Les Tunisiennes déchaînées contre le «No woman no fly» des Emirats

Des Tunisiennes lors d'une manifestation à Tunis lundi pour protester contre les mesures de sécurité prises par Emirates. Photo Fethi Belaid. AFP

Des Tunisiennes lors d’une manifestation à Tunis lundi pour protester contre les mesures de sécurité prises par Emirates. Photo Fethi Belaid. AFP

La compagnie aérienne Emirates de Dubaï a décidé d’interdire aux femmes tunisiennes d’embarquer sur ses vols au motif d’«informations sécuritaires sérieuses chez les autorités émiraties sur la possibilité d’attentats terroristes».

 

Une chroniqueuse de la radio nationale tunisienne a bien averti les responsables émiratis : «Vous allez connaître une malédiction céleste dans les prochains jours car 5 millions de femmes tunisiennes vont vous crier « au diable ! »» C’est en effet un déchaînement de fureur qui se poursuit depuis jeudi en Tunisie après la décision de la compagnie aérienne Emirates de Dubaï d’interdire aux femmes tunisiennes d’embarquer sur ses vols.

La mesure, imposée sans explications dans un premier temps, a été justifiée par la suite par «des informations sécuritaires sérieuses chez les autorités émiraties sur la possibilité d’attentats terroristes», selon la porte-parole de la présidence tunisienne, Saïda Garrach. «Les données qu’elles ont, c’est que dans le cadre du retour des combattants [jihadistes] et leur sortie de Syrie essentiellement, et d’Irak, il existe une possibilité d’attentat terroriste dans lequel seraient impliquées des femmes soit Tunisiennes soit porteuses de passeports tunisiens.» Si la Tunisie a dit comprendre les préoccupations émiraties, elle ne peut «accepter la manière dont les femmes tunisiennes ont été traitées», a affirmé Saïda Garrach. Le gouvernement tunisien a annoncé la suspension des vols de la compagnie émirienne entre Tunis et Dubaï depuis lundi.

«Bédouins rétrogrades»

La mesure de rétorsion officielle tardive est venue sous la pression de l’opinion publique tunisienne. Quatre ONG, dont la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), ont dénoncé une «décision discriminatoire qui viole la dignité et les droits des femmes». Les principales associations de la société civile tunisienne ont appelé les autorités à se montrer fermes.

Mais rien ne semble pouvoir calmer les réactions d’une population qui a trouvé l’occasion de déverser son fiel contre les «Bédouins rétrogrades», selon l’expression qui revient dans les commentaires sur les réseaux sociaux. La page Facebook de la compagnie Emirates a été prise d’assaut par les Tunisiens. Des commentaires souvent condescendants, à la limite du racisme où les enfants du Tunisois Ibn Khaldoun, le grand philosophe du XIVe siècle, rappellent aux «Bédouins» que leurs pères à l’époque «faisaient sécher les crottes de chameaux pour le transformer en Khôl pour les yeux de leurs femmes». On retrouve d’autres perles d’une «guerre de civilisation» sous le hashtag «No woman no Fly» faisant écho à la campagne des Saoudiennes «No woman no drive» pour revendiquer le droit de conduire. «Les femmes tunisiennes sont plus respectables que vos cheikhs mercenaires qui nous rappellent tous les jours que vous êtes les déchets de l’humanité», lit-on dans un des tweets haineux.

«L’ignorance, le sous-développement et la bêtise relèvent de la génétique et ne peuvent être compensés par des gratte-ciel, des îles artificielles ou un Louvre dans le désert», lançait la chroniqueuse de la radio citée plus haut. «Interdire aux femmes tunisiennes de monter dans vos avions ou d’entrer dans vos villes est conforme à votre caractère buté. Parce que vous n’avez pas réussi à priver la femme tunisienne de sa fierté et de sa grandeur dont vous ne pouvez même pas avoir idée», poursuit celle qui met en garde les Emiratis contre la colère des Tunisiennes.

Hala Kodmani

Source Libération 26/12/2017

Voir aussi : Actualité Internationale, rubrique Société, Droit des femmesCitoyenneté, rubrique Méditerranée, Tunisie, Politique, Société civile, Politique de l’éducation, rubrique  Education, rubrique Rencontre, Kaouther Ben Hania,

À l’ONU, l’isolement américain se confirme sur Jérusalem

L’ambassadeur Riyad Mansour, observateur permanent de la Palestine aux Nations-Unies, lors de l’assemblée générale à New York. / SPENCER PLATT/AFP

L’ambassadeur Riyad Mansour, observateur permanent de la Palestine aux Nations-Unies, lors de l’assemblée générale à New York. / SPENCER PLATT/AFP

Une large majorité d’États membres a approuvé le texte dénonçant la décision américaine sur la Ville Sainte, un nouveau camouflet pour Washington

Comme prévu par les connaisseurs avisés de l’ONU, la résolution sur Jérusalem a recueilli une large majorité des suffrages parmi les 193 membres de l’Assemblée générale. Au total, 128 États ont approuvé ce texte soumis au vote jeudi 21 décembre, à New York, et condamnant la reconnaissance américaine de la Ville Sainte comme capitale d’Israël. Aussi, 35 pays ont décidé de s’abstenir et 9 l’ont rejeté.

Dans la foulée, les Palestiniens ont vu dans cette large majorité la preuve d’un soutien international dont ils se sont félicités. Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, avait quant à lui rejeté les résultats par avance, qualifiant les Nations unies de « maison de mensonges ».

Réaction au véto américain

Le vote résulte d’une proposition commune du Yémen et de la Turquie, que les deux pays ont faite au titre de la présidence du Groupe des pays arabes à l’ONU pour le premier, et du sommet de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI) pour le second. Dans une lettre datée de lundi 18 décembre, leurs représentants aux Nations unies avaient demandé « la poursuite urgente » de la session spéciale de l’Assemblée à générale « à la lumière du véto des États-Unis » intervenu un peu plus tôt le même jour.

À (re) lire : La décision sur Jérusalem « illégale » pour les musulmans

Isolement américain

Une référence au rejet par Washington d’un projet de texte présenté au Conseil de sécurité par l’Égypte afin de rendre « nulle et non avenue » la décision de Donald Trump. Des quinze membres du Conseil de sécurité, les États-Unis avaient alors été les seuls à s’opposer à la résolution égyptienne. Les quatorze autres, qu’ils soient permanents comme la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni, ou non, comme le Sénégal, la Suède ou le Japon, l’avaient approuvé. Un camouflet pour les États-Unis qui, malgré leur droit de veto, ont alors pu mesurer leur isolement diplomatique.

Menaces vaines

Pour éviter un nouveau revers jeudi 21 décembre, Washington avait multiplié les pressions à l’approche du vote de l’Assemblée générale où, si les textes approuvés ne sont pas contraignants, aucun veto n’est possible contrairement au Conseil de sécurité. « Nous nous en souviendrons quand on nous demandera encore une fois de verser la plus importante contribution », avait menacé Nikki Haley, la représentante américaine à l’ONU, avant même le scrutin. Plus tôt, elle avait déjà prévenu : « Le président observera attentivement ce vote et il a demandé que je lui signale les pays qui auront voté contre nous », avait ainsi prévenu Nikki Haley, la représentante américaine à l’ONU. Des menaces qui n’ont pas porté leurs fruits.

Marianne Meunier
Source La Croix 21/12/2017
Source

Rencontres de Bamako: Afrotopia, nouveaux imaginaires de l’Afrique contemporaine

Lola Keyezua - «Stone Orgasms», 2015 (Angola) Cette série pose la question des mutilations génitales et plus largement l’asservissement des femmes. «Née à Luanda, en Angola, Keyezua est diplômée de la Royal Academy of Arts de La Haye. Consciente des attentes performatives de la féminité, Lola Keyezua s’attache à déconstruire les cadres de la beauté, de la féminité, de la sexualité. Briser les codes attendus des cultures africaines, rompre les silences à l’égard de l’Art Africain et développer une nouvelle vision de l’Afrique, font partie de ses propositions artistiques», précise Afriscope/Africultures sur Facebook. © Lola Keyezua

Lola Keyezua – «Stone Orgasms», 2015 (Angola)
Cette série pose la question des mutilations génitales et plus largement l’asservissement des femmes. «Née à Luanda, en Angola, Keyezua est diplômée de la Royal Academy of Arts de La Haye. Consciente des attentes performatives de la féminité, Lola Keyezua s’attache à déconstruire les cadres de la beauté, de la féminité, de la sexualité. Briser les codes attendus des cultures africaines, rompre les silences à l’égard de l’Art Africain et développer une nouvelle vision de l’Afrique, font partie de ses propositions artistiques», précise Afriscope/Africultures sur Facebook.
© Lola Keyezua

Afrotopia, en écho au livre de Felwine Sarr, est le nom de la 11e édition des Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie. Les diverses manifestations (photos, vidéos, arts numériques): Exposition panafricaine, Remix de l’indépendance, Histoires récentes, Afrofuturisme ou encore La Vie selon James Barnor, sont autant de témoignages d’un continent en pleine mutation.

Sibusiso Bheka - «Stop Nonsense», 2017 (Afrique du Sud) Sibusiso Bheka est un jeune  photographe né en 1997. Soutenu par Rubis Mécénat, il travaille sur les townships de son pays. Il y décrit l’environnement nocturne dans un langage cinématographique. Sa série sur les murs érigés autour de Thokoza, le township où il a grandi est une réflexion sur l’enfermement, la peur, la limite qui empêche d’aller vers l’autre. © Sibusiso Bheka

Sibusiso Bheka – «Stop Nonsense», 2017 (Afrique du Sud)
Sibusiso Bheka est un jeune photographe né en 1997. Soutenu par Rubis Mécénat, il travaille sur les townships de son pays. Il y décrit l’environnement nocturne dans un langage cinématographique. Sa série sur les murs érigés autour de Thokoza, le township où il a grandi est une réflexion sur l’enfermement, la peur, la limite qui empêche d’aller vers l’autre.
© Sibusiso Bheka

L’exposition panafricaine, projet artistique central de cette édition 2017 (du 2 décembre au 31 janvier 2018), présente 40 projets qui invitent à réfléchir «aux ressorts du futur, à révéler les espaces du possible en germe dans les réalités contemporaines africaines. Qu’ils situent leurs propositions artistiques aux confins de récits autobiographiques, dans des fictions ou dans des narrations en prise immédiate avec l’actualité, les visions qu’ils nous livrent épousent les mouvements souvent chaotiques du réel», explique Marie-Ann Yemsi, commissaire de l’exposition.

Rahima Gambo - «Education is Forbidden», 2015 (Nigeria) Ce travail raconte le quotidien des étudiantes dans les écoles et les universités pendant l'insurrection de Boko Haram au nord-est du Nigeria en 2009. Boko Haram que l’on peut traduire par «l’éducation occidentale est un péché» est un mouvement insurrectionnel qui prône une idéologie salafiste djihadiste. Il a pour objectif d'instaurer un califat et d'appliquer la charia. Des centaines d’écoles ont été détruites, beaucoup sont fermées. En  avril 2014, près de 300 lycéennes ont été kidnappées par Boko Haram qui, depuis, a prêté allégeance à l'Etat islamique. Comment surmonter la peur, comment continuer à étudier, comment faire acte de résistance sont les questions soulevées par Rahima Gambo. © Rahima Gambo

Rahima Gambo – «Education is Forbidden», 2015 (Nigeria)
Ce travail raconte le quotidien des étudiantes dans les écoles et les universités pendant l’insurrection de Boko Haram au nord-est du Nigeria en 2009. Boko Haram que l’on peut traduire par «l’éducation occidentale est un péché» est un mouvement insurrectionnel qui prône une idéologie salafiste djihadiste. Il a pour objectif d’instaurer un califat et d’appliquer la charia. Des centaines d’écoles ont été détruites, beaucoup sont fermées. En avril 2014, près de 300 lycéennes ont été kidnappées par Boko Haram qui, depuis, a prêté allégeance à l’Etat islamique. Comment surmonter la peur, comment continuer à étudier, comment faire acte de résistance sont les questions soulevées par Rahima Gambo.
© Rahima Gambo

«Cette dernière édition est profondément ancrée dans les transformations d’une Afrique qui se renouvelle au quotidien, une Afrique tournée vers un avenir qu’elle invente à partir de ses propres expériences», ajoute Pierre Buhler, président de l’Institut français qui, aux côtés du ministère de la Culture du Mali, l’inaugure.

Zied Ben Romdhane - «West of Life», 2014-2016 (Tunisie) Le photo-reporter tunisien «arpente la région à la fois comme une terre connue et comme un territoire étranger. Des gisements de Redeyef aux mines de Métlaoui et aux collines d’Oum El Araies, c’est le visage fatigué mais résistant d’une terre qui ne l’est pas moins qui donne chair à ce projet, précise le site Nawaat. Il aborde avec «West of Life», les cicatrices qu'ont laissé ces lieux, sur les habitants.   © Zied Ben Romdhane

Zied Ben Romdhane – «West of Life», 2014-2016 (Tunisie)
Le photo-reporter tunisien «arpente la région à la fois comme une terre connue et comme un territoire étranger. Des gisements de Redeyef aux mines de Métlaoui et aux collines d’Oum El Araies, c’est le visage fatigué mais résistant d’une terre qui ne l’est pas moins qui donne chair à ce projet, précise le site Nawaat. Il aborde avec «West of Life», les cicatrices qu’ont laissé ces lieux, sur les habitants.
© Zied Ben Romdhane

Geopolis Afrique vous propose de découvrir 20 photographes en herbe ou de renom dont certains découverts à Bamako sont aujourd’hui exposés dans des manifestations phares sur le continent africain et à l’international.

Laurent Filippi

Source Géopolis 02/12/2017

Voir aussi :  Rubrique Afrique, rubrique Expo, rubrique Art,

M. Macron annonce des « opérations d’évacuation d’urgence » de migrants esclaves en Libye

DOr5JTtWsAEaq7J.jpg_large-e1511010846407-1100x715

De nombreux dirigeants se sont retrouvés mercredi, en marge du sommet Europe-Afrique d’Abidjan, pour évoquer une action « immédiate ».

Le premier succès du sommet réunissant l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE) est déjà de s’être ouvert, mercredi 29 novembre, en Côte d’Ivoire. Car la querelle autour de l’invitation faite à la République arabe sahraouie démocratique (RASD), reconnue par l’UA mais honnie par le Maroc, a failli faire échouer cette rencontre. Finalement, Rabat a mis sa colère en sourdine et le roi du Maroc, Mohammed VI, a fait le déplacement d’Abidjan, une métropole où il a ses habitudes, la capitale d’un pays où son pays investit massivement.

Avec une Afrique retrouvant donc une unité de façade, le sommet était placé sous le thème « Investir dans la jeunesse pour un avenir durable ». Il n’a toutefois pas pu se soustraire à l’actualité. D’autant que celle-ci recoupait en partie le sujet de départ : depuis la diffusion par la chaîne américaine CNN d’un reportage montrant des migrants subsahariens vendus comme esclaves en Libye, les dirigeants du continent africain s’indignent, en appellent à une Cour pénale internationale que beaucoup abhorrent en temps normal pour qu’elle se saisisse de ce drame.

La question migratoire a donc bel et bien été le fil conducteur de la rencontre entre près de 80 chefs d’Etat et de gouvernement, qui devait s’achever, jeudi, par une déclaration longuement soupesée, ménageant les deux parties tout en les plaçant chacune devant ses responsabilités : obligation d’assurer un avenir à sa jeunesse pour l’Afrique, de mettre ses pratiques en concordance avec ses discours généreux pour l’UE. Vraie promesse ou faux semblant ?

« Avoir foi en l’avenir »

« Nous devons tout mettre en œuvre pour votre épanouissement sur notre continent ! Je vous invite à avoir foi dans l’avenir et ne pas vous lancer à l’aventure au péril de vos vies », a, en tout cas, déclaré l’hôte du sommet, le président ivoirien Alassane Ouattara.

Si de jeunes Africains sont jetés sur les routes et tentent de gagner l’Europe en risquant leur vie c’est en raison de « la pauvreté, de la mauvaise gouvernance, du changement climatique », expliquait pour sa part Moussa Faki, le président de la Commission de l’UA. En clair, « des défis communs », « des responsabilités partagées ».

« Ces récentes images atroces nous rappellent l’urgence d’agir. Tous les pays ont le devoir de protéger leurs frontières mais ils doivent le faire dans le respect des droits humains », insistait le Portugais Antonio Gutteres, secrétaire général des Nations unies (ONU). Qui, appuyé par la chancelière allemande Angela Merkel, plaidait pour des canaux de migration « régulière et ordonnée ».

La situation en Libye n’a pas suscité que des commentaires. Elle a été au cœur de plusieurs réunions en marge du sommet. A l’issue de l’une d’elles, où étaient notamment réunis UE, UA, ONU, il a été décidé de mettre en place un groupe d’action censé mieux lutter contre les trafiquants, accélérer les retours de migrants dits économiques vers leur pays d’origine et la réinstallation des réfugiés. Un travail mené en coordination avec les autorités de Tripoli. Le texte évoque aussi l’obligation d’assurer « des opportunités de développement et de stabilité » aux pays d’origine.

« Sur les routes de la nécessité »

En conférence de presse, Emmanuel Macron a expliqué que des migrants seront évacués « en urgence » de Libye et qu’il avait encouragé les états européens à suivre le modèle instauré par la France de sélection des réfugiés, en amont, dans les pays du Sahel avant qu’ils ne s’aventurent « sur les routes de la nécessité ».

Du côté des institutions européennes, on semblait partagé entre le soulagement et une certaine frustration. « L’esclavagisme en Libye existait avant que CNN le découvre, relevait une source à haut niveau, mais tant mieux si l’emballement soudain sur une situation que nous évoquons depuis de nombreux mois permet d’agir. »

Se confiant à quelques journalistes mardi soir, avant l’ouverture du sommet, Federica Mogherini, la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, se réjouissait aussi que le monde s’agite mais relevait que des témoignages recueillis auprès de femmes, à Lampedusa (Italie), avaient révélé depuis longtemps des situations comparables à celles révélées par la chaîne américaine. Et ils n’avaient pas suscité beaucoup d’émoi.

Faire davantage

Quoi qu’il en soit, « la Libye a besoin de notre aide à tous les deux, pas d’accusations », indiquait Donald Tusk, coprésident de ce sommet. Plus généralement, le président du Conseil se disait prêt à « faire davantage » pour tenter de résoudre cette question de la migration qui, soulignait-il, « va déterminer une part importante de notre relation dans les
années à venir ».

« Faire », mais aussi payer davantage ? Un Fonds fiduciaire pour l’Afrique est actuellement alimenté à hauteur de quelque 3 milliards d’euros par la Commission mais attend encore 66 des 260 millions promis par les pays membres, clairement sous pression pour aller au-delà de cet engagement puisqu’ils se disent désireux d’agir. Un plan d’investissement – semblable dans son principe au « Plan Juncker » pour l’UE – a quant à lui été approuvé en septembre par le Parlement de Strasbourg. La Commission y consacre 4,1 milliards d’euros et lance un appel au secteur privé pour qu’il atteigne un montant jusqu’à dix fois supérieur.

Le drame de l’esclavagisme en Libye a réveillé les consciences et donné soudain un visage à cette « jeunesse africaine » auquel les dirigeants entendent assurer un avenir. Reste une question : jusqu’où ira leur réel investissement ?

 Cyril Bensimon ) et Jean-Pierre Stroobants

Source : Le Monde.fr avec AFP  29.11.2017

Voir aussi : Rubrique Revue de presse, rubrique Politique, Politique de l’immigration, Esclavage en Libye: « tout le monde savait, Embarras de la gauche sur l’immigration, Perdre la raison face aux barbelés, Politique économique, La fabrique des indésirables, Politique Internationale, La solitude des ex-captives de Daech, rubrique SociétéUtilisation de gaz poivre contre les migrants à CalaisExploitation des migrants mineurs dans les « jungles » françaises, rubrique Méditerranée, Libye,

RDC: «Belgique assassin», quand des Congolais réclament la dépouille de Lumumba

Patrice Lumumba (à droite en chemise blanche) lors de son arrestation avec ses compagnons en décembre 1960 à Léopoldville (actuelle Kinshasa). Il a été assassiné le 17 janvier 1961. © Photo AFP

Patrice Lumumba (à droite en chemise blanche) lors de son arrestation avec ses compagnons en décembre 1960 à Léopoldville (actuelle Kinshasa). Il a été assassiné le 17 janvier 1961. © Photo AFP

C’est la deuxième fois en deux mois qu’ils descendent dans la rue pour réclamer la restitution par la Belgique du corps de Patrice Lumumba, héros de l’indépendance congolaise assassiné. Début octobre, ils avaient posé un cercueil vide devant la représentation diplomatique belge. Ils ont profité de la visite du ministre belge des Affaires étrangères à Kinshasa pour renouveler le même message.

«J’ai constaté ce matin que toutes les manifestations n’étaient pas interdites», a ironisé le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, présent à Kinshasa le 27 novembre pour l’inauguration de la nouvelle ambassade de son pays dans la capitale congolaise.

Aucun officiel congolais n’a fait le déplacement, mais une centaine de manifestants se sont invités à la cérémonie pour réclamer «la justice au sujet de l’assassinat de Patrice Lumumba», héros de l’indépendance congolaise, assassiné en 1961.

«Belgique assassin… Belgique Assassin», scandaient les manifestants. Ils se réclament d’une association congolaise dénommée Lisanga Lumumba.

«On a vu un Belge brandir la dentition de Lumumba à la télévision en affirmant qu’il détient deux dents de Lumumba. Avoir les dents, cela signifie avoir aussi tout le reste du corps. C’est pour cela que nous sommes venus réclamer auprès des Belges le rapatriement du corps de Lumumba. Il a été prouvé que les Belges ont bel et bien assassiné Patrice Lumumba», explique un manifestant à la BBC.

— bbcafrique (@bbcafrique) 27 novembre 2017

Gérard Soete, le «fossoyeur» belge de Lumumba
L’homme dont il est question est un ancien commissaire de la police belge dénommé Gérard Soete. Après avoir gardé le secret durant quarante ans, il avait avoué dans un documentaire diffusé à la télévision, avoir, avec l’aide son frère, découpé à la scie et dissous dans l’acide le corps de Patrice Lumumba.

«Il ne fallait pas que les partisans de Lumumba trouvent une tombe où venir en pèlerinage. Je devais me débrouiller tout seul. Des autorités belges étaient sur place. Elles ne m’ont pas dit de ne rien faire», avait-il précisé, avant de révéler un autre secret. Il avait affirmé avoir gardé en souvenir, des dents arrachées à la mâchoire du leader congolais assassiné.

«Les deux dents de Lumumba? Je les ai longtemps gardées, mais… je les ai jetées dans la mer du Nord, elles sont maintenant à dix milles de la cote. Personne ne les retrouvera plus jamais», avait-il révélé dans une interview à l’AFP le 15 mai 2001

Son témoignage repris dans le film de Michel Noll – Une mort de style colonial, l’assassinat de Patrice Lumumba  avait suscité un tollé à Kinshasa mais aussi en Belgique où une commission d’enquête parlementaire avait été mise en place pour éclaircir l’implication éventuelle des responsables belges dans ce crime. Les conclusions de l’enquête n’ont abouti à rien de concret.

Aujourd’hui, aucune trace d’éventuels restes du leader congolais assassiné n’a jamais été trouvée depuis le témoignage de celui qui affirme l’avoir fait disparaître.

Interpelé à Kinshasa par les jeunes de l’association Lisanga Lumumba, le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, a tenté de les rassurer sur la volonté de son pays de poursuivre le dialogue sur cette délicate question. Il a indiqué que son ambassadeur prendra contact avec leurs représentants.

Interrogés par le correspondant de la BBC à Kinshasa, les manifestants assurent qu’il n’y a aucune manipulation derrière leur action qui vise à obtenir la justice sur l’assassinat de Patrice Lumumba. Un message destiné à ceux qui voient derrière leur démarche la main du pouvoir congolais dont les relations avec la Belgique ne cessent de se déteriorer.

Martin Mateso

Source : Géopolis 28/11/2017

Actualité International, Rubrique AfriqueEn Afrique, le retour des présidents à vie, rubrique RDC,Transition à haut risque en RDC. Omniprésence des intérêts étrangers, Joseph Kabila, Mobutu light ?, rubrique Congo Brazaville,