Aides à la presse, un scandale qui dure

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Instaurées en France dès la fin du XVIIIe siècle pour « encourager la libre communication des pensées entre les citoyens », les aides de l’Etat à la presse n’étaient destinées qu’aux publications d’intérêt général. Elles profitent désormais aux groupes puissants, sans que leur contribution au débat démocratique saute aux yeux. Pourtant, les procureurs les plus inflexibles de la réduction des dépenses publiques restent cois…

Fustiger la dépense publique en exhortant à la réduire est devenu une discipline journalistique à part entière dans la presse française. Certains s’illustrent par l’excellence de leurs performances en la matière : on pense ici à Franz-Olivier Giesbert, qui reste rarement plus de deux semaines sans proclamer, dans l’hebdomadaire Le Point, que « la France doit cesser de dépenser plus qu’elle ne produit. Autrement dit, faire maigre (1) ». Le propriétaire du Figaro, le sénateur (Union pour un mouvement populaire) et avionneur Serge Dassault, réclame lui aussi régulièrement qu’« on supprime toutes les aides », car « il ne faut pas que l’Etat aille donner de l’argent » (2) — sauf naturellement quand la puissance publique débloque 1 milliard d’euros pour moderniser l’avion de chasse produit par l’industriel, comme en janvier dernier…

Cette dénonciation obsessionnelle des libéralités étatiques s’appuie — tradition déjà ancienne — sur les rapports annuels de la Cour des comptes, dont la publication suscite, tous les douze mois, moult commentaires. Dans les intervalles, M. Didier Migaud, ancien député socialiste nommé président de la Cour en 2010 par M. Nicolas Sarkozy, dispense avec une régularité de métronome conseils et maximes. Il en ressort qu’« il est impératif de ne pas relâcher l’effort » consenti après 2012 par M. François Hollande et, « désormais, de freiner davantage la dépense » publique. Cela lui vaut d’être adulé par Le Figaro, Le Monde, Les Echos, Europe 1, RTL, où ses prêches font l’objet d’un véritable culte (3).

Mais il arrive que les mêmes professionnels se montrent moins empressés de porter partout la bonne parole des magistrats de la Cour des comptes.

En 1985, par exemple, ces vénérables enquêteurs adressent un rapport consacré au fonctionnement des mécanismes d’aide publique à la presse au député socialiste Christian Goux, qui a sollicité leur avis sur ce sujet trop méconnu (4). Le document compte une petite vingtaine de pages, augmentées de plusieurs annexes. Il décrit ces mécanismes et en évalue « la cohérence, l’efficacité et les effets ». La conclusion est accablante : les administrations impliquées dans la gestion des dispositifs de nantissement de la presse écrite n’ont jamais procédé à une analyse précise de cet assistanat, qui représente pourtant « une charge importante et croissante pour les finances publiques » ; le coût ne cesse de croître, puisque son montant est passé de 3,3 milliards de francs en 1970 à 5,2 milliards en 1981, puis à 5,6 milliards en 1984 — l’équivalent de 1,6 milliard d’euros actuels, en tenant compte de l’inflation. Ces provendes représentent « près de 14 % du chiffre d’affaires du secteur ». Une partie est distribuée directement aux journaux : aide au développement, à la diffusion, subventions aux publications à faibles ressources publicitaires. Des aides indirectes — taux de TVA réduit, exonération de taxe professionnelle (depuis 1844…), tarifs postaux préférentiels — les complètent. La survie de la plupart des titres d’information générale et politique dépend déjà étroitement du maintien de cette perfusion d’argent public.

Selon la Cour — dont la sévérité feutrée impressionne —, les aides sont attribuées sans discernement à des publications extrêmement disparates, et personne ne vérifie leurs « effets à l’égard des entreprises ». Par ailleurs, leur distribution subit « une dérive constante par rapport aux objectifs initialement fixés » par le législateur, qui avait pour principale intention, en l’institutionnalisant, de « permettre aux citoyens de disposer de l’information la plus large possible, et d’être ainsi en mesure de participer à la vie publique ». La Cour s’étonne, notamment, de ce que le phénomène de « concentration croissante » soit si peu pris en compte. Les besoins réels des journaux varient grandement selon qu’ils sont adossés ou non à des groupes industriels. Le régime des aides à la presse devrait mieux « prendre en considération la situation économique créée dans la concurrence par l’apparition de groupes ou d’entreprises d’une dimension accrue ».

En résumé, il conviendrait que « le problème du rapport entre le coût des soutiens accordés et leur efficacité à l’égard des entreprises » qui en bénéficient soit « désormais posé ». Il faudrait que « les modalités des aides et leurs critères d’attribution » soient « révisés », afin qu’elles aillent en priorité aux publications qui en ont le plus besoin. Cette nécessaire et urgente adaptation pourrait d’abord se fonder, suggèrent les magistrats financiers, sur « des critères relatifs au contenu des publications ». Ils notent en particulier que « le caractère d’information politique et générale et la place respective consacrée aux pages rédactionnelles et aux pages publicitaires constituent des critères objectifs », dont « l’application se traduirait par une redistribution des aides qui reconnaîtrait l’importance majeure accordée à la presse écrite comme moyen d’information pour les citoyens et instrument de nature à développer chez eux les facultés d’analyse et de jugement des événements ».

Ces observations et préconisations, qui pointent une gabegie caractérisée au moment même où la presse dominante dit en chœur la nécessité de réduire les prodigalités d’un Etat trop dépensier (les socialistes ont alors pris le virage de la rigueur depuis deux ans), devraient soulever un immense enthousiasme éditorial. Tout au contraire : trop occupés, peut-être, à pester contre les « avantages acquis » des ouvriers et des fonctionnaires, les grands titres français restent discrets sur le rapport de la Cour des comptes. Alors directeur du Monde diplomatique, Claude Julien relèvera seul quelques années plus tard ce qui ressemble assez à la mise en évidence d’une conséquente tartuferie : « La presse la plus prospère, qui, dans la répartition des aides publiques, se taille la part du lion, est aussi celle qui chante avec le plus d’enthousiasme les vertus d’un libéralisme économique proscrivant toute intervention de l’Etat. » Le journaliste ajoute que, en cas de réforme du système, elle « combattrait bec et ongles tout projet novateur » (5).

Comme le souligne en 1995 le sénateur de centre droit Alain Lambert, auteur d’un nouveau rapport sur les aides à la presse, les principaux bénéficiaires du système considèrent ses mannes comme un « avantage acquis (6) ». Leur remise en cause serait regardée par eux comme un casus belli. On n’informe donc guère sur les subventions à l’information. Et cette occultation dure, tandis qu’aucun gouvernement n’ose briser le tabou d’une rente où l’Etat sponsorise, à grand renfort de milliards (de francs, puis d’euros), la confection de libelles, manchettes et éditoriaux consacrés à la dénonciation de ses folies dépensières.

Lorsque la Cour des comptes publie, en septembre 2013, un énième rapport sur les aides publiques à la presse (7), son contenu ressemble à s’y méprendre à celui paru vingt-huit ans plus tôt. Ses auteurs observent ainsi que ces aides, dont l’efficacité était déjà jugée plus que douteuse en 1985, n’ont toujours « pas démontré leur utilité ». Puis de relever, parmi les nombreux facteurs qui expliquent ces « résultats décevants », des « contradictions dans la politique de l’Etat », une « mauvaise évaluation des aides » et un « ciblage encore insuffisant des aides sur la presse d’information politique et générale ». La répétition des griefs indique la longévité d’un système que ses organisateurs, non moins que ses récipiendaires, savent inefficace et inéquitable. Il profite le plus souvent aux journaux et magazines qui en ont le moins besoin, comme les hebdomadaires consacrés aux programmes de télévision, plutôt qu’à la presse d’information politique et générale. Entre 2009 et 2011, 5 milliards d’euros ont été engloutis dans le secteur, soit en moyenne 1,6 milliard par an. Ce montant représente près de 15 % du chiffre d’affaires de cette industrie — une situation analogue à celle du milieu des années 1980.

D’ordinaire, la presse, drapée dans une ombrageuse défense de l’intérêt commun, trouve des mots assez durs pour dénoncer de tels gaspillages. Mais lorsque la Cour des comptes rend public son rapport de 2013, Le Monde relègue son traitement en pages intérieures. Le Point et Le Figaro réussissent la performance d’expliquer que les millions d’euros dont les pouvoirs publics les gratifient sont en réalité, pour une part importante, « des subventions versées à des entreprises publiques (8) » comme La Poste. Puis les quotidiens retrouvent la routine de leurs appels à réduire la dépense publique, tandis que l’hebdomadaire regagne celle de ses couvertures sur les « vrais rentiers » (11 septembre 2014) : les fonctionnaires, par exemple.

De 2009 à 2013, Le Monde a été doté par l’Etat de 90 millions d’euros. Durant la même période, Le Figaro du sénateur Dassault a été nanti de 85,9 millions — cependant que Le Point devait se contenter de 22,9 petits millions…

Sébastien Fontenelle Journaliste. Auteur d’Editocrates sous perfusion, Libertalia,

1) Franz-Olivier Giesbert, « La réforme ou le déclin », Le Point, Paris, 23 janvier 2014. L’ancien directeur de l’hebdomadaire est aujourd’hui éditorialiste.

(2) I-Télé, 13 février 2011.

(3) Lire Sébastien Rolland, « La Cour des comptes, cerbère de l’austérité », Le Monde diplomatique, novembre 2013.

(4) Cour des comptes, « Rapport sur les mécanismes d’aide publique à la presse », Paris, 29 septembre 1985.

(5) Claude Julien, « Les aides publiques à la presse », Le Monde diplomatique, février 1990. Lire aussi « Liberté », Le Monde diplomatique, août 1988.

(6) Sénat, « Rapport général fait au nom de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation sur le projet de loi de finances pour 1996 adopté par l’Assemblée nationale », Paris, novembre 1995.

(7) Cour des comptes, « Les aides de l’Etat à la presse écrite », Paris, 18 septembre 2013. Lire aussi le « Rapport public annuel 2013 », 12 février 2013, p. 626.

(8) « Confusions et contre-vérités sur les aides à la presse », article publié sur le site du Figaro, 3 mars 2014 ; « Et les aides à la presse ? », Le Point, 23 janvier 2014.

Source : Le Monde Diplomatique Novembre 2014

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Le prix Femina décerné à l’Haïtienne Yanick Lahens pour « Bain de lune »

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« Bain de lune », est un roman sur Haïti, traversé par la destruction, l’opportunisme politique, les familles déchirées mais aussi les mots magiques des paysans qui se fient aux puissances souterraines.

Haïti est à l’honneur. Vaudou et vent d’ailleurs ont soufflé lundi sur le prix Femina qui a sacré l’Haïtienne Yanick Lahens pour « Bain de lune », ample roman d’une violente beauté sur son pays, traversé par les cataclysmes, les magouilles politiques et les puissances invisibles.

« C’est une merveilleuse surprise et une reconnaissance pour la littérature francophone en Haïti », a dit à l’AFP, Yanick Lahens, radieuse. « J’habite très très loin du monde parisien de l’édition. Ce roman, et ce prix, témoignent de la force de la culture haïtienne », a poursuivi la lauréate, née à Port-au-Prince en 1953 et grande figure de la littérature haïtienne francophone. Elle est aussi très engagée dans le développement social et culturel de son pays. « Je suis très sensible au fait que le jury a compris que cette histoire, si elle se passe en Haïti, est universelle ».

Pour Christine Jordis, porte-parole de ce jury exclusivement féminin, « Bain de lune » (Sabine Wespieser) est un « beau roman qui a le sens du mystère et de l’invisible et qui nous sort de notre horizon habituel. L’auteure évoque les ancêtres disparus, à l’influence très forte sur les vivants ».

En 2013, déjà, les dames du Femina avaient récompensé une romancière venue d’ailleurs, la Camerounaise d’expression française Leonora Miano, pour « La saison de l’ombre » (Grasset). « Mais c’est un hasard », assure Paula Jacques, également jurée.

Amour et mort

Après des études en France, Yanick Lahens est retournée en Haïti enseigner la littérature à l’université jusqu’en 1995. Elle a aussi été journaliste. Elle a cofondé l’Association des écrivains haïtiens, qui lutte contre l’illettrisme, et créé en 2008 « Action pour le changement », qui forme notamment les jeunes au développement durable et a permis de construire quatre bibliothèques en Haïti.

Brossant sans complaisance le tableau de la réalité haïtienne dans ses livres, Yanick Lahens a publié en 2000 son premier roman, « Dans la maison du père » (Serpent à plumes). Chez Sabine Wespieser, sont parus en 2008 « La Couleur de l’aube », prix du livre RFO et prix Richelieu de la Francophonie, « Failles », récit inspiré du séisme qui a frappé Haïti en 2010, puis « Guillaume et Nathalie », prix Caraïbes 2013.

Tout sourire, son éditrice Zeruya Shalev à la tête de la maison éponyme fondée… le 11 septembre 2001, s’est réjouie de « ce formidable encouragement pour l’édition indépendante. C’est aussi un excellent signe pour les libraires indépendants qui ont beaucoup soutenu ce roman ». « J’ai aussitôt fait réimprimer 30.000 exemplaires de +Bain de lune+, tiré initialement à 10.000 », précise-t-elle à l’AFP.

Dans le roman, un pêcheur découvre une jeune fille échouée sur la grève. La voix de la naufragée, qui en appelle aux dieux du vaudou et à ses ancêtres, scande cet ample roman familial qui convoque trois générations pour tenter d’élucider le double mystère de son agression et de son identité. Près de là, à Anse Bleue, les Mésidor, seigneurs du village, et les Lafleur, se détestent depuis des lustres. Quand Tertulien Mésidor rencontre Olmène (une Lafleur), le coup de foudre est réciproque. Leur histoire va s’écrire à rebours des idées reçues sur les femmes soumises et les hommes prédateurs. Mais, dans cette île balayée aussi par les ouragans politiques, la terreur et la mort s’abattent sur Anse Bleue…

Yanick Lahens a reçu en 2011 le prix d’Excellence de l’Association d’études haïtiennes pour l’ensemble de son oeuvre. Membre du Conseil international d’études francophones, elle a fait partie du cabinet du ministre de la Culture, Raoul Peck (1996-1997). Elle a reçu cette année le titre d’officier des Arts et des Lettres.

Le Femina étranger à Zeruya Shalev

Pour le Femina étranger, le jury a choisi une autre femme, l’Israélienne Zeruya Shalev, pour « Ce qui reste de nos vies » (Gallimard, traduit de l’hébreu), envoûtante variation, sur les mystérieux liens tissés entre parents et enfants, au soir de la vie d’une mère. La lauréate a été distinguée au quatrième tour par cinq voix contre quatre au romancier irlandais Sebastian Barry.

L’historien de la Rome antique Paul Veyne (84 ans) a remporté quant à lui le Femina de l’Essai pour l’attachant livre de souvenirs, « Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas » (Albin Michel).

Source : Les Echos.fr 03/11/2014

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La déflation dans la zone euro devient une menace de plus en plus réelle

Source Eurostat

L’inflation s’est établie à 0,4?% en octobre 2014. Elle était de 0,7?% en octobre 2013 et de 2,5?% en octobre 2012. Jusqu’ici les réponses au risque de baisse généralisée des prix sont très timides et risquent de ne pas suffire.

L’inflation dans la zone euro aurait-elle touché son point bas?? Aucun économiste n’ose en faire le pari. Après être descendus jusqu’à 0,3?% en septembre, les prix à la consommation ont enregistré une très légère remontée à 0,4?% en octobre, selon la première estimation d’Eurostat. Mais ce répit semble davantage lié au ralentissement de la baisse des prix de l’énergie qu’au rebond de l’activité. Hors énergie, l’inflation a d’ailleurs continué à se contracter à 0,7?% après 0,8?% en septembre, son niveau le plus bas depuis que cet indicateur existe. En Allemagne la hausse des prix a été très faible (0,7?%) le mois dernier et en Espagne les prix ont reculé de 0,2?%, pour le quatrième mois de suite. La déflation n’est plus un spectre lointain mais un risque réel qui menace les économies de la zone euro. Les prix sont désormais proches de zéro et la promesse de la BCE de maintenir les prix «?à un niveau proche de 2?% à moyen terme?» n’est plus qu’un lointain souvenir.

Certes, pour l’instant, «?nous n’y sommes pas et nous ne prévoyons pas de déflation, c’est-à-dire une baisse du niveau général des prix l’an prochain?», assure Christophe Blot, directeur adjoint des prévisions à l’OFCE. Pour au moins une bonne raison?: la baisse de l’euro vis-à-vis du dollar, qui devrait freiner le phénomène de baisse des prix. En effet, une monnaie faible génère de l’inflation importée. L’inflation pourrait donc ainsi reculer un peu moins vite même si, dans le même temps, l’énergie est moins chère. «?Mais au-delà, tous les ingrédients sont réunis pour que l’économie s’installe dans une spirale déflationniste?: peu ou pas de croissance, un chômage élevé, et une exacerbation des politiques de compétitivité.?» Jacques Cailloux, économiste Europe chez Nomura, surveille de près l’évolution des salaires. Ils sont pour lui l’indicateur le plus pertinent pour mesurer les risques de déflation. Le chômage élevé – il atteint 11,5?% dans la zone euro et sévit particulièrement en Grèce (26,4?%), en Espagne (24?% et au Portugal (13,6?%) – favorise la dénonciation des conventions collective et la pression à la baisse sur les salaires à l’embauche. En Allemagne, le seul pays où les salaires augmentent encore significativement, «?on note depuis la fin de l’été un ralentissement des hausses dans les accords négociés?», s’inquiète Jacques Cailloux.

«? La déflation, mieux vaut la prévenir que la guérir car, une fois ancrée dans la psychologie des agents économiques, c’est très difficile d’en sortir, comme le montre le précédent japonais?», avertit Isabelle Job-Bazille, directrice des études économiques au Crédit Agricole. Mais alors qu’ils sont au bord de cette trappe déflationniste, les gouvernements sont comme paralysés. La Banque centrale européenne est aussi embarrassée qu’elle est divisée sur la réponse à apporter à cette nouvelle menace. Son président, Mario Draghi, a alerté les Etats cet été que la Banque centrale ne pourrait à elle seule relancer la demande et que les Etats membres devaient y contribuer, y compris sur le plan budgétaire. Mais jusqu’ici, les réactions sont timides. «?Les politiques budgétaires restent relativement contraignantes, même si elles ne sont plus aussi restrictives que ces dernières années, ajoute l’économiste de Nomura. Les outils ne sont clairement pas adaptés à la situation. Ni la BCE ni les gouvernements de la zone euro ne prennent assez d’assurance pour enrayer le risque déflationniste?». Et de rappeler que la Réserve fédérale américaine a acquis par sa politique non conventionnelle d’achats de titres un montant équivalent à 23?% du PIB. A comparer à 2?% pour la BCE… A ce rythme, et même si elle ne sombre pas dans une franche déflation, la zone euro se condamne, selon Isabelle Job-Bazille, à «?une décennie de croissance faible et d’inflation basse?».

Catherine Chatignoux

Source : Les Echos 02/11/2014
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Rémi Fraisse et la résistance citoyenne

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Pour les manifestants la mort du jeune homme de 21 ans n’est pas une bavure

Société civile. A Montpellier, la manifestations contre la violence d’Etat rassemble 400 personnes.

La mort de Rémi Fraisse lors d’une manifestation contre le barrage de Sivens le week-end dernier soulève un mouvement d’indignation dans la société civile.  Des dizaines de manifestations se sont tenues hier dans les villes françaises contre les brutalités policières, les manifestations servent de plateforme pour mettre en évidence les cas, de plus en plus nombreux, de violence de la police qui vont crescendo en parallèle avec l’intensification des luttes sociales et la défense de l’environnement face à l’aménagement marchant du territoire.

A Montpellier, la mobilisation a rassemblé 400 personnes: citoyens, membres des partis (PG, NPA, Ensemble, EELV ), anarchistes, écologistes, organisations et ONG (Attac, LDH, la Confédération Paysanne Le Centre démocratique Kurde de Montpellier…) Parti de la Comédie, le cortège s’est orienté vers la préfecture où plusieurs prises de parole se sont succédé suivies d’une minute de silence à la mémoire de Rémi Fraisse.

Les opinions exprimées hier devant la préfecture mettent en exergue le phénomène de violence policière de moins en moins contrôlé par le pouvoir politique. En rappelant le précédent lors de l’expulsion de la zad de Notre Dame des Landes où de nombreux jeunes militants ont été blessés gravement par des tirs de flasballs et grenades.

Les positions de la rue divergent sur l’avenir attendu et les moyens à déployer pour y parvenir mais les expressions convergent sur la responsabilité du gouvernement et du le CG du Tarn qui avaient stigmatisé les manifestants, et «tenté de les diviser pour noyer le poisson». L’ensemble des forces représentées a finalement scandé en coeur « Cazeneuve démission

Ce sinistre événement témoigne d’une fracture entre une raison d’Etat qui s’éloigne du service public et des contestataires qui militent pour des droits environnementaux. L’engagement en acte dans la résistance pourrait être contagieux, certains évoquant « La future gare TGV Odysseum de Maugère construite en zone inondable.»

JMDH

Source : L’Hérault du Jour : 02/11/20142

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Cinemed. Les courts témoignent de leur époque.

1101 PAGE13 104B P1 culture cinemed« Drag me » de Nikos Kellis 2014, 5,46mn. Photo dr.

Festival. La sélection de quarante courts métrages et d’une dizaine de films documentaires séduit le public très assidu du Cinemed.

Salle comble à l’Utopia pour le programme des six court métrages grecs. Jeudi, plusieurs dizaines de spectateurs n’ont pu assister à la soirée faute de places. Ils pourront se rattraper aujourd’hui : la programmation est rediffusée à midi salle Einstein.

Cet engouement pour les courts et moyens métrages ne se dément pas au Cinemed qui présente cette année une sélection de quarante films en provenance de tout le bassin méditerranéen sur les six cents reçus.

La sélection s’opère sur la qualité des images, celle du scénario et sur l’intention qui anime les réalisateurs. Pour beaucoup des élus sélectionnés au festival, la programmation à Montpellier leur permettra de poursuivre leur travail avec un soutien à la production pour leur futur film, court, moyen voire long métrage.

L’engouement du public cinéphile de Montpellier pour le court et les films documentaires (un peu sous représentés cette année) répond à plusieurs paramètres, à commencer par celui d’être informé. Les médias français, sont, on le sait, très sélectifs, dans le traitement  de l’information internationale, cela tant au niveau des zones géographiques prises en compte, que des angles choisis pour aborder les sujets, souvent limités et ethnocentrés.

Un regard comme celui du réalisateur égyptien Ahmed Nour, qui présente le documentaire très abouti Vagues dont le sujet questionne le quotidien de la population de Suez dans la société post-Moubarak, apporte une contribution historique et contemporaine à la compréhension, avec un sens affirmé de l’esthétique. La diversité des sujets, des lieux, et des formes figure parmi les  critères du public montpelliérain.

La manière dont le film d’animation de Nikos Kellis, Drag me, plonge dans la jungle urbaine et celle dont on suit l’engrenage dans l’extrémisme du jeune ouvrier Giorgos dans le court métrage Red Hulk d’Asimina Proedou offrent deux restitutions talentueuses de la violence sociale.

Si le court métrage donne de l’intensité aux émotions, il est aussi un lieu d’expérimentation et de découvertes. Par son exigence cinématographique et son ouverture, le festival Cinemed a au fil du temps permis d’aiguiser le regard du public et d’attiser sa soif de culture.  Il en redemande. Pourvu que ça dure !

 Jean-Marie Dinh

Source : La Marseillaise L’Hérault du Jour 01/11/2014

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