Montpellier : « Une chambre en Inde » d’Ariane Mnouchkine ouvre le Printemps des Comédiens

Photo Marie Clauzade

Photo Marie Clauzade

Donné à la Cartoucherie, ce spectacle d’Ariane Mnouchkine n’est pas une création, mais à Montpellier, ce fil d’Ariane ouvre le Printemps des Comédiens comme système d’aide à la navigation dans une 31e édition où le théâtre interroge le monde par différents endroits.

Pour Une chambre en Inde, Mouchkine a emmené toute sa troupe du Soleil au Sud de l’Inde, à la découverte d’une tradition théâtrale tamoule populaire. Ce n’est pas pour autant une pièce sur l’Inde, plutôt une tentative d’éclairer les impasses du monde, et la façon dont elles sont vécues en France à la lumière indienne.

Cette lumière nous déshabille des jugements préfabriqués qui polluent notre regard en le rendant trouble et incertain. Cette lumière repose sur la confiance et le courage. Elle induit de l’optimisme sans emprunter les chemins de fuite du sécuritaire ou du prêt à consommer. Une chambre en Inde est une transposition loufoque de l’angoisse. On lutte contre le drame en érigeant une névrose… La névrose du bonheur, celle d’être là ensemble, prêt à mourir et à rire.

Jean-Marie Dinh

 Les 2,3,4,7,8,9 et 10 juin . Informations et réservations : www.printempsdescomédiens.com

Source : La Marseillaise

02/06/2017

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Inde: Bollywood et Bombay cèdent au chantage d’ultra-nationalistes

Dans les rues de Bombay, fin septembre 2016. Reuters

Dans les rues de Bombay, fin septembre 2016. Reuters

C’est l’un des films les plus attendus en Inde, le blockbuster de cette période de la Fête des lumières : Ce cœur est difficile doit sortir ce jeudi 27 octobre 2016 dans le pays. Mais un drame bien réel est en train de perturber sa sortie. L’un des acteurs du film est pakistanais, et alors que New Delhi et Islamabad sont sur le pied de guerre, un groupe ultra-nationalistes de Bombay a menacé de saccager les salles de cinéma qui le montreraient. Cette controverse a paralysé une partie de l’industrie du cinéma et a obligé le gouvernement de s’en mêler.

A la mi-septembre, a eu lieu la pire attaque des dernières années contre une base militaire indienne : elle a coûté la vie à 19 soldats. L’assaut a été organisé, selon New Delhi, par des terroristes pakistanais. Depuis, l’armée indienne a répliqué, les deux pays sont sur le pied de guerre et les nationalistes ont appelé au boycott de tout ce qui est pakistanais.

Un petit parti ultra-nationaliste, le MNS, qui détient 10 % des sièges au conseil municipal de Bombay, a ainsi menacé de saccager toute salle de cinéma qui montrerait Ce cœur est difficile, sous prétexte qu’il compte un acteur pakistanais. Une menace prise au sérieux car ce groupe a déjà réalisé de tels actes de vandalisme dans le passé.

Bollywood et le gouvernement régional ont donc cherché à l’apaiser. Ce parti a beau être marginal au niveau national, il jouit d’une grande capacité de nuisance à Bombay, et les producteurs de Bollywood ne peuvent donc pas l’affronter de peur qu’il paralyse leur activité dans le futur.

Les producteurs vont verser près de 680 000 euros aux vétérans de l’armée

Le réalisateur du film incriminé a donc dû jurer, dans une vidéo, face caméra, tel un otage demandant sa libération, qu’il n’emploierait plus d’acteurs ou de techniciens pakistanais. Et il a supplié pour qu’en échange, ce film à gros budget puisse être diffusé.

Le gouvernement régional, lui, au lieu d’essayer de protéger la libre diffusion de ce film, a réuni les producteurs et les chefs du parti nationaliste pour trouver un compromis. Le parti extrémiste vient d’abord d’obtenir la diffusion, avant chaque projection de ce film, d’un message en l’honneur des militaires tués lors de l’attaque de septembre, et surtout, que ses producteurs versent l’équivalent de 680 000 euros au fonds pour les vétérans de l’armée, en échange de quoi ses partisans ne saccageront pas les cinémas.

Le ministre de la Défense a fustigé cette démarche de donation forcée, que des vétérans ont même qualifié d’extorsion. Certains élus, eux, s’indignent que le gouvernement, préoccupé par les élections municipales de Bombay en février 2017, ait approuvé cet accord et tolère le harcèlement d’un acteur pakistanais qui n’a rien à voir avec ces attaques terroristes. Mais ce n’est pas la fin des problèmes pour ce film : dans un zèle de patriotisme, l’une des associations de propriétaires de cinémas a annoncé que ses membres refuseront de le distribuer.

Par Sébastien Farcis

Source RFI 27-10-2016

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En Inde, les intouchables se rebellent et font grève

Le leader des dalits, Jignesh Mewani,  septembre 2016. © Sam Panthaky/AFP

Le leader des dalits, Jignesh Mewani, septembre 2016. © Sam Panthaky/AFP

Selon la Constitution de 1950, le régime des castes a été supprimé en Inde. Or, la ségrégation est toujours de mise notamment dans les métiers. Ceux qui sont hors caste, les dalits, pauvres parmi les pauvres, nettoient le pays des cadavres et des excréments. Suite à une énième humiliation, ils se sont mis en grève dans l’Etat du Gujarat, celui du Premier ministre Narendra Modi.

On les appelle «intouchables», eux utilisent le terme de Dalit, ce qui signifie «brisé» ou «opprimé». L’Inde compte 200 millions de dalits sur 1,2 milliard d’habitants. Malgré la Constitution, la discrimination de caste est toujours aussi vive en Inde. Les dalits n’ont droit à rien. Ni dans les campagnes, ni dans l’Inde moderne qui envoie ses enfants à l’université et des fusées dans l’espace.

Le dalit reste cantonné aux tâches ingrates. Equarisseur de vaches sacrées ou nettoyeur de latrines. Qui plus est, les dalits sont des boucs émissaires faciles, subissant la haine de la société pour un rien. En quatre ans, les crimes contre les dalits ont augmenté de 40%. Ainsi fin juillet dans la ville d’Una au Gujarat, des miliciens se proclamant défenseurs des vaches sacrées, s’en sont pris à quatre dalits, les accusant d’avoir tué un de ces bovins.

Sur le reportage de l’AFP, on peut voir les quatre malheureux passés à tabac à coup de barres de fer. Une humiliation de trop pour les dalits qui ont multiplié les manifestations souvent violentes dans l’Etat du Gujarat. Un policier y a même trouvé la mort.

Parallèlement, ils ont cessé leur travail depuis deux mois, refusant de ramasser les cadavres de vaches dans les rues. Selon le leader du mouvement, Jignesh Mevani, la communauté dalit se réveille et refuse désormais toute discrimination. Plus récemment, une femme enceinte et sa famille, qui participaient au mouvement de grève des dalits, ont été attaquées à coup de bâtons par des membres de la haute caste des darbars.

Que cela se déroule dans l’Etat du Premier ministre Narendra Modi n’est sûrement pas le fruit du hasard. Nationaliste et conservateur, il a souvent été accusé de faire le jeu du fondamentalisme hindou avant son élection en 2014. Les «ultras» fleurissent un peu partout dans le pays, réclamant notamment de remettre à l’honneur le régime des castes.

Jacques Deveaux

Source : Geopolis 04/10/2016

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Inde: rassemblement d’Intouchables contre les violences et les discriminations

Près de 12000 Intouchables se sont rassemblés, ici à Ahmedabad, pour dénoncer l'humiliant passage à tabac de 4 jeunes de leur communauté par des milices hindoues. REUTERS/Amit Dave

Près de 12000 Intouchables se sont rassemblés, ici à Ahmedabad, pour dénoncer l’humiliant passage à tabac de 4 jeunes de leur communauté par des milices hindoues.
REUTERS/Amit Dave

Dans l’Etat du Gujarat, au nord-est de l’Inde, près de 12 000 Intouchables se sont rassemblés pour dénoncer l’humiliant passage à tabac de 4 jeunes de leur communauté par des milices hindoues. Depuis que la vidéo de la scène a été massivement diffusée sur internet la semaine dernière, les Intouchables reprochent au gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi de ne rien faire. Et le mouvement contestataire prend de l’ampleur.

Non seulement ils ont bruyamment investi les places de plusieurs grandes villes, mais les Intouchables se sont mis depuis plusieurs jours en grève. Parmi les secteurs les plus touchés, ceux du ramassage et du dépeçage de bovins.

Résultat, des centaines de carcasses de vaches, animaux sacrés en Inde, sont à l’abandon au bord des routes et pourrissent à la vue de tous. Symbole d’une tension qui se cristallise en Inde mais aussi d’une contestation qui commence à se structurer.

Les manifestants demandent à ce que le gouvernement de Narendra Modi les protège des violences qu’ils disent subir régulièrement de la part des castes supérieures. Désormais ils ont également listé une série de demandes pour améliorer leur sort : la possibilité d’être propriétaire terrien par exemple, de toucher le chômage ou d’occuper des postes au sein de l’administration publique.

Un défi social mais aussi politique pour le parti au pouvoir. Les leaders du mouvement des Intouchables ont fait savoir que pour les élections régionales qui auront lieu en 2017, ils montreront « leur union et leur force ».

Source RFI 31/07/2016

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La convergence des erreurs économiques

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par Michel Leis

La forte baisse des indices boursiers ravive dans les médias la crainte d’une récession. Ce n’est pas vraiment une surprise pour les lecteurs du blog de Paul Jorion. Les explications fleurissent, je voudrais ici mettre l’accent sur le télescopage de stratégies entachées d’erreurs d’appréciation, entre les illusions partagées par les entreprises dominantes ou les politiques publiques et des grandes institutions, aveuglées par la « religion féroce ».

Pendant deux décennies, la conversion de l’ancien bloc de l’Est et de la Chine à l’économie de marché, la croissance des pays émergents et le développement en leur sein d’une classe moyenne ont entretenu un mirage. Le succès des entreprises dominantes se mesurait aux parts de marché gagnées dans ces pays. Les clients des États émergents étaient censés se substituer aux clients occidentaux, dont la demande allait en faiblissant. Cette focalisation sur les exportations a été encouragée par quelques pays, bénéficiant d’une industrie à forte image, à l’instar de l’Allemagne. Cette vision est en train de se heurter à des limites qui étaient largement prévisibles.

Dans ces stratégies centrées sur les réussites à l’exportation, les maîtres mots sont compétitivité et profit, une pression importante a été mise sur le coût du travail et la sous-traitance.

Un certain nombre de biens sont restés produits dans les pays d’origine, mais les salaires ont le plus souvent stagné, les prix bas imposés aux sous-traitants reflètent l’intensité des rapports de force. La course à la productivité impacte l’emploi salarié et les budgets sociaux ; les incitants fiscaux pour combattre le chômage se sont multipliés, le tout mettant à mal le budget des États. Le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, de plus en plus mises à contribution, est impacté en retour. Si les marchés développés sont loin d’être secondaires, la solvabilité des clients occidentaux n’est pas dans le radar des entreprises ayant beaucoup misé sur l’exportation.

Nombre de ces sociétés ont commencé à produire dans les pays émergents, parfois sous la pression du pouvoir local, qui considérait ces implantations comme un ticket d’entrée, parfois guidée par la seule quête du profit, les salaires pratiqués étant bien plus faibles que ceux payés en Occident. Dans ces pays, l’industrie représente une part importante de la richesse créée et de l’emploi. Pourtant, les rapports de forces restent désespérément en faveur des employeurs. En dépit de quelques luttes sociales, les salaires dans la production augmentent peu, la consommation de masse reste limitée à quelques biens manufacturés.

Part-de-lindustrie-dans-le-PIB-des-BRICSPart de l’industrie dans le PIB des BRICS – Source OCDE

Il faut rappeler ici le rôle qu’ont joué dans les Trente Glorieuses la construction de logements et l’achat par les ménages de biens d’équipements, en particulier, l’automobile. Comme en Occident, les classes moyennes et aisées des pays émergents se concentrent surtout dans les grandes villes, qui additionnent aux contraintes physiques des limites financières. Des embouteillages monstres paralysent les mégapoles, certaines ont décidé de limiter l’usage de l’automobile.

En Chine, les plaques d’immatriculation sont tirées au sort ou mises aux enchères, l’achat d’une voiture devient un parcours du combattant où la corruption joue un rôle non négligeable. Le marché immobilier est très tendu. Se loger décemment mobilise une part très importante du revenu, les prix au m2 du tableau ci-dessous, qui concernent les plus grandes métropoles, sont à prendre avec des pincettes, la dispersion des prix est beaucoup plus importante qu’en Europe. Il reste que si l’on considère le revenu médian (il est en France de l’ordre de 27.530 € suivant les mêmes sources), il est probablement nécessaire de gagner 4 ou 5 fois ce montant pour être réellement en mesure d’arbitrer ses dépenses. Les BRICS représentent une population totale de 3 milliards d’habitants, une classe moyenne / aisée qui représenterait 10 % de la population (une estimation souvent retenue) a de quoi aiguiser les appétits. Dans la réalité, la classe moyenne, telle que je la définissais dans un précédent billet (par une capacité d’arbitrage sur ses revenus), pourrait bien être moins nombreuse que dans les prévisions des entreprises.

À l’exception du Brésil, les inégalités ont continué à se creuser ces dernières décennies. Le développement profite avant tout à une poignée de super riches. Pire encore, une corruption généralisée facilite l’accumulation des rapports de forces et la concentration du patrimoine, même dans des pays qui revendiquent un gouvernement fort, comme on peut le voir en Chine. La consommation d’une poignée d’individu ne remplacera jamais pour l’industrie la consommation de masse.

L’Europe est prise en sandwich entre un hypothétique retour à l’équilibre budgétaire, des coûts sociaux croissants et les exigences des entreprises demandant toujours plus pour faire baisser le coût du travail. Les États ont fait porter les efforts directs (les impôts) et indirects (les contributions croissantes des ménages aux dépenses) sur les classes moyennes. La consommation finale reste atone, incapable de soutenir la croissance. Les politiques publiques, imprégnées par la doxa libérale, se refusent à pratiquer des politiques de relance, validant implicitement auprès des entreprises dominantes les stratégies fondées sur l’exportation. Ces stratégies pourraient être assimilées à un jeu à somme nulle. Les rares pays qui ont tiré jusqu’alors leur épingle du jeu cumulent les avantages : excédents commerciaux, emploi, dépenses sociales maîtrisées, budget en excédent primaire. Les autres pays, plus dépendants du marché national et européen, cumulent les inconvénients symétriques.

Du côté des Banques centrales occidentales, on a cru pouvoir surmonter la crise en pratiquant une politique d’argent à taux quasi nul et en injectant des liquidités. Cette politique, se substituant en quelque sorte aux politiques de relance, n’a guère eu d’effet sur la croissance. Dans l’économie réelle, on se heurte à un problème de solvabilité. Celle des classes moyennes ne s’est guère améliorée du fait de la hausse des dépenses pré-engagées, les rapports de forces imposés par les entreprises dominantes plombent les prix pour les sous-traitants et leur rentabilité.

Cette politique a surtout bénéficié à ceux qui ont accès au crédit dans de bonnes conditions, c’est-à-dire les plus riches et les entreprises dominantes. L’abondance de liquidité a entretenu la spéculation et les bulles, les stratégies de profit artificielles (le rachat d’actions), elle a financé les entreprises dans leurs stratégies de conquête des marchés émergents (qui bénéficient très peu à l’Occident). Enfin, les banques pressées de regonfler leurs marges ont accordé des crédits risqués et à haut rendement et joué sur les produits dérivés, tant il est vrai que l’on n’apprend pas de ses propres erreurs.

Les politiques des banques centrales des BRICS sont plus difficilement lisibles, tiraillées entre une mission de maîtrise de l’inflation et des gouvernements qui veulent contrôler la croissance. L’accès au crédit a été plutôt facile, à défaut d’être toujours bon marché en termes réels. Une partie de ces crédits a été vers l’immobilier, entretenant une structure de prix sans rapport avec le revenu réel des ménages. En Chine, il a financé des programmes immobiliers pas toujours cohérents (les villes fantômes), mais aussi des investissements dans la bulle boursière de la part des particuliers qui ont cru pouvoir surmonter le handicap des prix élevés. C’est une configuration qui n’est pas loin de celle de 1929 aux États-Unis. Le coût réel du crédit, plutôt élevé, accentue le risque : il faut des rendements élevés sur les actifs pour pouvoir rembourser, le logement augmente les dépenses pré-engagées des ménages, la dépendance des individus au travail s’accroît, affaiblissant d’autant la position des salariés dans les rapports de forces avec leurs employeurs.

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Évolution des taux d’intérêt des banques centrales et dernier taux d’inflation. Sources : Global rates

En Occident, les stratégies des entreprises dominantes et les politiques publiques convergent dans la mauvaise direction : entre recherche de compétitivité et mesures d’austérité, la consommation finale est en panne. Dans les pays émergents, les contraintes physiques et l’envolée des prix immobiliers se sont conjuguées avec des politiques salariales d’entreprise trop occupées à maximiser leur profit, elles ont laissé à d’autres, autant dire à personne, la responsabilité de développer une clientèle solvable. Les pays émergents ne remplissent plus le rôle que leurs ont assignés les entreprises dominantes, il n’y a plus de marchés de substitution. L’économie réelle est dans une impasse.

Si les pays émergents plongent dans la crise, les entreprises qui ont tout misé sur l’exportation vont voir leur situation se dégrader rapidement. L’industrie automobile allemande est très exposée aux marchés émergents et à la Chine en particulier. Le risque ne se limite pas à des profits en dessous des attentes, l’emploi et les sous-traitants pourraient à nouveau en faire les frais. Les États qui ont soutenu ces politiques pourraient bien connaître à leur tour d’importantes difficultés, notamment budgétaires, auxquelles ils avaient échappé jusqu’alors.

La politique monétaire des Banques centrales ne peut tenir lieu de politique de relance. Les liquidités bon marché incitent les banques à prendre des risques, les marges élevées ont un attrait irrésistible, le risque est négligé. Les plans de sauvetage des crises précédentes, accordés quasiment sans contreparties, sont de bien mauvais exemples. Ces liquidités abondantes contribuent à la déformation de la structure du prix des actifs, qui divergent des réalités économiques (les actions), des possibilités des ménages (l’immobilier), elles orientent une partie du revenu arbitrable des classes moyennes et aisées vers des placements à haut rendement sans avoir conscience du risque. La politique des Banques centrales a été contre-productive, le risque de contrepartie évoqué par Pierre Sarton du Jonchay dans un billet récent est important.

Il y a bien sûr d’autres explications à la situation actuelle. La baisse des cours du pétrole est souvent citée. Combinée avec l’embargo, l’économie de la Russie est frappée de plein fouet. Le Brésil qui misait beaucoup sur les découvertes pétrolières au large de ses côtes ne peut plus compter dessus au vu des coûts d’exploitation, les cours du charbon qui suivent la même tendance que ceux du pétrole asphyxient cette source de devise pour l’Afrique du Sud ainsi que l’industrie du carburant synthétique. L’exploitation du pétrole non conventionnel est en péril, faisant naître des craintes sur les banques américaines.

Ce que souligne cette situation, c’est la convergence des erreurs d’appréciation, c’est une approche étroite des problèmes : les Banques centrales pratiquent une politique monétaire, mais ne se préoccupent pas ou peu du prix des actifs, les entreprises développent des stratégies mondiales en oubliant les mécanismes de base de la création de clientèle, les États ne se préoccupent que de l’équilibre budgétaire, ils soutiennent, sans en apprécier les risques, les stratégies de court terme menées par certaines entreprises. À l’heure où l’on veut multiplier les traités de libre-échange, c’est pourtant d’une Gouvernance mondiale dont on a besoin, à même de dépasser le simple cadre de la croissance et du profit.

Source :  Blog de Paul Jorion 12/02/2016

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