Rencontres de Bamako: Afrotopia, nouveaux imaginaires de l’Afrique contemporaine

Lola Keyezua - «Stone Orgasms», 2015 (Angola) Cette série pose la question des mutilations génitales et plus largement l’asservissement des femmes. «Née à Luanda, en Angola, Keyezua est diplômée de la Royal Academy of Arts de La Haye. Consciente des attentes performatives de la féminité, Lola Keyezua s’attache à déconstruire les cadres de la beauté, de la féminité, de la sexualité. Briser les codes attendus des cultures africaines, rompre les silences à l’égard de l’Art Africain et développer une nouvelle vision de l’Afrique, font partie de ses propositions artistiques», précise Afriscope/Africultures sur Facebook. © Lola Keyezua

Lola Keyezua – «Stone Orgasms», 2015 (Angola)
Cette série pose la question des mutilations génitales et plus largement l’asservissement des femmes. «Née à Luanda, en Angola, Keyezua est diplômée de la Royal Academy of Arts de La Haye. Consciente des attentes performatives de la féminité, Lola Keyezua s’attache à déconstruire les cadres de la beauté, de la féminité, de la sexualité. Briser les codes attendus des cultures africaines, rompre les silences à l’égard de l’Art Africain et développer une nouvelle vision de l’Afrique, font partie de ses propositions artistiques», précise Afriscope/Africultures sur Facebook.
© Lola Keyezua

Afrotopia, en écho au livre de Felwine Sarr, est le nom de la 11e édition des Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie. Les diverses manifestations (photos, vidéos, arts numériques): Exposition panafricaine, Remix de l’indépendance, Histoires récentes, Afrofuturisme ou encore La Vie selon James Barnor, sont autant de témoignages d’un continent en pleine mutation.

Sibusiso Bheka - «Stop Nonsense», 2017 (Afrique du Sud) Sibusiso Bheka est un jeune  photographe né en 1997. Soutenu par Rubis Mécénat, il travaille sur les townships de son pays. Il y décrit l’environnement nocturne dans un langage cinématographique. Sa série sur les murs érigés autour de Thokoza, le township où il a grandi est une réflexion sur l’enfermement, la peur, la limite qui empêche d’aller vers l’autre. © Sibusiso Bheka

Sibusiso Bheka – «Stop Nonsense», 2017 (Afrique du Sud)
Sibusiso Bheka est un jeune photographe né en 1997. Soutenu par Rubis Mécénat, il travaille sur les townships de son pays. Il y décrit l’environnement nocturne dans un langage cinématographique. Sa série sur les murs érigés autour de Thokoza, le township où il a grandi est une réflexion sur l’enfermement, la peur, la limite qui empêche d’aller vers l’autre.
© Sibusiso Bheka

L’exposition panafricaine, projet artistique central de cette édition 2017 (du 2 décembre au 31 janvier 2018), présente 40 projets qui invitent à réfléchir «aux ressorts du futur, à révéler les espaces du possible en germe dans les réalités contemporaines africaines. Qu’ils situent leurs propositions artistiques aux confins de récits autobiographiques, dans des fictions ou dans des narrations en prise immédiate avec l’actualité, les visions qu’ils nous livrent épousent les mouvements souvent chaotiques du réel», explique Marie-Ann Yemsi, commissaire de l’exposition.

Rahima Gambo - «Education is Forbidden», 2015 (Nigeria) Ce travail raconte le quotidien des étudiantes dans les écoles et les universités pendant l'insurrection de Boko Haram au nord-est du Nigeria en 2009. Boko Haram que l’on peut traduire par «l’éducation occidentale est un péché» est un mouvement insurrectionnel qui prône une idéologie salafiste djihadiste. Il a pour objectif d'instaurer un califat et d'appliquer la charia. Des centaines d’écoles ont été détruites, beaucoup sont fermées. En  avril 2014, près de 300 lycéennes ont été kidnappées par Boko Haram qui, depuis, a prêté allégeance à l'Etat islamique. Comment surmonter la peur, comment continuer à étudier, comment faire acte de résistance sont les questions soulevées par Rahima Gambo. © Rahima Gambo

Rahima Gambo – «Education is Forbidden», 2015 (Nigeria)
Ce travail raconte le quotidien des étudiantes dans les écoles et les universités pendant l’insurrection de Boko Haram au nord-est du Nigeria en 2009. Boko Haram que l’on peut traduire par «l’éducation occidentale est un péché» est un mouvement insurrectionnel qui prône une idéologie salafiste djihadiste. Il a pour objectif d’instaurer un califat et d’appliquer la charia. Des centaines d’écoles ont été détruites, beaucoup sont fermées. En avril 2014, près de 300 lycéennes ont été kidnappées par Boko Haram qui, depuis, a prêté allégeance à l’Etat islamique. Comment surmonter la peur, comment continuer à étudier, comment faire acte de résistance sont les questions soulevées par Rahima Gambo.
© Rahima Gambo

«Cette dernière édition est profondément ancrée dans les transformations d’une Afrique qui se renouvelle au quotidien, une Afrique tournée vers un avenir qu’elle invente à partir de ses propres expériences», ajoute Pierre Buhler, président de l’Institut français qui, aux côtés du ministère de la Culture du Mali, l’inaugure.

Zied Ben Romdhane - «West of Life», 2014-2016 (Tunisie) Le photo-reporter tunisien «arpente la région à la fois comme une terre connue et comme un territoire étranger. Des gisements de Redeyef aux mines de Métlaoui et aux collines d’Oum El Araies, c’est le visage fatigué mais résistant d’une terre qui ne l’est pas moins qui donne chair à ce projet, précise le site Nawaat. Il aborde avec «West of Life», les cicatrices qu'ont laissé ces lieux, sur les habitants.   © Zied Ben Romdhane

Zied Ben Romdhane – «West of Life», 2014-2016 (Tunisie)
Le photo-reporter tunisien «arpente la région à la fois comme une terre connue et comme un territoire étranger. Des gisements de Redeyef aux mines de Métlaoui et aux collines d’Oum El Araies, c’est le visage fatigué mais résistant d’une terre qui ne l’est pas moins qui donne chair à ce projet, précise le site Nawaat. Il aborde avec «West of Life», les cicatrices qu’ont laissé ces lieux, sur les habitants.
© Zied Ben Romdhane

Geopolis Afrique vous propose de découvrir 20 photographes en herbe ou de renom dont certains découverts à Bamako sont aujourd’hui exposés dans des manifestations phares sur le continent africain et à l’international.

Laurent Filippi

Source Géopolis 02/12/2017

Voir aussi :  Rubrique Afrique, rubrique Expo, rubrique Art,

Les réalités flottantes de Ralph Gibson au Pavillon populaire

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Ralph Gibson The Somnambilist : la force de l’inconscient par le dérèglement des formes.

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« Ralph Gibson. La trilogie, 1970-1974 »

Le Pavillon populaire présente pour la première fois l’ensemble des tirages des trois tomes de l’emblématique photographe américain. Près de 130 images composent cette oeuvre incontournable qui flirte avec le cinéma et la littérature.

Né en 1939 à Los Angeles, Ralph Gibson fut l’assistant de Dorothea Lange, puis de Robert Frank. Désirant s’éloigner de la photographie documentaire pour donner libre cour à son expression artistique, il part  à New York en 1966.  Pensionnaire du mythique Chelsea hôtel, évoqué par Jean-Claude Carrière comme « une grotte féérique », il côtoie des artistes venus de tous les mondes. Gibson vit de façon précaire, se consacrant entièrement à la prise de vue, il ne peut rester insensible à l’élan créatif de son environnement. Et notamment à celui de  la Nouvelle Vague, (Godard, Resnais) et du nouveau roman, (Butor, Robbe Grillet). Son projet de livre photographique d’un nouveau genre ne rencontre pas l’agrément des maisons d’édition traditionnelles, ce qui pousse le jeune photographe à fonder son propre label Lustrum Press qui publie en trois volumes, The Somnambilist (1970), Déjà-Vu (1973) et Days at Sea (1974) ses travaux regroupés sous le nom The Trilogy.

The  Somnambilist
Dans le premier des trois ouvrage, The Somnambilist, Ralph Gibson produit un texte qui s’attache à révéler les forces de l’inconscient par le dérèglement des formes habituellement perçues. En guise de propos liminaire, l’artiste invite «le gentil lecteur» à un voyage entre rêve et réalité.  « En dormant, un rêveur réapparaît ailleurs sur la planète, se transformant en au moins deux hommes. Les rêves qu’il fait dans son sommeil fournissent la matière de cette réalité tandis que ses rêves éveillés deviennent ce qu’il pensait être sa Vie...»  Pour Gibson, les images aspirent à visualiser les rêves et les désirs des hommes. « Dès l’origine de son projet, Ralph Gibson souhaite aller plus loin, donner à son livre photographique une ambition bien plus large, telle qu’on la trouve dans la littérature ou au cinéma, où l’effet de sens globale porte sur la totalité de sa production », souligne Gilles Mora, fin connaisseur de la photographie américaine et commissaire de l’exposition.

Ralph Gibson Déjà-vu : rapprochement visuel opéré en une image double étant lu comme unifiée.

Ralph Gibson Déjà-vu : rapprochement visuel opéré en une image double étant lu comme unifiée.

Déjà -vue
Le second livre de Ralph Gibson, Déjà Vu, traduit davantage son refus de s’intéresser à la réalité.  L’artiste pénètre plus avant dans le monde onirique pour instruire sur le monde caché. Ces photographie se promènent avec une imagination ininterrompue sur les nouveautés d’un monde qui s’offre au regard. Au-delà du temps présent, telle cette double page où la main qui tient le revolver et le corps de celui qui est censé tirer appartiennent à des géographies et des dates différentes. Le rapprochement visuel opéré en une image double étant lu comme unifiée. La vision souple et rapide plonge dans la découverte pour révéler les dessous de l’âme. Le texte a disparu derrière  ce titre paradoxal Déjà-vu alors que le photographe contribue à faire éclater la pratique photographique en jouant avec le  rapport à l’espace qu’il entretien avec son sujet comme avec l’oeil du spectateur. A moins qu’avec ses gros plans sur des objets décontextualisés, le photographe se soit rapproprier le procédé de la nouvelle vague consistant à désigner de l’art dans ce qu’il n’est pas. Si l’artiste construit son imaginaire sur la représentation il nous invite manifestement à le suivre sur ce chemin.

Ralph Gibson Day at Sea : les photographies érotiques en noir et blanc transforme le lecteur en lecteur-voyeur.

Ralph Gibson Day at Sea : les photographies érotiques en noir et blanc transforme le lecteur en lecteur-voyeur.

Days at Sea
Le dernier opus de sa grande oeuvre, Day at Sea s’ouvre sur la sphère intime des pulsions sexuelles. Fidèle à une esthétique héritée de Man Ray et d’un certain surréalisme qui peut évoquer l’univers de Buñuel, les photographies érotiques en noir et blanc de Gibson transforme le lecteur en lecteur-voyeur. Le langage s’épure, l’artiste parvient à faire sortir de la chambre noire les vraies formes lumineuses non dénuées d’ambiguïté.

Gilles Mora évoque à raison The Trilogy comme une oeuvre ouverte. La chronologie des trois livres peut se lire comme un cheminement vers l’abstraction. Dont la conclusion discrètement glissée par l’auteur au bas d’une page blanche en français, serait : « La Trilogie est achevée. Quel désir impossible.»

 Jean-Marie Dinh

Ralph Gibson, «La Trilogie, 1970-1974 », dernière exposition de la saison américaine au Pavillon Populaire, jusqu’au 7 janvier 2018, entrée libre.

Source : La Marseillaise 11/11/2017

Voir aussi ;   Rubrique Artrubrique PhotoLes voyages subtils et coupables de William Gedney, Cap sur l’Amérique au Pavillon Populaire, rubrique Exposition, rubrique Littérature, rubrique Cinéma, rubrique Montpellier, rubrique Etats-Unis, rubrique Société,

«Les forêts natales», quand l’histoire de l’art s’intéresse enfin à l’Afrique

 Statuette de gardien de reliquaire présentée dans l'exposition «Les forêts natales, arts d'Afrique équatoriale». Pièce en bois (recouvert de cuivre et de laiton), fabriquée au sein de la population Kota au XIXe siècle.  © Musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Claude Germain


Statuette de gardien de reliquaire présentée dans l’exposition «Les forêts natales, arts d’Afrique équatoriale». Pièce en bois (recouvert de cuivre et de laiton), fabriquée au sein de la population Kota au XIXe siècle. © Musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Claude Germain

«Les très grands sculpteurs sont africains», lit-on à l’entrée de l’exposition « Les forêts natales, arts d’Afrique équatoriale atlantique » au musée du quai Branly à Paris. De fait, on y montre les grands talents des créateurs des statuettes et masques présentés. Ainsi que les nombreux styles artistiques de la région du XVIII au XXe. Rencontre avec le commissaire de l’exposition, Yves Le Fur.

L’Afrique équatoriale atlantique, vaste aire culturelle qui comprend la Guinée équatoriale, le sud du Cameroun, le Gabon et l’ouest de la République du Congo, offre des styles d’une grande variété, qui changent considérablement d’une région à l’autre. Il suffit de comparer les statuettes d«ancêtres, gardiens de reliquaire» Fang et Kota, objets fabriqués à quelques centaines de kilomètres les uns des autres. Les premiers sont de mystérieuses statues en bois sombre, les seconds de très géométriques figures en bois recouvert de métal importé (cuivre et laiton notamment). Ces deux variétés d’objets ont le même usage. Mais ils n’ont stylistiquement  rien à voir.

Carte-l-exposition

Un détail incroyable: nombre de pièces Fang… suintent au sens littéral du terme! Cette «patine suintante (…) accentue l’effet de brillance», explique un panneau de l’exposition. Le phénomène, qui continue à être étudié par les scientifiques, s’explique par l’application d’une couche de 15 à 50 mm d’huiles végétales imprégnées dans le bois des statues. «C’était le moyen de revivifier les ancêtres, de montrer leur vitalité», commente Yves Le Fur, commissaire de l’exposition et directeur du patrimoine et des collections du musée du quai Branly. Certaines statuent suintent ainsi depuis plusieurs siècles…

A noter aussi que certaines de ces statues sont grattées par endroits, preuve qu’elles ont fait l’objet de prélèvements rituels. Les descendants y prélevaient symboliquement la puissance et l’efficacité des pouvoirs de leurs ancêtres. Le bois prélevé servait ensuite pour la fabrication de médicaments.

Le visiteur admirera aussi la grande variété des masques. Dont certains, d’origine Punu, ressemblent à s’y méprendre à des objets… asiatiques. «A une époque, le bruit a même couru que dans le passé, un bateau, chargé de masques japonais , avait coulé dans l’Atlantique, au large des côtes de l’Afrique équatoriale!», raconte Yves Le Fur. De la naissance d’une légende qui n’a, évidemment, aucun fondement scientifique…

Masque en bois peint de la communauté Punu datant du début du XXe siècle. Origine: le Gabon. Ces masques manifestaient la présence des défunts dans un village à l'occasion de certaines activités religieuses ou juridiques. © Musée du quai Branly - Jacques Chirac; photo Thierry Ollivier-Michel Urtado

Masque en bois peint de la communauté Punu datant du début du XXe siècle. Origine: le Gabon. Ces masques manifestaient la présence des défunts dans un village à l’occasion de certaines activités religieuses ou juridiques. © Musée du quai Branly – Jacques Chirac; photo Thierry Ollivier-Michel Urtado

Entretien avec Yves Le Fur

Pourquoi avoir donné à l’exposition le titre «Les forêts natales»? Il n’y est pas vraiment question de forêts…
L’Afrique équatoriale atlantique couvre majoritairement le Gabon. Mais elle s’étend aussi sur trois autres Etats. Le titre de l’exposition ne pouvait donc pas porter uniquement sur le Gabon. Par ailleurs, cette région a connu des mouvements de populations depuis au moins trois siècles. Dans cet espace-temps, il y a ainsi une histoire, artistique notamment, que l’on ne peut pas résumer simplement. Pour la raconter, il convient d’adopter la démarche de l’histoire de l’art en montrant qu’à l’intérieur de la période, il y a un ensemble de styles différents.

Dans ce contexte, je n’ai pas voulu donner un titre particulier et réducteur. On l’a donc transposé sur Apollinaire et son poème Les fenêtres, publié en 1913:
«Du rouge au vert tout le jaune se meurt
 Quand chantent les aras dans les forêts natales».

Apollinaire est l’un des premiers en Occident à avoir considéré ces objets comme des œuvres d’art.

«Forêts natales», c’est un titre à tiroirs, qui botte un peu en touche. Il fait référence à la forêt équatoriale, d’où viennent les esprits, le surnaturel. Mais aussi au bois des statues et des masques. Un bois qui sert aussi pour la fabrication de médicaments.

 

 Statuette de gardien de reliquaire fabriquée au sein de la communauté Kota, en bois recouvert de cuivre et de laiton. Œuvre datée du XIXe siècle.   © Musée du quai Branly - Jacques Chirac; photo Patrick Gries-Valérie Torre

Statuette de gardien de reliquaire fabriquée au sein de la communauté Kota, en bois recouvert de cuivre et de laiton. Œuvre datée du XIXe siècle. © Musée du quai Branly – Jacques Chirac; photo Patrick Gries-Valérie Torre

Quel est l’objectif de cette exposition ?
Il s’agit de se démarquer d’autres expositions d’art africain qui n’abordent la question que sous un aspect ethnographique et esthétique. Là, j’ai voulu mettre ces objets au même niveau que ce que l’on fait, par exemple, naturellement pour la sculpture romane: cela ne choque personne d’y distinguer des évolutions stylistiques et des styles régionaux. On le fait déjà pour l’art asiatique, la sculpture khmère, par exemple. Mais la démarche est plus rare pour l’art africain. Et pourtant, là aussi, à l’intérieur de chaque groupe, il y a des variations stylistiques. On constate que les sculpteurs ont une certaine liberté pour caractériser leurs créations.

Il s’agit ainsi d’installer l’Afrique dans une histoire longue. On connaît Lucie. Mais après, on dénie au continent les civilisations qui se sont succédé sur son sol. Les Portugais sont arrivés sur les côtes de l’Afrique équatoriale au XVe siècle. Mais c’est seulement au XIXe siècle, du temps de Brazza, que les Européens ont exploré l’intérieur de la région.

Aujourd’hui, on avance petit à petit dans la reconnaissance des arts dits «primitifs». Le mouvement a débuté au début du XXe siècle avec Picasso, Derain, Braque. Il s’est poursuivi dans les années 50. Puis le marché a commencé à reconnaître l’intérêt de ces arts. La prise de conscience a été facilitée par la masse des objets présents dans les collections des missions religieuses et particulières. En Europe et aux Etats-Unis, ces collections abritent ainsi quelque 4000 objets Fang et 6000-7000 pièces Kota. Ce qui constitue un corpus très important pour les étudier.

Masque, originaire du Gabon ou de la République du Congo, daté du XIXe ou début du XXe siècle, sans certitude. Bois et pigments. © Musée Barbier-Mueller 1019-15, photo studio Ferrazzini-Bouchet

Masque, originaire du Gabon ou de la République du Congo, daté du XIXe ou début du XXe siècle, sans certitude. Bois et pigments. © Musée Barbier-Mueller 1019-15, photo studio Ferrazzini-Bouchet

Vous expliquez que les migrations bantoues dans la région depuis les XVIe et XVIIe siècles sont à l’origine de «multiples contacts, emprunts, influences». Comment l’avez-vous montré dans l’exposition?
Les sculpteurs de la région étaient très créatifs et ont produit de très nombreux objets. On ne pouvait pas tout exposer. Alors, pour montrer les variations stylistiques, il était plus intéressant de se concentrer sur les statues et les masques.

Ces statues étaient reliées au culte des ancêtres. Elles avaient pour fonction de garder des reliquaires, où l’on conservait des ossements d’aïeux. Ces reliquaires, gardés dans des lieux secrets, concernaient donc l’intimité des individus.

A l’inverse, les masques, qui exprimaient les nombreux aspects de la vie spirituelle, concernaient les affaires de toute la communauté, son visage. C’est sur les masques que les résultats des échanges culturels sont particulièrement visibles. Alors que l’on ne sait pas comment ces échanges se sont produits. Ces objets étaient fabriqués par des artistes qui étaient davantage considérés comme des artisans. Même s’ils étaient initiés.

Laurent Ribadeau Dumas

 

Les forêts natales, arts d’Afrique équatoriale atlantique jusqu’au 21 janvier 2018  Paris Musée du Quai Branly

Source Géopolis 11/11/2017

Voir aussi :  Rubrique Afrique, rubrique Expo, rubrique Art,

Simon Starling et Maxime Rossi contre les fantômes au MRAC

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Simon Starling et Maxime Rossi à découvrir au MRAC.  Un reflet des temps nouveaux qui tisse des liens alternatifs avec le monde d’hier pour que le courant passe entre les cultures.

Plus qu’un simple reflet du passé, les deux artistes présents au Musée Régional d’Art Contemporain (MRAC) de Sérignan proposent un flirt poussé avec la machine. Ils usent tous deux d’un parcours musical, comme si la meilleure façon de conserver un moment qui semble révolu était de la placer dans l’actualité, dans un temps habité de son et de silence.

« Le travail de Maxime Rossi se plait à convoquer des icônes musicales qui peuplent notre imaginaire collectif « , souligne  Sandra Patron, la directrice du MRAC qui assure le commissariat des deux expositions. Né en 1980 l’artiste parisien dont le travail a été présenté au Palais de Tokyo, au Museo Madre de Naples  ainsi qu’à la Biennale de Sydney en 2014, a conçu Chrismas on Earth Continued spécifiquement pour le MRAC. L’installation s’inscrit dans la lignée du travail que développe l’artiste autour du rapport émotionnel que la musique engage avec le spectateur, des procédés scéniques, et des techniques de sample.

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Chrismas on Earth Continued

Thriller psychédélique
Chrismas on Earth (1963) est l’unique film achevé de la figure légendaire de l’underground américain, Barbara Rubin, inspirée du recueil de poèmes Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud. Une ode à la jeunesse et à ses tourments, au sexe et au Rock’n roll… Dans son installation, Maxime Rossi évoque cet événement qu’il  juxtapose avec le festival Chrismas on Earth continued qui eut lieu en 1967, au cours duquel Pink Floyd reprit le fameux morceau Louie Louie.

« J’ai cherché à faire des connexions entre ces deux événements au coeur de la contre culture des années 60, explique Maxime Rossi, si le festival resta dans les mémoires comme un naufrage commercial, financier, et artistique avec la déchéance physique de Syd Barret et d’Hendrix, il fut aussi l’objet de manipulations politiques. Dans un moment d’intense paranoïa aux Etats-unis, lié au contexte de la guerre froide,  les paroles de la chanson Louie Louie étaient vécues par le FBI comme un vecteur de pornographie. Ce qui n’était pas le cas, mais les agents du FBI ont passé des mois à chercher et retourner le texte de la chanson dans tous les sens pour y trouver un sens obscène. Tant et si bien que face à leur insuccès ils ont fini par inventer des paroles violentes

L’installation invite à une immersion corporelle dans un vaste espace sombre, où se mêlent faits réels, rumeurs colportées et faits alternatifs. Le visiteur pénètre dans un monde hallucinatoire qui reste cependant très référencé. La musique et les images sont mixées dans un système de rotation aléatoire sans fin et sans répétition. L’artiste ayant confié l’écriture spatiale et de sa partition à un ingénieur chargé de la finaliser avec la création d’un algorithme. « Quand on évoque l’époque psychédéliques, on pense souvent à des personnes défoncées mais c’est aussi une esthétique, une présence vague, une chose qui module sans cesse…»

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Simon Starling Photo Jmdi

Ghost stories
L’artiste anglais Simon Starling centre depuis vingt ans son oeuvre sur l’histoire dont il revisite les formes et la façon dont elles mutent à travers les époques et les cultures. Le MRAC propose quatre de ses derniers projets sous le titre A l’ombre du pin tordu.

Au XVIII e siècle l’inventeur Joseph Marie met au point les premières cartes perforées pour les métiers à tisser technique reprise au milieu du XIX par Charles Babbage pour la conception des premiers ordinateurs. Simon Starling qui a du nez, découvre à Turin dans une fabrique de textile un piano et une partition en hommage au son produit par les machines à tisser. De là naîtra  Red Green Blue, Loom music en 2015 à découvrir au 1er étage du MRAC.

Le deuxième projet présenté réinvestit la pièce At the Hawk’s Well montée par le poète dramaturge irlandais W.B Yeat au coeur des horreurs de la Grande guerre. Dans cette pièce se croisent le folklore Irlandais, le mouvement moderniste occidental et le Théâtre Nô. Cette fusion, issue de multiples collaborations inspire At Twilight (au crépuscule). Simon Starling rejoue la vive dramatisation du théâtre Nô en offrant une représentation saisissante des êtres présents qui infusent nos actes et nos pensées.

Avec El Eco, l’artiste nous entraîne au musée de Mexico City où une fresque murale réalisée en 1953 rend hommage à la fête des morts. Une réflexion sur le temps qui passe à travers un saisissant aller-retour entre passé et présent.

Le parcours se conclue en musique avec The Liminal Trio Plays the Golden Door, une installation qui imagine la rencontre possible entre trois musiciens migrants qui ont débarqué d’Europe à Elis Island aux Etats-Unis au début du XXe siècle. Un travail d’une grande force et d’une absolue poésie.

 Jean-Marie Dinh

Au MRAC Occitanie à Sérigan jusqu’au 18 mars 2018.
Rens : 04 67 32 33 05

Source : La Marseillaise 07/11/2017

Voir aussi : Actualité Locale, Rubrique Art, Art contemporain, La cosmologie Kiefer, Keith Haring, L’art on the beat, Leila Hida, Nicolas Fenouillat, rubrique Exposition,

Sortir de soi à sortieOuest

Robert Bouvier dans François d’Assise de Joseph Delteil  Crédit Photo dr

Robert Bouvier dans François d’Assise de Joseph Delteil Crédit Photo dr

Saison à Béziers
Au Domaine culturel de Bessan l’affaire fut assez compliquée mais le dénouement ouvre sur une nouvelle saison  de  sortieOuest à déguster sans modération.

A l’occasion des  Chapiteaux du livre, le directeur artistique de L’Epic Hérault culture, Jean Varela a levé le voile sur la saison 2017/2018 de sortieOuest. L’aventure continue donc et reprend non sans jubilation après une période de dépression atmosphérique.

La saison débute ce dimanche avec une proposition musicale ancrée s’il en est, dans le territoire. L’orchestre de Pays Haut-Languedoc et Vignobles, 60 instrumentistes renforcé par 75 choristes issue des villages et villes alentour interprétera, Un pays pour Laura  composée par Joël Drouin, sur un texte de Jean Tuffou.

Laura qui débarque en Occitanie pour ses études découvre le territoire en musique et chansons. Elle y croise des Cathares et des troubadours, empruntant les chemins des chants traditionnels, les routes du blues et les places du rap et du slam.

La saison théâtre s’ouvre le 10 nov au Café Mounis de Graissessac , avant de rejoindre Béziers les 14 et 15 nov, avec une grande expression théâtrale, celle de François d’Assise de Delteil, interprété par le comédien Robert Bouvier et mis en scène par Adel Hakim.

A ne pas manquer Le Quatrième mur mis en scène par Julien Bouffier qui rejoint pour ce spectacle la fiction quasi situationniste  de Sorj Chalandon en allant chercher une partie de ses acteurs au Liban. Il est question de monter Antigone d’Anouilh avec des  acteurs de tous les camps en pleine guerre civile. Les 12 et 13 oct à sortieOuest.

A suivre prochainement au même endroit, le festival Européen du film d’éducation le 9 nov avec les CEMEA, et un hommage à Monk les 10 et 11 nov, le tout à 40 mn chrono de Montpellier.

Programme complet : www.sortieouest.fr

Source La Marseillaise 30/09/2017

 

LE THÉÂTRE DE TOILE SE CONSOLIDE 

Kleber Mesquida souffle les bougies pour les 10 ans des Chapiteaux du livre

Kleber Mesquida célèbre les dix ans des Chapiteaux du livre

Béziers SortieOuest

A l’occasion de  la présentation de la saison du théâtre par Jean Varela,  le président du conseil départemental, Kléber Mesquida  annonce des perspectives pour le domaine culturel et son territoire.

Le sens émerge au fil de l’action. C’est du moins ce qu’a pu se dire le public nombreux et fidèle venu découvrir la saison 2017/2018 de sortieOuest jeudi soir à Béziers. Présenté dans le cadre des Chapiteaux du livre, entre la visite de la pré-exposition Nous et les autres – Des préjugés au racisme – qui inaugure un cycle de trois ans en partenariat avec le Musée de l’Homme, et une conférence de Raphael Glucksmann sur l’histoire cosmopolite française, le moment fut lyrique et rassurant.

Attendu comme une figure républicaine après sa nomination à la direction artistique de l’Epic Hérault culture, le fils du pays, Jean Varela ne s’est pas fait prier pour entrer dans l’habit. Au côté du président Kléber Mesquida et de Renaud Calvat, il a levé le voile sur la programmation partageant, avec la verve qu’on lui connaît, sa passion pour la langue, la musique, et le sens de l’action publique. La délectation était d’autant plus prégnante dans les rangs du public quelle met un point en forme d’happy-end à une cruelle période d’incertitude.

Lui succédant à la tribune Kléber Mesquida n’a pas failli à son rôle. Plus pragmatique, il est revenu sur l’épisode nébuleux de l’année 2016, à la source d’une mobilisation tenace du public pour la défense du lieux et des équipes.

« Malgré les contraintes nous avons sanctuarisé le budget de la culture, a-t-il précisé, Dans le transfert de compétence à la Métropole, j’ai tenu jusqu’au bout, et notamment à verser des financements ciblés sur les festivals. Ce qui signifie que si pour une raison quelconque ils n’étaient pas maintenus, nous redistribuerions les budgets sur le territoire départementale. » Kléber Mesquida à par ailleurs annoncé la construction d’un nouveau chapiteau en matériel dur, d’une capacité de 450 à 500 places et la transformation du chapiteau actuel en théâtre de plein air d’une capacité de 900 à 1 000 places.

Si elles font le bonheur des marchands de chaussures, en terre biterroise, les velléités culturelles du président de la Métropole montpelliéraine laissent pour le moins sceptiques, ce qui n’a pas échappé au président du conseil départemental qui opère un déplacement des investissements géopolitiques.

JMDH

Source La Marseillaise 23/09/2017

Voir aussi : Actualité Locale, Rubrique Théâtre sortieOuest un théâtre de toile et d’étoiles reconnu et défendu, Dossier. Théâtre en péril, fin d’un modèle à Montpellier et dans l’Hérault, rubrique Politique, Politique culturelle, rubrique , Livre, Chapiteaux du livre Essais, rubrique Rencontre, F Worms : « La démocratie fait émerger des problèmes à résoudre »