Le débat a soulevé la campagne en faveur de l’oubli et la réinterprétation.
Débat. Querelles autour de la mémoire et questions qui restent ouvertes…
La thématique des littératures ibériques offre l’occasion d’ouvrir le débat sur les drames ayant traversés l’histoire de l’Espagne et du Portugal au XXe. Douleurs d’un passé largement revisité par les auteurs contemporains portugais et espagnols. La guerre d’Espagne, le franquisme mais aussi les expériences politiques, des dictatures aux transitions démocratiques, tourments et mythes coloniaux compris, trouvent un attrait sans cesse renouvelé des lecteurs.
Hier, l’actualité politique s’est invitée dans le débat avec une salle comble au Corum pour une intervention des membres victorieux de Podémos à Barcelone dans le sillage des perspectives ouvertes par le livre de Jean-Pierre BarouLa guerre d’Espagne ne fait que commencer (Seuil 2015).
La veille, trois romanciers étaient réunis au Centre Rabelais pour évoquer le rôle de l’histoire et de la mémoire dans leur oeuvre. Le jeune auteur portugais David Machado qui dans Laissez parler les pierres, pose la question de la mémoire et de la trahison, l’espagnol Andrès Trapiello, qui fait de même dans Plus jamais ça à propos de la guerre d’Espagne, et le basque Fernando Aramburu qui s’intéresse aux liens entre souvenirs et imaginaire.
Egalement présent, Antonio Altarriba, figure de la BD satirique, a expliqué comment le suicide de son père anarchiste en 2001, soixante ans après la fin de la guerre civile, faisait toujours échos en lui. S’opposant à l’idée d’Andrès Trapiello selon laquelle l’oubli permettrait la réconciliation.
Une trentaine d’artistes européens de premier plan, parmi lesquels le cinéaste Michael Haneke, ont envoyé lundi une pétition au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour s’opposer à la nomination de Tibor Navracsics comme commissaire à la Culture.
Le Parlement européen avait rendu un avis négatif début octobre contre le portefeuille à l’Education, la Culture et la Citoyenneté accordé à ce proche du Premier ministre hongrois Viktor Orban, cheville ouvrière de lois jugées liberticides à la tête du ministère de la Justice de 2010 à 2014.
Le chef d’orchestre Simon Rattle, Pierre Audi, directeur du Dutch National Opera, les frères Dardenne, le directeur du théâtre de l’Odéon Luc Bondy, le compositeur anglais George Benjamin, les metteurs en scène Romeo Castellucci, Thomas Ostermeier, les chorégraphes Boris Charmatz et Anne Teresa De Keersmaeker, les metteurs en scène britanniques Simon McBurney et Katie Mitchell, Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil et Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon sont parmi les signataires de ce texte lancé par le directeur du Festival lyrique d’Aix-en-Provence Bernard Foccroulle.
« M. Navracsics a été membre du gouvernement Orban en Hongrie, et a pris part à ce titre à une politique qui, dans les discours et dans la pratique, tourne le dos aux Droits de l’Homme, renie les valeurs communes européennes, limite la liberté d’expression, refuse la diversité culturelle, brime le secteur artistique », indiquent ces artistes. « La solution qui consisterait à lui retirer les compétences liées à la Citoyenneté n’est pas suffisante », soulignent-ils, la culture et l’éducation constituant « des enjeux fondamentaux de la construction européenne ». Les signataires « demandent avec force au président de la Commission et aux membres du Parlement européen de retirer à M. Navracsics la charge de la Citoyenneté, de l’Education et de la Culture, de développer la culture comme un des atouts majeurs de l’Europe et de continuer à oeuvrer activement pour une Europe fondée sur sa culture et portée par ses citoyens ».
Le texte, toujours ouvert aux signatures, doit également être publié dans de grands journaux européens dans les jours qui viennent.
« La religion n’engage et ne doit engager que les croyants. » photo dr
Henri Peña-Ruiz. Le philosophe spécialiste de la laïcité est attendu ce soir aux Chapiteaux du livre à Sortie-Ouest à 21h. Le militant progressiste pour la tolérance rappelle quelques fondamentaux de la République.
Henri Peña-Ruiz est docteur en philosophie et agrégé de l’Université, maître de conférence à l’Institut d’études politiques de Paris, ancien membre de la commission Stasi sur l’application du principe de laïcité dans la République. Il est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages sur le sujet et vient de signer le Dictionnaire amoureux de la laïcité chez Plon.
Sans en dévoiler le contenu, pouvez-vous précisez les grands axes de votre intervention dont l’intitulé « Culture et laïcité, des principes d’émancipation » recouvre un vaste champ de réflexion…
Dans ce titre, culture et laïcité sont des termes essentiels sur lesquels je reviendrai pour évoquer le lien entre la culture et la laïcité. Qu’est-ce que la culture ? On peut l’envisager telle qu’elle se définit aux contacts des ethnologues, sociologues, anthropologues, soucieux de la cohérence des entreprises humaines. Il s’agit dans ce cas d’un ensemble d’usages et coutumes d’un groupe humain à un moment de son histoire. Ce sens est statique. Si on approche la culture de manière dynamique, on peut constater par exemple, que la domination des femmes par l’homme en 2005 a reculé par rapport au siècle dernier. En 1905, la coupe transversale de la société à cette époque correspond à un ensemble systématisé de traditions et cent ans plus tard on constate qu’un certain nombre de choses ont changé. Cela fait émerger une autre notion de culture. La culture comme un processus par lequel l’homme transforme la nature et se transforme lui-même pour s’adapter à son environnement.
Quelle approche entendez-vous souligner de la laïcité ?
L’idée que je veux développer de la laïcité n’est pas contre la religion. Elle est favorable à la séparation de la religion et de la loi pour tous.
La religion n’engage et ne doit engager que les croyants mais dans un Etat qui doit faire vivre agnostiques, athées, et croyants la loi ne peut être la loi de toutes ses personnes si elle n’est pas indépendante de toute loi religieuse. Il n’y a là aucune hostilité à la religion. Les principes de la laïcité ne sont du reste pas seulement promues par des athées. Victor Hugo qui était chrétien et laïque disait : « Je veux l’Etat chez lui et l’église chez elle.» Je n’évoquerai pas la liberté de religion mais la liberté de conviction puisque la moitié de la société française déclare ne pas être adepte d’une religion et doit pouvoir jouir des mêmes droits. Marianne n’est ni croyante ni athée, elle n’a pas à dicter ce qui est la bonne spiritualité.
En se référant à une approche dynamique de la culture, on se dit que les principes de laïcité étaient plus prégnants dans l’esprit des hommes politiques de la IIIe République que dans ceux d’aujourd’hui…
A cette époque, la conquête était plus fraîche. Elle irriguait tous les esprits après les réformes successives ayant fait passer l’enseignement des mains des catholiques à la responsabilité de l’Etat et la loi de 1905. Ces principes souffrent aujourd’hui du clientélisme électoral et de l’ignorance. Beaucoup d’élus se réclament abstraitement de la laïcité sans en appliquer les principes.
N’existe-t-il pas une carence en matière d’éducation et de formation des enseignants ?
Avec un bac plus quatre ou cinq je suppose qu’ils le sont suffisamment. Il faudrait que la déontologie laïque leur soit rappelée mais comment voulez-vous que les choses se passent lorsqu’on viole la neutralité républicaine au plus haut niveau de l’Etat ?
Nicolas Sarkozy et Manuel Valls vous ont tous deux fait sortir de vos gonds…
Lors de son discours de Latran Nicolas Sarkozy bafoue la loi avec sa réflexion profondément régressive « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ». Manuel Valls fait de même lorsqu’il assiste officiellement au Vatican à la canonisation de deux papes. C’est scandaleux. Prétexter, comme il l’a fait, que le Vatican est un Etat et qu’il agissait dans le cadre de relations diplomatiques est une plaisanterie. Le Vatican n’est pas un Etat comme les autres et l’événement auquel il a assisté était purement religieux. Il aurait bien sûr pu le faire librement à titre strictement privé. Il est par ailleurs très inconséquent vis à vis de G. Clémenceau qu’il dit admirer et qui prit une décision laïque exemplaire en 1918, alors qu’il était président du Conseil en refusant d’assister au Te Deum prévu en hommage à tous les morts de la guerre. Clemenceau dissuade le président Poincaré, de s’y rendre, et répond par un communiqué officiel qui fait date et devrait faire jurisprudence?: « Suite à la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le gouvernement n’assistera pas au Te Deum donné à Notre-Dame. »
Qu’en est-il lorsque que le maire de Béziers Robert Ménard invite le peuple biterrois à ouvrir la Feria par une messe au sein des arènes privées ?
Même si les arènes sont privées, agissant en tant qu’élu, M. Ménard viole la laïcité. Ce qui montre que lorsque les gens du FN ou apparentés brandissent les principes de la laïcité pour donner du poids à leur idéologie, ils ne défendent pas la laïcité. Parce que sous ce titre, ils visent une certaine partie de la population. C’est une discrimination drapée dans le principe de l’égalité républicaine. De la même façon, la volonté des personnes souhaitant que l’on continue à privilégier le mariage hétérosexuel n’est pas universelle. Elles ont le droit de le pratiquer dans leur vie mais pas de l’imposer à tous. Cette confusion est aussi le fait des colons israéliens qui brandissent en Palestine la Bible comme un titre de propriété d’ordre divin. L’intégrisme religieux n’est pas seulement le fait de l’islamisme. Il est présent dans les trois religions monothéistes.
Le terme de laïcité n’est jamais utilisé par l’Union européenne au sein de laquelle de nombreux Etats ne le considèrent pas comme un principe fondateur. Certains pays ont milité en revanche pour intégrer les racines chrétiennes au sein de la Constitution…
Certains pays de l’Union européenne accordent des privilèges publics aux religions, comme les Britanniques ou les Polonais, et tous les pays n’entendent pas séparer l’Etat et l’église. La Suède a prononcé la séparation, l’Espagne a modifié l’article 16 de sa Constitution dans ce sens. Les mentalités évoluent sur cette question. La France a refusé que l’on intègre la notion de racines chrétiennes aux prétexte que ce n’est pas la seule mais une des racines qui pouvait être prise en compte. Si on écrit l’Histoire on ne peut pas mettre en avant un seul chapitre. Nous pourrions aussi évoquer la civilisation romaine sur laquelle se fonde notre justice, où la pensée libre et critique de Socrate et des philosophes grecs.
Quels effets bénéfiques nous apporte l’émancipation laïque ?
Le principe de paix entre les religions et entre les religions et l’athéisme. L’égalité des droits, le choix d’éthique de vie, de liberté sexuelle, elle permet de sortir de certains systèmes de dépendance.
AFP – Le 30 mai 2014, à la cantine d’une école publique de Burgos en Espagne
Même avant la crise, Patricia Martin avait du mal à faire vivre sa famille de trois enfants sur le salaire modeste de son mari, balayeur. Lorsque la tempête économique a frappé l’Espagne, le foyer a glissé vers le dénuement.
Temps de travail réduit, salaire de 900 euros divisé par deux: la vie est dure dans leur petit appartement de Vallecas, un quartier populaire du sud de Madrid.
Le couple est menacé d’expulsion, avec plus d’un an de loyers impayés. Ils dépendent de banques alimentaires pour nourrir leurs enfants, qui doivent faire cinq kilomètres à pied pour aller à l’école. Il n’y a plus d’argent pour le bus.
« Si je n’ai rien à leur donner pour qu’ils emportent un goûter, je fais comme si j’avais oublié de le préparer », confie cette femme de 30 ans, tandis que son fils, âgé de sept ans, et ses deux filles, de huit et dix ans, jouent dans un parc près de la maison.
« Ils ne disent rien mais c’est très dur », ajoute-t-elle, des larmes plein les yeux. « Je m’efforce de leur rendre la situation moins pénible ».
Six ans après l’explosion de la bulle immobilière qui a détruit des millions d’emplois et lancé le début de la crise dans le pays, l’Espagne fait face à une forte hausse de la pauvreté infantile.
Un demi million d’enfants ont rejoint depuis 2007 la catégorie des petits risquant de tomber dans la pauvreté, portant le total à 2,5 millions, selon une étude de l’ONG espagnole Educo, spécialiste de l’enfance.
Et la cruauté du phénomène se voit dans les cours de récréation. « Ils viennent à l’école mal habillés et sans avoir bien mangé », témoigne Modesto Diez, curé et directeur de l’école catholique semi-publique San Pedro y San Felices, située à Burgos, dans le nord de l’Espagne.
« Ils n’ont pas d’électricité ni d’eau à la maison, ils vivent dans des logements défectueux, leurs premiers besoins ne sont pas remplis », énumère-t-il. De plus en plus d’enfants viennent en classe sans s’être douchés le matin, l’eau ayant été coupée chez eux après des mois de factures impayées.
– La cantine se vide par manque d’argent –
Pour beaucoup de parents, il est devenu impossible de payer les livres scolaires, sans parler des 102 euros mensuels pour la cantine scolaire. Plus de 100 enfants y déjeunaient l’année dernière. Il ne sont plus que 25, dont 10 aidés par Educo.
Beaucoup d’enfants rentrent désormais chez eux à midi « et mangent ce qu’ils trouvent », explique Modesto Diez. Autour de lui, plus de la moitié des tables du réfectoire sont vides à l’heure du déjeuner.
Le taux de chômage de l’Espagne, proche de 26%, allié à une baisse des salaires et une politique d’austérité drastiques, ont eu un impact brutal sur le niveau de vie des élèves, selon le directeur.
« C’est comme dans les années 1950 et 1960, lorsque les familles devaient s’en sortir avec leur peu de revenus, elles faisaient de longues journées pour un faible salaire ».
« Nous parlons de gens humbles, de familles de classe moyenne où les deux parents travaillaient parce que la construction créait beaucoup d’emplois. Ils avaient deux salaires de 1.000, 1.200 euros. Cela a, pour beaucoup, été réduit à aucun salaire du tout », ajoute Modesto Diez.
D’abord concentré sur des programmes déployés à l’étranger dans des pays comme le Salvador et l’Inde, Educo a lancé son programme d’aide pour la cantine scolaire en Espagne en septembre, après avoir constaté que de plus en plus d’enfants ne s’alimentaient que de riz, de pommes de terre et de pain.
« Ce sont « les nouveaux pauvres ». Des gens qui jusqu’à maintenant n’avaient pas besoin d’aide mais qui en dépendent désormais. C’est très angoissant », explique la directrice des programmes sociaux d’Educo, Pepa Domingo.
Conséquence de cette dégradation, les ONG relèvent également une augmentation du nombre d’enfants maltraités. Comme la Fondation d’aide à l’enfance ANAR qui s’inquiète de la hausse du nombre d’appels reçus sur sa ligne d’assistance téléphonique en 2013, venant d’enfants souffrant de mauvais traitements physiques ou psychologiques.
« Cette augmentation est due en partie à la crise », explique l’un de ses responsables, Benjamin Ballesteros. « Au chômage, et plus généralement aux difficultés économiques que traversent les familles, qui accentuent les tensions et l’agressivité dans les foyers. »
Félicitation aux aveugles, aux borgnes aux abstentionnistes.
Bravo les partis politiques, bravo les médias… La nature de cette campagne n’a pas été démocratique. On a tenu et on continue de tenir sur l’Europe des discours qui ne correspondent pas à la réalité de ce qui est fait et de ce qu’il est actuellement permis de faire.
Personne n’assument et tout le monde fait semblant. j’entends l’intellingentsia minimiser le phénomène attent on la phase suivante (montée de la violence) pour bien nous « sécuriser » ?
Chez nous comme ailleurs les partis ont fait une campagne nationale avec comme seule vision leur tambouille qui n’interesse personne. Bonjour la démocratie représentative…
C’est bien de demander aux Français ce qu’ils pensent ce serait mieux de leur donner les moyens de penser…
Un jour d’enfer
J’arrive pas à m’y faire, j’ai passé une journée de merde sans pouvoir planifier quoi que ce soit.
Je me dis que les Français n’ont peut-être pas envie, après tout, de connaître la vérité sur ce qui se passe. Et refusent même en toute bonne foi d’y croire lorsqu’ils l’ont sous les yeux.
Camouflage en bleu blanc rouge, c’est pas si grave, vivement le Mundial… Pas de justice, ni de moralité à chercher dans tous ça, comme si c’était écrit.
Les vautours décrivent des cercles autour du vide. Ils attendent que les coeurs s’arrêtent.
Quant à moi, je suis un peu comme le mec assis sur la photo avec au premier plan le FN et l’UMP qui se roulent des pelles…