Montpellier Danse. Preljocaj  » L’Europe aussi à ses Sorcières de Salem »

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En ouverture du Festival international Montpellier Danse, le chorégraphe
Angelin Preljocaj présente « Les pièces de New York ». Reprise de deux anciennes créations ayant vu le jour au New York City Ballet où sont nés les premiers signes avant-coureur de la danse moderne.

Pourquoi avoir couplé les deux pièces de New York que vous présentez en ouverture ?
J’ai réalisé ces deux pièces à l’invitation du New York City Ballet à seize ans d’intervalle. Traditionnellement, les soirées mixed-Bill du ballet de New York associent différents chorégraphes comme Balanchine, Robbins, Preljocaj mais rarement deux pièces du même chorégraphe. Ce qui fait que ces deux pièces n’avaient jamais été données ensemble, or je trouve que leur juxtaposition les renforce. Par ailleurs, je désirais apporter à ma propre compagnie une matière issue de leurs génomes. Dans mon travail, je regarde ce qui est devant moi les forces et l’énergie des danseurs me permettent d’écrire, le langage se développe avec la virtuosité en présence. Dans ce cas il y a une forme de transmission.

Créée en 1997, « La Stavaganza » évoque la question de l’émigration au états-Unis, y avez-vous trouvé une forme de résonance avec votre propre parcours ?
L’histoire ressemble en effet à mon expérience d’être humain. J’ai vécu la demande du ballet de New York un peu comme si on demandait à un chorégraphe de la vieille Europe d’activer et de nourrir l’idée de l’échange des cultures lié à l’immigration. L’écriture de cette pièce met en relation une rencontre entre un groupe au style assez balanchinien avec une autre tribu qui semble venir de la vieille Europe. Une confrontation s’opère et paradoxalement les anciens sont porteurs de nouveauté. J’ai travaillé sur les contours chorégraphiques de cet échange. La communication s’établit très progressivement entre les deux groupes avec, en soubassement, une histoire d’amour.

A travers cette approche,  appréhendez-vous les différences historiques existant entre les USA et l’Europe en matière de politiques d’immigration ?
La pièce dans laquelle les deux groupes s’enrichissent évoque ce type de questionnement. Les états-Unis se sont proprement constitués à partir des différentes vagues d’immigration. On peut dire que les States ont l’immigration dans leur ADN ce qui n’est pas tout à fait le cas en Europe. Rocard disait que nous ne pouvions prendre en charge toute la misère du monde mais nous nous devons d’en prendre en charge une partie. On voit actuellement certains pays européens se retrancher dans une fermeture totale. Durant le haut Moyen-âge, l’intégration de ceux qu’on nommait à l’époque les barbares a permis de fonder une nouvelle identité à la vieille Gaule. L’histoire se reproduit mais on oublie la richesse de certains de ses épisodes avant d’arriver à Saint-Louis. Comme on oublie la place sociale occupée par les femmes au Moyen-âge.

Ce qui fait lien avec « Spectral Evidence », la seconde pièce que vous présentez au Festival Montpellier Danse inspirée par le procès des Sorcières de Salem…
Bien que créée postérieurement, Spectral Evidence ouvrira « Les pièces de New York ». Lorsque je suis revenu au ballet en 2013, j’ai continué à m’intéresser à l’histoire des états-Unis dans l’idée de produire une suite à La Stavaganza. J’ai été troublé par ce procès en sorcellerie et notamment par le concept de preuve spectrale instituée comme outil juridique à cette occasion. Les soi-disant sorcières n’étaient autres que des femmes qui trouvaient un surplus de liberté en allant danser dans la forêt. Ce qui n’était pas admissible dans la société puritaine de l’époque, mais pour les condamner il fallait des preuves recevables. D’où l’apparition et la validation des preuves spectrales qui ont permis d’introduire les rêves dans la sphère juridique. Il suffisait ainsi d’accuser une femme en affirmant : dans mon rêve elle est venue dans ma cuisine avec un poulet qu’elle a égorgé sur place avant de répandre le sang de l’animal sur mes enfants, pour constituer une preuve. La preuve spectrale reposait sur de purs fantasmes.

Votre pièce intègre cette notion de liberté des femmes à laquelle on vous sait attaché. Dans ce domaine, comment les états-Unis et l’Europe se distinguent-ils ?
La liberté et le puritanisme ne font pas bon ménage. Il y a bien des manières d’évoquer la liberté qui s’exprime évidemment avec le corps. Le puritanisme considère le corps comme un danger, celui de la sexualité apparaît très présent dans la société américaine. En Europe nous avons aussi nos sorcières de Salem. Tant que nous n’auront pas une totale parité, tant que nous mesurerons des écarts de salaires entre les hommes et les femmes… Moi personnellement, je continue à le faire entendre, y compris dans le milieu de la culture où il reste du chemin à faire.

Le répertoire musical des deux pièces nous fait cheminer de Vivaldi à John Cage…
Pour la Stravaganza, j’use de la musique pour évoquer la dimension temporelle ou intemporelle. Une tribu danse  sur Vivaldi, une autre sur des compositions électroniques en croisant les époques. La gestuelle s’apparente au même processus. Pour Spectral Evidence, moi qui me croyais un spécialiste, j’ai découvert des œuvres vocales de Cage dont je ne soupçonnais pas l’existence. Comme il y avait beaucoup de corrélation avec cette pièce de recherche, j’ai souhaité saisir cette étrangeté avec un jeu autour du style balanchinien.

Comment vos danseurs actuels se sont nourris de ces deux pièces ?
Il y avait un vrai défi à relever pour les danseurs avec ces pièces d’une grande virtuosité. Avec le New York City Ballet, le travail du bas de jambes est proprement saisissant avec l’apport de Jerôme Robbins mais aussi la proximité de Broadway. J’ai voulu transcrire cet aspect sidérant avec la vivacité des  cordes de Vivaldi. Une véritable épreuve pour les danseurs qui ont passé un cap. Cela amène une coloration plus tranchée à la compagnie. C’est un peu comme le procédé de la bouture. On arrive à une hybridation résolument contemporaine.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

« Les pièces de New York » samedi à 20h à Montpellier Opéra Berlioz.

Source La Marseillaise 24 juin 2017

Voir aussi : Rubrique Danse, Ouverture du Festival Montpellier Danse. 37ème pas dans l’espace danse mondial, Montpellier danse, rubrique Festival, rubrique Politique, Politique culturelle, rubrique Montpellier, rubrique Rencontre,

La fabrique des indésirables

 Cécile Carrière. — de la série « Barques », 2014 cecilecarriere.fr - Collection Fondation François Schneider


Cécile Carrière. — de la série « Barques », 2014
cecilecarriere.fr – Collection Fondation François Schneider

Un monde de camps

Camps de réfugiés ou de déplacés, campements de migrants, zones d’attente pour personnes en instance, camps de transit, centres de rétention ou de détention administrative, centres d’identification et d’expulsion, points de passage frontaliers, centres d’accueil de demandeurs d’asile, « ghettos », « jungles », hotspots… Ces mots occupent l’actualité de tous les pays depuis la fin des années 1990. Les camps ne sont pas seulement des lieux de vie quotidienne pour des millions de personnes ; ils deviennent l’une des composantes majeures de la « société mondiale », l’une des formes de gouvernement du monde : une manière de gérer l’indésirable.

Produit du dérèglement international qui a suivi la fin de la guerre froide, le phénomène d’« encampement » a pris des proportions considérables au XXIe siècle, dans un contexte de bouleversements politiques, écologiques et économiques. On peut désigner par ce terme le fait pour une autorité quelconque (locale, nationale ou internationale), exerçant un pouvoir sur un territoire, de placer des gens dans une forme ou une autre de camp, ou de les contraindre à s’y mettre eux-mêmes, pour une durée variable (1). En 2014, 6 millions de personnes, surtout des peuples en exil — les Karens de Birmanie en Thaïlande, les Sahraouis en Algérie, les Palestiniens au Proche-Orient… —, résidaient dans l’un des 450 camps de réfugiés « officiels », gérés par des agences internationales — tels le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens — ou, plus rarement, par des administrations nationales. Souvent établis dans l’urgence, sans que leurs initiateurs aient imaginé et encore moins planifié leur pérennisation, ces camps existent parfois depuis plus de vingt ans (comme au Kenya), trente ans (au Pakistan, en Algérie, en Zambie, au Soudan) ou même soixante ans (au Proche-Orient). Avec le temps, certains se sont mis à ressembler à de vastes zones périurbaines, denses et populaires.

La planète comptait également en 2014 plus de 1 000 camps de déplacés internes, abritant environ 6 millions d’individus, et plusieurs milliers de petits campements autoétablis, les plus éphémères et les moins visibles, qui regroupaient 4 à 5 millions d’occupants, essentiellement des migrants dits « clandestins ». Ces installations provisoires, parfois qualifiées de « sauvages », se retrouvent partout dans le monde, en périphérie des villes ou le long des frontières, sur les terrains vagues ou dans les ruines, les interstices, les immeubles abandonnés. Enfin, au moins 1 million de migrants sont passés par l’un des 1 000 centres de rétention administrative répartis dans le monde (dont 400 en Europe). Au total, en tenant compte des Irakiens et des Syriens qui ont fui leur pays ces trois dernières années, on peut estimer que 17 à 20 millions de personnes sont aujourd’hui « encampées ».

Au-delà de leur diversité, les camps présentent trois traits communs : l’extraterritorialité, l’exception et l’exclusion. Il s’agit tout d’abord d’espaces à part, physiquement délimités, des hors-lieux qui souvent ne figurent pas sur les cartes. Quoique deux à trois fois plus peuplé que le département de Garissa où il se trouve, le camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya, n’apparaît pas sur les représentations de ce département. Les camps jouissent également d’un régime d’exception : ils relèvent d’une autre loi que celle de l’État où ils sont établis. Quel que soit leur degré d’ouverture ou de fermeture, ils permettent ainsi d’écarter, de retarder ou de suspendre toute reconnaissance d’une égalité politique entre leurs occupants et les citoyens ordinaires. Enfin, cette forme de regroupement humain exerce une fonction d’exclusion sociale : elle signale en même temps qu’elle dissimule une population en excès, surnuméraire. Le fait d’être ostensiblement différent des autres, de n’être pas intégrable, affirme une altérité qui résulte de la double mise à l’écart juridique et territoriale.

Si chaque type de camp semble accueillir une population particulière — les migrants sans titre de séjour dans les centres de rétention, les réfugiés dans les structures humanitaires, etc. —, on y retrouve en fait un peu les mêmes personnes, qui viennent d’Afrique, d’Asie ou du Proche-Orient. Les catégories institutionnelles d’identification apparaissent comme des masques officiels posés provisoirement sur les visages.

Ainsi, un déplacé interne libérien vivant en 2002-2003 (soit au plus fort de la guerre civile) dans un camp à la périphérie de Monrovia sera un réfugié s’il part s’enregistrer l’année suivante dans un camp du HCR au-delà de la frontière nord de son pays, en Guinée forestière ; puis il sera un clandestin s’il le quitte en 2006 pour chercher du travail à Conakry, où il retrouvera de nombreux compatriotes vivant dans le « quartier des Libériens » de la capitale guinéenne. De là, il tentera peut-être de rejoindre l’Europe, par la mer ou à travers le continent via les routes transsahariennes ; s’il arrive en France, il sera conduit vers l’une des cent zones d’attente pour personnes en instance (ZAPI) que comptent les ports et aéroports. Il sera officiellement considéré comme un maintenu, avant de pouvoir être enregistré comme demandeur d’asile, avec de fortes chances de se voir débouté de sa demande. Il sera alors retenu dans un centre de rétention administrative (CRA) en attendant que les démarches nécessaires à son expulsion soient réglées (lire l’article page 16). S’il n’est pas légalement expulsable, il sera « libéré » puis se retrouvera, à Calais ou dans la banlieue de Rome, migrant clandestin dans un campement ou un squat de migrants africains.

Les camps et campements de réfugiés ne sont plus des réalités confinées aux contrées lointaines des pays du Sud, pas plus qu’ils n’appartiennent au passé. Depuis 2015, l’arrivée de migrants du Proche-Orient a fait émerger une nouvelle logique d’encampement en Europe. En Italie, en Grèce, à la frontière entre la Macédoine et la Serbie ou entre la Hongrie et l’Autriche, divers centres de réception, d’enregistrement et de tri des étrangers sont apparus. À caractère administratif ou policier, ils peuvent être tenus par les autorités nationales, par l’Union européenne ou par des acteurs privés. Installées dans des entrepôts désaffectés, des casernes militaires reconverties ou sur des terrains vagues où des conteneurs ont été empilés, ces structures sont rapidement saturées. Elles s’entourent alors de petits campements qualifiés de « sauvages » ou de « clandestins », ouverts par des organisations non gouvernementales (ONG), par des habitants ou par les migrants eux-mêmes. C’est ce qui s’est produit par exemple autour du camp de Moria, à Lesbos, le premier hotspot (centre de contrôle européen) créé par Bruxelles aux confins de l’espace Schengen en octobre 2015 pour identifier les migrants et prélever leurs empreintes digitales. Ces installations de fortune, qui accueillent généralement quelques dizaines de personnes, peuvent prendre des dimensions considérables, au point de ressembler à de vastes bidonvilles.

En Grèce, à côté du port du Pirée, un campement de tentes abrite entre 4 000 et 5 000 personnes, et jusqu’à 12 000 personnes ont stationné à Idomeni, à la frontière gréco-macédonienne, dans une sorte de vaste zone d’attente (2). En France, également, de nombreux centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) et centres d’hébergement d’urgence ont ouvert ces dernières années. Eux aussi souffrent d’un déficit chronique de places et voient se multiplier les installations sauvages à leurs abords. Les migrants refoulés de la structure ouverte par la mairie de Paris à la porte de la Chapelle à l’automne 2016 se retrouvent contraints de dormir dans des tentes, sur le trottoir ou sous le métro aérien.

Quel est l’avenir de ce paysage de camps ? Trois voies existent d’ores et déjà. L’une est la disparition, comme avec la destruction des campements de migrants à Patras, en Grèce, ou à Calais, en France, en 2009 puis en 2016, ou encore avec l’élimination répétée de campements dits « roms » autour de Paris ou de Lyon. S’agissant des camps de réfugiés anciens, leur disparition pure et simple constitue toujours un problème. En témoigne le cas de Maheba, en Zambie. Ce camp ouvert en 1971 doit fermer depuis 2002. À cette date, il comptait 58 000 occupants, dont une grande majorité de réfugiés angolais de la deuxième, voire de la troisième génération. Une autre voie est la transformation, sur la longue durée, qui peut aller jusqu’à la reconnaissance et à un certain « droit à la ville », comme le montrent les camps palestiniens au Proche-Orient, ou la progressive intégration des camps de déplacés du Soudan du Sud dans la périphérie de Khartoum. Enfin, la dernière voie, la plus répandue aujourd’hui, est celle de l’attente.

D’autres scénarios seraient pourtant possibles. L’encampement de l’Europe et du monde n’a rien d’une fatalité. Certes, les flux de réfugiés, syriens principalement, ont beaucoup augmenté depuis 2014 et 2015 ; mais ils étaient prévisibles, annoncés par l’aggravation constante des conflits au Proche-Orient, par l’accroissement des migrations durant les années précédentes, par une situation globale où la « communauté internationale » a échoué à rétablir la paix. Ces flux avaient d’ailleurs été anticipés par les agences des Nations unies et par les organisations humanitaires, qui, depuis 2012, demandaient en vain une mobilisation des États pour accueillir les nouveaux déplacés dans des conditions apaisées et dignes.

Des arrivées massives et apparemment soudaines ont provoqué la panique de nombreux gouvernements impréparés, qui, inquiets, ont transmis cette inquiétude à leurs citoyens. Une instrumentalisation du désastre humain a permis de justifier des interventions musclées et ainsi, par l’expulsion ou le confinement des migrants, de mettre en scène une défense du territoire national. À bien des égards, le démantèlement de la « jungle » de Calais en octobre 2016 a tenu la même fonction symbolique que l’accord de mars 2016 entre l’Union européenne et la Turquie (3) ou que l’érection de murs aux frontières de divers pays (4) : ils doivent faire la démonstration que les États savent répondre à l’impératif sécuritaire, protéger des nations « fragiles » en tenant à l’écart les étrangers indésirables.

En 2016, l’Europe a finalement vu arriver trois fois moins de migrants qu’en 2015. Les plus de six mille morts en Méditerranée et dans les Balkans (5), l’externalisation de la question migratoire (vers la Turquie ou vers des pays d’Afrique du Nord) et l’encampement du continent en ont été le prix.

Michel Agier

Anthropologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il a récemment publié Les Migrants et nous. Comprendre Babel (CNRS Éditions, Paris, 2016) et dirigé l’ouvrage Un monde de camps (La Découverte, Paris, 2014), dont le titre de ce dossier s’inspire.
Source Le Monde Diplomatique Mai 2017

Comment empêcher les identitaires de saborder le sauvetage des migrants en Méditerranée ?

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    Génération identitaire veut empêcher les bateaux d’ONG d’aller en Méditerranée secourir les migrants, cagnotte en ligne à l’appui. Face au silence des politiques, des militants se demandent si des solutions juridiques existent.

C’est le dernier projet de certains mouvements racistes européens, et il se trouve des gens pour le financer : entraver les missions de sauvetage de migrants en mer Méditerranée en empêchant leurs bateaux de quitter les ports. L’esprit de l’initiative était résumé le 14 mai dans une vidéo publiée sur YouTube par un collectif nommé Defend Europe : face à une «invasion en cours», «de toute l’Europe, nous nous réunissons pour agir», expliquent quatre militants xénophobes d’un ton grave, dans un port de la mer Méditerranée. Il y a un Allemand, un Britannique, un Italien et un Français, chacun représentant sa branche nationale du mouvement Génération identitaire. En France, celui-ci constitue un vivier pour le Front national, dont il a accompagné la campagne présidentielle.

Leur première (et seule à ce jour) action concrète a été menée le 12 mai au soir à Catane, en Sicile, contre le bateau Aquarius affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières. Elle a été empêchée par des gardes-côtes italiens, mais dans une vidéo, les xénophobes promettent fièrement de «revenir» avec une opération de plus grande ampleur : «affréter un grand bateau et naviguer sur la mer Méditerranée pour contrecarrer les bateaux de ces contrebandiers humains». Et pour mettre en œuvre ce projet, ils ont lancé une campagne de financement participatif dont le but était de récolter 50 000 euros. En trois semaines, l’objectif a été amplement atteint : les dons de généreux anonymes ont atteint 65 000 euros, selon Defend Europe.

Des actes de piraterie ?

En attendant une éventuelle réaction des pouvoirs publics (contacté par Libération, le ministère français des Affaires étrangères n’a pas encore donné suite) et de responsables politiques (dont le silence est remarqué), des gens s’organisent, notamment pour explorer les pistes juridiques à actionner. Sur Twitter, la militante féministe et antiraciste Chercherjournal, qui tweete sur le sujet depuis mardi, a lancé un appel pour savoir si les actions des identitaires relevaient de la piraterie. La réponse n’est pas évidente. Définie par la convention des Nations unies sur le droit de la mer, conclue à Montego Bay en 1982 (à lire ici en PDF), la piraterie se définit par «tout acte illicite de violence ou de détention ou toute déprédation commis par l’équipage ou des passagers d’un navire ou d’un aéronef privé, agissant à des fins privées, et dirigé : I) contre un autre navire ou aéronef, ou contre des personnes ou des biens à leur bord, en haute mer; II) contre un navire ou aéronef, des personnes ou des biens, dans un lieu ne relevant de la juridiction d’aucun Etat».

La première question est donc de savoir si, en tentant de bloquer des navires sans les aborder physiquement, Defend Europe se livre à des «actes de violence ou de détention ou toute déprédation». La seconde est de savoir si ces actes se déroulent en haute mer ou «dans un lieu ne relevant de la juridiction d’aucun Etat». Or, ici, la réponse est claire : ce n’est pour le moment pas le cas, puisque la première a eu lieu dans le port de Catane, en Sicile, un lieu qui relève donc de la juridiction italienne. Il serait possible alors de parler de «brigandage», selon un rapport de la commission des affaires étrangères du Sénat rendu en 2010. Mais le même rapport souligne que l’Etat où ont lieu des actions de «brigandage» est le «seul compétent pour les réprimer». Bref, en ce qui concerne l’opération menée en Sicile en mai, c’est à la justice italienne d’agir. On ignore si elle l’a fait.

Pour la suite, il reste à voir si les identitaires affréteront bien, comme ils l’annoncent, «un grand bateau» pour «naviguer sur la mer Méditerranée pour contrecarrer les bateaux de ces contrebandiers humains». Et si, à cette occasion, ils engageront un contact physique avec les bateaux de sauvetage.

«Mise en danger de la vie d’autrui»

Mais piraterie ou pas, aux yeux du professeur de droit Patrick Chaumette, directeur du programme de recherche Human Sea, «ces actions constituent une mise en danger de la vie d’autrui, un obstacle à l’obligation internationale de sauvegarde de la vie humaine en mer et une entrave à la liberté de navigation». L’obligation internationale de sauvegarde de la vie humaine en mer est définie par les conventions internationales Solas et SAR, adoptées en 1974 et 1979, dont les Etats membres de l’UE sont signataires. «Il est probable que les législations nationales répriment le non-respect de cette obligation internationale», souligne Patrick Chaumette, ajoutant que «la non-assistance à personne en danger se retrouve partout, ainsi que les entraves à la liberté de navigation». En France, le code pénal dispose à l’article 223-5 que «le fait d’entraver volontairement l’arrivée de secours destinés à faire échapper une personne à un péril imminent […] est puni de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende».

Enfin, certains pensent que la convention de Genève de 1951 peut être invoquée. Celle-ci dispose en effet, dans son article 33, qu’«aucun des Etats contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques», souligne le site de l’agence pour les réfugiés des Nations unies. En annonçant qu’ils comptent sauver les migrants en détresse dans la Méditerranée pour «les raccompagner jusqu’aux côtes africaines», les identitaires entravent-ils le respect cette convention ? «Je ne pense pas que les atteintes à la convention de Genève soient pénalisées, cela se saurait», tempère Patrick Chaumette, ce qu’appuient des juristes à la Cimade.

En attendant, une mobilisation est en cours pour appeler Paypal à prendre position, le service de paiement en ligne étant une option possible pour participer à la cagnotte des identitaires. En effet, les conditions d’utilisation de Paypal interdisent le recours au service pour «des activités qui violent la loi». Contacté par Libération, Paypal a précisé que sa politique «est d’interdire que nos services soient utilisés pour accepter des paiements ou des dons pour des organisations dont les activités prônent la haine, la violence ou l’intolérance raciale», mais qu’il s’«interdit en revanche de faire un quelconque commentaire sur un compte PayPal spécifique». Le BAAM (Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants) a publié sur Facebook un message type à envoyer à Paypal pour faire pression sur le service.

SOS Méditerranée et MSF choisissent le mépris

De leur côté, SOS Méditerranée et MSF n’ont pas engagé d’actions en justice et n’ont pas l’intention, dans l’immédiat, de le faire. A Libération, les deux disent ne pas vouloir accorder d’importance aux projets des identitaires, MSF soulignant que «l’incident [du 12 mai] était assez mineur : ils ont balancé une fusée et ça n’a pas vraiment empêché l’Aquarius de continuer sa route.» SOS Méditerranée préfère mettre l’accent sur ses actions en cours, et notamment un «appel du 8 juin» que l’organisation a lancé jeudi à Marseille pour remobiliser la société autour du sauvetage des migrants.

Par ailleurs, les associations doutent que l’argent récolté par les identitaires suffise réellement à financer leur projet. Mais la Cimade souligne que leur action prend appui sur les récentes critiques exprimées par le parquet de Catane et l’agence européenne de contrôle des frontières Frontex, qui ont accusé les ONG d’encourager les passeurs. «Les associations qui interviennent sont juste là pour répondre au silence de l’Union européenne», défend Eva Ottavy, responsable des solidarités internationales au sein de la Cimade. «Ce que fait l’UE, c’est l’externalisation des contrôles : on sous-traite aux pays voisins (Libye, Tunisie, Maroc…) la gestion des frontières pour contenir les populations, mais aussi pour expulser les personnes jugées indésirables sur le territoire européen.»

Contactée par Libération, l’agence Frontex répond qu’elle n’a «jamais accusé les ONG de collaborer avec les passeurs. Nous avons souligné la nécessité pour tous les acteurs travaillant en mer Méditerranée de collaborer avec les autorités italiennes pour combattre les réseaux de passeurs.» Elle ne répond pas, en revanche, à nos questions sur d’éventuels commentaires ou interventions de sa part pour empêcher les identitaires d’agir.

La situation des migrants en mer Méditerranée est plus critique que jamais. En mars, SOS Méditerranée décrivait une situation «qui dépasse tout ce que l’on a pu voir jusqu’à maintenant». Pour l’heure, les Nations unies recensent 1 650 personnes mortes en mer Méditerranée depuis le début de l’année, 6 453 ayant été secourues au large de la Libye. Avec 7 927 morts et disparus, 2016 a été une année record.

Frantz Durupt

Source Libération : 09/06/2017

Législatives au Royaume-Uni. Theresa May en échec

la_nouvelle_thatcher_veut_cogner_fort._drUne déroute pour Theresa May qui voulait asseoir son autorité sur les conservateurs. La première ministre britannique n’a pas rencontré le succès qu’elle escomptait en déclenchant des législatives anticipées.

Elle promettait de gagner des dizaines de sièges ; elle en a perdu 12, perdant au passage la majorité absolue qu’avait conquise son prédécesseur David Cameron. Les élus du parti, des ministres, des membres de son entourage sont furieux. Même en formant un nouveau gouvernement grâce à l’accord avec le Parti unioniste démocrate, il n’est pas sûr qu’il survive longtemps.

La Grande-Bretagne sort affaiblie des élections générales du jeudi 8 juin. A quelques jours du début d’une négociation historique sur la sortie du pays de l’Union européenne, les Britanniques se retrouvent sans majorité gouvernementale claire.

Le parti travailliste, et surtout son chef de file, Jeremy Corbyn, ont gagné la bataille de la légitimité comme première voix de l’opposition. Le travailliste était traité avec mépris par la plupart des médias et par Theresa May. C’est une belle revanche pour celui que les députés de son propre parti ont longtemps considéré comme un “loser”. En mettant la barre à gauche, il a mobilisé les jeunes et recueilli 40 % des voix, soit 10 points de plus que son prédécesseur modéré Ed Miliband en 2015.

Sources Le Monde et The Guardian 09/06/2017

Voir aussi : Actualité Internationale Rubrique UE, rubrique Grande Bretagne, rubrique Economie, rubrique Politique, Politique économiquePolitique de l’immigration, rubrique On line Les résultats avec  The Guardian,

À Calais, « les migrants ont un gobelet d’eau pour se laver »

Une dizaine de jeunes migrants terminent leur petit-déjeuner près de la rocade portuaire de Calais (Photo de Pierre-Louis Caron/VICE News)

Une dizaine de jeunes migrants terminent leur petit-déjeuner près de la rocade portuaire de Calais (Photo de Pierre-Louis Caron/VICE News)

Mercredi 10 mai, jour de marché à Calais. Il est un peu plus de 8 heures 30 et les étals sont presque tous installés. À quelques rues de là, place de Norvège, des bénévoles de l’association Salam font leur marché à eux. Cagettes de bananes, thermos de thé brûlant, sacs-poubelles où se mélangent pain et viennoiseries : les dons proviennent de commerces et de particuliers. Il suffit de quelques minutes pour répartir les denrées entre plusieurs véhicules. « Ces pains-là sont un peu secs », s’inquiète une bénévole. « Oui, mais ils les prendront quand même, avec le thé ça ira », la rassure Yolaine, coupe-vent sur le dos et dix ans d’aide aux migrants derrière elle.

Une pointe d’inquiétude subsiste dans les regards. La veille, Yolaine s’est retrouvée face à des CRS qui l’ont empêchée de distribuer sa nourriture. « Je leur ai dit que c’était illégal, que c’était des gamins derrière eux, mais ils n’ont rien voulu savoir », raconte-t-elle. En mars dernier, la mairie de Calais avait tenté d’interdire la distribution de nourriture aux migrants – un arrêté municipal finalement suspendu par la justice. « De toute façon, les gars sont là, on ne peut pas rester sans rien faire », s’indigne la bénévole. « Finalement, ils m’ont autorisé à leur donner de l’eau. Cinq litres pour 80 personnes, non mais vous imaginez ? »

La troupe se met en route pour la zone industrielle des Dunes, au nord-est de la ville, scrutant chaque fourgon qui croise son chemin. Au bout d’une petite rue caillouteuse, le convoi se gare devant un atelier de mécanique. Soupir de soulagement : aucun camion de CRS à l’horizon. La distribution peut commencer. Ils sont déjà une soixantaine de migrants à attendre là, en ligne bien droite, à l’entrée d’un terrain vague niché entre un petit bois et un pylône électrique. Pourquoi cet endroit ? « Ici, ils sont relativement tranquilles, ils peuvent espérer dormir quelques heures, tant qu’ils ne sont pas trop nombreux », nous répond Sophonie. À l’époque du centre d’hébergement Jules Ferry, le coeur de la dernière « jungle », Sophonie en était la directrice adjointe. Ce matin, elle vient « simplement donner un coup de main ». Face aux six bénévoles, la file d’attente grossit. Ils sont Afghans, Soudanais, Érythréens pour la plupart. Rien de nouveau à Calais, si ce n’est que les mineurs sont presque plus nombreux que les adultes.

« One tea par personne, water is for washing first », répètent les bénévoles. Chaque personne a le droit à un verre de thé, du pain, et un fruit. « Ils ont un gobelet d’eau pour se laver », déplore Michel, bénévole et ancien journaliste de La Voix du Nord. « Ça se limite aux mains et au visage, mais c’est déjà ça. » Un jeune Soudanais demande plusieurs fois l’accès à une douche. On se frotte le menton, l’air désemparé. À la fin de l’hiver, la mairie de Calais a déposé une benne à ordures devant les douches gérées par le Secours Catholique, afin d’en bloquer l’accès. Si l’acte a finalement été jugé illégal, le bloc sanitaire n’a toujours pas reçu l’autorisation d’être rouvert. « Il faudrait aller voir si les douches de la plage fonctionnent. Après, il y a le robinet du cimetière… », propose une bénévole, avant de se raviser. « Non, ça va faire des histoires, quelqu’un va forcément appeler la police ».

Des migrants passés par les centres d’accueil

Dans la file d’attente, ceux qui coupent ou se servent deux fois se font vite rappeler à l’ordre. Le ton monte entre deux migrants, qui finissent par en venir aux mains avant d’être séparés par le reste du groupe. « Je ne comprends, pas, lui c’est un gentil d’habitude », s’étonne Yolaine. Après des jours et des nuits blanches à tenter de passer en Angleterre, les traits sont tirés, et la fatigue devient nerveuse.

« Cette nuit, la police nous a empêchés de dormir, ils nous ont dit qu’on ne pouvait pas rester là », nous raconte Abdulah, un jeune Afghan de vingt-huit ans. Son niveau d’anglais est très bon, et pour cause, il dit avoir passé six ans au Royaume-Uni avant d’être expulsé vers Kaboul par avion. « J’ai été balayeur, déménageur, serveur dans un restaurant turc aussi, c’est plus facile pour travailler là-bas. » De retour en France, Abdulah a assisté à l’évacuation musclée de la « Jungle » en octobre dernier. « Pour nous ça s’est bien passé, on nous a envoyés en CAO [Ndlr, Centre d'Accueil et d'Orientation] dans un petit village, c’était très bien », nous raconte-t-il, en se rappelant « les sourires des enfants, et les gens qui disaient bonjour ». Peu de temps après, Abdulah et son ami ont été transférés dans un autre CAO, près de Charleville-Mézières. Un changement de décor assez rude. « C’était sale, il y avait des hommes qui buvaient de l’alcool et qui fumaient dans les chambres. »

Après quelques semaines sans activité, ni aide juridique, Abdulah s’est plaint à la direction. « À chaque fois, le directeur devait négocier avec son supérieur, qui devait ensuite négocier avec son supérieur… », peste-t-il. « Finalement, on nous a dit que si on n’était pas satisfaits ici, nous n’avions qu’à repartir à Calais. » Et l’Allemagne ? Ou un autre pays d’Europe ? « Je ne sais pas, ce n’est pas vraiment mon objectif », nous répond-il en regardant d’autres Afghans monter dans une camionnette discrète, garée à bonne distance du terrain vague. Une manière de nous dire que son passage en Angleterre, Abdulah l’a déjà payé.

Yolaine, bénévole de l'association Salam, termine le pansement d'un jeune migrant blessé au pouce (Photo de Pierre-Louis Caron/VICE News)

Yolaine, bénévole de l’association Salam, termine le pansement d’un jeune migrant blessé au pouce (Photo de Pierre-Louis Caron/VICE News)

« Inutile de chercher des camps, il n’y en a pas ici. »

La distribution du petit-déjeuner se termine pour les migrants du terrain vague. Certains jouent au football, les autres somnolent, un sac de couchage sur les épaules. « Inutile de chercher des camps à Calais, il n’y en a pas ici », nous explique Yolaine. « Dès que la police voit une bâche, des palettes ou quelque chose qui ressemble à une tente, c’est automatiquement gazé, détruit, confisqué. » Pour dormir, il ne reste donc que les buissons, des coins de terrain vague ou encore les ponts d’autoroute. Une situation semblable à celle de Grande-Synthe, à quarante kilomètres de là, où 200 personnes dorment dans les bois suite à l’incendie du camp soutenu par la ville.

« Bon, s’ils se font arrêter, au moins ils auront quelque chose dans le ventre », lance Yolaine en refermant les portes du camion. Nous reprenons la route vers un autre point de distribution, à 200 mètres environ de la route qui mène au port de Calais. La zone est stratégique, car les poids lourds y sont souvent amenés à ralentir. Non loin de là, un vaste parking pour camions permet aux chauffeurs de se reposer – et aux migrants de tenter une intrusion dans les remorques.

« Allez allez on se dépêche, on peut se faire déloger à tout moment », s’époumone Yolaine. Des dizaines d’adolescents soudanais et érythréens accourent, certains sortent des fourrés qui bordent ce quartier résidentiel. « Ça se voit qu’ils sont jeunes, regardez tout ce qu’ils mangent ! », sourit la bénévole. La température peine à dépasser les 10 degrés, le thé chaud semble apprécié. Un jeune homme tend son bras nu à Yolaine pour qu’elle lui fasse un nouveau pansement au pouce. « Il dit qu’il s’est coupé avec du verre, mais ça peut être à cause d’un grillage ou d’une clôture », nous explique la bénévole en refermant son grand sac rouge. Chutes, collisions, rixes, les risques sont nombreux pour les migrants. L’absence de douche multiplie en outre le risque d’infection. « Moi je fais de la « bobologie » », précise Yolaine, « pour les choses sérieuses, on les envoie directement à l’hôpital ».

11 heures 30, un fourgon de CRS passe au ralenti sur la rocade portuaire qui surplombe le pré où a lieu la distribution. Mais personne ne viendra interrompre le petit-déjeuner. « Ils sont en congés ou quoi aujourd’hui ? », plaisante un bénévole. Les adolescents repartent en grappe vers la route qui mène au terminal des ferrys. « Ils sont motivés, parce que le passage en Angleterre est encore possible. C’est difficile et de plus en plus dangereux, mais ça arrive fréquemment », nous explique Sophonie. Dans leurs sacs, les bénévoles n’ont plus que du pain sec et des bananes vertes, qu’ils vont amener une autre équipe installée à deux pas de la gare de Calais. Le long du canal, une quarantaine de migrants finit de manger.

« On ne sait pas exactement combien ils sont sur Calais », nous indique Sophonie. En se basant sur le nombre de repas distribués et la longueur des files d’attente, les associations estiment que 300 à 400 migrants sont présents dans la zone. « Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux », assure Yolaine, qui effectue ces maraudes tous les jours. Tous ont l’impression d’assister à un cycle qui se répète. « On se croirait revenu en 2002, avant le centre de Sangatte, tu te souviens ? Pas d’aide publique, aucun accueil, mais des chiffres qui grossissent », lance une bénévole. « Ça va continuer à affluer » ajoute une autre, en citant le sauvetage de 6 000 migrants qui a eu lieu quelques jours plus tôt en Méditerranée.

Un nouveau camp verra-t-il le jour ? La pression sur les associations va-t-elle s’intensifier ? Les bénévoles rencontrés ce matin-là préfèrent ne pas penser à cela. « On réussit à distribuer, mais les CRS contrôlent tout. Le soir, ils nous disent de faire ça en une heure maximum », confie une bénévole. Contacté par VICE News, Emmanuel Agius, premier adjoint de la mairie de Calais en charge de la sécurité, « n’a pour l’instant pas le temps de répondre aux questions concernant les migrants ».


Pierre-Louis Caron

Source :Vice News 12/05/2017

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