Nuit noire la tête perdue dans les étoiles

ipad_f_82327_204323_zat-montpellier-nocturne-printaniere-au-parc-malbo8ème Zat à Malbosc. Un voyage nocturne inoubliable samedi 19 avril de 20h à 7h du matin. Les enfants ont la permission de minuit et les grands peuvent jouer les performeurs.

Dans un quartier de Montpellier un piano dans la nuit joue les nocturnes de Chopin sans interprète. Cela ne provient pas d’une grille de programmation classique, on est à la ZAT, la huitième, qui se déroule dans le quartier Malbosc. Des surprises,la zone artistique temporaire nous en a gravé un paquet depuis son premier opus en 2010.

A raison de deux éditions par an,  la manifestation nous invite à ré-explorer notre univers urbain, secteur par secteur. Quartier à l’identité forte comme lors la dernière édition aux Beaux Arts, ou quartier neuf et en devenir comme Port Marianne ou encore Malbosc qui est né il y a dix ans et compte déjà 5 000 habitants. « Le mot Malbosc signifie mauvais bois, un endroit où les terres sont difficilement cultivables, peut-être une superstition car il est devenu un éco-quartier avec cinquante jardins familiaux », explique le directeur artistique Pascal Le Brun Cordier qui définit le thème des ZAT à l’issue de multiples pérégrinations dans les quartiers pour les mettre en récits.

Enquête sur l’ordinaire

Le format varie en fonction du contexte. Chaque ZAT donne lieu à différentes enquêtes – ethnologique, poétique, architecturale et humaine – à partir desquelles s’érige la ligne artistique. Les recherches, toujours longues visent au surgissement de  l’infra-ordinaire cher à Perec, le contraire de l’extra-ordinaire. Pour décrire et rendre compte du quotidien d’un quartier, de ce qu’il se passe chaque jour du banal, du commun, de l’ordinaire, n’est-il pas de meilleur moyen que de confier cela à des artistes  ? « A Malbosc, le projet des urbanistes est intéressant, la moitié du quartier se constitue d’un parc préservé de 33 hectares en partie aménagé et en partie sauvage. La ZAT ne plaque pas les projets. Elle les greffe à ce qui préexiste. » La manifestation se tiendra dans cet espace méconnu des Montpelliérains où la ville s’oublie. Beaucoup d’inédites surprises ponctuent la programmation qui s’articulera autour de la nuit de 20h à 7h du matin. Un pari risqué.

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Papillons de nuit

« La nuit crée la surprise, souligne le directeur artistique, c’est inédit et rare pour des projets culturels. La nuit ouvre un territoire poétique hautement désirable. Elle s’est métamorphosée depuis les romantiques passant du lieux d’effroi et de chaos à celui du senti, de la face cachée de l’âme, coloré d’une énergie singulière

L’événement les réjouit, mais il n’est pas réservé aux noctambules. La ZAT s’adresse à l’ensemble de la population dans toute sa diversité. Les artistes veilleront comme des guetteurs, ils diffuseront des images, des notes, des mots et contes, ils se feront relais de ferventes étoiles et de curieux extra-terrestres. On pourra les suivre toute la nuit, s’assoupir d’un lourd sommeil dans les transats prévus à cet effet ou ne fermer qu’un oeil en restant disponible à l’éveil onirique. « C’est une invitation à vivre une expérience. inoubliable, les enfants sont les bienvenus. » La ZAT, c’est un autre regard, une autre façon de révéler et décaler la ville, de la vivre !

JMDH

Programme : zat.montpellier.fr

Voir aussi : Rubrique Actualité Locale, rubrique Montpellier, rubrique Politique culturelle,

Un plan d’austérité injuste, dangereux et illégitime

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par Laurent Mauduit.

Blocage des rémunérations des fonctionnaires, gel des retraites et des prestations sociales, mesures d’économies sur les pauvres : Manuel Valls détaille un plan d’austérité de 50 milliards d’euros d’une violence à laquelle même la droite n’a pas eu recours. À croire que la France a été placée sous la tutelle de la Troïka européenne.

La rupture de François Hollande avec la gauche est décidément consommée ! Après avoir décidé d’organiser un plan d’allègements fiscaux et sociaux d’une ampleur historique en faveur des entreprises sans leur demander la moindre contrepartie ; après avoir nommé à Matignon le premier ministre le plus à même de mettre en œuvre cette politique néolibérale, en l’occurrence Manuel Valls, il a donné son imprimatur, mercredi 16 avril, au cours du conseil des ministres, à l’un des plans d’austérité les plus violents que la France ait connus depuis la Libération, de même nature que ceux de 1982 ou 1983.

Ce plan d’austérité, dont Manuel Valls a décliné les grandes lignes en milieu de journée, présente la triple caractéristique d’être économiquement dangereux, socialement injuste et démocratiquement illégitime.

Voici ci-dessous les deux documents qui permettent de découvrir les détails de ce plan d’austérité. Le premier document est l’allocution que Manuel Valls a prononcée à l’issue du conseil des ministres, pour présenter ces mesures. Le second document a été publié dans la foulée par ses services pour présenter le détail des dispositions.

* Un plan d’austérité injuste

À l’examen de ce plan, qui n’est encore guère détaillé, le premier constat qui saute aux yeux est, de fait, son caractère socialement injuste. Portant sur 50 milliards d’euros d’économies qui devront être réalisées en 2015, 2016 et 2017, à hauteur de 18 milliards sur le budget de l’État, 11 milliards sur les collectivités locales, 10 milliards sur l’assurance maladie et 11 milliards sur les autres dépenses de protection sociale, il vise en somme à faire financer par les salariés modestes, les fonctionnaires, ou encore les retraités les cadeaux de plus de 36 milliards d’euros (30 au titre du « pacte de responsabilité », auxquels s’ajoutent d’autres baisses d’impôt) qui viennent d’être annoncés en faveur des entreprises.

C’est cela, la principale injustice de ce plan : il vise à organiser le plus gigantesque transfert de revenus qui ait jamais eu lieu en France des ménages, notamment les plus pauvres, vers les entreprises, y compris les plus riches.

Ce plan, qui ressemble strictement en tous points à celui qu’aurait pu présenter en des circonstances identiques un François Fillon sous la présidence de Nicolas Sarkozy, comporte, ensuite, quand on l’examine poste par poste, de nombreuses autres injustices.

– 18 milliards d’euros d’économies sur l’État. Ce premier volet du plan d’austérité, ce sont les 5,2 millions de fonctionnaires qui vont en faire les frais puisque leurs rémunérations de base vont continuer à être bloquées. « Nous confirmons le gel du point d’indice », a en effet déclaré Manuel Valls. Ce gel a commencé en 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy et devrait donc se poursuivre. Jusqu’à quand ? Jusqu’en 2017 ? La formulation utilisée par le premier ministre est assez ambiguë pour le suggérer.

Cette disposition sera socialement très lourde de conséquences, puisque les rémunérations de base des trois fonctions publiques sont bloquées continûment depuis plus de quatre ans. Ce gel va contribuer à un effondrement du pouvoir d’achat de catégories sociales dont les revenus sont souvent faibles. À titre d’indication, l’Insee vient de publier une étude (<a>elle est ici</a>) qui révèle que les salaires net moyens des trois fonctions publiques ont baissé en euros constants en 2012.

Explication de l’institut : « Dans la fonction publique de l’État (FPE), ministères et établissements publics confondus, le salaire net moyen en équivalent-temps plein (EQTP) a augmenté de 1,1 % en euros courants entre 2011 et 2012. Compte tenu de l’inflation, il a baissé de 0,8 % en euros constants. Il atteint en moyenne 2 460 euros net par mois en 2012.  Dans la fonction publique territoriale (FPT), l’évolution entre 2011 et 2012 est de + 1,4 % en euros courants, soit – 0,5 % en euros constants. Le salaire net moyen en EQTP est de 1 850 euros par mois en 2012. Dans le secteur hospitalier public (SHP), le salaire net moyen croît de 1,3 % en euros courants entre 2011 et 2012  et baisse de 0,6 % en euros constants. Le salaire net moyen en EQTP est de 2 240 euros par mois en 2012. »

Les fonctionnaires, qui ont très majoritairement voté pour François Hollande au second tour de l’élection présidentielle, vont donc payer un lourd tribut au plan d’austérité. L’Élysée et Matignon n’ont, toutefois, pas osé aller au-delà, en mettant en application une autre mesure sulfureuse qui avait été aussi mise à l’étude dans le groupe de réflexion constitué autour de François Hollande : un blocage des mesures de promotion ou d’avancement dans la fonction publique.

Pour ce qui concerne l’État, les autres dispositions évoquées par Manuel Valls lors de son allocution, ou dans le document publié par Matignon, restent particulièrement imprécises. Si imprécises qu’il ne faut pas exclure d’autres très mauvaises surprises lorsque le véritable détail du dispositif sera transmis au Parlement et ne pourra plus être entouré de fortes zones d’ombre.

Dans le cas des effectifs de la fonction publique, les 60 000 créations de postes dans l’éducation nationale, qui constituaient la promesse phare du candidat François Hollande, sont-elles ainsi toujours d’actualité ? Ou, comme y a réfléchi secrètement ces dernières semaines l’Élysée, ces créations pourraient-elles être légèrement revues à la baisse, d’environ 15 000 postes ?

Dans son allocution, Manuel Valls est resté très évasif, sans mentionner le moindre chiffre : « Les effectifs des ministères, hors éducation nationale, sécurité et justice continueront de diminuer. Ces diminutions s’accompagneront toutefois de redéploiements afin de préserver nos services publics. » Le communiqué de Matignon est, lui, un tout petit peu plus précis : « Les créations d’emplois prévues dans l’Éducation nationale, la sécurité et la justice seront maintenues, dans le cadre de la priorité donnée à la jeunesse, et à la sécurité des Français. »

 

Toujours au titre de l’État, le document de Matignon fait cette mention qui n’a pas été remarquée parce qu’elle est très elliptique : « Les interventions de l’État seront également recentrées pour être plus efficaces. » Énoncée de la sorte, la formule passe, effectivement, inaperçue. Mais c’est un tort car il faut avoir à l’esprit que ce que les têtes d’œuf de Bercy, dans leur jargon, appellent « dépenses d’intervention » constitue une immense enveloppe budgétaire de plus de 60 milliards d’euros, soit plus que les recettes de l’impôt sur le revenu, et dans ce montant sont compris de nombreux crédit sociaux. Dans le lot, il y a ainsi ce que l’on appelle les interventions de guichet (minima sociaux, aides au logement, prestations versées aux anciens combattants, bourses scolaires ou universitaires…), mais aussi les subventions d’équilibre aux régimes spéciaux de retraite ou transferts aux collectivités locales…

Même si le gouvernement a démenti depuis plusieurs jours toute suppression des aides au logement pour les étudiants non boursiers, il faudra donc encore attendre pour savoir qui d’autre sera visé par les coupes claires dans ces crédits.

Enfin, dans ce chapitre, une dernière formulation évasive peut susciter une légitime inquiétude et inviter à penser que quelques mauvais coups sont en gestation : « Les opérateurs et autres agences de l’État verront leurs dépenses de fonctionnement et leurs interventions revues à la baisse », peut-on lire dans le document. Dit de la sorte, cela passe aussi inaperçu. Mais il faut avoir à l’esprit que les opérateurs de l’État sont au nombre de 550 et jouent un rôle économique et social souvent décisif.

Un plan avec beaucoup de zones d’ombre

– 11 milliards d’euros d’économies sur les collectivités locales. Ce second volet est encore plus évasif et imprécis que le premier. Lors de son intervention, Manuel Valls n’a guère donné de détails. Et le document de Matignon se cantonne, lui aussi, à des généralités, du genre : « La Dotation Globale de Fonctionnement sera reformée dans le projet de loi de finances (PLF 2015), pour encourager les comportements vertueux et renforcer les mécanismes de solidarité financière entre collectivités riches et défavorisées. »

 

Mais il est fort probable que dans les semaines et les mois qui viennent, lorsque l’on aura une idée plus concrète de ce qui se trame, on découvrira des mesures lourdes de conséquences. Soit parce qu’elles contribuent à l’asphyxie financière de certaines collectivités, soit parce qu’elles poussent à des dispositions impopulaires.

– 10 milliards d’euros d’économies sur l’assurance maladie. Ce troisième volet du plan d’austérité entretient, lui aussi, de grandes zones d’ombre sur ce que veut réellement faire le gouvernement. Le document de Matignon indique en effet trois pistes pour réaliser ces économies – mais trois pistes singulièrement floues : « – mieux organiser les parcours de soins, en renforçant les soins de premier recours, en développant la chirurgie ambulatoire, en facilitant le retour à domicile après une hospitalisation, en améliorant le suivi des personnes âgées en risque de perte d’autonomie ; – agir sur la pertinence médicale pour réduire le nombre d’actes et améliorer notre dépense de médicaments, grâce à une consommation plus raisonnée, à un plus grand recours aux génériques et à des prix davantage en adéquation avec l’innovation thérapeutique ; d’interventions inutiles ou évitables. »

Là encore, il faut donc attendre pour savoir ce que cachent ces formulations langue de bois.

– 11 milliards d’euros d’économies sur l’assurance maladie. Ce quatrième paquet du plan d’austérité est, lui, dès à présent un peu plus précis et comprend des mesures qui auront aussi des conséquences sociales graves.

D’abord, les prestations sociales ne seront pas revalorisées pendant un anExplication du document de Bercy : « Cette stabilité concernera les pensions du régime de retraite de base (1,3 milliard d’euros). Le même effort pourrait être réalisé s’agissant des retraites complémentaires qui relèvent des partenaires sociaux (2 milliards d’euros). Cet effort temporaire épargnera les retraités dont les pensions sont les plus modestes puisque le minimum vieillesse continuera, lui, d’être revalorisé. Le niveau des autres prestations sociales (logement, famille, invalidité) sera également stable jusqu’en octobre 2015 (0,7 milliard d’euros). Cette mesure ne touchera pas les minima sociaux (RSA, ASS, AAH, minimum vieillesse), dont la revalorisation sera garantie. »

 

Cette décision va donc avoir de très graves répercussions sur les 15 millions de Français qui sont retraités, dont le pouvoir d’achat, de l’avis de tous les spécialistes, risque de s’effondrer, car cette disposition de gel des retraites de base va venir se cumuler avec l’accord survenu entre les partenaires sociaux, prévoyant que les retraites complémentaires (Agirc-Arrco) soient revalorisées d’un point de moins que l’inflation en 2013, 2014 et 2015 (lire <a>L’accord sur les retraites rogne le pouvoir d’achat</a>).

Sus donc aux retraités ! Mais sus aussi aux pauvres… Ne prenant visiblement soin de n’épargner aucune catégorie de Français, même les plus pauvres, François Hollande et Manuel Valls ont décidé que les bénéficiaires du RSA apporteront aussi leur quote-part au plan d’austérité. « Décidés dans le plan pauvreté de janvier 2013, les engagements de revalorisation exceptionnelle pour le RSA, le complément familial et l’allocation de soutien familial sont confirmés. Mais elles seront décalées d’une année », a dit le premier ministre.

Décryptons, pour que cela soit plus clair. Lors de sa campagne, le candidat socialiste avait pris des engagements énergiques pour faire reculer la pauvreté. Et en application de ces promesses, une conférence nationale de lutte contre la pauvreté s’est tenue à Paris les 11 et 12 décembre 2012. C’est à cette occasion qu’un plan avait été présenté, prévoyant toute une série de mesures comme la revalorisation de 10 % du RSA (Revenu de solidarité active) sur cinq ans et la création de 8 000 places d’hébergement d’urgence. Dans la vidéo ci-dessous, on peut visionner Jean-Marc Ayrault résumant les décisions de cette conférence pour le RSA.

En clair, la hausse de 1,3 % du Revenu de solidarité active (RSA) « socle » (revenu minimum pour personnes sans ressources) intervenue au 1er janvier 2014 aurait dû être complétée par une augmentation exceptionnelle de 2 % le 1er septembre 2014. Dans le cadre de ce plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, le gouvernement avait en effet décidé une augmentation de 10 % d’ici à la fin du quinquennat.

Au terme du plan d’austérité, c’est donc cette hausse de 2 % qui est finalement annulée. Et du même coup, le plan pauvreté est gravement remis en cause.

Usant toujours de la langue de bois, le document de Matignon apporte aussi cette autre précision, un tantinet elliptique : « La modernisation de la politique familiale engagée en 2013 sera poursuivie, en renforçant l’équité des aides aux familles, et en orientant davantage les prestations vers l’emploi des femmes (0,8 milliard d’euros). » Traduction : cette mesure qui vise à renforcer « l’équité » – il faut être gonflé pour oser écrire cela ! – permettra de dégager 800 millions d’euros d’économies. Mais la formule est encore trop tordue pour que l’on puisse comprendre quelle disposition de la politique familiale va être rabotée…

* Un plan d’austérité dangereux

Socialement explosif, ce plan d’austérité est aussi économiquement dangereux, pour de multiples raisons.

D’abord, le gouvernement soumet les fonctionnaires, les retraités ou encore les pauvres à un violent plan d’austérité dans un seul but : trouver les financements nécessaires pour apporter les 36 milliards d’euros de cadeaux annoncés aux entreprises. Sans ces cadeaux, il n’aurait pas eu besoin de soumettre le pays à une telle purge. En clair, le plan d’austérité ne vise en rien à réduire les déficits publics, pour être en conformité avec les engagements pris auprès de Bruxelles.

Or, le gouvernement va offrir ces 36 milliards d’euros aux entreprises sans la moindre contrepartie. Sans obtenir des entreprises des engagements en termes d’emploi ou d’investissement. Il est donc probable que ces cadeaux provoquent surtout des effets d’aubaine et viennent gonfler profits et dividendes au profit des actionnaires. C’est ce que suggérait une étude récente de l’Insee (lire <a>Le choc de compétitivité stimulera d’abord… les profits !</a>).

En clair, le plan d’austérité n’a aucune justification économique. À l’inverse, il risque d’avoir de nombreux effets pervers. Poussant à la baisse le pouvoir d’achat des Français, qui a subi depuis deux ans une chute sans précédent depuis 1984, il risque de replonger le pays dans l’anémie, alors que les signes de reprises sont encore extrêmement ténus.

Il y a donc une forme de dogmatisme de la part du gouvernement, dans la décision qu’il a prise de mettre en œuvre ce plan d’austérité, et dans les modalités. Car, à bien des égards, on sent la patte de la « Troïka » dans ce plan d’austérité : il est très proche de ces fameuses réformes dites structurelles dont raffolent le FMI, Bruxelles et la Banque centrale européenne. Voici donc, en somme, la France en train de suivre une voie assez proche de celle de l’Espagne. Une sorte de cercle vicieux : davantage d’austérité qui conduira à moins de croissance qui conduira à plus de déficits, qui conduira à plus d’austérité…

Ce cercle vicieux, c’est le prix Nobel d’économie Paul Krugman qui l’a le mieux décrit dans <a>l’une de ses chroniques récentes du New York Times</a> : « François Hollande a cessé de m’intéresser dès que j’ai compris qu’il n’allait pas rompre avec l’orthodoxie destructrice de l’Europe et son parti pris d’austérité. Mais maintenant, il a fait quelque chose de vraiment scandaleux. Ce qui me choque, c’est qu’il souscrive désormais aux doctrines économiques de droite, pourtant discréditées. (…) Quand François Hollande est arrivé à la tête de la deuxième économie de la zone euro, nous sommes quelques-uns à avoir espéré qu’il se dresse contre cette tendance. Mais comme les autres, il s’est soumis, soumission qui vire désormais à la faillite intellectuelle. L’Europe n’est pas près de sortir de sa deuxième “grande dépression”. »

 

* Un plan d’austérité illégitime

 

C’est la dernière réflexion à laquelle invite ce plan d’austérité : s’il apparaît stupéfiant, c’est aussi parce qu’il est mis en œuvre, comme dans une folle fuite en avant, par un pouvoir qui vient d’être gravement sanctionné, précisément pour avoir ébauché cette politique d’austérité.

Ce plan prend donc des allures de provocation. Alors que la gauche est fracturée comme elle ne l’a jamais été ; alors que la majorité présidentielle vient d’imploser et que les Verts viennent de sortir du gouvernement ; alors que la fronde a gagné jusqu’aux rangs socialistes, avec des députés de l’aile gauche qui refusent de voter la confiance au nouveau gouvernement, François Hollande, plus isolé que jamais, continue, tête baissée, dans son impasse. Pas un geste social en direction des pauvres, pas un geste en direction des députés de son propre parti, il use des pouvoirs exorbitants que lui confèrent les institutions de la Ve République pour faire l’exact contraire de ce que semble vouloir le pays.

Cet entêtement-là, où conduira-t-il ? Depuis de longs mois, François Hollande attise contre lui une colère qu’il fait mine de ne pas entendre. Une colère qui va encore grossir…

Laurent Mauduit

Source : Médiapart 17/04/2014

Voir aussi : Rubrique PolitiqueFin de l’indétermination démocratique, Politique locale, Réduire le nombre de régions pour rembourser les banques, rubrique  Economie Dette publique , rubrique Société, 40% des SDF sont  des CDI, rubrique Mouvement sociaux,

L’Europe de la culture en construction

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Débat. Réseau en scène et la Région co-organisent la réunion IETM à Montpellier, rencontre internationale du spectacle vivant.

Treize ans après la dernière réunion du réseau IETM (réseau international pour les arts du spectacle contemporains) en France, 600 acteurs internationaux du spectacle vivant en Europe se retrouvent aujourd’hui à Montpellier pour trois jours. Un moment d’échange entre les acteurs culturels du spectacle vivant (artistes, lieux de diffusion, chargés de production et de politique culturelle, festivals…) où les pratiques et perspectives artistiques européennes seront passées au crible.

La création du réseau de l’IETM remonte à 1981 lors du rassemblement de professionnels des arts du spectacle au Festival de Polverigi en Italie. En 1989, l’IETM devient l’Informal European Theatre Meeting, une organisation internationale sans but lucratif de droit belge. Après avoir intégré les pays d’Europe de l’Est, l’IETM s’est élargi au-delà des frontières européennes : « Ces rencontres sont principalement européennes mais l’IETM travaille dans un contexte qui s’est largement mondialisé. Le réseau compte des membres issus des pays méditerranéens. L’IETM s’engage aussi à bâtir des ponts entre ses membres européens et les continents asiatique et américain, détaille Yvan Godard, le directeur adjoint de Réseau en scène.

Le réseau, qui entend faire entendre sa voix à une Union européenne encore peu ouverte au domaine culturel, est soutenu financièrement par la Commission européenne. L’idée est de promouvoir des moyens innovants pour que les organisations qui créent ou commissionnent des productions d’arts du spectacle contemporains se rencontrent et développent des connaissances mutuelles ainsi qu’une confiance nécessaire à la production de jeunes artistes. Cette action est validée par le nouveau budget culturel européen pour 2014-2020 dans le cadre du programme ciblé Europe créative.

Se connaître et inventer

« Les rencontres de l’IETM n’ont pas pour objet de signer des contrats. On ne vient pas pour faire du business, ni pour produire de la pensée unique mais pour réfléchir et créer de nouveaux modèles, indique Yvan Godard. L’occasion est propice pour trouver des partenaires ou coordonner des politiques culturelles à travers la mise en place de projets associant des artistes et des structures de différents pays. »

Si dans ce grand bain international l’exception culturelle française a bien voix au chapitre pour faire face au rouleau compresseur de l’industrie culturelle, elle ne doit pas pour autant déboucher sur une attitude figée des acteurs français, explique en substance Yvan Godard : « un des enjeux centraux des rencontres est de comprendre des modes de fonctionnement différents, de sortir de sa vision monolitique pour travailler ensemble

Un certain nombre de propositions sont faites aux membres de l’IETM pour découvrir Montpellier et le territoire régional. Ils pourront aussi assister à une vingtaine de spectacles en partenariat avec le festival Hybride, la Panacée, le CCN, le CDN, la Chapelle… Le thème choisi, « Trans », abordera la question très actuelle des nationalismes à quelques semaines des élections européennes.

JMDH

 

Voir aussi : Rubrique Politique Politique Culturelle, rubrique UE,

Vauvert. Festival contre les discriminations : L’échange comme une haie brise-vent

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Le 3ème édition du Printemps de Vauvert est dédiée à Nelson Mandela. Photo dr

Société. Troisième Printemps de l’éducation contre les discriminations et le racisme à Vauvert et dans la petite Camargue .

En décembre 2013 Gilbert Collard le député  FN  de  la  2 ème circonscription  du  Gard  assiste aux  obsèques  du  général  Aussaresses propriétaire à Vauvert et chef du   sinistre escadron de la mort  en  Algérie. Une vieille connaissance, puisque l’avocat l’avait défendu en 2004 quand Aussaresses fut condamné pour apologie de la  torture. A  son  enterrement,  Collard  rend hommage à son camarade : « Il a accepté de faire le sale boulot  et c’est beaucoup plus honorable que de se défausser, je trouve ça  courageux… » André Génot initiateur du Printemps de l’éducation contre les discriminations et le racisme à Vauvert lui répond en lui rappelant qu’il y eu en Algérie des hommes courageux qui se sont opposés à la torture sous toutes les formes parce qu’ils aimaient leur pays.

Trois mois plus tard, au lendemain du second tour des élections municipales le même Génot débute la présentation du 3ème Printemps en ces termes : « Nous constatons ce beau temps qui règne sur Vauvert. Le ciel s’était assombri et nous craignions qu’un vent de tempête ne s’abatte sur les associations réunies ici aujourd’hui. Le ciel s’est dégagé mais il reste beaucoup de travail à faire.» Jean Denat (DVG) venait de perforer,  avec 41,48% des voix, la lourde chape qui embrume les esprits en empêchant le candidat Meizonnet (35,35%) d’afficher Vauvert au tableau de chasse frontiste.

A quelques battements d’ailes Eddy Valladier (UMP-UDI) devenait le nouveau maire de Saint-Gilles en barrant le passage à Gilbert Collard à 194 voix près. Dans le Gard, seule Baucaire est entrée dans l’ère grise avec l’élection du frontiste Julien Sanchez. Comme le dit André Génot : « Le combat n’est pas terminé, loin s’en faut

Pour le collectif d’association du 3ème Printemps de l’éducation contre le racisme et les discriminations, ce combat n’est pas politicien. C’est un projet citoyen qui se reconnaît dans la pensée du journaliste ex-rédac’chef du Monde, Claude Julien : « En tout premier lieu, il nous appartient de provoquer la réflexion, de stimuler l’esprit critique, d’inspirer des attitudes d’ouverture qui permettent d’aller à la rencontre de l’autre. ». Un projet qui tente de se mettre en œuvre à l’échelle de la petite Camargue, un territoire où les paradoxes soufflent parfois comme le mistral.

Interactions territoriale

Pour cette troisième édition qui se poursuit jusqu’au dernier week-end d’avril, le festival étend sa programmation aux communes voisines d’Aimargues, St-Laurent, et Lunel, et bénéficie d’une partie de la dotation parlementaire du député Christophe Cavard. L’ Education nationale,  l’Académie et le Conseil général du Gard sont partie prenante, ainsi que plusieurs communes, ce qui permet au Printemps de l’éducation de faire vivre les valeurs de l’éducation populaire, en déclinant son offre pédagogique des écoles communales à l’université nîmoise.

L’année dernière, le préfet s’était déplacé pour apporter le soutien de l’État. « Les rencontres mobilisent un réseau associatif représentatif, certains services de l’État entérinent notre vision en s’impliquant dans une démarche qui vise à favoriser le dialogue, explique Eric Krzywda le directeur de l’Espace social vauverdois, mais on ne parvient pas à toucher tout le monde.» La ségrégation s’ancre dans les dialectiques de l’intérieur et de l’extérieur, celle du privé et du public, du pur et de l’impur, de l’intégration et de l’exclusion.

Sur un territoire historiquement ouvert, disposant d’une culture forte, comme la petite Camargue, la crise et le manque de réflexion en terme d’aménagement du territoire ont laissé s’opérer une division sociale qui impacte le champ des valeurs traditionnelles en éloignant et en isolant les populations. Des modèles simplistes se sont imposés, des lignes de démarcations érigées.

La lutte menée par le Printemps de Vauvert contre le racisme qui peut aussi s’exprimer entre voisins de même appartenance culturelle, passe par l’éducation. « En sensibilisant la jeunesse nous concernons leur parents », indique Eric Krzywda. Il passera également par les livres avec l’implication résolue de la librairie Vauverroise La fontaine aux livres et l’association 1Différences qui reconduisent le festival du livre contre les discriminations.

Jean-Marie Dinh Renseignements www.fives.asso.fr

  Dans le contexte La Marseillaise partenaire de toutes les cultures

Vu de loin, la petite Camargue peut être perçue comme un point noir. Une terre de liberté passée dans le camp réactionnaire. La fédération d’acteurs que nous avons rencontrée autour du 3ème Printemps de l’éducation contre les discriminations et le racisme nuance ce regard. Issus du milieu associatif, de services publics ou du secteur privé, tous défendent l’ouverture d’esprit et la diversité. Tous se sont engagés, et agissent concrètement dans leur discipline, autrement dit combattent en s’appuyant sur l’évolution des esprits et des représentations que développe l’éducation. Nous avions largement relayé l’an passé le festival in/différences initié par les éditions au Diable Vauvert et la librairie La fontaine. Nous l’accompagnons cette année en tant que partenaire média. Il est temps que la presse prenne sa part pour sortir de la névrose nationale et donner du sens…  Qu’elle contribue à sortir d’un temps aveugle qui éblouit. Le thème de cette année : Révolution sexuelle !

Ayerdhal. L’auteur de Rainbow Warriors  invité du festival à Vauvert

La SF, puissant outil pédagogique

 Rainbow-Warrior-Ayerdhal Ayerdhal est né à Lyon dans le quartier de la Croix-Rousse. Il commence par écrire de la science-fiction (SF) avant de se lancer dans le thriller.  Auteur d’une vingtaine de romans, il a entre autres obtenu deux grands prix de l’Imaginaire, deux prix Ozone, et le prix Cyrano pour l’ensemble de son œuvre. Ayerdhal considère la science-fiction comme un puissant outil pédagogique, un véhicule idéologique non négligeable et la plus riche expression de l’imagination créatrice…

Il sera à Vauvert pour en débattre les 11 et 12 avril prochains. Si vous n’êtes pas déjà fans, on vous conseille Rainbow warriors (éditions Au diable Vauvert, 2013). Un thriller dédié à celles et ceux qui, sous prétexte de leurs préférences sexuelles ou de leur genre, sont privés du droit premier de la déclaration des droits de l’homme.

Rainbow warriors a tout d’un bon livre de guerre, avec l’originalité et l’humour en plus. Un général à la retraite se voit proposer de diriger une armée privée pour intervenir militairement, dans un pays d’Afrique, le Mambési. La mission non officielle consiste à renverser la dictature en place, pour y instaurer la démocratie.

L’armée privée qui intervient doit être nombreuse et motivée : cette dictature étant à l’origine d’une des politiques de répression les plus féroces envers les personnes ayant des orientations sexuelles différentes. L’opération Rainbow sera menée par des troupes composées essentiellement de lesbiennes, de gays, de bisexuels et de transgenres regroupées sous l’acronyme LGBT.

Zoom sur les acteurs du festival Marion mazauric Marion Mazauric Fondatrice des éditions du Diable

Pour cette seconde édition, Au diable Vauvert et la librairie La fontaine aux livres organisent, le festival 1Differences du livre pour la fraternité et contre les discriminations. Il s’agit d’apporter par le livre et les rencontres avec des auteurs, des réponses pour comprendre les victimes de discriminations, dans un esprit fraternel de partage, de découverte et d’ouverture à l’autre. Il s’agit aussi de soutenir l’action de la librairie en petite Camargue. Le livre crée du lien social, il favorise l’ouverture à l’autre. Car la diversité est l’essence même du livre, ce dont il se nourrit au quotidien, via tous ses acteurs. Décidé au printemps 2013, ce thème incarné par le mouvement LGBT, a confirmé depuis qu’il était d’une actualité incontournable. Le rapport Teychenné remis en juin 2013 au ministre de l’Éducation nationale a fait apparaître combien est nécessaire, dès l’école et la formation de l’identité sexuelle, un travail de pédagogie et de sensibilisation à l’homophobie et à la lutte contre les discriminations ordinaires liées à l’orientation sexuelle et l’identité des genres.

 Jérémy Patinier : Touche-à-tout sans choisir

P3 patinierJérémy Patinier est un journaliste et éditeur de 30 ans, originaire de Dunkerque mais Lillois d’adoption. Parce qu’il ne voulait pas attendre en vain qu’on s’intéresse à ses poèmes d’ado, il crée un atelier d’écriture en 2004, un festival littéraire sur les sexualités en 2005, puis une compagnie de théâtre contemporain fin 2005. Il rédige et met en scène « Mon corps avec un –e à la fin », écrit, joue et met aussi en scène le two-man-lecture-show-musical « Les Hommes aussi parlent d’amour ». Il en est de même pour « Parano », une pièce-chorale. Journaliste, danseur, auteur et comédien, « ne pas choisir » entre les disciplines, c’est un choix. Jérémy travaille pour un magazine féminin en ligne, et comme correspondant pour Tetu. Il préside la compagnie Des ailes sur un tracteur et crée les éditions du même nom en 2011 pour publier essais, BD, et ouvrages de référence sur les cultures LGBT.  Le créneau de Jérémy Patinier : traquer la poésie dans la bêtise et proposer une politique du divertissement. Il participera aux tables rondes et sera l’éditeur invité du stand SOS Homophobie.

Coralie Trinh Thi : Le sexe rebel et assumé

P4 Coralie trinhFille d’un hells angel qu’elle a très peu connu, élevée par sa mère, Coralie Trinh Thi grandit en banlieue parisienne. Elle a des origines vietnamiennes par sa grand-mère maternelle dont elle emprunte le nom de jeune fille. Elle se fait baptiser à l’âge de onze ans. Elle reparle de son rapport à la religion vu par les yeux d’enfant à travers l’héroïne de son premier roman Betty Monde (2002) qui sera suivi de La voie humide en 2007 tous deux publiés au Diable Vauvert. Adolescente, elle fréquente assidûment les soirée gothiques en arborant un style batcave (tendance punk chez les ghotiques). Actrice, elle a tourné sous le nom de Coralie une soixantaine de films pornographiques pour lesquels elle a notamment reçu l’Award de la meilleure actrice française de X, et le prestigieux Hot d’or. Coralie Trinh Thi est co-auteur avec Virginie Despentes du film Baise-moi, censuré en France. À la différence de Virginie Despentes, elle rejette le terme « féministe » et préfère se dire « antisexiste ». Auteur invité du festival, elle participera aux tables rondes.

Stéphanie Nicot Présidente de la fédé LGBT

OLYMPUS DIGITAL CAMERALicenciée en lettres modernes et en information-communication, Stéphanie Nicot – qui n’aime guère rappeler qu’elle est née en 1952 – a autrefois exercé divers petits métiers (ouvrière intérimaire, fonctionnaire au ministère des Finances, attachée parlementaire) avant d’enseigner les lettres et l’histoire en lycée professionnel puis de se consacrer à la littérature. Spécialiste incontestée des littératures de l’imaginaire, elle participe et anime, quand elle en a le temps, débats, conférences et formations, ce sera le cas à Vauvert. Critique littéraire, essayiste, formatrice, anthologiste, rédactrice en chef de la revue Galaxies de 1996 à 2007, Stéphanie Nicot compte parmi les meilleurs spécialistes des littératures de l’imaginaire. Elle assure depuis sa création, en 2002, à Épinal, la direction artistique du festival Imaginales, grand rendez-vous de tous les amateurs de fantasy. Transgenre, lesbienne, féministe, elle a fait sa  transition tardivement, en 1984-1985, et a découvert à cette occasion la violence de la transphobie d’État. Elle vient d’être élue  présidente de la fédération LGBT.

Concert : Deborah. Dégoûts, M. Marlène, Manuel

P6 d dégoûtsUn concert hot qui décoiffe pour clôturer le festival samedi soir en présence de Déborah Dégoûts, chanteuse de punk rock, une diva post-tout avec des textes qui chantent l’amour, le crime, la folie, la beauté des ports, sur une musique nerveuse et accrocheuse. En attendant la sortie de son premier opus, Déborah se donne sur scène en power trio pour que son public adoré puisse dévisser pendant les concerts. Sous ses airs nonchalants elle aborde des thèmes universels tels que la corruption avec son tube Je couche. Déborah Dégouts, égérie underground parisienne, se décide maintenant à quitter les ordres pour débarquer en Camargue. Dans un autre genre, on pourra voir aussi le groupe Merci Marlène, dont les chansons françaises sont teintées d’humour et de dandysme. Et on ne passe pas sur Manuel, accompagné de Géraldine Masson au piano, qui donne dans un répertoire cabaret expressionniste mêlant farce et mélancolie. Après s’être retourné les méninges, on ne résistera pas à faire bouger les corps. Samedi 12 avril 21h à la Salle Bizet rue Louise Désir à Vauvert.

Source : La Marseillaise 11/04/2014

Voir aussi : Rubrique Actualité France, rubrique Festival, rubrique Livre, rubrique Edition, rubrique Société, Montpellier Gay Pride 2014 rubrique Politique, Politique locale, Société civile,

Réduire le nombre de régions, pour rembourser les banques

 

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La question n’est pas nouvelle, la réponse non plus : Pierre-Joseph Proudhon proposait 12 provinces (1846), Auguste Comte 17 intendances (1854), Frédéric Le Play 13 provinces (1864), Ferdinand Lepelletier 27 provinces (1896), Pierre Foncin 32 régions (1898), si on s’en tient au seul XIXe siècle…

Se focaliser sur le nombre est malheureusement un moyen d’esquiver la problématique de fond : des régions pourquoi faire ? La régionalisation en France est historiquement liée à la question du territoire politique mais aussi économique. C’est cette seconde fonction qui l’emporte de nos jours, mais sous des modalités nouvelles. En outre, la question des régions passe par celle des départements (et des communes). En septembre 1789, l’abbé Sieyès propose à l’Assemblée nationale de nommer un comité pour préparer « un plan de municipalités et de provinces tel qu’on puisse espérer de ne pas voir le royaume se déchirer en une multitude de petits États sous forme républicaine ».

Défendre l’unité et l’indivisibilité de la République avec des lois identiques pour tous, tel est le projet. Il s’agit aussi de créer les territoires qui doivent être attribués aux Préfets, bras droit de l’État central, et des circonscriptions électorales qui doivent permettre aux citoyens de désigner leurs représentants. À la logique de contrôle administratif, judiciaire et policier se superpose donc une question plus politique : le mandaté doit-il représenter les seuls mandataires d’une circonscription, ou bien doit-il représenter l’ensemble de la nation française à travers une couleur politique ? Et cette circonscription, quelle doit-elle être ?

81 «carrés uniformes» Au sein du comité et à l’Assemblée nationale, le débat oppose Thouret, qui veut reprendre le modèle, déjà proposé en 1771 par le géographe Robert de Hesseln, de 81 « carrés uniformes » pour tracer les nouveaux départements, et Mirabeau qui cherche à faire respecter « les anciennes limites des provinces […] toutes les fois qu’il n’y aurait pas utilité réelle ou nécessité absolue de les détruire ».

Ce débat provoque une mobilisation générale du peuple français ; plus d’un millier de députés extraordinaires assaillent les membres du comité, dix mille pétitions affluent, sans compter les rapports, les notes… La loi du 22 décembre 1789, instituée le 4 mars 1790, crée 83 départements. C’est le modèle Mirabeau qui l’a emporté, non sans accommodements comme le révèlent encore le tracé géométrique — rectangulaire — de certains départements, surtout en zone de plaine, comme l’Oise, l’Aisne, la Mayenne, les Deux-Sèvres ou la Loire.

Le chef-lieu est attribué à une ville située au centre, par commodité géographique mais aussi pour assurer l’aller-retour en une journée d’une gendarmerie à cheval. Les aléas historiques et locaux compliqueront cette carte, avec l’ajout de nouveaux départements (les deux Savoies et les Alpes-Maritimes en 1860) ou la reconfiguration d’autres comme : le partage du Rhône-et-Loire (1793), la création de la Meurthe-et-Moselle et du Territoire de Belfort (1871), et le démembrement de l’ancienne Seine-et-Oise qui donne six nouveaux départements autour de Paris (1964). On compte désormais quatre-vingt dix département métropolitains, soit un chiffre proche de celui de 1790. Sur deux siècles et deux décennies, la carte n’a donc que peu changé, preuve d’une territorialisation profonde.

les régions

La régionalisation contre la macrocéphalie

Le module départemental est spatial, et non démographique. Il est relativement égal d’un département à l’autre, la grande majorité ayant entre 5000 et 7000 kilomètre carré. C’est l’égalité par la superficie. Mais ce principe d’égalité par la superficie et le quadrillage qui en résulte n’est pas adapté aux changements induits par les Révolutions industrielles successives : exodes ruraux mais inégaux, formation de régions économiquement spécialisées (manufactures, agriculture, tourisme), nouveaux réseaux de transport (train, puis autoroutes, puis TGV et lignes aériennes donc aéroports…), urbanisation en métropoles avec zones péri-urbaines et même rurbaines.

La régionalisation en France naît alors d’un double objectif : diminuer la macrocéphalie parisienne, adapter le territoire national aux nouvelles fonctions économiques, voire socio-culturelles. Sur un siècle et demi, elle oscille entre les deux. Le projet fédéraliste proudhonien vise la double combinaison d’une fédération de producteurs (les coopératives) et d’une fédération de citoyens (les communes puis les régions) du bas vers le haut, et sur la base du mutuellisme.

Il est torpillé par l’échec des communes insurrectionnelles et par les massacres de la « Semaine sanglante » suite à la Commune de Paris (1871, entre 6 000 et 20 000 morts). Il ressurgit parfois en Occitanie.   La régionalisation en France s’oriente désormais du haut vers le bas. Elle devient de plus en plus l’affaire de l’État central passant d’une logique jacobine à une logique girondine. Celle-ci est formalisée par le régime de Pétain puis consacrée par le fédéralisme européen et le principe de subsidiarité, social-chrétien puis social-démocrate, triomphant après la Seconde guerre mondiale.

De la création de la Fédération Régionaliste Française (F.R.F.) en 1900 jusqu’à l’adoption des 22 régions en 1965, on recense des dizaines de projets de régionalisation, dont on peut extraire les plus emblématiques. La proposition de loi déposée par le député Jean Hennessy le 29 avril 1915 s’inspire des idées du géographe Vidal de la Blache, également membre de la F.R.F. Elle prône 17 régions organisées autour de grandes villes (les futures « métropoles »).

Alors ministre, le député auvergnat Étienne Clémentel instaure en 1919 dix-sept « groupements d’intérêts régionaux » organisés d’après le territoire des chambres de commerce. Vichy  invente 19 régions Sous le régime de Pétain, la loi du 4 avril 1941 institutionnalise pour la première fois des régions en France, soit dix-neuf régions-provinces dirigés par des préfets régionaux et des chambres régionales cooptés. À trois exceptions près (l’Auxerrois, l’Yssingelais, le Viganais) et contrairement à la quasi-totalité des projets précédents, le découpage régional ne touche pas les départements.

Il les regroupe en effet, un procédé que l’on retrouve jusqu’à nos jours. Sa logique prend en compte les fonctions économiques, mais aussi la dimension culturelle de concert avec les mouvements régionalistes (Bretagne, Corse, Occitanie et Provence notamment) et la réactivation du folklore. Avec la circulaire Ripert (octobre 1940) et l’arrêté Carcopino (décembre 1941), il autorise pour la première fois à l’école des « cours de langue dialectale ».

Le découpage régional du régime de Pétain applique des idées remontant à Charles Maurras ou à Maurice Barrès, lequel est l’inventeur du terme « régionalisme » en 1899, et notamment véhiculées par la F.R.F. dont la figure emblématique, Jean Charles-Brun (1870-1946), devient membre du Conseil national sous Vichy. Cette régionalisation, provisoirement arrêtée avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, n’est pas enterrée pour autant. On observe en fait une continuité tant dans le personnel politique que dans les idées entre le régime de Vichy, le Conseil national de la Résistance, les IVe et Ve Républiques.

L’un des meilleurs exemples de cette continuité — discrète mais efficace — est incarné par Jean-François Gravier (1915-2005), dont des générations d’étudiants en géographie ont entendu parler avec son livre-choc : Paris et le désert français (1947). Celui-ci dénonce la centralisation parisienne et jacobine, sur un ton radical mais déjà catastrophiste (rien que le titre !) , en faveur d’une régionalisation enfin salvatrice.

Une vision maurassienne

Avant 1940, Jean-François Gravier, géographe, membre des étudiants royalistes de l’Action française, écrit des articles violents dans des journaux d’extrême droite (Combat, La Gerbe). Après la débâcle contre l’Allemagne nazie, il édite le journal Idées (1941-1944), mensuel publié à Vichy pour propager la doctrine pétainiste. Il exprime souvent son admiration pour Walter Darré, ministre de l’agriculture dans le gouvernement nazi.

Il tonne contre la démocratie et l’individualisme. Dans son livre Régions et Nation (1942), il prône une représentation non élective des notables (curés, instituteurs…). En novembre 1942, il est engagé par François Perroux (1903-1987) dans la Fondation française pour l’étude des problèmes humains que celui-ci préside. La même année, il devient directeur du département de bio-sociologie du Centre Alexis Carrel dans lequel il occupe la direction du Centre d’études régionales.

À la Libération, Gravier est protégé par le père Lebret, dominicain fondateur de l’Association Économie et Humanisme. Il est ensuite employé par le Ministère de la Reconstruction et par le Commissariat général au Plan (1950-1965). Il collabore à la revue XXe siècle fédéraliste éditée par La Fédération, où l’on retrouve trois anciens des anciens non-conformistes de L’Ordre Nouveau : Robert Aron, Alexandre Marc et Denis de Rougemont (1). L’heure n’est plus au « rejet de la civilisation », comme le proclamaient les non-conformistes des années précédentes, mais à « l’aménagement de la civilisation ». Gravier, qui obtient au milieu des années 1960 la chaire d’Économie et d’Organisation Régionale au C.N.A.M., siège au Conseil économique et social (1959-1964).

De Gaulle et Mitterrand reprennent le chantier

Comme nombre d’idées ou de mesures lancées au cours de ces « années souterraines » (1937-1947) (2), combinant désormais démocratie chrétienne fédéraliste européenne et gaullisme planificateur et moderniste, la régionalisation refait rapidement surface au cours des IVe et Ve Républiques. Elle opère en deux temps forts : en 1955-1956 avec les vingt et une « régions de programmes », qui correspondent à celles de nos jours (22 avec la région corse créée en 1970), puis en 1982 avec les lois sur la décentralisation sous la présidence Mitterrand.

Son principe dominant est d’adapter le territoire à l’économie métropolisée, quitte à être barbouillé d’un vernis culturaliste. Son découpage reprend celui des départements, qu’il assemble, contrairement aux anciennes propositions (celle de Charles-Brun en 1912, celle de Hennessy-Vidal en 1915, par exemple), et conformément à ce qui s’est passé sous Pétain.

Le nombre est d’ailleurs à peu près le même : 19 en 1941, 21 en 1955. Le regroupement s’effectue par le haut, de façon totalement technocratique, par quelques grands commis de l’État comme Serge Antoine (1927-2006), énarque et futur membre du Club de Rome (1969). Quelques pressions politiques aboutissent à des compromis : on retire sa région à Grenoble pour la donner à Lyon, on en donne une à Nantes pour la retirer à Rennes, on donne le Gard à Montpellier pour rédimer Marseille.

Les Révolutions industrielles font sentir leurs derniers effets dans le cadre de la flexibilité post-fordiste — recomposition des campagnes, certaines devenant très industrielles avec la dissémination des PME, extension des métropoles, touristification — ce qui fait émerger de nouvelles régions géographiques correspondant à l’aire de vie quotidienne de leurs habitants. Or le module départemental y est largement inadapté, et celui de la région institutionnelle parfois bancal. Les inter-communalités sont alors accélérées (lois de 1999 et de 2000).

Elles tentent d’adapter les cadres institutionnels à la « vraie vie », mais elles rajoutent une couche au mille-feuille administratif et politique. Le citoyen continue de voter, de plus en plus, mais il ne sait plus qui le représente vraiment, et pour quoi. Le mélange de représentation à la proportionnelle et à l’arrondissement — le système de la commune ou de la région n’étant pas celui de la nation — ainsi que l’élection au suffrage indirect des conseils intercommunaux l’éloigne de ses mandatés, tandis qu’est conforté un système de plus en plus technobureaucratique. Mais la fonction des corps élus reste identique : voter des lois, voter des budgets.

Le dégrè zéro de la géographie

La donne change depuis le krach de l’économie financière en 2008. Les banques nationales, européennes et internationales flouées par leur spéculation financière réclament le paiement de leur monumentale ardoise auprès des États, donc des contribuables-citoyens.

Les grandes infrastructures utiles au capital étant désormais réalisées, il faut désormais « faire-des-économies » et « rembourser-la-dette ». Pour l’État, le moyen le plus simple est de couper dans les budgets des services publics et de taper dans le mille-feuilles politico-administratif : les départements et les régions en font logiquement les frais. C’est le seul sens que comporte l’actuel projet du gouvernement Valls, le seul.

Foin d’imagination, fichtre d’adapter les collectivités locales et régionales aux bassins de vie et d’emploi, au diable un redécoupage des départements, bref adieu l’innovation. Non, le plus simple pour la technobureaucratie soutenue par des politiques en panne d’inspiration, c’est de jouer à nouveau au mécano territorial : on ajoute des régions les unes aux autres pour faire de grandes institutions, on les fait passer de 22 à 11. Autrement dit, on divise par deux, comme une poire. C’est le degré zéro de la géographie.

 Philippe Pelletier

(1) « Les relais politiques : Jacques Chaban-Delmas, Antoine Pinay, René Coty, François Mitterrand, Raymond Marcellin, Jean Lecanuet, Roger Gondon, Maurice Schumann et Roger Duchet comptent parmi les membres du Mouvement fédéraliste français. Orienté à droite, le mouvement se veut ouvert à tous, exception faite des communistes ». Guyader Antonin (2006) : La revue Idées 1941-1944 : des non-conformistes en révolution nationale. Paris, L’Harmattan, p. 318.   (2) Lindenberg Daniel (1990) : Les Années souterraines, 1937-1947. Paris, La Découverte, 414 p.

Source Libération : 11/04/2014

Voir aussi : Rubrique  Actualité France, rubrique Géographie, rubrique Politique,  Politique locale, On Line Redécoupage des régions, les cartes de «Libération»,,