Des centaines de milliers d’Américains anti-Trump ont manifesté lors de la cérémonie d’investiture du 45e président des Etats-Unis et au-delà. Parmi eux, beaucoup ont brandi des affiches réalisées par Shepard Fairey, l’artiste engagé qui avait conçu le célèbre poster de la campagne présidentielle de 2008 montrant le portrait du candidat Obama souligné du mot «Hope» (espoir).
Dans la série d’affiches intitulée «We The People» («Nous le peuple»), en référence aux premiers mots du préambule de la Constitution américaine, Shepard Fairey a mis en scène des représentants de ceux qui ont été la cible du républicain Donald Trump prendant sa campagne: les femmes, les musulmans, les homosexuels, les minorités ethniques. Ces illustrations, mises gratuitement à la disposition des protestataires, sont censées combattre «la haine, la peur et le racisme».
Donald Trump et sa femme Melania à leur arrivée au Lincoln Memorial pour le concert inaugural de l’investiture du président élu à Washington MANDEL NGAN / AFP
Donald J. Trump prête serment vendredi sur les marches du Capitole, au coeur de Washington, pour succéder à Barack Obama et devenir le 45e président des Etats-Unis, incroyable épilogue d’une campagne anti-élites qui a pris tout le monde à revers.
A 70 ans, sans la moindre expérience politique, diplomatique ou militaire, le magnat de l’immobilier s’apprête à prendre les rênes de la première puissance mondiale sous le regard inquiet des alliés des Etats-Unis, échaudés par ses déclarations tonitruantes, parfois contradictoires.
Après une nuit à Blair House, résidence réservée aux hôtes de marque située en face de la Maison Blanche, Donald Trump et son épouse Melania devaient partager un thé avec Barack et Michelle Obama avant de se rendre ensemble au Capitole.
Des centaines de milliers d’Américains, partisans enthousiastes et farouches opposants, sont attendus sur les larges pelouses du National Mall qui lui fait face. Trois de ses prédécesseurs – Jimmy Carter, George W. Bush, Bill Clinton – seront présents, ainsi qu’Hillary Clinton, son adversaire malheureuse.
« Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des Etats-Unis, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis »: peu avant midi (17h00 GMT), l’homme d’affaires prêtera serment, comme l’ont fait avant lui George Washington, Franklin D. Roosevelt ou encore John F. Kennedy.
Il a choisi pour ce faire deux bibles: la sienne, qui lui a été offerte par sa mère en 1955, et celle d’Abraham Lincoln, sauveur de l’Union, également utilisée par Barack Obama il y a quatre ans.
Après le temps de la campagne (17 mois) et celui de la transition (deux mois et demi), voici venu celui de l’exercice du pouvoir (quatre ans) pour cet ancien animateur d’une émission de téléréalité qui a promis de « rendre sa grandeur à l’Amérique » mais fait face à un pays fracturé, tant son style et ses propos, volontiers provocateurs, divisent.
« Nous allons rassembler notre pays », a-t-il promis jeudi.
Niveau d’impopularité record
Dans une journée chargée en rituels dont l’Amérique est friande, le 45e président de l’histoire américaine prononcera ensuite un discours d’investiture moins en forme de programme que de « vision », assure son entourage.
La cérémonie, qui sera suivie en direct à travers le monde, aura un goût de revanche pour l’homme d’affaires à la coiffure étonnante dont l’annonce de candidature avait été accueillie par des ricanements, chez les républicains comme chez les démocrates.
Son équipe annonce pour le début de la semaine prochaine une série de décrets visant à défaire une partie du bilan de son prédécesseur démocrate (climat, immigration…) et à ébaucher le sien. Il pourrait en signer quelques-uns dès vendredi.
La tâche s’annonce ardue pour l’auteur du best-seller « The Art of the Deal » qui a promis, avec un sens de la formule qui enchante ses partisans et consterne ses détracteurs, d’être « le plus grand créateur d’emplois que Dieu ait jamais créé ».
La constitution de ses équipes a été difficile tant la victoire a pris le camp républicain par surprise. Du fonctionnement quotidien de la Maison Blanche, énorme administration, aux interactions avec les autres agences, les premières semaines pourraient être chaotiques.
Et jamais depuis 40 ans un président américain n’avait pris le pouvoir avec un niveau d’impopularité aussi élevé.
Par ailleurs, selon une étude du Pew Research Center publiée jeudi, 86% des Américains jugent que le pays est plus politiquement divisé que par le passé (ce chiffre était de 46% lorsque Barack Obama est arrivé au pouvoir en 2009).
Obama s’envole pour la Californie
Ceux qui espéraient que la fonction change l’homme ont été déçus.
Grâce à Twitter, le septuagénaire continue de régler quotidiennement ses comptes avec ceux qui ont émis des critiques à son égard, de John Lewis, figure du mouvement des droits civiques, à l’actrice Meryl Streep, accusée d’être le « larbin » d’Hillary Clinton.
« Il semble vouloir se battre contre tous les moulins à vent de la terre plutôt que de se concentrer sur le fait d’endosser le poste le plus important au monde », a résumé d’une formule assassine le sénateur républicain John McCain, l’une des rares voix dissidentes au sein du Grand Old Party.
Résultat, l’opposition démocrate fourbit ses armes, et des dizaines d’élus boycotteront la cérémonie. Plusieurs manifestations sont également prévues vendredi et samedi.
Sur la scène internationale, le bouillant promoteur immobilier a déjà décoché ses flèches à l’encontre de la Chine, de l’Otan ou encore de la chancelière allemande Angela Merkel.
Or c’est sur ce front que son mandat à venir suscite les plus grandes interrogations.
Les dirigeants de la planète s’interrogent sur la valeur exacte à accorder à ses déclarations quand les responsables qu’il a nommés – à la tête du département d’Etat ou du Pentagone – prennent des positions apparemment inverses, comme sur la Russie de Vladimir Poutine ou l’accord nucléaire iranien.
Juste après la cérémonie, Barack Obama, 55 ans, s’envolera directement pour la Californie pour ses premières vacances en famille d’ex-président.
Après huit années au pouvoir, le président démocrate qui a surmonté une crise économique et financière qui menaçait de tout emporter sur son passage a indiqué qu’il entendait rester à l’écart de la « mêlée » pour laisser son successeur gouverner.
Mais il a aussi promis, lors de son ultime conférence de presse mercredi, de sortir du bois si « les valeurs fondamentales » de l’Amérique, de l’immigration à la liberté d’expression, étaient menacées.
L’Italien Antonio Tajani, L’Italien Antonio Tajani, membre du parti de droite PPE, candidat à la présidence du Parlement européen, le 16 janvier 2017 à Strasbourg Photo FREDERICK FLORIN. AFP
Tajani a gagné face à son compatriote Gianni Pittella, candidat des sociaux-démocrates. Proche de Berlusconi dont il a été le porte-parole, Tajani est membre fondateur de Forza Italia et ancien commissaire européen.
L’Italien Antonio Tajani, proche de Berlusconi, élu président du Parlement européen
L’Italien Antonio Tajani, représentant de la droite, a été élu président du Parlement européen, a annoncé mardi soir à Strasbourg le chef sortant de cette assemblée, l’Allemand Martin Schulz. Au quatrième et dernier tour de scrutin, Tajani a remporté 351 voix contre 282 à son adversaire de gauche, Gianni Pittella, un autre Italien, a précisé Schulz devant les eurodéputés qui ont applaudi le vainqueur.
L’Italien Antonio Tajani, candidat de la droite, était le grand favori dans la course à la présidence du Parlement européen, après le troisième tour de scrutin mardi soir à Strasbourg. Plus tôt dans la journée, Tajani avait récupéré un soutien de poids à l’issue du troisième tour: le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (ECR), troisième force du Parlement avec 74 eurodéputés, dont 21 Tories britanniques, avait indiqué sur son compte Twitter qu’il le soutiendrait au 4ème tour. Antonio Sajani est membre fondateur de Forza Italia.
«Triste jour pour le Parlement européen avec l’élection de Tajani, l’homme de Berlusconi, soutenu par les libéraux démocrates et #ECR» a commenté sur Twitter l’eurodéputé et candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot. C’est dans la langue du nouveau président du Parlement européen que celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a félicité Tajani sur Twitter, avec qui il compte travailler pour «une Europe meilleure».
Congratulazioni a @Antonio_Tajani per la sua elezione come presidente del PE. Lavoro insieme da domani per un’Europa migliore.
Ancien journaliste de l’audiovisuel italien (RAI) puis du quotidien Il Giornale, membre fondateur du parti Forza Italia de Silvio Berlusconi, il est l’ombre de ce dernier à Bruxelles et au sein du Parti populaire européen (PPE, droite). Homme de contact, il respecte à la lettre les consignes du Cavaliere: costume sobre, cravate discrète et poignée de main ferme.
Très communicatif et polyglotte -il parle Français, Anglais et Espagnol- il est cajolé par les journalistes européens. Le problème est qu’il «parle beaucoup, mais ne dit rien», plaisante un communiquant du Parlement européen. «Mais il est habile et sent les choses en politique», fait valoir un porte-parole.
L’Italien n’était pas le postulant préféré du président du groupe PPE, l’Allemand Manfred Weber. «Tajani n’était pas son candidat. Trop controversé à cause de ses liens avec l’industrie, trop marqué Berlusconi», a confié à l’AFP un proche de M. Weber. Tajani a été vivement critiqué à la suite du «Dieselgate», en tant qu’ancien commissaire chargé de la législation aujourd’hui mise en cause sur les mesures des émissions de gaz polluants.
Homme de réseaux
Là est la force d’Antonio Tajani. Il connaît tout le monde au Parlement européen, où il siège depuis 1994, mais aussi au sein de la Commission européenne, dont il a été membre à deux reprises de 2008 à 2014, et au sein du Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement grâce à son mandat de vice-président du PPE depuis 2002. «Il a rendu service à énormément de gens et beaucoup d’élus sont ses obligés», a expliqué à l’AFP un responsable de groupe sous couvert de l’anonymat.
Lorsqu’il était membre de l’exécutif bruxellois, Tajani se vantait d’être le second commissaire de l’Espagne, car le socialiste Joaquin Almunia – alors dans l’équipe Barroso – était un farouche opposant du chef du gouvernement espagnol, le conservateur Mariano Rajoy. «Il n’a pas vraiment d’ennemis. Tajani c’est la politique des réseaux et de l’affabilité», précise un autre responsable.
«L’ironie dans cette affaire, c’est qu’un disciple de Berlusconi va remplacer Martin Schulz, dont la carrière politique a été lancée par Silvio Berlusconi», fait remarquer un vieux routier du Parlement, en faisant allusion à un accrochage entre l’Italien et l’Allemand, resté dans les annales européennes.
L’incident s’est produit en 2003 pendant la présentation du semestre de présidence italienne de l’UE, lorsque, excédé par les critiques de M. Schulz, Berlusconi lui a suggéré de postuler pour un rôle de «Kapo» (un détenu de droit commun qui encadrait les prisonniers dans les camps nazis, ndlr) dans une série télévisée en tournage en Italie. «C’est Tajani qui a calmé le esprits au sein du groupe PPE après cette attaque scandaleuse et il est intervenu auprès de Berlusconi pour qu’il s’excuse auprès de Schulz», rappelle Markus Ferber.
Président du Parlement européen, Antonio Tajani va chercher à se démarquer de son prédécesseur, qui a exercé un pouvoir omnipotent au perchoir. «Nous n’avons pas besoin d’un président du Parlement européen fort. Nous avons besoin d’un Parlement européen fort», a plaidé Tajani. «Je suis un homme de consensus, je veux être le président de tous les députés».
«Selon les chiffres du dernier baromètre Énergie-Info, 33% des Français se sont privés de chauffage au cours de l’hiver 2015-2016, pourtant clément, afin d’éviter de payer des factures trop élevées», précise le médiateur national de l’énergie.
INTERVIEW – La vague de froid rend encore plus aiguës les questions d’accession à l’énergie pour les ménages défavorisés. Jean Gaubert, le médiateur national de l’énergie, revient sur cette problématique qui est un véritable enjeu de société.
LE FIGARO. – Comment définir la précarité énergétique?
Jean GAUBERT. – Selon la loi du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement: «Est en situation de précarité énergétique une personne qui éprouve dans son logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat.» Afin de quantifier le nombre de personnes touchées par la précarité énergétique, l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), présidé par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), et dont le médiateur est partenaire depuis sa mise en place en 2011, utilise une combinaison de plusieurs indicateurs concernant les dépenses énergétiques, le niveau des revenus et le ressenti du froid. Les derniers chiffres publiés, à partir de la dernière enquête logement de l’Insee, font état de 5,6 millions de ménages en précarité énergétique, soit 12,1 millions de personnes, c’est-à-dire un Français sur 5.
Quels sont les éléments qui sous-tendent cette précarité?
De mon point de vue, la précarité énergétique est liée à trois facteurs qui sont indissociables: la fragilité des foyers disposant de faibles ressources financières, la mauvaise isolation des logements et le prix de l’énergie. Depuis une décennie, le revenu des catégories les plus modestes a peu évolué, et parfois pas à hauteur de l’inflation. Par contre les prix de l’énergie ont beaucoup augmenté. Selon les chiffres du dernier baromètre Énergie-Info, une enquête que je réalise chaque année, 33% des Français se sont privés de chauffage au cours de l’hiver 2015-2016, pourtant clément, afin d’éviter de payer des factures trop élevées. Par ailleurs, 8 % des personnes interrogées ont rencontré des difficultés pour payer certaines factures d’énergie et 2% d’entre-elles déclarent avoir subi une réduction de puissance en électricité ou subi une coupure d’électricité ou de gaz naturel. Les personnes les plus en difficulté sont souvent celles qui résident dans les bâtiments les plus vétustes, mal isolés, avec de ce fait des coûts énergétiques élevés. La précarité énergétique est un sujet majeur de préoccupation pour moi, car elle a un impact social et sanitaire important.
La libéralisation du marché de l’énergie a-t-elle intensifié la précarité?
Je pense qu’il ne faut pas faire d’amalgame et tout mélanger, même si selon moi, la libéralisation des marchés de l’énergie ne s’est pas faite, jusqu’à ce jour, dans l’intérêt des consommateurs. Pour autant, la création par le législateur, d’un médiateur national de l’énergie, au moment de l’ouverture des marchés de l’électricité et du gaz naturel à la concurrence, a permis de mettre en place un nouvel interlocuteur, neutre et indépendant, observateur privilégié du fonctionnement des marchés. Mes services, que ce soit lorsqu’ils interviennent en médiation pour résoudre des litiges, ou qu’ils informent et assistent les consommateurs dans leurs démarches, sont confrontés à des personnes qui sont dans des situations financières délicates, et parfois mêmes dramatiques. Les difficultés de paiement de factures d’énergie représentent, selon les années, entre 10% et 20% des sollicitations qui me sont adressées. C’est parce que des factures d’énergie très élevées, parfois de plusieurs milliers d’euros, peuvent faire basculer des familles du jour au lendemain dans la précarité, que je suis fier d’avoir obtenu, dans le cadre de la loi de transition énergétique, la limitation des rattrapages de facturation à 14 mois, une mesure qui est entrée en vigueur l’été dernier.
Quelles sont les propositions du médiateur national de l’énergie pour remédier à la situation?
J’ai soutenu plusieurs dispositions en faveur des consommateurs d’énergie les plus précaires, que le législateur a décidé d’adopter: par exemple, la trêve hivernale des coupures d’énergie du 1er novembre au 31 mars, l’interdiction des rattrapages de facturation remontant à plus de 14 mois – répétons-le – et la mise en place du chèque énergie qui, à la différence des tarifs sociaux, apporte une aide, quelle que soit l’énergie de chauffage utilisée. Ce sont des avancées considérables, mais il reste du chemin à parcourir! Le chèque énergie est pour l’instant en phase d’expérimentation dans quatre départements. Je suis très favorable à sa généralisation prévue le 1er janvier 2018, même si des ajustements me paraissent nécessaires pour améliorer son efficacité, en particulier son montant et la garantie du bénéfice des droits liés, lors de la trêve hivernale. Je plaide aussi pour la mise en place d’un fournisseur d’électricité universel de dernier recours, pour les consommateurs, particuliers ou petits professionnels, en situation financière délicate, qui ne parviennent plus à souscrire de contrat avec un fournisseur.
Et s’agissant plus précisément du logement….
Les mesures curatives précitées sont nécessaires mais elles doivent s’accompagner d’actions de rénovation sur l’habitat afin notamment de supprimer les «passoires énergétiques». Dans ce but, des mesures préventives avec des effets sur le long terme sont indispensables. Je pense notamment au renforcement du programme «Habiter mieux» de l’Anah (Agence nationale de l’habitat) et, pour les logements en location, à l’obligation d’un niveau de performance énergétique minimum. Seule la conjugaison de moyens d’action curatifs et préventifs permettra de faire reculer durablement la précarité énergétique. Pour ma part, fort des enseignements retirés des litiges individuels dont je suis saisi, j’ai le souci permanent de continuer à être force de propositions pour renforcer la protection des consommateurs d’énergie, et en particulier des plus fragiles.
Le groupe Total doit passer le 16 janvier 2017 en procès à Lagos. Avec d’autres compagnies étrangères, il est accusé par le Nigeria d’avoir exporté illégalement plusieurs millions de barils de pétrole. Ce procès intervient alors que le président Buhari, confronté à une grave crise économique et à la baisse du prix du brut, est engagé dans une vaste lutte contre la corruption.
L’affaire ressort d’un véritable marathon judiciaire entamé à l’automne 2016. Elle touche Total mais aussi l’américain Chevron et l’italien Agip. Est également concerné l’anglo-américain Shell, comme le serait une dizaine d’autres opérateurs pétroliers étrangers. Les compagnies internationales, qui doivent obligatoirement s’associer avec la compagnie nationale NNPC, assurent la quasi-totalité de la production du pays.
En trois ans, entre 2011 et 2014, les firmes concernées par l’affaire auraient exporté illégalement vers les Etats-Unis pour 12,7 milliards de dollars (11,94 milliards d’euros) de brut. Le stratagème leur aurait ainsi permis de réduire le montant des taxes dues à l’Etat nigérian. Taxes qui, officiellement, s’élèvent à 85% des revenus générés par les hydrocarbures.
Accusation d’exportations de pétrole non déclaré
L’affaire commence en juillet 2016. Fraîchement élu, le président Muhammadu Buhari prononce une interdiction d’entrée dans les eaux territoriales du pays à l’encontre de 113 tankers. Il les accuse d’exporter du pétrole non déclaré.
Les autorités mandatent alors des sociétés d’audit américaines pour comparer le nombre de barils déclarés au départ des côtes nigérianes, avec les quantités déclarées à l’arrivée dans les ports américains, chinois et norvégiens. L’enquête conclut que «la baisse (remarquée dans les revenus de l’Etat) était en grande partie due à la non-déclaration ou la sous-évaluation des exportations de brut par les plus grandes compagnies d’hydrocarbures qui opèrent au Nigeria», selon les documents de l’accusation.
Dans un premier temps, la justice nigériane s’est concentrée sur les exportations illégales de 57 millions de barils vers les Etats-Unis. Opérations qui concernent donc Total, Agip et Chevron. Selon le procès-verbal d’une audience judiciaire qui s’est déroulée en septembre, document où seul Total est cité, le gouvernement demande à la société française 245 millions de dollars de dommages et intérêts. Avec 21% d’intérêts par année d’impayés, jusqu’à ce que la somme totale soit versée.
Aucune des nombreuses compagnies internationales n’a souhaité commenter. Selon une source proche du dossier, les groupes pétroliers préfèrent ne pas rentrer en confrontation directe avec le gouvernement nigérian pour l’instant. Ils se disent confiants pour la suite dans la mesure où ces accusations «ne sont pas fondées», selon elles. Certaines compagnies pensent que ce processus judiciaire est, pour l’Etat nigérian, un moyen de pression pour différer le paiement de sa dette…
Crise économique
Quoi qu’il en soit, l’affaire s’inscrit dans une situation économique très difficile pour le Nigeria, dont le déficit public est estimé à 17% du PIB.
La crise est accentuée par la chute du prix du baril, qui représente 70% des recettes de l’Etat. Elle l’est aussi par une baisse de la production. Selon les chiffres de l’Opep publiés début août 2016, le Nigeria, 11e producteur mondial, accusait alors une chute de 21,5% par rapport au mois de janvier. En cause notamment: les insurrections de groupes rebelles dans la région pétrolifère du Delta (du fleuve Niger dans le sud). Ces derniers mènent des attaques régulières sur les installations off-shore ou sur les pipelines stratégiques.
Désormais en récession, le Nigeria, deuxième puissance économique d’Afrique, est étranglé par une pénurie de devises étrangères. Les investissements étrangers ont par ailleurs chuté de 75% au deuxième trimestre 2016, par rapport à la même période de l’année précédente.
Cette récession survient alors que le Nigeria combat à la fois le groupe Boko Haram, les rebelles du Delta mais aussi la piraterie touchant les zones pétrolifères.
Croisade anti-corruption
Pendant ce temps, le nouveau président est engagé dans une croisade anti-corruption contre ses opposants politiques. «Ce qui est sûr, c’est que (si les compagnies pétrolières étrangères) ont fraudé, elles ont bénéficié de complicités au sein de la (…) NNPC et (de) la précédente administration», observe France Culture. «Personne ne peut extraire 400.000 barils de brut et en déclarer 300.000 sans connexions politiques», précise un conseiller en énergie pour Ecobank Group, cité par l’AFP.
Muhammedi Buhari a promis de retrouver les «sommes ‘‘astronomiques’’ dérobées par la classe dirigeante depuis des décennies» (Le Monde). C’est dans ce contexte qu’a été arrêtée, en octobre 2015 à Londres, l’ancienne ministre du Pétrole, Diezani Alison-Madueke, pour blanchiment d’argent. Une arrestation qui a mis«l’industrie pétrolière du Nigéria en mode panique»…
Il faut dire que les détournements de pétrole dans les régions de production sont apparemment massifs. Ils concerneraient «15 à 20% de la production totale du pays», révèle La Croix. «Tout cela n’est possible qu’avec des appuis au ministère du Pétrole nigérian, à la NNPC ou au sein de l’administration présidentielle, avec des complicités incluant des traders véreux. Cette activité génère des revenus qui se comptent en milliards d’euros.» Petite précision du quotidien: 75% du brut volé partirait «vers le marché international, grâce à des navires qui circulent avec de faux permis»…