Alexandre Sokourov : « Le cinéma, c’est le royaume des fainéants »

Photo Sandro Bäbler.

Photo Sandro Bäbler.

Une leçon de cinéma avec un professeur nommé Alexandre Sokourov

Sa présence à Locarno aurait presque pu passer inaperçue : mais dans la sympathique ambiance cinéphile du festival suisse, le russe Alexandre Sokourov fait partie des auteurs exigeants et ambitieux qui sont tout de suite parfaitement dans le ton. Le ton, il l’a pourtant haussé. Invité à donner une masterclass, le réalisateur de Faust (2011) semblait devoir aborder l’exercice en simple maître d’école : depuis quatre ans, il est responsable d’un département d’études cinématographiques que lui a proposé de créer l’université de Nalchik, capitale de la République de Kabardino-Balkarie, dans le Caucase du Nord. Quelques films d’étudiants étaient projetés à Locarno, avant l’intervention du professeur. Sokourov a fait de cette prise de parole un moment aussi intense et passionnant que peu consensuel, livrant une analyse radicale des maux du cinéma et des moyens qu’il reste, selon lui, à la fois pour l’enseigner et le sauver du chaos.

Ce chaos, tant esthétique que moral, le cinéaste le voit à la télévision, partout dans le monde, et surtout dans les images de violence devenues spectacle sur les grands écrans. Vieux débat, considéré plus ou moins clos, pourrait-on se dire. C’est à cela que s’en prend Sokourov : comment nous-sommes habitués à cette violence  ? Comment avons-nous pu laisser ces images prendre le pouvoir ? Et, autre question, pas subsidiaire pour le « professeur de cinéma honnête et moral » qu’il entend être : comment enseigner l’art de réaliser des films à des jeunes gens déjà hypnotisés par le pouvoir d’attraction de la violence, déjà englués dans le chaos des images ? L’apprentissage de la technique est un aspect presque négligeable de l’éducation ou rééducation que Sokourov juge nécessaire. « Les outils de prise de vue sont devenus si simple et performants qu’il suffit d’un an et demi pour tout maîtriser, dit-il. De ce point de vue, n’importe qui peut devenir cinéaste, même un enfant. Mais nous n’avons pas besoin de n’importe quel cinéaste. Nous avons besoin d’auteurs ». Que faire alors pour que de nouveaux cinéastes artistes naissent ? Tout reprendre depuis le commencement et se tourner vers… la littérature.

C’est là, dans les romans, dans le travail des écrivains, que les étudiants en cinéma, sommés de voir moins de films, pourront commencer à comprendre les valeurs de l’art et de la vie. Comprendre aussi ce qu’est un créateur qui s’affronte à l’oeuvre qu’il veut accomplir. Une vérité fondamentale qui a tendance, au cinéma, à disparaître dans le travail d’équipe, estime Sokourov : « Moi, cinéaste, je suis déconcentré par tous ceux qui voyagent avec moi à bord du vaisseau cinéma. Nous sommes trop nombreux et tout devient un fardeau. L’écrivain, lui, est comme l’oiseau qui peut voler seul. Le cinéaste n’en est pas capable. Il faut revenir aux écrivains car ils ont été les premiers cinéastes. Tolstoï ou Lope de Vega ont écrit comme s’ils filmaient. Si un écrivain ne peut pas décider de faire un plan large ou un plan rapproché sur ses personnages, il ne pourra jamais écrire une seule page. Il faut croire aux écrivains car ils sont les alliés des cinéastes et sont prêts à tout leur donner. Alors que les cinéastes se comportent, eux, trop souvent comme des voyous avec les écrivains, ne cherchant qu’à les voler ». Plus que de réhabiliter un cinéma des scénaristes, il s’agit de retrouver dans l’âme littéraire une densité, une intensité pour le cinéma. Et une intelligence du monde. Un discours qui s’est traduit en mesures concrètes à la Kabardino-Balkarian State University : « Nous avons créé des cours de littérature et de philosophie. Nos étudiants ont été forcés de travailler très sérieusement ces matières ».

Sans crainte d’apparaître comme un homme de la vieille école, Sokourov a prôné le travail et les efforts comme la seule voie possible pour se forger un talent et un destin de cinéaste. Mais craignant peut-être, en revanche, qu’on l’accuse de vouloir façonner ses élèves à son image, il a devancé cette critique : « J’aime l’indépendance de mes étudiants et je ne tiens pas à détruire leur personnalité. Je sais qu’ils n’auraient sans doute jamais vu mes films si je n’avais pas été leur professeur et je sais qu’ils n’auraient pas aimé mes films s’ils les avaient vus par hasard. On n’a pas besoin de multiplier les Sokourov. Mais l’indépendance, on la conquiert par la discipline et la compréhension de la responsabilité qui nous revient. Mes étudiants doivent réaliser qu’ils ont choisi un métier difficile et très exigeant ».

Un métier auquel il est temps de redonner sa vraie dimension, tant il a été dévalué, selon Sokourov, qui le pointe d’une formule cinglante : « Le cinéma c’est, à 70%, le royaume des fainéants. Y compris du côté des spectateurs ». La création serait donc, d’abord, affaire de volonté et de discipline. Le maître russe n’a pas caché que sa vision a fait grincer des dents parmi les étudiants de Nalchik : « Le plus difficile pour les jeunes d’aujourd’hui est d’abord de comprendre qu’il n’y a pas de liberté dans l’art. C’est une illusion à combattre » . Car la liberté de montrer tout et n’importe quoi, n’importe comment, ce n’est plus le cinéma.

Sokourov a donc proposé à ses étudiants un accord : ne pas faire des images violentes ou montrant la violence. Et un objectif : parler de la possibilité de s’aimer les uns les autres ou de la difficulté à s’aimer les uns les autres. En voyant les films réalisés, on ne peut que constater, par-delà les maladresses ou les faiblesses inévitables, une force réelle dans les regards posés sur les personnages, une attention particulièrement belle, et inhabituelle. Ce qui pourrait donner raison à la thèse pourtant audacieuse du réalisateur russe : c’est parce que la notion d’amour du prochain disparaît dans nos sociétés que le vrai cinéma d’auteur peine à survivre et à se renouveler. Pour lui, le métier de cinéaste n’a qu’une finalité : comprendre les souffrances de l’être humain. Etre cinéaste, c’est, dit-il, être comme le médecin de campagne qui doit ouvrir sa porte à tous ceux qui frappent et comprendre ce dont ils souffrent, sans jamais les juger.

A cette profession de foi, un auditeur de la masterclass a réagi en posant à Sokourov une question toute simple, et qui semblait sans malice : « Mais alors, que pensez-vous d’un cinéaste comme Tarantino ? ». La réponse fut une grande réflexion sur les abus commis par les plus grands réalisateurs, qui utilisèrent la violence pour les besoins de leurs films : Eisenstein acceptant qu’un enfant soit maltraité dans La Grève (1925), Tarkovski sacrifiant des chevaux pour Andreï Roublev (1966). Sokourov s’avoua lui-même coupable d’avoir, un jour, mis en danger la vie de son équipe pour une scène qu’il jeta ensuite au montage, avec le sentiment d’avoir cédé au spectaculaire. Se tournant alors vers l’auditeur qui attendait le jugement de Tarantino, il dit de sa voix grave et solennelle : « Je ne suis pas juge, mais les cinéastes doivent contrôler ce qu’ils font ! Je m’adresse aux hommes, car les femmes cinéastes n’ont pas ce problème : prenez soin de votre santé mentale ! Beaucoup de cinéastes auraient besoin de consulter un psychiatre. Tout particulièrement celui dont vous avez prononcé le nom, qui aurait dû se faire soigner il y a déjà longtemps ».

Frédéric Strauss

Source : Télérama, 15/08/2014

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Politique économique : le changement c’est (vraiment) maintenant

La politique économique de la France, enjeu central de cette rentrée | Reuters / Philippe Wojazer

La politique économique de la France, enjeu central de cette rentrée | Reuters / Philippe Wojazer

Au second trimestre 2014, l’Italie est entrée de nouveau en récession et l’activité a stagné en France mais cela a aussi été le cas en Allemagne : les trois principales économies de la zone euro sont à l’arrêt. Toute la zone euro est désormais menacée par la déflation et une stagnation prolongée comme le Japon des années 1990. Six ans après la faillite de Lehman Brothers, Il est plus que temps de prendre (enfin) acte de l’échec total des politiques anticrises engagées en Europe. Depuis 2012, François Hollande a annoncé à maintes reprises sa volonté de réorienter ces politiques, sans jamais passer à l’acte pour l’instant. S’il ne se décide pas à engager enfin cette bataille, c’est la démocratie et l’intégration européenne qui risquent d’être mises à bas.

UN DÉCALAGE USA-EUROPE ABSURDE

Il faut d’abord prendre toute la mesure de l’absurdité de la situation actuelle. Cette crise a été déclenchée par une dérégulation financière particulièrement hasardeuse et les déséquilibres macroéconomiques massifs accumulés outre Atlantique. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont certes très loin d’être tirés d’affaire mais leur économie est repartie : leur PIB devrait excéder cette année de près de 10 % celui de 2008 et le nombre d’emplois proposés aux Américains s’est accru de 1,2 millions depuis lors. A contrario, le PIB de la zone euro n’a toujours pas rattrapé son niveau de 2008 et nous avons perdu 4,8 millions d’emplois en six ans. C’est bien simple : en 2008, la zone euro comptait 3,6 millions d’emplois de plus que les Etats Unis, elle en a désormais 2,4 millions de moins. Pourtant, il n’existe guère d’autre explication que l’obstination dans l’erreur des Européens pour expliquer une telle différence entre les Etats Unis et la zone euro.

Que faire face à ce constat d’échec massif que (presque) plus personne ne conteste ? François Hollande demandait, le 4 aout dernier dans le Monde, à Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), d’injecter davantage d’argent dans le circuit économique. La BCE a pourtant déjà ramené ses taux d’intérêt à 0,15% seulement. Elle a imposé également aux banques une pénalité de 0,1 % sur les dépôts qu’elles laissent chez elle, afin de les inciter à prêter davantage. Elle leur a également déjà fait crédit de mille milliards d’euros à des taux d’intérêt défiant toute concurrence. Contrairement à ce que de nombreux européens croient, elle a injecté en fait à peu près autant d’argent dans le circuit économique que la réserve fédérale américaine. Certes, elle pourrait faire davantage encore et elle devrait d’ailleurs injecter de nouveau 400 milliards d’euros dans l’économie à l’automne. Mais, dans la durée, une telle politique est difficilement défendable : elle consiste en effet à subventionner grassement sur fonds publics le secteur financier… Or cette politique n’est pas non plus très efficace ni sans risques sur le plan économique : dans la mesure où ménages et entreprises restent asphyxiés par une austérité excessive, ils ne font usage que de façon très limitée de cet argent qui coule à flot. Et cette politique monétaire laxiste a surtout pour effet de gonfler à nouveau des bulles spéculatives.

L’EURO SURÉVALUÉ ? PAS ÉVIDENT AVEC 200 MILLIARDS D’EXCÉDENTS

François Hollande souhaitait également faire baisser le taux de change de l’euro. L’euro cher est certes un facteur majeur de déflation puisque les prix des produits importés tendent à diminuer. Mais la zone euro dégage pour l’instant plus de 200 milliards d’euros d’excédents extérieurs par an, soit 2 % de son PIB : difficile dans ces conditions de considérer que la monnaie unique serait surévaluée puisque la baisse de l’euro aurait inévitablement pour conséquence d’augmenter encore cet excédent déjà considérable. Et nos partenaires extérieurs auraient beau jeu de dénoncer, et de combattre, une politique prédatrice de la zone euro vis-à-vis du reste du monde.

Le fond de l’affaire est ailleurs et par voie de conséquences les solutions aussi. S’il y a risque de déflation en Europe c’est d’abord parce que, tous les gouvernements européens, et au premier chef désormais le gouvernement français, mènent eux-mêmes des politiques déflationnistes. Ils ont tous adoptés des politiques budgétaires très restrictives malgré la faiblesse de l’activité. Celles-ci ont non seulement pour conséquence de freiner encore cette activité mais aussi, de ce fait, d’empêcher en réalité le désendettement des Etats : au premier trimestre 2014 un nouveau record de dettes publiques a été battu dans la zone euro et cette dette devrait encore s’accroître, au bas mot, de 320 milliards d’euros cette année. Tandis qu’en France le déficit de l’Etat était, fin juin, de 59,4 milliards d’euros contre 59,3 milliards un an plutôt malgré la hausse des taux de prélèvements et une baisse sensible des dépenses. Quels résultats extraordinaires…

LE MOINS DISANT SOCIAL SOURCE DE DÉFLATION

Mais ce qui nous mène surtout à la déflation, ce sont les politiques des gouvernements européens en matière de coût du travail : ils veulent tous le faire baisser. En théorie pour améliorer la compétitivité de leur économie nationale, mais comme tous leurs voisins font de même, les bénéfices sont en réalité très limités sur ce plan. En revanche l’effet dépressif sur la demande intérieure est, lui, massif puisque le coût du travail c’est aussi le revenu des travailleurs et celui de leur famille via la protection sociale : les ménages ne consomment et n’investissent plus et en conséquence, les entreprises non plus, malgré des profits qui remontent et des taux d’intérêt très bas. Fin 2013, la demande intérieure affichait ainsi un déficit de 370 milliards dans la zone euro par rapport à 2008, une baisse de 4,5 %. Jusqu’ici, la France avait plutôt résisté à s’engager dans cette spirale du moins disant social, mais avec le pacte de responsabilité ce n’est plus le cas : celui-ci est en effet très explicitement et massivement un pacte de déflation.

Pour éviter une stagnation à la japonaise, ce sont donc avant tout ces politiques budgétaires et du coût du travail qu’il faut infléchir d’urgence. Aucune chance compte tenu de la psychorigidité de nos voisins allemands ? Pas sûr. Les Allemands eux-mêmes, dont les exportations hors zone euro sont menacées par la crise ukrainienne et le ralentissement chinois, commencent (enfin) à prendre la mesure des dégâts sur le vieux continent. Sur un plan économique mais aussi sur un plan plus politique avec notamment la montée du Front national qui les inquiète (à juste titre) beaucoup. La meilleure preuve en a été apportée le 30 Juillet dernier par Jens Weidmann, le faucon des faucons de l’austérité qui préside la Bundesbank : il a plaidé pour des hausses de salaire plus importantes en Allemagne ! De plus, en Italie, l’arrivée aux affaires de Matteo Renzi, offre une opportunité d’alliance nouvelle avec les dirigeants de la troisième économie de la zone euro pour bousculer la donne européenne. Depuis 2012, il n’a certes échappé à personne que François Hollande n’avait manifestement aucune intention de prendre des initiatives un tant soit peu ambitieuses au niveau européen. S’il ne se fait pas violence sur ce terrain, il risque fort cependant de finir dans les livres d’histoire au même rayon que Guy Mollet, son peu glorieux prédécesseur à la tête du Parti socialiste.

Guillaume Duval (Rédacteur en chef d’Alternatives économiques)

Source Le Monde.fr

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Turquie: Erdogan élu président dès le premier tour

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Selon des résultats partiels, le chef du gouvernement islamo-conservateur, au pouvoir depuis 2003, a obtenu près de 52% des voix.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a été élu dimanche président de la République turque dès le premier tour du scrutin disputé pour la première fois au suffrage universel direct, ont rapporté les chaînes de télévision.

Le chef du gouvernement islamo-conservateur, 60 ans, au pouvoir depuis 2003, a obtenu près de 52% des voix, contre près de 39% au principal candidat de l’opposition Ekmelettin Ihsanoglu et plus de 9% à celui de la minorité kurde, Selahhatin Demirtas.

Sûr de sa victoire, le favori a voté en début d’après-midi en famille à Istanbul et a répété devant la presse sa volonté de garder les rênes du pays. «Le président élu et le gouvernement élu œuvreront main dans la main», a-t-il dit.

A la manière d’un rouleau-compresseur, le Premier ministre a écrasé la campagne par son charisme et la toute-puissance financière de son Parti de la justice et du développement (AKP) qui n’ont laissé que peu de chance à ses deux rivaux. Le candidat des deux partis de l’opposition social-démocrate et nationaliste, Ekmeleddin Ihsanoglu, un historien réputé de 70 ans qui a dirigé l’Organisation de la coopération islamique (OCI), n’a pu opposer qu’une image de grand-père rassurant mais sans relief.

«La campagne a été injuste, disproportionnée mais nous avons confiance dans le bon sens de notre nation», a déploré Ekmeleddin Ihsanoglu en votant. «Nous allons remporter facilement le premier tour», a-t-il pronostiqué contre tous les sondages.

Répression

Candidat des kurdes, le troisième candidat de ce premier tour, Selahattin Demirtas, un avocat de 41 ans au sourire photogénique, a fait des droits et des libertés sa priorité, mais ne devrait guère mordre au-delà de cette communauté de 15 millions d’âmes.

Paradoxalement, d’Erdogan intervient au terme d’une année politique très difficile pour son camp. En juin 2013, des millions de Turcs ont dénoncé dans les rues sa dérive autoritaire et islamiste. La sévère répression de cette révolte a sérieusement écorné l’image du régime.

L’hiver dernier, c’est un scandale de corruption sans précédent qui a éclaboussé le pouvoir. Erdogan a dénoncé un «complot» de son ex-allié islamiste Fethullah Gülen, avant de purger la police et de museler les réseaux sociaux et la justice.

Mais, même contesté comme jamais, Recep Tayyip Erdogan a remporté les élections locales de mars et reste très populaire dans un pays qu’il a débarrassé de la tutelle de l’armée et dont la majorité religieuse et conservatrice a profité de la forte croissance économique sous son règne.

Source  : AFP 10/08/145

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Palestine. Jour de rage ! Résistance à tous les étages du global au local

Environ 400 personnes hier se sont rassemblées dans les rues de Montpellier.

Environ 400 personnes hier se sont rassemblées dans les rues de Montpellier.

 

Mobilisation. Nouveau soutien au peuple palestinien hier à Montpellier. Le porte
parole de BDS France 34 est l’objet d’une plainte déposée par la fédé PS.

La sixième manifestation en soutien au peuple palestinien a rassemblé environ 400 personnes hier dans les rues de Montpellier, après un mois de conflit, entre le Hamas, retranché dans la bande de Gaza, et l’armée israélienne. Suite au retrait de Gaza des troupes israéliennes mardi le bilan – 1873 Palestiniens tués, dont une importante proportion d’enfants (28%), et 64 soldats israéliens tués et trois civils – ajoute une couche de rancœur et de haine de part et d’autre, plutôt qu’il ne porte à la paix. D’autant que les armes ont recommencé à parler vendredi après une courte trêve.

« Nous répondons à l’appel palestinien Jour de rage ! indique José Luis Moraguès, le porte parole du Comité BDS France 34, Israël avec la complicité de l’Egypte  tente de mettre en place un cesser le feux sans aucune négociation sur les raisons de cet arrêt. »

Le déséquilibre des forces armées en présence pourrait laisser à penser que l’arrêt simple des armes pourrait se conclure à la faveur des palestiniens…

« Ce serait ignorer qu’Israël a une nouvelle fois fait régresser le territoire palestinien en termes de conditions de vie, d’infrastructures, et de viabilité économique. Après cette nouvelle agression, la délégation des palestiniens de Gaza ne veux pas revenir à l’état de mort vivant où la plonge Israël. Elle exige la levé du blocus, la vraie libération des prisonniers qu’Israël a relâché pour les remettre aussitôt en prison, une extension des zones de pêche au large de Gaza, l’ouverture d’un port et d’un aéroport. »

BDS France souligne que le gouvernement Fabius était aux abonnés absents pendant trois semaine avant de reconnaître le massacre. Mais il ne se contente pas de mots et demande un blocus des ventes d’armes française à Israël.

Au niveau local le Comité BDS France 34, et le MIB assimilent la plainte nominative contre son porte parole déposé par la fédération socialiste de l’Hérault pour dégradation de biens d’autrui à : « une campagne qui vise la criminalisation du mouvement de solidarité à la Palestine, lancée au plus haut niveau par Hollande et Valls. Quelle interprétation peut-on donner à cette plainte contre un seul homme alors que l’occupation des locaux du PS le 30 juillet à l’appel du MIB 34, du Comité BDS France 34 avait mobilisé 35 personnes dont des représentants du NPA ?»

José Luis Moraguès est convoqué au commissariat central pour audition le 18 août prochain à 15h. Le Comité de BDS France 34, le NPA et le MIB 34 appellent à un rassemblement de soutien à 14h30.

Voir aussi : Rubrique Actualité Locale, Actualité Internationale, rubrique Moyen Orient  Israël, Palestine, rubrique Montpellier, Un millier de personnes dans les rues pour l’arrêt des bombes rubrique Politique, Politique Internationale,

JMDH

Source : L’Hérault du Jour 10/08/14

 

Thomas Piketty : Un capital moderne

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Piketty renouvelle la théorie. dr

Essai. Remettre en question la répartition au cœur de l’analyse économique.

Retour sur un essai qui fait couler beaucoup d’encre :  Le Capital au XXIème  siècle (Le Seuil) de Thomas Piketty * qui a prononcé  la leçon inaugurale des Rencontres Pétrarques à Montpellier en juillet . Une des idées centrales de ce chercheur en sciences-sociales, est que la question de la répartition des richesses, qui intéresse et concerne tout le monde, est trop importante pour être laissé aux mains des seules économistes.

Thomas Piketty s’intéresse à l’évolution de l’accumulation du capital privé en se gardant des préjugés idéologiques qui ne manquent pas sur le sujet. Pour se faire il a rassemblé des données historiques et comparatives portant sur trois siècles et vingt pays.

Best-seller aux Etats-Unis

Son travail établit patiemment des faits, et des régularités, et analyse les mécanismes, économiques, sociaux, politiques susceptibles d’en rendre compte. Une vaste entreprise d’enquête, en partie partagée par des chercheurs britanniques et américains, qui renouvelle le cadre théorique pour se baser sur les mécaniques actuellement à l’oeuvre. La démarche reconnue internationalement éclaire le débat démocratique sur la question des inégalités et contribue à redéfinir le débat. Le livre a rencontré un immense succès dans le monde anglo-saxon où il s’est vendu à 450 000 exemplaires contre 150 000 pour la version francophone (chiffres en juin 2014). Avec l’écho  rencontré, l’ouvrage fait l’objet de nombreuses controverses auxquelles l’auteur répond point par point. «Dès lors que Le taux de rendement du capital dépasse durablement le taux de croissance de la production et du revenu, le capitalisme produit mécaniquement, des inégalités insoutenables, arbitraire, remettant radicalement en cause  les valeurs méritocratiques sur lesquels se fondent notre société démocratique», souligne l’auteur qui revisite les théories généralement admises sans approfondissement par les économistes.

Les grandes théories revisitées

L’approche transversale, notamment historique et spaciale, de la démarche permet à Piketty de recontextualiser le débat. Ainsi à propos de L’essai sur le principe de population de l’économiste Thomas Malthus publié en 1798, il commente : «Tout n’est pas faux mais Malthus était très inquiet des nouvelles politiques et persuadé que la France courait à sa perte en acceptant de faire siéger le Tiers état au Parlement.» De même il souligne à propos de Marx : « Il écrivait dans un climat de grande exaltation politique (…) Il ne s’est guère posé la question de l’organisation politique et économique d’une société où la propriété privée du capital aurait été entièrement abolie.» Tout en reconnaissant : il conserve sur plusieurs points une certaine pertinence. Il part d’une vraie  question, celle de l’invraisemblable concentration des richesses pendant la révolution industrielle, une démarche dont les économistes d’aujourd’hui ferait bien de s’inspirer. Le principe de l’accumulation infinie qu’il défend contient une intuition fondamentale pour l’analyse du XXI.»  Et Piketty démontre l’ampleur du déséquilibre avec la très forte hausse de la valeur totale des patrimoines privés, mesurés en années de revenu national depuis les années 70 dans l’ensemble des pays riches.

Kuznets et la guerre froide

Plus proche de nous, l’auteur revient sur la théorie de Kuznets proposée en 1955, selon laquelle les inégalités de revenus sont spontanément appelées à diminuer dans les phases avancées du développement capitaliste, quelles que soient les politiques suivies  ou les caractéristiques du pays, puis à se stabiliser à un niveau acceptable. S’il s’inspire du travail statistique approfondie de Kuznets, Piketty élargie l’étude des revenus dans le temps et l’espace et montre que la réduction des inégalités de revenus observée entre 1914 et 1945 est avant tout le produit des guerres mondiales et des chocs économiques et politiques qu’elles ont entraînés.

Dans sa dernière partie il tente de faire des propositions, comme l’impôt progressif sur le patrimoine privé, l’imposition des multinationales,  ou des sanctions contre les paradis fiscaux… pour que la démocratie et l’intérêt général parviennent à reprendre le contrôle du capitalisme et des intérêts privés. «Trop lourd». C’est dans ces mots que Michel Sapin, ministre du Travail, a justifié son refus de lire le livre de Thomas Piketty

Jean-Marie Dinh

* Directeur d’études à l’EHESS il a publié Les Hauts Revenus en France au XXe siècle (Grasset), Pour une révolution fiscale (Seuil)

Source : La Marseillaise 08/08/14

Voir aussi :  Rubrique Livre, Essai, rubrique Actualité Internationale, rubrique Finance, rubrique Politique politique économique, rubrique Science, Sciences Humaines, Science politique, rubrique Festival, ,29e Rencontres de Pétrarque. La difficile réinvention du progrès,