Thomas Piketty : Un capital moderne

ac_thomas_piketty_inside

Piketty renouvelle la théorie. dr

Essai. Remettre en question la répartition au cœur de l’analyse économique.

Retour sur un essai qui fait couler beaucoup d’encre :  Le Capital au XXIème  siècle (Le Seuil) de Thomas Piketty * qui a prononcé  la leçon inaugurale des Rencontres Pétrarques à Montpellier en juillet . Une des idées centrales de ce chercheur en sciences-sociales, est que la question de la répartition des richesses, qui intéresse et concerne tout le monde, est trop importante pour être laissé aux mains des seules économistes.

Thomas Piketty s’intéresse à l’évolution de l’accumulation du capital privé en se gardant des préjugés idéologiques qui ne manquent pas sur le sujet. Pour se faire il a rassemblé des données historiques et comparatives portant sur trois siècles et vingt pays.

Best-seller aux Etats-Unis

Son travail établit patiemment des faits, et des régularités, et analyse les mécanismes, économiques, sociaux, politiques susceptibles d’en rendre compte. Une vaste entreprise d’enquête, en partie partagée par des chercheurs britanniques et américains, qui renouvelle le cadre théorique pour se baser sur les mécaniques actuellement à l’oeuvre. La démarche reconnue internationalement éclaire le débat démocratique sur la question des inégalités et contribue à redéfinir le débat. Le livre a rencontré un immense succès dans le monde anglo-saxon où il s’est vendu à 450 000 exemplaires contre 150 000 pour la version francophone (chiffres en juin 2014). Avec l’écho  rencontré, l’ouvrage fait l’objet de nombreuses controverses auxquelles l’auteur répond point par point. «Dès lors que Le taux de rendement du capital dépasse durablement le taux de croissance de la production et du revenu, le capitalisme produit mécaniquement, des inégalités insoutenables, arbitraire, remettant radicalement en cause  les valeurs méritocratiques sur lesquels se fondent notre société démocratique», souligne l’auteur qui revisite les théories généralement admises sans approfondissement par les économistes.

Les grandes théories revisitées

L’approche transversale, notamment historique et spaciale, de la démarche permet à Piketty de recontextualiser le débat. Ainsi à propos de L’essai sur le principe de population de l’économiste Thomas Malthus publié en 1798, il commente : «Tout n’est pas faux mais Malthus était très inquiet des nouvelles politiques et persuadé que la France courait à sa perte en acceptant de faire siéger le Tiers état au Parlement.» De même il souligne à propos de Marx : « Il écrivait dans un climat de grande exaltation politique (…) Il ne s’est guère posé la question de l’organisation politique et économique d’une société où la propriété privée du capital aurait été entièrement abolie.» Tout en reconnaissant : il conserve sur plusieurs points une certaine pertinence. Il part d’une vraie  question, celle de l’invraisemblable concentration des richesses pendant la révolution industrielle, une démarche dont les économistes d’aujourd’hui ferait bien de s’inspirer. Le principe de l’accumulation infinie qu’il défend contient une intuition fondamentale pour l’analyse du XXI.»  Et Piketty démontre l’ampleur du déséquilibre avec la très forte hausse de la valeur totale des patrimoines privés, mesurés en années de revenu national depuis les années 70 dans l’ensemble des pays riches.

Kuznets et la guerre froide

Plus proche de nous, l’auteur revient sur la théorie de Kuznets proposée en 1955, selon laquelle les inégalités de revenus sont spontanément appelées à diminuer dans les phases avancées du développement capitaliste, quelles que soient les politiques suivies  ou les caractéristiques du pays, puis à se stabiliser à un niveau acceptable. S’il s’inspire du travail statistique approfondie de Kuznets, Piketty élargie l’étude des revenus dans le temps et l’espace et montre que la réduction des inégalités de revenus observée entre 1914 et 1945 est avant tout le produit des guerres mondiales et des chocs économiques et politiques qu’elles ont entraînés.

Dans sa dernière partie il tente de faire des propositions, comme l’impôt progressif sur le patrimoine privé, l’imposition des multinationales,  ou des sanctions contre les paradis fiscaux… pour que la démocratie et l’intérêt général parviennent à reprendre le contrôle du capitalisme et des intérêts privés. «Trop lourd». C’est dans ces mots que Michel Sapin, ministre du Travail, a justifié son refus de lire le livre de Thomas Piketty

Jean-Marie Dinh

* Directeur d’études à l’EHESS il a publié Les Hauts Revenus en France au XXe siècle (Grasset), Pour une révolution fiscale (Seuil)

Source : La Marseillaise 08/08/14

Voir aussi :  Rubrique Livre, Essai, rubrique Actualité Internationale, rubrique Finance, rubrique Politique politique économique, rubrique Science, Sciences Humaines, Science politique, rubrique Festival, ,29e Rencontres de Pétrarque. La difficile réinvention du progrès,

 

 

Metro de Gaza par Uri Avnery

Uri Avnery* commence à réfléchir sur les conséquences de cette guerre en Israël. Et cela fait froid dans le dos. Alors que j’avais toujours été admirative de la totale liberté d’expression régnant en Israël  il semblerait qu’il commence à y avoir des limites. et cela fait très peur.

Aline Baldinger

Metro de Gaza

 

220px-UriAvneryIl n’y a pas de metro à Tel Aviv. On en a discuté pendant des années. Tous les maires l’ont promis. Hélas il n’y a toujours pas de métro

Lorsque l’armée Israélienne est entrée dans la bande de Gaza et a trouvé un extaordinaire réseau de tunnels, une idée a germé. Pourquoi ne pas inviter le Hamas à creuser le métro de Tel Aviv ? Ils possèdent l’expertise, la technologie, les plans et la main d’œuvre.

 Mais la guerre n’est pas une plaisanterie c’est une terrible tragédie. Après 29 jours de combat (jusqu’à ce jour) qui a gagné?

 

Il est bien sûr beaucoup trop tôt pour pouvoir tirer des conclusions définitives.  Le cessez le feu n’a pas duré. Cela prendra des années pour tirer toutes les conséquences. Mais la sagesse populaire des Israéliens  a déjà tiré ses propres conclusions: Il y a match nul.

Cette conclusion est en elle-même une sorte de miracle. Pendant un mois entier les citoyens Israéliens ont été bombardés  par un intense tir de barrage de propagande. Jour après jour, heure après heure ils ont été soumis à un courant ininterrompu de lavage de cerveau.

Les dirigeants politiques et militaires distillaient une image de la victoire. Les chars et les soldats sortant de Gaza ont reçu l’ordre d’agiter de grands drapeaux. Toutes les photos montraient des soldats quittant la bande de Gaza en souriant de toutes leur dents. ( Mon imagination me montre ces troupes s’entrainant à la sortie avec le sergent major criant : » Soldat Cohen un peu plus convaincu le sourire ! »  

Si on en croit les paroles officielles notre glorieuse armée a rempli tous ses buts. Mission accomplie. Le Hamas est battu. Si l’on en croit un de ces correspondants militaires “aux ordres”: “ Le Hamas rampe à quatre pattes pour obtenir le cessez le feu”.

Cela a donc été une grande surprise que lors du premier sondage , 51% des Israéliens Juifs répondent que cette guerre s’est terminée par un match nul

Seulement 36% répondirent que nous avions gagné et 6% conclurent à une victoire du Hamas.

Lorsqu’une guerilla dirigeant au plus 10 000 combattants fait match nul avec une des plus puissantes armées du monde équipée des armes les plus modernes cela peut être considéré comme une sorte de victoire.

Le Hamas n’a pas seulement montré un grand courage pendant les combats mais aussi beaucoup d’intelligence dans la préparation de cette campagne. Et il est toujours debout.

L’armée Israélienne quant à elle a fait montre de très peu d’imagination. Elle n’était  pas du tout préparée aux tunnels labyrinthiques. Le “dôme de fer » qui a obtenu de grands succès  dans la défense contre les rockets a été installé il y a huit ans par un Ministre de la défense qui était un civil, contre l’avis express de l’armée. Sans cette défense la guerre aurait été bien différente. .

De fait, ainsi que ‘un commentateur a osé l’écrire l’armée est devenue une machine encombrante et conservatrice. Elle suit sa routine sans mettre en jeu des forces spéciales. Fondamentalement sa doctrine était de pousser la population civile à la soumission en faisant le plus de morts et destruction possibles  afin de décourager toute résistance  le plus possible et le plus longtemps possible. En Israël les terribles images de mort et de destruction n’ont provoqué aucune compassion. Au contraire. Les gens en étaient fiers.  

A la fin les deux côtés étaient totalement épuisés. Pourtant pendant les négociations de cessez le feu du Caire, le Hamas ne s’est pas rendu.

Pour les dirigeants Israéliens l’alternative au retrait était la conquête de la totalité de la bande de Gaza. Cela aurait permis d’exterminer le Hamas et de démanteler toutes ses infrastructures. Mais l’armée contesta vigoureusement cette option et parvint à convaincre les politiques. Il y aurait eu au moins un millier de soldats morts et la bande de Gaza toute entière aurait été réduite en ruines.

32 ans auparavant le duo Begin-Sharon avait rencontré la même problématique. La conquête de Beyrout ouest aurait couté la vie à au moins 800  soldats Israéliens. Ils avaient renoncé tout comme le duo Netanyahu-Ya’alon venait lui aussi de renoncer.

La société Israélienne n’a pas la force d’affronter de si nombreux morts. Et les protestations internationales contre le carnage de civils aurait été trop important.

Et donc Netanyahou a fait ce qu’il avait juré de ne jamais, au grand jamais  faire: il a commence des négociations avec  une organisation terroriste méprisable- le Hamas

Il existe une maladie mentale appellee Paranio Vera. Elle a pour symptôme principal que le malade adhère à une affirmation folle ( la terre est plate, kennedy a été tué par un extraterrestre, les Juifs conduisent le monde) et reconstruisent toute un système logique à partir de cette affirmation. Plus le système est logique plus le patient est fou.

La paranoïa d’Israel concerne le Hamas. C’est l’affirmation que e Hamas est une organisation terroriste diabolique toute entière tournée sur l’annihilation d’Israël. Ainsi que l’écrivait un journaliste cette semaine «  un gang de psychopathes ».  

Toute la politique Israélienne est fondée sur cette affirmation. La guerre reposait elle aussi sur cette affirmation.

On ne peut pas parler avec le Hamas. On ne peut pas faire la paix avec el Hamas. Il faut juste le supprimer.

Ce tableau démoniaque n’a aucun rapport avec la réalité.

Je n’aime pas le Hamas. Je n’aime pas les partis religieux en général, ni en Israël, ni dans le monde Arabe, nulle part. Je ne voterais jamais mais pour un parti religieux.

Mais le Hamas fait partie intégrante de la société Palestinienne. Lors des dernières élections Palestiniennes, -supervisées par des instances internationales le Hamas a obtenu la majorité. Il a ensuite, c’est vrai, pris le pouvoir dans la bande de Gaza par la Force mais après avoir gagné une majorité dans la bande de Gaza.

Le Hamas n’est pas “Jihadiste” au sens de al-Qaeda ou de  ISIS.Il ne se bat pas pour l’établissement mondial d’un califat. Le Hamas est un parti Palestinien entièrement dévoué à la cause Palestinienne. Il se donne à lui même le nom de résistance. Il n’a pas imposé la loi religieuses (sharia) à la population

Ah mais qu’en est il de la Charte du Hamas qui Demande la destruction de l’Etat d’Israel et comprend des affirmations antisémites virulentes ?  

Je dirais que cela ressemble à du “déjà vu”. L’For me, this is frustratingly deja vu. La charte de l’OLP demandait elle aussi la destruction de l’Etat d’Israel. La propagande Israélienne s’en servait sans cesse. Yehoshafat Harkabi professeur respecté et ancien responsable des services secrets, pendant des années , n’a parlé que de cela.  A respected professor and former army intelligence chief, , spoke for years about nothing else. Seulemetn après la signature des Accords d’Oslo entre Israel et l’OLP ces clauses furent tout simplement ôtées de la charte, en présence du Président Clinton.  

En raison de d’interdictions religieuses, le Hamas ne peut pas signer lui même un accord de paix. Mais à l’instar de tous les peuples religieux du monde ( surtout les Juifs et les Chrétiens d’ailleurs) il a trouvé comment contourner les interdits divins. Le fondateur du Hamas le Sheik Ahmad Yassin (qui a écrit la charte et fut assassiné par Israel) avait proposé une Hudna de trente ans. Une Hudna est une trêve sanctifiée par Dieu et qui peut être renouvelée jusqu’au jugement dernier.

Gush Shalom, Le mouvement pour la paix auquel j’appartiens a demandé il y a hui tans que notre gouvernement commence à discuter avec le Hamas. Nous mêmes nous avons eu à plusieurs reprises des discussions amicales avec plusieurs leaders du Hamas. La ligne officilel actuelle du Hamas est  que si Mahmoud Abbas parvient à un accord de paix avec Israel, le Hamas l’accepterait, après qu’il eut été ratifié par un referendum.

Malheureusement il y a peu d’espoir qu’Israel guérisse bientôt de sa paranoïa

 

En supposant que cette guerre finisse bientôt, que restera t il?

L’hystérie guerrière qui a submerge Israel pendant cette guerre a apporté une odieuse vague de fascisme. Il y eut des mouvements de lynchage  d’Arabes à Jérusalem.

Des journalistes comme Gideon levy ont du être protégé par des gardes du corps, des professeurs d’Université ayant osé defendre la paix ont été censuré (provoquant un boycott universitaire dans le monde entier) et des artistes ayant osé avoir une opinion divergente ont été licenciés.

Certains pensent que c’est un évènement marquant dans la décadence de la démocratie israélienne. J’ose espérer que cette vague horrible va refluer. Mais quelque chose restera. Le fascisme a d’une certaine façon été approuvé dans le discours dominant.

L’un des symptômes du fascisme est l’histoire du “couteau dans le dos”. Adolf Hitler, l’a utilisé pendant toute son ascension au pouvoir : Notre glorieuse armée était proche de la victoire quand un complot de politiciens ( Juifs) lui a planté un couteau dans le dos.

On entend déjà dans les rue d’Israël : «  Nos braves soldats auraient pu conquérir toute la bande de Gaza si Netanyahou et ses larbins – le ministre de la défense et son chef de cabinet- n’avaient pas donné l’ordre ignominieux d’une retraite honteuse.

A l’heure actuelle Netanyaou est au sommet de sa popularité . Un sondage lui accorde le soutien de  plus de 77 % des citoyens Juifs sur sa conduite de la guerre.  Mais cela peut changer en un jour. Les critiques murmurées aujourd’hui à voix basse, y compris au sein de son propre gouvernement peuvent  devenir majoritaires et être dites à voix haute.

A la fin Netanyahu peut être dévoré par le feu de super patriotism qu’il a lui même allumé.

Les images de mort et de destruction venant de Gaza ont fait profondément impression à l’étranger. Ces images ne pourront pas être éffacées d’un coup de gomme. Le sentiment anti Israélien restera,  parfois mêlé à un veritable antisémitisme. The awful pictures of devastation and death coming out of Gaza have made a profound impression abroad. They cannot be simply erased.  Anti-Israeli sentiment will remain, some of it tinged with outright anti-Semitism. L’affirmation ( fausse) d’Israel voulant être reconnue comme “l’Etat nation du peuple Juif” et l’identification presque totale des Juifs de la diaspora avec Israel, conduira inévitablement à reprocher à tous les Juifs les exactions d’ Israel.  

L’influence de cette guerre sera encore bien plus importante dans le monde Arabe. Pour chaque enfant tué, pour chaque maison détruite naitra un nouveau « terroriste ».

Peut-être y a t il quand meme des conséquences  positives.

Ette guerre a créer, temporairement une alliance improbable en Israel, l’Egypte, l’Arabie Saoudite et l’AUtorité Palestinienne.

Il y a deux mois Abbas était le souffre douleur de Netanyahou. Maintenant il est le favori de Netanyahou et de l’opinion publique Israélienne. En Même temps, parodoxalement, Abbas et le Hams n’ont jamais été si proches.

 Cela pourrait constituer une opportunité unique pour commencer sérieusement un processus de paix à la suite d’une solution au problème de la bande de Gaza.

Si…

Uri Avnery

* Uri Avnery est un écrivain et journaliste israélien né le 10 septembre 1923 à Beckum. Surtout connu pour être un militant des droits des palestiniens et pacifiste convaincu 

Source : Blog de Aline Baldinger 09/08/14

 

 

Les «dark pools», nouveau front judiciaire pour les banques aux USA

668607-le-procureur-de-new-york-eric-schneiderman-le-27-mai-2014Déjà cibles de multiples enquêtes, les grandes banques font face à un nouveau front judiciaire aux Etats-Unis, menaçant un de leurs relais de croissance: les «dark pools», des plateformes alternatives où s’échangent dans l’anonymat des milliards de dollars par jour.

Tour à tour, la britannique Barclays, les suisses UBS et Credit Suisse, l’allemande Deutsche Bank et les américaines Goldman Sachs et Morgan Stanley ont révélé avoir reçu des demandes de documents d’autorités américaines dans le cadre d’enquêtes concernant leur «dark pool» respective. Elles disent coopérer.

A l’exception de Barclays, attaquée en justice, la plupart des investigations, menées par le procureur de l’Etat de New York Eric Schneiderman, le FBI et le régulateur des marchés financiers (SEC), sont encore à un stade préliminaire.

Une dark pool est une plateforme où les transactions, qui sont de gré à gré, se font à l’aveugle, c’est-à-dire que le prix et l’identité du vendeur et de l’acheteur ne sont connus qu’une fois l’opération conclue. L’opérateur, souvent une banque d’affaires, joue les intermédiaires.

A l’inverse des marchés réglementés, il y est difficile de tracer qui a acheté et vendu quoi.

Les dark pools sont fréquentées par les investisseurs institutionnels (fonds d’investissements, de pension ou spéculatifs) qui achètent et vendent de gros blocs de produits financiers (actions, obligations) et ne veulent pas que ça se sache.

«Ils viennent ici pour l’anonymat», explique à l’AFP Adam Sussman, un des responsables de la plateforme alternative Liquidnet, qui compte 700 participants affichant des portefeuilles d’actifs d’un montant total de 13.000 milliards de dollars.

Les dark pools représentent aujourd’hui 35% du volume des échanges boursiers aux Etats-Unis, contre 25% en 2009, selon des chiffres cités par la patronne de la SEC Mary Jo White lors d’un discours en juin.

Les enquêtes à leur sujet viennent allonger la liste déjà longue des litiges auxquels les grandes banques sont confrontées aux Etats-Unis: des prêts immobiliers toxiques «subprime» aux violations d’embargo américain en passant par les manipulations des marchés de changes ou du taux interbancaire Libor.

Favoritisme

L’angle d’attaque des autorités américaines porte sur le favoritisme supposé accordé aux traders de haute fréquence sur ces plateformes alternatives légales.

Depuis le krach éclair de Wall Street en mai 2010, pour lequel il avait été mis en cause, le courtage de haute fréquence, qui permet à des robots d’échanger des actions instantanément, est sous haute surveillance des autorités – bien que cette pratique ne soit pas illégale.

La parution au printemps du best-seller du journaliste Michael Lewis, «Flash Boys», qui relate l’histoire vraie d’un courtier en rébellion contre les méthodes de courtage les plus sophistiquées, a encore accentué la tendance.

Les régulateurs reprochent notamment aux banques d’attirer les traders à haute fréquence sur leurs dark pools en leur accordant des «avantages systématiques» au détriment des autres courtiers, selon les termes de la plainte déposée fin juin contre Barclays par Eric Schneiderman.

La banque britannique est ainsi accusée d’avoir «falsifié» un document marketing destiné aux gros investisseurs en y retirant le nom d’une maison de courtage spécialisée dans la haute fréquence et qui s’était déjà distinguée par des pratiques «agressives».

La banque a saisi la Cour suprême de l’État de New York pour lui demander de «rejeter» cette plainte qu’elle estime «injustifiée».

«Je suis inquiète par le manque de transparence des dark pools», avait déclaré en juin Mary Jo White, en rappelant que la transparence est un «outil important» censé protéger les investisseurs quel que soit le marché.

Pour elle comme pour les critiques du courtage alternatif, la dark pool alimente d’une façon ou d’une autre la spéculation.

Un investisseur peut par exemple jouer à la baisse une action sur un marché réglementé pour la racheter à très bon prix ensuite sur une dark pool.

Au Canada et en Australie, les autorités n’ont pas hésité à y interdire les transactions à moins que celles-ci ne s’effectuent à des prix supérieurs à ceux des marchés réglementés.

L’Europe et Hong Kong réfléchissent à faire de même.

Source AFP : 08/08/14

Voir aussi : Rubrique Actualité Internationale, rubrique Politique économique, rubrique Finance, rubrique Politique, Affaires,

Pacte de responsabilité : le Conseil constitutionnel censure les allégements de cotisations salariales

4426532_3_40d1_hollande-et-valls-lundi-26-mai_904ecafc605f1dae904e32496b75131cLe gouvernement va être obligé de revoir sa copie. Mercredi 6 août, le Conseil constitutionnel a annoncé qu’il rejetait l’allégement des cotisations salariales, promis par l’exécutif dans le cadre de son pacte de responsabilité.

 

  • Que prévoyait la mesure censurée ?

Il s’agissait de redonner du pouvoir d’achat aux salariés les plus modestes en baissant dégressivement leurs cotisations – assurance vieillesse et assurance maladie – à hauteur de 520 euros par an pour un emploi à temps plein au Smic (1 445,38 euros mensuels bruts). Ce montant devait ensuite décroître jusqu’à 1,3 Smic.

La mesure, qui devait s’appliquer au 1er janvier 2015, devait concerner 5,2 millions de salariés et 2,2 millions de fonctionnaires, pour un coût de 2,5 milliards d’euros.

Avec cette série de mesures, l’exécutif souhaite notamment alléger le coût du travail afin de relancer l’économie. Lors de son discours de politique générale, le 8 avril, le premier ministre, Manuel Valls, avait ainsi affirmé que « le pacte [était] aussi un pacte de solidarité [car] il [devait] améliorer le pouvoir d’achat des salariés les plus modestes ».

  • Pourquoi le Conseil constitutionnel l’a-t-il retoquée ?

Dans sa décision, l’institution a jugé la mesure « contraire à la Constitution » parce qu’elle « [méconnaissait] le principe d’égalité ». Le Conseil constitutionnel a en effet estimé que les dispositions du projet de loi instituaient « une différence de traitement, qui ne repose pas sur une différence de situation entre les assurés d’un même régime de sécurité sociale ». Les cotisations salariales d’assurance-vieillesse et d’assurance-maladie « sont des versements à caractère obligatoire ouvrant des droits aux prestations et avantages servis par les branches vieillesse et maladie », rappelle-t-il.

Selon les « sages », le projet de loi en l’état impliquait qu’ « un même régime de sécurité sociale continuerait (…) à financer, pour l’ensemble de ses assurés, les mêmes prestations malgré l’absence de versement, par près d’un tiers de ceux-ci, de la totalité des cotisations salariales ». Un fonctionnement inconstitutionnel, selon le Conseil.

Le Conseil a, par ailleurs, rejeté une partie de l’article 2, concernant la réduction des cotisations patronales pour certains emplois à domicile.

  • Comment le gouvernement a-t-il réagi ?

« Nous trouverons un dispositif de remplacement, mais le Conseil d’Etat n’avait émis aucune réserve », a réagi une source gouvernementale interrogée par Le Monde. Cette décision, qui « bloque l’avenir » selon une autre source, oblige Bercy à reprendre ses plans. Le ministre des finances, Michel Sapin, a expliqué au Monde qu’il compte pallier la décision du Conseil constitutionnel en prenant des « mesures fiscales » à l’occasion des prochaines lois de finance.

Michel Sapin, Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé, et Christian Eckert, secrétaire d’Etat au budget, ont ensuite publié un communiqué commun pour expliquer que la disparition de cette mesure serait compensée :

« Le gouvernement reste déterminé à augmenter le pouvoir d’achat des salariés, et plus largement des ménages, à revenus modestes et moyens. Il proposera donc, dans le cadre des lois financières pour 2015 qui seront examinées à l’automne, des mesures alternatives de même ampleur. »

Source Le Monde AFP 06/08/14

Voir aussi : Rubrique Actualité France, rubrique Politique, Fin de l’indétermination démocratiqueUn plan d’austérité injuste, dangereux et illégitime, rubrique politique économique, rubrique Société,

On line, Comment décrypter son bulletin de salaire ?, Baisse des charges : quel impact sur votre fiche de paie ? , Les baisses de charges vont créer une génération de smicards : vrai ou faux ?

Les députés mettent un pied dans le monde de l’entreprise

1030311_les-deputes-mettent-un-pied-dans-le-monde-de-lentreprise-web-tete-0203683182070_660x459pUne trentaine de parlementaires vont faire des stages en entreprise.L’association à l’origine de l’initiative veut que «deux mondes se rencontrent».

Ecourter ses vacances pour effectuer un stage en entreprise. C’est souvent à cela que se résume l’été d’un étudiant. Mais depuis peu, ce programme s’applique aussi à certains députés volontaires. Début juin, l’association patronale Entreprise et progrès lançait l’initiative « Moi parlementaire, une semaine dans les pas d’un PDG ». Objectif ?: suivre un stage dans une société pour rapprocher le monde des députés de celui des entreprises.

Une trentaine d’élus se sont portés candidats à l’heure actuelle, mais selon le président de l’association Denis Terrien, leur nombre s’accroît chaque semaine. « L’important, c’est de rendre possible la rencontre entre les deux mondes, explique-t-il. Les députés créent l’environnement favorable à l’emploi, les chefs d’entreprises créent l’emploi. Il faut qu’il y ait une adéquation. » En France, une minorité de députés ont travaillé dans une entreprise du secteur privé. «  Et seulement 10?% peuvent se targuer de vraiment connaître le monde de l’entreprise. Alors qu’en Angleterre c’est 25?% et aux Etats-Unis c’est 45?% ! reprend Denis Terrien. Si on arrive à doubler ce chiffre en deux ans, on aura rattrapé la Grande-Bretagne, ce sera déjà très bien. »

Laurent Grandguillaume, député PS, a été le premier à se lancer. Son stage d’une semaine chez Nature et Découvertes a pris fin vendredi. Pour lui, l’expérience devait avoir une application très concrète. « J’ai déjà travaillé en entreprise et j’ai récemment effectué un tour de France des TPE, PME et ETI raconte-t-il. Mais je voulais pouvoir observer une société de près afin d’en tirer des propositions pour le prochain conseil de simplification auquel je participe. Et c’est le cas. » En une semaine, l’élu de gauche a fait un tour accéléré de Nature et Découvertes. « Réglementation, qualité des produits, dossiers à remplir… tout y est passé. En discutant avec la DRH, j’ai pu me rendre compte qu’une simplification des fiches de paye est nécessaire. »

Francis Vercamer, de l’UDI, est, lui aussi, déjà passé par la case entreprise privée, mais il soutient cette initiative et a prévu un stage début septembre. « J’ai accepté pour essayer de lancer un mouvement. Vu les inepties qu’on entend parfois au Parlement, cela ferait du bien à certains, commente-t-il. Et puis, c’est un bon moyen pour garder un pied dans la réalité. Le quotidien des entreprises évolue vite. » La chambre de commerce de l’Aveyron, inspirée par l’initiative d’Entreprise et progrès, a elle aussi proposé à ses députés d’effectuer un stage. Pour l’instant, aucun des trois n’a répondu à son offre.

Laurent Grandguillaume balaie le risque de lobbysme déguisé. « Nature et Découvertes ne m’a présenté aucune revendication. J’ai même rencontré les syndicats. » Mais Francis Vercamer ne cache pas que les entreprises vont pouvoir « passer leur message ».

Stage obligatoire ?

Jean-Charles Taugourdeau, député UMP du Maine-et-Loire, a présenté une résolution pour rendre ce stage obligatoire (lire ci-dessous). Mais les députés n’y sont pas favorables. « Jean-Charles Taugourdeau vient du monde de l’entreprise, il en a bavé, explique Bernard Gérard, député UMP du Nord et candidat pour un stage en septembre. C’est un appel qu’il lance. Il veut faire comprendre que le gisement de l’emploi se trouve dans les PME-TPE. Mais je ne pense pas qu’il faille aller jusque-là. » Plus catégorique, Francis Vercamer y est opposé. « Tous les députés n’ont pas forcément besoin d’une expérience en entreprise. C’est inutile pour ceux qui s’occupent de la commission de la défense. Nous sommes des personnes responsables, chacun est libre de déterminer ce qui est le mieux pour lui pour bien faire son travail. Et puis, ajoute-t-il, en France, on est déjà assommé par les règles, surtout dans le monde de l’entreprise. »

Gabriel Nedelec

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Politique, rubrique Economie, rubrique Société,