La pauvreté et l’exclusion sociale menacent 125 millions d’Européens

1904655S’acheter une voiture, faire réparer les fuites de son toit ou aller chez le dentiste : pour des millions d’Européens, ces dépenses sont difficiles, voire impossibles à assumer.

Eurostat publiait le 16 avril les tout premiers chiffres de la pauvreté en Europe de 2014. Seules les statistiques de trois pays ont pour l’instant été dévoilées : celles de l’Autriche, de la Hongrie et de la Lettonie. Pour les deux derniers, les nouvelles semblent plutôt bonnes. Le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale y a baissé de 2,4 points de pourcentage. Mais il reste malgré tout très élevé. Plus d’un tiers de la population serait ainsi concerné. En 2013, dans toute l’Europe, la moyenne était à 24,5%, le pays le plus touché étant la Bulgarie et ses 48%, et le moins touché l’Islande, avec 13%.

Un cinquième de la population en situation de privation

Derrière ces chiffres se cache une réalité souvent méconnue. Celle de 125 millions d’Européens qui vivent dans une situation de risque de pauvreté ou de privation matérielle sévères. Parmi eux, on trouve surtout des femmes, de jeunes adultes, des étrangers, des chômeurs, ou des personnes peu éduquées. D’autres facteurs jouent aussi, comment le nombre d’enfants dépendants du foyer, ou la situation familiale. Ainsi, d’après un rapport d’Eurostat publié il y a quelques mois, plus de la moitié des personnes vivant dans un foyer unipersonnel ou monoparental, avec des enfants dépendants serait touchée par ce risque.

Ce même rapport révèle que nous sommes encore loin des objectifs fixés par l’Union Européenne dans son opération « Europe 2020 ». Depuis son instauration il y a cinq ans, le programme qui devait mettre 20 millions d’habitants à l’abri du risque de pauvreté n’a pas vraiment fait avancer les choses. Pire encore, dans la plupart des États membres, le risque a augmenté entre 2008 et 2013.

Pour mieux rendre compte de la situation de ces populations démunies, Eurostat a mené toute une série d’études statistiques sur le terrain. L’agence y a avant tout étudié le rapport aux privations matérielles. Un peu moins d’une dizaine de critères ont été retenus, parmi des produits jugés très utiles voire indispensables au bien-être par la plupart des Européens. Un cinquième de la population serait considérée en situation de privation d’après l’étude, qui se focalise sur l’Union Européenne.

Le logement et la santé, deux priorités

La qualité de l’habitation regroupe plusieurs des critères. Eurostat a cherché à évaluer « la capacité des gens à s’offrir un habitat adapté, de qualité décente, et dans un environnement sûr ». Les résultats sont pour le moins éloquents. 17% de la population vivrait actuellement dans des logements surchargés par exemple. Le taux le plus faible revient à la Belgique, avec 1,6%. Lorsque la maison n’est pas trop petite, elle est malheureusement bien souvent de mauvaise qualité. Le problème le plus fréquent serait lié à l’isolation : fuites dans la toiture, humidité sur les murs, les sols, pourriture autour des portes. 15,1% des personnes interrogées ont cité cet aspect en premier lieu. Viennent ensuite les problèmes liés à l’environnement, comme les nuisances sonores ou l’insécurité. Sur le point du logement, il y a de quoi se montrer optimiste. Depuis 2008, ces chiffres baissent constamment (même si 2,7% des logements ne sont toujours pas équipés de toilettes). Globalement, en dépit des problèmes, les Européens se disent très majoritairement satisfaits de leur chez-soi. Les personnes âgées seraient d’ailleurs les premières à le revendiquer.

Vient ensuite le problème de la santé. Au quotidien, l’alimentation pose toujours problème. Parmi les personnes en risque de pauvreté, un quart se disent incapables d’avoir un repas comportant une viande, un poisson ou un équivalent végétarien tous les deux jours. En Europe de l’Est, ce chiffre grimpe très vite, pour atteindre souvent la moitié de cette population. A titre d’exemple, si le taux n’est qu’à 3,7% au Luxembourg, il atteint des sommets en Bulgarie, avec 82,7%.

Autre difficulté, celle à se soigner. Du côté des enfants, à partir de l’âge de trois ans, les taux sont plutôt bons, c’est-à-dire supérieurs à 80% en moyenne. Au niveau de la population globale, les résultats sont en revanche très contrastés. Le taux d’insatisfaction peut atteindre 23,9% chez les plus de 65 ans. Ce sont principalement des femmes qui se plaignent de leur état de santé et de leur accès aux soins. Cependant, comme le rappelle Eurostat dans son rapport, il faut rester méfiant vis à vis de ces chiffres, qui pourraient aussi trouver une explication dans l’augmentation de l’espérance de vie. Les coûts élevés des soins restent une barrière rédhibitoire pour 2,2% des Européens, et pour 4,6% d’entre eux lorsqu’il s’agit de soins dentaires. Là encore, ces chiffres varient beaucoup en fonction des pays, et surtout, des systèmes de remboursement des soins de santé qui y sont mis en place.

Les jeunes plus exposés au risque de pauvreté

Le rapport révèle aussi que près de 40% des personnes risquant la pauvreté ou l’exclusion sociale seraient incapables de faire face à certaines dépenses financières. Pour les femmes vivant seules, le pourcentage grimpe jusqu’à 50%. Dans les foyers monoparentaux, on atteint même 68%. Se payer des vacances loin de chez soi, une semaine par an, est alors devenu impossible pour près de la moitié de ces Européens. Un dixième d’entre eux ne peut s’acheter une voiture, un vingtième un ordinateur, un centième une machine à laver. 0,3% n’espèrent pas non plus pouvoir se munir d’un téléviseur couleur.

Globalement, les jeunes sont plus touchés par ces problèmes que les personnes âgées, exception faite de quelques pays dont fait partie la Belgique. Cela pourrait expliquer qu’ils soient toujours plus nombreux à rester vivre chez leurs parents, jusqu’à plus de trente ans parfois. Ils seraient toujours 48,2% âgés de 18 à 34 ans à privilégier ce mode de vie, par choix, mais aussi bien souvent par obligation. Un taux largement boosté par la Slovaquie, où 95,8% des 18/24 ans dorment toujours sous le toit familial.

La crise économique n’a rien arrangé à ces chiffres, et l’exemple de la Grèce est à ce titre révélateur. 73,1% de sa population estimait au moment de l’enquête avoir quelques ou beaucoup de difficultés à joindre les deux bouts. La moyenne européenne, elle n’excédait pas les 30%… Il reste donc encore un peu de travail d’ici 2020.

Source Eurostat.17/04/2015

Taxi Téhéran. La vraie vie par-delà la censure

edito-taxi-teheranCinema. «Taxi Téhéran» l’Ours d’or du réalisateur iranien Jafar Panahi.

Rien n’arrêtera Jafar Panahi. Le réalisateur est devenu la bête noire des autorités iraniennes, qui l’ont condamne en 2010 à ne plus réaliser de films, à ne plus accorder d’entretiens à la presse étrangère et à ne plus quitter son pays. Sous peine de vingt ans d’emprisonnement pour chaque délit. Mais c’est à peine perdue, nous invite à penser Panahi qui continue de raconter la réalité de son pays avec les moyens du bord.

Son nouveau film Taxi Téhéran actuellement sur les écrans a remporté l’Ours d’or du dernier festival de Berlin. Il était présenté mercredi au Diagonal Montpellier par Amnesty International. L’occasion d’aborder la situation du pays et d’alarmer sur la forte croissance des peines de mort depuis l’accession au pouvoir d’Hassan Rouhani en 2013, pourtant soutenu par les réformateurs.

Autre sujet du débat, la condition des femmes iraniennes relayées par les autorités religieuses au rôle de la procréation. Jafar Panahi, signe avec Taxi Téhéran un bijou d’humour et d’ironie. Il accueille dans son taxi un échantillon représentatif de la société iranienne. A l’abri des oreilles indiscrètes, la population restitue quasi naturellement, les vérités du quotidien. Au delà de l’acte de résistance, l’intelligence de la mise en scène offre un grand moment de cinéma où le docu-fiction touche du doigt la notion de culture, de transmission et d’espoir sur le devenir d’un pays amené à retrouver sa liberté d’expression.      

JMDH

Source La Marseillaise 18/04/2015

Bande annonce

Voir aussi : Rubrique Cinéma, Entretien avec Nadert Homayoun, Les chats persans, rubrique Moyen 0rient, Iran,

Daniel Mermet : « A Radio France, c’est une grève de civilisation »

« Celles qui ont engagé la grève ce sont les femmes de ménage. » DR

Daniel Mermet, le producteur-réalisateur-journaliste, évoque le conflit social de la radio publique toujours dans l’impasse et présente un documentaire sur le travail de l’historien Howard Zinn.

Ecarté des programmes de France Inter en juin 2014, Daniel Mermet a créé Là-bas Hebdo un site internet payant* animé par une équipe de professionnels. Il était à Montpellier jeudi 9 avril pour présenter en avant-première au cinéma Diagonal le premier volet d’une trilogie sur l’histoire populaire américaine*. Ce film co-réalisé avec Olivier Azam, revisite l’histoire populaire de Christophe Colomb à nos jours à travers le parcours personnel de l’historien Howard Zinn, figure majeure de la gauche américaine.

Après plus de trois semaines de grève, quel regard portez-vous sur le conflit social de Radio France ?

Je suis justement venu pour faire une collecte au profit de Mathieu Gallet, le PDG de la Maison ronde qui se trouve en grande difficulté… (rire) Non, plus sérieusement je pense que c’est une grève historique, très importante, exceptionnellement longue et profonde. Il s’agit d’une grève de civilisation où deux possibilités sont offertes entre une civilisation de l’émancipation et une civilisation de la consommation.

Rien à voir donc pour vous, avec le problème budgétaire qui est évoqué ?

Mathieu Gallet est une figure caricaturale qui incarne parfaitement l’idéologie dominante. Lorsqu’il est arrivé, il a tout de suite annoncé la couleur en déclarant : « Je ne suis pas un homme de radio, je ne suis pas un journaliste, je suis un manager. » La stratégie a été de dire : on est frappé par la crise. Il y a un déficit et un trou dans la caisse et il va falloir y remédier par des économies et un pléthorique plan de départs volontaires. Ainsi, le problème budgétaire est asséné comme une vérité absolue, 20 millions de trou alors qu’il est très difficile d’avoir accès aux comptes. Sur le fond du problème, on veut démanteler le service public mais il n’y a pas de crise dans ce pays, il y a en revanche entre 60 et 80 milliards d’euros d’évasion fiscale

La durée de la grève semble faire grincer des dents une partie des journalistes ?

Celles qui ont engagé la grève ce sont les femmes de ménage au-sous-sol de la Maison ronde, puis les pompiers et les intermittents, et le mouvement s’est étendu aux journalistes précaires et finalement à l’ensemble du personnel. Cette question sur les journalistes renvoie à celle de leur encadrement. Si cet encadrement existe, c’est bien parce que les journalistes voulaient pratiquer leur métier autrement. Au fil du temps les journalistes intériorisent les limites dans lesquelles ils évoluent. Si on prend un support d’investigation comme Médiapart qui sort une affaire tous les jours, on peut considérer cela comme une pratique du métier excessive mais on peut se dire aussi que Radio France qui emploie 700 journalistes ne sort jamais aucune affaire… Prenez un sujet comme l’amiante, personne n’en parlait alors que Radio France a déjà consacré 10 M d’euros au désamiantage depuis 2006. Eh bien, il n’y a pas eu une seule enquête des journalistes sur leur propre maison alors que cela concerne leur propre santé !

Nous dirigeons-nous vers une arrivée massive de la publicité sur les antennes du service public ?

Il faut décrypter le discours des managers et des spécialistes de la communication en lisant entre les lignes. Quand ils disent par exemple qu’il n’y aura plus de pub dans les matinales cela signifie qu’il y aura de la pub dans tout le reste de la journée. Les radios qui attrapent les auditeurs par les oreilles pour les vendre aux publicitaires ça s’appelle des radios commerciales. Contrairement à ce qui a été dit, Radio France n’est pas née en 1963 avec la création de la Maison de la Radio par le Général de Gaulle. L’acte de naissance remonte au 22 août 1944, lors de la libération de Paris après une période où la grande majorité des médias avaient joué la carte collabo. La volonté de créer un pôle de radios publiques est issue de la Résistance. On retrouve cet esprit dans un texte du CNR qui affirme la volonté d’avoir une presse échappant aux puissances de l’argent et à celles des puissances étrangères. Aujourd’hui, l’ensemble des antennes de Radio France touche 14 millions d’auditeurs jour. On a très peu besoin de pub puisque le financement provient de la redevance et assure un budget pérenne.

Vous venez présenter en avant première Du pain et des roses, premier film d’une trilogie sur l’histoire populaire des USA à partir du travail d’Howard Zinn. Par quel bout avez-vous entrepris ce travail gigantesque ?

Tout est parti d’une rencontre avec cet homme extraordinaire en 2003. En 1980, Howard Zinn (1922/2010) sort son livre L’histoire populaire américaine qui rencontre un succès énorme. C’est un bouquin facile à lire, précis et documenté, qui fait que les gens s’y retrouvent. Au point où ce livre a contribué et contribue toujours à changer le regard des Américains sur leur propre histoire. Pour retracer 500 ans de cette histoire enfouie, nous sommes partis du parcours de Zinn lui-même qui a grandi dans une famille pauvre d’immigrants juifs ce qui lui a donné dès le départ une conscience de classe.

Une lutte de classe américaine mise en exergue dans ce premier film, du XIXème à la Première guerre, est littéralement gommée de l’histoire…

Oui, Zinn explique cette lecture de l’histoire très familière en Europe en commençant par la révolution américaine présentée comme une guerre contre l’occupant alors que ce fut surtout une guerre des riches contre les pauvres. Zinn a passé sa vie à faire comprendre comment cette vision politique du monde a été passée sous le tapis par la mobilité sociale. C’est à dire la forme de religion qui tend à vous faire croire qu’en étant cireur de chaussures vous pouvez devenir Rockfeller…

Recueilli par Jean-Marie Dinh

* Une histoire populaire américaine editions Agone

Source La Marseillaise 13/04/2015

Voir aussi : Rubrique Médias, rubrique Rencontre, rubrique Société, Mouvements sociaux, rubrique, Etats-Unis, rubrique Cinéma, rubrique Livre, L’histoire populaire américaine,

Le réacteur EPR de Flamanville touché au cœur

EPR de Flamanville
Le réacteur EPR de Flamanville (Manche), en chantier depuis 2007, vient de connaître un nouveau déboire. Et c’est le cœur même du projet qui est aujourd’hui touché : la cuve où se produit la fission des atomes et qui constitue aussi la seconde barrière de confinement de la radioactivité, après la double enceinte de béton du bâtiment du réacteur. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a en effet annoncé, mardi 7 avril, qu’Areva l’avait prévenue d’une « anomalie de la composition de l’acier » dans le couvercle et le fond de la cuve du réacteur.

Le réacteur EPR de Flamanville (Manche), en chantier depuis 2007, vient de connaître un nouveau déboire. Et c’est le cœur même du projet qui est aujourd’hui touché : la cuve où se produit la fission des atomes et qui constitue aussi la seconde barrière de confinement de la radioactivité, après la double enceinte de béton du bâtiment du réacteur. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a en effet annoncé, mardi 7 avril, qu’Areva l’avait prévenue d’une « anomalie de la composition de l’acier » dans le couvercle et le fond de la cuve du réacteur.

Au cours des premiers essais chimiques et mécaniques sur des pièces similaires, fin 2014, les ingénieurs ont constaté une concentration importante en carbone, réduisant la capacité de l’acier à résister à la propagation de fissures. Une résistance indispensable dans une chaudière soumise à d’énormes pressions et à des chocs thermiques violents, précise le gendarme du nucléaire.

La seule pièce qu’on ne peut pas changer

La ministre de l’écologie et de l’énergie, qui s’est prononcée pour la construction de nouvelles centrales une fois les plus anciennes mises à l’arrêt, a aussitôt demandé à Areva de se conformer « sans délai » aux demandes de l’ASN. Ségolène Royal a réaffirmé sa « confiance à ce dispositif de contrôle et d’expertise » – composé de l’ASN et de son bras armé, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) – censé rapprocher les installations du risque zéro.

Forgée dans l’usine Areva de Chalon/Saint-Marcel (Saône-et-Loire), la cuve est soumise à l’arrêté sur les équipements sous pression nucléaire qui renforce les exigences techniques dans ce domaine depuis 2005. Cette pièce doit être sans défaut puisque c’est la seule qu’on ne peut pas changer au cours de la durée de vie d’un EPR, qui sera de soixante à cent ans.

EDF et Areva ont annoncé le lancement, en avril, d’une « nouvelle campagne d’essais », dont les résultats sont attendus pour octobre, et s’engagent à « apporter à l’ASN toutes les informations permettant de démontrer la sûreté et la qualité des équipements concernés ». Ce contretemps n’empêchera pas les travaux de Flamanville de se poursuivre, affirment les deux groupes. Mais dans l’hypothèse où les nouveaux essais seraient invalidés, le chantier, qui a accumulé plus de cinq ans de retard et une dérive des coûts – ils sont passés de 3,3 milliards d’euros à 8,5 milliards –, pourrait prendre encore du retard.

Lourd enjeu pour Areva

A l’automne, EDF avait encore repoussé la date de mise en service de 2016 à 2017 et annoncé une nouvelle estimation du coût final, qui pourrait atteindre 10 milliards. Sur le site, les syndicats doutent de ce calendrier. L’équipe du nouveau PDG, Jean-Bernard Lévy, affiche aussi une grande prudence à quelques mois du début de la phase la plus critique : les essais du réacteur.

L’enjeu est lourd pour Areva, mais aussi EDF. Dans sa lettre de mission à M. Lévy, l’Etat actionnaire (à 84,5 %) lui a demandé d’« améliorer la gestion du chantier » et de « le livrer en optimisant les coûts et les délais ». Des équipes conjointes EDF-Areva y travaillent au siège d’Areva, à La Défense. Le raccordement de Flamanville (1 650 MW) conditionne aussi l’arrêt de deux tranches de 900 MW, qui pourraient être celles de Fessenheim (Haut-Rhin).

Cette incertitude sur les capacités de résistance de la cuve est d’autant plus inquiétante qu’elle concerne aussi les deux EPR construits par EDF et son partenaire China General Nuclear Power Corporation (CGN) sur le site de Taïshan, dans la province chinoise du Guangdong.

Les responsables de l’ASN ont prévenu leurs collègues chinois d’un risque de défaut, alors que le premier EPR chinois devrait être mis en service en 2016. En revanche, l’ASN indique que les pièces de l’EPR finlandais d’Olkiluoto, forgées au Japon, ne sont pas concernées par ces « anomalies ».

Un accident qui tombe mal

Le nouvel accident de parcours subi par l’EPR est du plus mauvais effet pour ses clients potentiels, comme l’Afrique du Sud, la Pologne, l’Arabie saoudite ou l’Inde. Tous s’interrogent depuis plusieurs années sur la solidité et la cohérence de la filière nucléaire française. Cette annonce sur l’EPR de Flamanville intervient à la veille de la visite en France du premier ministre indien, Narendra Modi, dont le pays est candidat à l’achat de deux à six EPR.

Elle s’inscrit aussi dans un environnement déjà très dégradé pour Areva. Le groupe a annoncé, le 4 mars, une perte de 4,8 milliards d’euros sur l’exercice 2014 et une baisse de 8 % de son chiffre d’affaires. Ses dirigeants travaillent depuis des mois avec EDF et le gouvernement à une réorganisation complète de la filière nucléaire. Dans ce cadre, tout ou partie d’Areva NP, la filiale réacteurs et services d’Areva, devrait passer sous le contrôle du géant de l’électricité.

Si les industriels croient toujours à l’avenir de l’EPR, écologistes et antinucléaires ont trouvé dans ce énième déboire une raison de plus pour réclamer l’arrêt du chantier. « Après une multitude de problèmes techniques, des années de retard et un surcoût monstre, souligne Europe Ecologie-Les Verts, le nouveau feuilleton de ce gigantesque ratage industriel déconstruit une nouvelle fois le mythe du nucléaire sûr et peu cher. »

Jean-Michel Bezat

Source : Le Monde 07/04/2015

Syriza « La volonté d’un nouvel équilibre politique »

Photo Rédouane Anfoussi

Anastassia politi. Elle est membre fondatrice de Syriza Paris, le parti grec arrivé au pouvoir le 25 janvier dernier. Petit tour d’horizon des questions qui se posent pour faire entendre la voix du peuple.

Anastassia Politi est une artiste grecque qui mène sa carrière de comédienne et metteur en scène à Paris. Elle est membre fondatrice de Syriza Paris. Invitée jeudi au cinéma Diagonal par le collectif montpelliérain de solidarité avec le peuple Grec*, elle apporte un éclairage sur la position politique du parti Syriza et l’espoir qu’il suscite pour tous les peuples d’Europe, deux mois après son arrivée au pouvoir en Grèce.

Quelle analyse portez-vous sur les conditions de votre arrivée au pouvoir le 25 janvier dernier ?

L’accession de Syriza au pouvoir est le fruit d’un long processus historique. Notre parti trouve ses origines dans une large coalition de partis de gauche et d’extrême gauche. Le ciment de cette alliance remonte au forum social de Gènes en 2001. Syriza est un parti qui revendique une position marxiste-léniniste adaptée au XXIe siècle. Il faut comprendre que la gauche grecque et notamment les communistes, se sont illustrés héroïquement à travers leurs faits d’armes et leurs convictions tenaces durant le XXe siècle. Cette gauche jouit toujours aujourd’hui d’une vraie reconnaissance dans la population.

L’origine de cette soif démocratique populaire tiendrait aux braises du XXe siècle…

Oui, après le désastre de la Seconde guerre mondiale le combat révolutionnaire s’est poursuivi, contre le nouveau pouvoir grec soutenu par les puissances anglo-saxonnes. Les résistants de gauche furent écartés une première fois. Durant les trois ans de guerre civile, la chasse aux sorcières a fonctionné à plein régime. Il suffisait d’avoir un membre de sa famille communiste pour perdre ses droits élémentaires de citoyen, comme celui d’étudier ou de travailler. Puis ce fut la dictature des Colonels extrêmement répressive qui s’inspirait ouvertement de l’idéologie fasciste avec le soutien de la CIA. Après la guerre civile et la dictature, ce qui s’est passé en janvier dernier est la troisième possibilité d’accéder à une démocratie populaire. Elle s’est imposée par la voie des urnes, ce qui confirme que la résistance est implantée dans le coeur du peuple grec.

Le peuple grec se mobilise aussi face au désastre humanitaire lié au programme de sauvetage de la troïka…

En effet le mémorandum conditionnait le plan d’aide financière à des économies et réformes qui se sont révélées catastrophiques et inhumaines. En cinq ans, les classes moyenne et ouvrière se sont appauvries de 337%. Le taux de chômage dépasse les 30%. Il est de 60% chez les moins de 26 ans. On a assisté à une vague d’émigration sans précédent des jeunes diplômés. Les services publics ont été abandonnés. Vingt-cinq hôpitaux ont fermé et beaucoup de nos médecins sont partis trouver du travail en Allemagne. La crise a aussi touché le secteur privé avec la liquidation de 65 000 entreprises.

Le président de la Commission J-C. Juncker oppose très frontalement les traités
de l’UE à votre volonté de démocratiser la vie politique…

On peut dire que monsieur Juncker a enfin révélé la vraie nature de la dictature libérale qui tient lieu de démocratie dans l’union européenne. Ce que les peuples français, irlandais, et néeerlandais ont déjà pu expérimenter en voyant leur voix rejetées après avoir été consultés sur les traités. Le volet démocratique du programme de Syriza repose notamment sur des mesures pour combattre la corruption et l’évasion fiscale. Il passe par un soutien à la croissance économique, la création de 300 000 emplois notamment pour les jeunes. Il comporte enfin un important volet social pour fournir de l’électricité et nourrir 300 000 personnes en situation d’extrême précarité.

 

Alexis Tsipras engage un bras de fer pour renégocier la dette estimée à 320 Mds d’euros. Ne sera-t-il pas contraint à faire des compromissions ?

La BCE devait verser 7,2Mds d’euros à la fin 2014 mais elle met le peuple grec au supplice de la goutte. La croissance de la dette depuis la crise de 2008 est le produit de l’effet combiné des cures d’austérité, qui ont plongé le pays dans la dépression, et de la spéculation financière qui fait exploser les taux d’intérêts. Les banques ont utilisé une partie de l’argent public injecté afin de les sauver de la faillite pour spéculer sur la dette grecque. Nous avons commandé un audit conduit par 15 experts indépendants pour se pencher sur la nature de la dette grecque et en estimer la part légitime et illégitime.

Si le gouvernement ne trouve pas d’issue sur cette question envisage-t-il de renoncer à la monnaie unique ?

Jusqu’ici le gouvernement se prononce pour poursuivre les négociations mais au sein du parti le débat est ouvert sur cette question. L’UE joue la carte de l’asphyxie économique. Vous savez on a déjà vécu la guerre civile et on ne souhaite pas la revivre. Cela veut dire que nous voulons avoir la paix.

Après la rencontre avec Merkel, Alexis Tsipras sera reçu par Poutine début avril. Envisagez-vous l’alternative russe comme une porte de sortie ?

Avec la Chancelière allemande le risque est grand pour que la négociation n’aboutisse pas à un compromis. Le problème n’est pas purement financier il est idéologique. Admettre que la politique d’austérité ne fonctionne pas concerne la plupart des pays de l’Union. Ce qu’exprime Syriza c’est avant tout la volonté d’un nouvel équilibre politique. C’est une partie d’échec. Il existe une commission bi ministériel entre la Grèce et la Russie. L’embargo économique de l’UE contre la Russie a pénalisé l’économie grecque. L’idée c’est que nous sommes un pays souverain et que nous avons en tant que tel la possibilité de parler à qui bon nous semble.

Les difficultés auxquelles vous vous trouvez confrontés n’entament-elles pas la mobilisation populaire sur laquelle vous vous appuyez ?

Nous avons été élus sur un programme. Il est hors de question de l’abandonner. Je ne sais pas si nous allons trouver l’argent pour le mettre en oeuvre. L’UE nous dit que notre initiative est unilatérale. C’est absurde. Nous sommes face à une crise civilisationnelle profonde et nous essayons de trouver des solutions politiques. Notre force provient d’un sentiment de dignité retrouvée même si on est encore dans la misère. Ce n’est pas le parti qui mène le peuple. Syriza est issu des mouvements sociaux et souhaite que les mouvements sociaux donnent l’orientation.

RecueiIli par Jean-Marie DINH

Source : La Marseillaise 30/03/2015

Voir aussi : Actualité Internationale Rubrique UE, Grèce, rubrique Russie, rubrique Politique, Politique internationale, rubrique Société, Mouvements sociaux, Citoyenneté, rubrique Rencontre,