Il ne s’agit pas de faire une foire d’art contemporain de plus

Olll, « Chinese Tatoo », présenté par la galeriste Sophie Julien ( Béziers). Photo JMDI

Olll, « Chinese Tatoo », présenté par la galeriste Sophie Julien ( Béziers). Photo JMDI

Ultime journée pour le premier Art Montpellier qui vous donne rendez-vous avec la création artistique contemporaine régionale nationale et internationale jusqu’à l’Arena.

Le premier salon d’art à Montpellier se veut un événement à la hauteur de la place qu’occupe l’art contemporain à Montpellier et sa région. Si la destination Montpellier culture est empruntée de longue date, la ville le doit à la vision de son maire historique Georges Frêche qui fut dès le début des années 80, l’un des premiers à saisir le rôle de la culture en terme d’attractivité et de développement économique.

Les Arts plastiques sont cependant restés longtemps la cinquième roue du carrosse loin derrière la danse, la musique et le théâtre. Mais les temps changent, et l’actuel locataire de la mairie, caresse de longue date l’idée de parfaire cet écrin culturel du sud de la France. Tout en maintenant et en développant les moyens du Musée Fabre, depuis son arrivée Philippe Saurel consolide un dispositif qualitatif via les salles d’expositions municipales, pour constituer un parcours urbain enrichi de propositions d’œuvres d’art, temporaires ou définitives, dans l’espace urbain.

La nomination de Nicolas Bourriaud à la tête d’un EPPC qui comprend la Panacée, et le futur Centre d’Art le MoKo en lien avec l’école des Beaux Arts constitue un autre axe de développement prometteur. Cette politique culturelle volontariste produit déjà des effets mesurables dans le secteur privé avec l’implantation récentes d’une vingtaine de galeries sur la ville. La Foire méditerranéenne des arts contemporains qui se tient actuellement à l’Arena apparaît comme une suite logique qui devrait confirmer la place de Montpellier sur la carte des grandes escales du sud en matière d’art contemporain.

Qualité de l’offre artistique

On mesure rapidement l’ambition en parcourant les allées de la première édition de Art Montpellier qui rassemble l’art contemporain, l’art brut, et la création émergente. La foire accueille des dizaines de galeries prestigieuses présentant les oeuvres de 200 artistes, avec un focus sur le mouvement Support Surface ( Dezeuze, Cane, Guyomard, Viallat,) présentés par la galerie Clémence Boisanté et la Figuration libre (Combas, Boisrond, Di rosa, Blanchard), sur le stand AD galerie. Sur une surface de 2 500 m2, elle confirme le savoir-faire de son directeur artistique Didier Vesse, fondateur d’ArtéNîm qui préside aujourd’hui à la destinée d’Art Up ! Lille.

L’implication des galeristes demeure prédominante surtout pour une première édition « L’interaction entre les oeuvres présentées est intéressante juge Eric Galéa entre deux dieux égyptiens en béton coloré signées Mathias Souverbie, c’est un vrai salon d’art contemporain. Cette lisibilité est importante, il arrive qu’on se retrouvent avec des productions artisanales ce qui brouille les esprits. Ici c’est clair. Nous ne sommes pas non plus envahis par le Street art, que j’apprécie, mais dont le côté très tendance est parfois hégémonique», confie l’habitué des salons d’art internationaux dont la galerie est implantée à L’isle sur la Sorgue.

« Il faut trois ans pour que le salon fasse ses preuves et monte en puissance», indique le galeriste Roger Castang, qui vient de Perpignan, le magnifique bronze du sculpteur catalan Guy Ferrer à ses côté ne semble pas le contredire. «Cette année nous sommes une quarantaine, il faudrait arriver à 70 exposants en conservant la qualité des propositions. Devant la singularité des offres nous ne nous trouvons pas en concurrence.»

A l’issue de cette première édition ce sera aux galeristes présents de se prononcer pour savoir si Art Montpellier répond aux exigences de son échelle et de ses perspectives. En reprenant un ticket pour la prochaine édition et par le biais du bouche à oreille. Mais en matière de richesse et de diversité des propositions les amateurs ont de quoi nourrir leur soif de curiosité, et d’y trouver l’occasion de faire des heureux.

Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise 09/12/2017

 

Didier Vesse. Photo maxime Dufour

Didier Vesse. Photo maxime Dufour

C’est à l’Arena que s’ouvre aujourd’hui Art Montpellier*, la première édition de la Foire méditerranéenne des arts contemporains à découvrir jusqu’à dimanche. Entretien avec Didier Vesse son directeur artistique.

La première édition d’Art Montpellier porte l’ambition de devenir un lieu d’échange et de rencontre pour les professionnels, collectionneurs et amateurs du monde de l’art contemporain en Méditerranée. Un défi culturel et entrepreneurial soutenu par Cédric Fiolet, directeur de la structure Montpellier Events, et relevé par le créateur et directeur artistique d’ Art Up ! Lille Didier Vesse.

Comment s’est monté le projet ?

C’est une idée de longue date. J’ai été galeriste à Montpellier et dans la région et j’ai toujours pensé qu’une foire d’art contemporain devait voir le jour dans cette ville. Dans les années 90, j’avais proposé le projet à Georges Frêche. Le maire de l’époque n’ayant pas donné suite je m’étais alors tourné vers Nîmes, et nous avions mis en place ArtéNîm. Depuis, mon expérience s’est enrichie à Grenoble, Rouen, Lille. Je n’ai jamais abandonné l’idée de Montpellier. Cette nouvelle édition est ma 24e foire d’art contemporain. Je suis très heureux de relever ce défi ici.

Artistiquement comment s’articule votre proposition?

Dans l’intitulé Foire méditerranéenne des arts contemporains, c’est le « des » qui m’intéresse. Cette notion de pluriel reflète un propos, celui de casser les chapelles. C’est un salon où le Street art côtoie l’art brut, on y découvre des oeuvres d’artistes confirmés, de créateurs d’aujourd’hui, d’outsiders aussi, présentées par des galeristes professionnels. Si je vous demande ce que représente l’art contemporain aujourd’hui, il y a peu de chance que votre réponse corresponde à celle d’une autre personne. En la matière, chaque amateur porte lui-même ses représentations. L’important, pour moi, est de présenter ce que l’art est aujourd’hui. Il s’agit à la fois de faire place aux jeunes artistes sans oublier les valeurs plus anciennes qui donnent du poids.

Art Montpellier présente à ses visiteurs 7 pièces exceptionnelles de Georges Mathieu et beaucoup d’oeuvres d’artistes reconnus. Le salon s’attache notamment aux deux grands courants artistiques qui caractérisent cette région avec une sélection d’oeuvres des grands artistes de la Figuration libre et du mouvement Support surface. Outre la qualité, on peut lire dans la sélection des 40 galeries présentes un esprit d’ouverture assumée et une volonté de garantir un équilibre. Il ne s’agit pas de faire une foire d’art contemporain de plus.

Quels sont les facteurs clés de la réussite ?

Le lieu d’implantation est prédominant, on sent qu’une vraie énergie est en train d’émerger ici autour de l’art contemporain à laquelle Art Montpellier apporte une dimension complémentaire pour aller plus loin. On est encore à l’acte de naissance. Je m’appuie sur un réseau de galeristes qui est très précieux. Ils créent la foire avec nous et on leur en sera toujours reconnaissant. Le travail doit se poursuivre pour attirer les structures muséales, développer l’aspect pédagogique. Cette années les Amis du Musée Fabre organisent une conférence sur le thème « Les collectionneurs d’aujourd’hui ». Il faut aussi impliquer les entreprises dans le cadre du mécénat. Par ailleurs nous souhaitons donner un profil méditerranéen à cette foire. On peut envisager de travailler avec les galeries des villes jumelées. On pourrait aussi créer des liens avec les organisateurs d’Art Beyrouth, au Liban, par exemple. Un galeriste espagnol et un autre installé dans les îles grecques, nous font déjà confiance. Mon rôle est de donner de la visibilité et de rendre cet événement vivant.

Recueilli par JMDH 

* Du 7 au 10 décembre à l’Arena. Entrée : 10 euros, réduit : 6,50.

La Marseillaise 07/12/2017

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Rencontres de Bamako: Afrotopia, nouveaux imaginaires de l’Afrique contemporaine

Lola Keyezua - «Stone Orgasms», 2015 (Angola) Cette série pose la question des mutilations génitales et plus largement l’asservissement des femmes. «Née à Luanda, en Angola, Keyezua est diplômée de la Royal Academy of Arts de La Haye. Consciente des attentes performatives de la féminité, Lola Keyezua s’attache à déconstruire les cadres de la beauté, de la féminité, de la sexualité. Briser les codes attendus des cultures africaines, rompre les silences à l’égard de l’Art Africain et développer une nouvelle vision de l’Afrique, font partie de ses propositions artistiques», précise Afriscope/Africultures sur Facebook. © Lola Keyezua

Lola Keyezua – «Stone Orgasms», 2015 (Angola)
Cette série pose la question des mutilations génitales et plus largement l’asservissement des femmes. «Née à Luanda, en Angola, Keyezua est diplômée de la Royal Academy of Arts de La Haye. Consciente des attentes performatives de la féminité, Lola Keyezua s’attache à déconstruire les cadres de la beauté, de la féminité, de la sexualité. Briser les codes attendus des cultures africaines, rompre les silences à l’égard de l’Art Africain et développer une nouvelle vision de l’Afrique, font partie de ses propositions artistiques», précise Afriscope/Africultures sur Facebook.
© Lola Keyezua

Afrotopia, en écho au livre de Felwine Sarr, est le nom de la 11e édition des Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie. Les diverses manifestations (photos, vidéos, arts numériques): Exposition panafricaine, Remix de l’indépendance, Histoires récentes, Afrofuturisme ou encore La Vie selon James Barnor, sont autant de témoignages d’un continent en pleine mutation.

Sibusiso Bheka - «Stop Nonsense», 2017 (Afrique du Sud) Sibusiso Bheka est un jeune  photographe né en 1997. Soutenu par Rubis Mécénat, il travaille sur les townships de son pays. Il y décrit l’environnement nocturne dans un langage cinématographique. Sa série sur les murs érigés autour de Thokoza, le township où il a grandi est une réflexion sur l’enfermement, la peur, la limite qui empêche d’aller vers l’autre. © Sibusiso Bheka

Sibusiso Bheka – «Stop Nonsense», 2017 (Afrique du Sud)
Sibusiso Bheka est un jeune photographe né en 1997. Soutenu par Rubis Mécénat, il travaille sur les townships de son pays. Il y décrit l’environnement nocturne dans un langage cinématographique. Sa série sur les murs érigés autour de Thokoza, le township où il a grandi est une réflexion sur l’enfermement, la peur, la limite qui empêche d’aller vers l’autre.
© Sibusiso Bheka

L’exposition panafricaine, projet artistique central de cette édition 2017 (du 2 décembre au 31 janvier 2018), présente 40 projets qui invitent à réfléchir «aux ressorts du futur, à révéler les espaces du possible en germe dans les réalités contemporaines africaines. Qu’ils situent leurs propositions artistiques aux confins de récits autobiographiques, dans des fictions ou dans des narrations en prise immédiate avec l’actualité, les visions qu’ils nous livrent épousent les mouvements souvent chaotiques du réel», explique Marie-Ann Yemsi, commissaire de l’exposition.

Rahima Gambo - «Education is Forbidden», 2015 (Nigeria) Ce travail raconte le quotidien des étudiantes dans les écoles et les universités pendant l'insurrection de Boko Haram au nord-est du Nigeria en 2009. Boko Haram que l’on peut traduire par «l’éducation occidentale est un péché» est un mouvement insurrectionnel qui prône une idéologie salafiste djihadiste. Il a pour objectif d'instaurer un califat et d'appliquer la charia. Des centaines d’écoles ont été détruites, beaucoup sont fermées. En  avril 2014, près de 300 lycéennes ont été kidnappées par Boko Haram qui, depuis, a prêté allégeance à l'Etat islamique. Comment surmonter la peur, comment continuer à étudier, comment faire acte de résistance sont les questions soulevées par Rahima Gambo. © Rahima Gambo

Rahima Gambo – «Education is Forbidden», 2015 (Nigeria)
Ce travail raconte le quotidien des étudiantes dans les écoles et les universités pendant l’insurrection de Boko Haram au nord-est du Nigeria en 2009. Boko Haram que l’on peut traduire par «l’éducation occidentale est un péché» est un mouvement insurrectionnel qui prône une idéologie salafiste djihadiste. Il a pour objectif d’instaurer un califat et d’appliquer la charia. Des centaines d’écoles ont été détruites, beaucoup sont fermées. En avril 2014, près de 300 lycéennes ont été kidnappées par Boko Haram qui, depuis, a prêté allégeance à l’Etat islamique. Comment surmonter la peur, comment continuer à étudier, comment faire acte de résistance sont les questions soulevées par Rahima Gambo.
© Rahima Gambo

«Cette dernière édition est profondément ancrée dans les transformations d’une Afrique qui se renouvelle au quotidien, une Afrique tournée vers un avenir qu’elle invente à partir de ses propres expériences», ajoute Pierre Buhler, président de l’Institut français qui, aux côtés du ministère de la Culture du Mali, l’inaugure.

Zied Ben Romdhane - «West of Life», 2014-2016 (Tunisie) Le photo-reporter tunisien «arpente la région à la fois comme une terre connue et comme un territoire étranger. Des gisements de Redeyef aux mines de Métlaoui et aux collines d’Oum El Araies, c’est le visage fatigué mais résistant d’une terre qui ne l’est pas moins qui donne chair à ce projet, précise le site Nawaat. Il aborde avec «West of Life», les cicatrices qu'ont laissé ces lieux, sur les habitants.   © Zied Ben Romdhane

Zied Ben Romdhane – «West of Life», 2014-2016 (Tunisie)
Le photo-reporter tunisien «arpente la région à la fois comme une terre connue et comme un territoire étranger. Des gisements de Redeyef aux mines de Métlaoui et aux collines d’Oum El Araies, c’est le visage fatigué mais résistant d’une terre qui ne l’est pas moins qui donne chair à ce projet, précise le site Nawaat. Il aborde avec «West of Life», les cicatrices qu’ont laissé ces lieux, sur les habitants.
© Zied Ben Romdhane

Geopolis Afrique vous propose de découvrir 20 photographes en herbe ou de renom dont certains découverts à Bamako sont aujourd’hui exposés dans des manifestations phares sur le continent africain et à l’international.

Laurent Filippi

Source Géopolis 02/12/2017

Voir aussi :  Rubrique Afrique, rubrique Expo, rubrique Art,

Cinéma et sida, la guerre de la représentation

 Zero Patience  (1993 de  John Greyson.

Zero Patience (1993 de John Greyson.

Arts et sida
A l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre le sida du 1er décembre, Montpellier Danse libère la parole à l’occasion de deux soirées débat suivies de projections. La première qui s’est tenue mardi  a évoqué l’impact de cette maladie sur le 7e art.

Montpellier Danse s’inscrit de longue date comme un vecteur de réflexion sur l’influence du sida sur la danse et plus largement sur le monde de l’art. La danse contemporaine a été très tôt sensibilisée à la problématique. « Conséquence de la libération des corps en 1968, l’explosion de la nouvelle danse, portée par la jeune génération, est court-circuitée par le VIH qui fait son apparition en 1985 », rappelle le journaliste spécialisé montpelliérain Gérard Mayen qui animait le débat. Parmi les victimes du virus le danseur, chorégraphe, Dominique Bagouet, fondateur du CCN de Montpellier et du Festival Montpellier Danse succombe à l’épidémie le 9 décembre 1992.

En raison d’un imprévu la critique d’art Elisabeth Lebovici auteure  de Ce que le sida m’a fait – Art et activisme à la fin du XXe siècle, (Les presses du réel 2017) n’a pu honorer l’invitation. Dans cet ouvrage très documenté, elle revisite, avec sa mémoire de témoin, les liens entre art et activisme durant les « années sida » en France et aux États-Unis. Elisabeth Lebovici rend compte d’une créativité artistique et activiste née de l’urgence de vivre et du combat pour la reconnaissance de tous·tes avec un point de vue féministe assumée. A ses yeux, « l’homophobie est une forme déplacée de la misogynie», souligne Gérard Mayen.

Élaborer ses propres images
Dans Le sida face à la caméra, (collection Images d’ErosOnyx 2017), le journaliste critique de cinéma Didier Roth-Bettoni s’intéresse au corpus cinématographique ayant trait au sida.

Comme le mouvement gay dans les années 70, le sida génère un cinéma spécifique qui élabore ses propres images dont l’auteur scrute avec pertinence et sensibilité les enjeux. Il démontre comment  ce « cinéma de l’intérieur» a participé à la construction de la communauté LGBT mais aussi à la manière dont le reste de la société l’a regardée.

Dans le large éventail des films étudiés, l’auteur distingue sans jugement les films compassionnels comme Philadelphia « qui appelle à la tolérance, avec des limites dans les représentations…» et les films plus engagés, à l’instar de Zero Patience  (1993), du canadien John Greyson. Un ovni sulfureux et hilarant qui pose les vraies questions. Projeté à l’issue de la conférence à Montpellier, le film est offert  avec l’achat du livre.

« L’objectif de ce courant cinématographique est double, indique Didier Roth-Bettoni : représenter d’une part, des familles alternatives, et un environnement plus chaleureux et joyeux face à une société qui est dans le déni , et évoquer, d’autre part, la représentation de corps vivants, luttant contre le virus mais aussi contre les structures sociales.» L’auteur entend ainsi faire oeuvre d’historien auprès des nouvelles générations pour que  «tout ne soit pas à recommencer de zéro

JMDH

Prochaine soirée le 7 dec à 17h30 à l’Agora sur le thème La recherche contre le VIH et le sida :  un point sur les nouvelles avancées à Montpellier.

Source La Marseillaise 30 /11/2017

Voir aussi : Actualité France : Rubrique,rubrique Livre, Essais, rubrique Cinéma, Politique, société civileGay Pride Fête et réaffirmation d’un combat politique rubrique Société, Après «120 BPM», épargnez-nous vos louanges, rubrique Santé, Citoyenneté , Vertus et vices de la comédie sécuritaire, Rubrique Mouvements sociaux, rubrique Histoire, rubrique Danse, Robyn Orlin . Requiem pour une Afrique renaissante, rubrique Société, rubrique Religion, Le pape contre le « fumier du diable »

Les réalités flottantes de Ralph Gibson au Pavillon populaire

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Ralph Gibson The Somnambilist : la force de l’inconscient par le dérèglement des formes.

Montpellier expo photo
« Ralph Gibson. La trilogie, 1970-1974 »

Le Pavillon populaire présente pour la première fois l’ensemble des tirages des trois tomes de l’emblématique photographe américain. Près de 130 images composent cette oeuvre incontournable qui flirte avec le cinéma et la littérature.

Né en 1939 à Los Angeles, Ralph Gibson fut l’assistant de Dorothea Lange, puis de Robert Frank. Désirant s’éloigner de la photographie documentaire pour donner libre cour à son expression artistique, il part  à New York en 1966.  Pensionnaire du mythique Chelsea hôtel, évoqué par Jean-Claude Carrière comme « une grotte féérique », il côtoie des artistes venus de tous les mondes. Gibson vit de façon précaire, se consacrant entièrement à la prise de vue, il ne peut rester insensible à l’élan créatif de son environnement. Et notamment à celui de  la Nouvelle Vague, (Godard, Resnais) et du nouveau roman, (Butor, Robbe Grillet). Son projet de livre photographique d’un nouveau genre ne rencontre pas l’agrément des maisons d’édition traditionnelles, ce qui pousse le jeune photographe à fonder son propre label Lustrum Press qui publie en trois volumes, The Somnambilist (1970), Déjà-Vu (1973) et Days at Sea (1974) ses travaux regroupés sous le nom The Trilogy.

The  Somnambilist
Dans le premier des trois ouvrage, The Somnambilist, Ralph Gibson produit un texte qui s’attache à révéler les forces de l’inconscient par le dérèglement des formes habituellement perçues. En guise de propos liminaire, l’artiste invite «le gentil lecteur» à un voyage entre rêve et réalité.  « En dormant, un rêveur réapparaît ailleurs sur la planète, se transformant en au moins deux hommes. Les rêves qu’il fait dans son sommeil fournissent la matière de cette réalité tandis que ses rêves éveillés deviennent ce qu’il pensait être sa Vie...»  Pour Gibson, les images aspirent à visualiser les rêves et les désirs des hommes. « Dès l’origine de son projet, Ralph Gibson souhaite aller plus loin, donner à son livre photographique une ambition bien plus large, telle qu’on la trouve dans la littérature ou au cinéma, où l’effet de sens globale porte sur la totalité de sa production », souligne Gilles Mora, fin connaisseur de la photographie américaine et commissaire de l’exposition.

Ralph Gibson Déjà-vu : rapprochement visuel opéré en une image double étant lu comme unifiée.

Ralph Gibson Déjà-vu : rapprochement visuel opéré en une image double étant lu comme unifiée.

Déjà -vue
Le second livre de Ralph Gibson, Déjà Vu, traduit davantage son refus de s’intéresser à la réalité.  L’artiste pénètre plus avant dans le monde onirique pour instruire sur le monde caché. Ces photographie se promènent avec une imagination ininterrompue sur les nouveautés d’un monde qui s’offre au regard. Au-delà du temps présent, telle cette double page où la main qui tient le revolver et le corps de celui qui est censé tirer appartiennent à des géographies et des dates différentes. Le rapprochement visuel opéré en une image double étant lu comme unifiée. La vision souple et rapide plonge dans la découverte pour révéler les dessous de l’âme. Le texte a disparu derrière  ce titre paradoxal Déjà-vu alors que le photographe contribue à faire éclater la pratique photographique en jouant avec le  rapport à l’espace qu’il entretien avec son sujet comme avec l’oeil du spectateur. A moins qu’avec ses gros plans sur des objets décontextualisés, le photographe se soit rapproprier le procédé de la nouvelle vague consistant à désigner de l’art dans ce qu’il n’est pas. Si l’artiste construit son imaginaire sur la représentation il nous invite manifestement à le suivre sur ce chemin.

Ralph Gibson Day at Sea : les photographies érotiques en noir et blanc transforme le lecteur en lecteur-voyeur.

Ralph Gibson Day at Sea : les photographies érotiques en noir et blanc transforme le lecteur en lecteur-voyeur.

Days at Sea
Le dernier opus de sa grande oeuvre, Day at Sea s’ouvre sur la sphère intime des pulsions sexuelles. Fidèle à une esthétique héritée de Man Ray et d’un certain surréalisme qui peut évoquer l’univers de Buñuel, les photographies érotiques en noir et blanc de Gibson transforme le lecteur en lecteur-voyeur. Le langage s’épure, l’artiste parvient à faire sortir de la chambre noire les vraies formes lumineuses non dénuées d’ambiguïté.

Gilles Mora évoque à raison The Trilogy comme une oeuvre ouverte. La chronologie des trois livres peut se lire comme un cheminement vers l’abstraction. Dont la conclusion discrètement glissée par l’auteur au bas d’une page blanche en français, serait : « La Trilogie est achevée. Quel désir impossible.»

 Jean-Marie Dinh

Ralph Gibson, «La Trilogie, 1970-1974 », dernière exposition de la saison américaine au Pavillon Populaire, jusqu’au 7 janvier 2018, entrée libre.

Source : La Marseillaise 11/11/2017

Voir aussi ;   Rubrique Artrubrique PhotoLes voyages subtils et coupables de William Gedney, Cap sur l’Amérique au Pavillon Populaire, rubrique Exposition, rubrique Littérature, rubrique Cinéma, rubrique Montpellier, rubrique Etats-Unis, rubrique Société,

«Les forêts natales», quand l’histoire de l’art s’intéresse enfin à l’Afrique

 Statuette de gardien de reliquaire présentée dans l'exposition «Les forêts natales, arts d'Afrique équatoriale». Pièce en bois (recouvert de cuivre et de laiton), fabriquée au sein de la population Kota au XIXe siècle.  © Musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Claude Germain


Statuette de gardien de reliquaire présentée dans l’exposition «Les forêts natales, arts d’Afrique équatoriale». Pièce en bois (recouvert de cuivre et de laiton), fabriquée au sein de la population Kota au XIXe siècle. © Musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Claude Germain

«Les très grands sculpteurs sont africains», lit-on à l’entrée de l’exposition « Les forêts natales, arts d’Afrique équatoriale atlantique » au musée du quai Branly à Paris. De fait, on y montre les grands talents des créateurs des statuettes et masques présentés. Ainsi que les nombreux styles artistiques de la région du XVIII au XXe. Rencontre avec le commissaire de l’exposition, Yves Le Fur.

L’Afrique équatoriale atlantique, vaste aire culturelle qui comprend la Guinée équatoriale, le sud du Cameroun, le Gabon et l’ouest de la République du Congo, offre des styles d’une grande variété, qui changent considérablement d’une région à l’autre. Il suffit de comparer les statuettes d«ancêtres, gardiens de reliquaire» Fang et Kota, objets fabriqués à quelques centaines de kilomètres les uns des autres. Les premiers sont de mystérieuses statues en bois sombre, les seconds de très géométriques figures en bois recouvert de métal importé (cuivre et laiton notamment). Ces deux variétés d’objets ont le même usage. Mais ils n’ont stylistiquement  rien à voir.

Carte-l-exposition

Un détail incroyable: nombre de pièces Fang… suintent au sens littéral du terme! Cette «patine suintante (…) accentue l’effet de brillance», explique un panneau de l’exposition. Le phénomène, qui continue à être étudié par les scientifiques, s’explique par l’application d’une couche de 15 à 50 mm d’huiles végétales imprégnées dans le bois des statues. «C’était le moyen de revivifier les ancêtres, de montrer leur vitalité», commente Yves Le Fur, commissaire de l’exposition et directeur du patrimoine et des collections du musée du quai Branly. Certaines statuent suintent ainsi depuis plusieurs siècles…

A noter aussi que certaines de ces statues sont grattées par endroits, preuve qu’elles ont fait l’objet de prélèvements rituels. Les descendants y prélevaient symboliquement la puissance et l’efficacité des pouvoirs de leurs ancêtres. Le bois prélevé servait ensuite pour la fabrication de médicaments.

Le visiteur admirera aussi la grande variété des masques. Dont certains, d’origine Punu, ressemblent à s’y méprendre à des objets… asiatiques. «A une époque, le bruit a même couru que dans le passé, un bateau, chargé de masques japonais , avait coulé dans l’Atlantique, au large des côtes de l’Afrique équatoriale!», raconte Yves Le Fur. De la naissance d’une légende qui n’a, évidemment, aucun fondement scientifique…

Masque en bois peint de la communauté Punu datant du début du XXe siècle. Origine: le Gabon. Ces masques manifestaient la présence des défunts dans un village à l'occasion de certaines activités religieuses ou juridiques. © Musée du quai Branly - Jacques Chirac; photo Thierry Ollivier-Michel Urtado

Masque en bois peint de la communauté Punu datant du début du XXe siècle. Origine: le Gabon. Ces masques manifestaient la présence des défunts dans un village à l’occasion de certaines activités religieuses ou juridiques. © Musée du quai Branly – Jacques Chirac; photo Thierry Ollivier-Michel Urtado

Entretien avec Yves Le Fur

Pourquoi avoir donné à l’exposition le titre «Les forêts natales»? Il n’y est pas vraiment question de forêts…
L’Afrique équatoriale atlantique couvre majoritairement le Gabon. Mais elle s’étend aussi sur trois autres Etats. Le titre de l’exposition ne pouvait donc pas porter uniquement sur le Gabon. Par ailleurs, cette région a connu des mouvements de populations depuis au moins trois siècles. Dans cet espace-temps, il y a ainsi une histoire, artistique notamment, que l’on ne peut pas résumer simplement. Pour la raconter, il convient d’adopter la démarche de l’histoire de l’art en montrant qu’à l’intérieur de la période, il y a un ensemble de styles différents.

Dans ce contexte, je n’ai pas voulu donner un titre particulier et réducteur. On l’a donc transposé sur Apollinaire et son poème Les fenêtres, publié en 1913:
«Du rouge au vert tout le jaune se meurt
 Quand chantent les aras dans les forêts natales».

Apollinaire est l’un des premiers en Occident à avoir considéré ces objets comme des œuvres d’art.

«Forêts natales», c’est un titre à tiroirs, qui botte un peu en touche. Il fait référence à la forêt équatoriale, d’où viennent les esprits, le surnaturel. Mais aussi au bois des statues et des masques. Un bois qui sert aussi pour la fabrication de médicaments.

 

 Statuette de gardien de reliquaire fabriquée au sein de la communauté Kota, en bois recouvert de cuivre et de laiton. Œuvre datée du XIXe siècle.   © Musée du quai Branly - Jacques Chirac; photo Patrick Gries-Valérie Torre

Statuette de gardien de reliquaire fabriquée au sein de la communauté Kota, en bois recouvert de cuivre et de laiton. Œuvre datée du XIXe siècle. © Musée du quai Branly – Jacques Chirac; photo Patrick Gries-Valérie Torre

Quel est l’objectif de cette exposition ?
Il s’agit de se démarquer d’autres expositions d’art africain qui n’abordent la question que sous un aspect ethnographique et esthétique. Là, j’ai voulu mettre ces objets au même niveau que ce que l’on fait, par exemple, naturellement pour la sculpture romane: cela ne choque personne d’y distinguer des évolutions stylistiques et des styles régionaux. On le fait déjà pour l’art asiatique, la sculpture khmère, par exemple. Mais la démarche est plus rare pour l’art africain. Et pourtant, là aussi, à l’intérieur de chaque groupe, il y a des variations stylistiques. On constate que les sculpteurs ont une certaine liberté pour caractériser leurs créations.

Il s’agit ainsi d’installer l’Afrique dans une histoire longue. On connaît Lucie. Mais après, on dénie au continent les civilisations qui se sont succédé sur son sol. Les Portugais sont arrivés sur les côtes de l’Afrique équatoriale au XVe siècle. Mais c’est seulement au XIXe siècle, du temps de Brazza, que les Européens ont exploré l’intérieur de la région.

Aujourd’hui, on avance petit à petit dans la reconnaissance des arts dits «primitifs». Le mouvement a débuté au début du XXe siècle avec Picasso, Derain, Braque. Il s’est poursuivi dans les années 50. Puis le marché a commencé à reconnaître l’intérêt de ces arts. La prise de conscience a été facilitée par la masse des objets présents dans les collections des missions religieuses et particulières. En Europe et aux Etats-Unis, ces collections abritent ainsi quelque 4000 objets Fang et 6000-7000 pièces Kota. Ce qui constitue un corpus très important pour les étudier.

Masque, originaire du Gabon ou de la République du Congo, daté du XIXe ou début du XXe siècle, sans certitude. Bois et pigments. © Musée Barbier-Mueller 1019-15, photo studio Ferrazzini-Bouchet

Masque, originaire du Gabon ou de la République du Congo, daté du XIXe ou début du XXe siècle, sans certitude. Bois et pigments. © Musée Barbier-Mueller 1019-15, photo studio Ferrazzini-Bouchet

Vous expliquez que les migrations bantoues dans la région depuis les XVIe et XVIIe siècles sont à l’origine de «multiples contacts, emprunts, influences». Comment l’avez-vous montré dans l’exposition?
Les sculpteurs de la région étaient très créatifs et ont produit de très nombreux objets. On ne pouvait pas tout exposer. Alors, pour montrer les variations stylistiques, il était plus intéressant de se concentrer sur les statues et les masques.

Ces statues étaient reliées au culte des ancêtres. Elles avaient pour fonction de garder des reliquaires, où l’on conservait des ossements d’aïeux. Ces reliquaires, gardés dans des lieux secrets, concernaient donc l’intimité des individus.

A l’inverse, les masques, qui exprimaient les nombreux aspects de la vie spirituelle, concernaient les affaires de toute la communauté, son visage. C’est sur les masques que les résultats des échanges culturels sont particulièrement visibles. Alors que l’on ne sait pas comment ces échanges se sont produits. Ces objets étaient fabriqués par des artistes qui étaient davantage considérés comme des artisans. Même s’ils étaient initiés.

Laurent Ribadeau Dumas

 

Les forêts natales, arts d’Afrique équatoriale atlantique jusqu’au 21 janvier 2018  Paris Musée du Quai Branly

Source Géopolis 11/11/2017

Voir aussi :  Rubrique Afrique, rubrique Expo, rubrique Art,