La convergence des erreurs économiques

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par Michel Leis

La forte baisse des indices boursiers ravive dans les médias la crainte d’une récession. Ce n’est pas vraiment une surprise pour les lecteurs du blog de Paul Jorion. Les explications fleurissent, je voudrais ici mettre l’accent sur le télescopage de stratégies entachées d’erreurs d’appréciation, entre les illusions partagées par les entreprises dominantes ou les politiques publiques et des grandes institutions, aveuglées par la « religion féroce ».

Pendant deux décennies, la conversion de l’ancien bloc de l’Est et de la Chine à l’économie de marché, la croissance des pays émergents et le développement en leur sein d’une classe moyenne ont entretenu un mirage. Le succès des entreprises dominantes se mesurait aux parts de marché gagnées dans ces pays. Les clients des États émergents étaient censés se substituer aux clients occidentaux, dont la demande allait en faiblissant. Cette focalisation sur les exportations a été encouragée par quelques pays, bénéficiant d’une industrie à forte image, à l’instar de l’Allemagne. Cette vision est en train de se heurter à des limites qui étaient largement prévisibles.

Dans ces stratégies centrées sur les réussites à l’exportation, les maîtres mots sont compétitivité et profit, une pression importante a été mise sur le coût du travail et la sous-traitance.

Un certain nombre de biens sont restés produits dans les pays d’origine, mais les salaires ont le plus souvent stagné, les prix bas imposés aux sous-traitants reflètent l’intensité des rapports de force. La course à la productivité impacte l’emploi salarié et les budgets sociaux ; les incitants fiscaux pour combattre le chômage se sont multipliés, le tout mettant à mal le budget des États. Le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, de plus en plus mises à contribution, est impacté en retour. Si les marchés développés sont loin d’être secondaires, la solvabilité des clients occidentaux n’est pas dans le radar des entreprises ayant beaucoup misé sur l’exportation.

Nombre de ces sociétés ont commencé à produire dans les pays émergents, parfois sous la pression du pouvoir local, qui considérait ces implantations comme un ticket d’entrée, parfois guidée par la seule quête du profit, les salaires pratiqués étant bien plus faibles que ceux payés en Occident. Dans ces pays, l’industrie représente une part importante de la richesse créée et de l’emploi. Pourtant, les rapports de forces restent désespérément en faveur des employeurs. En dépit de quelques luttes sociales, les salaires dans la production augmentent peu, la consommation de masse reste limitée à quelques biens manufacturés.

Part-de-lindustrie-dans-le-PIB-des-BRICSPart de l’industrie dans le PIB des BRICS – Source OCDE

Il faut rappeler ici le rôle qu’ont joué dans les Trente Glorieuses la construction de logements et l’achat par les ménages de biens d’équipements, en particulier, l’automobile. Comme en Occident, les classes moyennes et aisées des pays émergents se concentrent surtout dans les grandes villes, qui additionnent aux contraintes physiques des limites financières. Des embouteillages monstres paralysent les mégapoles, certaines ont décidé de limiter l’usage de l’automobile.

En Chine, les plaques d’immatriculation sont tirées au sort ou mises aux enchères, l’achat d’une voiture devient un parcours du combattant où la corruption joue un rôle non négligeable. Le marché immobilier est très tendu. Se loger décemment mobilise une part très importante du revenu, les prix au m2 du tableau ci-dessous, qui concernent les plus grandes métropoles, sont à prendre avec des pincettes, la dispersion des prix est beaucoup plus importante qu’en Europe. Il reste que si l’on considère le revenu médian (il est en France de l’ordre de 27.530 € suivant les mêmes sources), il est probablement nécessaire de gagner 4 ou 5 fois ce montant pour être réellement en mesure d’arbitrer ses dépenses. Les BRICS représentent une population totale de 3 milliards d’habitants, une classe moyenne / aisée qui représenterait 10 % de la population (une estimation souvent retenue) a de quoi aiguiser les appétits. Dans la réalité, la classe moyenne, telle que je la définissais dans un précédent billet (par une capacité d’arbitrage sur ses revenus), pourrait bien être moins nombreuse que dans les prévisions des entreprises.

À l’exception du Brésil, les inégalités ont continué à se creuser ces dernières décennies. Le développement profite avant tout à une poignée de super riches. Pire encore, une corruption généralisée facilite l’accumulation des rapports de forces et la concentration du patrimoine, même dans des pays qui revendiquent un gouvernement fort, comme on peut le voir en Chine. La consommation d’une poignée d’individu ne remplacera jamais pour l’industrie la consommation de masse.

L’Europe est prise en sandwich entre un hypothétique retour à l’équilibre budgétaire, des coûts sociaux croissants et les exigences des entreprises demandant toujours plus pour faire baisser le coût du travail. Les États ont fait porter les efforts directs (les impôts) et indirects (les contributions croissantes des ménages aux dépenses) sur les classes moyennes. La consommation finale reste atone, incapable de soutenir la croissance. Les politiques publiques, imprégnées par la doxa libérale, se refusent à pratiquer des politiques de relance, validant implicitement auprès des entreprises dominantes les stratégies fondées sur l’exportation. Ces stratégies pourraient être assimilées à un jeu à somme nulle. Les rares pays qui ont tiré jusqu’alors leur épingle du jeu cumulent les avantages : excédents commerciaux, emploi, dépenses sociales maîtrisées, budget en excédent primaire. Les autres pays, plus dépendants du marché national et européen, cumulent les inconvénients symétriques.

Du côté des Banques centrales occidentales, on a cru pouvoir surmonter la crise en pratiquant une politique d’argent à taux quasi nul et en injectant des liquidités. Cette politique, se substituant en quelque sorte aux politiques de relance, n’a guère eu d’effet sur la croissance. Dans l’économie réelle, on se heurte à un problème de solvabilité. Celle des classes moyennes ne s’est guère améliorée du fait de la hausse des dépenses pré-engagées, les rapports de forces imposés par les entreprises dominantes plombent les prix pour les sous-traitants et leur rentabilité.

Cette politique a surtout bénéficié à ceux qui ont accès au crédit dans de bonnes conditions, c’est-à-dire les plus riches et les entreprises dominantes. L’abondance de liquidité a entretenu la spéculation et les bulles, les stratégies de profit artificielles (le rachat d’actions), elle a financé les entreprises dans leurs stratégies de conquête des marchés émergents (qui bénéficient très peu à l’Occident). Enfin, les banques pressées de regonfler leurs marges ont accordé des crédits risqués et à haut rendement et joué sur les produits dérivés, tant il est vrai que l’on n’apprend pas de ses propres erreurs.

Les politiques des banques centrales des BRICS sont plus difficilement lisibles, tiraillées entre une mission de maîtrise de l’inflation et des gouvernements qui veulent contrôler la croissance. L’accès au crédit a été plutôt facile, à défaut d’être toujours bon marché en termes réels. Une partie de ces crédits a été vers l’immobilier, entretenant une structure de prix sans rapport avec le revenu réel des ménages. En Chine, il a financé des programmes immobiliers pas toujours cohérents (les villes fantômes), mais aussi des investissements dans la bulle boursière de la part des particuliers qui ont cru pouvoir surmonter le handicap des prix élevés. C’est une configuration qui n’est pas loin de celle de 1929 aux États-Unis. Le coût réel du crédit, plutôt élevé, accentue le risque : il faut des rendements élevés sur les actifs pour pouvoir rembourser, le logement augmente les dépenses pré-engagées des ménages, la dépendance des individus au travail s’accroît, affaiblissant d’autant la position des salariés dans les rapports de forces avec leurs employeurs.

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Évolution des taux d’intérêt des banques centrales et dernier taux d’inflation. Sources : Global rates

En Occident, les stratégies des entreprises dominantes et les politiques publiques convergent dans la mauvaise direction : entre recherche de compétitivité et mesures d’austérité, la consommation finale est en panne. Dans les pays émergents, les contraintes physiques et l’envolée des prix immobiliers se sont conjuguées avec des politiques salariales d’entreprise trop occupées à maximiser leur profit, elles ont laissé à d’autres, autant dire à personne, la responsabilité de développer une clientèle solvable. Les pays émergents ne remplissent plus le rôle que leurs ont assignés les entreprises dominantes, il n’y a plus de marchés de substitution. L’économie réelle est dans une impasse.

Si les pays émergents plongent dans la crise, les entreprises qui ont tout misé sur l’exportation vont voir leur situation se dégrader rapidement. L’industrie automobile allemande est très exposée aux marchés émergents et à la Chine en particulier. Le risque ne se limite pas à des profits en dessous des attentes, l’emploi et les sous-traitants pourraient à nouveau en faire les frais. Les États qui ont soutenu ces politiques pourraient bien connaître à leur tour d’importantes difficultés, notamment budgétaires, auxquelles ils avaient échappé jusqu’alors.

La politique monétaire des Banques centrales ne peut tenir lieu de politique de relance. Les liquidités bon marché incitent les banques à prendre des risques, les marges élevées ont un attrait irrésistible, le risque est négligé. Les plans de sauvetage des crises précédentes, accordés quasiment sans contreparties, sont de bien mauvais exemples. Ces liquidités abondantes contribuent à la déformation de la structure du prix des actifs, qui divergent des réalités économiques (les actions), des possibilités des ménages (l’immobilier), elles orientent une partie du revenu arbitrable des classes moyennes et aisées vers des placements à haut rendement sans avoir conscience du risque. La politique des Banques centrales a été contre-productive, le risque de contrepartie évoqué par Pierre Sarton du Jonchay dans un billet récent est important.

Il y a bien sûr d’autres explications à la situation actuelle. La baisse des cours du pétrole est souvent citée. Combinée avec l’embargo, l’économie de la Russie est frappée de plein fouet. Le Brésil qui misait beaucoup sur les découvertes pétrolières au large de ses côtes ne peut plus compter dessus au vu des coûts d’exploitation, les cours du charbon qui suivent la même tendance que ceux du pétrole asphyxient cette source de devise pour l’Afrique du Sud ainsi que l’industrie du carburant synthétique. L’exploitation du pétrole non conventionnel est en péril, faisant naître des craintes sur les banques américaines.

Ce que souligne cette situation, c’est la convergence des erreurs d’appréciation, c’est une approche étroite des problèmes : les Banques centrales pratiquent une politique monétaire, mais ne se préoccupent pas ou peu du prix des actifs, les entreprises développent des stratégies mondiales en oubliant les mécanismes de base de la création de clientèle, les États ne se préoccupent que de l’équilibre budgétaire, ils soutiennent, sans en apprécier les risques, les stratégies de court terme menées par certaines entreprises. À l’heure où l’on veut multiplier les traités de libre-échange, c’est pourtant d’une Gouvernance mondiale dont on a besoin, à même de dépasser le simple cadre de la croissance et du profit.

Source :  Blog de Paul Jorion 12/02/2016

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La pie de Claude Monet

CbGkhEPWIAEQAJyNous sommes en 1868-1869. Ce paysage enneigé marque le début de l’impressionnisme, cinq ans avant la naissance officielle du mouvement.

Sans en avoir l’air, ce modeste paysage enneigé de Claude Monet, intitulé La pie, marque le début de l’impressionnisme. Nous sommes en hiver 1868-1869, cinq ans avant la naissance officielle du mouvement. L’artiste traverse une période difficile. Ne parvenant pas à vendre ses œuvres, il vit dans le dénuement. Sa famille réprouve à la fois sa relation avec sa compagne, Camille, et son choix de carrière.

Il faut dire que Monet n’est pas vraiment issu d’un milieu artistique. Fils d’épicier né en 1840, il commence par se faire remarquer pour son talent de caricaturiste. Il se forme auprès de Boudin, qui l’initie à la peinture en plein air, puis de Jongkind. Mais la reconnaissance tarde. Plusieurs de ses tableaux sont refusés au Salon, unique manifestation officielle où l’on peut exposer des œuvres en les soumettant à un jury. Il traverse une période de dépression, faisant même une tentative de suicide en se jetant dans la Seine.

Capturer l’instant

Le peintre n’abandonne pas pour autant les objectifs qu’il s’est fixés. Au contraire, il développe le concept qui sera à l’origine de l’impressionnisme: capturer l’instant, l’état transitoire de la nature, en particulier par l’étude des variations de lumière. Pour y parvenir, il faut travailler rapidement, en posant directement les couleurs sur la toile. En résulte une liberté nouvelle de la touche, plus expressive que descriptive.

Des peintres comme Renoir, Sisley, Pissarro, Morisot et Degas partagent les préoccupations de Monet et son opposition à la peinture traditionnelle. Ils décident d’organiser leur propre exposition dans l’atelier du photographe Nadar, en 1874. Y est présenté le tableau de Monet Impression, soleil levant, qui donne son nom au groupe suite à une boutade d’un critique peu enthousiaste. Car le public n’est pas tendre avec ces artistes qui de nos jours attirent les foules. Leurs toiles, si différentes de l’art académique, provoquent même un véritable scandale.

Au fil des heures et des saisons

Mais peu à peu, les réactions évoluent. Au fil des huit expositions impressionnistes, des critiques positives se font entendre. En l’espace d’une douzaine d’années, les impressionnistes sont acceptés et deviennent même des artistes fort recherchés dans toute l’Europe. Monet meurt riche et célèbre, en 1926.

Le peintre reste fidèle à la philosophie impressionniste jusqu’à la fin de sa vie. Pendant toute sa carrière, il cherche à représenter la fugacité de l’instant, à travers des paysages mais aussi des figures. Il revient souvent sur un même sujet, créant les séries des Meules, Peupliers et Cathédrales. Sans oublier les variations autour du jardin qu’il a installé chez lui à Giverny, dont le cycle des Nymphéas. Ce principe permet de révéler les modifications des formes et des couleurs en fonction des conditions atmosphériques, des heures de la journée et des saisons.

La sensibilité de l’artiste

Le paysage enneigé, qui se prête particulièrement bien aux effets de lumière, fait partie des motifs qu’il traite à plusieurs reprises. Cette huile sur toile de 89 sur 130?centimètres, conservée au Musée d’Orsay, est l’une des premières qu’il exécute sur ce thème. Monet peint également des vues de routes et de villages sous la neige, ainsi que diverses versions de la débâcle sur la Seine, c’est-à-dire la rupture subite de la glace. Un Effet de neige, le matin, prend aussi place dans sa série des meules, en 1891. Il prolonge ses études jusqu’en Norvège, en hiver 1895.

Mais au fond, davantage que le sujet, ce qui compte surtout est la vision qu’en a le peintre et la sensibilité avec laquelle il la traduit. Monet compte parmi les premiers à oser exprimer l’émotion qu’il ressent face à son motif, créant ainsi des œuvres profondément personnelles qui révolutionnent l’art moderne.

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Comédie du livre. La Métropole à l’heure italienne

img_2205Comédie du livre. La 31e édition qui se tiendra à Montpellier du 27 au 29 mai, se dévoile.

La Comédie du livre aura désormais des préfaces, a indiqué Nicole Liza, la conseillère municipale déléguée à cette grande fête du livre qui tiendra cette année sa 31e édition. Pour mettre en appétit et concerner les habitants de la Métropole montpelliéraine, ces avant-goûts se tiendront en amont de la manifestation dans 16 communes autour de Montpellier trois mois avant le grand week-end du 27 au 29 mai sur la Comédie. Une dizaine de rencontres d’auteurs sont programmées dans des lieux patrimoniaux et le réseau des médiathèques métropolitain pour mieux se familiariser avec la littérature italienne à l’honneur cette année.

En actant le transfert de La Comédie du livre et des jumelages de la ville à la Métropole, le maire de Montpellier Philippe Saurel poursuit la construction d’une réflexion centrée sur la cohérence économique à moyen et long termes. Il a annoncé hier que le jumelage avec Palerme sera signé lors de l’événement, indiquant que le choix de la thématique italienne était le fruit de cette volonté.

Dynamique spatiale impensée

Le processus de métropolisation s’inscrit dans la réforme territoriale et au-delà, dans un mouvement de concentration des réseaux de l’économie mondiale. Il évolue en France au détriment des communes et des départements en modifiant l’ancrage local. Il pose aussi de réelles problématiques, politiques et démocratiques comme il questionne les dimensions sociale et culturelle.

L’incontestable qualité de programmation de La Comédie du livre devrait cependant résister à ce choc espace temps. De grands noms de la littérature italienne sont attendus comme Claudio Magris, Erri De Luca, Luciana Castellina, Milena Agus. La Carte blanche est confiée cette année à Maylis de Kerangal, qui invite des fleurons du renouveau littéraire hexagonal tels : Olivia Rosenthal, Olivier Roch, Jerôme Ferrari. Enfin les excellentes éditions Verdier débarquent avec dix de leurs auteurs. De quoi donner matière à réflexion.

JMDH

Source : La Marseillaise 11 01 2016

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Groupe d’édition Wolters Kluwer: la justice reconnaît une restructuration « frauduleuse »

La cour d'appel de Versailles sous bonne garde policière, le 4 juin 2014 afp.com/THOMAS SAMSO

Versailles – La cour d’appel de Versailles a condamné la branche française du géant de l’édition professionnelle Wolters Kluwer pour avoir mené en 2007 une restructuration « frauduleuse » à l’aide d’un montage financier sur fond d’optimisation fiscale.

Cette restructuration a eu des conséquences « importantes« : les salariés sont depuis privés de participation annuelle.

A l’origine de cette décision rendue mardi, un litige qui remonte à 2007: cette année-là, la branche hexagonale du groupe de presse et d’édition néerlandais Wolters Kluwer, présent dans 170 pays, décide de fusionner plusieurs sociétés – dont le Groupe Liaisons, Lamy – qu’elle possède déjà.

Dans le cadre de cette restructuration, la filiale Wolters Kluwer France (WKF) contracte un emprunt de 445 millions d’euros sur quinze ans auprès de la maison-mère Holding Wolters Kluwer France (HWKF), à des taux peu compétitifs. L’opération baptisée « Cosmos » n’est pas sans douleur: l’endettement plombe les comptes de WKF et de fait, réduit à néant la participation des salariés, qui avoisinait 5 millions d’euros par an.

In fine, l’opération « Cosmos » avait permis de générer 555 millions d’euros de dividendes, orientés vers la maison-mère Wolters Kluwer N.V., aux Pays-Bas, où le régime fiscal est plus avantageux qu’en France.

Plus de sept ans après le début de leur combat judiciaire, la cour d’appel de Versailles a donné gain de cause aux syndicats – CGT, CFDT, Confédération nationale du travail et Syndicat national des journalistes (SNJ) – qui demandaient que la restructuration soit déclarée « inopposable » aux salariés de WKF. En janvier 2015, le tribunal de grande instance de Nanterre les avait déboutés.

Dans son arrêt consulté par l’AFP, la cour d’appel a constaté pour sa part que les sociétés WKF et HWKF avaient « sciemment dissimulé » les conséquences négatives de l’opération « Cosmos » « par des manoeuvres frauduleuses » tenant à la fois à l’absence de communication au comité d’entreprise de la documentation comptable et à « un discours trompeur« .

La cour d’appel a désigné un expert chargé d’évaluer avant décembre le montant de la participation que les salariés pouvaient escompter entre 2007 à 2015. En revanche, les magistrats, soulignant un préjudice d’avenir incertain, ont rejeté la demande des syndicats qui réclamaient une réserve pour la période 2016-2022.

Les sociétés WKF et HWKF devront payer 10.000 euros de dommages et intérêts à la CGT et, WKF, la même somme aux trois autres syndicats. Le syndicat SNJ a salué une « victoire du pot de terre contre le pot de fer« .

« Au-delà des salariés de WKF, cette décision de justice, inédite, fait date dans un contexte où les stratégies d’évitement fiscal des multinationales heurtent de plus en plus les citoyens« , a réagi la CGT dans un communiqué.

Contactée par l’AFP, la direction de Wolters Kluwer France s’est refusée à tout commentaire et n’a pas précisé si elle entendait déposer un recours.

Source AFP 03/02/2016

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François Hollande contraint Carole Delga au cumul des mandats…

Carole Delga, présidente de la Région LRMP à la tribune de l’Assemblée Nationale

Carole Delga, présidente de la Région LRMP à la tribune de l’Assemblée Nationale

François Hollande a la tête dans le dernier remaniement ministériel de son quinquennat. Selon une source proche du gouvernement, il pourrait intervenir demain, jeudi 11 février. Mais ce n’est pas la seule préoccupation de l’Elysée.

Le chef de l’Etat se soucie également du mandat parlementaire de Carole Delga. L’Elysée demande que la présidente de Région continue à cumuler. C’est en tout en cas la version qui circule dans l’entourage de la présidente-députée.

« Je veux bien mais je ne peux pas. Le Château (NDRL l’Elysée) est contre ». Selon plusieurs sources concordantes, c’est (en substance) le discours de Carole Delga. La présidente de Région voudrait suivre l’exemple de son prédécesseur midi-pyrénéen, Martin Malvy. Elle se dit prête à se consacrer exclusivement à son mandat régional. Peut-être conserver le poste de 1ère adjointe de la mairie de Martres-Tolosane. Mais la présidente de Région aurait envie de garder les deux pieds sur le terrain local.

Une envie qui se heurterait à un « diktat » élyséen. Pas question de créer un précédent (valables pour d’autres cumulards). Pas question de prendre le risque d’élections législatives partielles. Depuis le début du quinquennat, toutes les partielles (sauf une) ont été perdues par la majorité présidentielle. Inutile d’en rajouter.

Bref, pour le salut du PS et dans l’intérêt supérieur de l’Elysée, Carole Delga doit se sacrifier. Tant pis si ce même parti socialiste et ce même Elysée ont adopté le 22 janvier 2014 une loi anti-cumul. Heureusement, le texte n’est applicable qu’en… 2017. D’ici là une éventuelle alternance pourrait régler le problème. En cas de victoire à la prochaine présidentielle, la droite parle d’une abrogation. En coulisses, certains socialistes ne sont pas vraiment affolés par cette perspective. Au contraire.

En attendant, une partielle sur ses terres Commingeoises n’inquiète pas Carole Delga. Si, par miracle, l’oukaze de François Hollande est levé, la présidente de Région est confiante. Elle estime que son ancienne circonscription resterait entre les mains du PS. Suppléante du candidat en piste, elle parie sur un score autour de 60%.

Mais tous les cumulards n’ont pas la chance de Carole Delga. Alain Rousset (député et président de la Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes) et même des présidents de départements (Philippe Martin président du Gers et député, Thierry Carcenac sénateur et président du Tarn) pourraient être victime d’une « jurisprudence Delga ».

Le problème des élections (partielles ou non), ce sont souvent les électeurs.

Le principe de précaution défendu par l’Elysée et « imposé » à Carole Delga ne règle pas le fond du dossier : la présidente de Région continue à être députée. Vu de Toulouse et Montpellier, c’est la seule chose qui compte.

La double casquette « députée-présidente de Région » continue à faire « jaser » dans les rangs socialistes. Un élu confie : « J’aime beaucoup Carole et je l’ai  toujours soutenue pendant sa campagne mais quand je la vois aux questions au gouvernement du mardi je me dis ça va pas. Il y a assez de travail à la région sans avoir besoin d’être à l’Assemblée« .

Un autre socialiste ajoute : « la gauche est donneuse de leçon (NDLR sur la question du cumul) et l’exemple vient de là ou on ne l’attendait pas, de la droite avec la démission de Christian Estrosi et de Xavier Bertrand ».

Ces responsables socialistes peuvent se consoler.

Carole Delga est en mission commandée par l’Elysée. Sans parler des barons que son mandat parlementaire protège.

En bon français, cela s’appelle « avoir le sens du sacrifice ».

Laurent Dubois

Source : France 3 Midi-Pyrénnés 10/02/2016

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