Les métropoles cultivent la culture

Visite street art avec l’association Vitry’n Urbaine à Vitry / © Steve Stillman

Visite street art avec l’association Vitry’n Urbaine à Vitry / © Steve Stillman

La culture est aujourd’hui un facteur puissant d’attractivité et d’identification pour les métropoles qui se livrent sur ce terrain une concurrence féroce. Deux économistes de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France se sont penchées sur le phénomène, à l’heure où le Grand Paris est toujours en quête de son identité.

Carine Camors et Odile Soulard, économistes à l’IAU d’Île-de-France et auteurs de l’étude «Lieux culturels et valorisation du territoire»

Le Guggenheim à Bilbao, le Louvre à Lens, le Centre Pompidou à Metz, le musée Dia:Beacon dans la grande banlieue de New-York sont autant d’exemples montrant que les lieux culturels peuvent générer de la visibilité et des retombées économiques importantes pour les territoires qui les accueillent. Ces succès poussent un nombre croissant d’acteurs locaux à attendre de ces lieux qu’ils contribuent davantage au développement économique et à l’attractivité touristique, dans un contexte où le tourisme culturel est en plein essor au niveau mondial. En Île-de-France, les industries culturelles et créatives totalisent plus de 500.000 salariés, soit 9% de l’emploi francilien. Un pourcentage supérieur à l’industrie automobile, les activités financières ou le secteur de la construction. De plus, la richesse des équipements culturels – la région dénombre plus de 3.900 musées et monuments historiques, 350 théâtres, 310 cinémas et 445 salles de concert – est un atout indéniable en termes d’éducation, d’aménagement et de dynamiques économiques et sociales. Pourtant, comme de nombreuses autres grandes métropoles, la région parisienne fait face à une saturation de son hypercentre. L’un des défis qu’il lui faut donc relever est d’assurer une meilleure irrigation de son territoire. Pour ce faire, il convient de s’interroger sur le rôle que peuvent jouer les lieux culturels en la matière.

La culture comme vecteur d’image

Par leur dimension symbolique, les lieux culturels sont en capacité de s’inscrire dans une stratégie visant à modifier l’image voire même l’identité dominante d’un territoire. C’est le cas pour le Beamish Museum près de Newcastle, Zollverein à Essen, le Dia:Beacon près de New-York, le Louvre-Lens, l’Istanbul Modern et la Tate Modern à Londres. Si tous les lieux culturels n’ont pas comme vocation première de se fondre dans cette démarche, ils en deviennent des acteurs « malgré eux » et peuvent largement en bénéficier à travers un soutien institutionnel, stratégique et parfois financier.

Certains lieux ont même été créés pour agir sur l’identité du territoire d’installation, comme le Louvre-Lens ou le Beamish Museum. Le territoire est ici marqué par une image négative associée au déclin de l’activité industrielle et à une faible attractivité. Le lieu culturel, par sa capacité à véhiculer un imaginaire et une identité, permet de renouer avec cette histoire tout en lui apportant une continuité présente et future. À travers le lieu, c’est ainsi le récit du territoire qui s’écrit et se renouvelle.

Ce récit peut s’inscrire dans un passé « fantasmé » et idéalisé, comme au Beamish Museum près de Newcastle, qui vise à recréer l’atmosphère d’un village anglais avant la guerre, ou offrir un témoignage fidèle du passé, comme le musée de la Ruhr à Zollverein ou le People’s History Museum à Manchester. Il peut aussi se tourner vers le futur. La Tate Modern de Londres a ainsi été construite comme musée du nouveau millénaire. Dans la plupart des cas, c’est souvent le mélange entre ces trois postures qui permet au lieu d’être symbole de continuité entre l’histoire et le devenir du territoire. Le musée des Guerres Impériales de Manchester, construit dans un bâtiment iconique et ultra-moderne, en est un exemple.

L’intégration de la culture dans une stratégie globale du territoire

Les acteurs locaux attendent des lieux culturels qu’ils soient non seulement des moteurs de l’attractivité du territoire mais aussi qu’ils contribuent à la compétitivité et à l’amélioration sensible de la qualité de vie. Pour réussir, les lieux culturels doivent s’inscrire dans une stratégie plus large développée par les acteurs territoriaux, qu’elle soit urbaine, de développement économique, d’attractivité ou d’éducation.

Le musée Guggenheim à Bilbao, ouvert en 1997 sur les rives de la ria du Nervion, est un exemple d’inscription dans une stratégie économique et urbaine plus large. À partir de 1992, le redéveloppement du front d’eau à la place des friches industrielles et portuaires est mis en place par l’agence Bilbao Ría 2000. Le schéma directeur (Masterplan) prévoit alors la construction de deux bâtiments emblématiques, sans en préciser la nature. Le port industriel est déplacé à l’extérieur du centre-ville, l’aéroport est rénové, les trains métropolitains sont modernisés et le métro apparaît en 1995. Le parc technologique de Zamudio, dans la proche banlieue de Bilbao, est également développé.

La proposition d’un musée Guggenheim suscite en premier lieu des critiques de la part des habitants et des associations culturelles, qui ne comprennent pas cet ordre de priorité. Il voit finalement le jour en 1997, deux ans avant le Palais Euskalduna (Palais des congrès et de la musique), qui accueille une programmation de concerts, opéras et pièces de théâtre. Le nouvel aéroport ouvre en 2000 et le tramway est opérationnel en 2002. Si l’on considère a posteriori que le musée a été la principale cause du renouveau de Bilbao, cet historique montre que les effets structurels du musée sur son territoire doivent être replacés dans le contexte d’une stratégie plus large impliquant des investissements importants dans différents domaines.

Le cas de Zollverein près d’Essen est sur ce point similaire. Construit sur un ancien complexe minier situé en bordure d’Essen, le projet de Zollverein a été mené dans le cadre de l’Exposition internationale d’architecture de 1989. Il a permis de donner une seconde vie aux installations et aux paysages industriels à travers des projets artistiques, environnementaux et architecturaux. Il s’est poursuivi pendant dix ans et a donné lieu à la création d’Emscher Park, grand projet paysager et culturel de 300 km de long. La stratégie de développement repose sur des investissements massifs dans les infrastructures (traitement de l’eau, réaménagement urbains et paysagers) et le capital humain (travail sur l’identité, la formation). L’objectif est d’améliorer les qualités endogènes du territoire (qualité de vie, identité territoriale, qualité de l’emploi) et son attractivité, qu’elle soit touristique, économique ou résidentielle.

Le site de Zollverein abrite aujourd’hui des musées (Musée d’Histoire de la Ruhr, le Red Dot Design Museum), un centre d’arts du spectacle, des galeries et ateliers d’artistes, une école de management et de design ainsi que des activités récréatives (escalades, parc, etc.).

Lieux culturels et cohésion sociale

Le dernier exemple de stratégie territoriale impliquant tout ou partie d’un lieu culturel vise à renforcer la cohésion sociale sur un territoire. Il se réfère à l’intensité des relations entre les habitants d’un même territoire, ainsi qu’au partage de valeurs et de règles communes. Les lieux culturels peuvent ainsi jouer un rôle dans la promotion de la diversité culturelle d’un territoire, participer à la vie locale et mener des actions sociales et éducatives. C’est le cas notamment du musée Dia:Beacon à New York. Situé dans une ancienne imprimerie d’emballages, symbole du passé industriel de la ville, il présente des collections d’art de 1960 à nos jours. Le lien avec le territoire est notable et organisé, notamment à travers des actions éducatives, la gratuité des musées pour les résidents, ou le positionnement de la ville comme destination d’art. La ville de Beacon se positionne comme destination d’art et lieu de résidence pour la classe créative. Des galeries d’art, résidences d’artistes et ateliers se sont créés depuis l’ouverture du musée.

Un potentiel sous-exploité en Île-de-France

Quelques enseignements sont à tirer pour l’Île-de-France. De nombreux lieux culturels, peu connus du grand public, souvent situés en périphérie de Paris, pourraient attirer davantage de visiteurs avec des actions ciblées mais ils ne peuvent le faire sans une dynamique collective.

Cela suppose une véritable stratégie de diversification de l’offre touristique qui permettra d’attirer les touristes au-delà des grands sites de Paris intramuros, du château de Versailles ou de Disneyland Paris, dans un contexte où les flux touristiques augmentent et la concurrence avec d’autres destinations prisées comme Barcelone, Berlin, Londres, New-York ou Shanghai s’intensifie.

L’ensemble de la région pourrait davantage tirer parti des nombreux atouts culturels et touristiques situés dans sa périphérie. Il s’agirait pour cela de s’appuyer sur de nouvelles offres basées sur des équipements et lieux récemment ouverts ou en projet (Fondation Louis Vuitton dans le bois de Boulogne, Cité musicale de l’île Seguin à Boulogne, Cité de la gastronomie à Rungis, etc.) ou de renforcer l’attractivité des sites culturels parfois méconnus des touristes, voire des Franciliens eux-mêmes, à l’instar par exemple des châteaux de Fontainebleau, d’Ecouen ou de Vaux-le-Vicomte, de la Cité de la céramique à Sèvres, du musée de l’Air et de l’Espace au Bourget, du MAC VAL à Vitry, de la Ferme du Buisson à Noisiel, du Centre d’art contemporain d’Ivry ou encore du Centre photographique d’Île-de-France à Pontault-Combault. L’accessibilité de certains de ces sites culturels sera améliorée avec le Grand Paris express, qui permettra de renforcer la desserte en transports en commun dans la région avec la création de 200 km de lignes de métro supplémentaires et 69 nouvelles gares d’ici à 2030.

Il convient en outre d’encourager la promotion de nouveaux lieux, pas uniquement patrimoniaux, comme les parcours de street art en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, la destination « Impressionnisme » dans le Val-d’Oise en lien avec la Normandie, le tourisme fluvial dans la vallée de la Seine, les sites industriels, (etc.).

Des actions en faveur de la formation, de l’offre d’hébergement et de la création d’entreprises culturelles et créatives peuvent également enrichir l’écosystème francilien et stimuler durablement son attractivité touristique.

Quant aux candidatures aux Jeux Olympiques de 2024 et à l’Exposition universelle de 2025, elles constituent deux occasions exceptionnelles d’accroître considérablement la fréquentation touristique visiteurs de loisirs et d’affaires en Île-de-France. Rien que pour l’Exposition universelle, les retombées économiques directes sont estimées à 23,2 milliards d’euros et 150.000 emplois créés pour une durée d’au moins deux ans. Elle permettrait également de faire évoluer l’image perçue de la région capitale à l’international afin de satisfaire les attentes de nouvelles clientèles.

Enfin, il est déterminant de faire prendre conscience aux élus et à la population de l’importance du tourisme sur le plan économique, mais aussi les bénéfices à en retirer en termes d’image et de réputation. Les lieux culturels sont un facteur puissant d’attraction de visiteurs qu’ils soient de proximité ou plus éloignés. Mais, à l’exception de publics spécifiques (CSP++, enseignants, etc.), ils constituent rarement le motif principal d’une destination. Renforcer l’attractivité d’un territoire à partir d’une offre culturelle suppose de construire ou valoriser une destination par la mise en réseau d’acteurs publics, privés, associatifs qui partagent un projet commun de développement (pas uniquement culturel) et de marketing territorial. Cela passe par la coopération avec les offices du tourisme, les professionnels du tourisme et du développement économique ainsi que la mise en place d’outils communs (informations pratiques sur Internet, création de circuits et d’itinéraires de découverte, visites à thème, signalisation,etc.). Agir ensemble est la condition nécessaire pour faire émerger une image plus contemporaine de la région capitale.


Source Libération 05/06/2016

A lire : L’écosystème créatif en Île-de-France (étude réalisée en 2015 par l’IAU)

Voir aussi : Actualite France, Rubrique Politique, Politique Culturelle,

Mais qui donc a viré Aude Lancelin ?

Aude Lancelin (ici en 2008) a été nommée numéro 2 de «l’Obs» en 2014. Photo Frédéric Myss. Opale.

Aude Lancelin (ici en 2008) a été nommée numéro 2 de «l’Obs» en 2014. Photo Frédéric Myss. Opale.

L’ex-directrice adjointe de la rédaction de «l’Obs» aurait «imposé ses idées aux lecteurs» selon le fondateur de l’hebdo. Mais quelle est la limite entre l’affirmation des opinions et l’exposé des faits ?

ive les octogénaires ! Et vive les octogénaires décomplexés, qui n’ont plus rien à perdre. Voyez Claude Perdriel, le fondateur de l’Obs, qu’il a récemment vendu à Niel, Bergé et Pigasse. Son journal (dont il est encore actionnaire) vient de licencier brutalement la directrice adjointe de la rédaction, Aude Lancelin. Le directeur en titre, le jeune Matthieu Croissandeau, s’est évertué à faire croire qu’il s’agissait d’une décision «managériale». Pas assez impliquée, la virée. Pas assez présente aux réunions. Toujours en RTT, peut-être. Tirant sur les arrêts maladie, allez savoir. Bref, une décision ordinaire, comme dans n’importe quelle boîte. Là-dessus, Perdriel envoie un texto à Lancelin : «Je respecte vos opinions mais je pense qu’elles ont influencé votre travail.»

Ah tiens ! ce n’était donc pas (ou pas seulement) une décision «managériale» ! C’est donc un problème d’opinion. Mais quelles sont donc les pernicieuses opinions de Lancelin ? Perdriel le précise, dans une interview au Figaro. «Quand on respecte son lecteur, on ne lui impose pas une idée. Aude Lancelin donne la parole à Nuit debout ! Cela la regarde mais ce n’est pas la ligne du journal.»

«Quand on respecte son lecteur…» : il faut méditer le précepte de Perdriel. C’est même un des premiers enseignements de toute école de journalisme qui se respecte : séparer le fait et le commentaire. Les commentaires sont libres, les faits sont sacrés. Bravo !

Mais où commence «l’imposition» des idées ? Où se termine l’austère royaume des faits sacrés, où commence l’empire verdoyant des libres commentaires ? Prenons un exemple. L’Obs a consacré trois couvertures à Emmanuel Macron. Première couverture en 2014, à la nomination du ministre : «L’homme de la situation ?» En costume rayé, Macron pose pour le journal. On note le point d’interrogation. Même s’il n’en est pas encore certain – le ministre vient d’être nommé -, l’Obs glisse à ses lecteurs que Macron pourrait bien être «l’homme de la situation». Quelle situation ? La situation, vous dit-on. Pas d’impatience ! vous allez voir.

L’année suivante, deuxième couverture. Macron a fait du chemin. Il a entamé sa belle carrière de macronneur (auteur de macronnades). «Le dynamiteur», titre l’Obs. Avec ce sous-titre effarouché, comme les hebdos en ont le secret : «Macron va-t-il trop loin ?» En 2016, enfin, ayant décroché des éléments exclusifs sur «son plan secret pour 2017», l’Obs titre sur «la fusée Macron».

Trois couvertures. Quel ministre en a décroché autant ? Quel autre politique ? Allons plus loin : quel autre responsable politique isolé, sans le soutien d’aucun parti, n’ayant jamais été élu à aucune élection, et n’ayant donc, dans le système français, aucune chance raisonnable de concourir à la présidentielle, encore moins de la remporter, peut prétendre à trois couvertures si rapprochées de l’Obs ? Ne peut-on dire que l’Obs «impose au lecteur» son idée (Macron est le meilleur candidat pour 2017) et donc, à en croire Perdriel, ne «respecte» pas ledit lecteur ?

Rien à voir ! répliquera la direction de l’Obs. Macron est populaire, voyez les sondages ! Faire campagne pour Macron, nous ? Quelle horreur. Nous ne faisons que constater cette situation. On retrouve ici un des ingrédients essentiels de la fabrique du consentement : faire passer une opinion pour une évidence. «Des réformes s’imposent», «il faut réduire les déficits», «la France est malheureusement irréformable», «le code du travail est archaïque» : ne sont pas des opinions. Ce sont des évidences, imposées par le binôme «œuf – poule» des journalistes et des sondeurs. Celui qui les profère acquiert donc lui-même, par transition, le statut d’évidence. Que Macron, panache ce statut de porteur d’évidences par celui de lutin transgressif et méprisant à la Sarkozy («si vous voulez vous acheter des costards, commencez par bosser») complique un peu le jeu, en même temps qu’il le pimente. D’où cette terrible question : va-t-il trop loin ? A l’inverse, soutenir le mouvement social n’a rien d’une évidence. C’est une opinion qu’on ne saurait, donc, imposer à ses lecteurs.

Au total, qui a donc viré Aude Lancelin ? Croissandeau ? Perdriel ? Hollande ? Postulons que c’est la trouille. La sainte trouille des «casseurs», des bloqueurs de raffineries, des cheminots grévistes, et de la grosse moustache de Martinez. Le lecteur y verra, au choix, une évidence ou une opinion.

Daniel Schneidermann

Source Libération 05/06/2016

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Médias, La presse à l’heure des purges et des publireportages, rubrique Politique, rubrique Société, emploi,

 

 

Dumping social chez les chanteurs lyriques français

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Pourquoi les scènes lyriques qui vivent à 50% grâce aux subventions publiques boudent-elles les chanteurs français ? La question est épineuse dans le milieu de l’art lyrique. Il a fallu plusieurs mois pour obtenir témoignages et données chiffrées.

Tout le monde le sait mais personne n’en parle. Un rapport du ministère de la culture a finalement chiffré ce phénomène en novembre 2014 : les maisons d’opéra, les festivals d’art lyrique et les structures de concerts n’emploient que 30% de chanteurs domiciliés fiscalement en France, au profit des chanteurs étrangers.

Ce rapport est né de l’initiative de solistes français qui en juillet 2012 se sont organisés en collectif, sous la houlette du SFA-CGT. En épluchant les productions à travers toute la France, ils ont forcé le ministère de la culture à se pencher sur ce déséquilibre, jusque-là ignoré.

« Nous avons tous partagé le même constat. Des contrats de moins en moins nombreux en France. L’impossibilité pour les jeunes de se lancer et dans le même temps le jeunisme qui fait venir sur les scènes d’opéra des critères du mannequinat que le cinéma ne suit même plus. Allez dire qu’Isabelle Huppert est trop vieille pour tourner ? Tout le monde vous rira au nez ! A l’opéra, non » (une soliste du collectif de juillet)

Contrairement aux Etats-Unis où les maisons d’opéra sont obligées d’employer 70% d’Américains, la France est soumise aux règles européennes qui interdisent les quotas. Pourtant, sur les scènes italiennes ou allemandes, le civisme des directeurs et des programmateurs artistiques fait la part belle aux nationaux. En France, il n’y a pas ce réflexe. Pourquoi ?

Snobisme

Tous le répètent dans le métier : un chanteur étranger, ça fait toujours plus chic sur une affiche.  C’est ainsi que dans le Faust de Gounod qui commence le 22 juin prochain à l’opéra de Toulouse, on peut entendre des chanteurs roumains, espagnols, américains, polonais, ou italiens, mais pas un seul chanteur français.

«  Aller chercher à Pétaouchnock une Barberine alors qu’on en a des tonnes en France, c’est ridicule ! Alors, le directeur va dire, c’est ma liberté ! Mais il y a quelque chose de dérangeant tout de même lorsque c’est l’Etat et donc le contribuable français qui paye. Empêcher, par snobisme, les chanteurs français de travailler, je trouve ça scandaleux ! » (Thérèse Cédelle, agent artistique)

Cette préférence du chanteur étranger n’est pourtant pas toujours consciente chez les directeurs d’opéra en France. Nommés à la suite d’une expérience dans une autre structure européenne, ils arrivent avec leur carnet d’adresse au détriment de la recherche sur le terrain de nouveaux chanteurs domiciliés en France.

Un problème de formation

Démarrer une carrière en France est devenu très compliqué pour les jeunes solistes. Beaucoup de jeunes Français s’exportent en Allemagne, où les troupes existent toujours pour se faire l’expérience de scène exigée par les directeurs d’opéra français.

« On forme trop de chanteurs en France pour le nombre de productions et les jeunes chanteurs sortent du conservatoire sans aucune expérience de scène » (Alain Surrans directeur de l’opéra de Rennes)

L’opéra de rennes vient donc de passer un partenariat avec le pôle supérieur de Bretagne afin de former dès septembre une poignée de jeunes étudiants à la scène ; mais en attendant, les chanteurs lyriques français sont de plus en plus nombreux à se reconvertir.

Pour faire des économies

Ce qui revient notamment dans le rapport du ministère, c’est le poids des charges salariales en France. Contrairement à d’autres pays européens, les chanteurs français sont soumis au régime du salariat,   ce qui impose aux scènes lyriques de payer des charges sociales. En moyenne, le coût d’un chanteur domicilié fiscalement en France est 12 à 40% plus cher que pour un chanteur étranger.
Rares sont les directeurs d’opéra qui acceptent de reconnaitre ouvertement ce critère financier. Certains le nient formellement (comme le directeur de l’opéra de Rennes) d’autres préviennent que les demandes d’économies proviennent directement du ministère de la culture.

Pourtant, le rapport du même ministère prévient qu’il faut cesser de faire des économies en piochant sur les plateaux de chanteurs et opérer un rééquilibrage des postes budgétaires.
Dans un opéra de taille moyenne, comme Limoge, qui ne propose que cinq productions par an, un spectacle vaut plusieurs centaines de milliers d’euros quand le plateau de chanteurs ne dépasse pas les 30 000 euros. En cause : le marché des chefs d’orchestre et des metteurs en scène aux rémunérations de stars, qui déséquilibrent tous les budgets.

Le rôle du public

Le public a sans doute un rôle important à jouer.

 « En France, on a des Carmen aberrantes où le texte chanté en Français est incompréhensible. Cela ne passerait jamais ni en Allemagne ni en Italie. Le public français doit réagir ! » (Une soliste française du collectif du 13 juillet)

Certaines scènes lyriques françaises, comme celle du Grand Est (Strasbourg Metz Reims et Nancy) ou Saint Etienne et Limoge, jouent la carte de la co-production et exhument de plus en plus d’œuvres de compositeurs français comme Offenbach et Massenet.

« Exhumer ces œuvres françaises est une chance pour le répertoire mais aussi pour de jeunes chanteurs français qui ont l’énergie et le talent pour les défendre ! » (Josquin macarez directeur artistique de l’opéra de Limoges)

Et le ministère dans tout ça ?

Pour faire face à la baisse des dotations publiques, le ministère de la culture encourage depuis des années le financement mixte (public-privé) des scènes lyriques ; mais il détient toujours la moitié du financement.

La direction de la création artistique au ministère de la culture se dit très attentive à ce dumping social dont pâtissent les chanteurs français. La nouvelle loi sur la liberté de création qui est en lecture au sénat devrait permettre de protéger les choristes et d’assurer le suivi de carrière des solistes.

Surtout, le ministère promet de faire pression sur les directeurs d’opéra afin qu’ils pensent « en brut » lors des contrats avec les chanteurs solistes ; c’est-à-dire qu’au lieu de s’arrêter au versement du cachet, ils calculent aussi le défraiement, le logement du chanteur étranger, favorisant ainsi le chanteur vivant sur place.

Dans l’idée de la direction de la création artistique, il s’agit de créer un maillage musical autour des maisons d’opéra en région ; sortes de troupes territoriales avec des chanteurs solistes rattachés officieusement à chaque grande maison. Problème : le ministère ne veut pas prévoir de mesures contraignantes pour faire fonctionner ce beau rêve.

par Victor Tribot Laspière , Jean-Baptiste Urbain, Cécile de Kervasdoué

Source France Musique 30/05/2016

Voir aussi : Actualite France, Rubrique Politique, Politique Culturelle, rubrique, Festival, La 31e édition du Festival Radio-France se tourne vers l’Orient, rubrique Musique,

Bilan Comédie du livre 2016. Le pouvoir littéraire réaffirmé

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Le directeur artistique Régis Pénalva et son assistante Juliana Stoppa


La Comédie du livre 2016 confirme Montpellier comme un carrefour des  littératures méditerranéennes

L’heure n’est pas encore aux bilan chiffré, elle reste aux lettres. Les trois jours de la 31e Comédie du livre se sont achevés hier sur un sentiment partagé de satisfaction. Le public nombreux et diversifié aura assurément trouvé matière à épancher sa soif de curiosité dans une manifestation conçue pour ouvrir toutes les portes vers le livre sans se réduire à la coûteuse et facile recette des auteurs passe-partout. Une nouvelle fois, tous les acteurs de la chaîne du livre étaient concernés mais ici encore, les choix  consistent à inviter les meilleurs représentants de chaque  secteur, à un moment T en fonction de la thématique.

Celle de 2016, consacrée à la littérature italienne, respirait le Risorgimento. La présence rarissime des plus prestigieux écrivains italiens, venus de toutes les régions, a pu rappeler les grands moments de l’unification. Croisé au  fleuron de la littérature contemporaine convié par les éditions Verdier et Maylis de Kerangal, qui a généreusement usé de sa carte blanche, le grand rendez-vous littéraire de la Métropole s’est inscrit dans un processus d’échange commun à toutes l’Europe et plus largement , dans l’immense champs de pensée méditerranéen.

Rien pour déplaire à Phillipe Saurel, toujours sous le charme excentrique de Palerme qui devrait prochainement se concrétiser par un septième jumelage et une grande conférence des villes de la méditerranée en 2018.  Tout pour le conforter à investir dans la culture –140 M d’investissements annoncés d’ici la fin de sa mandature – en laissant a-t-il indiqué à cette occasion  « une liberté totale aux directeurs artistiques.»

Autre acteur déterminant pour le soutien de la filière, la Région  a  aussi débuté  son unification autour du livre en invitant 46 éditeurs sur le stand Languedoc-roussillon Midi Pyrénées. Elle devra prochainement signifier son soutien aux librairies indépendantes à travers les choix d’attribution du marché des livres scolaires. Comme l’avait annoncé Carole Delga au MRAC de Sérigan, le Conseil Régional a confirmé cette semaine une volonté significative en matière de politique culturelle en consacrant  à la culture 3,2% de son budget global.

Pour revenir aux lettres, et à l’ouverture d’esprit, l’Inde sera le pays invité en 2017.

JMDH

Auteur

L’écrivain romaine Franceca  Melandri livre un roman  politique  envoûtant

FM cusanusFrancesca Melandri est née à Rome, en 1964. Réalisatrice de documentaires et scénariste de nombreuses séries télévisées très populaires, elle est également romancière depuis 2011. Son premier texte, publié par Mondadori, Eva dorme (Eva dort), dresse le portrait d’une Italie à l’unité encore fragile, tout au long des 1397 kilomètres que parcourt Eva, de sa région natale, le Haut-Adige, jusqu’en Calabre. Partie retrouvée Vito, l’homme qu’aima sa mère et qu’elle connaît si peu, Eva se remémore l’histoire douloureuse de ce Tyrol du sud que Mussolini tenta d’italianiser de force, ainsi que l’admirable figure de sa mère, Gerda, et l’amour impossible d’une fille-mère pour un jeune homme riche. Avec Plus haut que la mer, la romancière romaine nous livre un grand roman politique, un récit d’une envoutante poésie. Pour cadre, une prison de très haute sécurité au moment des années de plomb, située sur une île d’une grande beauté. À la brutalité de la tempête, Francesca Melandri oppose la douceur des solitudes partagées, à la violence psychologique et physique de l’enfermement les odeurs épicées et les couleurs de la nature, en une évocation saisissante des paysages méditerranéens. Pas de péripéties extraordinaires dans Plus haut que la mer : le roman est avant tout l’histoire d’une rencontre, entre trois êtres marqués par la douleur et la violence, réfugiés au quotidien dans l’abstraction et le silence, qui trouvent là l’occasion d’exprimer un peu de leur peine et de s’en libérer. Plus haut que la mer a remporté le prix Stresa en 2012 et terminé finaliste du prix Campiello. Francesca Melandri est éditée en France chez Gallimard. 1979.

Plus haut que la mer
Luisa se rend en bateau sur l’île où est incarcéré son mari. Dans l’embarcation se trouve aussi Paolo qui vient rendre visite à son fils, condamné pour actes terroriste. Mais, après les visites au parloir, le mauvais temps les empêche de regagner la côte. Ils doivent passer la nuit sur l’île.
Plus haut que la mer, éditions   Gallimard 2015.

31 e  Comédie du  livre.  Rencontres pour le plaisir et  les idées

verdier

Programmer comme hier, quatre rencontres littéraires en parallèle avec une proposition de contenu assez soutenue, un dimanche matin à 10h, c’est prendre un certain risque. Cependant les quatre lieux de rendez-vous ont affiché un taux de fréquentation équivalent à au moins deux -tiers des jauges proposées.

(Photo du haut) : les auteurs et traducteurs de l’excellente collection italienne des éditions Verdier, Terra d’Altri qui ont notamment démontré la collaboration étroite entre les acteurs de la maison.

ESPAÑA MAYLIS DE KERANGAL

Au même moment (photo du centre) la rencontre féminine proposée par Maylis de Kerangal au Jardin des plantes a dû être déplacée, pour cause d’inondation, salle Pétrarque pleine comme un oeuf. La veille le débat entre Le magistrat anti-mafia Roberto Scarpinato et Edwy Plenel a provoqué un gros embouteillage.

milner

La littérature mais aussi la question de la crise démocratique abordée  dans une conférence de Jean-Claude Milner (photo du bas) suscitent beaucoup d’intérêt.

Significatif non ?

Source La Marseillaise 30/05/2016

Voir aussi : Actualité locale, Rubrique Livre, Comédie du livre 2016 1, Comédie du livre 2016 2Lecture, Littérature italienne, Edition, rubrique Montpellier, rubrique Italie, Rendez-vous de l’Italie littéraire,

Comédie du Livre. Claudio Magris. La littérature un voyage vers l’inconnu et le connu…

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Claudio Magris «La vérité fait une concurrence déloyale à la littérature». Photo dr

Ecrivain chercheur et voyageur né à Trieste Claudio Magris fait partie du patrimoine, bien vivant, de la littérature mondiale

A l’invitation de la Comédie du livre Claudio Magris est revenu vendredi sur son rapport à la littérature dans le cadre d’un grand entretien. La question des racines triestines de l’auteur né aux frontières orientales de l’Italie, habite son oeuvre. «Les problèmes d’identité liés à l’histoire incroyable de cette ville nous poussent à une continuelle mise-en scène. Quand on ne sait pas qui l’on est, la littérature s’impose comme le seul royaume possible...»

A 18 ans Claudio Magris quitte Trieste pour étudier à Turin l’autre  ville qui marque son parcours «Turin est le contraire de Trieste, pour la liberté de pensée. La ville est à l’origine du communisme italien, la capitale de 68, des Brigades Rouges et de la réaction contre les Brigades rouges. Turin a aussi accueilli massivement les immigrants venus du Sud de l’Italie. Je suis poursuivi par une bigamie entre Trieste pour la liberté gitane, et Turin ville de fièvre et de connaissance. Sans Trieste je ne serais pas devenu un écrivain. Sans Turin , je n’aurais pas pu écrire.»

Pour Magris le processus d’écriture ne peut se prédéfinir, il participe d’une démarche. Comme un voyage qui suit le fleuve en se détournant parfois de son lit. « C’est comme une aventure. Je suis entré dans un bois où j’avais des racines sans savoir ce que j’allais écrire et puis des sentiers se sont ouverts», rapporte-il à propos de son grand roman Danube.

Claudios  Magris exerce de longue date une activité de journaliste  pour le Corriere della Serra qu’il envisage comme une tentative de se confronter à la réalité. « Cela exige précision d’un côté et imagination de l’autre. La vérité fait une concurrence déloyale à la littérature. Je suis fasciné par la vérité. Dans mes romans je considère  que chaque personne à le même droit  à la philologie. J’ai le sentiment d’écrire à partir d’une mosaïque composé de morceaux de réalité avec lesquels je  crée de la fiction.»

JMDH

Les éditions Liana Levi : L’Italie au coeur

Liana Levi

Liana Levi

Liana Levi est une éditrice d’exception, discrète et exigeante. livre après livre, elle a offert aux lecteurs français un des plus beau catalogue de littérature contemporaine, française comme étrangère. L’itale au coeur, elle a révélé en France des auteurs transalpins importants. Autour d’elle, la célèbre romancière sarde  Milena Agus, Giorgio Scianna, très beau romancier récemment traduit en France, et l’agent littéraire Marco Vigevani, fils d’Alberto Vigevani, auteur de Un été au bord du lac. Une rencontre débat se tient à 11h30 avec Liana Levi et les écrivains Milena Agus et Giorgio Scianna et l’agent littéraire Matco Vigevani. A 11h30  Espace Rencontre Comédie.

Auteur : Milena Agus

Milena Agus

Milena Agus

Milena Agus enthousiasme le public français en 2007 avec Mal de pierres. Le succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans les 26 pays où elle est aujourd’hui traduite. Après Battement d’ailes, Mon voisin, Quand le requin dort, La Comtesse de Ricotta et Prends garde (janvier 2015, Piccolo 2016), Milena Agus poursuit sa route d’écrivain, singulière et libre. Mal de pierres, adapté au cinéma par Nicole Garcia avec Marion Cotillard, sortira en salle le 19 octobre 2016.

Milena Agus vient de collaborer avec l’historienne Luciana Castellina, figure de la gauche italienne à une expérience éclairante dans le livre Prends gardes. L’ ouvrage offre deux approches, l’une fictionnelle, l’autre historique d’un même fait divers.Chacune à sa manière raconte les tragiques événements des Pouilles.  En 1946, dans les Pouilles, des ouvriers agricoles se révoltent contre l’iniquité des propriétaires fonciers. Les soeurs Porro, quatre femmes aisées, à la vie monotone, sont agressées dans leur palais par la foule de paysans en colère. Deux d’entre elles, Luisa et Carolina, périssent lynchées.

Prends gardes Liana Levi 2016.

 

Goncourt 2015.  Grand entretien avec Mathias Enard

FRANCE-LITERATURE-ENARDMathias Enard  avait usé de sa carte blanche en offrant une superbe programmation en 2013. Il est de retour à la Comédie du livre cette année après avoir remporté le prix Goncourt 2015 pour son roman Boussole, une exploration sensible et érudite des liens qui rapprochent depuis des siècles Orient et Occident en une fascination réciproque.  Boussole est le dixième livre de Mathias Enard, né à Niort en 1972, diplômé de persan et d’arabe, qui a beaucoup voyagé au Liban, en Syrie et en Turquie, notamment, et dont toute l’œuvre porte la trace de sa passion pour cette partie du monde. Entré en littérature en 2003 avec La Perfection du tir (Actes Sud), où l’on se tenait au plus près d’un sniper, dans un pays ressemblant furieusement au Liban, il s’est imposé comme l’un des grands auteurs de sa génération grâce à son quatrième roman, Zone (Actes Sud, 2008), tour de force sans point, embrassant l’histoire du XXe siècle sur le bassin méditerranéen, récompensé par le prix Décembre et le prix du livre Inter.

A l’occasion de cet entretien animé par Thierry Guichard, du Matricule des Anges, le romancier reviendra sur l’ensemble de son oeuvre. A 15h30 Salle Molière.

 

Roman

Rome. Walter Siti La Contagion
waltersitiWalter Siti. Voyage dans les zones sombres de la  société italienne Professeur de littérature, romancier, essayiste et critique littéraire, Walter Siti est un spécialiste de Paolo Pasolini dont il prolonge l’héritage tout en le renouvelant dans un monde un peu plus usé. Chez Siti les coupables ne sont pas toujours les autres. On en trouve la preuve dans La contagion son dernier roman traduit en français (Verdier 2015).

A partir de l’immeuble de la rue Vermeer, l’auteur trace un portrait saisissant de la borgata quartier périphérique romain où se retrouvent les pauvres, les paumés et la faune, en gros  les victimes de la crise. La structure du roman, évoque un peu la Vie mode d’emploi de Perec pour le réalisme baroque, mais avec beaucoup  plus de noirceur, de came et de sexe. La vie de chaque foyer et les liens entre les habitants dressent une toile pasolinienne de notre siècle d’un pessimisme effrayants.

On y croise Chiara et son mari Marcello, ancien bodybuilder entre deux sexes, Francesca, handicapée militante, Bruno supporter de la Roma, Gianfranco, dealer qui veut s’élever, Eugénio ouvrier amoureux d’une prostituée…  Walter Siti observe avec délectation  ce petit laboratoire au quotidien qui révèle tout ce que la bienséance laisse dans le noir. Pour  pénétrer ce monde l’auteur semble s’être inoculer une partie du mal pour mieux en traduite son effet. La contagion morale, celle des péchés, des vices et des hérésies, est un de ses thèmes récurrents. Elle est antérieure au modèle théorisé par la médecine. Ne dit on pas que l’amour est une maladie contagieuse ?

L’oeuvre de Siti l’est aussi, parsemée d’éléments soulevant le comportement discutable de ses semblables. La cruauté provocatrice et destructrice de ses personnages, renvoie à certaines évidences. Pourquoi les gens agissent-ils de la sorte ?

« C’est qu’ils y prennent du plaisir, sinon ils ne le feraient pas » indique l’auteur qui prend également  un certain plaisir à imbriquer de manière obscène le cynisme, l’opulence, la politique, le sexe, l’affairisme, la drogue, la spéculation, la corruption, les assassinats commandités, les pots de vin et l’impuni.

Tous ces ingrédients font de La contagion un roman romain polymorphique incontournable.

JMDH

La Contagion ed Verdier 24 euros.

Source : La Marseillaise 29/05/2016

Voir aussi : Actualité locale, Rubrique LivreComédie du livre 2016 1, Comédie du livre 2016 3,Lecture, Littérature italienne, Edition, rubrique Montpellier, rubrique Italie, Rendez-vous de l’Italie littéraire,