Montpellier Danse Pixel de Merzouki : Rencontre des corps et de la lumière

L’énergie du hip-hop transposée dans un espace numérique en 3D. Photo Laurent Philippe

La culture hip-hop est-elle une des sources du renouvellement de la danse contemporaine ? A quarante et un an, le jeune directeur du CCN de Créteil Mourad Merzouki tient le flambeau de cet assemblage improbable qui associe le mouvement reconnu et varié de la danse contemporaine française dans le circuit des arts vivants et une danse qui vient de la rue.

Son œuvre repose sur la confrontation des expressions. Le chorégraphe n’a cessé d’affirmer une ouverture pour explorer de nouveaux champs à l’instar de sa création Boxe boxe où Bach est invité sur le ring pour moduler le tempo d’un combat aux poings. Cette lutte est aussi celle qui s’oppose aux étiquettes pratiques qui identifient tout en tenant à distance l’expression culturelle d’une partie non négligeable de la population française.

Rencontré à Créteil à l’occasion de la première de Pixel, Mourad Merzouki évoque la difficile implantation dans la commune et la reconnaissance tardive du maire socialiste Laurent Cathala : « Nous ne considérons pas que notre travail sur le territoire participe de près ou de loin à une mission d’animation sociale et cela n’est toujours pas vraiment compris. Il faut sans cesse le réaffirmer. » Ce message, Merzouki le transmet à travers une synthèse artistique liée aux rencontres et à l’innovation. La meilleure démonstration du directeur du CCN de Créteil est assurément l’adhésion d’un large public. Sa compagnie Käfig assure 150 représentations par an à travers le monde depuis plusieurs années.

Danse et vidéo interactive

Avec l’aventure Pixel, il est question d’un nouveau rapprochement entre la danse et la vidéo interactive. Les mouvements virtuoses issus du hip-hop se confrontent à l’univers numérique en puisant dans d’immense capacité d’adaptation des danseurs. C’est tout l’intérêt de la pièce. Le rapport au temps et à l’espace et la notion de direct bouleversent les repères habituels des danseurs.

La lumière ici matière première de l’architecture scénique modifie l’espace de jeu et provoque une mutation des mouvements. La rencontre entre la Cie Käfig et Adrient Mondot et Claire Bardelainne, les pilotes de la régie, n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Si chacun s’immerge dans un espace étranger ce sont les créateurs numériques qui placent les corps au cœur de leur dispositif et pas l’inverse.

La démarche, très contraignante pour les danseurs, est à rapprocher à un OuLiPo de la danse. La création vidéo en elle-même n’apporte rien de nouveau. Au final, le résultat séduit les spectateurs témoins fascinés par cette « conversation entre le monde de synthèse de la projection numérique et le réel du corps du danseur. » Les représentations immatérielles de la scène jouent sur la dimension onirique, et les tableaux souvent poétiques transportent le public en assurant au spectacle un bel avenir.

JMDH

Source : L’Hérault du Jour : 04/02/2015

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L’endettement mondial explose et menace la croissance

8ec7549e2917c84da8c075d950461818-0-628-419-4215158L’endettement augmente très rapidement dans le monde depuis la crise financière de 2008, notamment en Chine où il a quadruplé, faisant planer une nouvelle menace sur la croissance planétaire, selon une étude publiée jeudi.

« Plutôt que de réduire leur dette, toutes les principales économies empruntent aujourd’hui davantage par rapport à leur PIB qu’en 2007 », d’après les économistes du McKinsey Global Institute (MGI), qui estiment que « cela amène de nouveaux risques pour la stabilité financière et pourrait saper la croissance mondiale ».

En volume, l’endettement de tous les acteurs économiques (Etats, entreprises, ménages…) a progressé de 57.000 milliards de dollars entre 2007 et 2014 pour frôler les 200.000 milliards de dollars. Les dettes pesaient l’an dernier 286% du PIB mondial, contre 269% en 2007.

« Depuis la crise, la plupart des pays ont augmenté leur endettement, plutôt que l’inverse », constatent les auteurs. Le ratio de dette totale par rapport au PIB a ainsi progressé de plus de 50 points de pourcentage dans 14 pays sur les 22 économies avancées et 25 en développement examinées par le MGI.

Au premier rang des pays qui ont vu leur dette totale exploser se trouve l’Irlande, avec 172 points de pourcentage de hausse par rapport au PIB entre 2007 et 2014, suivie par Singapour (129%), la Grèce (103%) et le Portugal (100%).

L’endettement total de la France a bondi de 66%, tandis que celui de l’Allemagne n’a progressé que de 8%, reflétant d’une part l’augmentation des dettes publiques en France, mais aussi la faiblesse de l’investissement, notamment privé, en Allemagne.

La seule dette publique a elle progressé de 25.000 milliards de dollars à travers le monde et « va continuer à croître dans de nombreux pays, au vu des fondamentaux économiques actuels », assurent les économistes de McKinsey, alors que de nombreuses banques centrales dans le monde diminuent le loyer de l’argent pour tenter de relancer la croissance.

Selon leurs projections, celle du gouvernement au Japon, qui détient le record en la matière, va progresser pour passer de 234% à 258% du PIB entre 2014 et 2019. La France passera de 104% à 119% sur la même période, tandis que la dette publique allemande reculera de 80% à 68% du PIB.

Pour les pays les plus endettés, « les efforts de réduction du déficit budgétaire pourraient être voués à l’échec en inhibant la croissance », craint le MGI. En Chine, la dette globale a explosé sous l’effet des prêts accordés hors du secteur bancaire réglementé (shadow banking) ainsi que de la spéculation immobilière, passant de 7.000 milliards de dollars à 28.000 milliards de dollars.

« A 282% du PIB, l’endettement de la Chine est gérable, mais supérieur à celui des Etats-Unis ou de l’Allemagne », relève l’étude. La dette des entreprises chinoises est particulièrement inquiétante puisqu’elle atteint 125% du PIB de la deuxième économie mondiale, soit « un des niveaux de dette entrepreneuriale les plus élevés du monde ».
Une autre menace pour la stabilité financière du moteur de la croissance mondiale est l’endettement opaque de ses collectivités locales chinoises, dont l’endettement a presque triplé en sept ans pour atteindre 1.700 milliards de dollars.

Enfin la dette des ménages au niveau mondial atteint également des sommets, même si elle a été réduite depuis 2007 dans certains pays particulièrement frappés par la crise qui a démarré en 2008, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Irlande. Mais dans d’autres comme l’Australie, le Canada, la Suède ou encore les Pays-Bas, la dette des ménages campe aujourd’hui à des niveaux supérieurs à ceux atteints avant 2008 dans les pays frappés par la crise, souligne McKinsey.

Comme « pour croître, les économies ont besoin de niveaux de dette de plus en plus élevés, et que le désendettement est rare et de plus en plus difficile, elles vont devoir apprendre à vivre de manière plus sûre avec une dette élevée ».

Source AFP 05/02/15

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Du traité constitutionnel à Syriza : l’Europe contre les peuples

PHOed012d58-ab0e-11e4-82e2-a3a5660d4bd1-805x453Pour Jean-Claude Juncker, «il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens déjà ratifiés». Coralie Delaume rappelle qu’il n’y a pas non plus de choix qui permette qu’un traité européen ne soit pas ratifié …


L’Union européenne est décidément une étrange construction. Il est impératif d’être une démocratie pour y entrer. C’est même l’unique critère. Les élargissements hâtifs et désordonnés aux PECO (pays d’Europe centrale et orientale) opérés en 2004 et 2007 en furent une illustration. En revanche, une fois admis dans le club, requérir à son profit le respect des règles élémentaires de la démocratie est jugé avec sévérité, et donne le plus souvent lieu à des procès en «populisme».

Les menues imperfections antidémocratiques de l’édifice communautaire sont connues de tous les observateurs sincères. En revanche, jamais jusque-là un dirigeant européen n’avait eu le culot de les reconnaître. Jean-Claude Junker vient de s’en charger, sous le coup de la forte émotion qui s’est emparé des tous les défenseurs de l’Union lisbonno-mastrichienne après la large victoire de Syriza en Grèce le 25 janvier.

Certains ont eu de la fièvre et des suées. D’autres se sont mis à dire sans précaution tout ce qu’ils avaient vraiment dans la tête, à l’instar du président de la Commission européenne. Ce dernier est entré directement à la première place du «Top10» des propos les plus invraisemblables proférés la semaine dernière avec cette sortie: «dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités (…) Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens»

Pas de choix démocratique contre les traités européens…: pour un aveu, il est de taille! C’est d’ailleurs un authentique progrès pour un Jean-Claude Juncker dont on peut penser qu’il est en phase de rémission. Tous les psys le disent: pour expurger une névrose, il faut ver-ba-li-ser. Il serait donc très encourageant que le Luxembourgeois poursuive cette opération vérité. Et qu’il pousse l’audace jusqu’à concéder ceci: il n’y a pas vraiment de choix démocratique non plus pour les traités européens.

Cette réalité, encore faudrait-t-il que Junker accepte de la regarder en face. Peut-être peut-on l’y aider ? Rappelons-lui dès à présent quelques faits saillants ayant pris place dans un passé récent.

Au début des années 2000, l’Union européenne veut se doter du traité de Nice. L’Irlande, en vertu de ses institutions, doit convoquer ses électeurs aux urnes pour une ratification référendaire. Le référendum a lieu en juin 2001 et… 54% des votants irlandais rejettent le texte. On laisse alors passer un peu de temps Les peuples, c’est connu, sont oublieux. Un an et demi plus tard, le corps électoral irlandais est à nouveau mobilisé et, cette fois, il vote en faveur du traité de Nice. Du coup, puisque l’entourloupe a réussi une fois, pourquoi ne pas en abuser? Ce sera chose faite avec le traité de Lisbonne. En 2008, les Irlandais sont appelés à se prononcer sur celui-ci et répondent par la négative à 53% Un vote qui sera «corrigé» l’année d’après par un re-vote, afin que le «oui» l’emporte enfin.

Au Pays-Bas, on est moins téméraire. On ne sollicite pas deux fois les mal-votants car c’est dangereux: le peuple étant stupide, il arrive qu’il persiste dans la déviance. Là, quand les citoyens votent de travers, on recourt donc à leurs «représentants», qui acceptent de se transformer de bonne grâce en censeurs de leurs propres mandants. Ainsi, à la question «Êtes-vous pour ou contre l’approbation par les Pays-Bas du traité établissant une constitution pour l’Europe?», les Néerlandais avait répondu «contre» à plus de 61% en 2005. Trois ans plus tard, leur Parlement votait sans moufter le même texte, rebaptisé pour faire bien «traité de Lisbonne».

En France, nous eûmes la chance d’avoir les mêmes gros malins, pour nous écrire le même scénario. Ainsi, alors que le référendum sur le projet de traité constitutionnel organisé en mai 2005 avait placé le «non» à plus de 54 %, le Parlement adopta Lisbonne dans la joie et la bonne humeur dès 2008. Pour l’occasion, les parlementaires du Parti socialiste apportèrent un soutien touchant à leurs collègues de l’UMP, puisque 142 d’entre eux décidèrent de s’abstenir. N’écoutant que leur enthousiasme, trente environ allèrent jusqu’à voter pour. Un coup de pouce bien sympathique, qui permit à Nicolas Sarkozy d’obtenir la majorité des trois cinquièmes au Congrès dont il avait besoin pour nous glisser le traité. Après ça, il se trouve encore de braves ingénus pour s’étonner, des larmes plein les yeux, des scores mirobolants du Front national….

Bref, comme le dit Jean-Claude Junker, il n’y a pas de choix démocratique possible contre les traités européens déjà ratifiés. Mais, on vient de le voir, il n’y a pas non plus de choix qui permette qu’un traité européen ne soit pas ratifié. Or… s’il n’y a pas de choix possible quant à des textes de valeur quasi-constitutionnelle qui encadrent, dans de très nombreux domaines, la conduite des politiques nationales, peut-on nous dire ce qu’il reste, exactement, de la démocratie ?

Coralie Delaume

Coralie Delaume est journaliste. Elle a notamment publié «Europe. Les Etats désunis» (Michalon, 2014).

Source : Le Figaro vox 02/02/2015

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Montpellier : Progression du nombre de boursiers

h-20-1811585-1259257183Enseignement supérieur. Près de 2 000 étudiants dans l’urgence.

Les effets de la crise chez les jeunes sont alarmants avec un taux de chômage en progression constante qui touche aujourd’hui un quart de la population des 16 24 ans. On retrouve localement les effets néfastes de la politique d’austérité chez les étudiants.

La progression du nombre total de boursiers cette années dépasse  7 %», assure le Crous de Montpellier qui a enregistré plus de 48 000 demandes d’aides financières concernant les bourses logement, contre 45 800 l’année dernière. Si le nombre d’étudiants demeure en progression, – On compte 2 % d’étudiants supplémentaires par an à Montpellier.- cette population est très fragile.

En 2014, 1 970 étudiants ont bénéficié des aides dites ponctuelles du fonds national d’aide d’urgence pour un montant global de près de 525 000 euros. Cette augmentation des demandes, et des bénéficiaires, se répercute sur le volume budgétaire des aides financières allouées.

Depuis la crise de 2008 les bourses versées par l’académie de Montpellier ont progressé de plus de 30% passant d’une enveloppe de 70 M d’euros à un peu plus de 100 M euros. Les récents changements dans le mode d’attribution des bourses favorisent les étudiants issus des familles de classes moyennes aux revenus modestes. Mais cette notion reste relativement floue et les couches de population les plus défavorisées sont condamnées au système D lorsqu’elles accèdent à l’enseignement supérieur.

  JMDH

Source : L’Hérault du Jour 01 02 2015

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La mobilisation des peuples

tourmente-grecque-filmDocumentaire. Dans la tourmente grecque ce soir au Cinéma Diagonal.

Le journaliste montpelliérain Philippe Menut est le réalisateur de La Tourmente grecque. Une enquête à la fois humaine et économique sur les causes et les conséquences de la crise grecque. Il livre son analyse de l’arrivée de Syriza au pouvoir.

Comment analysez-vous la victoire de Syriza ?

Syriza était déjà le premier parti en Grèce. La nouveauté c’est qu’il a pu constituer un gouvernement pour se battre contre l’austérité. La situation sociale est effroyable. Le chômage a été multiplié par trois en quatre ans, les retraites ont baissé de 25% le service public est abandonné. Les gens ne peuvent plus se loger, se soigner et s’éduquer. Syriza représente un espoir de sortie.

Avec une marge de manoeuvre étroite ?

Oui le gouvernement fait face à la fois aux banques d’affaires et aux fonds spéculatifs, et à l’oligarchie européenne.

Après l’élan de joie qui dépasse les frontières, court-on vers une désillusion ?

Le prolongement de cette victoire ne dépend pas seulement du bulletin de vote, il relève aussi de la mobilisation populaire. Avec 11 millions d’habitants, la Grèce est un petit pays qui ne représente que 3% du PIB de l’UE mais c’est un symbole important. Tsipras et son équipe doivent appeler à un appui populaire et ne pas tomber dans le piège des compromissions. Ce qui n’est pas évident car le système politique est comme chez nous assez perverti. Mais depuis six mois Syriza a fait un sans faute. Aujourd’hui leur position est subtile, ils ne s’opposent pas  à l’UE mais remettent en cause ce qui est contre le peuple grec.

En se rapprochant de la Russie, Syriza se ménage aussi une porte de sortie avec les BRICS…

C’est une composante du rapport de force avec une incidence sur les mécanismes de l’UE dans la mesure où les positions doivent être validées à l’unanimité. Cela ne signifie pas pour autant un engagement pro russe sur le dossier de l’Ukraine. La Grèce ouvre aussi le dialogue avec le Brésil.

A quoi tient la stratégie d’alliance avec les Grecs indépendants ?

Au sein du parlement, sur la base du combat contre l’austérité, Syriza pouvait s’allier aux communistes du KKE qui ont refusé ou avec le Centre droit patriot. On voit dans le film Panos Kammeros, le chef de ce parti, interpeller le gouvernement sur un détournement du fond de soutien vers les hedge funds avec beaucoup de virulence. Les grecs indépendants sont complètement opposé au parti d’extrême droite Aube dorée. Il ne sont pas pour la sortie de l’UE.

Comment analysez-vous la positon embarrassée du PS ?

Hollande vient de rencontrer Merkel sur le sujet. Il ne prendra pas position pour Syriza. Il veut apparaître comme un intermédiaire. Je pense qu’il va jouer le rôle du gentil et Merkel celui de la méchante. On va vers une Pasokisation du PS français qui est dans une position intenable ou du moins tenable vis à vis des marchés financiers mais pas du peuple…

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Ce soir La tourmente grecque à 19h45 au cinéma Diagonal suivie d’un débat avec Philippe Menut qui part en mars à Athènes pour réactualiser son film.

Source : L’Hérault du Jour 02/02/2015

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