Persécutés au Brésil, les Indiens appellent l’Europe et la France à l’aide

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 Méprisés par la classe politique, attaqués par la police militaire, assassinés par les fermiers, les peuples autochtones brésiliens ont les pires difficultés à faire valoir leurs droits. Pour alerter sur la gravité de leur situation, le chef indien Ládio Verón arrive en France pour une série de rencontres.

  • São Paulo (Brésil), correspondance

Parti en toute discrétion de São Paulo mi-mars, le chef indigène Ládio Verón a déjà rencontré des députés espagnols et manifesté avec ses soutiens devant l’ambassade du Brésil à Londres. Menacé de mort et torturé par le passé, le représentant de la tribu Taquara, dans le Mato Grosso du Sud, raconte comment les autorités tentent d’empêcher les Indiens de communiquer, d’aller en ville pour rencontrer des journalistes ou de se rendre à l’étranger. Son propre père, le chef Marcos Verón, a lui-même été assassiné en 2003, au retour d’un voyage similaire en Europe. Depuis, son fils a dû être placé sur la liste du Programme fédéral de protection des défenseurs des droits humains.

Lors d’une interview donnée à des journalistes étrangers à São Paulo, quelques jours avant son départ, les organisateurs de la rencontre mettent en garde ces derniers : « Il est important que vous attendiez que le cacique [chef de tribu] ait quitté le Brésil, avant de publier vos articles, car il est déjà arrivé que des chefs indiens soient bloqués avant de monter dans l’avion. » Une situation intenable pour Ládio Verón, qui s’insurge : « Non seulement nous devons rester dans un périmètre qu’ils nous imposent, sur une terre aride, au bord d’une route, mais en plus ils voudraient que nous gardions le silence. »

Son voyage va le mener à travers une douzaine de pays européens, pour raconter ce que vivent les Indiens de son ethnie, les Guarani Kaiowá, mais aussi les autres peuples du pays, et trouver un maximum de soutiens. Depuis très longtemps victimes de persécutions de la part des producteurs agricoles et d’énergie qui font tout pour mettre la main sur les territoires indigènes, les autochtones rencontrent très peu de soutien de la part des politiciens locaux. À l’échelle fédérale, la situation ne fait qu’empirer. Ni Lula ni Dilma Rousseff n’ont vraiment entrepris de politique protectrice efficace et l’organisme institutionnel de gestion de la question indigène, la Fondation nationale de l’Indien (Funai), est entré en crise depuis l’arrivée à la présidence du pays de Michel Temer [1]. Le nouveau directeur, nommé le 9 mai, est un ancien général de l’armée soutenu par les évangélistes, comme son prédécesseur, limogé au bout de 4 mois d’exercice. Une mauvaise nouvelle pour beaucoup de militants de la cause indigène, qui ne voient pas toujours d’un bon œil l’implication des militaires et des religieux dans ces questions.

« Le seul secours que l’on puisse attendre, c’est celui des autres pays » 

Le village de Ládio et de ses frères est aujourd’hui menacé. Une fois de plus, car l’histoire de sa tribu est marquée depuis des décennies par les expulsions et l’errance. Depuis 2010, 250 familles vivent sur ce bout de territoire proche du Paraguay, reconnu par la Funai, mais pas par le gouvernement, qui n’a pas approuvé la démarcation [2]. Entourés de monocultures et de grands domaines agricoles, les Guarani n’ont plus grand-chose qui leur permet de maintenir un mode de vie traditionnel. « Il n’y a plus de végétation, nos rivières sont mortes et nos enfants ressortent avec des démangeaisons quand il se baignent. Voilà ce qu’ils ont fait de nos terres, celle de nos ancêtres. Là-bas, un plant de maïs, un bœuf vaut plus que la vie d’un être humain, que la vie d’un enfant indigène », déplore Araldo Verón, le frère de Ládio, resté au Brésil.

Quelques jours après le départ du chef indien en mars, des militaires armés ont envahi le village de Taquara et menacé violemment la population d’expulsion. « Notre propre gouvernement nous attaque. Le seul secours que l’on puisse attendre, c’est celui des autres pays », dénoncent les frères Verón. En effet, un changement sensible est en train de se passer au Brésil. La résistance indigène est de plus en plus perçue comme une menace sécuritaire. En témoigne la récente répression policière dont ont été victimes plusieurs milliers de représentants indigènes venus manifester le 25 avril à Brasilia. Les populations autochtones se sentent oubliées par les partis politiques et les grands médias.

Le président Michel Temer a nommé comme ministre de l’Agriculture Blairo Maggi, l’un des grands leaders de l’agro-industrie. Dans un éditorial du journal économique Valor, Daniela Chiaretti, journaliste spécialisée dans l’environnement, dénonçait récemment un gouvernement passif avec un biais « ruraliste », illustré par l’agenda du ministre de la Justice [3], qui en 55 jours de mandat a rencontré une centaine de fois les représentants des lobbys parlementaires agricoles, mais n’a fait aucune rencontre avec des leaders indiens.

Le chef indien Ládio Verón devant l’ambassade du Bresil a? Londres le 19 avril.

Le chef indien Ládio Verón devant l’ambassade du Bresil a? Londres le 19 avril.

« Ce que mangent les Européens — la viande, le maïs — est mélangé avec du sang indien » 

La communauté internationale commence à s’alarmer face au traitement de la question indigène brésilienne. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a notamment souligné que le Brésil échouait à protéger les droits des Indiens durant l’examen périodique universel passé par le pays, à Genève, ce mois-ci. Au même moment, l’attaque violente d’une dizaine d’Indiens de l’ethnie Gamela, frappés et mutilés par des hommes payés par des fazendeiros, suscitait de nouveau l’indignation générale chez les défenseurs des peuples indigènes.

Pour les Guarani, l’Europe a sa part de responsabilité, car une grande partie du soja, du maïs ou de la canne à sucre destinés au marché européen est produit au Brésil (principalement dans le Mato Grosso) sur des terres desquelles des Indiens ont été expulsés. Ládio Verón va donc se rendre également au Parlement européen : « Nous allons demander de cesser d’acheter du soja brésilien, parce que ce que mangent les Européens — la viande, le maïs — est mélangé avec du sang indien, explique-t-il. Si nous ne recevons pas d’aide de l’extérieur, nous allons commencer à brûler les cultures, les usines d’éthanol, à entrer en action. Nous sommes fatigués de parler calmement, nous sommes maintenant prêts à aller au-delà, car c’est notre survie qui est en jeu. Que les Européens viennent voir comment on détruit nos forêts, comment on pollue notre eau et comment on nous assassine. »

Mathilde Dorcadie

Source Reporterre 19 mai 2017

 


L’AGENDA DE LA VISITE EN FRANCE DE LÁDIO VERÓN

Ládio Verón, le chef Guarani Kaiowá, sera en France du 20 au 29 mai 2017.

  • Paris
    Samedi 20 mai, à 18 heures : rassemblement de soutien sur le parvis des droits de l’homme.
    Lundi 22 mai, à 13 h 15 : interview sur RFI et rencontre avec des journalistes.
    Mardi 23 mai, à 9 h 30 : rencontre au Sénat à l’initiative de la sénatrice Laurence Cohen, présidente du groupe d’amitié France-Brésil.
  • Il sera  à Montpellier, le 24 mai et le lendemain à Marseille

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Comédie du livre. Des mots pour défendre les minoritaires

Débat sur le thème des voix invisibles  avec Alfons Cervera, Isabel Alba et Sophie G.Lucas.

Débat sur le thème des voix invisibles avec Alfons Cervera, Isabel Alba et Sophie G.Lucas.

Alfons Cervera, Isabel Alba et Sophie G. Lucas, trois auteurs publiés par Les Editions La Contre Allée, évoquent le goût et la nécessité d’écrire sur ceux que l’on oublie, les vaincus et les pauvres.

La forme peut être poétique, politique, ou romanesque, elle a pour point commun une volonté chevillée, celle de restituer la parole cachée. Comme si les trois auteurs présents vendredi sur le plateau de Espace Rencontre Comédie convenaient que la littérature transmet le plus souvent un récit hégémonique. Pour la romancière et scénariste Isabelle Alba qui met en scène dans Baby Spot Madrid, ses quartiers périphériques et ses vies déréglées : « il faut mettre en lumière d’autres récits comme outils de transformation

Alfons Cervera raconte tous les dégâts de la guerre d’Espagne à partir du village peuplé de 200 âmes où il vit. Il évoque les pays ayant traversé une période dramatique. « Après-guerre, la France s’est inventée un récit. S’il y avait eu tant de résistants, il n’y aurait pas eu d’occupation. En Espagne, ce sont les bons qui ont perdu. Le récit est celui des méchants. Il y a beaucoup de manières d’écrire sur la mémoire, on peut parler de la guerre d’un point de vue sentimental, on peut mettre en relief la partie humaine de l’horreur, moi je revendique une écriture politique et idéologique de la mémoire. »

Sophie G. Lucas s’emploie  à travailler sur l’humain. Avec Moujik Moujik elle s’intéressait à la figure des sans abris. Dans Témoin, son dernier roman, elle porte la voix de ceux qui n’en ont pas après avoir suivi plusieurs années les audiences du Tribunal correctionnel. « L’écriture est un moyen de lutter contre le silence. Rendre la voix aux gens est une manière de lutter contre le cynisme. »

La défaite n’a pas de récit pas plus que les pauvres n’ont de place dans le récit des riches. Le constat est là. Il est partagé par ses trois auteurs venus de différents horizons. « Ecrire sur ces  thèmes est non seulement une nécessité mais une façon de survivre » pense Isabelle Alba.
JMDH

Source La Marseillaise 20/05/2017

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Comédie du Livre. Pratique égalitaire de la distribution du pouvoir

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La démocratie directe exigeait que le pouvoir politique soit citoyen. Photo dr

Paulin Ismard, Maître de conférence en histoire grecque à la Sorbonne évoque son essai  La Démocratie contre les experts. Présentation  Bernard Travier  aujourd’hui à 17h Auditorium du Musée Fabre.

Supposons un instant que le dirigeant de la Banque de France, le directeur de la police et celui des Archives nationales soient des esclaves, propriétés à titre collectif du peuple français. Imaginons, en somme, une République dans laquelle certains des plus grands serviteurs de l’État seraient des esclaves. Le Maître de conférence en histoire grecque à la Sorbonne Paulin Ismard questionne l’expérience de la lointaine Athènes avec l’idée  qu’elle pourrait nous aider à affronter, ici et maintenant, notre malheur politique.

En Grèce, laboratoire de la nouvelle gouvernance et d’une nouvelle « doctrine du cho c», le peuple  a de quoi réfléchir à cette absence d’alternative qui constitue désormais en Europe le mode de gouvernance néo-libéral. Il peut  dénoncer le chantage par lequel il s’exerce. Les modalités sont diverses selon les pays, les situations, les histoires, bien qu’il soit aisé de retrouver une certaine constance comme la façon par lesquelles l’extrême-droite européenne a été systématiquement promue, mise en avant, instrumentalisée, et parfois validées et reprises par les tenants de l’élite néo-libérale.

Dans la crise de la langue politique que nous traversons Paulin Ismard  s’attache au grand mot que demeure : La Démocratie, « aux contours incertains, mais qui s’offre à nos yeux à la fois comme un principe d’action et une aspiration indémodable, précise l’auteur,  qui  nous replonge dans l’Athènes de l’époque classique. « Ils étaient archivistes, policiers ou vérificateurs de la monnaie : tous esclaves, quoique jouissant d’une condition privilégiée, ils furent les premiers fonctionnaires des cités grecques. En confiant à des esclaves de telles fonctions, qui requéraient une expertise dont les citoyens étaient bien souvent dénués, il s’agissait pour la cité de placer hors du champ politique un certain nombre de savoirs spécialisés, dont la maîtrise ne devait légitimer la détention d’aucun pouvoir

La démocratie directe, telle que la concevaient les Grecs, impliquait que l’ensemble des prérogatives politiques soit entre les mains des citoyens. « Le recours aux esclaves assurait que nul appareil administratif ne pouvait faire obstacle à la volonté du peuple. En rendant invisibles ceux qui avaient la charge de son administration, la cité conjurait l’apparition d’un État qui puisse se constituer en instance autonome et, le cas échéant, se retourner contre elle

Une des manifestations du déni quotidien de l’idée démocratique ne tient-il pas dans l’exaltation du règne des experts ? Que la démocratie se soit construite en son origine contre la figure de l’expert gouvernant, mais aussi selon une conception de l’État qui nous est radicalement étrangère, voilà qui devrait nous intriguer.

JMDH

La démocratie contre les experts, Seuil (2015) 20 euros.

Rencontre avec Jean Claude Michéa.  Notre ennemi le capital

Jean-Claude Michéa Photo dr

Jean-Claude Michéa Photo dr

Dans un essai stimulant, Notre ennemi le capital, le philosophe montpelliérain prophétise la fin proche et souhaitable du libéralisme. Et établit Podemos en modèle pour la gauche européenne. « Il est aujourd’hui plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. » Avec Notre ennemi, le capital (Climats), le philosophe Jean-Claude Michéa poursuit son travail de clarification et de démolition entrepris avec des livres aussi importants que Orwell, anarchiste Tory, L’empire du moindre mal ou La double pensée. Mais est-il encore possible de « rassembler la grande majorité des classes populaires autour d’un programme de déconstruction graduelle du système capitaliste » L’essayiste est devenu un auteur reconnu, notamment pour ses travaux sur George Orwell. Mais aussi, en raison d’une thèse qui pose le libéralisme économique comme indissociable du libéralisme politique.

Jean-Claude Michéa est l’un des invités de La Comédie du livre de Montpellier du 19 au 21 mai. Il participe à une rencontre ce soir à 19h00 au Centre Rabelais, entretien animé par Régis Penalva, directeur littéraire de la Comédie du Livre. Puis, il dédicacera ses ouvrages sur le Pôle 3 – Littérature française, librairie Sauramps, les 20 et 21 mai 2017.

Source La Marseillaise 19/05/2017

Voir aussi : Rubrique Livre, Essais, rubrique HistoirePoésie, Adonis : « Le problème, c’est la tyrannie théocratique »Hala Mohammad « la vérité et la liberté sont l’oxygène de la paix »,  rubrique Politique, rubrique International, Méditerranée, Montpellier, rubrique Société, Citoyenneté, On Line La Comédie du livre,

Présidentielles en Iran

Zahra, l'héroïne de bande-dessinée créée par Amir Soltani était candidate à l'élection présidentielle iranienne en 2013

Zahra, l’héroïne de bande-dessinée créée par Amir Soltani était candidate virtuelle à l’élection présidentielle iranienne en 2013

Les Iraniens seront appelés vendredi à élire un nouveau président. Le duel opposera l’actuel président Hassan Rohani au religieux conservateur Ebrahim Raïssi. Beaucoup d’observateurs voient dans ce scrutin un test de la politique d’ouverture à l’Occident pratiquée par Rohani, dont l’accord sur le nucléaire a été un important jalon. Les commentateurs conjecturent sur l’avenir du pays.

LA POPULATION NE PROFITE PAS DE L’ACCORD SUR LE NUCLÉAIRE

Le peuple ne ressent pas vraiment les retombées positives de l’accord sur le nucléaire, explique le politologue Valentin Naumescu sur la plate-forme de blogs Contributors :

«Selon un sondage du mois d’avril, 72 pour cent des Iraniens estiment que le ‘Joint Comprehensive Plan of Action’ n’a pas généré de changement significatif de leur niveau de vie. Ils n’ont pas ressenti non plus le bénéfice de la levée progressive des sanctions, même si la croissance annuelle de l’Iran était de l’ordre de cinq à huit pour cent en 2015 et 2016. Le chômage reste élevé aujourd’hui. Il atteint 12 pour cent dans l’ensemble et près de 25 pour cent chez les jeunes. C’est l’une des raisons pour laquelle le scrutin ne devrait pas pouvoir être scellé à l’issue du premier tour et qu’un second tour devrait être nécessaire – pour la première fois depuis 1981.»

Valentin Naumesc

Source Contributors 16/95/2017

 

A QUAND LE PROCHAIN COUP D’ETAT ?

Le risque de coup d’Etat en Iran est imminent, redoute Taimoor Aliassi, représentant à l’ONU de l’Association pour les droits humains au Kurdistan iranien, dans Le Temps :

«La génération d’après la révolution, déçue de trente-sept ans de règne sans partage du clergé, a du mal désormais à croire à un avenir meilleur sous l’égide des ayatollahs. Nombreux sont les intellectuels, politologues, journalistes, activistes et artistes pour qui la question n’est plus de savoir quand il y aura un coup d’Etat, mais quelles en seront les modalités et les conséquences, à savoir : un bain de sang et un embrasement généralisé comme en Syrie ou en Irak ? Ou bien une reprise en main encore plus autoritaire et centralisée, plus ou moins téléguidée de l’étranger par certaines puissances occidentales, Etats-Unis en tête, qui n’ont aucun intérêt à voir le pays s’embraser, et sont prêtes à sacrifier leurs prétendus idéaux sur l’autel de la stabilité de la région.»

Source Le Temps 16/95/2017

 

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Moyen Orient, Iran, Législatives : poussée des alliés du président Rohani , pas de majorité claire, rubrique Politique internationale, Paris et Téhéran jouent l’ouverture économique et diplomatique,

Cybertattaque: la rançon en bitcoins, garantie d’anonymat

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Les auteurs de la cyberattaque mondiale lancée vendredi exigent le versement des rançons en bitcoins car cette monnaie immatérielle permet l’anonymat, mais face à la mobilisation internationale, cela ne suffira peut-être pas pour couvrir leurs traces, assurent des experts.

Le bitcoin, qui tire son origine d’un logiciel mis en ligne en février 2009 par un ou plusieurs informaticiens se cachant sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, est une monnaie virtuelle autorégulée, qui préserve l’anonymat de ses propriétaires.

Sur l’écran qui apparait sur les centaines de milliers d’ordinateurs infectés par le virus «WannaCry» au cours des derniers jours, dans 150 pays, figure un lien pour permettre aux victimes d’acheter des bitcoins, puis une adresse où envoyer la rançon, en échange de laquelle les pirates promettent de décrypter les fichiers que leur virus a crypté.

«Le bitcoin, c’est l’argent liquide du numérique», explique à l’AFP Nicolas Debock, investisseur chez Balderton Capital, spécialiste des monnaies virtuelles. «Les transactions sont totalement anonymes, non répudiables. En revanche, elles sont totalement traçables».

«Toutes les transactions sont inscrites dans les chaînes de stockage, appelées «blockchains». C’est anonyme, mais tout le monde peut surveiller une adresse bitcoin et voir comment l’argent bouge», ajoute-t-il. «Personne ne pourra leur prendre cet argent, mais il sera possible de suivre à la trace l’activité de ce compte».

Pour Pierre-Antoine Gailly, rapporteur en 2015 d’un rapport sur le bitcoin et les monnaies virtuelles pour le Conseil économique, social et environnemental français (CESE), cela pose «un problème majeur».

«Le bitcoin n’a besoin d’aucune banque, donc cette circulation « monétaire » échappe à toute supervision, à tout contrôle», dit-il à l’AFP. «Les comptes n’ont pas d’adresse physique, pas d’adresse bancaire, il n’y a pas d’hébergeur central: l’anonymat est mis en tête de gondole».

«Un coup très fort»

L’ampleur des dégâts infligés aux ordinateurs du monde entier, le nombre de victimes et de pays concernés par ce piratage d’une gravité inédite va certainement pousser les services internationaux d’enquête et de renseignements à surveiller de près l’adresse bitcoin sur laquelle les rançons ont été ou vont être versées, estiment les experts.

Des services existent, appelés «tumblers», qui promettent aux détenteurs de bitcoins d’anonymiser entièrement leurs comptes en monnaie virtuelle.

«Le tumbler va diviser les sommes en bitcoins en milliers de petits morceaux, les répartir sur des milliers d’adresses différentes et faire plein de transactions», explique Manuel Valente, directeur à Paris de la maison du Bitcoin. «Au bout d’une semaine, on remet tous ces bitcoins sur une nouvelle adresse, en espérant avoir couvert ses traces. Ce sont des systèmes de blanchiment de bitcoins. Sur le darkweb, il y a des gens qui proposent ce genre de service».

Mais si, face à l’importance du préjudice, les polices et services de renseignement du monde entier, avec leurs formidables puissances de calcul, s’allient pour surveiller le compte bitcoin des pirates, cet argent virtuel sera intouchable sans se faire repérer.

Pour Clément Francomme, directeur général de Utocat, entreprise de logiciels spécialisée dans les technologies «blockchain», les pirates le savent si bien que la collecte d’argent via les rançons n’est peut-être pas le véritable but de cette cyberattaque.

«L’idée était peut-être de montrer au reste du monde qu’ils ont fait un coup très très fort. Avec une attaque pareille, ils vont être très connus dans le milieu des pirates internationaux. Cette équipe a fait une démonstration de force, et je suppose que dans pas très longtemps il va y en avoir une autre», dit-il.

«C’est une démonstration de puissance, pour construire un CV. Ils pourraient ne pas avoir envie de dépenser ces bitcoins, sachant qu’ils vont être très surveillés, mais plutôt de se servir de leur renommée mondiale pour vendre des services à côté».

Michel MOUTOT
Agence France-Presse 15/05/2017

 

Le bitcoin, qui tire son origine d'un logiciel mis en ligne en février 2009 par un ou plusieurs informaticiens se cachant sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, est une monnaie virtuelle autorégulée, qui préserve l'anonymat de ses propriétaires.

Le bitcoin, qui tire son origine d’un logiciel mis en ligne en février 2009 par un ou plusieurs informaticiens se cachant sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, est une monnaie virtuelle autorégulée, qui préserve l’anonymat de ses propriétaires.

Du rançongiciel au « kill switch », voici un lexique des principaux termes de cybersécurité utilisés pendant la cyberattaque attribuée au virus Wannacry, réalisé notamment à partir du glossaire de l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’informations).

– Bitcoin:

Le Bitcoin est une monnaie électronique virtuelle basée sur un algorithme. Elle permet d’acheter des biens et des services et peut être échangée contre d’autres devises. Indépendante des réseaux bancaires, elle fonctionne de manière décentralisée grâce à la technologie du blockchain ou « chaîne de blocs », un registre partagé sécurisé.

Permettant à ses utilisateurs de brouiller leur identité, elle est devenue très populaires sur les sites illicites.

– Kill switch

Un « bouton d’arrêt  » virtuel qui peut être présent dans le code d’un logiciel malveillant.

Dans le cas de Wannacry, un chercheur en cybersécurité a remarqué que le rançongiciel tentait avant chaque infection de contacter un nom de domaine et s’exécutait s’il était sans réponse de ce dernier. Il a donc enregistré le nom de domaine pour freiner la propagation du rançongiciel, semble-t-il avec succès.

Mais les experts avertissent que le code du logiciel peut être changé pour créer des variantes qui ne comportent pas de bouton d’arrêt.

Logiciel malveillant ou malware:

Tout programme développé dans le but de nuire à, ou au moyen, d’un système informatique ou d’un réseau. Il peut prendre la forme d’un virus ou d’un vers informatique.

– Faille:

Vulnérabilité dans un système informatique permettant à un attaquant de porter atteinte à son fonctionnement normal, à la confidentialité ou à l’intégrité des données qu’il contient.

Une faille « zero day » est une vulnérabilité qui n’a pas encore été rendue publique.

– Patch

Morceau de code que l’on ajoute à un logiciel pour remédier à un problème.

– Phishing ou hameçonnage:

Vol d’identités ou d’informations confidentielles (codes d’accès, coordonnées bancaires) par subterfuge : un système d’authentification est simulé par un utilisateur malveillant, qui essaie alors de convaincre des usagers de l’utiliser et de communiquer des informations confidentielles.

L’utilisateur est souvent invité à visiter le site frauduleux – qui ressemble au site authentique – par un courrier électronique.

– Rançongiciel ou ransomware:

Forme d’extorsion imposée par un code malveillant sur un utilisateur du système. Si ce dernier refuse de payer ou d’effectuer une tâche imposée, le service auquel il veut accéder lui est refusé.

Un tel code peut par exemple chiffrer des fichiers pour les rendre inexploitables. L’utilisateur reçoit une demande de payement pour récupérer ses fichiers.

– Réseau de machines zombies ou botnet

Un botnet, ou un réseau de robots, est un réseau de machines compromises à la disposition d’un individu malveillant. Ce réseau est structuré de façon à permettre à son propriétaire de transmettre des ordres aux machines du botnet et de les actionner à sa guise.

Certains réseaux peuvent atteindre plusieurs milliers de machines. Celles-ci peuvent faire l’objet de commerce illicite et être utilisées dans des opérations malveillantes contre d’autres machines.

– Virus et vers informatiques:

Un virus est un programme ou morceau de programme malveillant dont le but est de survivre sur un système informatique (ordinateur, serveur, appareil mobile, etc.) et souvent d’en atteindre les données, mémoire, réseau. Il peut être propagé par messagerie, partage de fichiers, portes dérobées, page internet frauduleuse, clés USB?

Un ver est un virus qui se propage de manière quasi autonome (sans intervention humaine directe) via le réseau. Il cherche à propager son code au plus grand nombre de cibles, puis de l’exécuter sur ces mêmes cibles à l’insu des utilisateurs.

Voir aussi : Actualité Internationale, rubrique Internet,