Législatives tous les candidats par circonscription

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Carte candidats législatives 2017 1er tour

Source Libération

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En Ethiopie, la contestation des Oromo étouffée par l’état d’urgence

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Après avoir réprimé dans le sang les manifestations, le gouvernement interdit tout rassemblement public et maintient un climat de peur. Reportage en région Oromia.

Par Emeline Wuilbercq

Bekuma parle tout bas. Il jette un regard à gauche, un autre à droite. Il y a beaucoup de passage dans ce café du centre-ville de Waliso, ville éthiopienne située à une centaine de kilomètres d’Addis-Abeba, dans la région Oromia (centre et ouest). Ici, il vaut mieux se méfier des oreilles indiscrètes. « Les gens ont peur », dit-il, avec un sourire gêné.

Waliso était l’un des épicentres de la contestation qui a secoué l’Ethiopie à partir de novembre 2015. Des milliers de fermiers oromo, qui composent l’ethnie majoritaire du pays, ont alors quitté leurs champs pour manifester contre le gouvernement. Ils l’accusaient notamment d’exproprier des terres agricoles au profit d’investisseurs, sans verser une juste compensation. Les manifestations se sont ensuite étendues à la région Amhara, dans le nord du pays, à l’été 2016.

Réprimées dans le sang, elles auraient causé la mort de 669 personnes au total en 2016, dont 462 dans la seule région Oromia, selon le dernier bilan officiel de la Commission des droits de l’homme en Ethiopie, un organe mandaté par le Parlement pour enquêter sur les violences. Amnesty International estime pour sa part qu’elles ont fait plus de 800 morts.

Les Nations unies et l’Union européenne ont réclamé des enquêtes indépendantes pour faire toute la lumière sur la répression de ces protestations antigouvernementales. Des demandes rejetées, le 19 avril, lors d’une conférence de presse, par le premier ministre, Hailemariam Desalegn, qui a invoqué la souveraineté de son pays.

Détentions arbitraires

Bekuma (les prénoms ont été changés), ingénieur en génie civil dans une agence gouvernementale, n’a pas osé participer aux manifestations de peur des représailles. « Ils auraient pu me virer », dit le jeune homme d’une vingtaine d’années. Mais il était du côté des contestataires. Et il garde en lui cette « rage » partagée par tous ses amis, assure-t-il.

Les rassemblements publics sont interdits en Ethiopie depuis l’instauration de l’état d’urgence, le 9 octobre 2016. D’abord établi pour une durée de six mois, il a été prolongé le 29 mars de quatre mois. Le ministre de la défense éthiopien, Siraj Fergessa, a justifié cette prolongation par la présence d’éléments pouvant perturber la paix et la sécurité.

Il a toutefois été assoupli : le couvre-feu autour de lieux considérés comme étant d’intérêt économique a été révoqués tout comme les pouvoirs spéciaux conférés aux services de sécurité pour rechercher et arrêter les suspects, ou fouiller leur domicile sans mandat.

« Le gouvernement dit que l’état d’urgence a ramené le calme, mais c’est faux, c’est en raison des mesures cruelles qu’il a prises », poursuit Bekuma. Les forces de l’ordre « ont tué sans faire d’exception » et des gens ont perdu leur sœur, leur frère, leur père, explique-t-il. Il embraye sur des cas de harcèlement, sur les détentions arbitraires. Depuis le 9 octobre, des dizaines de milliers d’Ethiopiens ont été arrêtés et plus de 20 000 personnes libérées.

Interrogatoires musclés

Gamsisa, 29 ans, en fait partie. Croix orthodoxe autour du cou, regard dur, il a passé deux mois dans le camp militaire de Tolay dans la région Oromia. « La première nuit, on était environ quarante prisonniers dans une pièce de 20 mètres carrés. Il faisait extrêmement chaud, on suffoquait, j’ai cru que j’allais mourir… », raconte-t-il. Ce n’était que le début. Plusieurs milliers de personnes ont subi des interrogatoires musclés dans ce camp isolé, sans pouvoir joindre leurs proches.

Pendant la durée de l’enquête censée désigner les fauteurs de troubles, les policiers, non contents de les frapper, les obligeaient à « se rouler comme des serpents » sur du gravier, à fixer le soleil des yeux, à sauter comme des kangourous, les pieds joints, sur des centaines de mètres. « C’était épuisant », raconte le blogueur éthiopien Seyoum Teshome, qui était dans la même cellule que Gamsisa.

Ce professeur d’université est le seul à accepter de témoigner sous son vrai nom. Il parle de « terreur rouge », en référence à la violente répression de 1977-1978, sous le régime marxiste de Mengistu Hailé Mariam, durant laquelle une centaine de milliers d’Ethiopiens furent exécutés ou disparurent.

Le trentenaire replet, l’air fatigué, fume cigarette sur cigarette. Il a passé cinquante-six jours à Tolay. Des connaissances bien placées lui ont évité d’être torturé autant que les autres. Mais entendre à longueur de journée les cris et les supplications de ses codétenus lui était insupportable. « Ils utilisent l’état d’urgence comme un permis de torturer. » Quelques prisonniers ont fait un arrêt cardiaque, une jeune femme aurait fait une fausse couche, raconte-t-il dans un billet de blog publié sur le site d’Amnesty International.

Rééducation politique

« Ils nous forçaient à nous confesser, explique Gamsisa. Des gens innocents ont avoué pour que cessent leurs souffrances. Ils ont été emmenés, on ne sait pas où ils sont… » Selon les rumeurs, ils ont été dispersés dans plusieurs prisons.

Les autres sont restés à Tolay pour subir un « entraînement », une sorte de rééducation politique. Les prisonniers devaient notamment regarder des documentaires dénonçant le système féodal de l’empire d’Hailé Sélassié, le dernier empereur, qui a été destitué en 1974, et la dictature militaire communiste qui lui a succédé, celle du Derg et du colonel Mengistu.

« Ils voulaient montrer à quel point les précédents régimes étaient antidémocratiques » en comparaison du leur, ironise Gamsisa, ajoutant que les moins attentifs recevaient des coups.

« Le gouvernement maintient un climat de peur, il nous terrorise, assure Seyoum Teshome. La peur est le sombre contraire de la liberté, qui effraie le gouvernement. Mais vous ne pouvez pas arrêter cette quête de liberté. »

Le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) est accusé de dominer sans partage la vie politique éthiopienne à travers notamment le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, la coalition au pouvoir depuis vingt-cinq ans, qui a raflé tous les sièges du Parlement lors des élections générales de mai 2015.

Censure

Les ethnies oromo et amhara, qui représentent près des deux tiers de la population, se sentent lésées face aux Tigréens. Lors des manifestations, cette minorité, qui compose 7 % de la population, était accusée d’accaparer les postes-clés du gouvernement, des forces de sécurité et des grandes entreprises, et de bénéficier de tous les privilèges. Les protestataires ont également dénoncé les manquements démocratiques, l’absence de liberté d’expression et les violences arbitraires.

Mais la crainte a désormais pris le pas sur les revendications. Un climat de peur a envahi la région Oromia. Sur le campus universitaire de Jimma, à 240 kilomètres au sud-ouest de Waliso, les allées bordées de palmiers n’ont jamais été aussi calmes. Quelques dizaines de jeunes diplômés en droit s’esclaffent, vêtus de tee-shirts portant un message en faveur de la justice. Celle que réclamaient des milliers d’étudiants il y a quelques mois en chantant le slogan « Down down Wayane ! » (« A bas le TPLF ! »).

Certains étudiants hésitent à témoigner, d’autres refusent catégoriquement. Sur Facebook et Twitter, accessibles seulement grâce aux réseaux privés virtuels qui permettent de contourner la censure, peu de gens osent poster des critiques sans pseudonyme, raconte Chala, 22 ans, assis sur un muret près de sa salle de cours.

« On a tous peur d’être emprisonnés, harcelés, torturés », explique un élève en droit. Il assure que des « espions », des étudiants affiliés à l’Organisation démocratique du peuple oromo, également membre de la coalition au pouvoir, rôdent sur le campus. « Ils ont suivi les plus militants d’entre nous et les ont dénoncés ! », poursuit-il.

« Un face-à-face sinistre »

Demere aussi a peur. « Ne mettez pas mon nom s’il vous plaît », implore l’étudiant en pharmacie, l’air inquiet, après avoir qualifié le régime de « dictature militaire ». Il n’a oublié ni les jeunes roués de coups, ni les gaz lacrymogènes, ni les violences pendant les manifestations. « On était pacifiques, ça a tourné à la violence » à cause des forces de l’ordre, déplore-t-il. Il connaît dix personnes emprisonnées. Ses parents l’ont supplié de ne plus remettre les pieds à l’université.

« Beaucoup d’étudiants sont encore traumatisés psychologiquement, ont des séquelles physiques, beaucoup ont été battus, certains ont arrêté leur cursus, soupire Abdi, 21 ans, futur médecin. L’état d’urgence viole la Constitution. Normalement, on devrait avoir le droit de manifester, de critiquer le gouvernement. Et celui-ci devrait répondre à nos revendications au lieu de les nier en envoyant tout son dispositif sécuritaire. »

Pour René Lefort, journaliste et chercheur spécialiste de la Corne de l’Afrique, le « pourrissement de la situation » est le scénario le plus probable. « D’un côté, le régime parvient à maintenir la loi et l’ordre à peu près, mais il ne réussit pas à gagner les cœurs et les esprits, faute de réformes assez profondes et rapides, dit-il. De l’autre, le mécontentement est contenu par la peur, par l’efficacité de la répression. On est dans un face-à-face assez sinistre qui peut durer relativement longtemps… Jusqu’à quand ? Personne n’en sait rien. »

Comme de nombreux étudiants interrogés, Abdi, lui, se dit que d’autres manifestations pourraient avoir lieu. « Un de ces jours, dans le futur », lâche-t-il, évasif. On sent de la colère dans le regard de ces jeunes. Mais le souvenir de la répression est encore trop frais.

Source Le Monde 25/05/2017

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Afrique, Ethiopie, Politique, Société civile, Politique de l’immigration, rubrique Société, Mouvement sociaux, Citoyenneté, On line  :   Ethiopie : le gouvernement durcit l’état d’urgence avec de nouvelles restrictions ,   Ethiopie : le sultan des Afar s’implique dans la crise ,   Pourquoi l’Europe doit s’attendre à l’arrivée massive de nouveaux réfugiés éthiopiens ,

Tobin or not Tobin: la taxe sur les transactions financières s’éloigne

L'économiste James Tobin dans son bureau de l'université de Yale en 1981 © AFP Photo

L’économiste James Tobin dans son bureau de l’université de Yale en 1981 © AFP Photo

Les ministres des Finances de la zone euro ont annulé le 22 mai une réunion consacrée à la taxe sur les transactions financières (TTF). Cette taxe Tobin, qui pourrait rapporter plus de 10 mds d’euros en année pleine à la France, est sur la table de négociation depuis la crise financière de 2008. Alors que les Britanniques bloquaient son adoption, le Brexit éloigne un peu plus son application.

La taxe Tobin, du nom du prix Nobel d’économie qui l’a théorisé dans les années 70, consiste à prélever une commission minime sur chaque échange d’action ou produit financier. Après la grave crise financière de 2008, elle avait pour première fonction de limiter la spéculation. Avec la crise des subprimes, les Etats et les contribuables avaient déboursé des centaines de milliards d’euros pour sauver les banques. Il pouvait donc sembler légitime d’associer les marchés financiers aux lourds coûts des crises.

Réduire la spéculation
Concrètement, il s’agit de prélever une commission de 0,1 % sur chaque échange d’actions ou de produits dérivés, afin de réduire les transactions financières et limiter la spéculation.

Après les premiers blocages, notamment britanniques, une dizaine de pays européens ont lancé en 2013 une «coopération renforcée». Une coopération renforcée ne peut se faire que si au moins un tiers des Etats membres de l’UE (28 actuellement) y participent, soit 9 au minimum.

L’Allemagne, la France, la Belgique, le Portugal, la Slovénie, la Grèce, l’Italie, l’Espagne et la Slovaquie prévoient de taxer les actions et obligations à hauteur de 0,1% et les contrats dérivés à un taux de 0,01%.

#TTF ça coince sur la taxe Tobin…premier accroc en Europe pour Macron ? >> https://t.co/XXvFjdte8u https://t.co/LHTPORxeYf
— Nicolas Raffin (@Nico_Raffin) 22 mai 2017

Réu #TTF annulée sur demande @EmmanuelMacron @BrunoLeMaire qui reculent… pr mieux sauter? https://t.co/9h7pqq2cQC #Climat #Solidarité2017

— Oxfam France (@oxfamfrance) 22 mai 2017

Nouvelle donne
Paradoxalement, le Brexit, qui aurait dû faciliter les choses, semble aujourd’hui les compliquer. Depuis l’annonce du départ britannique, la Belgique rechigne à adopter le compromis. Mais pour le Premier ministre belge Charles Michel, son pays n’est pas le seul fautif. «En Allemagne, il existe des craintes depuis le Brexit. En France, Emmanuel Macron a également énoncé des doutes». Chacun est accusé de traîner les pieds face à cette réforme. Populaire dans l’opinion, la taxe Tobin semble de plus en plus dans l’impasse.

Avec le Brexit, des places financières comme Francfort (Allemagne) ou Paris espèrent en effet récupérer une partie des activités de la City de Londres. La mise en place d’une taxe sur les transactions financières serait un mauvais signal pour attirer les institutions financières britanniques (qui risquent de perdre leur passeport européen).

Depuis l’annonce du Brexit Paris, Francfort et Dublin rivalisent pour attirer les banques britanniques et des milliers d’emplois à la clé.
La compétition est vive et les trois capitales européennes sont prêtes à mettre la taxe Tobin sous le boisseau.

Concurrence européenne
Pour Alexandre Naulot, de l’ONG Oxfam, l’argument ne tient pas : «La taxe prévoit d’appliquer le principe de résidence. A partir du moment, où par exemple, une banque britannique fait une transaction avec une banque française, elle paiera la taxe. Or, les établissements financiers de la City ou d’ailleurs ne peuvent pas se couper des pays qui veulent mettre en place cette taxe, car ces Etats représentent 90 % du PIB de la zone euro. Les banques n’abandonneront jamais ce marché.»

Emmanuel Macron, qui veut attirer les activités financières en France, a émis des doutes sur l’adoption de la taxe Tobin. Si la France et la Belgique décidaient de se retirer du groupe de coopération, celui-ci disparaîtrait, car il doit rassembler au moins neuf Etats membres. Sur ce dossier, comme sur d’autres, les pays européens sont en concurrence au lieu de présenter un front uni.

Michel Lachkar

Source : Géopolis 24/05/2017

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Finance, Les spéculateurs devraient être jugés pour crime contre l’humanité, Rubrique  Politique, Politique Economique, , Un nouveau droit à l’opacité pour les multinationales, rubrique UE,

Trump au Proche Orient. Problèmes de crédibilité…

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Un bond en arrière

Handelsblatt ne croit pas que Trump deviendra l’artisan de la paix au Proche Orient :

«Le président des Etats-Unis n’apporte pas dans la région une nouvelle stratégie de sortie de crise, il mise sur l’ancienne coalition du statu quo. Tandis qu’Obama voulait aider le printemps arabe à percer, Trump table sur un long hiver politique dans la région. … Son administration mise sur les anciennes alliances – avec d’une part les autocrates d’Arabie saoudite et l’Egypte et de l’autre le bloc de droite du Likoud de Nétanyahou. C’est exactement la coalition du statu quo qui, pendant des années, a empêché une paix durable au Proche-Orient. En se rendant dans la région en crise à un stade précoce de son mandat, Trump voulait envoyer un message. A y regarder de près, c’est un retour vers le passé.»

Torsten Riecke

Causeur (FR)

Une stratégie peu crédible

La politique menée par les Etats-Unis au Proche-Orient reste tout aussi contradictoire sous l’égide de Donald Trump, analyse l’expert en géostratégie Hadrien Desuin sur le site Causeur :

«Les Saoudiens et les Israéliens s’étaient beaucoup inquiétés des négociations sur le nucléaire iranien. Trump aussi. Il n’a d’ailleurs pas félicité le ‘modéré’ Rohani pour sa réélection à la présidence. Bien au contraire. Il organise sa venue à Riyad au lendemain de sa victoire. La coïncidence a de quoi troubler. Les premiers contacts avec le Prince héritier Ben Salmane et le président avaient été très bons. Ils vont sans doute le rester. Généraux, diplomates et autres faucons du Sénat sont rassurés. Donald Trump poursuit la politique schizophrène des Etats-Unis : prêche des valeurs américaines au Proche-Orient d’un côté et union sacrée militaro-industrielle avec le régime le plus rétrograde de la région de l’autre. Pour exhorter à un islam modéré, un premier voyage à Riyad, la capitale mondiale du salafisme, n’est pas crédible.»

Hadrien Desuin

Karar (TR)

Quelque chose cloche dans cette visite

Samedi à Riyad, Trump a participé à une traditionnelle danse du sabre. Si cette image le présente sous un jour sympathique, elle n’occulte pas le goût amer que laisse le contrat d’armes qu’il a conclu, dont le montant atteint 110 milliards de dollars, écrit Karar :

«Qu’adviendra-t-il de ces armes ? Contre quel ennemi les Saoudiens les dirigeront-elles, ces armes, mais aussi les armes et les avions militaires déjà achetés par tonnes ? … Celui-là même qui avait interdit aux ressortissants de certains pays musulmans d’entrer sur le sol américain s’est-il rendu dans le pays qui est le berceau de l’islam pour lever des fonds et brandir le sabre ? … Cette visite n’est pas nette, pas nette du tout. Des armes et des avions militaires qui ont pour unique fonction de maintenir en vie l’industrie de l’armement et dont on sait qu’ils sont voués à rouiller dans quelque entrepôt des pays acheteurs : l’affaire est extrêmement louche.»

Al-Ahram (EG)

Une alliance et des écueils

Le succès de la coopération forgée à Riyad dépend de plusieurs facteurs, analyse le quotidien public égyptien Al-Ahram :

«D’abord, il faudrait savoir dans quelle mesure on peut se fier aux Américains. Par le passé, on a trop souvent bâti nos attentes sur du sable. … Deuxièmement, l’alliance ou coopération arabo-islamo-américaine devrait définir ses priorités. La lutte antiterroriste passe par la résolution définitive du conflit israélo-palestinien. … Les Etats-Unis sont-ils prêts à faire pression sur Israël et à adopter une position neutre ? De même que les Etats-Unis considèrent l’Iran comme un risque pour la sécurité et la stabilité au Proche-Orient, ils devraient comprendre qu’Israël ne constitue pas une menace moindre. … Troisièmement, il est temps qu’Arabes et musulmans aient recours à des moyens de pression au niveau international. Ils ne sont pas faibles et doivent cesser d’être les simples exécutants des desseins de pays puissants et influents.»

Muhamad Ibrahim Al-Dusouki

 

 

Voir aussi : Actualité Internationales, rubrique revue de presse, Etats-Unis , rubrique Moyen-OrientL’Onu adopte une résolution contre la colonisation des territoires palestiniens, Palestine, Israël, Dans les Territoires, la spoliation s’accélère, Le coup de poker réussi de Nétanyahou,rubrique Politique, rubrique Economie,

Christophe Guilluy : « La posture anti-fasciste de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social »

d2413La qualification pour le second tour d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen a mis en exergue la défiance de plus en plus forte des Français vis-à-vis de la politique et des partis traditionnels. Pour éviter l’arrivée au pouvoir de partis populistes, les élites politiques, intellectuelles et médiatiques seraient bien inspirées de se reconnecter avec les classes populaires.

 

Le premier tour de l’élection Présidentielle a permis à Emmanuel Macron et à Marine Le Pen d’être qualifiés pour le second tour. Sur le temps long, comment juger un tel bouleversement politique ? En quoi la qualification promise de Marine Le Pen dans les sondages a-t-elle pu participer à l’émergence du mouvement en Marche ! ?

Ce qui est intéressant, c’est que les deux candidats sont ceux qui se positionnent en dehors du clivage gauche-droite. Ceux qui ont été identifiés à droite et à gauche, issus des primaires, ne sont pas au second tour. La structure n’est plus le clivage gauche / droite. Le clivage qui émerge est lié complètement au temps long, c’est-à-dire à l’adaptation de l’économie française à l’économie monde. Dès 1992, avec Maastricht, ce clivage était apparu, avec la contestation d’un modèle mondialisé. Si on veut remonter plus loin, les causes sont à chercher dans le virage libéral, qui est le basculement des sociétés occidentales dans le néolibéralisme.

C’est une logique ou les sociétés vont se désindustrialiser au profit de la Chine ou de l’Inde par exemple. Cela est aussi vrai avec Donald Trump ou le Brexit, qui nait de la financiarisation de l’économie américaine sous Clinton et du thatchérisme.

Ce sont des dynamiques de temps long qui vont avoir un impact d’abord sur les catégories qui sont concernées par ce grand plan social de l’histoire : celui des classes moyennes. Tout cela se fait au rythme de la sortie de la classe moyenne. Logiquement, ce sont d’abord les ouvriers, qui subissent ce processus de désaffiliation politique et culturelle, qui sont les premiers à grossir le nombre des abstentionnistes et à rejoindre les mouvements populistes. Puis, ce sont les employés, les agriculteurs, qui suivent ce mouvement. La désaffiliation aux appartenances s’accentue. Les ouvriers qui votaient à gauche se retrouvent dans l’abstention ou dans le vote Front national, c’est également le cas aujourd’hui du monde rural qui votait à droite.

Ce que l’on constate, c’est que l’effet majeur de la disparition des classes moyennes est de mettre hors-jeu les partis traditionnels. Parce que le Parti socialiste ou Les Républicains ont été conçus pour et par la classe moyenne. Or, ces partis continuent de s’adresser à une classe moyenne qui n’existe plus, qui est mythique. Il ne reste plus que les retraités, cela a d’ailleurs été le problème de François Fillon, qui a perdu par son incapacité à capter le vote de la France périphérique, ces gens qui sont au front de la mondialisation. Il ne capte que ceux qui sont protégés de la mondialisation ; les retraités. C’est le même constat à gauche, dont le socle électoral reste la fonction publique, qui est aussi plus ou moins protégée de la mondialisation. Nous parlons d’électorats qui se réduisent d’année en année, ce n’est donc pas un hasard que les partis qui s’adressent à eux ne parviennent plus à franchir le premier tour.

C’est aussi ce qui passe en Europe, ou aux États Unis. Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on créé le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales

La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement.

Dès lors, peut-on parler de système « réflexif » ? Entre un Front national qui a pu émerger dans les années 80, aussi bien sur la base du « surgissement » du chômage de masse que sur les questions migratoires, jusqu’à la présence de Jean Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, et l’émergence d’un mouvement cherchant à dépasser le clivage droite gauche au travers d’Emmanuel Macron ?

C’est son modèle inversé. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen ont fait le constat que cela ne se jouait plus autour du clivage gauche / droite. Ils ont pris en compte la polarisation de l’économie, entre un haut et un bas, et sans classes moyennes. Dans ce sens-là, l’un est la réponse de l’autre.

Géographiquement, et sociologiquement, en quoi le mouvement En Marche ! se définit il en miroir du Front National ?

Géographiquement, c’est l’opposition entre la France des métropoles et la France périphérique qui structure le match Emmanuel Macron/ Marine Le Pen. On a déjà pu voir quelques cartes sur l’opposition est ouest, mais ce clivage est ancien, hérité, il ne dit rien des dynamiques en cours. Lorsque j’étais étudiant ces cartes est ouest existaient déjà, elles expriment l’héritage de l’industrie, et donc de la désindustrialisation. C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. Ce qui est intéressant, c’est de voir les dynamiques. C’est en zoomant à partir des territoires qui créent le plus d’emplois et ceux qui en créent le moins. Par exemple, en Bretagne, ou Marine Le Pen fait 6% à Rennes, et 20% dans les zones rurales. C’est toujours un distinguo entre les dynamiques économiques. Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse.

Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022.

En perdant une partie de leurs bases, la gauche avec les ouvriers, la droite avec les agriculteurs, les partis de gouvernement semblent s’être détournés des classes populaires. Quelles sont les conditions permettant une « normalisation » de la situation, dont l’objectif serait de récréer des partis de masse ?

Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieues.

Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni.

Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. Ce que j’espère, c’est que ce clivage Macron Le Pen, plutôt que de se régler par la violence, se règle par la politique. Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme.

Christophe Guilluy est géographe. Il est l’auteur, avec Christophe Noyé, de « L’Atlas des nouvelles fractures sociales en France » (Autrement, 2004) et d’un essai remarqué, « Fractures françaises » (Champs-Flammarion, 2013). Il a publié en 2014 « La France périphérique » aux éditions Flammarion.

Source Atlantico 27/04/2017

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