La réévaluation du yuan en question

Une réévaluation de la monnaie chinoise, le yuan, comme l’ont récemment demandé les Etats-Unis, ne résolvera pas le déséquilibre du commerce mondial et pourrait même menacer l’économie mondiale, ont déclaré des experts ainsi qu’une agence de l’ONU.

CHINA CURRENCYLe poids du rééquilibrage de l’économie mondiale ne doit pas reposer sur un seul pays et sur sa monnaie, a déclaré mardi la Conéfrence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). « Attendre de la Chine qu’elle livre son taux de change à la merci de marchés hautement incertains et qu’elle prenne le risque de s’embourber dans une crise à la japonaise suite à l’appréciation de sa devise c’est ignorer l’importance du yuan pour la stabilté intérieure chinoise ainsi que pour la stabilité régionale et mondiale », souligne un document d’orientation émis par l’agence onusienne. Une perte de compétitivité de la Chine aurait des conséquences dangereuses pour le monde, précise le document.

Soumis à la pression des échéances électrorales et du taux de chômage élevé, cinq sénateurs américains ont présenté mardi un projet de loi comportant des sanctions sévères à l’encontre de la Chine au cas où elle ne réévaluerait pas sa monnaie. Ce projet est l’une des diverses propositions présentées par les membres du Congrès américain contre ce qu’ils appellent un yuan délibérément sous-évalué. Lundi, 130 membres du Congrès ont écrit au gouvernement, demandant à l’administration Obama de prendre des mesures pour tenter de réévaluer le yuan par rapport au dollar.

Cepandant, la CNUCED a noté qu’un système de taux de change complètement fixe/lié ou à l’inverse entièrement flexible/flottant nest pas efficace. L’expérience montre que ces « fausses solutions » contribuent à la volatilité et aggravent les déséquilibres mondiaux. Selon l’agence onusienne, la Chine est l’économie émergente qui a le plus oeuvré pour stimuler la demande intérieure pour lutter contre la crise mondiale. Ainsi, le volume de ses importations s’est considérablement accru. La consommation privée chinoise a augmenté à l' »allure folle » de 9% en 2009 en chiffres absolus, dépassant de loin les tentatives des autres grandes économies de relancer leur marché intérieur, a précisé la CNUCED.

Les tensions autour du yuan chinois ont commencé à émerger un mois avant que le département du Trésor américain ne décide ou non de qualifier dans son rapport semestriel au Congrès la Chine comme un pays manipulateur de devise. Le président Barack Obama a demandé jeudi dernier à la Chine d’adopter un taux de change davantage orienté vers le marché, ou de permettre le renforcement du yuan.La pression du président américain sur la Chine concernant le taux de change de sa monnaie est une manifestation de l’hypocrisie des pays occidentaux et ne fonctionnera pas, a déclaré un économiste britannique. » Le président joue avec le feu (…) Obama doit vraiment faire preuve de prudence. Les Etats-Unis courent le risque de déclencher ce qui pourrait devenir une guerre commerciale acharnée », a écrit dans le Sunday Telegraph Liam Halligan, économiste en chef chez Prosperity Capital Management. Même si les exportations chinoises se sont accrues de 46% au cours des deux premiers mois de 2010 en glissement annuel, il faut relativiser cette augmentation qui part d’un niveau bas dans la mesure où le mois de février 2009 se trouvait au milieu de la tempête des subprimes qui avait pris naissance aux Etats-Unis, a-t-il noté.

Il a également souligné le fait que l’excédent commercial de la Chine a chuté de 51% au cours de la même période, ce qui signifie que le fruit des exportations de la Chine a été inférieur à la hausse des importations. « Cela n’appuie pas l’hypothèse de M. Geithner (secrétaire américain au Trésor) selon laquelle le yuan est bien trop bas », a martelé M. Halligan. Evoquant l’appel lancé par M. Obama à la Chine pour qu’elle adopte un « taux de change plus orienté vers le marché », M. Halligan a indiqué que Washington est en fait le plus grand manipulateur de devise au monde.

« La réalité est que la politique du dollar faible des Etats-Unis – pratiquée depuis longtemps pour permettre à la dépréciation de leur monnaie afin de réduire la valeur de leur dette étrangère – est la plus grande manipulation de devise de toute l’histoire de l’humanité », a indiqué M. Halligan.

Xinhua

Voir aussi : Rubrique finance , La Chine resserre ses taux hypotécaires, Si Pékin cessait d’acheter la dette américaine,

Florence Aubenas : « vous dites bonjour, on vous regarde comme si le balai allait parler »

aubenasGrand reporter au Nouvel Observateur, Florence Aubenas a fait la plus grande partie de sa carrière à Libération. Pour écrire Le quai de Ouistreham (éditions de l’Olivier) elle a pris la décision de se mettre dans la peau d’une femme de ménage pendant six mois.

 » Votre choix initial était-il de mener un travail de journaliste ?

Face à la crise qui se profilait à l’horizon, il m’a semblé intéressant d’aller voir à hauteur d’homme et de femme comment cela se passait sur le terrain. Je n’ai pas trop réfléchi à la forme, j’ai abordé le sujet comme un reportage au sens strict du terme. Je ne suis ni sociologue ni éditorialiste. J’ai voulu raconter le monde tel que je le rencontrais.

Cela correspond à une certaine vision du métier en rupture avec la réactivité immédiate…

En partant pour une durée indéfinie, je voulais me donner le temps dont on ne dispose pas habituellement. J’ai commencé par prendre un congé sans solde de quatre mois, que j’ai prolongé. Par rapport aux contraintes du métier, que j’apprécie, c’est évidemment un luxe journalistique. Au début, je pensais que cela prendrait la forme d’un journal de bord. Mais je rentrais tard, je reprenais tôt. Je n’y arrivais pas.

Quel regard portez-vous sur le traitement médiatique de la société qui se résume le plus souvent aux faits divers ?

Curieusement, les journalistes traitent davantage les éléments inhabituels. Les journaux sont fait pour ça. Nous sommes formés dans cette logique, et finalement on traite plus facilement l’extraordinaire que l’ordinaire. Dans tout type d’approche sociale, il faut plus de temps et plus de place. Raconter le quotidien est plus difficile compte tenu du cadre dans lequel les journalistes travaillent. Les rédacteurs en chef vous demandent un traitement optimiste des choses parce que les gens sont déjà déprimés… Il y a une conjonction d’éléments qui fait que ces sujets là sont difficiles à traiter.

Votre soutien aux confrères de France 3 tenus en otages en Afghanistan semble reposer sur une mobilisation nécessaire de l’opinion publique mais aussi contre une certaine dévalorisation de la profession par le gouvernement ?

Au départ, le gouvernement a demandé aux journalistes de ne pas faire trop de publicité à cette affaire pour optimiser les négociations et ne pas nuire aux conditions de leur libération. La presse a joué le jeu. Ceux qui n’ont pas respecté les règles sont ceux qui l’avaient demandé. Plusieurs membres du gouvernement, Claude Guéan, le général Georgelin… se sont précipités pour briser ce souci de confidentialité en dévalorisant leur travail. Le problème est, dès lors, double. Si c’était dangereux de parler d’eux, pourquoi l’ont-ils fait ? Et pourquoi accabler des gens qui ont déjà la tête sous l’eau ? On ne peut pas venir nous expliquer : l’Afghanistan est un endroit primordial pour l’Occident ; nous devons y envoyer des soldats pour y défendre nos valeurs fondamentales et interdire à la presse de s’y rendre parce que ce serait trop dangereux. Les journalistes sont partis là-bas faire leur métier, et je ne vois pas pourquoi on les accable d’un coup, comme s’ils avaient fait du ski hors-piste.

Voyez-vous un lien entre votre expérience d’otage en Irak en 2005 et celle que vous venez de vivre à Caen ?

Je n’y ai pas pensé du tout. Mais je ne suis pas quelqu’un de très introspectif. Cela ne veut pas dire que ce lien n’existe pas.

Votre livre permet la découverte du monde ignoré de la précarité. Je pense par exemple à la formation des agents d’entretien où l’on apprend surtout à être invisible …

Effectivement, en exerçant cette profession, vous réalisez que la principale qualité que l’on vous demande c’est d’être invisible. Pour parler de votre boulot, on va vous dire : elle est formidable, elle est venue, on ne l’a pas vue, on ne l’a pas entendue. On ne vous regarde pas, quand vous entrez et quand vous dites bonjour, on vous regarde comme si le balai allait parler. Parfois on parle de votre entreprise à la radio, c’est généralement pour annoncer le licenciement de 200 salariés mais on ne cite pas les intérimaires et les externalisés. Ces personnes sont dans l’ombre, dans le non-droit du travail dérégulé. Un certain nombre d’employeurs y trouvent leur compte. Dans cette catégorie de personnel, si vous dites je ne travaille pas le dimanche, vous ne travaillez pas.

La pression exercée et la mise en concurrence orchestrée par les marchands de main d’œuvre semble terrifiante…

La concurrence est omniprésente, entre les employés et les entreprises qui négocient les contrats de ménage à la baisse. Au bout de la chaîne, c’est la personne qui passe le balai qui se retrouve à courir. Tout ce qui concourt à la protection des salariés et à la régulation des relations employés – employeurs n’est pas pertinent dans cette zone là qui concerne quand même 20% des salariés français. Une zone où les syndicats n’ont plus prise.

Dans votre livre l’aspect humain est très présent à travers l’expérience de ces femmes qui s’anesthésient pour faire face aux humiliations. Vous mettez le doigt sur un processus d’auto-dévalorisation qui s’exerce chez certaines d’entre-elles…

C’est sûr que le travail précaire est avant tout féminin. 80% des précaires sont des femmes. 80% des Français qui sont sous le Smic sont des femmes. Et 80% des Français qui sont juste au-dessus du Smic sont des femmes. Donc les travailleurs pauvres et malmenés sont des femmes. J’avais une idée reçue très idiote qui était de penser que le travail précaire regroupe peu ou prou une population homogène. Ce qui est tout à fait faux. Il y a des retraitées, des lycéennes, des mères de famille, des gens qui débutent avec de l’ambition, d’autres qui ont dégringolé et qui subissent en souffrant. Il y a des réalités très différentes. Pour moi, une des grandes leçons de cette expérience, c’est de me dire que le travail précaire concerne tout le monde. Les femmes avec qui je suis restée en contact me disent, on n’est pas des précaires. Elles vivent cette désignation comme une forme de marginalisation. Elles disent on est la France de tous les jours. On est la France normale. Et elles ont raison parce que c’est là que l’on en est aujourd’hui. Mais comme ce monde est invisible on n’a pas vu cette France normale devenir précaire « .

Recueilli par Jean-marie Dinh

Florence Aubenas Le quai de Ouistreham aux éditions de L’Olivier

Voir aussi : Rubrique Livre les bonnes feuilles du Nouvel Obs, Rubrique Médias rassemblement de soutien aux otages , exemple pratique d’un petit soldat du journalisme , médias banlieue et représentations, rubrique Société, sans papier nouveaux esclaves, La France continue à détruire des emplois , 8 millions de pauvres en France,

Téléchargement illégal: Hadopi aurait un effet négatif sur le marché légal

piratebay_appleLe nombre de pirates sur internet aurait augmenté de 3% en France depuis l’adoption de la loi contre le téléchargement illégal, Hadopi, qui pourrait aussi avoir comme effet pervers de priver le marché légal d’une partie de ses consommateurs, selon une étude citée par Les Echos. « Le nombre de pirates aurait augmenté de 3% entre septembre et décembre, soit trois mois après l’adoption de la loi Hadopi II », à l’automne 2009, rapporte le quotidien économique, citant une étude réalisée par des chercheurs de l’université de Rennes 1. Selon cette étude, la première du genre, « à peine 15% des internautes qui utilisaient les réseaux +peer to peer+ avant l’adoption de la loi Hadopi ont définitivement cessé de le faire ».

Les réseaux +peer to peer+ permettent de partager directement des fichiers, notamment de la musique ou des vidéos, de +pair à pair+ entre internautes. Selon Les Echos, « le téléchargement illégal utilise d’autres voies, comme le téléchargement direct, via des sites d’hébergement (…) ou le visionnage (sans téléchargement, du type +streaming+). Des pratiques qui ne peuvent pas être détectées en l’état par Hadopi, alors même que les sites de +streaming+ sont devenus plus populaires que les réseaux +peer to peer+ ».

« Au total, plus de 3 millions d’internautes passeraient donc au travers des mailles d’Hadopi. La loi ne ciblerait, elle, +que+ 2,7 millions de Français », selon le quotidien.
Effet pervers de la loi, « les +pirates numériques+ se révèlent être, dans la moitié des cas, également des acheteurs numériques (achat de musique ou de vidéo sur internet). Couper la connexion internet des utilisateurs du réseau +peer to peer+ pourrait potentiellement réduire la taille du marché des contenus culturels numériques de 27%. Une extension de la loi Hadopi à toutes les formes de piratage numérique exclurait du marché potentiellement la moitié des acheteurs de contenus culturels numériques », estime cette étude.

« L’étude, pourrait contribuer à tempérer les attentes des ayants droit quant à la loi Hadopi ». Relevant que, lors du dernier Marché international de la musique et de l’édition musicale (Midem), « l’industrie musicale se félicitait de l’augmentation des ventes sur internet », espérant y voir « un premier effet de la loi Hadopi ».

AFP

Voir aussi : Rubrique Internet les eurodéputés font pression sur la France, Rubrique Politique L’Assemblée Nationale Adopte la Loppsi,

Sarkozy vante le nucléaire civil comme « ciment d’une nouvelle solidarité internationale »

carte_nuage_nucleaire_japonNicolas Sarkozy a résolument plaidé pour le développement du nucléaire civil dans le monde, souhaitant qu’il devienne « le ciment d’une nouvelle solidarité internationale » et que la France y joue un rôle moteur, lors de la conférence internationale organisée lundi à l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques, à Paris.

« La France veut coopérer avec tous les pays qui souhaitent le nucléaire civil », a déclaré le chef de l’Etat, inaugurant la conférence. « La population mondiale croît et s’enrichit. Nous aurons besoin de 40% d’énergie en plus d’ici 2030 », a-t-il expliqué. « La solution n’est pas dans les idéologies de la décroissance ou du repli« , a argumenté M. Sarkozy, montrant du doigt « des idéologies égoïstes qui veulent maintenir les pauvres dans la pauvreté ».

La priorité va à la « lutte contre le réchauffement climatique », a assuré le président. « Il faut le nucléaire civil et il faut les énergie renouvelables, il faut les deux », a-t-il estimé, rappelant que « 80% de la croissance de la consommation électrique d’ici 2030 viendra de pays non membres de l’OCDE: il faut donc que le nucléaire s’implante dans de nouveaux pays« . Dans ce contexte, a-t-il dit, « le nucléaire civil peut être aux yeux de la France le ciment d’une nouvelle solidarité internationale ». Dressant la liste des « points essentiels » à ses yeux, M. Sarkozy a d’abord évoqué le financement du nucléaire civil dans le monde: « je ne comprends pas et je n’accepte pas l’ostracisme du nucléaire dans les financements internationaux », a-t-il affirmé, y voyant « matière à scandale ». Les institutions financières internationales -notamment la Banque mondiale- doivent à son avis s’engager « résolument » dans le financement de l’énergie nucléaire civile.

Toutefois, a-t-il souligné, « il ne peut pas y avoir de développement du nucléaire civil sans engagement de la transparence ». En matière de « sûreté nucléaire », le président a donc souhaité « qu’un organe indépendant sous l’égide de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique, dépendant de l’ONU) établisse sur des bases scientifiques et techniques incontestables une grille d’analyse internationale », ainsi que la mise en place d’un classement des réacteurs proposés sur le marché « selon le critère de la sûreté ».

Nicolas Sarkozy a insisté sur le « respect de la non-prolifération » de l’armement nucléaire, mettant en exergue « la décision volontaire prise en 2003 par la Libye » dans ce domaine -laquelle Libye n’a pas répondu à l’invitation à la conférence de lundi. « Je propose donc que nous suspendions notre coopération nucléaire avec les pays qui ne respectent pas leurs obligations », a-t-il déclaré. « La France sera intraitable à l’encontre de ceux qui violent les règles de sécurité collectives« , a averti le président français.

Le chef de l’Etat a annoncé la création d’un « Institut international de l’énergie nucléaire » à Saclay (Essonne) et Cadarache (Bouches-du-Rhône), dans le cadre « d’un réseau international de centres d’excellence spécialisés en cours de constitution ». Il a aussi évoqué le thème de la « sécurité de l’approvisionnement en combustibles », en proposant la « création d’une banque du combustible à l’AIEA ».

Enfin, en ce qui concerne la « gestion des combustibles usés et des déchets ultimes », M. Sarkozy a prôné « le recyclage », sur le modèle de la France. « Il me semble que c’est la voie la plus prometteuse pour l’avenir », a-t-il estimé. « C’est pourquoi la France veut continuer à coopérer avec de nombreux pays en mettant ses installations de retraitement et de recyclage au service de tous ceux qui n’en ont pas. » Dans la foulée du président français, le président de la commission européenne José Manuel Barroso a mis en exergue le cas de pays comme l’Iran ou la Corée du Nord, « dont les activités nucléaires présentent des risques de sécurité pour la communauté mondiale ».

« Tout pays a le droit d’accéder au nucléaire civil. Les traités internationaux le précisent bien. Mais pour l’Europe, le respect des normes de sûreté, de sécurité et de non-prolifération les plus strictes n’est pas négociable », a-t-il à son tour insisté. Par ailleurs, M. Barroso a incité le reste du monde à s’aligner sur l’Union européenne, qui depuis juin 2009 a adopté « un cadre communautaire pour la sûreté des installations nucléaires ». Cette décision donne « une force juridique contraignante aux principales normes internationales de sûreté nucléaire, notamment celles de l’AIEA » a-t-il souligné.

AP 09/03/10

Fillon mise sur l’aide de Tokyo pour défendre le nucléaire civil au G8

Le Premier ministre français François Fillon a plaidé , au deuxième jour de sa visite au Japon, pour que les deux pays soutiennent ensemble au G8 la cause du nucléaire civil, seule voie selon lui pour répondre aux besoins d’énergie des pays émergents.

fillon-japon-nucleaire

La France et le Japon doivent être « les porte-parole au niveau mondial d’une utilisation raisonnée de l’énergie nucléaire« , a-t-il lancé en visitant à Rokkasho (nord) un centre de retraitement inspiré de celui de La Hague (ouest de la France). Le ministre de l’Economie japonais, Akira Amari, qui l’accompagnait, a affirmé que cette déclaration était « un message extrêmement important » sur les « défis difficiles » que sont l’énergie et le climat, les deux dossiers-phare du prochain sommet du G8, sur l’île japonaise de Hokkaido.

La réunion aura lieu du 7 au 9 juillet, et M. Fillon a « espéré »  que Paris et Tokyo sauront proposer d’ici là aux autres membres du G8 « une action commune » en faveur du nucléaire civil. Les deux pays multiplient depuis plus de trois décennies les coopérations industrielles dans le domaine nucléaire. Dans une nouvelle déclaration écrite vendredi, ils affirment partager « la même vision du rôle prépondérant qu’aura l’énergie nucléaire pour la prospérité et le développement durable au XXIe siècle ».

Un thème que M. Fillon a développé  à Rokkasho, un site né d’une association entre Japan Nuclear Fuel et le français Areva. Refuser aux pays émergents l’accès au nucléaire civil, a-t-il lancé à la presse, serait « une faute politique » provoquant « l’instabilité à terme du monde« . « Si on n’est pas capable de trouver, grâce à la science, le moyen d’apporter à ces habitants l’énergie dont ils ont besoin pour leur développement, alors nous nous préparons des jours extrêmement sombres« , a-t-il encore prévenu.

La France a signé ces derniers mois des accords de coopération nucléaire civile avec l’Algérie, la Libye et les Emirats arabes unis. Ceux-ci sont vus comme une première étape avant l’étude de centrales nucléaires.  Areva a, pour sa part, conclu un accord avec Mitsubishi Heavy Industries pour développer un réacteur nucléaire adapté aux pays émergents. Le chef du gouvernement français a également insisté au Japon sur l’intérêt du nucléaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. « Si l’on prend en compte la totalité des centrales nucléaires européennes, l’économie de rejet de CO2 dans l’atmosphère, c’est l’équivalent de la totalité du parc automobile européen », a-t-il encore souligné.

M. Fillon est le premier dirigeant français à se rendre officiellement le Japon depuis Jacques Chirac en mars 2005. Il sera suivi en juillet par le président Nicolas Sarkozy, qui fera une brève étape à Tokyo sur la route du G8.Ces deux visites successives, a-t-on confié de source française, sont utiles pour « rassurer » le gouvernement japonais, « inquiet » de l’intérêt croissant porté par la France et les Européens en général à l’éternel rival chinois.

AFP : 12/04./08 –

Voir aussi : Rubrique Economie Nucléair civil:  tour du monde des nouvelles puissances, rubrique Santé Manifeste pour l’indépendance de l’OMS, rubrique Japon L’accident nucléaire,

Le grand échec du mur entre les Etats-Unis et le Mexique

Le vernissage de l'expo a eu lieu sous l'ère Bush

Plus de trois ans après, la grande barrière de la frontière mexicaine et ses mouchards high-tech ne parvient pas à stopper les afflux des immigrés, attirés par l’Eldorado américain. Prévue pour être totalement effective en 2011, elle ne le sera pas avant 2017. Et encore.

Elle devait dessiner la postérité de l’ère Bush  sur 3 500 kilomètres de désert, comme un monument sécuritaire aux grandes peurs de l’après 11 septembre; à la lutte contre les incursions de terroristes, d’immigrants clandestins ou de suppôts des cartels de la drogue sud- américain.

Mais la « grande barrière » de la frontière mexicaine, un mur de métal, de béton et de mouchards high tech qui devait se dérouler, dès 2011, de San Diego, sur la côte pacifique, jusqu’à Brownsville au Texas, ne sera vraisemblablement pas terminée avant la fin de la décennie. En 2017, ou plus tard encore, et pour un prix à faire pâlir ses promoteurs républicains, confiaient, cette semaine, des membres de l’administration Obama.

Lancé en octobre 2006  par un vote d’un Congrès acharné à colmater une frontière poreuse et incontrôlable en raison des distances, devenu « un risque majeur d’infiltration de membres d’Al Qaeda » aux Etats-Unis, le « mur de la haine » honni par les organisations de protection des immigrants, devait consister en une double enceinte grillagée haute de trois mètres cinquante, hérissée de miradors et sertie d’un no man’s land patrouillé par les gardes frontières, eux-mêmes secondés par un système de senseurs et de télésurveillance unique au monde.

Traversée plus de 3000 fois en trois ans

S’il n’a jamais été question de fermer physiquement toute la longueur de la frontière, mais de clore une série de tronçons vulnérables, sur une distance totale d’environ 1 000 kilomètres, même ce premier projet laisse à désirer.

Au prix de 3,5 milliards de dollars, les Etats frontaliers et le gouvernement fédéral n’ont pour l’instant réussi qu’à installer une clôture bricolée faite de grillages ou de plaques de métal, destinée surtout à empêcher le passage illégal à travers champs de véhicules  chargés de clandestins ou de cocaïne mexicaine.

Avec une efficacité discutable: selon le GAO, la Cour des Comptes américaine, ces portions de barrières ont été traversées plus de 3 000 fois en trois ans, découpées ou trouées à 1 300 reprises par les immigrants ou leurs passeurs, les fameux « coyotes » experts du terrain, qui n’ignorent rien des habitudes des « border patrols ».

En héritant de l’édifice inauguré par l’administration précédente, Janet Napolitano, nouvelle Secrétaire à la « Homeland Security », supervisant tous les agences liées à la sécurité du territoire, et ancienne gouverneur d’Arizona, un Etat frontalier, ne s’est pas privé de sarcasmes: « On peut toujours rehausser une barrière à 3,5 mètres ironise t-elle.  Mais cela aura pour conséquence essentielle l’invention d’une échelle plus haute ».

Les zones de barbelés n’offrent aucune panacée sécuritaire. La dissuasion la plus efficace reste l’immensité du désert, où l’on retrouve chaque année près de 300 cadavres de migrants vaincus par la chaleur et la soif; et, dans une moindre mesure, le zèle des garde-frontières.

Les radars multiplient les fausses alertes

Voilà pourquoi le « Fence Project », le projet de barrière, s’accompagne d’un investissement de plus de 8 milliards de dollars dans une surveillance électronique de nouvelle génération, hybride de vidéo terrestre, de senseurs de nouvelle génération, appuyé par les satellite espions du Pentagone et de la Homeland Security.

Le système, testé par son maître d’oeuvre, une filiale de la division militaire de Boeing, sur un tronçon de 50 kilomètres de frontière en Arizona, se révèle un échec cuisant. Aux dires même de Mark Borkowski, directeur du projet « barrière électronique » au Department of Homeland Security, « la dimension technologique s’est avérée un défi imprévu. Nous avons toujours cru que ce serait un jeu d’enfant ».

Or, les radars de nouvelle génération multiplient les fausses alertes au moindre mouvement d’une branche d’arbre ou à chaque passage d’un animal. Le temps de réponse des satellites, coordinateurs de l’ensemble, apparaît incompatible avec la rapidité des mouvements humains, et l’astuce des passeurs, qui expédient des leurres dans le champs des radars, mobilisent les drônes et les patrouilles avant de lancer une incursion d’immigrants, ou de trafiquants de drogue à des dizaines de kilomètres de là. La police, impuissante, assiste sur ses écrans dernier cri, au défilé des clandestins.

Tim Peters, directeur des essais chez Boeing Global Security systems, bat sa coulpe sans finasseries. « Nous faisons tout pour régler les problèmes, assure t-il . Et nous reconnaissons que les attentes de nos clients n’ont pas été satisfaites ». Les logiciels sont à revoir, autant que les solutions simplistes en vogue dans les années 90.

Philippe Coste  L’Expresse