Suivi Fukushima juillet 2011: Il est plus important de limiter les radiations que l’information

L’ingénieur nucléaire américain Arnie Gundersen fait le point sur la contamination radioactive détectée autour de Fukushima et partout dans le Japon.

Les Réacteurs

Emanations radioactives visibles la nuit. Les réacteurs 1, 2, 3 et 4 continuent de relâcher des émissions radioactives. Nous ne les voyons pas durant la journée à cause de la chaleur et de l’humidité. Cependant, durant la nuit, vous pouvez les observer sur les images de la webcam. Les nuages blancs sont de la vapeur qui contiennent des particules et qui s’échappent des réacteurs. Certaines personnes m’ont écrit pour me demander s’il ne s’agissait pas de l’imminence d’une explosion ou d’incendies. Mais il s’agit bien de la vapeur radioactive qui s’échappent des réacteurs .

La plus grande partie des radiations a été relâchée durant les mois de mars et avril 2011. Actuellement, les radiations qui s’échappent sont bien moins importantes que durant les deux premiers mois. Durant les six premières semaines,  95 % des radiations se sont échappées de Fukushima. Cependant, Fukushima va relâcher des radiations pendant encore beaucoup de temps. Les Japonais sont en train de construire de larges tentes qui devraient recouvrir les réacteurs. La première tente est en construction et elle va recouvrir le Réacteur 1. Il en ira de même avec les Réacteurs 2, 3 et 4. Dès septembre, l’objectif de ces tentes est de récupérer la vapeur radioactive et de la traiter.

De plus en plus, l’opérateur doit faire face aux liquides contaminés qui s’infiltrent dans le sous-sol et qui se trouvent sur le site. Mais dans le futur immédiat, il n’y a aucune solution  pour les éliminer.

10 ans pour commencer à extraire le combustible Nucléaire !

Les Japonais annoncent qu’il faudra en tout cas 10 ans pour commencer à extraire le combustible nucléaire.  Actuellement il n’y a aucune technologie qui permet d’enlever ce combustible qui se trouve au fond des bacs de rétentions sous les réacteurs. Le combustible a percé la jupe des réacteurs et se trouve dans les bacs de rétentions. Aux États-Unis, à Three Miles Island, le combustible se trouvait dans le réacteur. Ici, il se trouve sur le sol, sous les réacteurs. Cette situation est totalement nouvelle. Il va falloir ramasser ce combustible liquide hautement radioactif et ce processus pourra durer 10 à 20 ans.

La Contamination Nucléaire

Pour moi, ce qui m’inquiète le plus, ce sont les informations qui proviennent du site. Certains de mes amis biologistes, qui ont travaillé à Tchernobyl, sont allés au Japon pour faire des tests scientifiques. Ils avaient imaginé et anticipé que la situation n’allait pas être bonne. Cette semaine, j’ai reçu un appel téléphonique qui me disait que la situation est vraiment, vraiment mauvaise. Ce sont des scientifiques qui ont l’habitude des radiations. Les conditions qu’ils ont trouvées à Fukushima sont bien pires que ce qu »ils avaient imaginé.

Il y a des évidences qui corroborent leurs recherches. Par exemples, les champignons, à plus de 60 km de la Centrale, contiennent des taux bien supérieurs aux limites fixées par les Japonais. Détail intéressant, ces champignons ont été cultivés à l’intérieur. Comment les champignons cultivés à l’intérieur peuvent-ils dépasser les limites légales de radiations extérieures fixées par le gouvernement?

Un autre exemple vient de la contamination du bétail dans la Préfecture de Fukushima. Tout avait débuté avec 8 vaches, ensuite 40 vaches et maintenant plus de 100 et je suis sûr qu’il va y en avoir encore plus dans le future. Un point intéressant est que les vaches ont été élevées entre 60 et 90 km de la Centrale. Elles montrent des taux de Césium bien au-delà de ce qui peut être approuvé pour la consommation. Quand ces vaches ont été commercialisées, le gouvernement japonais n’avait pas fait de test sur la viande.

La question la plus importante est: comment est-ce que ces vaches ont été contaminées?

Il se trouve que les vaches sont nourries avec du foin de riz. Ce foin, récolté au-delà de 60 km, a été apporté aux paysans qui se trouvaient dans la Préfecture de Fukushima. Cette paille a été contaminée à 500’000 Becquerels par kg. Il s’agit d’une contamination au Césium. Le césium a une demi-vie de 30 ans. Dans 30 ans, la contamination sera toujours de 250’000 Becquerels par kg et dans 60 ans 125’000 Becquerels par kg.

Cela c’est passé à plus de 65 km. Vous vous rappelez que la Commission nucléaire avait demandé une évacuation au-delà de 80 km. Cette situation indique que la NRC avait raison. Le gouvernement japonais aurait dû évacuer sa population à plus de 80 km au lieu des 20 km actuels.

La radiation a dépassé les frontières de la préfecture de Fukushima, mais le Gouvernement ne semble se soucier que des taux dans cette préfecture.

Black Rain – Les Pluies Noires

La dernière chose dont je voudrai parler aujourd’hui est ce qui se passe au-delà de 80 km. Il est très clair qu’avec les mesures radioactives et la paille qui ont été découvertes et relevées qu’il y a des endroits, même au-delà de 80 km qui sont autant contaminés qu’à Tchernobyl.

A Tokyo, j’ai ici une lettre d’un habitant qui a fait analyser le sol d’une cours pour jeux d’enfants. Les résultats montrent qu’il y a 53’000 becquerels par kg à cet endroit. Cette personne était tellement préoccupée qu’elle a été voir le maire de Kashiwa City qui lui a répondu de ne pas s’inquiéter. Nous avons un citoyen qui a payé une étude et qui l’a présentée aux autorités et qui ne peut aller nulle part avec ce gouvernement.

Il y a une autre information qui vient de National Cancer Center Hospital East. Elle se trouve sur leur site internet. Ce document montre que 11 jours après l’accident (mars 24), le niveau de radioactivité à l’extérieur du bâtiment était 30 fois plus élevé qu’à l’intérieur. Il y a eu une déposition sur le sol d’éléments radioactifs. Il s’agit d’un hôpital spécialisé et ils savent comment mesurer la radioactivité.

Le dernier rapport que je veux vous montrer provient d’un e-mail. Chaque jour je reçois un e-mail d’un éminent physicien, le Dr. Saji, ex secrétaire de la Commission de la sécurité nucléaire. Il y a deux jours, il m’a écrit ceci à propos du foin contaminé : Je crois que cela est dû au stockage de la paille à l’air libre lors du passage du panache, et particulièrement durant la première semaine de la «Pluie Noire ». (Black Rain).

« Black Rain »  « Pluie Noire » n’est pas un terme que le Dr. Saji utilise légèrement. Cependant, c’est ce qu’il s’est passé au Japon. Ce que Dr. Sagi mentionne, se sont des nuages de particules radioactives qui ont déposé un peu partout de la radioactivité dans le nord du Japon.

Au lieu de limiter l’information, Il est plus important de limiter les radiations.

Les japonais sont des personnes pleines de ressources et la victoire de l’équipe féminine de foot le montre. Mais ils ont le droit de connaître l’importance du problème auquel ils font face dans le but de faire face de manière correcte. Au lieu de limiter l’information, Il est plus important de limiter les radiations.

Traduit du  site officiel du Dr. Arnie Gundersen:

par Laurent Horvath pour le site 2000 Watts.Org

 

A suivre : La veille de Laurent Horvath l’ économiste spécialisé, fondateur du site 2000watts.org sur lequel il décrypte en continu la catastrophe nucléaire de Fukushima et la course-poursuite des «ouvriers kamikazes» pour éviter le pire. Fukushima fil de l’information

Voir aussi :  Rubrique Japon, Fukishima information et désinformation, Une légende à réinventer, L’accident nucléaire, Multiplication par 90 en trois jour du niveau de césium radioactif, Politique internationale, Fillon et Sarkozy misent sur l’aide de tokyo pour défendre le nucléair civil, rubrique Economie, Nucléair civil:  tour du monde des nouvelles puissances, Rubrique Santé, Manifeste pour l’indépendance de l’OMS, On Line «Areva au cœur du réacteur de Fukushima»

Marion Aubert :« Je voulais que rôde une forme de bestialité »

 

Rencontre. L’auteure montpelliéraine Marion Aubert a écrit « Le Brame des Biches » pour Le théâtre du peuple. Actuellement sur les planches du théâtre mythique vosgien.


Marion Aubert, auteure contemporaine et comédienne, est  issue du Conservatoire national de région de Montpellier, dirigé par Ariel Garcia Valdes. Elle est l’une des fondatrices de la Cie Tire pas la nappe dont elle assure la direction artistique avec Marion Guerrero. Elle a écrit une quinzaine de pièces. En dehors de sa compagnie, elle répond aux commandes de différents théâtres ou metteurs en scène. Le directeur du Théâtre du Peuple de Bussang, Pierre Guillois, lui  a commandé sa dernière pièce Le brame des biches * actuellement sur les planches de ce lieu emblématique vosgien.

 

Votre dernier texte est actuellement monté au Théâtre du Peuple de Bussang. Quel  a été le cheminement de cette aventure ?

« A l’origine, c’est une commande de Pierre Guillois, qui dirige ce théâtre depuis 2005. Cela c’est fait de manière intuitive. Il a pensé que je pourrais être touchée par ce lieu et peut-être que le côté irrévérent de mon travail s’adapterait bien à cette forme singulière de théâtre.

Comment est né Le Théâtre du peuple ?

Ce lieu est un cas particulier, que l’on peut considérer comme l’ancêtre du théâtre populaire. Il a vu le jour à la fin du XIXe, à l’initiative de Maurice Pottecher un homme de théâtre issu d’une famille de tisserands qui a construit un théâtre en bois perdu dans la nature pour faire jouer les ouvriers. La tradition s’est poursuivie jusqu’en 1965. Elle a repris en 1976, relancée par le petit-fils de Maurice Pottecher.

Sur quelles bases avez-vous abordé l’écriture du texte ?

J’avais un peu plus de temps. Je me suis beaucoup documentée. C’est un cas à part dans mon travail d’écriture habituellement plus instinctif. L’action se situe à Bussang dans la seconde partie du XIXe. Je me suis intéressée à l’histoire du Théâtre du peuple, aux conditions de vie de l’époque. J’étais dans le féminisme, j’ai lu l’essai de Geneviève Fraisse, Service et servitude qui aborde la relation dissymétrique entre maître et domestique. Je voulais aussi travailler sur l’idée d’un mélodrame que l’on retrouve dans les pièces de Pottecher. Après, tout cela s’est enchevêtré. Au final, la pièce donne une vision assez étrange et baroque de ce qui pouvait se passer à l’époque. Ce n’est pas un spectacle sur la misère au XIXe.

 

Elle compte une multitude de personnages dont deux femmes : Clara l’ouvrière et Mathilde la bourgeoise qui ont le vertige  …

Oui, mais peut-être qu’en définitive tout le monde est pris par le vertige. Clara et Mathilde n’ont pas de prise sur leur vie. Chacune dans leurs conditions, elles n’ont clairement pas le choix. On a l’impression que les hommes l’ont…

Le climat évoque l’homosexualité et flirte aussi avec la cruauté des contes ?

C’est la première fois que j’aborde le thème de l’homosexualité, féminine et masculine, sans parti pris, intuitivement. Cela m’intéresse parce que tout devient confus dans les relations. Dans le texte, on parle de La belle et la bête. J’avais envie de travailler sur la dévoration. Tous les personnages sont un peu des animaux. Je voulais que rôde une forme de bestialité un peu comme dans Le Ruban Blanc de Haneke.

On retrouve votre univers féroce. Gouverner par leurs obsessions les personnages s’affranchissent des codes de la représentation sociale…

Je vais jusqu’au bout et je ne lâche pas jusqu’à ce qu’ils crachent le morceau. Un jour quelqu’un m’a dit que mes personnages avaient leurs instincts sexuels pour condition générale. Cela m’intéresse de faire lutter les fantasmes. Dans Le brame des biches, les rôle s’échangent. Les personnages rêvent que les autres veulent leur place. C’est l’histoire de ces désirs qui met les rôles en jeu. A un moment, les fondamentaux fléchissent. La patronne ploie par la fuite et le patron ploie… sous lui-même.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez vu la pièce à Bussang ?

Traditionnellement, quelques professionnels se mêlent à la pièce. Mais le Théâtre du peuple reste avant tout interprété par des amateurs, ce qui est peu ordinaire. S’ajoute le cadre rural qui n’a rien à voir avec Paris où les CDN. Les acteurs sont souvent beaux où alors ils sont choisis parce qu’ils sont moches. Sur une cinquantaine d’acteurs j’étais heureuse de voir des gens gros et moches. Cela m’a surprise moi-même de mettre imaginer un type de physique pour certains personnages. Sur scène, il y avait plein de gens improbables venus de partout. J’avais l’impression que le monde était mieux représenté. La présence du public m’est apparue comme une figure théâtrale vraiment vivante. Ce qui correspond bien à ma pratique frontale du théâtre.

A Bussang, il est de coutume d’ouvrir les portes sur la nature, est-ce que vous voulez les voir s’ouvrir sur la misère ? interroge le metteur en scène de la pièce. « NON ! » s’écrit chaque après-midi le public ».

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Le brame des Biches jusqu’au 27 aôut au Théâtre du Peuple de Bussang.

La pièce est publiée chez Actes-Sud-Papier n 2011

Voir aussi : Rubrique Théâtre , Les Chonchons de Marion, rubrique Rencontre, rubrique Livre, Livre, Maxa le femme la plus assassinée du monde,

Crise financière et émeutes de Londres : des signaux d’alarme

Le mouvement du Caire

C’est le choc des images : celles de Londres en proie aux pires émeutes de mémoire de Londonien, et celles de la Bourse et de ces visages atterrés de traders sous le choc. Qu’est-ce que ces deux scènes sans rapport apparent nous disent sur notre monde ?

La crise financière et la violence urbaine : le rapprochement est hasardeux, et pourtant, inévitable, ne serait-ce que parce que ces deux sujets se disputent la une des journaux sans qu’il soit aisé de les analyser à chaud.

Le rapprochement, pourtant, s’impose, car réduire les émeutes de Londres, comme le font de nombreux politiciens et journalistes britanniques, à de simples actes criminels, sans prendre en considération le contexte économique et social dans lequel elles se produisent, relève de l’aveuglement. Même si les scènes de pillage, la dégradation gratuite, et la violence sans but évident brouillent le sens et facilitent les analyses réductrices, comme en France en 2005, lors de l’explosion des banlieues.
« Observez et pleurez pour notre avenir »

C’est dans le Daily Telegraph, le vieux quotidien conservateur, pourtant, qu’à côté des éditoriaux « law and order », on trouve cette analyse de Mary Riddell, chroniqueuse du journal :

« Ce n’est pas une coïncidence si les pires violences que Londres a connues en plusieurs décennies se déroulent dans un contexte d’économie mondiale en train de s’effondrer.

Bien que l’épicentre de l’actuelle crise soit dans la zone euro, les gouvernements britanniques successifs se sont employés à cultiver la pauvreté, les inégalités, et l’inhumanité qui sont aujourd’hui exacerbées avec la crise financière.

L’absence de croissance de la Grande-Bretagne n’est pas un sujet de discussion ni même un argument pour accabler George Osborne [le chancelier de l’échiquier ou ministre de l’Economie et des Finances britannique, ndlr], pas plus que notre force de non-travail sans formation, démotivée et sous-éduquée, n’est une variable d’ajustement de notre bilan national.

Observez les équipes de casseurs à l’action dans les rues de nos villes, et pleurez pour notre avenir. La génération perdue s’entraîne pour la guerre. »

Excessif ? Réaction trop émotionnelle sous le coup des images des bâtiments en flamme et de l’« anarchie » qui monte, comme le titrent plusieurs quotidiens ? Toujours plus d’austérité ?

La crise sociale a bon dos pour justifier des pillages insensés, répondent les apôtres de la répression et du « Kärcher » pour régler les problèmes. Mais la répression suffirait-elle pour résoudre la question du chômage massif (en Grande-Bretagne comme dans les quartiers défavorisés de France, comme en Espagne ou en Grèce), l’absence de perspective, des budgets sociaux décroissants, de l’insécurité ?

C’est là que la crise financière et la panique actuelle entrent en jeu. La crise financière, centrée sur la question de la dette et des équilibres budgétaires, pousse tous les gouvernements européens à plus d’austérité, à des réductions de dépenses publiques, à rogner et à diluer le modèle de société bâti dans l’après-guerre.

Comme l’ont joliment exprimé les « indignados » de Madrid, « nous ne sommes pas contre le système, c’est le système qui est anti-nous »…

Ces politiques, présentées comme inévitables pour « rassurer les marchés » et mettre fin à l’« esclavage » de la dette et du déficit, sont perçues par une part croissante de la population, en Europe, comme le prix payé par les pauvres pour un système qui est devenu fou, celui de la finance-reine.

En 2008-2009, les citoyens ont assisté au sauvetage des banques qui avaient participé au système et avaient manqué d’y laisser leur peau ; en 2011, c’est à eux qu’on présente l’addition.

Les émeutes de Londres ne sont pas directement liées aux derniers épisodes de la crise financière, qu’il s’agisse des soubresauts de la zone euro ou de la dégradation de la note de la dette américaine… Mais elles font assurément partie du paysage social d’une Europe ultra-libéralisée et paupérisée (c’est en particulier vrai en Grande-Bretagne après les périodes choc de Thatcher et Blair), en train de subir des électrochocs (Irlande, Portugal, Grèce…) peut-être insupportables.

Les dirigeants politiques européens actuels, concentrés sur l’objectif prioritaire de sauver ce qui peut l’être du système monétaire et de leur crédit, comme ceux qui aspirent à diriger leurs pays demain, auraient tort de négliger les signaux qui sont envoyés par les populations. Sous la forme éminemment sympathique des « indignados » de Madrid, ou sous celle, sinistre, des émeutiers de Londres.

Pierre Haski Rue 89

 

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Pifomètre

Un pouvoir monstrueux

Dans l’instant de chaos et donc de vérité qu’est une crise, il faut remonter aux idées fondatrices. Qu’est-ce que la démocratie ? Un système par lequel le peuple souverain délègue son autorité à ceux qui le représentent et exercent le pouvoir. Pour ces derniers, les échecs se payent cash : les élections sanctionnent les gouvernants et donnent une chance à leurs successeurs. Le coup de tonnerre de la dégradation des Etats-Unis par une agence de notation démontre qu’il y a désormais un pouvoir infiniment supérieur au pouvoir politique.

Un pouvoir capable d’ajouter la défiance à la défiance, de semer la zizanie sur les marchés, de court-circuiter le processus de décision démocratique. Et de contraindre les pays qui passent dans le collimateur à courber l’échine et filer droit. Car, en maîtrisant la chaîne complexe qui permet aux Etats de se procurer de l’argent, les agences de notation disposent ni plus ni moins que d’un pouvoir de vie et de mort. Mais qui les composent ? Comment travaillent-elles ? Quelle idéologie, quelle vision de l’économie sous-tendent leurs décisions ? Au nom de quoi exercent-elles un pouvoir qui est, de fait, politique ? Quelles autorités les sanctionnent quand elles se trompent, comme sur les subprimes, ce poison violent doctement noté AAA mais qui a vérolé l’économie mondiale et précipité la crise ? Comme, encore, sur la dette américaine, dégradée au terme d’une petite erreur d’addition de 2 000 milliards de dollars ! Les agences voudraient être le thermomètre implacable de l’économie. Elles ne sont qu’un pifomètre au pouvoir exorbitant, ayant prospéré depuis trente ans sur le vide, le retrait et l’abandon du terrain par l’autorité publique elle-même. Maintenant que cette dernière est dos au mur, si elle veut éviter que le chaos ne se propage, que les dégradations ne frappent d’autres pays, à coup sûr en Europe – peut-être la France -, la première mesure devrait être de durablement démonétiser ces agences en ne tenant plus compte de leurs oracles. Car ce sont bien les banques centrales qui leur accordent du crédit pour faire fonctionner ce poumon qu’est le circuit du refinancement bancaire : en deçà d’une certaine note, pas d’argent. Depuis la crise de 2008, la BCE, a ponctuellement rompu avec le système : pourquoi ne déclare-t-elle pas qu’elle le fera désormais définitivement ? Quant aux politiques, à défaut d’interdire ces agences ou d’en créer rapidement d’autres capables de briser l’oligopole de Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s, ils doivent prendre conscience que la crise financière débouchera sur la crise démocratique : au moment où les citoyens comprendront que ceux qu’ils ont élus n’ont plus aucun pouvoir sur la réalité.

Nicolas Demorand (Libération)

Voir aussi : Rubrique Politique, La démocratie comme science fiction de la politique, Les agences d’évaluation répondent aux exigences des spéculateurs, rubrique Economie, Etats-Unis, Oui aux cadeaux fiscaux pour les riches non à la  taxe bancaire, UE Les dirigeants de gauche valets des conservateurs, Nouvelle donne pour les mouvements sociaux en Europe,

Musiques du monde : le plaisir caché de la diversité

José Bel le directeur artistique de Fiest’A Sète "j’ai pu mesurer l’emprise totale de la culture anglo-saxonne"

 

Cette semaine, le plateau de Fiest’A Sète n’a pas eu le temps de refroidir. Les pointures de la world music se sont succédé dans l’antre exceptionnelle du Théâtre de la mer. Ici, c’est pas la cantine. On ne sert jamais de plats réchauffés. Depuis quinze ans, le cuisinier en chef José Bel mitonne une programmation aux petits oignons. Il repère, innove, allie les ingrédients artistiques et culturels. Plutôt humble, l’ancien disquaire connaît son métier sur le bout des ongles. Rester ouvert, écouter, et puiser dans sa culture musicale la meilleure façon d’offrir du bonheur. Sa cuisine est réputée. Fiest’A Sète figure parmi les meilleurs festivals de World de l’hexagone. Il comporte aussi des épices qui éveillent le public à la situation internationale.

« Cela fait partie de notre vocation. Qu’est-ce qu’une programmation de musique du monde si ce n’est une ouverture à d’autres cultures ? En tant que disquaire, j’ai pu mesurer l’emprise totale de la culture anglo-saxonne. Pour la programmation, je pars toujours de la notion de plaisir et de découverte. Dans le prolongement, on élargit sa sensibilité et en prenant plaisir on entrevoit ce qu’il y a derrière la musique. »

L’autre face des festivités

La force des musiques du monde tient en partie à la perception que nous donnent les artistes de leurs contextes de vie. Pour une bonne part des invités, l’environnement est loin d’être apaisé comme le révèle le dernier rapport d’Amnesty International qui tient chaque année un stand dans le cadre du festival. « C’est notre base humaniste. On n’entre pas dans la marchandisation grandissante autour des festivals. En dehors des concerts, il y a aussi Les Tchatches musicales à la médiathèque qui donnent l’occasion d’aller plus loin. » Cette année, le spécialiste des musiques du monde Franck Tenaille y a tenu une passionnante conférence sur le thème « Racines et métissages, les musiques, miroir de la mondialisation ». Vendredi, à l’occasion de la venue du Réunionnais Danyel Waro, défenseur invétéré de la culture créole, le spécialiste des musiques africaines, Philippe Conrath a rappelé que jusqu’en 1981 l’administration française interdisait à la population de jouer du Maloya comme d’en fabriquer les instruments traditionnels.

C’est l’autre face de cette musique festive qui nous enchante qui fait aussi la vigueur de son énergie communicative. La liberté de l’échange culturel n’est toujours pas assurée. Comme en témoigne le problème de visa rencontré cette année par l’artiste congolais Zao. « L’ambassade de France lui donnait rendez-vous le 3 aôut pour un concert programmé le 2 août, explique le directeur José Bel. On a pu résoudre le problème in extremis avec le concours du Réseau zone franche*. » Si les heures de Fiest’A Sète sont belles, elles ne sont pas toujours de tout repos.

Jean-Marie Dinh

* Réseau  français consacré aux musiques du monde, Zone Franche est une organisation transversale qui rassemble toutes les catégories d’acteurs du secteur autour des valeurs relatives à la promotion des diversités culturelles.

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Rubrique Afrique, Une enquête parlementaire sur la Force Licorne en Côte d’Ivoire ? , La Françafrique se porte bien, rubrique Livre, Petite histoire de l’Afrique, Kamerun, Que fait l’armée française en Afrique ?,