Image à la Une : Arnold Schwarzenegger et un robot taxi dans Total Recall (1990)
« Réinventer le travail sans l’emploi. Pourquoi le numérique nous contraint à changer notre conception du travail » . Tel est le titre de la note écrite pour l’Institut Diderot par l’essayiste Ariel Kyrou. L’auteur a souhaité partager ce texte à Usbek & Rica, dans une version légèrement augmentée. Au cours des prochains jours, nous allons donc publier ce texte, chapitre par chapitre, en commençant – en toute logique – par une introduction savoureuse, dans laquelle Ariel Kyrou expose les enjeux du travail de demain à l’aune d’une fable de l’auteur de science-fiction Philip K. Dick.
Ce texte a été publié en mars 2017 sous la forme d’une « note » de l’Institut Diderot. Dirigé par le philosophe Dominique Lecourt, l’Institut Diderot est un laboratoire d’idées français lancé en 2009 dont le but est de « favoriser une approche multidisciplinaire et une vision prospective sur les grands thèmes qui préoccupent la société ». N’aimant rien tant qu’utiliser la science-fiction pour penser notre présent comme notre futur, Ariel Kyrou participera, le samedi 1er avril de 11 à 18 heures, à « L’avenir du travail n’est pas un poisson d’avril » : quatre conférences-lectures en compagnie des auteurs Catherine Dufour, Alain Damasio et Norbert Merjagnan (sous réserve) à la Cité du design de Saint-Étienne dans le cadre de l’exposition EXTRAVAILLANCES ? WORKING DEAD. L’occasion rêvée pour engager ce feuilleton réflexif sur la fin de l’emploi et la nécessité de penser autrement le travail, finalement pas si futuriste que ça.
New York, 2180 : le New York Times sans journaliste
2180. Nous sommes à New York, dans la cave souterraine où était imprimé le plus grand « quotidien homéostatique » de la Terre, le New York Times, sans aucun besoin de journalistes biologiquement humains.
Jusque l’accident nucléaire qui a dévasté le monde, ce journal intégralement automatisé fonctionnait grâce à son « céphalon », c’est-à-dire son cerveau électronique, à ses capteurs, senseurs et autres terminaux disséminés partout sur la planète. Dix ans après le cataclysme, Terriens et envoyés du Bureau centaurien de renouveau urbain, venus de Proxima du Centaure, ressuscitent la machine avec une facilité déconcertante. Et voilà ce New York Times robotisé d’un lointain futur qui imprime à nouveau ses « milliers d’éditions différentes chaque jour », accessibles via une myriade de distributeurs eux aussi automatiques dans ce qui subsiste des États-Unis.
Nous qui, en 2017, nous interrogeons sur la façon dont le numérique est en train de bouleverser nos emplois, nous ne serons vraisemblablement plus là dans la deuxième moitié du XXIIe siècle pour constater si l’auteur de science-fiction Philip K. Dick avait vu juste dans Si Benny Cemoli n’existait pas…, nouvelle publiée en 1963. Sa mise en scène d’un journal sans journaliste, dont les « divers capteurs d’informations » seraient capables de « mener leurs investigations » jusqu’au cœur de la discussion de deux personnages du roman, n’en demeure pas moins fascinant de prémonition…
« Un paysage pas si étranger à la France de 2017 »
Par son exagération même, la fable futuriste crée un point de vue décalé d’où analyser notre présent. La première question que son décor soulève tient à la fin de l’emploi – en l’occurrence des journalistes, et par extension des classes moyennes, notamment pour des métiers que l’on croyait protégés comme ceux des juristes, des financiers et autres forts manipulateurs de données.
Le paysage qu’il décrit n’est donc pas étranger, même si ce n’est que de façon lointaine, à la France du début 2017, avec ses 3,47 millions de chômeurs sans la moindre activité et, surtout, sa masse, bien plus conséquente, de « sans emploi fixe » et de personnes vivant dans la plus grande précarité [1].
« La prose de K. Dick construit un phare d’où étudier le remplacement potentiel, anticipé par une myriade d’études, d’un nombre impressionnant de femmes et d’hommes par des robots »
Sur le registre prospectif, elle construit un phare d’où étudier le remplacement potentiel, anticipé par une myriade d’études, d’un nombre impressionnant de femmes et d’hommes par des robots, des logiciels et des dispositifs digitaux toujours plus smart. Pour preuve, les débats qui agitent dorénavant le monde de la presse à propos des « algorédacteurs » qui pointent leurs programmes dans les rédactions, notamment anglo-saxonnes, et qui annoncent la concrétisation à venir du New York Times intégralement automatisé du texte de science-fiction.
La prose de Philip K. Dick pose également l’horizon d’une apocalypse, que celle-ci soit nucléaire, climatique, politique ou… économique. Elle nous incite à envisager le pire pour l’humanité, c’est-à-dire notre incapacité à agir pour anticiper, donc éviter ou du moins amortir le choc de chamboulements considérables de notre environnement et, partant, de nos vies. Elle constitue ainsi l’un de ces « mythes rationnels » permettant d’en conjurer en toute lucidité la venue, à la façon du catastrophisme éclairé théorisé par l’ingénieur et philosophe Jean-Pierre Dupuy.
« Qu’est-ce qui nous différencie d’une machine, aussi intelligente soit-elle ? »
Enfin, les ressorts de la fable de cet avenir parmi d’autres, aux retournements multiples, mettent en place une expérience de pensée, à la façon des meilleures installations d’art numérique ou d’art contemporain. Ils positionnent en effet le facteur humain au centre de l’action fictionnelle où se projeter, donc de notre réflexion sur le devenir du travail et de nos rapports à nos rutilantes mécaniques.
Qu’est-ce qui nous différencie fondamentalement d’une machine, aussi intelligente soit-elle ? Avons-nous les moyens de jouer et de nous jouer d’elle ? Et donc d’imaginer le travail – activité au-delà de la notion utilitaire et conjoncturelle d’emploi – qu’elle ne pourrait jamais effectuer sans nous, imprévisibles êtres vivants au scepticisme chevillé au corps ?
1. Selon les chiffres officiels, publiés en février 2017, il y avait en France, fin novembre 2016, 3 473 100 de « demandeurs d’emploi de catégorie 1 », sans aucune activité, mais 6 575 000 demandeurs d’emplois « toutes catégories confondues » pour la France entière.
« Je vais être très clair »… Probablement ignorant des logiques élémentaires du symptôme, Emmanuel Macron semble ne pas voir combien cette manière répétitive de commencer chacune de ses réponses trahit le désir profond de recouvrement qui anime toute sa campagne. « Entre le flou et le rien, continuez de baigner », voilà ce qu’il faut entendre en fait à chacune de ses promesses de clarté. À sa décharge, on admettra que déférer à l’obligation de parler quand on a surtout l’intention de ne rien dire est l’un de ces fléaux de la « démocratie » contre lequel on n’a pas encore trouvé d’antidote satisfaisant. On objectera que la plupart des candidats finissent par s’accommoder de ce long et mauvais moment à passer, et que le mensonge de campagne est un genre bien établi qui ne devrait plus rien avoir pour surprendre quiconque. Le problème pour Emmanuel Macron prend cependant des proportions inédites car il ne s’agit plus simplement de faire passer en douce une ou deux énormités, fussent-elles du calibre de « la finance, mon ennemie » : c’est sa campagne dans son intégralité, et jusqu’à sa personne même comme candidat, qui constituent une entreprise essentiellement frauduleuse.
Fin de période
Sans doute est-ce toute l’époque qui parle par le candidat qui ne veut pas parler — et, pour cette raison même, n’en finit pas de se sentir obligé de prévenir qu’il va « être clair ». Car c’est très généralement le propre des événements saillants, comme une élection présidentielle, que d’exprimer leur conjoncture. Or, à l’évidence, la conjoncture est « spéciale » : elle sent la fin. On reconnaît qu’une époque entre en phase terminale à l’effondrement de toutes les régulations qui lui assuraient un minimum de viabilité : d’une part, comme exaspérées, ses tares les plus scandaleuses se laissent libre cours, définitivement affranchies de toute décence ; d’autre part ses lignes de fracture ne parviennent plus à être accommodées par les institutions en place et, toutes les failles tectoniques réactivées, les plaques se remettent en mouvement.
Soit : d’un côté Fillon qui ne voit rien pour l’empêcher de faire son coming out de sociopathe et, franchissant dans un parfait quant-à-soi toutes les bornes de l’obscénité des possédants, n’est plus qu’une insulte vivante à la société ; de l’autre la dislocation du PS au moment où il n’est plus possible de masquer combien cette formation nominalement de gauche s’est enfoncée loin à droite — à l’image de Manuel Valls dont on apprend maintenant qu’il considère sans le moindre embarras de conscience « des compromis avec la droite parlementaire » d’un éventuel président Fillon (1), ou de Pierre Bergé, actionnaire de la « presse de gauche », qui, comme jadis le Tea Party avec Obama, voit avec certitude que Benoît Hamon est un « communiste » (2).
C’est pourtant en Emmanuel Macron que s’expriment le mieux les affres d’une époque mourante mais qui ne veut pas mourir. Il était certain en effet qu’un monde pourtant condamné mais encore bien décidé à ne rien abandonner finirait par se trouver le porte-voix idoine, l’individu capable de toutes les ambivalences requises par la situation spéciale : parler et ne rien dire, ne rien dire mais sans cesser d’« y » penser, être à la fois parfaitement vide et dangereusement plein.
Le vide ou le plein ?
Il est vrai qu’on est d’abord frappé par ce sentiment vertigineux de vide intérieur, que le candidat devrait d’ailleurs renoncer à pathétiquement combler, soit en s’affublant de postures christiques gênantes — jouer les habités quand on est déserté, ou bien les inspirés quand on sort de l’ENA, compte parmi ces spectacles terriblement embarrassants —, soit dans un registre davantage profane en récitant (de travers) du IAM pour faire jeune, en invoquant les Tontons flingueurs pour faire proche, ou en se faisant passer pour philosophe pour faire intellectuel. Mais quelle idée de se donner autant de mal et de s’imposer autant de ridicules quand sa vacuité souriante demeure, à tout prendre, la surface idéale de projection pour tous les fantasmes de ses suiveurs, start-upers en attente d’un manager pour la start-up France, avant de devenir à leur tour les Mark Zuckerberg de demain.
Macron est le spasme d’un système qui repousse son trépas, sa dernière solution, l’unique moyen de déguiser une continuité devenue intolérable au reste de la société
Chez Macron, cependant, le vide n’est pas contradictoire avec un plein dont, pour le coup, on comprend que, s’il faut montrer quelque chose au dehors, le vide lui soit hautement préférable. Car c’est le plein de l’oligarchie, le plein du projet de persévérance d’une classe, au moment précis où tout la condamne, comme en témoigne une époque qu’on sent rendue en son point de bascule. Dans ces conditions, pour que le plein oligarchique se maintienne envers et contre tout, il fallait en effet impérativement un candidat du vide, un candidat qui ne dise rien car ce qu’il y aurait à dire vraiment serait d’une obscénité imprésentable : les riches veulent rester riches et les puissants puissants. C’est le seul projet de cette classe, et c’est la seule raison d’être de son Macron. En ce sens, il est le spasme d’un système qui repousse son trépas, sa dernière solution, l’unique moyen de déguiser une continuité devenue intolérable au reste de la société sous les apparences de la discontinuité la plus factice, enrobée de modernité compétitive à l’usage des éditorialistes demeurés.
« En marche » ou « En tas » ?
De là ce paradoxe, qui n’en est un que pour cette dernière catégorie : Macron, auto-proclamé « anti-système » est le point de ralliement où se précipitent, indifférenciés, tous les rebuts du système, tous les disqualifiés qui se voyaient sur le point d’être lessivés et n’en reviennent pas d’une telle faveur de la providence : la possibilité d’un tour supplémentaire de manège. Macron est, par agrégation du pire, la personnification même du système, livrant par-là d’ailleurs sa vérité ultime : l’ensemble des différences coutumières dont les fausses alternances tiraient leur dernier argument et les éditorialistes leur fourrage — « gauche » et « droite », « PS » et « LR », « Hollande » et « Sarkozy » —, n’était qu’une comédie. Preuve en est la rapidité déconcertante avec laquelle le bloc réel en consent l’aveu au moment où, menacé pour de bon, l’urgence vitale lui commande de se fondre d’un seul tenant — et l’on se demande si le rassemblement, plutôt qu’« En marche », ne devrait pas s’appeler « En tas ». Formidable déchirement du voile en tout cas, dont on fait les boulevards du Front national : « toutes nos oppositions surjouées, nos séparations artificielles, nos éclats à grand spectacle, tout ça c’était du flan. Pauvres naïfs qui croyiez “alterner”, on ne vous a jamais fait enfiler que la même guenille réversible ».
Quoiqu’on en ait maintenant pris l’habitude, la liste invraisemblable des soutiens d’Emmanuel Macron qui va des communistes passés à droite aux ultra-libéraux restés à droite en passant par la moitié des gouvernements Chirac en exil et toute la (vaste) fraction du PS vendue au capital, ne laisse toujours pas d’impressionner. Mais plus impressionnant encore le fait que cet aberrant rassemblement dont le pouvoir de révélation devrait être dévastateur, semble ne rien révéler du tout, en tout cas tant qu’il est abandonné au commentaire médiatique, spécialement celui de la presse de gauche de droite, dont certes la vocation a été dès l’origine de masquer combien cette gauche était devenue de droite, mais à qui même une partouze de la gauche et de la droite — en réalité on n’en est pas loin — ne ferait toujours pas venir la moindre lueur. Il est vrai qu’elle aussi est « en marche », sans d’ailleurs que les actionnaires aient à lever le petit doigt, la lieutenance éditoriale se chargeant d’elle-même de faire prendre la bonne direction aux opérations. Entre Challenges qui crie son bonheur et L’Obs qui a poussé la rationalisation au point qu’une maquette unique de « une » lui permet de passer sur toute la campagne, on sait à peu près à quoi s’en tenir, même si le zèle humide des dévots réserve toujours des occasions d’étonnement qu’on n’aurait pas envisagées.
La garantie des archives offrant seule la promesse d’être cru d’un lecteur du futur, on peut bien maintenant citer cet éditorial de Serge Raffy dont la lecture demande quand même d’être sanglé pour ne pas tomber à la renverse : « Le candidat “fraîcheur de vivre” a fait sa mue. Désormais il cogne et prend tous les risques. Et ça plaît… (3) ». Voilà ce qu’on lisait dans la presse libre en 2017.
Purification de la situation
La facticité de la candidature Macron, imposture démocratique comme on n’en aura rarement vue, est donc le procédé extrême requis par une situation extrême, plus exactement requis par tous ceux dont les intérêts matériels n’ont plus que cette unique solution présentable — bien sûr, s’il le faut, on se contentera de Fillon, mais celui-là annonce trop brutalement la couleur et le populo est déjà un peu à cran.
En tout cas, et l’on y verra un autre symptôme de crise, la situation n’en finit plus de se simplifier, on devrait même dire de se purifier, jusqu’à rejoindre son essence. Fut un temps où il fallait déployer tout un arsenal théorique sophistiqué pour reconstituer, au travers de complexes médiations-écrans, la domination du capital à l’œuvre au sein des institutions, politiques ou médiatiques. Tout s’est désormais tellement accusé que même un marxisme campagnard passe à l’aise sur les événements en cours et décroche sans effort la timbale de la meilleure explication : des milliardaires possèdent la presse et entreprennent de porter un banquier d’affaire à la présidence de la République. Voilà.
La situation est donc devenue si grossière que même des instruments de pensée rudimentaires suffisent à en rendre compte haut la main : d’un côté la classe mobilisée des oligarques, de l’autre le gros de la société. Entre les deux, c’est vrai, la tranche du fantasme, c’est-à-dire le groupe de ceux qui, en songe et à des degrés variés d’irréalisme, se racontent qu’ils ont une chance sinon de rejoindre le premier bloc du moins de s’y affilier de suffisamment près, fut-ce en simple imagination, pour avoir l’impression d’en être. Tranche décisive en réalité, qui permet d’estomper la violence de l’antagonisme de base et de donner à la domination réelle de l’oligarchie d’indispensables oripeaux de légitimité démocratique. Par conséquent tranche vers laquelle sont dirigés tous les efforts du candidat du vide, toutes ses évacuations du plein, toute l’écœurante comédie de la « rupture », de l’« anti-système » et de la « fraîcheur de vivre » nécessaire à recouvrir la ligne réelle, dont le slogan véritable devrait être « Davantage du même » — il est vrai qu’on ne peut pas accuser « En marche » d’être par soi mensonger puisqu’il omet prudemment de dire vers quoi…
« Réalisme » et réalité
Il faudra bien en effet toute cette entreprise de falsification à grande échelle sous stéroïdes médiatiques pour recouvrir comme il faut l’énormité de ce qu’il y a à faire passer en douce : politiquement le pur service de la classe, « techniquement » l’intensification de tout ce qui a échoué depuis trois décennies. Ironie caractéristique de l’hégémonie au sens de Gramsci, le parti de ceux qui se gargarisent du « réalisme » se reconnaît précisément à ceci que son rapport avec la réalité s’est presque totalement rompu, alors même qu’il parvient encore invoquer la « réalité » comme son meilleur argument.
À l’époque du néolibéralisme, « réalisme » nomme la transfiguration continuée de l’échec patent en succès toujours incessamment à venir. Ce que la réalité condamne sans appel depuis belle lurette, le « réalisme » commande non seulement de le poursuivre mais de l’approfondir, donnant pour explication de ses déconvenues qu’elles ne sont que « transitoires », qu’on « n’est pas allé assez loin », qu’on s’est contenté de « demi-mesures » et que la « vraie rupture » est toujours encore à faire – et ça fait trente ans que ça dure. La parfaite identité argumentative dans ce registre entre Fillon et Macron devrait suffire à indiquer où le second se situe réellement et, de son « de droite / de gauche », quel est le terme surnuméraire.
Des milliardaires possèdent la presse et entreprennent de porter un banquier d’affaire à la présidence de la République. Voilà.
Pour l’un et l’autre candidats de droite donc, comme pour tous ceux qui psalmodient avec eux, la « réforme », interminable par essence, c’est le voyage au bout de la nuit. Ou alors moins littérairement le stalinisme du marché : comme l’échec du socialisme — « réel » lui aussi — était imputable aux éléments saboteurs dont l’éradication n’en finissait jamais, celui du néolibéralisme doit tout aux rigidités résiduelles, aux dernières rentes incrustées — celles des taxis ou des cheminots bien sûr, pas celles du capital financier —, aux impôts qui ne cesseront d’être confiscatoires que lorsque leur taux sera ramené strictement à zéro.
Sinon un signifiant flottant, « réforme » est le nom d’un processus indéfini qui n’exprime plus que le projet d’un minuscule groupe de pousser toujours plus loin son avantage sur le reste de la société. Et comme le chemin est long — en réalité il n’en finira jamais, d’autant plus que tout progrès étant également un progrès de l’échec, il « justifie » par-là la nécessité d’un progrès supplémentaire —, comme, donc, ce chemin est long, il est bien temps en effet de se mettre « en marche ». C’est que l’échec est différencié et qu’au milieu de la catastrophe générale, les intérêts particuliers dont Macron est le commandité ne se sont jamais si bien portés — autre caractère de l’hégémonie que de donner la poursuite de ces intérêts minoritaires pour celle de l’intérêt général quand bien même leur contradiction radicale est de plus en plus violemment attestée.
Libre-échange, Europe, finance : « notre modèle de solidarité forte »
Ainsi les traités de libre-échange, européens et internationaux, s’ils détruisent la base industrielle et disloquent des régions entières, ont-ils surtout l’insurpassable avantage de tenir le salariat en respect par la pression concurrentielle et la menace permanente de la délocalisation. L’eurozone fait montre des mêmes excellentes propriétés disciplinaires quoique par des voies différentes, il importe donc de n’y surtout pas toucher : la fermeture organisée de tous les degrés de liberté des politiques économiques ne laisse plus que l’instrument de « la dévaluation interne », c’est-à-dire de l’ajustement salarial par le sous-emploi, pour tenter de survivre dans le jeu idiot de la compétitivité (et en fait d’y périr presque tous) — mais c’est cela même qui la rend désirable. Le « réalisme » étant affranchi depuis longtemps de toute réalité, il tient pour rien le désastre social qui s’en suit, mais n’omet pas au passage d’encaisser, sur les gravats, les bénéfices réellement poursuivis — que de variations possibles autour du « réel »… —, à savoir la mise au pas des salariés.
La facticité générale commande cependant de feindre le mouvement. On ira donc donner un entretien à Libération pour expliquer qu’en Europe la meilleure stratégie du changement, c’est de ne rien changer : « la France ne peut entraîner l’Allemagne que si elle a une crédibilité sur le plan économique et financier (4) ». Comprenons : pour obtenir de l’Allemagne l’autorisation de faire autre chose, il faut d’abord lui montrer que nous sommes décidés à ne rien modifier. Laurent Joffrin, entièrement séduit par « l’originalité » de la méthode Macron qui consiste à perfectionner deux décennies à se rouler par terre en s’aplatissant davantage encore, commente : « Commençons par donner des gages de bonne gestion et de sages réformes, alors nous pourrons demander des concessions (5) ». Oui, commençons par ramper, c’est ainsi que nous apprendrons la liberté — bonheur parfait de la rencontre d’une complexion et d’une idéologie.
Mais c’est sans doute avec ses projets de sortir les actions de la base taxable de l’ISF que le rideau se soulève pour faire apercevoir toute une vision du monde bien installée dans les coulisses
Comme ça n’est pas le tout d’agencer le travail des forces extérieures, il faut également penser à la dérégulation intérieure, seule à même de maximiser au-dedans les effets du dehors. Accordons qu’au moment où Emmanuel Macron annonce ses intentions de transformer le code du travail par ordonnances, renvoyant incidemment Valls et son 49-3 à des pudeurs de rosière, c’est bien le plein qui fait inopinément résurgence au milieu du vide. La croix du candidat du vide, c’est que le devoir de reparler quand le reproche de vacuité se fait trop pressant ne lui laisse pas d’autre choix que de dire ce qui devrait être tu. Il est vrai qu’entre le mot de « pénibilité » qu’il « n’aime pas » (6), son désir de « ne plus entendre qu’il est plus intéressant de faire autre chose que travailler » (7), et son mouvement d’empathie comparée pour l’éleveur attristé de ses animaux malades et l’employeur obligé de licencier (8), le candidat, croyant pourtant rester dans le registre du vide, en avait déjà beaucoup dit.
Et puis il y a la finance — mais là c’est le doudou du candidat. Si Emmanuel Macron trouve maille à partir avec l’Europe, c’est à propos de la réglementation bancaire, dont il voudrait retirer le contrôle aux autorités prudentielles, pour le rendre à des gouvernements plus compréhensifs — l’innocuité de la réglementation financière européenne, c’est donc encore trop.
Mais c’est sans doute avec ses projets de sortir les actions de la base taxable de l’impôt sur la fortune (ISF) que le rideau se soulève pour faire apercevoir toute une vision du monde bien installée dans les coulisses — et rebaptisée non sans humour « modèle de solidarité forte auquel nous tenons (9) ». C’est, répète le candidat adossé à des décennies de matraquage médiatique, qu’il « assume pleinement d’encourager l’investissement productif » (10). Pour son malheur, en l’occurrence celui des économistes qui le ventriloquent, il n’y a que de très lointains rapports entre l’investissement-action et l’investissement productif, l’un ne correspondant à l’autre que lorsqu’il s’agit d’actions souscrites à l’émission. Mais les portefeuilles actions sont composés à une écrasante majorité de titres rachetés sur le marché secondaire, le flux de liquidité de l’acquéreur allant, dans ce cas, non pas à l’entreprise sous-jacente mais à un autre investisseur financier qui lui-même tenait ses titres d’un précédent, etc., cet argent-là ne circulant qu’entre spéculateurs sans que l’entreprise n’en voie plus la couleur depuis belle lurette — depuis l’émission en fait. Même si l’indication n’est qu’approximative, car on ne saurait directement mettre en rapport des flux et des stocks, on envisagera de plus près les proportions du pâté d’alouette quand on saura que pour une capitalisation du seul CAC 40 de 1 430 milliards d’euros, les émissions d’actions, correspondant à des apports de liquidités effectivement perçus par les entreprises, se sont montées grassement à 10 milliards d’euros en 2015 (11). Et l’on entreverra les mérites véritables du « modèle de solidarité forte » quand on se sera aperçu (12) qu’on défiscalise la totalité du capital-action au nom d’une « contribution à l’investissement productif » qui n’en représente… qu’1 % (13). C’est peut-être en ce point mieux que partout ailleurs qu’on comprend par illustration brutale en quoi consiste l’hégémonie comme art de faire passer le service de la classe pour le facteur de la prospérité générale.
« Libre et rempart »
« Je ne suis l’otage de personne, je ne sers personne » jure pourtant le candidat qui proteste de sa « liberté » (14). Et c’est vrai. Emmanuel Macron n’a pas été séquestré par Xavier Niel, Bernard Arnault ou Patrick Drahi, il n’est pas attaché à un anneau dans une cave avec ordre de rédiger un programme contre pitance. On n’est pas l’esclave de ses amis : on est leur ami. On est des leurs. Et c’est cette communauté d’affection, surmontant la communauté de condition et d’orientation, qui garantit à chacun le sentiment de n’être jamais aussi libre que lorsqu’il fait ce que toutes ses proximités sociales le déterminent à faire.
Ces protestations triviales de liberté ôteront donc difficilement l’essentiel, qu’au contraire, même, elles ne font que confirmer. Le naturel avec lequel le candidat Macron exprime dans la généralité cosmétique d’un « programme » les intérêts particuliers de sa classe indique qu’on en est à un point où les hypothèses de l’« inféodation » cachée tombent comme totalement inutiles. C’est peut-être là la nouveauté réelle de cette candidature que désormais la classe parle par sa bouche sans la moindre médiation, sans plus éprouver le moindre besoin d’habillage, de mise à distance, si factice fut-elle. En ce sens on ne saurait se contenter de dire que Macron est le pur et simple prolongement de Hollande, sauf à manquer la différence qualitative qui les sépare.
Car la classe en a soupé des habillages (…) et veut tout de suite son candidat : un banquier d’affaire, rapidement passé par la case « ministre », à propulser président dans la foulée, et qu’on n’en parle plus.
Hollande pouvait s’envelopper de trente ans de vie politique, de manœuvres d’appareil, de premier secrétariat, de mandats de conseiller régional et de députation pour donner l’illusion de l’autonomie de l’« homme politique », par « évidence » séparé des autres univers sociaux, notamment celui des affaires, et faire ainsi oublier toutes les déterminations sociales, tout le réseau des connexions inconnues du public qui finissaient par faire fonctionner cette « autonomie » apparente comme hétéronomie réelle, c’est-à-dire in fine comme parfait service des intérêts oligarchiques. C’est tout ce travail de la médiation et de la mise en forme, dont l’heureuse propriété était précisément d’obscurcir les causalités véritables, qui est désormais jugé superflu, traduisant par-là le degré où, sans doute sous l’effet d’une situation terminale, la domination de la classe s’est exaspérée. Car celle-ci maintenant en a soupé des habillages, n’a plus le temps du long détour de production nécessaire à fabriquer un « homme politique », et veut tout de suite son candidat : un banquier d’affaire, rapidement passé par la case « ministre », à propulser président dans la foulée, et qu’on n’en parle plus.
La crise politique qui point rend cependant aléatoire l’issue de ce « putsch démocratique » de l’oligarchie. C’est qu’un peu partout le « gros animal » se réveille et, de l’Amérique de Trump à la Grande-Bretagne du Brexit, commence à avoir de sérieuses envies de tout envoyer paître. La société française s’est, depuis longtemps déjà, engagée sur cette même trajectoire, et n’est plus qu’en attente de la matérialisation de son propre accident. Seul l’aveuglement de la classe, dont Marx rappelait qu’elle n’a jamais été capable de voir au-delà de « ses intérêts malpropres et bornés (15) », l’empêche de voir combien le candidat qu’elle est obsédée de porter au pouvoir accélère le désastre — il est vrai qu’elle s’entendrait probablement très bien à redéployer ses intérêts au sein du désastre…
Saisi par une bouffée christique de plus, voilà en tout cas qu’Emmanuel Macron s’annonce lui-même comme le candidat de la grande résolution, celui dont l’élection fera reculer le FN. Singulière promesse de la part de celui qui, non seulement exprime déjà en sa personne toutes les causes historiques de la montée de l’extrême droite, mais se propose de les porter à un point de perfection supérieure. D’opportuns sondages de second tour donnent Macron triomphant de Marine Le Pen à 60-40. Il n’y a pas spécialement lieu de s’en gargariser, plutôt de s’en inquiéter même, quand la simple comparaison avec les 80-20 du père Chirac donne une idée de la déperdition en quinze ans. Et permet d’anticiper ce qui ne manquera pas d’arriver le coup d’après, une fois élu le candidat-qui-fait barrage — mais accélère le remplissage du bassin.
Ils viennent d’être nommés par la ministre de la Culture Audrey Azoulay pour diriger le Centre dramatique national (CDN) de Montpellier.
La metteure en scène Nathalie Garraud et l’auteur Olivier Saccomano ont été nommés à la tête du CDN de Montpellier. Ils prendront leur fonction en janvier 2018 et évoque leur projet d’une seule voix.
Comment avez-vous appréhendé la nouvelle de votre nomination ?
Nous nous sommes sentis très honorés de cette nomination. C’est une grande étape dans notre travail de construction. Celui des dispositifs qui nous occupent de longue date autour de la création, au service des artistes, des oeuvres et du public. Cela va nous permettre de repenser le rapport avec la troupe associée et les habitants du territoire. De renouer avec la mission d’origine des CDN qui était de faire vivre la relation entre l’art théâtral et un territoire dans la durée. A nos yeux, il ne s’agit pas seulement de diffuser des oeuvres mais d’aller vers les publics. Le théâtre doit sortir de lui-même pour que les gens puissent y revenir.
Quel regard portez-vous sur les enjeux politiques de cette nomination ?
Au cours de cette période, nous avons défendu un projet. Les enjeux politiques sont inévitables. Ce type de nomination en comporte toujours. Mais nous n’avons pas eu à en faire l’expérience dans les faits. Les différentes tutelles ont prêté une oreille attentive et respectueuse à notre proposition. Nous avons conscience d’arriver à la suite d’une expérience singulière. Ce sont les contrecoups, mais cela n’a pas entravé ni fait dévié notre projet.
Vous évoquez la notion de troupe très présente au sein de la Compagnie du Zieu, comme celle de sa direction par un auteur et une metteure en scène. Quelle est votre méthode de travail ?
Nous mettons en présence les différentes pratiques à partir desquelles se construit notre processus de création. L’écriture, le jeu, la mise en scène fonctionnent dans un développement permettant des associations d’idées. Cela ouvre des dimensions très intéressantes. On avance chacun dans notre pratique, il nous semble important de maintenir la différence dans chaque discipline, mais on passe le relais. Cela crée une vraie dialectique. Nous sommes dans un rapport d’ajustement de nos pensées qui contourne l’opposition classique entre acteurs et metteur en scène.
Comme le statut d’auteur et les conditions d’écriture…
Oui, l’écriture prend des formes variables selon les textes. Il peut y avoir un primat du texte sous forme de séquences, dialogues, poèmes… dont les acteurs s’inspirent. A partir de là, nous laissons se construire des situations qui traversent de part en part le texte en fonction de ce qui se passe. A l’inverse, une séquence d’acteur, l’incidence d’éléments scéniques, peut générer de nouveaux rebondissements textuels. Nous ne nous soucions pas des statuts de l’auteur ou du metteur en scène qui se trouvent modifiés par notre construction. On se méfie de ces places, qui sont des places de pouvoir, pour donner plus d’importance à l’énergie.
A l’instar du premier épisode de votre dernier cycle de création « La beauté du geste », donné à Montpellier, vous accordez aussi un espace de débat avec le public à l’issue des pièces. Est-ce une pratique habituelle ?
Ce n’est pas systématique, nous l’avons initié avec notre cycle les Spectres de l’Europe qui était une forme d’enquête théâtrale sur la façon dont l’Europe se construit, dans la matérialité de ses frontières, la texture de son idéologie, et l’obscurité de ses fantasmes, vis-à-vis de ceux qu’on appelle les étrangers. Le débat en cercle avec le public après les représentations nous semble un bon support, il casse un peu la frontière bord plateau. Il faut réinventer le théâtre citoyen très à la mode, mais très difficile à initier. On tombe vite dans des modèles qui relèvent davantage de la communication que de l’évidence pratique.
Comment entendez-vous répondre à l’objectif principal des CDN, celui d’offrir un accès à la création théâtrale pour tous les publics ?
Le public est le premier de nos partenaires. On s’adresse à lui avec confiance, amitié, fraternité. Ce qui ne veut pas dire lui donner ce dont il a envie. D’ailleurs, beaucoup de gens présument de l’attente du public.
On constate aussi l’affirmation d’une attitude de consommation au sein du public régulier lié aux effets sociétaux…
Oui, le rapport à la consommation traverse l’ensemble de la société. Le modifier suppose d’impulser des stratégies internes aux oeuvres elle-mêmes. On peut ainsi s’engager dans des schémas inattendus, plus inconnus. Pour être opérant, le travail en direction des publics est toujours profond et de longue haleine. On ne fait évoluer les gens que sur le temps long. Cela nous l’avons expérimenté à Amiens en direction d’un public qui ne fréquentait pas le théâtre. Nous sommes allés vers eux. Cela a provoqué différents types de réactions, certaines personnes étaient intimidées, d’autres carrément hostiles mais nous avons été persévérants. Et quand nous y sommes retournés, pas seulement pour montrer des pièces, ils nous ont dit, « ah vous êtes quand même revenus… » C’est ainsi que les relations s’établissent et que l’on peut les développer. Le théâtre peut susciter du goût et du dégoût. C’est comme la terre, il faut la travailler.
Comment entendez-vous faire rayonner le CDN ?
Le rayonnement peu s’entendre à plusieurs échelles. Olivier Py parlait de la décentralisation des trois kilomètres qui est une composante. Nous allons également travailler avec un ensemble associé d’artistes dont une metteure en scène montpelliéraine. Un autre axe concerne le rapport du CDN avec la Région. Au niveau international, nous nous attacherons à faire circuler les oeuvres méditerranéennes. Nous travaillons à la mise en place d’une Biennale des arts de la scène de la Méditerranée. On ne niera pas les difficultés du temps. Nous sommes dans une logique qui ne sépare pas les types d’oeuvres, de publics et d’artistes. On doit penser plus large.
La consultation des 440 000 soutiens de la France insoumise démarre ce mardi. Les militants pourront dire s’ils veulent voter Emmanuel Macron, blanc ou nul, ou s’abstenir. Le candidat ne devrait pas s’exprimer avant le résultat. De leurs côtés, le PCF et Ensemble appellent à battre le Front national.
La France insoumise, depuis dimanche soir, a pris des airs de France injoignable. Depuis la déclaration de Jean-Luc Mélenchon, quelques heures après les résultats du premier tour de la présidentielle qui le plaçaient quatrième (avec plus de 19 % des voix), dans laquelle il confirmait la tenue d’une consultation, ces jours prochains, des plus de 440 000 soutiens de La France insoumise, l’équipe de campagne du candidat – ce noyau de très proches – est aux abonnés absents. Ou presque. Alexis Corbière, le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, était l’invité lundi matin de BFM TV et lundi soir sur France 5. Mais les messages envoyés par les journalistes restent le plus souvent sans réponse. La fameuse consultation, annoncée pour mardi matin, n’a vu le jour qu’en toute fin d’après-midi, à 18 heures. La faute à une série de réunions dans l’équipe de campagne, mais aussi au contrecoup : après des mois d’effervescence, l’équipe prend un peu plus le temps.
Wolfgang Schauble, ministre des finances allemand, le 12 avril, à Berlin. STEFFI LOOS / AFP
Le soutien du ministre des finances d’Angela Merkel, réputé en Europe pour son austérité, ne présente pas que des avantages pour le candidat d’En marche !.
Après Sigmar Gabriel, Wolfgang Schäuble. En Allemagne, Emmanuel Macron pouvait déjà compter sur le soutien du ministre social-démocrate des affaires étrangères. Le voici désormais adoubé par son collègue conservateur chargé des finances. « Si j’étais français et habilité à voter, (…) je voterais probablement pour Macron », a déclaré ce dernier, mardi 11 avril, à Hambourg, à l’hebdomadaire Der Spiegel.
Invité, le lendemain, à participer à une émission consacrée à l’élection présidentielle française sur la radio publique Deutschlandfunk, M. Schäuble s’est montré plus prudent. « Mon parti, la CDU, est, comme celui de François Fillon, lié au Parti populaire européen, et nous avons naturellement des points communs. D’un autre côté, j’ai bien connu Emmanuel Macron quand il était ministre de l’économie, nous avons de très bonnes relations et partageons beaucoup d’idées », a t-il déclaré. Si les mots étaient plus mesurés que la veille, la mise en scène parlait d’elle-même. Dans le foyer plein à craquer du Deutsches Theater de Berlin, M. Schäuble partageait l’affiche avec l’eurodéputée Sylvie Goulard, membre de l’équipe de campagne de M. Macron, avec laquelle il s’est montré d’une totale complicité…
Le coût pour Fillon est indiscutable
Après l’émission, celle-ci se réjouissait d’ailleurs de ce soutien. « Un tel geste de la part du ministre des finances le plus expérimenté de la zone euro est, pour Emmanuel Macron, la reconnaissance d’une crédibilité. C’est un signe important », explique au Monde Mme Goulard.
En France, il n’est pas certain qu’un tel appui ne présente que des avantages pour M. Macron, compte tenu de la réputation qu’y a M. Schäuble, associé aux politiques d’austérité fort peu populaires auprès de toute une partie de l’électorat que compte séduire le candidat d’En marche !
Mais si le gain politique pour M. Macron est discutable, le coût pour M. Fillon est, lui, indiscutable. Au Spiegel, M. Schäuble, pour qui « le pire scénario possible » serait un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, a en effet expliqué qu’il avait fort peu apprécié les « attaques contre la justice » proférées par l’ancien premier ministre. Un sentiment largement partagé outre-Rhin, où l’image du candidat de la droite s’est considérablement dégradée depuis les révélations du Canard enchaîné, publiées vingt-quatre heures après sa venue à Berlin, le 23 janvier, lors de laquelle il avait été reçu par la chancelière, Angela Merkel, ainsi que par M. Schäuble.