Cirque Balthazar. 100 Zissu ou le risque à prendre pour s’en sortir

Le plein d’énergie de la classe pro.   Photo Corinne Gal

Le plein d’énergie de la classe pro. Photo Corinne Gal

Les classes pro du centre des Arts du Cirque Balthazar présentent vingt courts poèmes corporels dans le cadre du Printemps des Comédiens. Espace Chapiteaux jusqu’au 11 juin.

Le  spectacle des classes pro de Balthazar est un rendez-vous attendu du Printemps des Comédiens dont la programmation est largement ouverte à l’art du cirque. Au programme cette année, la Compagnie Vol’e Temps, Yoann Bourgeois, le CirkVOSK, Les 7 doigts de la main, Julien Candy et sa Compagnie la Faux Populaire-Le Mort aux Dents, Zingaro,  Matthieu Gary / Sidney Pin, présentent chacun à leur manière des spectacles qui déplacent les normes traditionnelles et qui ont tous à voir avec l’art du cirque.Cette forme d’expression cultive on le sait une floraison de métaphores de la condition humaine réunies lors de cette édition 2016  en un bouquet très varié.

A Montpellier, porté par des artistes pionniers du renouveau du cirque, le Centre des arts du cirque forme depuis plus de vingt ans les talents de demain. Reconnu par l’Etat, financé par la Région, hébergé par le Département, et soutenu par bien d’autres partenaires, la structure encadre les pratiques amateurs et assure une formation professionnelle en favorisant les passerelles  et en affirmant de nombreux projets novateurs sur le plan artistique et pédagogique.

Assister à la représentation des classes pro du Centre des arts du cirque c’est toujours empoigner le réel avec de jeunes artistes qui savent transformer le manque de maturité en un vrai atout. Le public est composé de beaucoup de fidèles  séduits par l’énergie brute des numéros et l’implication qui lui est demandée. Ce que l’on n’attend généralement plus dans les spectacles rodés, quelle que soit la qualité artistique de  la représentation.

Poèmes Corporel

Le spectacle 2016, mis en piste par Martine Leroy aborde des champs actifs de notre histoire contemporaine. Une vingtaine de jeunes artistes est invitée à chercher des solutions à des situations qui semblent sans issue. Chacun compose un petit poème corporel en lien avec son cheminement personnel depuis une impasse vers une sortie.

La scénographie composée de cartons évoque tout autant la précarité que l’inventivité et la mobilité. Des fenêtres s’ouvrent et se referment du mur en fond de scène comme autant de quêtes de savoir, d’étonnements et de signes culturels.

Si les capacités physiques permettent une belle maîtrise, l’esprit Balthazar a toujours porté en créant une complicité spontanée des hommes et des femmes de tous horizons par l’émotion.

Ce réexamen de ce qui se passe aujourd’hui par le biais poétique libère du sentiment d’impuissance. Il interpelle l’individu. Les identités sortent des cartons. Tels les martinets coincés sous les tuiles des toits prenant leur envol avec le sentiment d’appartenance au ciel, les poètes saltimbanques se livrent au cirque. La piste devient un vaste parvis de corps, de sons, et d’images, dilatant sur une très vaste échelle, les émotions reçues et vécues en commun.

JMDH

Source : La Marseillaise 10/06/2016

Voir aussi ;  Rubrique Théâtre, rubrique FestivalMontpellier,

Festival Résurgence. Esprit ouvert dans l’espace public

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Compagnie Kiaï «Cri» Photo DR

Pour la seconde édition, le festival Résurgence affiche ses couleurs en invitant à la découverte des arts vivants du 21 au 24 juillet.

Théâtre de rue, concerts, cirque une trentaine de spectacles portés par une vingtaine de compagnies investiront les rues de Lodève pour la seconde édition du Festival Résurgence cet été.  Le terme  « résurgence » fut probablement choisi pour réaffirmer la volonté de la Communauté de communes du Lodévois Larzac de maintenir une offre culturelle de qualité après la disparition du festival de poésie Voix de la Méditerranée en 2015 pour des raisons budgétaires. «  Lodève a été nourrie par la poésie durant de nombreuses années et continue de l’être à travers le Printemps des poètes, indique le directeur des affaires culturelles Franck Loyat,  Nous avons repensé un événement culturel  recentré sur les arts vivants avec certes moins de moyens, mais en maintenant le rapport entre l’art et l’espace public.» L’année dernière, la première édition  a rassemblé 8 000 spectateurs (un quart en provenance de la communauté de communes, et 50% d’Héraultais). Ce succès  ouvre de belles perspectives

Soutien à  la création

Résurgence profite de la fraîcheur de la nouveauté et s’affirme « comme une preuve de la capacité du territoire à rebondir même dans les situations les plus difficiles », souligne la maire de Lodève, Marie-Christine Bousquet. Le festival donne aussi l’occasion de découvrir le riche patrimoine de Lodève.

Avec le sourire, si l’on suit La vaste entreprise, dans sa fausse visite de la ville. Cette compagnie utilise des éléments réels comme point de départ de leurs créations. Le groupe partira bien du monument aux morts. Les guides vous souhaitent une bonne visite en  prévenant d’entrée que tout va bien se passer même si vous n’apprendrez rien et qu’il est conseillé à tous de rester groupés…

Autre déambulation proposée par les quatre comédiens du Groupe Tonne, Ae-Les années, s’inspire de l’univers littéraire d’Annie Ernaut concentré sur le matériau autobiographique sans enluminure et à la fois très ouvert sur le monde réel qui nous entoure. Départ place de la république.  «La Place» justement, qui est aussi le nom du roman d’ Ernaut couronné par le Prix Renaudot.

Gratuité et petits prix

La majorité des spectacles sont gratuits à l’exception de Cirques Rouages pour son spectacle Sodade une fable circassienne et musicale  qui se déroule comme un rêve éveillé sur fil infini. De la création Gravitty.0 du chorégraphe Yann Lheureux qui allie dans cette pièce danse contemporaine et  acrobatie et du concert d’Anass Habib  jeune Syrien  accompagné de quatre  musiciens pour un concert de chants sacrés et profanes  associant les répertoires des chants arabes soufis, des chants maronites syriaques, et des chants sépharades andalous dans la Cathédrale de Lodève.

En se positionnant  sur la création,  en la soutenant comme elle le fait avec  la compagnie Nocturne  en résidence sur le territoire, le festival  joue la carte du développement culturel qualitatif à l’échelle locale en tentant de répondre aux attentes d’un public exigeants, sans oublier la convivialité.

 JMDH

Source La Marseillaise 21/05/2016

Voir aussi : Actualité Locale Rubrique  Festival,  rubrique PolitiquePolitique Culturelle,

Réglementation du travail. Une attaque généralisée en Europe

C'est contre les reculs sociaux de la loi Peeters que les Belges descendent dans la rue. Ici, à Bruxelles, le 24 mai dernier. Photo : Reuters

Par Paul Fourier, conseiller confédéral de la CGT, Nadia Rosa, déléguée syndicale CGIL,  Marc Goblet, secrétaire général de Fédération générale des travailleurs de Belgique (FGTB), Bernd Riexinger, coprésident de Die Linke,  Keith Ewing, professeur de droit au King’s College de Londres et John Hendy, avocat au Barreau de Paris.

 

  • La doxa bruxelloise par Paul Fourier, conseiller confédéral de la CGT

42570.HRLa politique économique de la France s’inscrit dans la feuille de route libérale centralisée au niveau de l’Europe. Celle-ci est théorisée par les idéologues libéraux et hors sol de la direction générale des finances de la Commission européenne, et elle est appliquée dans le cadre de la « gouvernance économique de l’Union ». Elle s’articule autour des principes de lutte contre les déficits, de concurrence, de libéralisation, de compétitivité et de « coût du travail ». Le droit du travail est donc particulièrement dans le collimateur, tant sur les conditions de travail, les contrats de travail, la hiérarchie des normes ou la protection sociale. Par exemple, les recommandations de la Commission à la France en 2014 donnent la feuille de route générique de la loi Macron qui sortira dans l’année suivante. C’est la même chose pour l’actuelle loi El Khomri dont le cap est fixé dans la recommandation européenne numéro 4 sortie en mai 2015. On peut en dire autant pour toutes les réformes gouvernementales récentes?: pacte de responsabilité, loi santé, réformes des retraites et de l’assurance chômage, réforme territoriale, etc.

On voit donc que cela se traduit dans des lois, mais également dans des politiques nationales ou régionales ou des feuilles de route de négociations interprofessionnelles. Mais il est impropre pour autant de penser que la Commission européenne est la seule responsable de cette politique libérale. D’abord le Conseil européen (donc les chefs d’État et de gouvernement) entérinent chaque année, à la virgule près, les recommandations de la Commission. D’autre part, les fameuses « recommandations » faites à la France font l’objet, pendant des mois, d’un dialogue complice avec les acteurs nationaux, dont le gouvernement. Celles-ci sont donc le résultat d’un compromis entre la Commission, le gouvernement et même le patronat.

Rappelons que la France, grand pays de l’Union, pourrait, et pouvait à tout moment, remettre en cause la doxa bruxelloise. Cameron l’a bien fait, dans un sens encore plus libéral, avec sa menace de Brexit. Hollande aurait pu notamment remettre en cause l’application des stupides critères de Maastricht, dont le respect des déficits en dessous de 3 %, qui justifie la baisse des dépenses de l’État et l’affaiblissement de la Sécurité sociale. En période de crise, cela était totalement justifié. Il ne l’a pas fait ! Bien sûr, la lutte contre les idéologues bruxellois et les tenants de l’ordo-libéralisme (notamment allemands) n’est pas chose facile. Mais c’était plus facile pour la France de Hollande que pour Tsipras – alors que la Grèce est soumise à une pression considérable –, qui pourtant n’est pas resté inactif.

Il est donc un peu facile et totalement hypocrite de dire que c’est exclusivement la faute de Bruxelles. Les gouvernements libéraux s’accommodent fort bien d’avoir une feuille de route libérale qu’ils appliquent assez fidèlement pour déstructurer le droit du travail. La Commission européenne, représentée notamment, rappelons-le, par Pierre Moscovici, et des gouvernements comme celui de Manuel Valls visent les mêmes objectifs.

Cette politique européenne globale et l’hypocrisie des gouvernements nourrissent par ailleurs la montée des nationalismes et des extrêmes droites, dont la dialectique est bâtie sur la lutte contre cet État supranational devant lequel les peuples seraient impuissants. Cette politique est donc non absolument une machine de guerre contre les droits des salariés et des retraités. Elle est inefficace et affaiblit l’Europe des salariés et des citoyens. Elle est également dangereuse en termes de démocratie.

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Le Jobs Act n’a pas marché par Nadia Rosa, déléguée syndicale CGIL

42571.HRLa modification des conditions précédentes en vigueur pour les contrats à durée déterminée, la libéralisation à l’extrême des « bons de travail » (l’équivalent des chèques emploi service universels en France), la modification d’importants articles du statut des travailleurs (article 4 et article 13), la dilution des responsabilités dans le secteur des appels d’offres, la possibilité de licencier en absence d’une « cause juste », n’ont pas apporté à l’Italie les bénéfices promis par le premier ministre, Matteo Renzi. Pis.

Même si le Jobs Act a aujourd’hui seulement partiellement montré ses effets, je peux affirmer avec certitude que, au moins à l’heure qu’il est, l’axiome à la base de cette réforme (« le marché se régule lui-même, moins de règles entraînent plus de développement, plus d’investisseurs qui accourront en Italie ») s’est révélé erroné : en Italie, les multinationales n’arriveront pas et celles qui sont présentes réduisent leur présence, en licenciant ou en fermant. En outre, les nouvelles typologies de contrat n’ont pas entraîné une croissance des contrats à durée indéterminée. La majorité des nouveaux contrats a consisté en la transformation d’un type de contrat en un autre. Il s’agirait d’une donnée potentiellement positive, si ces contrats à durée indéterminée duraient au-delà de la période où prendront fin les aides d’État. Une hypothèse peu probable, au vu de la tendance au premier trimestre 2016. Nous gardons toutefois à l’esprit que les embauches avec le « contrat à protections croissantes » perçoivent un salaire mensuel de 1,4 % plus bas que celui des personnes embauchées avant le Jobs Act. L’échec du Jobs Act est signalé aussi par l’augmentation du nombre des inactifs. Les données d’Eurostat indiquent un passage considérable de personnes du chômage vers l’inactivité et des chiffres plus bas que la moyenne européenne pour la transition entre chômage et emploi. En d’autres termes : il y a plus de gens qui arrêtent de chercher du travail qu’ailleurs en Europe et il y a moins de gens qui trouvent du travail qu’ailleurs en Europe. En termes de relance de l’emploi donc, on n’a probablement pas besoin de nouvelles règles mais d’une autre politique économique et industrielle.

La loi, comme le montrent les récentes données de l’Istat (Institut italien de statistiques), a pour effet de réduire le taux de chômage des travailleurs les plus âgés, alors que le taux d’occupation des jeunes reste à un niveau très bas – 15,1 % à la fin du deuxième trimestre 2015. Et la majorité des nouveaux emplois se trouvent dans le secteur des services à faible qualification.

Par certains aspects, nous estimons que cette loi est inconstitutionnelle. En tout état de cause, la Confédération générale italienne du travail (CGIL) est déjà en mouvement. Non seulement par des manifestations et des grèves dans certaines des plus importantes catégories confédérales, mais aussi par la collecte de signatures, dans le but de promouvoir un référendum à même de désarticuler l’ensemble des mesures, de manière à les rendre moins dangereuses.

 

  • La locomotive qui fera bouger les choses par Marc Goblet, secrétaire général de Fédération générale des travailleurs de Belgique  (FGTB)

42572.HRQue ce soit avec la loi El Khomri en France ou la loi Peeters chez nous en Belgique, on voit bien que partout en Europe les gouvernements tentent d’imposer de graves reculs sociaux. On est en train de mettre à mal tout ce qui a été conquis en 1936, chez nous comme en France. On crée partout de plus en plus de précarité et d’injustice sociale. Ces offensives contre les travailleurs et leurs droits, contre le bien-être de leurs familles, sont concomitantes dans toute l’Europe. On veut nous obliger à travailler plus longtemps, en allongeant la durée du travail et en reculant l’âge de la retraite. La directive européenne qui met la semaine de travail à 48 heures date de 2000. Et, depuis, tous les gouvernements de l’UE essaient de l’appliquer : logique, puisque ce sont eux qui l’ont décidée ! La loi Peeters, comme la loi El Khomri, utilise pour cela les mesures de flexibilité. En Belgique, on peut déjà aller jusqu’à 47,5 voire 50 heures pour le travail en équipe, jusqu’à 70 heures en feu continu et jusqu’à 7 jours sur 8. À cela s’ajoute une démolition concertée des services publics qui sont, pour les travailleurs, du salaire différé : en Belgique, les coûts de fonctionnement sont réduits de 20 % et les frais de personnel de 10 %, on ne remplace plus ceux et celles qui partent en retraite. La SNCB est en grève contre la suppression de 6?000 emplois et les menaces sur le statut. La diminution de 10 % par an du nombre de gardiens de prison ne permet plus d’assurer la dignité des détenus. La justice ne fonctionne plus faute de moyens. Partout l’État fait des économies en prétendant que c’est la Commission qui le demande alors que ce sont les dirigeants européens qui l’ont décidé. J’en veux pour preuve la directive de Marianne Thyssen sur les travailleurs détachés, qui tâchait de faire mieux respecter leurs droits et que 14 États sur 28 ont rejetée.

Il est clair que ce qu’il faudrait faire, c’est s’organiser au niveau de la Confédération européenne des syndicats, la CES, pour dire à la Commission que cela suffit, qu’il faut cesser de protéger les fuites de capitaux et les banques, le capitalisme financier, au détriment de ceux qui vivent de leur travail. Une coordination syndicale est nécessaire. Mais elle est rendue difficile par le fait que tous n’ont pas la même conception que nous de la lutte syndicale. La nôtre se rapproche de celle de la CGT ou de FO. Or une partie des syndicats sont des « syndicats maison ». Ceux des pays de l’Est, nouveaux venus dans l’UE, bénéficient plus du dumping social organisé qu’ils n’en souffrent. La Grande-Bretagne a son système à part, où le syndicat est organiquement lié au Parti travailliste, ce qui n’est pas étranger à la victoire de Corbyn. Les pays scandinaves ont un modèle spécifique de concertation et un taux de chômage plus bas que les pays latins. La Belgique, la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal ont plus ou moins la même conception, celle d’un syndicalisme de lutte?: à nous d’être la locomotive pour faire bouger les choses.

 

  • Les seuls bénéficiaires sont les actionnaires par Bernd Riexinger, coprésident de Die Linke

42573.HRJ’observe avec beaucoup de sympathie l’actuel mouvement français contre les atteintes au Code du travail. En France, d’aucuns présentent souvent les contre-réformes mises en œuvre en Allemagne par Gerhard Schröder au début de la dernière décennie comme un facteur de modernisation auquel il faudrait se résoudre. Je voudrais alerter sur l’imposture que constitue une telle présentation. J’ai pu mesurer en tant que syndicaliste puis en tant que dirigeant du parti Die Linke combien ces réformes ont profondément ébranlé la société, mis à mal le lien social et provoqué en l’espace de quelques années une terrible polarisation au sein de la société allemande, qui est devenue l’une des plus inégalitaires d’Europe. Un quart des salariés allemands vivent désormais dans des conditions très précaires dans un « secteur à bas salaires » très cloisonné, dont vous éprouvez les plus grandes peines à vous sortir quand il vous a happé.

Les réformes inscrites à l’agenda 2010 de l’ex-chancelier, comme les lois Hartz, n’ont pas seulement spolié les chômeurs en réduisant leurs droits, elles ont aussi sapé les acquis et les protections des salariés. Elles ont stimulé l’apparition de mini-jobs à 400 euros ou de ces dizaines de milliers de contrats d’ouvrage (Werkverträge), conclus aujourd’hui avec une microsociété, voire une autoentreprise. De plus, de multiples clauses d’exemption et autres conditions tarifaires « maison » sont devenues possibles. Résultat?: une minorité de salariés est désormais « couverte » par de vrais accords tarifaires (conventions collectives de branche). Le bilan de ces attaques contre le droit du travail, c’est que, sur douze ans, les rémunérations réelles ont stagné ou ont même baissé dans les catégories inférieures et intermédiaires. Les seules bénéficiaires des réformes furent les actionnaires des grands groupes exportateurs. Ils ont pu accroître leurs profits et leurs excédents commerciaux grâce à l’écrasement de la masse salariale alors que la productivité augmentait.

C’est donc un mensonge que d’affirmer que l’économie allemande se porte mieux grâce à ces réformes. Si l’on établit une moyenne sur les quinze dernières années, l’Allemagne affiche une croissance molle, guère plus élevée que celle d’un pays comme la France. Avoir tout misé sur les exportations en organisant la déflation des dépenses salariales et sociales, cela a plombé pendant des années le marché intérieur, qui frémit aujourd’hui uniquement grâce au salutaire regain de combativité des salariés.

Les effets pervers des réformes se font sentir de plus en plus fortement. L’explosion des inégalités est telle qu’elle inquiète jusqu’à certains économistes « orthodoxes ». La pauvreté au travail, qui s’est considérablement étendue, commence en effet à avoir des effets rédhibitoires sur l’organisation des entreprises et sur la qualité de certaines de leurs productions. Autre bombe à retardement du torpillage du Code du travail à l’allemande?: la pauvreté des seniors va devenir le problème majeur de ces prochaines années. Compte tenu de la multiplication des contrats précaires exonérés de « charges » sociales, bon nombre de personnes vont en effet voir leurs revenus divisés au moins par deux et amputés le plus souvent encore davantage quand elles atteindront l’âge de la retraite. Le phénomène a déjà pris une dimension dramatique et il ne va cesser de s’étendre.

Les salariés français auraient tout à perdre à copier l’exemple allemand. Leur combat est salutaire pour l’Europe. C’est l’Allemagne qu’il faut libérer de ce « modèle ».

 

  • Dérégulation et insécurité par Keith Ewing, professeur de droit au King’s College de Londres et John Hendy, avocat au Barreau de Paris

Les travailleurs français sont engagés dans un combat historique pour la défense de leurs droits. La lutte est internationale. Les travailleurs et les syndicats affrontent l’assaut néolibéral qui revient sur les réalisations des générations précédentes. C’est la honte éternelle des socialistes français que de s’être revêtus du manteau discrédité que Tony Blair avait pris des épaules de Madame Thatcher. Mais c’est la mode à Bruxelles, comme dans les autres capitales, d’Europe ou d’ailleurs. S’il se trouve des travailleurs français qui ont des doutes sur ce qui est en jeu, ils devraient regarder ce qui s’est passé au Royaume-Uni. Nous aussi, nous avions un État social dont nous pouvions être fiers, avec des syndicats pleinement intégrés. À la veille de la révolution de Blair et Thatcher, 60 % des travailleurs britanniques étaient syndiqués, et 82 % d’entre eux étaient protégés par des conventions collectives. Le droit de grève faisait l’objet d’une ample protection. Sous Thatcher, cette structure a été dépouillée quand l’État social est devenu État néolibéral, servant les intérêts du patronat plutôt que du travail. Les grèves ont été déclenchées, la police a été militarisée pour écraser la résistance et la loi a changé. La syndicalisation a chuté et la couverture par la négociation collective s’est effondrée à environ 20 % aujourd’hui. Moins de travailleurs britanniques sont désormais protégés par une convention collective qu’avant la Première Guerre mondiale. Comparés aux autres travailleurs européens, ils bénéficient moins de l’éducation et de la formation, et – du fait du manque d’investissement des employeurs – leur productivité est moindre. Ils disposent de moins de congés payés. Une grande partie d’entre eux sont dans la pauvreté, avec des bas salaires subventionnés par l’État. Bienvenue dans notre monde de dérégulation, décentralisation et insécurité ! En Grande-Bretagne, une forte proportion de la population active est dans une situation de soi-disant « travail autonome », de travail en agence, de travail temporaire ou de contrat à zéro heure. Elle compte davantage de travailleurs à temps partiel que dans les autres pays européens. Les travailleurs britanniques ont moins droit aux indemnités de licenciement, aux congés pour maladie ou de maternité, tandis que leurs droits liés aux démissions injustes et aux discriminations sont pratiquement inaccessibles du fait de l’imposition de forts tarifs pour pouvoir les défendre devant un tribunal. Nous sommes le paradigme pour le capitalisme moderne. Des syndicats faibles, des négociations collectives limitées à l’entreprise et un droit de grève réduit à la portion congrue. C’est le modèle états-unien pour l’Europe, que les institutions de l’UE souhaitent imposer à tous les États membres au travers de la combinaison des changements vers l’austérité imposés par la troïka?, des nouvelles règles de gouvernance économique introduites par les bureaucrates de Bruxelles et des accords commerciaux avec les États-Unis et d’autres.

Il est important que les travailleurs français soient conscients de ce qui se joue. Une fois que commence le voyage vers la dérégulation, il ne prend jamais fin. L’attaque est constante et implacable, et la récente législation imposant de nouvelles restrictions au droit de grève est claire. Nous regardons la France comme une source d’inspiration, pour démontrer que les lois sur le travail peuvent encore être un instrument de participation et de protection, qu’elles peuvent encore être sous-tendues par la liberté, l’égalité et la fraternité. Nous vous souhaitons le meilleur : notre combat est notre combat ; votre combat est un combat mondial.

Source L’Humanité 01/06/2016

Voir aussi : Actualité internationale, Rubrique Société, Travail, Mouvements sociaux, Intermittents retour au front, Négociations explosives,  rubrique Politique, Politique Economique, On line Loi travail : quelle est cette « inversion de la hiérarchie des normes » qui fait débat ?  ,

Sérignan. Le Mrac pousse les murs avec la complicité de Bruno Peinado

 

Bruno Peinado au MRAC à Sérigan

Bruno Peinado est intervenu sur la façade et prolonge l’exposition « Il faut reconstruire l’Hacienda » à l’intérieur du Mrac. Photo JMDI

La présidente de Région Carole Delga a  inauguré le 20 mai l’extension du Mrac en réaffirmant son engagement en faveur de l’art contemporain. Une utopie vivante prenant forme au plus près de chacun…

L’histoire du musée est née de la passion et de l’engagement d’un homme pour la culture. Ceux d’André Gélis, maire de Sérignan, qui inaugure en 2006, ce lieu de 2 500 m² dédiés à l’art contemporain au cœur du village héraultais viticole de 8 000 habitants. Il y expose 400 œuvres d’une soixantaine d’artistes (Alechinsky, Buren, Combas, di Rosa, Klossowski…) Le coût de construction, 5,5 millions d’euros, lui coûtera son mandat. Deux ans plus tard, son successeur Frédéric Lacas, entame les négociations avec la Région qui en assure la gestion depuis 2010 et renouvelle l’ambition culturelle de ce musée illuminé par l’œuvre  créée in situ par l’artiste Daniel Buren.

L’inauguration architecturale de la semaine dernière marque un nouveau tournant pour le Mrac. Le nouvel espace de 420 m² acquis par la Région qui a investi 1,8 million d’euros, a été redessiné et agencé par l’atelier d’architecture Castelnau Ferri pour s’inscrire dans le cadre des volumes existants. Il permet d’augmenter de 25% la surface initiale d’exposition en la portant à 2 000 m². Les réserves ont été agrandies, optimisées et aménagées afin d’améliorer les conditions de préservation de l’ensemble des œuvres.

La directrice du Musée régional d’art contemporain, Sandra Patron peut ainsi accueillir le dépôt exceptionnel du Fonds d’art contemporain pour une durée de cinq ans qui comprend 167 œuvres de 64 artistes issus de 17 nationalités différentes. En parallèle, la Région a passé commande à l’artiste emblématique de sa génération Bruno Peinado pour concevoir une œuvre pérenne sur la façade du nouveau bâtiment.

La singularité de l’histoire du Mrac tient en partie aux interactions intérieur/extérieur initiées par les artistes comme Buren ou l’Islandais Erro. Avec son intervention sur la façade du nouveau bâtiment, Bruno Peinado, formé à l’Ecole des Beaux Arts de Montpellier qui connut une forte influence du mouvement Supports/Surfaces, poursuit le lien conceptuel du dedans/dehors.

 « Il faut reconstruire l’Hacienda », extérieur . Photo dr

« Il faut reconstruire l’Hacienda », extérieur . Photo dr

Reconstruire l’Hacienda

L’artiste intègre dans un esprit ludique le local de la Poste situé au rez-de-chaussée en empruntant à sa signalétique. « Je me suis inspiré de leur charte graphique et des nombreux supports publicitaires pour créer des enseignes libérées de leur contenu. »  Repeint en gris, le bâtiment revêt l’aspect joyeux d’une maison qui évoque l’univers virtuel des jouets. « Le gris se situe habituellement du côté de la perte. Il n’est pas considéré comme une couleur. Il ne trouve sa valeur qu’entre le blanc et le noir. C’est la couleur des bâtards, pour moi c’est la couleur de la mixité. » Sur ce fond gris, les panneaux colorés et les caissons lumineux renvoient à l’abstraction et participent à l’œuvre d’ensemble intitulée par l’artiste Il faut reconstruire l’Hacienda.

  « Il faut reconstruire l’Hacienda », intérieur , Good Stuff , the pleasure Principle  .  Photo dr

« Il faut reconstruire l’Hacienda », intérieur , Good Stuff , the pleasure Principle . Photo dr

Pour ce projet, Peinado est allé puiser dans l’imaginaire de l’Hacienda, d’après le texte d’Ivan Chtcheglov dit Gilles Ivain, Formulaire pour un urbanisme nouveau  dont une version, établie par Guy Debord, est parue en 1958 dans la revue Internationale situationniste. Avant d’être reprise, dans les années 80, sous le nom d’Hacienda, boîte de nuit mythique de Manchester, issue d’un projet utopique porté par le label de Joy Division, Factory Records. Cette association est à l’origine de toute la scène house anglaise qui fait lien entre la culture populaire et l’avant-garde artistique dans le champ de la communication du design et de la publicité. « Le retrait est une forme de résistance », indique Peinado qui se confronte aux paradoxes avec force et bonne humeur.

Ainsi, la destinée du Mrac de Sérignan,  musée où l’on marche dans la lumière, se poursuit.

JMDH

 

Le programme de l’Hacienda
Pendant toute la durée de l’exposition Il faut reconstruire l’Hacienda visible jusqu’au 9 octobre, l’artiste iconoclaste Bruno Peinado nous invite à des rencontres depuis une reconstruction du dancefloor de la mythique Hacienda de Manchester. Ce lieu fut dans les années 1980 1990 un véritable espace social transversal, tout à la fois salle de concerts, club, espace d’exposition et d’échanges. Il est reformulé au Mrac comme une extension de l’exposition. Concerts, performances, lectures ou conférences, à découvrir tous les dimanches à 15h. Une programmation d’événements variés et gratuits, dans un mix réjouissant entre les styles et les générations. Découvrir le programme sur : mrac.languedocroussillon.fr/

Source La Marseillaise 24/05/2016

Voir aussi : Actualité Locale, Rubrique Art, rubrique Exposition, rubrique Politique, Politique culturelle,

Le publireportage menace l’info à Canal +/I télé

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Communiqué Du SNJ-CGT
Le publireportage menace l’info à Canal +/I télé

Le 1er juin 2016, dans un entretien avec Olivier Ravanello, président de la Société des journalistes de Canal +/I Télé, Serge Nedjar, (déjà directeur général de Direct Matin et président de la régie publicitaire du groupe !) récemment nommé directeur d’I-télé par Vincent Bolloré, déclarait envisager de ne pas renouveler une cinquantaine de CDD, soit prés du tiers des effectifs d’I-Télé, et vouloir maximiser les recettes de la chaîne en « faisant rentrer des programmes pour les sponsors », en faisant du « partenariat », en « vendant de la pub », et en « faisant des patrons en interview ».

Le président de la SDJ lui ayant rappelé que les journalistes d’I-Télé ne pouvaient déontologiquement s’associer à des publireportages, Serge Nedjar a répliqué en substance qu’ils n’auraient pas le choix, qu’ils allaient devoir s’adapter et qu’en presse écrite, les journalistes qui résistaient se retrouvaient au chômage. Or selon une des chartes de déontologie des journalistes professionnels, tout journaliste digne de ce nom « refuse et combat, comme contraire à son éthique professionnelle, toute confusion entre journalisme et communication ».

Le 1er juin dernier, questionné par la commission culture de l’Assemblée Nationale sur la censure d’un documentaire sur le Crédit Mutuel en mai 2015 dans l’émission Spécial investigation, Maxime Saada, directeur général du groupe Canal + avait affirmé : « Il n’y a jamais eu aucune censure, aucune instruction d’où qu’elle vienne (…) En réalite? il n’y a aucun fait précis, concret, sur la censure, qui ait été démontré ».

En mai 2015, l’enquête sur le Crédit Mutuel, banque partenaire de Vincent Bolloré, avait bien été déprogrammée par la direction de Canal +. L’enquête n’a jamais été reprogrammée.

Le 16 septembre 2015, devant les délégués du personnel, Elodie Bouvet Lustman, directrice des affaires sociales chez Canal + élargissait officiellement la censure, annonçant que toute mise en cause de « partenaires actuels ou futurs » du groupe serait désormais proscrite : « La direction tient avant tout à défendre les intérêts du Groupe CANAL+ et estime qu’il est donc préférable d’éviter certaines attaques frontales ou polémiques à l’encontre de partenaires contractuels actuels ou futurs ».

Plus généralement, depuis l’arrivée de Vincent Bolloré à la tête de Canal +, les choix imposés par la direction concernant l’information posent de nombreuses questions quant au respect de l’indépendance des rédactions des différentes chaînes du groupe. Une situation sans précédent, depuis la création de la chaîne cryptée en 1984.

Les journalistes de I-Télé ou Canal + continueront à respecter les chartes de déontologie qui régissent leur profession. Le SNJ-CGT apporte tout son soutien aux salariés du groupe Canal+ et se tient à leurs côtés pour résister aux ingérences de leur direction.

Montreuil, le 07/06/2016

 

Syndicat national des journalistes CGT 263, rue de Paris – Case 570 – 93514 Montreuil CedexTe?l.: 01 55 82 87 42 – Te?le?copie : 01 55 82 87 45 – Courrier e?lectronique : snj@cgt.fr – site Internet : www.snjcgt.fr

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Médias, La presse à l’heure des purges et des publireportages, rubrique Politique, rubrique Société, emploi,