », la Syrie bascule dans la guerre civile. La répression du régime, tenu par la minorité alaouite (une branche du chiisme) à laquelle appartient la famille Assad, a favorisé la montée en puissance d’un extrémisme sunnite, communauté dont est issue la quasi-totalité de la rébellion anti-Assad. Par la suite, le régime a libéré des prisonniers djihadistes sunnites, dont certains ont rejoint l’EI, le Front Al-Nosra (la branche syrienne d’Al-Qaida) et des groupes radicaux, afin de diviser et discréditer l’opposition comme la rébellion.

  • Une rivalité mise en scène par l’Iran et l’Arabie saoudite
  • Le conflit syrien est devenu un terrain d’affrontement, par alliés interposés, entre l’Iran, dont les forces et les milices chiites internationales (Liban, Irak, Afghanistan) combattent aux côtés des troupes régulières et de la Russie, et les puissances sunnites que sont l’Arabie saoudite, la Turquie et les monarchies du Golfe, qui appuient des groupes rebelles.

    Arrivé au pouvoir en janvier 2015 en Arabie saoudite, le roi Salmane a adopté une stratégie agressive pour contrer l’influence iranienne au Moyen-Orient. Ce raidissement s’est matérialisé par l’entrée en guerre de l’Arabie saoudite au Yémen, en mars 2015. Le royaume saoudien, qui a formé une coalition de neuf pays arabes sunnites, cherchait à empêcher la rébellion des houthistes, de confession zaïdite (une branche du chiisme), alliés à l’Iran, de s’emparer de son voisin du Sud.

  • Louis Imbert

Source : Le Monde.fr 08/01/2016

Le camp de Grande-Synthe, enfer et contre tout

La cabane où les réfugiés prennent des repas, le 23 décembre.. Photo Aimée Thirion

La cabane où les réfugiés prennent des repas, le 23 décembre.. Photo Aimée Thirion

La municipalité et MSF cherchent à rendre plus vivable le pire camp de réfugiés de France. Mais les autorités craignent de pérenniser la situation.

C’est un camp de boue froide et glissante. A certains endroits, on s’enfonce jusqu’à la cheville, on se retient aux branches des arbres pour ne pas tomber. Il faut slalomer sur le bois des palettes, sur les morceaux de tôle, des matelas et des couvertures imbibés. Sur ce qui était une pelouse entourée de charmes, il n’y a plus un brin d’herbe, mais des tentes fatiguées, à perte de vue. On n’est qu’à quelques centaines de mètres du centre-ville de Grande-Synthe, près de Dunkerque, non loin de Decathlon, de Jardiland, et de l’autoroute A 16. Bienvenue dans le pire des camps français de réfugiés.

Pourquoi ici, dans le quartier du Basroch de Grande-Synthe ? Parce qu’invisible depuis le camp, la station-service et l’aire d’autoroute, tenue par des passeurs kurdes, sert de marchepied vers l’Angleterre. La municipalité EE-LV et Médecins sans frontières (MSF) veulent déménager ce camp pour en construire un vivable, avec tentes chauffées, sanitaires, et surtout un sol en macadam pour échapper à la boue. La ville et l’ONG ont rencontré la préfecture mercredi, laquelle a repoussé la décision à lundi.

Près de 2 500 personnes

Deux problèmes se posent à l’Etat. D’abord, il craint que le camp ne soit mal placé : les exilés vont être tentés de traverser les voies à pied, comme ils le font à Calais, pour rejoindre l’aire d’autoroute. La ville et l’ONG se sont engagées à revoir leur copie pour garantir la sécurité des lieux. Ensuite, et c’est plus flou, l’Etat et la ville refusent que malgré son plus grand confort, le camp devienne pérenne, qu’il serve de plateforme aux passeurs et augmente sa capacité. Pour l’instant, personne n’a de solution à ce problème : le lieu est tenu par des passeurs depuis environ dix ans. Et si rien ne change pour un meilleur accueil des réfugiés en Europe, cela pourrait encore durer aussi longtemps.

En attendant, dans le camp du Basroch, la vie continue. Ici, on parle le kurde, le persan et l’arabe. Il y a des Kurdes d’Irak surtout, quelques Arabes irakiens, quelques Syriens et une forte minorité d’Iraniens, tous candidats à l’asile outre-Manche. Les tentatives des autorités pour suggérer aux personnes de demander l’asile ici ont fait chou blanc. «Quand on voit comment on est reçu, soupire un Iranien. Je me suis fait tabasser à Calais il y a deux mois par des policiers, je n’ai qu’une envie, c’est de partir.»

Né après la fermeture du centre de Sangatte par Nicolas Sarkozy, le camp faisait partie depuis une dizaine d’années de ces discrètes «jungles» dispersées dans le Nord et le Pas-de-Calais, près des aires d’autoroute qui mènent aux ports de Calais et de Dunkerque. Bon an mal an, il s’y trouvait en permanence entre 40 et 80 personnes – souvent des familles. En quelques semaines cet été, on est passé de 80 à 400, puis à 1 600 fin octobre lors de la visite du ministre de l’Intérieur à Calais, pour arriver à 2 500 aujourd’hui, selon les chiffres officiels. Parmi eux, 230 enfants et une dizaine de bébés. Les gamins connaissent quelques mots d’anglais : «blanket» pour réclamer une couverture, parfois «wood» pour le bois qui servira aux parents pour faire la cuisine. Il y a seulement 32 toilettes : il en faudrait quatre fois plus pour répondre aux standards humanitaires de base. Et il n’y a que deux points d’eau.

La loi des passeurs

A Grande-Synthe, la nouveauté, c’est le nombre de personnes présentes, mais la vie y est difficile depuis longtemps. Le 25 février 2009, Glara, une petite fille kurde d’Irak, est morte quelques heures après sa naissance prématurée, dans le froid. L’hiver suivant, pour protéger les exilés de températures négatives, le maire avait fait installer des tentes chauffées. On se souvient d’une neige cauchemardesque à l’hiver 2010 et déjà, il y avait des familles et des bébés. Le camp a toujours eu une réputation d’efficacité et de dureté. Efficace parce que d’ici, on passait en Angleterre plus vite, pour peu qu’on ait de l’argent. En 2010, c’était 2 000 euros le passage, aujourd’hui c’est 6 000 et les traversées continuent, au compte-gouttes, malgré le discours officiel sur l’étanchéité. Dur ensuite, parce qu’ici, les passeurs font la loi, avec brutalité, et ils se font servir. Il y a quelques mois, quand la municipalité a installé des douches, les passeurs les ont fracturées et en ont fait payer l’accès. Désormais elles fonctionnent sans eux et MSF en offre 200 par jour. Les passeurs «ont des armes à feu», glisse un Iranien, en baissant la voix.

En juin, à Calais, un Syrien racontait : «Ce camp-là, j’y suis resté dix minutes et je me suis sauvé. J’ai vite compris que ce serait l’enfer. Dès que j’ai posé ma veste, un passeur l’a prise et a refusé de me la rendre, il est parti en ricanant. Juste après, quand j’ai vu que d’autres lorgnaient mon smartphone en se parlant à voix basse, j’ai dit « c’est bon, je repars ».» A l’époque, il avait refusé qu’on raconte ces simples faits dans le journal par peur de représailles. Désormais, il est en Angleterre.

La police démantèle les réseaux, huit à neuf mois d’enquête à chaque fois, et un autre se forme illico. Le passage est lent désormais : on croise des gens qui sont là depuis six mois, neuf mois. Il y a quelques années, quatre mois c’était long. Ça n’empêche pas l’humour. Au bord de la forêt, Touana, un Kurde, embrasse le nez un peu tordu de Shkar, pendant que lui embrasse son menton. «C’est pour me porter bonne chance, dit l’homme, pour passer en Angleterre.» On regarde Shkar. Ça marche ? Il rigole : «Aucun n’est revenu !»

La peur de l’avenir

Autour, ses voisines kurdes de Souleimaniye, en Irak : Hanar, 6 ans, et Havin, 4 ans, pipelettes. Leur père est un ancien peshmerga, un combattant kurde. C’est lui qui cuisine au-dessus du feu de bois, d’une main. De l’autre, il retient sa troisième fille, Tsia, 18 mois, en équilibre sur une chaise de jardin en plastique. Ils sont là depuis un mois et demi. Dans une grande tente blanche au milieu de camp, des bénévoles suisses de l’association Rastplatz cuisinent du matin au soir avec le sourire, et offre du thé à volonté. Les migrants viennent s’y réchauffer et bavarder. On croise Saman, 30 ans, là depuis quatre mois. Ce Kurde d’Iran était trafiquant d’alcool à la frontière irako-iranienne. «Oui, contrebandier, c’était mon métier. Deux heures à cheval dans les montagnes. Je vendais de la bière, du whisky, de la vodka, du champagne. Tout ce que tu veux. Je me suis fait coincer par la police iranienne pendant une livraison. J’ai laissé la voiture et je suis parti en courant. Il y avait tous mes papiers. J’ai pris trente ans de prison par contumace !» Et puis il y a le désespoir. On croise Fatima, seule dans son manteau rose. Elle est divorcée et a laissé son fils de 11 ans en Syrie. Elle passe en premier, il la rejoindra ensuite, par la voie légale du regroupement familial. «Je lui ai dit que j’étais partie faire des études. Je ne veux pas qu’il sache ce que je vis en ce moment, il serait terrifié.» Elle laisse couler une larme.

Comment sera le futur camp ? «S’il faut laisser ses empreintes digitales, si c’est comme une prison, je n’irai pas, dit Kourosh, électricien, Kurde d’Iran. J’ai fait de la prison dans mon pays, et je ne supporterai pas.» MSF garantit qu’il n’y aura rien de tel, qu’on pourra aller et venir. L’ONG reconnaît aussi qu’il a fallu parler avec les passeurs, seul moyen de convaincre les exilés de déménager. A priori, rien n’est prévu pour faire baisser le nombre de personnes dans le camp et, a fortiori, pour ne pas qu’il augmente. A part croiser les doigts pour qu’ils acceptent de demander l’asile en France ou… qu’ils passent en Angleterre.

Haydée Sabéran

Voir aussi : Actualité France,  Rubrique Politique, Politique de l’immigration,

Un maître de conférence d’Avignon poursuivi après avoir ironisé sur les « blancos » de Manuel Valls

Il est temps de restreindre les déplacements de Valls en Arabie Saoudite (même pour les gros contrats) sinon c'est le retour assuré des décapitations en 2016

Il est temps de restreindre les déplacements de Valls en Arabie Saoudite (même pour les gros contrats) sinon c’est le retour assuré des décapitations en 2016

Un maître de conférences de l’université d’Avignon (UAPV) est convoqué devant le tribunal correctionnel le 27 janvier pour avoir, dans des mails internes à son établissement, ironisé et repris des déclarations de Manuel Valls sur les « blancos ».

Un maître de conférence d’Avignon poursuivi après avoir ironisé sur les « blancos » de Manuel Valls

Un maître de conférences de l’université d’Avignon (UAPV) est convoqué devant le tribunal correctionnel le 27 janvier pour avoir, dans des mails internes à son établissement, ironisé et repris des déclarations de Manuel Valls sur les « blancos ».

Bernard Mezzadri, 55 ans, comparaîtra pour provocation à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race, selon la citation à comparaître consultée par l’AFP.

Manuel Valls de « chasseur de Roms »

Il lui est reproché, dans un échange de messages, d’avoir notamment déclaré, évoquant une rencontre à venir entre la direction de son établissement et le Premier ministre Manuel Valls: « J’espère qu’en cette grande occasion la délégation de l’UAPV comptera suffisamment de +blancos+ (et pas trop de basanés) ». Il qualifiait également dans son message Manuel Valls de « chasseur de Roms ».

Ces propos faisaient notamment écho à des images de Manuel Valls datant de 2009, dans lesquelles celui qui était alors député-maire d’Evry (Essonne) demandait à ses équipes de rajouter des « whites » et des « blancos » dans le décor.

« Message ironique »

Ce « message ironique » avait été signalé par l’ancienne équipe de direction de l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse au recteur et au procureur, qui avait décidé de poursuivre M. Mezzadri, rappelle le Snesup-FSU de l’établissement dans un communiqué.

« Il est manifeste que notre collègue entendait dénoncer des propos et une politique qu’il estimait xénophobes et que, par conséquent, il ne saurait être lui-même suspecté de xénophobie », poursuit le syndicat.

Une pétition de soutien à l’enseignant-chercheur avait recueilli mardi en fin de journée plus de 3.300 signatures, dont celles du philosophe Etienne Balibar, de l’essayiste Susan George, de la comédienne Marianne Dénicourt et de nombreux professeurs d’université.

Tous demandent la relaxe de M. Mezzadri et « condamnent les propos de M. Valls auxquels Bernard Mezzadri faisait ironiquement référence ».
Contactée par l’AFP, l’université n’avait pas réagi mardi en fin d’après-midi. – avec AFP –

Anne Le Hars
Source AFP  06/01/2016
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