Une entrée dans la secte de « Fruits of labor »

performance

© Reinout Hiel

Un gros bol d’air entre l’enfumage extrémiste et la macronade ,  Fruits of labor, la dernière création de Miet Warlop, nous rappelle aux  folies païennes bien vivantes du printemps.  Le public se délecte sourire aux lèvres. à ne pas manquer au CDN  hTh jusqu’au vendredi 28 avril à 20h.

A quoi carburent l’artiste flamande Miet Warlop et ses acolytes ? C’est une question que doivent se poser aussi les techniciens de surface chargés de remettre le plateau en état après chaque représentation de Fruits of labor. Au Yoga Yaourt, affirment les jeunes protagonistes, trois interprètes et deux musiciens, qui disent s’ancrer solidement dans le fouillis spirituel, afin de mieux le nourrir sûrement.

Il parviennent, quoi qu’on en dise, à partager leur foi sur scène. Le mystère de la trinité se voit remplacé ici, par un savant dispositif, dont Miet Warlop a fait sa marque de fabrique dans son travail à la croisée du théâtre et des arts plastiques. De la danse aussi, car ce n’est pas un hasard si les créations de l’artiste attisent l’intérêt des scènes chorégraphiques.

Dans Fruits of labor tout parait désordonné mais le tableau mouvant de la scène relève d’une grande précision. L’étincelle est avant tout musicale et surtout rythmique, mais c’est avec la mécanique du mouvement dansé qu’opère la magie. Une mécanique qui s’infiltre entre les interprètes et les objets présents sur scène. La lumineuse entrée en matière donne le ton en jouant avec humour sur l’ambivalence corps objet. L’usage des rideaux et tissus signale à différents endroits la dilution du sens. L’omniprésence présence du bloc centrale en mouvement qui se métamorphose au gré des scènes en restant animé de la folle ambition d’engouffrer chaque corps ou objet sur scène, pose un cadre politique.

Entre les conduites d’eau qui se mettent à fuir et les générateurs de secours qui ne marchent pas, émerge sous nos yeux un monde neuf, drôle et enthousiasmant. Miet Warlop s’en explique dans la présentation de Fruits of labor apparu comme une révélation au cours d’un spectacle précédent. L’énergie vitale de cette nouvelle création émerge « d’une pierre qui renferme le tout premier éclat de rire sur terre. Un rire immatériel, un rire d’union qui transcende les générations et les religions. » La scène finale où les interprètes parviennent à se libérer ensemble ouvre un bel horizon d’espoir.

JMDH

Source La Marseillaise 27/04/2017

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Les escales du nouveau grand voyage musical de Fiest’A Sète

Baba Zula soirée Balkans Express le 4 août Crédit Photo DR

Baba Zula soirée Balkans Express le 4 août Crédit Photo DR

Avec une idée certaine de la modernité et du métissage l’association Métisète nous fait entrer dans le mouvement de la musique vivante.

Dites 21, et préparez-vous à danser, aimer, chalouper, découvrir, rire, sourire et respirer au son des musiques vivantes des quatre coins du globe. Fiest’A Sète vous donne rendez-vous du 22 juillet au 7 août au Théâtre de la Mer et dans les communes du Bassin de Thau, pour sa 21ème édition.

Des soirées comme celles concoctées par l’association Métisète, cela ne se refuse pas. On vous en rappelle le principe : chaque soirée est composée de deux concerts autour d’une thématique. Le schéma ne répond pas au concert classique avec une tête d’affiche et une première partie. Ici, la hiérarchie liée à la notoriété est remplacée par la volonté de correspondance, de résonance et de dialogue possible entre les artistes.

Se mêle les grands ancêtres, comme aime à les appeler le directeur artistique José Bel et les nouveaux talents. « A partir d’un thème, on cherche à donner du sens à chaque soirée. Le sens culturel, c’est la base du festival.» On peut le croire, car l’homme et son équipe sont de fins connaisseurs de l’histoire des musiques dans le monde. C’est leur passion, pour eux, la réussite est d’abord artistique. La dimension économique est importante parce qu’elle contribue à la pérennité du festival, pas comme une fin en soi.

Le festival figure avec Jazz à Sète comme pionnier des soirées sétoise à ciel ouvert. Aujourd’hui une quinzaine de manifestations se succèdent pour rendre attractive la vitrine du spectacle vivant dans l’île de beauté. Cela nécessite une coordination dont on n’ose imaginer qu’elle puisse s’opérer au détriment de l’ADN des organisations. Au total, l’édition 2017 se compose de onze soirées concerts et deux soirées dansantes organisées avec le savoir et les incertitudes des alchimistes. Du 22 au 31 juillet les concerts gratuits se répandent entre Sète et le bassin de Thau. Et du 1er au 7 août, tout ce recentre avec les concert payants au Théâtre de la Mer.

A l’affiche face à la mer

Le 1er août on célébrera les 20 ans de la mort du créateur de l’Afro beat avec une soirée Tribute to Fela kuti. L’afro américain Roy Ayers grand monsieur du jazz funky qui a gravé avec Fela Music of Many Colors en 1980 se retrouve à Sète avec son fils Seun Kuti & Egypt 80 qui jouait tout jeune au sein de l’orchestre paternel. Le swing chaud dans la durée est garanti.

Le lendemain l’ambiance sera Cubassimo ! Le festival reçoit un autre grand ancêtre de la musique, cubaine cette fois, en la personne de Eliades Ochoa comparse du célèbre Buena Vista Social Club porté à l’écran par Wim Wenders. A ses côtés le très talentueux pianiste Roberto Fonseca. Enfant prodige qui a entrepris, à travers son oeuvre, de retracer l’histoire foisonnante de la musique cubaine et de ses nombreuses influences.

Jeudi 3 août hommage aux grandes dames du continent africain avec la soirée African Divas. Au programme, un duo de premier choix composé de Fatoumata Diawara interprète malienne qui se produit partout dans le monde et la musicienne franco marocaine d’ascendance touarègue Hindi Zahra. Oumou Sangare célébrée comme une des plus grandes chanteuses africaines de son temps sera aussi de la partie.

La soirée du 4 août nous transporte dans les Balkans. On y découvrira le groupe stanbouliote Baba Zula et aussi que la vague psychédélique de la fin des années 60 a largement contaminé le proche et Moyen-Orient. Le même soir la fanfare roumaine Ciocarlia et ses douze musiciens souffleront dans leur cuivre et se déchaîneront aux percussions pour perforer les nuages et célébrer la vie comme le veut leur musique cathartique.

La nuit du 5 août sera orientale avec l’étonnant artiste tunisien Dahfer Youssef, chanteur et joueur de Oud inspiré du jazz comme de la musique nordique. Le tout coloré d’une spiritualité joyeuse proche du soufi. Cette soirée signe également le retour de la grande interprète égyptienne Natacha Atlas dont le concert de l’an dernier avait été interrompu par la pluie.

Fiest’A Sète se conclura dimanche 6 août par une soirée consacrée aux sources du blues rural américain. L’occasion d’entendre la violoncelliste new-yorkaise Leyla McCalla qui puise son inspiration dans le creuset de culture et de style liée à ses origines haïtienne et son long séjour en Nouvelle Orléan. Eric Bibb, brillant héritier du folk rural du sud américain accompagné de l’harmoniciste virtuose Jean-Jacques Milteau rendront un hommage au maître de la guitare à 12 cordes Lead Belly qui naquit dans une plantation en 1885.

 JMDH

Source La Marseillaise : Dernière modification le samedi, 15 avril 2017

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En Allemagne, le conservateur Schäuble lâche Fillon pour Macron

Wolfgang Schauble, ministre des finances allemand, le 12 avril, à Berlin. STEFFI LOOS / AFP

Wolfgang Schauble, ministre des finances allemand, le 12 avril, à Berlin. STEFFI LOOS / AFP

Le soutien du ministre des finances d’Angela Merkel, réputé en Europe pour son austérité, ne présente pas que des avantages pour le candidat d’En marche !.

Après Sigmar Gabriel, Wolfgang Schäuble. En Allemagne, Emmanuel Macron pouvait déjà compter sur le soutien du ministre social-démocrate des affaires étrangères. Le voici désormais adoubé par son collègue conservateur chargé des finances. « Si j’étais français et habilité à voter, (…) je voterais probablement pour Macron », a déclaré ce dernier, mardi 11 avril, à Hambourg, à l’hebdomadaire Der Spiegel.

Invité, le lendemain, à participer à une émission consacrée à l’élection présidentielle française sur la radio publique Deutschlandfunk, M. Schäuble s’est montré plus prudent. « Mon parti, la CDU, est, comme celui de François Fillon, lié au Parti populaire européen, et nous avons naturellement des points communs. D’un autre côté, j’ai bien connu Emmanuel Macron quand il était ministre de l’économie, nous avons de très bonnes relations et partageons beaucoup d’idées », a t-il déclaré. Si les mots étaient plus mesurés que la veille, la mise en scène parlait d’elle-même. Dans le foyer plein à craquer du Deutsches Theater de Berlin, M. Schäuble partageait l’affiche avec l’eurodéputée Sylvie Goulard, membre de l’équipe de campagne de M. Macron, avec laquelle il s’est montré d’une totale complicité…

Le coût pour Fillon est indiscutable

Après l’émission, celle-ci se réjouissait d’ailleurs de ce soutien. « Un tel geste de la part du ministre des finances le plus expérimenté de la zone euro est, pour Emmanuel Macron, la reconnaissance d’une crédibilité. C’est un signe important », explique au Monde Mme Goulard.

En France, il n’est pas certain qu’un tel appui ne présente que des avantages pour M. Macron, compte tenu de la réputation qu’y a M. Schäuble, associé aux politiques d’austérité fort peu populaires auprès de toute une partie de l’électorat que compte séduire le candidat d’En marche !

Mais si le gain politique pour M. Macron est discutable, le coût pour M. Fillon est, lui, indiscutable. Au Spiegel, M. Schäuble, pour qui « le pire scénario possible » serait un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, a en effet expliqué qu’il avait fort peu apprécié les « attaques contre la justice » proférées par l’ancien premier ministre. Un sentiment largement partagé outre-Rhin, où l’image du candidat de la droite s’est considérablement dégradée depuis les révélations du Canard enchaîné, publiées vingt-quatre heures après sa venue à Berlin, le 23 janvier, lors de laquelle il avait été reçu par la chancelière, Angela Merkel, ainsi que par M. Schäuble.

Thomas Wieder

Source Le Monde 13.04.2017

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Indonésie: le gouverneur chrétien de Jakarta battu par son rival musulman

 Basuki Tjahaja Purnama, alias Ahok, battu au second de l'élection du gouverneur de Jakarta (19 avril 2017). © Reuters


Basuki Tjahaja Purnama, alias Ahok, battu au second de l’élection du gouverneur de Jakarta (19 avril 2017). © Reuters

Le gouverneur chrétien sortant de Jakarta, Basuki Tjahaja Purnama, alias Ahok, en procès pour insulte à l’islam, a été nettement battu par son rival musulman le 19 avril 2017 à l’issue d’un scrutin marqué par de fortes tensions religieuses en Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde.

Ahok a recueilli 42% des suffrages contre 58% pour l’ancien ministre de l’Education musulman Anies Baswedan, selon des estimations provisoires d’instituts de sondage basées sur le décompte de 100% des bulletins de vote.

Cette élection met en exergue l’influence croissante de musulmans conservateurs partisans d’une ligne dure dans ce pays de 255 millions d’habitants pratiquant en grande majorité une forme d’islam modéré. Des islamistes radicaux ont organisé ces derniers mois des manifestations de masse contre le candidat chrétien jugé pour blasphème.

Le scrutin était aussi un terrain d’affrontement entre grands acteurs politiques du pays qui considèrent l’influent poste de gouverneur de la capitale de 10 millions d’habitants comme un tremplin pour l’élection présidentielle de 2019.

Ahok était en ballotage. Au premier tour, le gouverneur sorta,t a recueilli 43% des suffrages, devant  Anies Baswedan, soutenu par l’ex-général Prabowo Subianto (candidat à la présidentielle de 2014), crédité de 40%, et Agus Yudhoyono (17%), fils aîné de l’ancien président Yudhoyono.

La cote de popularité de Basuki Tjahaja Purnama s’est effondrée dans les études d’opinion. Longtemps favori des sondages, Ahok a été désavoué dans les urnes après une affaire de blasphème qui a éclaté fin 2016 et provoqué des manifestations ayant réuni des centaines de milliers de participants dans la capitale. Ils étaient encore plus de 100.000 le 11 février à la grande mosquée de Jakarta, pour appeler à voter en faveur d’un candidat musulman.

Retour sur les manifestations
Le 2 décembre 2016, au moins 200.000 Indonésiens avaient défilé à Jakarta. Ils réclamaient la condamnation du gouverneur de la ville qui, selon eux, a insulté le Coran. Basuki Tjahaja Purnama était alors en campagne pour un 2e mandat.

Si cette dernière manifestation à l’appel d’organisations islamiques concervatrices se voulait pacifiste – de nombreux manifestants étaient vêtus de blanc –, les précédentes l’étaient moins (des centaines de blessés le 4 novembre 2016). Les grandes organisations islamiques, elles, se sont désolidarisées du mouvement, appelant pour certaines à ne pas participer à la manifestation.

Les fondamentalistes musulmans, qui défient le pouvoir depuis octobre 2016, réclament la tête de Basuki Tjahaja Purnama, qu’ils accusent d’avoir insulté l’islam.

Depuis quelques années, ces derniers ont gagné en influence en Indonésie, où les tenants d’une ligne dure ont favorisé une montée de l’intolérance. Un groupe indonésien affilié au Jabhat Fatah al-Cham (anciennement Front al-Nosra) en Syrie a même appelé sur les réseaux sociaux, début novembre, à punir Ahok, ou «nous le ferons avec des balles».

La Constitution indonésienne reconnaît officiellement six religions, mais la majorité des 255 millions d’habitants sont des musulmans qui pratiquent un islam modéré.

Les causes de la polémique
Dans la course pour un deuxième mandat de gouverneur le 15 février 2017, Ahok, chrétien d’origine chinoise qui caracolait en tête des sondages il y a quelques mois, s’est attiré en septembre 2016 l’ire de cette frange dure.

Lors d’un meeting de campagne, il a reproché à ses deux challengers musulmans l’utilisation du Coran pour tenter de convaincre les électeurs. Et déclaré erronée l’interprétation par certains oulémas d’un verset (al-Maidah 51) du Coran selon laquelle un musulman ne devrait élire qu’un dirigeant musulman.

La suite ? Ahok a dû faire des excuses publiques, mais la polémique a continué d’enfler, alimentée par les islamistes radicaux. Ceux-là mêmes qui avaient déjà tenté d’empêcher sa nomination en 2014, au motif qu’il était un infidèle. «Au lieu de prétendre qu’Ahok ne devrait pas être gouverneur parce qu’il est chrétien, ce qui n’a pas fonctionné, ils tentent de le présenter comme un blasphémateur qui a violé la loi», explique Marcus Mietzner, spécialiste australien de l’Indonésie, dans le New York Times.

Au-delà des accusations visant Basuki Tjahaja Purnama, c’est le pouvoir du président Joko Widodo, son soutien de longue date, qui serait visé. Ce dernier, soutien d’Ahok qui fut son adjoint quand lui-même était gouverneur de la mégapole, voit dans cette affaire une manipulation politique pour l’affaiblir.

Le président accuse certains «acteurs politiques» d’avoir «exploité la situation». Avant la manifestation du 2 décembre, huit personnes ont été arrêtées, dont Rachmawati Sukarnoputri, sœur de l’ancienne présidente Megawati Sukarnopruti et fille de Sukarno, premier président d’Indonésie après l’indépendance en 1945.

Comme le disait Géopolis en octobre 2014, «la dictature Suharto a tenu l’Indonésie de 1967 à 1998. Par la suite, l’élite politique est restée liée à ce mouvement. D’ailleurs, l’adversaire de Widodo (à la présidentielle, NDLR), Prabowo Subiento, est l’ex-gendre du dictateur Suharto».

Apprécié pour son travail
Ahok, premier gouverneur non musulman de la capitale depuis 50 ans et premier Indonésien d’origine chinoise à accéder à ce poste, a succédé à Joko Widodo à la tête de Jakarta.

Jusqu’à cette affaire, il était très apprécié par ses concitoyens pour son efficacité dans la gestion de la mégapole de 10 millions d’âmes, luttant contre la bureaucratie et la corruption des fonctionnaires. Et pour ses actions en faveur d’un salaire minimum, de la gratuité de l’éducation et de la santé ou contre la congestion du trafic automobile.

Alors que les autorités craignent de s’opposer aux islamistes radicaux, ces derniers ferraillent devant les tribunaux. Non seulement Basuki Tjahaja Purnama pourrait perdre dans cette affaire un poste de gouverneur mais encore écoper de 5 ans de prison ferme. Il le saura le 20 avril, au lendemain du second tour de l’élection.

Catherine Le Brech

Source Géopolis 05/12/2016 à 17H49, mis à jour le 19/04/2017

Voir aussi : rubrique Actualité Internationale, rubrique Asie, Indonésie, Joko Widodo prend la tête de l’une des principales économies d’Asie, rubrique Politique,

Roman. Dans les geôles sinistres du Baron Duvalier

 Un rappel du prix à payer pour rester libre  Crédit Photo dr


Un rappel du prix à payer pour rester libre Crédit Photo dr

Roman * A l’ombre du Baron
Le premier roman de Fabienne Josaphat, originaire de Haïti vivant aujourd’hui à Miami plonge avec une grande authenticité aux racines  d’un vécu noir et douloureux.

On sait que le roman est un relais permettant une connaissance active du champ social. Le contexte que dépeint Fabienne Josaphat, Haïti en 1965, offre une lecture politique de l’histoire du pays et une vision générale de la société sous François Duvalier, allias «Papa Doc». Une vision noire qui entraîne progressivement le lecteur dans les lieux les plus sombres de la dictature.

Au volant de son vieux taxi Raymond  masse de ses doigts crasseux le visage du dictateur imprimé sur les petits billets que lui laissent ses clients. Pas de quoi subvenir aux besoins élémentaires de sa famille mais comme la majorité du peuple haïtien, il trime pour s’en sortir à l’ombre des villas magnifiques des dignitaires du régime et autre diplomates étrangers. Raymond  connaît Port-au Prince comme sa poche. Il a vu la ville se métamorphoser du temps de l’ancien président Malgloire les touristes étaient plus nombreux mais maintenant il doit satisfaire ses clients du mieux qu’il peut afin d’assurer le repas du soir avant le couvre feu. Son frère Nicolas paraît plus conformiste. Il enseigne à la faculté de droit et gagne bien sa vie. L’intellectuel occupe son temps à la rédaction d’un livre, fréquente la bourgeoisie et snobe son frère  en méconnaissant ses vraies qualités.  Leur destin va devenir cauchemardesque mais il ne le savent pas encore.

Loin de vouloir entretenir un divertissement inoffensif, à partir de l’histoire de ces deux frères, Fabienne Josaphat, tisse une intrigue haletante au coeur de laquelle se glisse une forte connotation politique. A l’ombre du Baron dévoile les crimes de «Papa doc», les crimes du pouvoir et toutes les causes bonnes à le servir. Lutte des classes, négritude, militant de la cause noir, combat contre le communisme, contre la religion catholique, sécurité de la nation,  accord avec le Vatican transgression des droits civiles et des droits de l’homme, toutes les causes opportunément défendues en sont aussi la négation. Le Vaudou en faisait partie, le Baron sur lequel Duvalier à modeler son image est représenté vêtu d’un chapeau haut de forme blanc, de lunettes de soleil dont un verre est cassé, avec du coton dans les narines. C’est l’esprit de la mort et de la résurrection.

Si ce roman pourrait être lu comme une forme de procès différé de François Duvalier, le processus de  détermination aveugle déployée par le dictateur pour se maintenir au pouvoir peut également être utilisé comme schème de critique de nos sociétés. Sous Duvalier père cette violence usurpatrice a duré près de 15 ans. Et elle semble s’être inscrite dans le temps Haïtien avec  «-Bébé Doc-» le fils Duvalier, les militaires, Jean-Bertrand Aristide …

Aujourd’hui encore la corruption et le chaos règne. Cela s’est tristement illustrée lors du tremblement de terre de 2010 et figure désormais dans les anales comme un des plus grand échec de la coopération internationale.  Le voyage noir que nous propose ce premier roman livre des clés de compréhension et d’humanité.

JMDH

Source La Marseillaise 14/04/2017

* A l’ombre du Baron, ed Calmann Lévy 19,90 euros

Voir aussi : Rubrique  Livre, rubrique Haïti, rubrique Rencontre Gary Victor, Elvire Maurouard debout dans les ruines, Trois rencontres avec le poète James Noël,