Réseaux sociaux. Facebook, ennemie de la démocratie en Asie

Photo Dado Ruvic

Photo Dado Ruvic

Le scandale autour des liens entre Cambridge Analytica et Facebook a révélé en Occident les dangers que représente la masse de données personnelles accumulées par le réseau social. En Asie, il est mis en accusation en tant que propagateur d’idées haineuses.

Depuis que Facebook est entrée dans nos vies, il y a déjà de nombreuses années, le monde a radicalement changé, et le réseau social a sans conteste contribué à ce changement.

Au fil du temps, on a accusé la plateforme de toutes sortes de maux, notamment d’être un facteur de divorces, de syphilis, de dépression, et même de clivages sociaux.

Récemment, de nouvelles incriminations ont été formulées. Facebook aurait une influence démesurée et se transformerait en une arme dès lors qu’il est entre de mauvaises mains. Ces derniers mois, la société de Mark Zuckerberg s’est vu reprocher d’avoir déclenché des troubles sociaux, fait élire un président, voire même favorisé un génocide.

Voici trois des accusations les plus extrêmes lancées contre le géant des réseaux sociaux cette année (et nous ne sommes encore qu’au mois de mars) :

  • La crise des Rohingyas – Birmanie

Yanghee Lee, rapporteuse spéciale de l’ONU pour la Birmanie, déclarait le 13 mars :

Je crains que Facebook ne soit devenue un monstre.

Les Nations unies ont montré du doigt la plateforme pour son “rôle déterminant” dans l’actuelle crise des Rohingyas, qui a vu près de 700 000 réfugiés fuir leur pays vers le Bangladesh voisin.

La répression militaire qui a lieu en ce moment même dans l’État d’Arakan (renommé Rakhine), au nord-ouest de la Birmanie, est alimentée par un fort sentiment d’hostilité envers musulmans et Rohingyas, très répandu dans ce pays à majorité bouddhiste. Or ce nationalisme est diffusé et amplifié par Facebook.

“Facebook a […] très fortement contribué à attiser les haines et les divisions au sein de la population. Le discours de haine est une composante très importante de ce phénomène”, a assuré Marzuki Darusman, président de la mission d’enquête de l’ONU sur place.

“En ce qui concerne la situation en Birmanie, Facebook est le réseau social par excellence”, ajoute-t-il.

L’entreprise a tenté d’endiguer le flux de discours haineux dans le pays en supprimant la page d’éminents nationalistes bouddhistes. Mais le phénomène ne concerne pas qu’une poignée d’excités : le gouvernement lui-même utilise la plateforme dans le cadre d’une vaste opération de relations publiques visant à gagner le soutien de la population et à diffuser un message anti-Rohingya.

Des témoignages très détaillés sur les affrontements et les actions de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) sont apparus sur “Information Committee”, le compte du bureau d’Aung San Suu Kyi, leader de fait. Des analystes affirment que ceux-ci enflamment les esprits et mettent en danger la vie des agents humanitaires étrangers.

  • Duterte contre ses détracteurs – Philippines

Les réseaux sociaux, et surtout Facebook, passent pour être l’arme la plus puissante de Rodrigo Duterte. Non content d’avoir facilité sa victoire électorale, le géant du numérique l’aurait aidé à neutraliser ses opposants et à fermer les médias frondeurs.

Après avoir mis en place une armée de partisans très au fait du fonctionnement de Facebook pour diffuser ses promesses de campagne et pouvoir se battre pied à pied afin d’obtenir son élection, Duterte a fait entrer certaines de ces personnalités clivantes dans son gouvernement. Une fois dans le palais de Malacañang, ils se sont vu confier la lutte contre l’opposition, selon Maria Ressa, journaliste de Rappler.

La sénatrice emprisonnée Leila de Lima, ouvertement critique envers le président et désignée par Amnesty International comme défenseuse des droits humains menacée, a fait les frais d’une campagne en ligne ciblée, comme l’a révélé le site d’information.

Peu après que la campagne #ArrestLeiladeLima est devenue virale, la sénatrice a été mise en garde à vue, accusée d’avoir monté un réseau de trafic de drogue, ce qu’elle nie avec force.

L’offensive des “trolls patriotiques” du chef d’État se poursuit aujourd’hui. Il suffit de lire les commentaires au bas de n’importe quel article en ligne qui le présente sous un jour négatif pour s’en convaincre. Ceux-ci, au vitriol, proviennent souvent d’authentiques partisans, mais Duterte a lui-même reconnu qu’il payait des trolls lorsqu’il était en campagne.

Autre cible des réseaux sociaux : Rappler, qui est sous le coup d’une révocation de sa licence depuis janvier dernier pour, selon le pouvoir, ne pas avoir respecté une loi sur l’interdiction du contrôle des médias par des sociétés étrangères. Dans les mois qui ont précédé cette décision, les partisans du président ont mené une violente campagne en ligne contre le site.

La technique de domination des réseaux sociaux par Duterte est tellement efficace qu’il a été couronné “Roi de Facebook” par l’entreprise elle-même en 2016. Car 64 % des conversations à propos des élections aux Philippines sur le réseau social portaient alors sur lui.

  • Les émeutes de Kandy – Sri Lanka

Une équipe de Facebook a rencontré le Premier ministre sri-lankais le 15 mars. Le gouvernement accuse en effet la plateforme de ne pas avoir su contrôler la diffusion de propos appelant à la haine, ce qui a contribué à l’explosion d’émeutes antimusulmanes ayant fait trois morts et conduit le pays à déclarer l’état d’urgence.

Lors des violences, le gouvernement a pris la décision inédite de bloquer l’application Facebook dans tout le pays par crainte d’une escalade.

Selon le ministre des Télécommunications Harin Fernando cité par le quotidien britannique The Guardian :

Le pays aurait été à feu et à sang en quelques heures.

Et de citer en exemple un tweet rapportant des propos tenus sur Facebook : “Tuez tous les musulmans, pas un seul enfant de ces chiens ne doit en réchapper.”

Au bout de six jours, Facebook a répondu que ce post ne violait pas sa politique de lutte contre la diffusion de propos haineux et de ce fait il n’a pas été supprimé de la plateforme.

Selon Sanjana Hattotuwa du Centre des alternatives politiques à Colombo, si le phénomène n’est pas spécifique au Sri Lanka, dans une région instable sur le plan politique et social, un outil comme Facebook “aggrave ces fractures”.

Emma Richards
Source 28/03/2018

Une nouvelle déclaration d’indépendance du cyberespace

En hommage à John Perry Barlow, décédé, Olivier Ertzscheid a écrit une nouvelle version du texte de 1996, devenu emblématique des cyberutopies libertaires.

John Perry Barlow était parolier des Grateful Dead, membre fondateur de l’Electronic Frontier Foundation (EFF), militant infatigable des libertés numériques, et l’auteur de l’une des pièces majeures du puzzle de la culture web et de l’Internet des pionniers : la déclaration d’indépendance du cyberespace.

«Nous sommes en train de créer un monde où tous peuvent entrer sans privilège et sans être victimes de préjugés découlant de la race, du pouvoir économique, de la force militaire ou de la naissance. Nous sommes en train de créer un monde où n’importe qui, n’importe où, peut exprimer ses croyances, aussi singulières qu’elles soient, sans peur d’être réduit au silence ou à la conformité. Vos concepts légaux de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement, de contexte, ne s’appliquent pas à nous. Ils sont basés sur la matière, et il n’y a pas ici de matière.»

Plus rien dans cet extrait n’est vrai. Et c’est tout le contraire qui s’est mis en place. Mais cela reste comme une petite lumière qui continue de dire où tout cela a commencé, quels rêves étaient alors permis et vers où, peut-être dès demain, recommencer à rêver.

A lire aussi : John Perry Barlow, le Net perd sa connexion libre

Le texte de la déclaration d’indépendance du cyberespace est bien sûr un texte très fort, mais le passage qui m’importe le plus, hormis celui cité plus haut, est un passage qui ne figure pas dans le texte lui-même mais dans son prologue, très peu connu. Quelques lignes dans lesquelles John Perry Barlow explique pourquoi il a eu envie de rédiger cette déclaration. La raison c’est le vote du Telecommunications Act de 1996, signé par «l’autre grand invertébré» (aka Bill Clinton) et qui a poussé John Perry Barlow à faire «acte de résistance». Voilà ensuite ce qu’il écrit dans ce prologue :

«Après tout, le Telecom « Reform » Act, qui est passé au Sénat avec seulement 4 votes contre, rend illégal, et punissable d’une amende de 250 000 dollars, de dire « shit » en ligne. Comme de dire l’un des sept mots interdits dans les médias de diffusion grand public. Ou de discuter d’avortement d’une façon ouverte. […] Cette loi a été mise en œuvre contre nous par des gens qui n’ont pas la moindre idée de qui nous sommes, ni où notre conversation est conduite. C’est, comme l’a dit mon ami et rédacteur en chef de Wired Louis Rosseto, comme si « les analphabètes pouvaient vous dire quoi lire ». Eh bien, qu’ils aillent se faire foutre.»

Aujourd’hui, c’est une autre forme d’analphabétisme algorithmique qui nous dit quoi lire. Eh bien, qu’ils aillent également se faire foutre.

John Perry Barlow est décédé le mercredi 7 février 2018. Il avait 70 ans.

J’ai pris la liberté de tenter de réécrire sa déclaration d’indépendance du cyberespace, dans un cyberespace qui n’est plus que la colonie numérique des grandes plateformes. Un hommage imparfait et maladroit, mais surtout un remerciement pour sa déclaration et son travail.


Déclaration d’indépendance du cyberespace

 

«Seule l’erreur a besoin du soutien du gouvernement. La vérité peut se débrouiller toute seule» Thomas Jefferson, Notes on Virginia

Plateformes aux tons pastel et aux logos colorés, vous géants fatigués aux CGU d’airain et aux algorithmes d’acier, je viens du temps des internets d’avant, où nous n’avions pas de «comptes» mais des pages, où chacun pouvait disposer d’une adresse et n’était pas contraint d’habiter par habitude et par lassitude sous le même grand F bleu qui orne votre jardin fermé, et de vivre dans cette fausse proximité que vous nous avez tant vanté et qui est d’abord une toxique promiscuité.

Au nom du présent que vous avez institué, je vous demande, à vous qui êtes désormais le passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes plus les bienvenus parmi nous. Vous avez trop de souveraineté pour que celle-ci ne soit pas enfin questionnée et abolie.

Comme gouvernance, vous n’avez que des actionnaires que nous n’avons pas élus mais dont les décisions ont aujourd’hui plus de poids que celles des gouvernements élus. Je déclare l’espace social global que nous construisons naturellement indépendant des tyrannies que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez aucun droit moral de dicter chez nous votre loi et vous possédez hélas désormais trop de moyens de nous contraindre que vous n’hésitez plus à utiliser.

Les gouvernements tiennent leur juste pouvoir du consentement de ceux qu’ils gouvernent. Vous n’avez ni sollicité ni reçu le nôtre. Nous ne vous avons pas invités. Nous avons eu le tort de croire vos promesses. Mais vous nous connaissez bien trop, vous nous calculez bien trop, et vous voulez bien trop prédire le moindre de nos actes, de nos affects, de nos comportements. Cela ne peut suffire à nous connaître vraiment. L’espace de libre circulation des idées ne se situe pas dans les frontières que vos plateformes ont reconstruites dans le cyberespace. Cet espace est un produit naturel, un commun, et il croît par notre action collective.

Vous épiez désormais l’ensemble de notre grande conversation, et la richesse que vous créez, et le modèle de régie publicitaire sur lequel vous prospérez, sont définitivement et totalement incompatibles avec l’éthique nécessaire à l’échelle des populations que vous touchez et prétendez servir et accompagner. Votre culture n’est pas la nôtre, vos règles tacites suscitent autant d’incompréhension et de désordre que chacune de vos innombrables ingérences.

Vous prétendez qu’il y a chez nous des problèmes que vous devez résoudre. Et qu’il n’existe pas de problème qu’un algorithme ou une application ne soit capable de résoudre. Vous utilisez ce prétexte pour envahir nos vies, nos smartphones, nos foyers, nos amitiés. Beaucoup de ces problèmes n’existent pas. Où il y a des conflits réels, où des dommages sont injustement causés, nous les identifierons et les traiterons avec nos propres moyens. Nous sommes en train de former notre propre contrat social. Cette manière de gouverner émergera selon les conditions de notre monde, pas du vôtre. Notre monde est différent.

Les internets sont faits de transactions, de relations, et de la pensée elle-même, formant comme une onde stationnaire dans la toile de nos communications, dont la neutralité doit être garantie, et ne peut plus l’être par vous. Notre monde est à la fois partout et nulle part, et il est aujourd’hui aussi là où vivent les corps.

Vos plateformes et vos déterminismes calculatoires recréent un monde où sont reconduits tous les privilèges et tous les préjugés découlant de la race, du pouvoir économique, de la force militaire ou de la naissance.

Vos plateformes et vos déterminismes calculatoires recréent un monde où plus personne ne peut exprimer ses croyances, aussi singulières qu’elles soient, sans peur d’être réduit au silence ou à la conformité.

Vos plateformes et vos déterminismes calculatoires redéfinissent à leur seul bénéfice et à ceux de leurs actionnaires les concepts légaux de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement, de contexte, et les appliquent à chacun, en font la norme pour tous.

Nos identités sur les internets ont fini par retrouver la pesanteur des corps, mais vous les avez lestés de tant de kilos inutiles de recommandations, de tant de kilos superflus de suggestions, de tant et tant de tonnes de prescriptions, que tout cela finit par former une contrainte physique et limiter la part de notre libre arbitre. Nous croyons que c’est de l’éthique, de la défense éclairée de l’intérêt propre et de l’intérêt commun, que notre ordre émergera. Que cet ordre ne peut être garanti que par une négociation collective. La seule loi que toutes nos cultures constituantes pourraient reconnaître généralement est la règle d’or [«Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’ils te fassent», NdT]. Nous espérons pouvoir bâtir nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer par le code. Car si le code est la loi, nous n’entendons pas qu’il soit élaboré et appliqué en dehors de tout espace de délibération réellement public et sincèrement commun.

Aux Etats-Unis, vous avez récemment remis en cause le principe de neutralité du Net qui répudie votre propre Constitution et insulte les rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent maintenant renaître en nous.

Vous terrifiez désormais vos propres enfants, parce qu’ils ne se reconnaissent plus dans les frontières que vous placez dans le cyberespace, et parce que chacune de ces frontières arbitraires et soumises aux lois du marché nous contraint à devenir des étrangers pour ceux qui se trouvent de l’autre côté de vos murs de données, là où nos rêves étaient simplement ceux d’une plus grande fraternité. Parce que vous continuez de nous craindre et que nous continuons de tenter de vous échapper, vous confiez à vos algocraties les responsabilités de parents auxquelles vous êtes trop lâches pour faire face. Dans notre monde, tous les sentiments et expressions d’humanité, dégradants ou angéliques, font partie d’un monde unique, sans discontinuité, d’une conversation globale de bits. Nous ne pouvons pas séparer l’air qui étouffe de l’air où battent les ailes.

En Chine, en Allemagne, en France, à Singapour, en Italie et aux Etats-Unis, vous essayez de confiner le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières de vos plateformes et de fait vous vous placez vous-même en dehors du cyberespace, même si vous êtes parvenus, par l’entremise d’un capitalisme aussi linguistique que cognitif à aliéner l’essentiel de la liberté et de l’espace dont on imaginait qu’il pourrait un jour être couvert de médias numériques libres et indépendants.

Vos industries de données, de plus en plus totalitaires, se perpétuent en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent décider de la parole elle-même dans le monde entier… Ces lois déclareraient que les idées sont un produit industriel comme un autre, pas plus noble que de la fonte brute… L’art, l’histoire, la vérité des peuples et celle des révolutions, rien n’échappe à l’arbitraire de vos décisions, de vos goûts, de vos propres pudeurs, et par-dessus tout de vos propres intérêts commerciaux et financiers. Dans notre monde, quoi que l’esprit humain crée peut être reproduit et distribué à l’infini pour un coût nul. L’acheminement global de la pensée doit désormais trouver d’autres chemins que celui de vos usines, d’autres ambitions que celles de vos carcans, d’autres légitimités que celles des rentiers et des banquiers de la culture qui sont vos porte-voix autant que vos portefaix.

Ces mesures de plus en plus hostiles et votre colonialité nous placent dans la même situation que ces amoureux de la liberté et de l’autodétermination qui durent rejeter les autorités de pouvoirs éloignés et mal informés. Nous devons déclarer nos personnalités réelles comme virtuelles exemptes de votre souveraineté, même lorsque nous continuons à accepter votre loi pour ce qui est de l’organisation de nos échanges pour préparer votre déchéance. Nous nous répandrons de nouveau à travers la planète, en dehors de vos murs, de façon à ce qu’aucune plateforme ni aucun algorithme ne puissent stopper nos pensées.

Nous recréerons une civilisation de l’esprit dans le cyberespace redevenu ouvert et décentralisé. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde issu de vos ambitions et de vos conditions générales d’utilisation. Nous étions des citoyens endormis, vous avez fait de nous des utilisateurs passifs, nous sommes en train de nous réveiller et nous préparons notre exil.

La Roche-sur-Yon, France, le 7 février 2018.

Olivier Ertszcheid est l’auteur de l’appétit des géants (2017, C&F éditions)

Olivier Ertzscheid Enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes

Texte publié dans Libération en février 2018

Twitter demande à ses utilisateurs de changer leur mot de passe après une faille

569ef2723030199c0984506d0905bcc0716c3cacLe réseau social Twitter a demandé jeudi, dans un tweet, à ses quelque 330 millions d’utilisateurs de changer leur mot de passe par précaution après avoir découvert une faille dans son propre service.

« Nous avons récemment découvert un bug qui stockait des mots de passe non masqués dans un registre interne. Nous avons corrigé ce bug et n’avons pas d’indication sur le fait qu’il y ait eu une intrusion ou une utilisation frauduleuse par qui que ce soit », a écrit Twitter, en recommandant à ses utilisateurs de modifier leur mot de passe « par mesure de précaution ».

Twitter explique l’erreur dans un blog très bref intitulé « Gardez votre compte sécurisé », qui ne dit pas depuis combien de temps cette faille existe ni combien de mots de passe ont été ainsi exposés.

Le président américain Donald Trump est un grand utilisateur de Twitter, l’un de ses moyens de communication favori.

Le groupe indique qu’il « masque les mots de passe à travers un processus de hachage en utilisant une fonction baptisée bcrypt, qui remplace le mot de passe réel par une série aléatoire de chiffres et de lettres qui sont stockés dans le système de Twitter ».

« Cela permet à nos systèmes de valider votre compte sans révéler votre mot de passe, ce qui est une norme de l’industrie », poursuit le blog.

« En raison d’un bug, les mots de passe ont été inscrits dans un registre interne avant d’être soumis au processus de hachage. Nous avons nous-mêmes trouvé l’erreur, supprimé les mots de passe et mettons des mesures en place pour que ce bug ne se reproduise pas », ajoute Twitter.

- « Désolé » -

Le groupe de Jack Dorsey dit être « profondément désolé ». « Nous reconnaissons et apprécions la confiance que vous nous accordez et nous nous engageons à mériter chaque jour cette confiance », dit-il à ses utilisateurs.

L’action Twitter, introduite en Bourse en 2013, perdait 1,14% à 30,32 dollars dans les échanges juste après la clôture.

Cette nouvelle faille dans les données d’un grand réseau social intervient alors qu’aux Etats-Unis comme en Europe, utilisateurs, régulateurs et législateurs s’inquiètent de plus en plus de la façon dont sont conservées, protégées ou utilisées les informations personnelles des usagers.

Facebook est dans la tourmente depuis que la société britannique Cambridge Analytica (CA) est accusée d’avoir récupéré les données de 50 millions d’utilisateurs pour élaborer un logiciel permettant de prédire et d’influencer le vote des électeurs américains.

Dans un autre scandale, l’agence américaine de crédit Equifax, qui récolte et analyse les données personnelles de clients qui sollicitent un crédit, a été victime d’une intrusion qui a piraté les données personnelles de 147 millions de personnes, aux Etats-Unis mais aussi au Canada et au Royaume Uni.

Le site de microblog Twitter a révélé ce problème jeudi, une semaine après avoir annoncé un bénéfice pour le second trimestre consécutif.

Le bénéfice net a atteint sur la période 61 millions de dollars comparé à une perte de 61,5 millions de dollars il y a un an et à un bénéfice de 91,1 millions au trimestre précédent. Le chiffre d’affaires a progressé de 21% à 665 millions.

Ces deux trimestres consécutifs dans le vert sont venus rassurer sur la santé financière de Twitter, qui a doublé cet automne la longueur des tweets à 280 caractères, et qui n’était auparavant jamais parvenu à être bénéficiaire. Elément clé, les recettes publicitaires ont augmenté de 21% pour atteindre 575 millions de dollars.

Comme Facebook ou Google, son modèle économique est basé sur les recettes publicitaires, ciblées grâce aux données personnelles des utilisateurs.

Interrogé la semaine dernière sur les déboires de Facebook quant à la fuite de données personnelles, le fondateur et patron de Twitter Jack Dorsey avait affirmé: « Nous sommes différents (…) car Twitter est public et toutes nos données sont publiques, ouvertes à tous ».

Il avait en outre expliqué que l’activité du réseau « en termes de données consiste juste à faire en sorte que les données en temps réel soient plus faciles à utiliser pour les marques, les chercheurs ou les organisations ».

Jack Dorsey avait enfin assuré que Twitter ne fournissait « aucune information personnelle identifiable qui ne soit pas déjà visible sur la plate-forme ».

Source AFP 04/05/2018

Mark Zuckerberg défend bec et ongles le modèle économique de Facebook

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Mark Zuckerberg a de nouveau défendu mercredi devant les parlementaires américains le modèle économique de Facebook, malgré les cas avérés de manipulation et de détournement de données personnelles des utilisateurs, tout en affirmant qu’il n’était pas hostile à une régulation de l’internet, l’estimant «inévitable».

«L’importance de l’internet grandit dans le monde et je pense inévitable une certaine forme de régulation», a-t-il dit, tout en affirmant que celle-ci devait être «étudiée attentivement».

Auparavant, il avait assuré aux membres d’une commission de la Chambre des représentants que les utilisateurs étaient responsables des contenus qu’ils postaient.

«Chaque fois que quelqu’un choisit de partager quelque chose sur Facebook, il le fait en allant sur le service et en choisissant de partager une photo ou écrire un message. A chaque fois, il y a un contrôle», a-t-il assuré.

Le jeune PDG de 33 ans, qui a déjà passé cinq heures la veille à répondre aux questions des sénateurs, a toutefois admis avoir échoué à suffisamment protéger la vie privée des utilisateurs, annonçant des mesures de contrôles supplémentaires.

M. Zuckerberg n’en finit plus de s’excuser depuis la révélation du scandale Cambridge Analytica mi-mars, qui a nui fortement à l’image du groupe et fait baisser son titre en Bourse.

Selon Facebook, les données de quelque 87 millions d’utilisateurs –y compris les siennes, a admis M. Zuckerberg– se sont retrouvées entre les mains de la société d’analyse de données avant que Facebook commence à instaurer des restrictions en 2014. La firme britannique a ensuite travaillé pour la campagne du candidat républicain à la présidentielle américaine de 2016, Donald Trump.

- «Des avertissements partout» -

Après avoir admis que son réseau avait été «lent» à identifier les achats de publicité politique venus de Russie pendant la campagne électorale, il a assuré que Facebook faisait «de mieux en mieux» pour supprimer les faux comptes.

Le procureur spécial Robert Mueller enquête depuis mai 2017 sur une possible collusion entre l’équipe de campagne de M. Trump et des responsables russes pour influencer le scrutin. Il estime qu’internet et en particulier Facebook a servi de plateforme à une vaste opération de propagande pour favoriser la victoire du magnat de l’immobilier.

Dénonçant un «désastre», le représentant Frank Pallone avait affirmé en début d’audition que le Congrès devait «prendre des mesures immédiate pour protéger notre démocratie».

«Les avertissements étaient partout, pourquoi personne ne les a vus?», a-t-il demandé.

Mais Mark Zuckerberg a évité de répondre directement à la question d’une élue qui lui demandait s’il était prêt à changer le modèle économique de Facebook, actuellement un réseau social gratuit financé par la publicité, «dans l’intérêt de la protection de la vie privée».

«Je ne suis pas sûr de ce que cela veut dire», a-t-il commenté.

«Nous pensons que tout le monde mérite une bonne protection de la vie privée», a-t-il également affirmé à un autre élu qui l’interrogeait sur la possibilité pour les utilisateurs américains de bénéficier du nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles, appelé «RGPD», qui doit entrer en vigueur le 25 mai.

«Nous travaillons afin de le faire aussi vite que possible», a affirmé M. Zuckerberg, sans pouvoir dire si cette protection serait mise en place dans les délais impartis.

Il avait déjà fait la veille devant le Sénat des commentaires similaires sur le RGPD qui lui ont valu mercredi les remerciements quelque peu ironiques d’une responsable européenne. «Merci M. Zuckerberg», a lancé Vera Jourova, commissaire à la Justice et à la Protection des consommateurs, au cours d’une conférence de presse à Bruxelles. «Je cherchais comment faire campagne pour notre règlement sur la protection des données. Voilà, c’est fait», a-t-elle souligné.

Source AFP 11/04/2018

Voir aussi : Rubrique Internet

Apple, la Chine, la confidentialité des données de ses utilisateurs… et nous

Atlantico. Sans surprise, Apple a cédé aux exigences chinoises. En effet, depuis le 28 février, Pékin n’a plus à demander l’autorisation aux autorités américaines pour avoir accès aux données personnelles des comptes utilisateurs chinois, puisque leur stockage se fera désormais à l’intérieur des frontières du pays. Quelles peuvent être les conséquences directes pour les données des utilisateurs chinois, in fine, si l’on se base sur le cas de Yahoo en 2005 ?

Franck DeCloquement : Comme vous le rappelez en introduction, il y a une dizaine d’années en effet, Yahoo laissait le régime chinois accéder aux données de ses utilisateurs. De triste mémoire, l’entreprise américaine avait ainsi rendu possible l’arrestation puis l’emprisonnement consécutif de deux opposants politiques chinois. Ainsi, l’affaire avait aussi contribué à éveiller les consciences et permis de jeter un regard très cru sur les conséquences funestes que pouvait entrainer la délégation d’un système technologiques à un régime autoritaire, aux méthodes policières particulièrement expéditives.

Sous la pression d’une possible interdiction des ventes ou l’abandon de ses services de Cloud dans le pays, Apple se retrouve elle aussi aujourd’hui confrontée à ce dilemme. Bien qu’aux États-Unis, la firme à la pomme ait fait mine de s’en désoler par communiqués de presse interposés, la messe est dite. Et pour la première fois, l’entreprise californienne très exposée aux décisions du régime chinois tourne le dos à ses valeurs fondamentales. Elle stockera donc désormais en République populaire de Chine, les clés numériques de chiffrement qui permettent de débloquer les comptes utilisateurs chinois de son service iCloud. La presse internationale c’est en effet faite l’écho de cette euphémique « transition significative » anticipée par les spécialistes du secteur. C’est bien entendu dans une optique business qu’Apple se soumet expressément à la nouvelle législation chinoise promulguée en 2017, et qui impose que toutes les données collectées auprès des utilisateurs locaux restent hébergées sur le sol national. Le régime dispos donc, dès à présent, d’un accès privilégié – « premium » diront certains – à toutes les informations personnelles de ses ressortissants, sans s’astreindre aux contraintes du droit américain. Une annonce sans surprise au demeurant pour les observateurs avisés, puisque Apple avait déjà cédé par le passé aux directives pressantes de Pékin qui avait exigé des nombreuses entreprises étrangères basées en Chine, de n’utiliser que des logiciels dûment validés par les autorités du pays pour accéder à la toile mondiale. Mais pour Apple, la Chine représente le troisième marché le plus lucratif après les États-Unis et l’Europe. Au dernier trimestre 2017, la firme à la pomme enregistrait d’ailleurs 19 % de ses revenus en Chine. Faisant d’elle, l’un des rares géants américains implantés dans le pays, puisque Google, Facebook ou encore Amazon sont absents du marché Chinois.

Il s’agit évidemment d’un jour funeste pour les défenseurs des droits humain fondamentaux, très soucieux de garantir la confidentialité des données personnelles, et leur protection subséquente des visées régaliennes en verve chez les régimes autoritaires. En tête de cortège, l’organisation Amnesty internationale qui rappelait cruellement sur son blog mardi 27 février, l’une des promesses emblématiques affichées en toutes lettres sur le site officiel de la marque à la pomme : « chez Apple, nous croyons que la vie privée est un droit humain fondamental. » Reste à savoir si Apple peut mettre ses mots en action, poursuit en substance laconiquement l’ONG dans le rédactionnel de sa page web pour clôturer sa réprimande.

Un renoncement qui passe d’autant plus mal chez les militants, puisque que la firme américaine s’était forgé la réputation d’être une puissante défenseure de la confidentialité et de la sécurité des données. Ce faisant, le PDG d’Apple, Tim Cook, avait d’ailleurs rédigé lui-même une lettre retransmise personnellement à tous les utilisateurs de sa marque, afin de leur expliquer l’importance que pouvait revêtir pour lui la confidentialité des données pour son entreprise, suite à une décision d’un tribunal américain qui permettait désormais au Bureau Fédéral d’Investigation (FBI) de contourner la sécurité du Smartphone le plus populaire du monde, pour des raisons de sécurité nationale.

En conséquence, et à partir de la date du 28 février, l’ensemble des données personnelles qui auront été sauvegardées sur le service iCloud de la firme de Cupertino  –  incluant les photos, les messages privés, les documents, les contacts, et les correspondances des utilisateurs Chinois  –  seront hébergées sur les serveurs de la société chinoise, Guizhou-Cloud Big Data Industry Development Co., Ltd (« GCBD »), et non plus aux États-Unis comme cela était le cas précédemment. Ce partenariat local qu’a privilégié Apple, est au demeurant une société très clairement financée et soutenue par les autorités de Pékin. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Cependant, l’accord en cause ne concerne pas les données stockées en local sur un iPhone ou un iPad, mais uniquement celles sauvegardées sur iCloud par un utilisateur chinois de la marque à la pomme. Toutefois, la firme américaine n’est pas au bout de ses peines en matière d’arbitrages futurs, et risque fort de se confronter à un véritable « casse-tête Chinois » quand il s’agira d’évaluer si les demandes d’information du gouvernement pourraient violer les droits humains des utilisateurs. Et personne ne saura vraiment dire à l’avance comment Apple répondra à ce type de missive sur le plan moral et éthique, jusqu’à ce qu’elle ne soit mise à l’épreuve des faits. Ce qui n’est probablement qu’une simple question de temps, étant donné que de très nombreuses dispositions de la loi chinoise ne protègent pas – ou très mal – la vie privée, ou la liberté d’expression individuelle. Et vérifier si les demandes d’information du gouvernement sont conformes à la loi chinoise ne déterminera pas au demeurant pour la firme, si le respect de la demande peut contribuer aux violations des droits humains des personnes visées. L’affaire qui se profile n’est pas simple.

Atlantico. En matière de souveraineté numérique, est-ce que ce véritable coup de force imposé par les autorités Chinoises à l’un des plus emblématiques GAFAS, ne pourrait pas servir de modèle, être appliqué ou reproduit au niveau européen au bénéfice des pays de l’union ? Est-ce seulement envisageable ?

« Tordre ainsi le bras » à Apple n’est pas imaginable en l’état au niveau européen, puisque le rapport de forces est quelque peu inversé si l’on se place dans la perspective européenne que vous évoquez. Le contexte géopolitique Chinois, la nature même du régime considéré ainsi que les enjeux de pouvoir ne sont pas comparables, et ne peuvent donc être comparés et mis en relation avec la situation européenne. En régime démocratique, les pays sont soumis à des contraintes institutionnelles, des arbitrages internationaux, économiques, budgétaires et réglementaires très forts qui leur interdisent d’imposer puissamment leur volonté « d’une seule voix », comme le pratique la Chine vis-à-vis d’Apple.

La Chine assume totalement sa position de puissance, à l’égale des Etats-Unis d’Amérique. Ce qui n’est évidemment pas le cas de l’Europe et des institutions qui pilote sa destinée, ou le terme même de « puissance » est révéré. Et entre la protection des comptes de ses utilisateurs Chinois et de ses intérêts économiques manifeste en Chine – où rappelons-le, la firme à la pomme avait prévu d’investir 470 millions de Dollars US – Apple a eu tôt fait de céder aux injonctions de Pékin pour faire prospérer son business. Retirant illico de sa boutique d’applications téléchargeables pour ses Smartphone, les applications mobiles de VPN non-autorisées par les autorités du pays, puisqu’elles permettaient au demeurant de contourner les dispositifs de blocage informatique imposés par le régime, pour accéder sans entrave à la toile mondiale…

L’énorme pression politique des autorités de Pékin aura été la plus forte en l’occurrence, compte tenu des enjeux financiers. Obligeant sans ambages l’entreprise américaine à renier sa politique affichée dans le reste du monde, de protection de la confidentialité des données personnelles de ses utilisateurs. Dans les faits, cela signifie aussi que les autorités chinoises n’auront plus à solliciter les tribunaux américains avec les protections juridiques afférentes, pour obtenir des informations sur leurs ressortissants utilisant iCloud d’Apple. Elles pourront utiliser leur propre système judiciaire pour exiger d’Apple la remise des données personnelles d’utilisateurs Chinois. Exposant ces derniers aux investigations policières musclées aux normes locales, sans la garantie d’un contrôle judiciaire indépendant. A cet effet, lorsque les utilisateurs acceptent les conditions d’utilisation d’iCloud en Chine, ils acceptent aussi que leurs informations personnelles et leurs contenus soient transmis aux forces de l’ordre « si la loi l’exige ».

On le mesure ici à travers les différents rapports d’Amnesty : « le droit interne donne au gouvernement chinois un accès pratiquement illimité aux données des utilisateurs stockées en Chine, sans protection adéquate des droits des utilisateurs à la vie privée, la liberté d’expression ou d’autres droits humains fondamentaux. La police locale dispose d’un large pouvoir discrétionnaire et utilise des lois et une règlementation large et ambiguë pour réduire la dissidence à sa partie congrue, restreindre ou censurer l’information, harceler et poursuivre les défenseurs des droits humains au nom de la « sécurité nationale » et autres délits présumés ».

En conséquence, les internautes chinois peuvent très vite être confrontés à des arrestations et des emprisonnements discrétionnaires, pour avoir simplement accédé à des informations et des idées que les autorités réprouvent et interdisent. En outre, rappel Amnesty International dans son billet, la loi chinoise sur la cybersécurité exige des opérateurs de réseau qu’ils fournissent, « soutien et assistance technique » aux agents de la force publique, et à la sécurité de l’État Chinois :  « Cela signifie que lorsque les autorités s’adressent à l’entreprise partenaire d’Apple Guizhou-Cloud Big Data Industry Development Co., Ltd (« GCBD ») pour obtenir des informations sur un utilisateur d’iCloud aux fins d’une enquête criminelle, cette société aura l’obligation légale de le fournir, et peu ou pas de moyens légaux viables pour contester ou refuser la demande ». Sombre perspective.

Atlantico : Comment dès lors se protéger pour les utilisateurs chinois, si le service iCloud d’Apple est désormais à la main d’un régime autoritaire, et dont les pratiques connues sont bien différentes de celles usitées dans les Etats européens vis-à-vis de leurs populations ?

Pour les utilisateurs des services iCloud Chinois, les meilleurs moyens de se protéger dans un tel contexte sont encore d’éviter de stocker ses données personnelles sur des serveurs hébergés en Chine. Les utilisateurs disposant d’une carte de paiement et d’une adresse de facturation en dehors de la Chine pourraient s’en servir pour enregistrer leurs comptes, et ainsi conserver leurs données iCloud hors de Chine. Mais la seule option « réaliste » disponible serait de supprimer tout bonnement leurs comptes iCloud, et de désactiver définitivement le service. Les risques encourus sont à ce titre assez sérieux, car même si Apple affirme de son côté disposer de bonnes protections pour garantir la sécurité et la confidentialité des données en place, et affirmer qu’aucune backdoor ne sera créée dans les systèmes, de quelle garantie la firme dispose-t-elle face à un piratage toujours possible ?

Au demeurant, vous soulevez également dans cette dernière partie une question fondamentale quant à la responsabilité des entreprises de TIC, qui pourraient être amenées à agir et à prospérer lorsqu’elles opèrent en Chine. Les entreprises occidentales comme le rappel Amnesty Internationale : « ont la responsabilité de respecter tous les droits de l’homme partout où elles opèrent dans le monde. Les utilisateurs de leurs produits et services doivent recevoir des informations claires et spécifiques sur les risques auxquels ils pourraient être confrontés en matière de vie privée et de liberté d’expression en Chine, et sur les mesures prises par l’entreprise pour y répondre ». En outre, elles devraient procéder comme aux Etats-Unis et en Europe, à des évaluations régulières et vérifiables sur l’impact de la mise à disposition de leur technologie de contrôle dans un tel contexte. Et démontrer par la même publiquement qu’elles ont mis en place des mesures nécessaires de diligence et de responsabilité pour garantir le respect des droits humains. Enfin, et c’est aussi peut-être là un volet assez utopique, une firme de réputation mondiale telle qu’Apple devrait pouvoir faire tout ce qu’elle peut pour « influencer » le gouvernement chinois à limiter l’usage de ces technologies de contrôle, afin d’atténuer les risques élevés de violations des droits de l’homme consécutifs. Mais ceci est une autre histoire dans un contexte concurrentiel particulièrement durci, ou les BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) menacent désormais l’hégémonie des GAFAM américains (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

Source Atlantico 01 /04/2018

 

 

Franck DeCloquement  est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l’IRIS (Institut de Relations internationales et stratégiques) en « Géo-économie et intelligence stratégique ». Il enseigne également la « Géopolitique des médias » en Master 2 recherche « Médias et Mondialisation », à l’IFP (Institut français de presse) de l’université de Paris II Panthéon-Assas. Franck DeCloquement est aussi spécialiste sur les menaces Cyber-émergentes liées aux actions d’espionnage économique et les déstabilisations de nature informationnelle et humaine. Il est en outre intervenu pour la SCIA (Swiss Competitive Intelligence Association) à Genève, aux assises de la FNCDS (Fédération Nationale des Cadres Dirigeants et Supérieurs), à la FER (Fédération des Entreprises Romandes à Genève) à l’occasion de débats organisés par le CLUSIS – l’association d’experts helvétiques dédiée à la sécurité de l’information – autour des réalités des actions de contre-ingérence économique et des menaces dans la sphère digitale.