Trump se cherche une posture de transition

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Le tombeur d’Hillary Clinton lors de la présidentielle américaine du 8 novembre tente de calmer son parti et ses détracteurs.

Le compte Twitter @realDonaldTrump a à nouveau tonné, deux jours après la victoire de son propriétaire. Jeudi 10 novembre au soir, à son retour de Washington où il avait rencontré Barack Obama et les responsables républicains du Congrès, le futur 45e président des Etats-Unis a pesté contre « les manifestants professionnels incités par les médias » à contester sa victoire. Mais, quelques heures plus tard, le nouveau champion de l’unité américaine se ravisait : « J’apprécie le fait que les petits groupes de protestataires, la nuit dernière, aient la passion de notre grand pays. Nous allons nous rassembler et en être fiers ! »

Les premiers jours du tombeur d’Hillary Clinton sont marqués par le va-et-vient entre les postures de campagne, et celles de président élu. La journée de vendredi en a apporté la preuve. Le magnat de l’immobilier a en effet remanié l’équipe chargée de la transition qui doit faire en sorte que sa future administration puisse prendre ses fonctions dès son intronisation, le 20 janvier 2017.

Le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, le premier poids lourd républicain à avoir rallié M. Trump, recule d’un cran au profit du vice-président Mike Pence, propulsé à la tête de l’équipe de transition. M. Christie paie sans doute des ennuis judiciaires, à savoir la condamnation de deux de ses proches conseillers dans un scandale tragicomique dans son Etat, le Bridgegate (l’organisation d’un gigantesque embouteillage pour sanctionner un opposant politique). Quant à M. Pence, il est choisi à la fois pour ses lettres de créances conservatrices et sa bonne connaissance du Congrès, où il a siégé pendant plus d’une décennie et où il a présidé pendant deux ans une haute instance républicaine.

Equipe étoffée

Les autres proches conseillers de M. Trump, le sénateur Jeff Sessions (Alabama), l’ancien maire de New York Rudolph Giuliani, l’ancien speaker (président) de la Chambre Newt Gingrich et le général Michael Flynn, ancien directeur du renseignement, sont rejoints par un ancien outsider de la course à l’investiture, l’ultra­conservateur Ben Carson, neurochirurgien à la retraite. Tous peuvent espérer des postes éminents dans la prochaine administration.

L’équipe de transition, étoffée, hésite cependant entre l’ancien candidat et le futur président. On y retrouve désormais les principaux membres du commando sur lesquels il s’est appuyé : ses trois premiers enfants, Donald Jr, Ivanka, Eric, ainsi que son gendre, Jared Kushner, mais aussi ses deux responsables de campagne, la stratège Kellyanne Conway et l’ancien dirigeant du site d’information radical Breitbart News, Stephen ­Bannon, ainsi que Rebekah Mercer, la fille du milliardaire Robert Mercer, très liée aux deux précédents, ou encore David Bossie, un militant républicain ultra à l’origine de l’arrêt de la Cour suprême qui a supprimé en 2010 les plafonds aux dépenses de campagne.

L’équipe de transition compte également des parlementaires : Devin Nunes (Californie), climato­sceptique et conservateur fiscal, Marsha Blackburn (Tennessee), conservatrice sociale, Chris Collins (New York), l’un des premiers élus de la Chambre des représentants à avoir rejoint M. Trump, comme Lou Barletta (Pennsylvanie), connu pour ses positions très dures sur l’immigration. La procureure générale de Floride Pam Bondi, une proche du milliardaire qui a soutenu financièrement ses campagnes par le biais de sa fondation, y figure également.

Entorse à sa promesse

Ce cercle élargi reste cependant bien insuffisant pour répondre aux exigences de la transition, à savoir la nomination d’environ quatre mille noms à des postes-clés qui suivent les alternances politiques. Selon le New York ­Times (qui a soutenu l’adversaire démocrate de M. Trump, Hillary Clinton), des lobbyistes liés à de grands groupes énergétiques et alimentaires auraient déjà rejoint l’entourage du président élu. Leur présence constituerait une entorse à la promesse du candidat « d’assécher le marigot », à savoir de couper les ponts entre les groupes d’intérêts et l’administration.

Une autre hésitation a été révélée au cours d’un entretien accordé par Donald Trump au Wall Street Journal dans lequel il s’exprime sur la réforme de santé instaurée par Barack Obama et que le Parti républicain a symboliquement supprimée à la Chambre des représentants à soixante reprises. Au lendemain de son entretien avec le président, M. Trump a semblé partagé. « Obamacare sera soit amendée, soit abrogée, soit remplacée », a-t-il assuré. M. Obama l’a-t-il convaincu pendant leur entretien d’y réfléchir à deux fois ? Toujours est-il que M. Trump « aime beaucoup », désormais, certaines de ses dispositions.

Ces signaux contradictoires pourraient commencer à se dissiper lorsque viendra l’heure des premiers choix. Une indication sera donnée avec le nom retenu pour le poste de chief of staff de la Maison Blanche, une fonction qui tient à la fois du poste de premier ministre et de directeur de cabinet. Celui du plus haut-responsable du Parti républicain, Reince Priebus, est avancé, de même que celui, beaucoup plus surprenant, de M. Bannon. M. Trump devra compter de toute façon sur la vigilance de l’aile droite du Grand Old Party. « Les républicains disposent d’un monopole à Washington, nous voulons nos victoires », a exigé ainsi vendredi le polémiste ultraconservateur Mark Levin.

Gilles Paris

Source Le Monde 12/11/2016

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Rencontres Averroes Thierry Fabre : « La grande question est celle des styles de vie et du respect des croyances »

« Les formes du politique sont parfois désespérantes [...] mais cela devrait nous inviter à un véritable sursaut citoyen ». Photo la marseillaise

Les Rencontres d’Averroès, qui démarrent jeudi 10 novembre au Théâtre de la Criée, s’interrogent sur la façon de « surmonter la faille » née des attentats en France. Le fondateur de l’événement Thierry Fabre s’attache à caractériser celle-ci.

 

Pourquoi avoir choisi le mot « faille » plutôt que celui de rupture ?

La faille renvoie à une dimension sismique. La secousse profonde qui nous a tous frappés après les attentats de 2015 a fait l’effet d’un véritable tremblement de terre. Une fissure peut être colmatée. Or ici c’est plus profond. Nous ne sommes pas encore dans le gouffre, qui est la guerre de tous contre tous, que certains prophètes de malheur considèrent comme inéluctable. Toute la question est de savoir s’il existe un monde commun avec les gens venant du monde arabe et de l’Islam. Bruno Etienne disait justement « si l’Occident c’est la bible plus les grecs, alors les arabes sont des occidentaux ». Cela ne veut pas pour autant dire qu’il n’y a pas de mouvement de séparation, salafiste ou djihadiste, d’un côté, identitaire, de l’autre. Quand certains revendiquent la pureté de l’Occident chrétien, on est aussi dans la séparation, dans le refus de tout monde commun. Si ces mouvements s’amplifiaient, alors nous ne serions pas loin du gouffre. Mais nous n’en sommes pas encore là, et rien n’est inéluctable. Dans un tel contexte, la parole des Rencontres d’Averroès est précieuse pour tenter de définir un possible monde commun.

Si l’on vous dit qu’aucune proposition politique viable n’a été apportée en réponse aux replis identitaires depuis 22 ans, date des premières Rencontres d’Averroès, qu’en dîtes-vous ?

Pour moi, il y a trois dimensions du politique. Une verticale, une horizontale et une transversale ou oblique. La verticale est celle qu’on connaît le plus, de l’Etat vers la population. De ce point de vue, tous les dispositifs politiques qui ont été imaginés – je pense au partenariat euro-méditerranéen et à l’Union pour la Méditerranée – ont été des naufrages. L’horizon d’attente dans lequel sont nées les Rencontres d’Averroès en 1994, une année avant le processus de Barcelone, s’est effondré. De ce point de vue, c’est donc une impasse. Pour la dimension horizontale en revanche – « la politique prend naissance dans l’espace qui est entre les hommes », disait Hannah Arendt – c’est peut-être moins sûr. Les sociétés sont à la fois vives et inventives. Il y a bien sûr des poussées identitaires et des replis mais il y a aussi des dispositifs de rencontres, d’auto-organisation culturelle, sociale, économique. Et enfin comme le montrent les révolutions arabes, il y a également quelque chose qui n’a pas disparu quant à la dimension transversale, les représentations symboliques, culturelles, qui connectent l’horizontal et le vertical. Je ne serai donc pas aussi pessimiste. L’État et les institutions n’ont pas été à la hauteur des défis méditerranéens, sans aucun doute. Mais dans le politique, il y a aussi la société civile qui a été pour le coup très réactive. Face à la défaillance actuelle du politique en Méditerranée, il faut tracer d’autres chemins. J’ai assez confiance dans les attentes des jeunes générations, qui sont majoritaires dans le monde méditerranéen. Aux citoyens d’organiser des contre-pouvoirs. C’est une façon de faire front face aux emprises autoritaires. Les formes du politique sont parfois désespérantes, et l’élection de Donald Trump en est un cruel exemple, mais cela devrait nous inviter à un véritable sursaut citoyen.

L’une des tables rondes se concentre sur « la faille généalogique entre l’Europe et l’Islam ». En la qualifiant ainsi, ne fait-on pas le jeu des identitaires ?

Je ne me place pas du tout sur un terrain « identitaire », mais inscris au contraire les débats dans des généalogies, des histoires, loin des identités figées qui opposeraient deux entités hors du temps. Nous essayons plutôt de donner de la consistance, à travers les Rencontres d’Averroès, à un monde de l’entre-deux, le monde méditerranéen. Dans l’histoire longue, on voit bien qu’il y a eu de très nombreuses circulations d’une rive à l’autre de la Méditerranée, notamment sur le plan philosophique, et Averroès en est un bel exemple. De nombreux liens ont été tissés à travers le temps et ils ont aussi été déchirés dans l’histoire récente, que ce soit à travers les guerres du Golfe ou par les mouvements et les attaques djihadistes.

Accordez-vous un ordre d’importance aux types de « failles » caractérisées dans les tables rondes des Rencontres ?

Non il y a juste un ordre qui s’inscrit dans le cours du temps. On commence avec le temps long, avec la philosophie arabe des XIe et XIIe siècles. On passe aux failles historiques à partir du XVIIIe siècle avec l’expédition de Bonaparte en Egypte, la colonisation au XIXe siècle et la décolonisation. Puis la troisième se concentre davantage sur le XXe siècle avec les guerres du golfe, la chute du mur de Berlin. Et enfin la faille dans la Cité avec les attentats, la violence et la ségrégation urbaine.

Pourquoi terminer les débats par celle-ci ?

Le thème de ces Rencontres est né du choc des attentats, la faille dans la cité est alors évidente, d’autant plus qu’on sera exactement un an après, le 13 novembre. Elle donnera à entendre Marc Crépon qui a travaillé sur le consentement meurtrier, le passage à l’acte dans la violence. Il fallait aussi ne pas rester dans un regard franco-français. Spécialiste de l’Islam en Belgique, Andrea Rea a travaillé pendant de nombreuses années sur Molenbeek, bien avant sa triste célébrité. Il est intéressant de comprendre les échecs des politiques urbaines. Cela fait 40 ou 50 ans que la Belgique a délégué la question de l’Islam aux Saoudiens. On voit l’obscurantisme que cela a produit. Dans certains quartiers, la marge est devenue le centre. Il existe, aussi à Marseille, des gens qui expliquent qu’on ne peut par exemple pas boire d’alcool en période de Ramadan. C’est insensé. A partir de là, comment négocie-t-on un monde commun ? La grande question est celle des styles de vie et du respect des croyances de chacun. Comment pratiquer sa religion, juive, chrétienne musulmane ou bouddhiste, sans interdire quoi que ce soit à ceux qui ne partagent pas cette foi ? Ce sont ces formes de vie en commun qu’il s’agit de dessiner et de faire vivre ensemble. Marseille en a l’expérience.

Vous déclariez en mars dernier dans ces colonnes : « Marseille a quelque chose de singulier à dire au monde ». Cette singularité s’exprime-t-elle aussi dans la faille et la mixité que la ville comportent ?

Marseille est une ville contrastée. Il y a des lieux de mixité urbaine qui fonctionnent, des espaces publics qui sont partagés, le stade, les plages, les places… et il y a en même temps des formes de relégation urbaine, de séparation. La ville a pour l’instant été heureusement épargnée par les attentats. Je ne sais pas ce que cela provoquerait ici. A travers l’histoire des populations qui composent Marseille, cette ville est une ville sismographe. Je ne parle pas seulement des gens qui viennent du monde arabe, mais aussi des Comoriens, des Arméniens qui se sont installés à Marseille, après le génocide de 1915, des migrations italiennes, accélérées par le fascisme, des Espagnols venus après la guerre civile en Espagne, la guerre d’Algérie avec les pieds-noirs, les immigrés algériens qui ont été appelés pour travailler.

Cette ville est faite de toutes ces strates de populations qui la connectent par mille et un fils au monde méditerranéen. Que fait-on sachant cela ? Ou l’on dit que c’est une ville qui s’effrite, qui se désagrège. Ou au contraire on fait de Marseille une grande ville emblématique de la Méditerranée qui sait faire vivre quelque chose de commun à travers la « sensation du divers »….

Réalisé par Philippe Amsellem

Source : La Marseillaise  10/11/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Moyen-Orient, rubrique Débat, rubrique Politique  Politique de l’immigration, rubrique Méditerrranée, rubrique Géopolitique, Dans l’engrenage de la terreur. Cinq conflits entremêlés,

Fucking Tuesday

imagesUne sélection d’articles parus dans la presse française et anglo-saxonne pour comprendre et prolonger la réflexion.

 

LEçON POLITIQUE.

Viser l’intérêt premier de l’électeur même si tout ce que vous dites est contradictoire

No, Trump voters were not irrational 

Source The Washington Post

 

 

Trump, le châtiment

Défaite du néolibéralisme « de gauche »

Commencée il y a dix-huit mois, l’élection présidentielle s’est conclue après les dizaines de scrutins des primaires, deux conventions à grand spectacle dans des États industriellement sinistrés, des dizaines de milliers de spots de publicité politique et plusieurs milliards de dollars, par un match entre deux Américains richissimes, l’un et l’autre résidents de New York et détestés par la majorité de la population. C’est finalement le candidat républicain honni par les médias, les élites de Washington et même les caciques de « son » propre parti, qui l’a emporté. Celui qui a le moins dépensé et que tout le monde donnait perdant.

Durant cette interminable campagne, l’attention des commentateurs s’est souvent portée sur les provocations racistes et sexistes du futur président des États-Unis, ses scandales, ses excès, Mme Hillary Clinton étant présentée par contraste comme la candidate formée depuis toujours pour hériter de la Maison Blanche en même temps qu’elle briserait, raisonnablement, le « plafond de verre ». Mais rassurer l’establishment et séduire les électeurs ne sont pas des exercices toujours compatibles…

D’aucuns analysent déjà les résultats d’hier comme une preuve de la régression de l’Amérique dans le nationalisme, le « populisme », le racisme, le machisme : le vote républicain serait principalement déterminé par un rejet de l’immigration, un désir de repli, une volonté de revenir sur les conquêtes progressistes des cinquante dernières années. Or si M. Trump l’a emporté, en réalisant apparemment de meilleurs scores chez les Noirs et les Latinos que son prédécesseur Willard Mitt Romney, c’est avant tout parce que les démocrates se sont révélés incapables de conserver en 2016 l’appui des électeurs que M. Barack Obama avait su convaincre en 2008 et en 2012, en Floride ou dans les États de la « Rust Belt ».

La victoire de M. Trump, c’est donc avant tout la défaite du néolibéralisme « de gauche » incarné par Mme Clinton : son culte des diplômes et des experts, sa passion pour l’innovation et les milliardaires de la Silicon Valley, sa morgue sociale et intellectuelle. L’instrument du châtiment est redoutable. Mais la leçon sera-t-elle retenue ailleurs ?

Source Le Monde Diplomatique 09/11/2016

 

 

 

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Les électeurs blancs et riches ont donné la victoire à Donald Trump

Le résultat des élections américaines est loin d’être une simple  révolte  des Blancs les plus pauvres laissés pour compte par la mondialisation. Les sondages de sortie des urnes laissent apparaître que la victoire de Trump s’appuie aussi pour bonne part sur la classe moyenne blanche instruite et la classe aisée.

White and wealthy voters gave victory to Donald Trump, exit polls show

Source The Gardian

 

 

Le New York Times le reconnaît ce matin  : ses équipes n’ont pas pris la mesure de ce qui se passai

« Les journalistes n’ont pas remis en question les chiffres des sondages quand ceux-ci confirmaient ce que leur disait leur instinct : que Trump n’arriverait jamais, jamais, à la Maison Blanche, et de loin. Ils ont décrits les partisans de Trump qui croyaient à la victoire comme totalement déconnectés de la réalité. Mais c’étaient eux qui avaient tort. »

 

Source New York Times 10/11/2016

 

 

La démocratie après les faits (divers)

Depuis le Brexit et la campagne Trump, la presse anglo-saxonne s’interroge profondément sur le statut des faits dans les démocraties contemporaines.

La campagne pro-Brexit a été menée avec des arguments factuellement faux, aussi faux qu’environ 70 % des arguments de Trump selon les fact-checkers.

De plus en plus d’analystes avancent que nous sommes entrés, en grande partie avec les réseaux sociaux, dans une ère « post-faits », où les faits ne comptent pas, la vérité est une donnée annexe, et seuls pèsent dans la balance le spectacle et l’émotion.

Cela s’explique par, entre autres,

  • la montée de populismes centrés sur des individus charismatiques jouant sur l’émotion,
  •  le rôle des réseaux sociaux et des « chambres d’écho » ce phénomène qui fait que les filtres algorithmiques ont tendance à montrer des contenus homogènes à ceux des utilisateurs. Plusieurs voix dénoncent depuis longtemps ce filtrage algorithmique qui éclate le public en « bulles », et selon certains, menace la sphère publique démocratique telle qu’on la connaît,
  • la crise du secteur des médias, qui privilégient les titres sensationnels assurés de faire cliquer, et les contenus viraux.

C’est, selon de nombreux analystes, une des clés du succès de Trump. Il a été le spécialiste des contenus qui polarisent et qu’on adore ou qu’on déteste. Dans les deux cas, ils sont partagés sur les réseaux sociaux, par ses partisans et ses adversaires, puis repris à la télé. Tout ce cycle de viralité produit énormément d’argent, et de publicité pour Trump, qui a déboursé pour sa campagne bien moins qu’un Jeb Bush, par exemple.

Face à cela, le fact-checking est de moins en moins efficace.

source Washington Post.

Dans ce monde, les sentiments comptent plus que les faits et les chiffres valent comme indicateurs de ces sentiments (que ressentent les électeurs ?) non comme marqueurs de la vérité,  « L’époque de la politique post-faits ».

Source New York Times

 

 

Dans ce contexte, comment encore s’accorder sur des faits partagés, sur l’existence de vérités communes, sociales, économiques, environnementales ?

C’est ce que se demandait cet été la rédactrice en chef du Guardian cet été dans un long article désabusé. « Le statut de la vérité chute  », écrivait-elle.

La logique des réseaux sociaux a avalé tout le reste, dit-elle, et imposé une culture de la viralité et de l’équivalence, où tout contenu s’équivaut comme potentiellement doté d’une mesure de vérité, variable selon ses opinions.

Et le secteur qui était chargé d’informer le public est moribond :

« Nous sommes en train de vivre un bouleversement fondamental dans les values du journalisme : une transition vers le consumérisme. Au lieu de renforcer les liens sociaux, ou de créer un public informé, l’idée que l’information est un bien public et une nécessité en démocratie, il suscite des gangs, qui répandent des rumeurs qui les confortent comme des traînées de poudre,renforcent les opinions prééxistantes et s’auto-entraînent dans un univers d’opinions partagées plutôt que de faits établis. »

Source Le Guardian 12/07/2016

 

 

DANS LE MONDE

 

 

L’élection de Donald Trump va être un séisme pour le monde

Le candidat républicain a fondé sa campagne sur la promesse de « rendre sa grandeur à l’Amérique ». Quelles conséquences pour le reste du monde

Si le vote pour le Brexit, le 23 juin, a été un séisme pour l’Union européenne, l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, première puissance militaire, est un séisme pour le monde.

Le candidat républicain a fondé sa campagne sur la promesse de « rendre sa grandeur à l’Amérique ». Cette grandeur, cependant, ne s’entend pas par la projection de la puissance américaine à l’extérieur, mais plutôt sur une priorité donnée au retour du bien-être et de la prospérité des Américains chez eux. Le pays « est en ruines », dit M. Trump, il faut commencer par le reconstruire. Pour le reste du monde, cela donne un signal de repli et d’isolationnisme.

On sait, en réalité, assez peu de chose sur le programme concret de Donald Trump en politique étrangère car ses conseillers dans ce domaine sont peu connus ; l’establishment washingtonien et le petit monde des think tanks spécialisés dans les relations internationales, qui conseillent habituellement les candidats en politique étrangère, se sont tenus à distance de lui et de ses vues peu orthodoxes. Mais M. Trump a régulièrement émis quelques idées maîtresses qui donnent un canevas de ce que pourrait être sa diplomatie.

Vis-à-vis de l’Europe, Donald Trump, qui a soutenu le vote en faveur du Brexit en critiquant l’Union européenne, considère qu’il appartient aux Européens de se prendre en charge et surtout de financer leur défense, plutôt que de s’abriter sous le parapluie américain. Ainsi l’OTAN ne peut fonctionner, et les Etats-Unis venir au secours d’un allié dans l’éventualité d’une attaque, que si les Etats européens augmentent leurs budgets de défense.

Placer « les intérêts américains en premier »

Donald Trump est critique de l’interventionnisme américain à l’étranger et du cycle d’opérations militaires lancé par l’administration George W. Bush. Il est, dans ce sens, anti-néo-conservateur. Le président Obama lui-même avait promis de « ramener les troupes à la maison », mais la réalité du Moyen-Orient l’a contraint à maintenir ou à lancer un certain nombre d’opérations. M. Trump se veut plus radical, tout en souhaitant augmenter la taille de l’armée américaine : pour la coalition internationale (dont la France) actuellement engagée aux côtés des États-Unis, en particulier sur le théâtre irakien et syrien, c’est une nouvelle donne. Violemment hostile aux « djihadistes », qu’il accuse Hillary Clinton d’avoir engendrés, il a promis de les « mettre KO » – mais n’a pas précisé comment.

« Nous nous entendrons avec tous les pays qui veulent s’entendre avec nous » : dans son discours de victoire, mercredi matin, le président-élu Trump a voulu se montrer conciliant, tout en précisant qu’il placerait « les intérêts américains en premier ». Un grand point d’interrogation concerne les relations avec la Russie, qui se sont gravement détériorées depuis un an. Donald Trump a, à plusieurs reprises, chanté les louanges de Vladimir Poutine, qu’il considère comme « un meilleur leader que Barack Obama », et les services de renseignement américains ont accusé la Russie d’être derrière le piratage des comptes e-mail qui ont embarrassé le camp de Hillary Clinton pendant la campagne. Mais les deux hommes ne se connaissent pas personnellement, et le président russe s’est abstenu de souhaiter publiquement la victoire du candidat républicain. Comme Vladimir Poutine, Donald Trump est sensible aux rapports de force. Sa fascination pour l’homme à poigne de Moscou ira-t-elle jusqu’à accepter certaines de ses visées sur le voisinage de la Russie (Ukraine, Géorgie) et le Moyen-Orient, voire l’idée d’un deuxième Yalta auquel aspirerait M. Poutine ? Le candidat républicain est resté très évasif sur ces questions. Mais on peut parier qu’il s’entourera de vieux routiers de la guerre froide, qui vont retrouver quelques éléments familiers dans le paysage actuel et ne seront pas disposés à brader les intérêts américains en Europe.

Donald Trump veut dénoncer l’accord de Paris sur le réchauffement climatique : le fera-t-il ? Un autre axe de sa campagne a porté sur le rejet de la mondialisation et des accords de commerce international, accusés d’avoir détruit l’emploi aux États-Unis. L’une des grandes bénéficiaires de cette mondialisation, la Chine, est donc dans son viseur. Il veut instaurer des barrières tarifaires sur les produits chinois, il rejette l’accord de libre-échange avec l’Asie TPP (Partenariat Transpacifique) et a proposé de renégocier l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique conclu par Bill Clinton. Il ne s’est pas prononcé sur les tensions en mer de Chine méridionale. Sur ces très gros dossiers, cruciaux pour les Etats-Unis, il va avoir affaire à un autre homme fort, le président Xi Jinping.

Autre conséquence d’une victoire Trump : elle confortera les mouvements et leaders populistes du monde entier, de l’Europe à l’Asie. Cela aura forcément un impact sur les relations internationales.

Enfin, les institutions américaines accordent plus de latitude au président en politique étrangère qu’en politique intérieure, où les « checks and balances » servent de garde-fous. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le reste du monde. Mais on peut aussi imaginer que la réalité et le pragmatisme amèneront le président Trump à tempérer certaines de ses vues, comme cela a été le cas pour Ronald Reagan, et que les élites républicaines de politique étrangère, après leurs réticences initiales, le rejoindront une fois au pouvoir. La période de transition, au cours de laquelle il va former sa future équipe d’ici au 20 janvier, va fournir à cet égard des indications anxieusement attendues dans le monde entier.

Sylvie Kauffmann

Source Le Monde 09/11/2016

 

 

Au Proche-Orient, Donald Trump attendu sur le dossier syrien

Le républicain semble être plutôt favorable au régime de Bachar Al-Assad, tout en rejetant l’accord nucléaire iranien.

Le Proche-Orient s’est réveillé mercredi 9 novembre sous le choc de la victoire de Donald Trump. Alors qu’Hillary Clinton, forte de ses quatre années à la tête du département d’Etat, garantissait une forme de continuité diplomatique, l’inexpérience en politique étrangère du nouveau président et son penchant pour l’autoritarisme sont lourds d’incertitudes pour la région. « Les Etats-Unis ne peuvent plus se poser en champion de la morale », a tranché sur Facebook Sultan Sooud Al-Qassemi, un célèbre commentateur des Emirats arabes unis.

C’est sur le dossier syrien que le nouveau président est évidemment le plus attendu. Durant la campagne, le candidat républicain s’était signalé par des positions plutôt favorables au régime Assad, ou du moins à son allié russe, au point de contredire publiquement son colistier, Mike Pence, qui avait appelé à « l’usage de la force militaire » contre les autorités syriennes.

« Je n’aime pas Assad. Mais Assad fait la guerre à l’Etat islamique. La Russie fait la guerre à l’Etat islamique. Et l’Iran fait la guerre à l’Etat islamique », avait déclaré M. Trump, lors du second débat télévisé avec Hillary Clinton, avant de moquer l’intention de son adversaire, en cas de victoire, d’accroître le soutien de Washington à l’opposition syrienne : « Elle veut se battre pour les rebelles. Il y a seulement un problème. On ne sait même pas qui sont les rebelles. »

Mercredi matin, avant le bouclage de cette édition, Damas n’avait pas réagi au triomphe de M. Trump. Nul doute cependant que la chute d’Hillary Clinton ravit le président syrien, Bachar Al-Assad, qui voit ainsi disparaître l’une de ses bêtes noires.

  • Crainte et attentisme dans le Golfe

Dans le Golfe, une forme d’attentisme mêlée de crainte prévaut. Une vidéo du vainqueur déclarant que les Etats du Golfe ne seraient rien sans le soutien des Etats-Unis et qu’il entend les faire payer pour reconstruire la Syrie a été retweeté des milliers de fois en l’espace d’une heure.

L’inquiétude suscitée dans les palais de la péninsule par ce genre de déclarations, la rhétorique antimusulmans et l’isolationnisme revendiqué du nouveau président est cependant tempérée par un intérêt non dissimulé pour son opposition marquée à l’accord sur le nucléaire iranien conclu par Barack Obama, « l’accord le plus stupide de l’histoire », selon M. Trump.

  • Première réaction prudente en Iran

« Prévoir ce que sera sa politique étrangère au Moyen-Orient est la chose la plus difficile qui soit, affirme le journaliste saoudien Jamal Kashoggi. Il est contre l’Iran, mais il soutient Poutine en Syrie, ce qui le range du côté de l’Iran. »

La première réaction de Téhéran est prudente. « L’Iran est prêt pour tout changement », a déclaré le porte-parole de l’Organisation de l’énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, à l’agence semi-officielle Tasnim.

Lire aussi :   En Iran, Hillary Clinton est perçue comme « la candidate la moins pire »

  • Sentiments mêlés en Israël

Israël, de son côté, accueille la victoire de Donald Trump avec des sentiments mêlés. Son entourage est connu pour être très pro-israélien, mais le candidat a charrié dans son sillage des forces suprémacistes et antisémites. Il s’est constamment opposé à l’accord sur le nucléaire iranien, mais sans expliquer ce qu’il en ferait, une fois élu. En outre, va-t-il marquer une rupture explosive en déménageant l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem ? Il en a fait la promesse, à plusieurs reprises.

Mais auparavant, Donald Trump avait envoyé des signaux incohérents. En février, par exemple, il avait expliqué qu’il voulait être « une sorte de gars neutre » dans la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien. Une expression qui avait inquiété les officiels israéliens.

En mars, il avait dit qu’Israël, comme d’autres pays, « payera » pour l’aide militaire américaine, alors qu’un nouvel accord sur dix ans, d’un montant de 38 milliards de dollars, vient d’être conclu entre les deux partenaires. Depuis, il a multiplié les signaux amicaux à l’égard d’Israël. En mai, Sheldon Adelson, magnat des casinos aux Etats-Unis et soutien indéfectible de Benyamin Nétanyahou, s’était décidé à appuyer sa candidature.

Par Ghazal Golshiri (Téhéran, correspondance), Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant) et Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant)

Source : Le Monde 09/11/2016

 

LES APPUIS

 

Le phénomène Trump s’explique aussi par l’histoire du parti républicain, indique un article du Times Literary Supplement. Il est l’aboutissement d’un long conflit entre deux tendances, qui remontent à sa formation  :

  • d’un côté les «  Yankees  », anciens aristocrates et barons industriels militants de l’abolition de l’esclavage et plutôt internationalistes,
  • et de l’autre «  les cowboys  », les nouveaux riches ayant fait fortune dans l’industrie du pétrole, l’aérospatiale et la défense, et le commerce, largement plus conservateurs.

La radicalité de Trump s’explique aussi par le changement de composition du parti démocrate. Celui-ci s’est opéré dans les années 1960. Auparavant, une partie des Démocrates du Sud ne votaient ainsi parce que c’était un Républicain, Abraham Lincoln, qui avait aboli l’esclavage. Cet électorat a basculé lorsque les Démocrates ont signé le Civil Rights Act, qui mettait fin à la ségrégation de fait dans les Etats du Sud.

« Quand la droite et la gauche étaient présents dans les deux partis, l’art du compromis était l’essence même de la politique. »

Mais une fois que tous les tenants d’une droite dure (radicaux, religieux et très largement Blancs) se sont retrouvés dans le même parti, « le fait de coopérer avec les Démocrates est devenu impensable ».

C’est cette histoire là qui a rendu possible l’émergence, puis la victoire, d’un candidat comme Trump

Source : Times Literary Supplement

 

 

Guerres culturelles et alt-right

Outre le rejet des élites (telle la ploutocratie incarnée par Clinton, comme l’écrit Slate) et de la mondialisation financière, comme l’explique La Tribune, le candidat Trump répondait aussi à de puissantes tendances culturelles chez tout une partie du peuple américain.

Sur la Vie des Idées, un autre article décrit les partisans évangélistes de Trump d’une petite ville du Midwest, Pleasant Fields. Là, le secteur industriel ne s’est pas effondré, au contraire et des emplois ont récemment été créé.

« De nombreux évangélistes soutenant Trump parmi ceux que j’ai interviewés font partie de classes sociales plutôt aisées », écrit l’auteur.

Persuadés que s’est engagée une guerre pour la sauvegarde de la civilisation chrétienne, ils votent Trump contre l’Islam et les LGBT. Pour eux, rapporte l’auteur, les musulmans sont des gens d’une autre civilisation, qui maltraitent leurs femmes et veulent partout faire régner la charia. Quant aux LGBT, ils incarnent un relativisme moral qui est la fin de l’Amérique.

« Tandis que la proportion de chrétiens évangéliques blancs dans la population américaine décroît, leur sentiment d’appartenance et leur attachement à la nation demeurent très fort.

Ils continueront ainsi de se battre pour leurs croyances et leurs valeurs en dépit du résultat de l’élection. »

 

source La vie des Idées

 

 

 

 

 

 

 

 

La pensée Trump l’extrême droite

Voici une enquête (en version abonnés) sur «  l’alt-right  », l’extrême-droite extrêmement active sur le Net (où, comme le rappelle le Monde, les partisans de Trump ont été particulièrement actifs) qui soutient Trump.

Ceux-ci partagent un rejet de ce qu’ils appellent

« le mensonge égalitaire, aussi bien comme fait que comme valeur, un goût pour l’ordre hiérarchique, ainsi qu’une grille de lecture raciale de la société. »

Dans cette mouvance, certains sont des «  néoréactionnaires  », libertariens purs et durs échappés de la Silicon Valley, autoritaristes convaincus que les libertés du peuple doivent être encadrés. D’autres – la plupart – sont des nationalistes blancs, qui «  rêvent tous de restaurer la grandeur de la civilisation occidentale, aujourd’hui engluée dans la médiocrité égalitariste, consumériste et multiculturelle  ». Ils sont obsédés par la question de l’identité blanche et militent pour limiter l’immigration et expulser tous les étrangers en situation illégale. Deux points qui figurent dans le programme de campagne de Trum

Source Mediapart

 

Pourquoi l’Amérique hait les intellos

Ce court article de la revue Books rappelle quelques-unes des raisons historiques et culturelles pour lesquelles l’anti-intellectualisme, sur lequel a tant surfé Donald Trump, est si fort aux Etats-Unis.

Crise des médias et le monde « post-faits »

Au lendemain d’une victoire que la plupart des grands médias et des instituts de sondage avaient déclarée impossible, les grands médias ont commencé à faire leur examen de conscience.

Source Books

 

 

Le président Trump pourra s’appuyer sur une majorité républicaine au Congrès

 

Les républicains conservent le pouvoir à la chambre des représentants du Congrès américain (« House of representatives« , ndlr), selon les projections électorale d’Associated Press.

Les républicains ont également remporté le Sénat et continueront ainsi de contrôler l’ensemble du Congrès des États-Unis, fournissant une majorité parlementaire sur laquelle le président élu Donald Trump pourra s’appuyer, selon plusieurs médias.

En contrôlant la Maison Blanche et le pouvoir législatif, les républicains auront la capacité de défaire les réformes du président Barack Obama et notamment sa controversée réforme de l’assurance-maladie baptisée « Obamacare« .

Majorité plus courte à la House of representatives

Bien que les républicains perdent un peu de poids, ils ont remporté suffisamment de sièges pour prolonger les six années consécutives dans la majorité de la chambre des représentants.

Le Grand Old Party a recueilli au moins 222 sièges, soit plus que le seuil de 218 requis pour contrôler la chambre basse, selon le New York Times. Les démocrates en comptabilisaient au moins 158 lors des dépouillements toujours en cours peu après minuit aux USA.

Les républicains disposaient de 247 sièges durant le mandat qui se termine. Ils devraient donc bénéficier d’une plus courte majorité. L’homme fort des républicains restera Paul Ryan qui a également été reconduit.

Le Sénat aux mains des républicains

La mainmise sur le Sénat, qui vient s’ajouter à celle de la Chambre des représentants, leur permettra par ailleurs d’avoir la haute main sur le processus de nomination des plus hauts responsables gouvernementaux et des juges de la Cour suprême.

La chambre haute du Congrès, qui était renouvelée mardi à un tiers (34 membres), avait basculé dans le camp républicain en 2014, restreignant considérablement la marge de manœuvre du président Obama.

Récemment, les sénateurs républicains ont ainsi bloqué le processus de confirmation d’un juge de la Cour suprême nommé par Barack Obama après le décès d’un de ses neuf membres.

Le nouveau rapport de forces au Sénat n’était pas encore connu dans l’immédiat. Jusqu’à présent, les républicains détenaient 54 sièges et les démocrates 46.

Source RTBF 09/11/2016

 

Opéra Berlioz. Élégance d’un songe ouvert sur le monde

Photo Marc Ginot

Photo Marc Ginot

Sous la baguette magique de Michael Schonwandt, l’Orchestre de Montpellier célèbre et renouvelle Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare avec le concours du captivant  récitant William Nadylam et de la talentueuse vidéaste Juliette Deschamps.

S’il est un dramaturge célébré en musique c’est bien Shakespeare. Au XVIe siècle déjà, ses pièces faisaient la part belle à la musique, qui était partie intégrante de la représentation. Verdi composa quatre opéras inspirés du dramaturge, dont Macbeth, Otello et Falstaff. L’histoire de Roméo et Juliette inspira plusieurs compositeurs romantiques, comme Gounod qui en tira un opéra, Tchaïkovski qui composa une ouverture, ou Prokofiev.  La pièce Le Songe d’une nuit d’été, où se mêlent des elfes et des fées, a donné lieu au semi-opéra de Purcell The Fairy Queen ainsi qu’ à une ouverture que compose Mendelssohn à l’âge de dix-sept ans. œuvre étonnamment mûre, dont l’équilibre, la fraîcheur, et l’imagination ne cessent d’étonner.

Dans le cadre du 400ème anniversaire de la disparition de William Shakespeare, la carte blanche offerte au directeur musical de l’Opéra national de Bordeaux, le chef britannique Paul Daniel, se combine sur scène avec la création d’une performance vidéo de la réalisatrice française Juliette Deschamps. Il était probable que cette démarche rencontre l’esprit d’ouverture qui anime la directrice de l’Opéra Orchestre national de Montpellier, Valérie Chevalier dont les choix artistiques budgétairement contraints, promeuvent le dépoussiérage du répertoire et l’innovation qui a du sens. C’est ainsi que les Montpelliérains et les Alésiens ont pu apprécier ce week-end l’adaptation de l’œuvre de Mendelssohn en images, en conte et en musique interprétée par l’OONM sous la direction de Michael Schonwandt avec le Chœur de l’Orchestre et celui  de l’Opéra junior.

 Le potentiel ravivé de l’œuvre

Dix-sept ans après son ouverture, en 1843, alors que Mendelssohn est un musicien très en vue en Europe, il reprend sa partition de jeunesse et l’augmente de douze numéros pour deux voix de femmes, choeur et orchestre à la  demande de Frédéric-Guillaume IV de Prusse. C’est cette version du Songe qu’il a été donné d’entendre avec les passages, chantés (interprétés par la soprano Capucine Daumas et la mezzo-soprano Alice Ferrière) qui se glissent dans le texte même de la féerie de Shakespeare.

Le processus d’écriture de l’œuvre offre de multiples possibilités combinatoires parfaitement adaptées et exploitées par l’acteur William Nadylam. Dans le rôle du narrateur, il donne une pleine mesure de ses qualités acquises auprès de Peter Brook. Il en va de même du travail de Juliette Deschamps qui mixe en direct les images vidéo qu’elle a tourné en Angola, renouant avec la dimension universelle de l’œuvre et son envoûtante mise en abîme. Ces trésors de poésie, de tendresse, et de goguenardise, nous sont restitués dans une version narrative totalement contemporaine.

Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise 08/11/2016

Voir aussi : Rubrique Musique, rubrique Théâtre, rubrique Littérature, Littérature Anglo-saxone, rubrique Montpellier,

«Trump n’a aucune envie d’être élu»

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A Washington, Jim McGrath vient plusieurs fois par semaine au pied de l’hôtel Trump dire tout le mal qu’il pense du milliardaire new-yorkais, qui affronte Hillary Clinton pour la présidence des Etats-Unis mardi.

Devant l’entrée nord de l’hôtel Trump, des employés lavent au karcher les marches de l’escalier du bâtiment, un superbe immeuble de la fin du XIXsiècle qui fut longtemps la poste centrale de Washington. Ils ne prêtent pas la moindre attention à l’homme qui, à dix mètres d’eux, brandit fièrement depuis sa chaise roulante des caricatures anti-Trump. Une question d’habitude : cela fait un an, désormais, que Jim McGrath vient ici, «deux à trois fois par semaine». Au début, Donald Trump n’était qu’un candidat aux primaires républicaines, une bulle qui ne pouvait que se dégonfler. Depuis, il est devenu un plus que possible président des Etats-Unis.

«Je ne comprends pas la fascination, l’adoration qu’il suscite chez certains. Je ne comprends pas comment on en est arrivé là.» A près de 80 ans, Jim pensait avoir tout vu. Et puis Trump. «De mon vivant, je n’ai jamais connu une campagne comme celle-là. On n’a jamais eu un candidat comme lui, autant porté sur les mensonges, les scandales, l’insulte. C’est la personne la moins qualifiée de l’histoire des Etats-Unis pour ce job.»

Depuis un an, il vient 2-3 fois par semaine devant le Trump Hotel de Washington pour dire tout le mal qu’il pense du propriétaire #USA2016 pic.twitter.com/iOqYUUQxYv

— Baptiste Bouthier (@B_Bouthier) 5 novembre 2016

Les habitants du quartier le saluent en passant. Et les badauds qui passent sur Pennsylvania Avenue (la même adresse que la Maison Blanche…) le photographient à la chaîne. Il faut dire que les caricatures géantes de ce natif de Boston, qui vit dans la capitale américaine depuis cinquante ans, ne passent pas inaperçues. Jusqu’il y a une quinzaine d’années, il travaillait à la bibliothèque du Congrès, où il rédigeait des notes sur l’histoire politique américaine sur demande des parlementaires américains. Un poste qui a forgé sa conscience politique : «Je suis démocrate. Toute ma vie, j’ai financé le parti et j’ai contribué à des campagnes locales. Et puis, pour Barack Obama, j’ai tout fait.» Jim représente à la perfection le paradoxe de l’élite intello américaine blanche des grandes villes : déçus par Obama et effrayés par Trump. «Il y a beaucoup de mécontentement dans le pays, et Trump en profite. Moi-même, je suis très déçu par Obama, pour qui j’ai tant milité et j’ai voté deux fois. Et je suis loin d’être le seul : la communauté afro-américaine est très déçue.»

«Notre pays est coincé dans le bipartisme»

Malgré tout, il avance une longue liste de raisons de soutenir Hillary Clinton. Parce qu’elle est une femme, et qu’elle serait la première à ce poste, comme Obama était le premier noir voilà huit ans : «On a besoin d’abattre ces barrières» ; parce que c’est «une sacrée bosseuse et quelqu’un de fort, de dur, plus qu’Obama». Il faut dire que Jim n’a pas de mots assez durs pour la politique internationale du président sortant, notamment sur son absence de réaction face aux exactions de Bachar al-Assad en Syrie. Mais une victoire de la candidate démocrate ne risque-t-elle pas de susciter une violente réaction des pro-Trump ? «Elle aura beaucoup d’oppositions, c’est sûr, mais il n’y aura pas autant de haine que si c’est lui qui est élu.»

Une vision optimiste, voire un peu angélique, comme lorsque Jim affirme sans sourciller que «de nombreuses personnes qui disent être pour Trump réaliseront, au moment de voter, qui il est vraiment et choisiront plutôt Hillary». Pourtant, il a conscience que «la situation est très dangereuse, car Trump a divisé le pays, les gens sont très pour ou contre les deux candidats». Et il sait qu’il sera sans doute déçu par Clinton «la rationnelle, la pragmatique», comme il l’a été par Obama auparavant. Alors à quoi bon voter pour des candidats démocrates, si c’est pour être déçu ? Entre le désabusement des «bleus» et les criantes divisions des «rouges» derrière la candidature de Trump, va-t-on vers la fin du système politique américain, solidement axé sur l’opposition démocrates contre républicains ?

«Je ne crois pas à l’émergence d’un troisième parti, notre pays est coincé dans le bipartisme, balaie ce fils d’immigré irlandais catholique. Même un socialiste comme Bernie Sanders a dû se fondre dans le moule démocrate pour avoir une chance à la présidentielle.» Encore un qui a déçu Jim, par ses attaques répétées envers Hillary Clinton durant les primaires démocrates. «Lui, Trump et Comey (le patron du FBI), ils ont fait énormément de mal à Hillary. Et pourtant, elle est toujours là, debout !» Et favorite pour succéder à Obama à la Maison Blanche. De toute façon, Jim ne croit pas à une présidence Trump. «Il n’a aucune envie d’être élu ! Sa candidature, sa campagne, c’est un egotrip. Il fait ça pour sa gloire personnelle, c’est un égocentrique. Et s’il est élu… Quand il va arriver dans le bureau ovale et qu’il va voir l’interminable pile de dossiers qui l’attend, qu’est-ce qu’il va faire ? Il va démissionner dans la seconde pour aller jouer au golf.»

Baptiste Bouthier

Source Libération 07/11/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Etats-Unis, rubrique Politique«Radicalisations» et «islamophobie» : le roi est nu, rubrique Société, On line Washington D.C., la capitale des Etats-Unis, est une no-Trump zone