Susan George : « La ratification du Tafta serait un coup d’État… »

«?Les usurpateurs pénètrent souvent sur invitation dans les institutions.?» Photo Astrid di Crollalanza -

Invitée dans le cadre des grands débats à Montpellier, Susan George évoque dans son dernier livre « Les Usurpateurs » (Seuil) la prise de pouvoir des transnationales.

Franco-américaine, présidente d’honneur d’Attac-France, et présidente du conseil du Transnational Institute (Amsterdam), Susan George s’est engagée depuis longtemps dans les combats internationaux contre les effets dévastateurs de la mondialisation capitaliste.

Votre ouvrage pose ouvertement la question du pouvoir illégitime des entreprises qui mine les fondements de notre démocratie représentative. Sur quels constats?

Tout le monde est conscient de l’action des entreprises auprès de tous ceux qui font les lois pour défendre leurs intérêts. Mon livre donne des détails sur ces lobbys et lobbyistes « classiques » mais s’intéresse bien plus à leur capacité à se regrouper par branche – agro-alimentaire, chimie, pharmaceutique etc. – dans des institutions aux noms bien anodins comme les conseils, fondations ou instituts. Ces organisations sont beaucoup plus subtiles dans leurs techniques de communication et de persuasion. Elles parviennent à biaiser la législation dans la santé publique, l’environnement ou la consommation. Je consacre une grande partie du livre à ces usurpateurs qui pénètrent, souvent sur invitation, dans les institutions nationales et supranationales comme les Nations-Unies.

Comment évaluer l’ampleur actuelle du lobbying ?

Le Congrès des USA dispose d’un registre assez complet et plutôt contraignant. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, vient d’annoncer que l’enregistrement sera aussi obligatoire auprès des institutions de l’UE. C’est tout à son crédit et déjà les plus grandes banques internationales comme Goldman Sachs ou HSBC s’enregistrent. On trouve aussi de bons outils d’information sur Internet. Mon livre en donne un résumé aussi complet que possible. Il s’adresse au lecteur dit généraliste, ce pourquoi j’ai souhaité privilégier l’urgence et non pas faire quelque chose d’universel. Je donne des pistes pour continuer ce travail de dévoilement.

Où situez-vous l’urgence ?

Le plus urgent c’est le Traité entre les Etats-unis et l’UE dit TAFTA ou TTIP. Ce traité est actuellement négocié à huis-clos. Si nous n’arrivons pas à l’arrêter avant qu’il soit ratifié, ce sera un véritable coup d’État contre la démocratie et contre les citoyens qui sera perpétré. C’est la raison pour laquelle je traite le sujet sur le plan international. Actuellement les entreprises des deux cotés de l’Atlantique s’unissent pour obtenir gain de cause.

De quels moyens dispose la justice face à des personnes qui gouvernent sans gouvernement ?

Si le TAFTA passe, la justice aura de moins en moins de moyens.  Avec le système de règlement des différends dit « de l’investisseur à Etat », l’entreprise pourra porter plainte contre un gouvernement dont une mesure quelconque aura entamé ses profits actuels ou même futurs. Le texte prévoit le jugement par un tribunal privé composé de trois arbitres issus des très grands cabinets d’avocats d’affaires internationaux, sans appel et à huis-clos.

Pourquoi le noyautage des institutions politiques internationales, nationales, régionales ne provoque-t-il pas une réaction de la sphère politique légitime ?

Excellente question ! La réponse est : « Je ne sais pas ». Comment se fait-il que nos gouvernements à tous les niveaux soient si ouverts, si complaisants à l’égard des Transnationales ? Ce ne sont même pas elles qui fournissent les emplois. Les gouvernements prétendent chercher « l’emploi » à tous les coins de rue mais les vrais leviers en Europe sont les PME qui produisent environ 85% des emplois. Celles-ci sont négligées, laissées à la portion congrue. Les banques refusent de leur faire crédit et les États continuent à faire les yeux doux aux entreprises géantes qui réduisent leur personnel chaque fois qu’elles le peuvent pour satisfaire leurs actionnaires.

Sur quels fondements philosophiques et éthiques les citoyens dont la légitimité est bafouée peuvent-ils asseoir leurs revendications ?

Il faut baser notre éthique du refus et de la revendication sur ce que l’Europe a fait de mieux dans son Histoire plutôt salie par les guerres, la colonisation, la Shoah, j’en passe et des meilleurs… Avec les Etats-unis, elle est le berceau des Lumières, des révolutions contre le pouvoir, de l’invention de la démocratie et de la justice en tant qu’institution. C’est un travail toujours à recommencer et aujourd’hui plus que jamais. Je commence mon livre en rappelant ce qui donne sa légitimité au pouvoir, à commencer par le consentement des gouvernés et l’État de droit. Cela, les transnationales s’en fichent comme d’une guigne.

La référence à l’héritage des Lumières n’est-elle pas en partie partagée par les néolibéraux ?

Oui, dans le sens où les néolibéraux ne tiennent pas à gouverner directement. Il y a des subalternes pour ça ! du moment qu’ils peuvent dicter le contenu des politiques, ça leur suffit. Cela nécessite tout de même des lois qui, du point de vue du citoyen – ou de la nature si elle avait les moyens de s’exprimer – sont de très mauvaises lois. Le TAFTA serait un exemple achevé de la manière qu’ont les grandes entreprises de diriger en laissant le sale boulot, les négociations proprement dites, aux fonctionnaires politiques.

Il ne suffit pas de renverser les dictateurs mais d’opposer une résistance constante dites-vous...

Eh oui ! J’espère que mon livre donnera aux citoyens de meilleurs moyens pour résister et exiger de profonds changements. Ceux qui lisent ces lignes peuvent commencer par joindre leur signature* aux centaines de milliers d’autres qui refusent le TAFTA.

Recueilli par jean-Marie Dinh

Pétition TAFTA

Les Usurpateurs Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir. Ed du Seuil 2014 17 euros

Source : La Marseillaise/L’Hérault du Jour 08/12/2014

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Die Linke prend les rênes d’un Land allemand, une première

arton29266-8e717Bodo Ramelow, 58 ans, vient d’être élu à la tête du Land de Thuringe, porté par une coalition rouge-rose-verte. Une alliance dont le SPD ne veut toujours pas au niveau fédéral.

Un responsable de Die Linke a été élu ce matin à la tête de la Thuringe (est), suscitant un débat dans un pays encore marqué par la dictature communiste. Allié aux sociaux-démocrates (SPD) et aux Verts, Bodo Ramelow, 58 ans, ancien syndicaliste d’Allemagne de l’Ouest, un protestant réputé pragmatique, a réussi à passer outre les inquiétudes autour d’un « retour des communistes » dans cette ancienne région de RDA, rassemblant 46 voix sur 91 (28 Die Linke, 12 SPD et 6 Verts). La formation de gauche radicale était arrivée en seconde position des législatives régionales de septembre avec 28,2 % des voix, derrière la CDU (33,5 %).

Bodo Ramelow met fin à 24 ans de règne du parti d’Angela Merkel, qui dirigeait cette région agricole et forestière d’un peu plus de deux millions d’habitants depuis les premières élections libres de 1990. C’est la première fois qu’un responsable de Die Linke, formation née en 2007 d’une alliance entre des héritiers de l’ancien parti communiste est-allemand SED et des déçus du SPD, accède à de telles responsabilités dans un pays fédéral où les Länder disposent d’importants pouvoirs. Même si Die Linke (La gauche) a déjà participé à des gouvernements régionaux, comme actuellement dans le Brandebourg voisin.

Le président de la République, Joachim Gauck, ancien pasteur et militant des droits de l’homme en RDA, est passé outre la neutralité de sa fonction pour faire part de son inquiétude après la victoire de Bodo Ramelow. « Les gens qui ont connu la RDA et appartiennent à ma génération doivent faire un gros effort pour accepter cela », a-t-il déclaré récemment. À plusieurs reprises, des manifestations ont réuni plusieurs milliers de personnes dans les rues d’Erfurt, la capitale régionale. Ils étaient encore près de 2 000 jeudi soir.
Die Linke, né d’une fusion en 2007 du PDS, héritier du SED, avec les déçus du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, est régulièrement accusé de ne pas condamner avec assez de fermeté la RDA.

Aussi Bodo Ramelow a-t-il salué aujourd’hui son « ami » Andreas Möller, un opposant de Thuringe qui fut emprisonné par le régime, lui demandant « pardon » au nom des anciens communistes. Dans un communiqué, l’Union des associations de victimes de la tyrannie communiste (UOKG) a cependant vivement condamné son élection : « Les vieux camarades du SED et les mouchards de la Stasi (la police politique du régime) sont aux commandes de l’État régional. »

Un programme « pragmatique »

Après avoir prêté serment, le nouveau chef du gouvernement de Thuringe a adopté, dans son discours d’investiture, la devise d’un ancien président de la République fédérale, Johannes Rau (1999-2004) : « Réconcilier plutôt que diviser ». « C’est à cette aune que l’on devra […] me juger », a-t-il affirmé. M. Ramelow a toujours souligné qu’il avait grandi à l’Ouest et n’avait donc rien à voir avec le régime politique de RDA, qu’il n’hésite pas à dénoncer. Il a commencé une carrière de vendeur à Marburg (Hesse) avant de se lancer dans le syndicalisme dans les années 1980. Cette dernière activité l’a conduit à s’installer en Thuringe en 1990, un an après la chute du Mur, pour doter la région de véritables structures de représentation des salariés. Il est entré au Parlement local en 1999 sous l’étiquette PDS.
Politiquement, M. Ramelow entend se montrer « pragmatique », d’autant que sa majorité tient à une voix et que son programme de gouvernement est le fruit d’une négociation avec ses alliés. Parmi les mesures emblématiques du contrat de coalition, se trouvent l’embauche annuelle de 500 professeurs, la gratuité de la première année en crèche ou encore l’objectif d’autosuffisance énergétique, sur la base des renouvelables, à l’horizon 2040.

La Thuringe peut-elle faire école ? À gauche, certains aimeraient que la réussite de M. Ramelow puisse aider à détrôner Angela Merkel lors des législatives de 2017 à l’aide d’une coalition similaire dite « rouge-rouge-verte » au niveau national. Depuis les dernières législatives, le SPD, les Verts et Die Linke totalisent 320 sièges au Parlement, soit une majorité de neuf députés sur le parti de Merkel. Un gouvernement d’union de la gauche était théoriquement possible. Mais le SPD l’avait exclu d’emblée, préférant gouverner avec Mme Merkel au sein d’une « grande coalition ».

Aujourd’hui, les sociaux-démocrates ne sont toujours pas prêts à franchir le pas. Leur secrétaire générale, Yasmin Fahimi, vient de le rappeler en soulignant que la Thuringe « n’avait rien à voir » avec l’échelon fédéral.

Source AFP : 05/12/2014

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Bahreïn : une opposante condamnée à trois ans de prison pour « insulte au roi »

Le père de Zeinab, Abdel Hadi Al-Khawaja, purge une peine de prison à vie pour complot contre l'Etat, et sa sœur Maryam est emprisonnée pour l'agression d'une policière. | AFP/MOHAMMED AL-SHAIKH

La justice bahreïnie a condamné, jeudi 4 décembre, à trois ans de prison l’opposante Zeinab Al-Khawaja pour « insulte au roi », a anoncé l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty international. Elle avait déchiré le portrait du souverain dans un tribunal en octobre. Le verdict a été rendu en l’absence de l’opposante, en convalescence après un récent accouchement. Elle devrait faire appel la semaine prochaine, selon Amnesty.

« Déchirer une photo du chef de l’Etat ne devrait pas constituer un délit criminel », a déclaré Saïd Boumedouha, directeur adjoint de l’organisation pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Il a ajouté dans un communiqué que cette accusation et les autres charges retenues contre Zeinab Al-Khawaja devraient « être abandonnées ». Dans le cas contraire, « Amnesty International va la considérer comme une prisonnière de conscience et fera campagne » pour sa libération, a-t-il prévenu.

SA SŒUR CONDAMNÉE LUNDI À UN AN DE PRISON

Le père de Zeinab, l’opposant Abdel Hadi Al-Khawaja, purge une peine de prison à vie pour « complot contre l’Etat », et sa sœur Maryam a été condamnée lundi à Manama à un an de prison pour l’agression d’une policière.

Petit royaume dirigé par la dynastie sunnite des Al-Khalifa et siège de la Ve flotte américaine, Bahreïn est secoué depuis février 2011 par un mouvement de contestation animé par la majorité chiite, qui réclame une monarchie constitutionnelle.

Source AFP, Le Monde.fr 04/12/2014

Voir aussi : Rubrique Moyen-Orient, Bahreïn, Egypte, On Line, Les Khawaja, une famille opprimée par le régime de Bahreïn,

La France valide la dictature égyptienne

26 novembre 2014 François Hollande légitime le dictateur égyptien

Après une première étape en Italie en début de semaine, le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi a poursuivi sa tournée européenne et rencontré à Paris, 26 novembre, son homologue français. C’est la première fois depuis son arrivée au pouvoir et la destitution de Mohammed Morsi en juillet 2013 que le président égyptien est reçu avec les honneurs par François Hollande. Aucune annonce majeure à l’issue de cet entretien, mais une forme de légitimation internationale pour le président égyptien.

En mai dernier, le nouvel homme fort de l’Egypte recevait dans les urnes la légitimité politique qu’il recherchait depuis son arrivée au pouvoir à la faveur de la destitution contestée de Mohammed Morsi, premier président élu de l’ère post-Moubarak.

A présent, c’est sur la scène internationale qu’Abdel Fattah al-Sissi cherche à légitimer son autorité et c’était là le principal objectif de sa rencontre avec François Hollande. Ce dernier n’a pas déçu les attentes du président égyptien, en se contentant d’appeler de ses vœux « la poursuite de la transition démocratique » sans souffler mot de la question des droits de l’homme.

640311-supporters-of-former-egyptian-president-mursi-standing-trial-on-charges-of-violence-react-after-two-La veille, plusieurs associations de défense des droits humains avaient pourtant demandé au président français de mettre la question sur la table, et d’évoquer la répression meurtrière des Frères musulmans (au moins 14 000 morts, et plus de 15 000 arrestations) ainsi que les restrictions toujours croissantes des libertés fondamentales.

Coopération sécuritaire et contrats d’armement

En revanche, les deux hommes ont longuement évoqué la situation sécuritaire dans la région, abordant les dossiers syriens et israélo-palestiniens, et surtout la situation désastreuse de la Libye.

« Nous devons tout faire pour que l’État de droit soit rétabli et éviter que s’installe dans le sud-libyen un terrorisme qui menace l’ensemble de la région », a notamment déclaré M. Hollande, tandis que son homologue égyptien appelait à « soutenir les institutions, les autorités et l’armée nationale libyennes ».

Outre la coopération sécuritaire sur le dossier libyen, la France devrait répondre favorablement au souhait égyptien d’étoffer son équipement militaire. En témoigne la conclusion récente d’un accord entre l’Egypte et le constructeur naval français DCNS pour la livraison de quatre navires de guerre (un milliard d’euros) auxquels deux autres navires pourraient s’ajouter. Un contrat d’entretien pour les Mirage 2000 de l’aviation égyptienne est aussi évoqué ainsi qu’un autre contrat pour la sécurisation des frontières égyptiennes.

Retour à la normale « Vous n’avez rien à craindre en Egypte »

Outre ces contrats militaires, le président égyptien et son homologue français ont évoqué la possibilité d’étendre les investissements directs dont l’Egypte a besoin pour relancer son économie. Le président égyptien a insisté sur le retour des touristes occidentaux, lançant un appel inhabituel aux ressortissants français : « Vous n’avez rien à craindre en Egypte », a notamment déclaré Abdel Fattah Al-Sissi.

Sécurité, économie, tourisme : Abdel Fattah al-Sissi tient au fond le même discours, celui d’une volonté de retour à la normale, plus de trois ans après le printemps arabe. Aux yeux de nombreux activistes égyptiens, et des ONG de défense des droits de l’homme, ce retour à la normale va malheureusement de pair avec une restriction toujours croissante des libertés fondamentales et avec le silence coupable des pays occidentaux sur la question.

MOINS D’UNE SEMAINE APRES LA VISITE D’AL SISSI A L’ELYSEE

Un tribunal égyptien a condamné à mort, mardi 2 décembre, 188 personnes pour leur responsabilité dans la mort d’au moins 13 policiers, tués dans des affrontements avec les partisans du président déchu Mohamed Morsi.

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Chemin de la transition démocratique

Les condamnés étaient accusés d’avoir participé le 14 août 2013 à une attaque meurtrière visant le commissariat de Kerdassa, un village dans la banlieue du Caire, le jour même où les forces de sécurité dispersaient deux sit-in massifs organisés dans la capitale par les partisans de M. Morsi. Cette opération des forces de sécurité avait coûté la vie à au moins 700 personnes en un jour, faisant du 14 août la journée la plus sanglante de la répression contre les partisans de M. Morsi, qui a fait au moins 1 400 morts au total.

Payer ses convictions au prix de sa vie

Payer ses convictions au prix de sa vie

Répression des Pro-Morsi

Depuis la destitution et l’arrestation par l’armée de M. Morsi le 3 juillet 2013, les autorités égyptiennes sont régulièrement accusées d’utiliser la justice comme un outil de répression. Des centaines de pro-Morsi ont été condamnés à mort dans des procès de masse expédiés en quelques minutes. L’ONU avait qualifié ces procès de « sans précédent dans l’histoire récente ».

Les peines capitales prononcées mardi seront soumises, conformément à la loi égyptienne, à l’avis purement consultatif du mufti, le représentant de l’islam auprès des autorités. Elles seront ensuite confirmées ou commuées en peine de prison lors d’un verdict final, attendu pour le 24 janvier.
JMDH avec AFP et RFI
Conseil du quai d’Orsay : Dans un contexte intérieur qui demeure imprévisible et dans lequel se produisent régulièrement des événements affectant l’ordre public (notamment manifestations et rassemblements souvent non annoncés), les voyageurs sont invités à tenir compte strictement des mentions et conseils de précaution indiqués dans la rubrique « Sécurité ».

Un blogueur vietnamien arrêté pour « mauvaises informations »

B3v7C1BIcAAusfdUn blogueur vietnamien a été arrêté par la police pour avoir posté sur Internet de « mauvaises informations » sur le gouvernement. Une décision qui illustre la nouvelle étape de la campagne de répression contre la dissidence en ligne dans le pays communiste.

Hong Le Tho, 65 ans, a été arrêté samedi 29 novembre à Ho Chi Minh-Ville (dans le sud du pays, ex-Saïgon) pour des articles ayant un « mauvais contenu qui réduit la confiance envers les services d’Etat », a indiqué le ministère de la sécurité publique dans un communiqué publié tard dans la soirée de dimanche. Son blog est désormais inaccessible.

Appelé « Nguoi Lot Gach », qui signifie « paveur de briques », il a été lancé il y a au moins trois ans. Il est régulièrement mis à jour en vietnamien, en anglais et en français et traite principalement de questions sociales et politiques.

Beaucoup de ses articles sont fortement anti-Chinois, reflétant la forte animosité de nombreux Vietnamiens, y compris les intellectuels, envers leur voisin du nord. Hanoi et Pékin ont des différends territoriaux de longue date en mer de Chine du Sud. Les dirigeants vietnamiens sont très sensibles à toute critique contre leur règlement du conflit et ont systématiquement brisé les manifestations anti-chinoises et arrêté leurs organisateurs.

34 BLOGUEURS SOUS LES VERROUS

Au Vietnam, les médias privés sont interdits et tous les journaux et les chaînes de télévision sont gérés par l’Etat. Le pays est régulièrement dénoncé pour son intolérance vis-à-vis de la dissidence politique. Des avocats, blogueurs et militants sont régulièrement l’objet d’arrestations et de détentions arbitraires, d’après les groupes de défense des droits de l’Homme. Selon Reporters sans frontières, au moins 34 blogueurs sont actuellement emprisonnés dans le pays.

Un blogueur bien connu, Anh Ba Sam, est en détention dans l’attente de son procès et Bui Thi Minh Hang, militante anti-chinoise, doit être rejugée dans les prochains jours après avoir été condamnée en août à trois ans de prison. En octobre, soucieux selon les analystes de s’attirer les bonnes grâces de l’allié américain face à Pékin, le pays avait libéré le blogueur Dieu Cay et l’avocat Cu Huy Ha Vu. Ces derniers vivent aujourd’hui en exil aux Etats-Unis.

Source : Le Monde AFP 01/12/2014

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Asie, Vietnam, rubrique Internet, rubrique Société, Citoyenneté,