Dans les « bibliothèques clandestines » du Net

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Corne d’abondance pour les uns, cauchemar pour les autres, ces sites peuvent contenir jusqu’à un million de textes piratés.

Ces sites sont discrets. Pour y accéder il faut connaître leur nom car ils n’apparaissent pas dans les résultats de recherche. Les adresses s’échangent entre amis, collègues et passionnés.

En anglais, on les appelle joliment des « bibliothèques de l’ombre », des « shadow libraries ». Corne d’abondance pour certains, cauchemar des ayants droit, ce sont des sites web où l’on trouve des milliers et des milliers de livres numériques sous toutes leurs formes – des PDF, des ebooks, des epubs.

Les pirates lambdas

Illégal, le téléchargement de contenus protégés par le droit d’auteur est malgré tout entré dans nos vies numériques quotidiennes.

Dans celles de Paul et Sergio par exemple. Deux hommes gentils, globalement respectueux des lois. Sauf du droit d’auteur. Paul, prof d’allemand en prépa à Toulouse, explique  :

« Je pirate pour le travail, parce que j’ai souvent besoin de comparer des versions allemandes et françaises du même texte. Les textes sont difficiles à trouver et ils coûtent cher. »

Sergio, thésard en lettres, dit pirater régulièrement sur Sci-Hub :

« C’est surtout pour des bouquins universitaires, souvent vraiment trop cher ou carrément indisponibles pour achat, et difficilement consultables dans des bibliothèques. Et je n’aime pas aller en bibliothèque et n’en ai pas toujours l’occasion. »

Et donc il cherche dans les bibliothèques clandestines du Web.

« Sur Sci-Hub ou Bookfi, par exemple. Eux changent souvent d’adresse, mais on peut les trouver en faisant des recherches sur Google. »

Ces deux sites sont déjà assez connus. Pour ne pas attirer d’ennuis aux autres initiatives évoquées dans cet article ainsi qu’aux personnes qui ont bien voulu témoigner, nous avons pris la décision de changer certains noms.

Les débuts russes

Si Paul et Sergio peuvent trouver autant de merveilles à lire, c’est en partie grâce aux Russes. Dans les années 1990, les universitaires et chercheurs, échaudés par les décennies de censure soviétique mais aussi rompus aux pratiques du marché noir des livres et à l’auto-publication clandestine avec les samizdats, universitaires et chercheurs ont mis en ligne des articles et des textes, sur des réseaux privés.

Lib.ru, créé en 1994, et toujours visible en ligne, est l’un des sites alors les plus connus. Mais il est maintenu par une seule personne, un Russe appelé Maxim Moshkov.

Mais la centralisation rend les sites vulnérables  : si la personne qui maintient le site se lasse, ou que son serveur est attaqué, c’est tout le site qui disparaît.

Gigapédia, modèle décentralisé

Les bibliothèques en ligne de la génération suivante passent donc à un modèle plus souple, décentralisé. Gigapédia, qui est vers 2009-2010 la plus grande de ces bibliothèques pirates et la plus fréquentée, est ainsi maintenue par des Irlandais, sur des domaines enregistrés en Italie et dans le pays insulaire de Niue et des serveurs en Allemagne et en Ukraine.

Pour donner une idée de son activité, Gigapedia aurait à son apogée accueilli plus de 400 000 livres et, selon un rapport de l’association américaine des éditeurs, International Publishers Association (IPA), gagné « environ 8 millions d’euros de revenus, provenant de la publicité, des dons et des comptes premium ».

Mais le site est victime de son succès. L’IPA l’attaque, et les administrateurs du site sont identifiés grâce à des factures PayPal. Le site est fermé, réjouissant les éditeurs et laissant dans son sillage des internautes au cœur brisé. Lawrence Liang, chercheur chinois installé en Inde, se souvient de la « peine collective » :

« Library.nu, initialement Gigapedia, avait soudain réalisé le rêve de la bibliothèque universelle. Quand la bibliothèque a fermé, en février 2012, elle comptait près d’un million de livres et près d’un demi-million d’utilisateurs actifs. La fermeture du site a bouleversé des bibliophiles du monde entier.

Ce que fut pour le monde l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, on peut se le figurer en voyant la peine collective que représenta la fermeture de library.nu. »

Les bibliothèques pirates ont tiré des leçons de la chute de leurs prédécesseurs : elles évitent la publicité (les gens qui m’en parlent les nomment d’ailleurs par des périphrases « le site russe », « un site argentin ») et, surtout, essaient au maximum de décentraliser leur architecture.

« Aleph » : 1,2 million de documents

« Aleph », (pseudonyme choisi par des chercheurs qui l’étudient), est aujourd’hui l’une des plus importantes de ces bibliothèques clandestines. Selon des chercheurs américains, le site et ses miroirs reçoivent près d’un million de visiteurs uniques par jour. Et son budget annuel est d’environ… 1 900 dollars.

« Aleph » est complètement décentralisée. N’importe qui peut non seulement télécharger les livres mais aussi la base de données du site ainsi que le code de son serveur. Ce qui signifie que n’importe qui peut créer des « sites miroir » un peu partout sur le Web, et que le site devient donc extrêmement difficile à supprimer de la Toile, selon le principe de l’hydre.

Le chercheur Balázs Bodó, de l’université d’Amsterdam, qui a étudié « Aleph » pendant deux ans, estime qu’il s’y trouvait en 2014 environ 1,2 million de documents et que les gens y mettaient en ligne environ 20 000 documents par mois.

Il fait deux observations sur les contenus qu’on trouve sur le site :

  • Les deux tiers des contenus disponibles sur «  Aleph  » sont introuvables sur Kindle et Amazon. Ce qui signifie que ce sont des ouvrages impossibles, ou du moins très difficiles, à trouver légalement.
  • Les contenus les plus piratés sont  : de la grammaire anglaise, de la linguistique, de la philosophie et des mathématiques. Les contenus les moins piratés sont des titres de fiction anglo-saxonnes.

En d’autres termes, les gens qui utilisent « Aleph » viennent chercher du savoir et pas du divertissement. Comme le soulignent les chercheurs qui travaillent sur la question, l’idée d’avoir « des divertissements gratuits » n’est pas le cœur de la motivation des pirates.

« Inégalités d’accès au savoir »

Beaucoup considèrent les bibliothèques clandestines comme un élément essentiel pour redresser les inégalités d’accès au savoir entre pays du Nord et du Sud.

« Quand j’étais étudiante à l’université du Kazakhstan, je n’avais accès à aucun article de recherche. J’avais besoin de ces articles pour mon projet de recherche. Un paiement de 32 dollars est tout simplement délirant quand vous avez besoin de survoler ou lire des dizaines ou des centaines de ces articles pour votre recherche.

J’ai obtenu ces articles en les piratant. Plus tard, j’ai découvert qu’il y avait de très nombreux chercheurs (non pas des étudiants, mais des chercheurs universitaires) exactement comme moi, spécialement dans les pays en développement. »

La Kazakhe Alexandra Elbakyan explique ainsi à un juge américain pourquoi elle a fini par créer Sci-Hub, l’une des plus grandes bibliothèques clandestines du monde – plébiscitée par les étudiants et chercheurs et honnie par les éditeurs.

 

Beaucoup considèrent que les bibliothèques clandestines sont des éléments essentiels pour lutter contre les inégalités d’accès au savoir dans les pays en voie de développement, où les bibliothèques sont souvent rares, mal dotées et les textes récents longtemps indisponibles.

Pour eux les bibliothèques pirates sont essentielles, comme l’expliquait ce commentateur sur le site spécialisé

 

TorrentFreak, à la disparition de Gigapédia :

« J’habite en Macédoine (dans les Balkans), un pays où le salaire moyen tourne autour de 200 euros, et je suis étudiant, en Master d’Infocom. […] Là d’où je viens, la bibliothèque publique il ne faut même pas y penser. […] Nos bibliothèques sont tellement pauvres, on y trouve surtout des éditions qui ont 30 ans ou plus et qui ne parlent jamais de la communication ou d’autres champs scientifiques contemporains.

Mes profs ne font pas mystère d’utiliser des sites comme library.nu […] Pour un pays comme la Macédoine et pour la région des Balkans en général, C’EST UNE VERITABLE APOCALYPSE. J’ai vraiment l’impression qu’on est à deux doigts du Moyen-Age aujourd’hui. »

 

Sci-Hub, attaqué par les éditeurs, a rouvert et existe toujours. Sa fondatrice affirme qu’elle n’a jamais reçu de plainte des auteurs ou des chercheurs – seulement de l’éditeur Elsevier. Le site contourne d’ailleurs les protections installés par les éditeurs grâce à des mots de passe donnés par des chercheurs.

 

Le libre accès aux connaissances

Certains voient donc ces bibliothèques comme le fer de lance d’un mouvement plus large contre la privatisation du savoir et pour le libre accès aux connaissances.

Dans cette optique, le piratage devient de la « désobéissance civile » contre « la confiscation criminelle de la culture publique », comme l’écrivait le jeune Américain Aaron Swartz dans son « Manifeste de la guérilla pour le libre accès » :

 

« Nous avons besoin de récolter l’information où qu’elle soit stockée, d’en faire des copies et de la partager avec le monde. Nous devons nous emparer du domaine public et l’ajouter aux archives. Nous devons acheter des bases de données secrètes et les mettre sur le Web. Nous devons télécharger des revues scientifiques et les poster sur des réseaux de partage de fichiers. Nous devons mener le combat de la guérilla pour le libre accès. »

 

Peu de temps après, Swartz devenait une figure de martyr du libre accès aux connaissance : poursuivi en 2011 par le FBI pour avoir téléchargé des milliers d’articles universitaires protégés sur la base JSTOR et accusé d’avoir voulu les diffuser, il s’est suicidé avant le début de son procès.

 

 

Pas un vol, une libération ?

Mais l’idée d’un droit des lecteurs, d’un droit à la connaissance où le « piratage » est une réaction légitime face aux appropriations du savoir, est restée. Le « vol » devient alors de la « libération de contenus ».

En France, le collectif SavoirsCom1, qui milite depuis longtemps pour les « communs de la connaissance », estime que :

 

« La notion de vol n’a pas de sens concernant des objets immatériels, comme les articles scientifiques, qui constituent des biens non-rivaux pouvant être copiés et diffusés sans coût. »

 

Ils rappellent que les risques de la contrefaçon sont « disproportionnés » : trois ans de prison et 300 000 euros d’amende, soit autant qu’un homicide involontaire – et soulignent que l’accès libre aux résultats de la recherche bénéficie à tout le monde, pas seulement aux chercheurs :

« Les abonnements aux bases de données d’articles ont le gros défaut d’exclure les simples citoyens de l’accès aux résultats de la recherche. Or avec le développement de la science citoyenne, c’est devenu aussi un véritable enjeu. »

Les conservateurs amoureux

 

Mais certains « pirates » sont tout simplement des amoureux. Il suffit de lire les commentaires postés sur les sites, pour s’en apercevoir. Ainsi, sur un site américain, on peut tomber sur des échanges émerveillés, où des internautes remercient quelqu’un qui vient de mettre en ligne des éditions rares, allant de la philosophie antique à la poésie moderne. L’un d’eux s’exclame :

 

« C’est comme passer une petite porte et se retrouver devant un immense paysage, avec des montagnes, des rivières et même des villes scintillant dans le lointain. Je pourrais passer le restant de mes jours à contempler ces merveilles (…) La seule réponse appropriée semble être le silence velouté de Dieu. Merci. »

 

Car c’est une des dernières fonctions de ces bibliothèques : elles servent aussi à héberger des textes rares, difficilement trouvables ailleurs, qui disparaissent des rayons des librairies et des bibliothèques. C’est pourquoi certains chercheurs considèrent « le piratage de livre comme une forme de préservation des livres en pair à pair ».

 

 

« Pirate honteux »

Mais beaucoup d’autres piratent avec moins de lyrisme ou de détermination idéologique, un peu gênés aux entournures.

Ainsi Paul, le prof de Toulouse, se dit

 

« pirate honteux ». Depuis que son site de prédilection (argentin) a fermé, il s’est, en partie, tourné vers l’offre légale des éditeurs, qui permettent souvent de consulter les premiers chapitres sur leurs sites. Tout en continuant de pirater.

« Je me donne bonne conscience en me disant que je fais ça pour mon métier. Mais dans l’Education nationale, il y a une vraie hypocrisie concernant le droit d’auteur. On est très incités à utiliser les TIC et on finit toujours par utiliser des matériaux protégés. »

 

Sergio aussi évoque le piratage comme une solution provisoire en l’absence d’offre légale intéressante.

 

« Je me demande pourquoi il n’y a pas une sorte de flatrate pour tous les bouquins du monde online (comme Apple music pour la musique) – Je serais le premier à remplacer mon abonnement BNF par une somme fixe payée pour l’accès intégral online, ou à payer des sommes plus petites pour l’accès ponctuel à des livres spécifiques. »

 

Selon l’économiste Françoise Benhamou, le piratage est un phénomène qui existe dans les zones d’entre-deux, quand l’offre légale n’est pas encore suffisamment développée ou suffisamment intéressante pour que les gens se tournent réellement vers elle.

 

Les « bibliothèques de l’ombre » sont peut-être alors un phénomène transitoire, marqueur d’une époque où l’industrie culturelle n’a pas encore trouvé le bon modèle pour s’adapter à l’évolution radicale du monde du partage des connaissances et des œuvres.

 

Comme le dit Balázs Bodó :

 

« Ces bibliothèques clandestines ne sont pas près de disparaître. Elles sont inévitables, elles ont déjà un énorme impact un peu partout dans le monde, chez nous aussi. La seule question est  : sommes-nous prêts pour ce défi ou pas  ? »

 

Corne d’abondance pour les uns, cauchemar pour les autres, ces sites peuvent contenir jusqu’à un million de textes piratés.

 

Par Claire Richard

 

Source L’OBS 16/05/2016

 

Voir aussi : Actualité Internationale , Rubrique Education, rubrique Internet, rubrique Politique, Société civile, rubrique Société , Justice, Citoyenneté,

Assurance chômage: où en est la négo?

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Ce devait être le dernier rendez-vous des partenaires sociaux pour se mettre d’accord sur les nouvelles règles relatives à l’indemnisation chômage. Mais syndicats et représentants patronaux sont loin d’avoir trouvé un terrain d’entente.

Le sixième rendez-vous entre partenaires sociaux visant à définir les nouvelles règles d’indemnisation chômage s’est terminé ce jeudi soir… sans qu’aucun accord ne se dessine à l’horizon. Le point sur cette négociation qui n’en finit pas de diviser syndicats et organisations patronales, sur fond de contestation du projet de loi travail.

Qui est autour de la table?

Tout le monde. C’est-à-dire l’ensemble des organisations patronales et syndicales représentatives. Y compris le Medef qui, après avoir menacé de boycotter les négociations portant sur les règles de l’assurance chômage si le gouvernement ne modifiait pas le projet de loi travail, a bien pris place à la table des discussions. Et pour cause: si l’organisation patronale critique «un texte décevant qui n’aura pas d’impact sur la création d’emplois», elle a toutefois gagné sur un point: le gouvernement n’a pas inscrit dans la loi l’obligation de moduler les cotisations sur les contrats courts. Et ce alors qu’il s’agissait d’une promesse concédée par le Premier ministre aux organisations de jeunesse, début avril, pour calmer le mouvement de contestation.

Mais si les négociateurs du Medef sont bien assis autour de la table, certains dénoncent leur manque d’entrain. Dans un tweet, Sophie Binet, de la CGT, dénonce le «blocage» du Medef, dont l’objectif, explique-t-elle, est de «faire durer la négociation pour passer les festivals et le mouvement loi travail». Quant aux syndicats, en face, ils étaient également bien au rendez-vous. Même si la CGT a demandé, en début de réunion, une suspension de séance, avant de retrouver l’ensemble des partenaires sociaux.

Qu’est-ce qui coince?

Le sujet a déserté le projet de loi et l’Assemblée nationale. Mais il ne s’est pas éteint pour autant: la surtaxation des CDD, qui permettrait de gonfler les caisses de l’Unédic de plusieurs centaines de millions d’euros, selon FO, la CGT et la CGC, reste le dossier qui fâche. Côté patronal, le message n’a pas bougé d’un iota: pas question d’accepter la moindre hausse de cotisations patronales sur les contrats les plus courts. «Comme la loi n’aura aucun effet positif sur l’emploi, nous ne sommes pas enclins à envisager de charges supplémentaires sur le travail, quelle qu’en soit la forme», a coupé court Jean Cerutti, le négociateur du Medef. Problème, il s’agit de la principale revendication unanime des négociateurs syndicaux. D’où le résumé, un brin pessimiste, de Franck Mikula, de la CGC: «Le Medef n’a toujours pas de mandat pour augmenter les recettes, moi je n’ai pas de mandat pour faire autre chose qu’augmenter les recettes, donc on ne va pas pouvoir s’entendre très longtemps.» «On s’éloigne de la conclusion d’un accord», abonde Eric Courpotin (CFTC).

Si elles sont toutes d’accord sur le fond, les centrales syndicales proposent toutefois des scénarios différents: la CGT plaide pour une surcotisation générale, là où FO et la CGC sont favorables à un système de bonus-malus pénalisant les entreprises qui abusent des contrats courts. Quant à la CFDT et la CFTC, elles défendent une dégressivité des cotisations selon la durée dans l’emploi. Mais c’est sur un tout autre terrain que s’est aventuré, jeudi, en début de séance, l’Unédic (le gestionnaire de l’assurance chômage) qui a présenté un document aux partenaires sociaux. Ce dernier chiffre de 450 millions à 1,5 milliard d’euros les économies réalisables en modifiant le mode de calcul des allocations. Une option qui colle davantage aux aspirations du patronat. Mais qui se ferait «sur le dos des privés d’emploi», selon la CGT.

Où en est le dossier des intermittents du spectacle?

Jeudi après-midi, ils étaient plusieurs dizaines à occuper, à Paris, un des bâtiments de l’Autorité des marchés financiers (AMF) situé place de la Bourse. Preuve que la question de leur régime particulier, qu’ils entendent bien défendre, est loin d’être réglée. Organisée à l’appel, notamment, de la CGT spectacle et de la Coordination des intermittents et précaires (CIP), cette action visait à protester contre l’utilisation du 49.3 pour l’adoption de la loi travail et à faire pression sur la négociation en cours sur l’assurance chômage. Quelques heures auparavant, la CGT spectacle dénonçait «le chantage à la négociation assurance chômage» du Medef qui, à ce jour, n’a toujours pas validé l’accord signé le 28 avril par l’ensemble des représentants, syndicaux et patronaux, du secteur du spectacle. Or ce dernier, négocié pour la première fois «à part», doit toutefois recevoir l’aval des partenaires sociaux interprofessionnels pour être appliqué. Pour les intermittents, qui réclament l’application de l’accord dès le 1er juillet, il y a donc urgence à mettre la pression.

Quelles sont les prochaines étapes?

Le rendez-vous du 12 mai devait être le dernier avant l’entrée en vigueur d’une nouvelle convention Unédic au plus tard le 30 juin. Mais le respect de cette échéance semble aujourd’hui très hypothétique. Deux nouvelles réunions entre partenaires sociaux ont d’ores et déjà été inscrites à l’agenda, le 30 mai et le 14 juin. Mais pour beaucoup, cela ne suffira pas. D’autant qu’il ne suffit pas que syndicats et organisations patronales se mettent d’accord – ce qui est loin d’être gagné. Avant son entrée en vigueur, l’accord doit être traduit en convention puis être agréé par le gouvernement. Autant dire que le calendrier est plus que serré. Reste une solution: prolonger les règles actuelles au-delà du 30 juin, le temps de finaliser la négociation. Mais l’option est politiquement risquée. Car si elle s’éternisait, la discussion risquerait de venir polluer la campagne présidentielle qui arrive à grands pas.

 

Amandine Cailhol

Source Libération 12/05/2016

Pour Snowden, le mot « terrorisme » paralyse les journalistes

Edward Snowden en téléconférence en mars 2014

Edward Snowden en téléconférence en mars 2014

Des journalistes nécessaires mais souvent pas assez méfiants envers les pouvoirs publics, une concurrence qui amène les médias à ne pas traiter une info : comment Edward Snowden voit la presse et ses acteurs.

Un lanceur d’alerte a par nature des relations avec la presse et des journalistes – le procès Luxleaks sur l’évasion fiscale au Luxembourg l’illustre encore ces jours-ci.

Comment le premier voit-il les seconds, le rôle de la presse et de ceux qui la font ?

C’est ce qu’a demandé à Edward Snowden la journaliste Emily Bell, en décembre 2015, pour un livre à paraître cette année, «  Journalism After Snowden  : The Future of the Free Press in the Surveillance State  ».

La Columbia Journalism Review vient d’en publier une partie, dont voici des points forts.

 

Concurrence toxique entre médias

Edward Snowden constate que quand le Guardian a révélé l’affaire de la NSA, la concurrence a eu un effet négatif  : lorsqu’il y a un bénéfice pour un média concurrent, même si ce serait également à l’avantage du public, «  les institutions [médias, ndlr] deviennent moins désireuses de servir le public à leur détriment  ».

«  Il y a des choses que nous avons besoin de savoir, des choses importantes pour nous, mais nous ne sommes pas autorisés à les connaître, parce que le Telegraph ou le Times ou n’importe quel autre journal à Londres décide que, parce que c’est l’exclusivité de quelqu’un d’autre, on ne va pas le rapporter.

A la place, nous ferons de la “ contre-narration ”. Nous irons tout simplement demander au gouvernement un commentaire et nous le publierons sans nous poser de question, parce que c’est notre contenu exclusif.  »

 

 

Réseaux sociaux : toucher le public

Des outils comme Twitter permettent de toucher directement un public, note l’ancien sous-traitant de la NSA, dont le compte ouvert en septembre 2015 a maintenant 2,05 millions d’abonnés.

My first long form essay, On Resistance : https://t.co/lMdMFVyjuI pic.twitter.com/o4iTzKxicC

— Edward Snowden (@Snowden) 3 mai 2016

Le rôle de filtre des médias peut ainsi être parfois contourné, mais pas toujours à bon escient – Snowden cite Donald Trump comme «  acteur malveillant  » qui tourne à son avantage cet accès direct au public.

Mais la presse garde son utilité, estime Snowden, y compris dans son emploi et ses vérifications via Twitter. Si le directeur du FBI fait un commentaire inexact, «  je peux faire du fact-checking et dire que c’est faux. Mais à moins qu’une entité avec une plus grande audience, par exemple une institution de presse établie, le voit elle-même, la valeur de ces remarques reste minimale ».

 

 

Le terrorisme, mot magique

Depuis le 11 Septembre, déplore Snowden, la presse répugne à montrer le moindre scepticisme envers les affirmations gouvernementales, en particulier dès qu’on parle de terrorisme.

«  Si le mot “ terrorisme ” apparaît, les choses ne seront pas mises en question.  »

Et la presse avale trop souvent sans sourciller ce qu’on lui dit, ou est d’une prudence excessive.

Edward Snowden cite un article du New York Times sur les écoutes sans contrôle judiciaire lancées par George Bush, publié seulement fin 2005 alors qu’il était prêt dès octobre 2014, avant la réélection de Bush. Cette élection s’était jouée avec une faible marge, souligne Snowden, et si l’article était sorti avant, cela aurait peut-être changé son résultat.

 

 

Rien de neuf  ?

Il y a eu une réaction blasée du journalisme tech et de la presse sur la sécurité nationale, se souvient le lanceur d’alerte, lors de ses révélations de 2013 sur l’énorme collecte de données réalisée par les services américains. La réaction a souvent été « ça n’a rien de nouveau  ». Pour Snowden, c’était une forme d’orgueil de ces journalistes, une façon de dire «  nous sommes des experts, on savait que ça se produisait ».

«  Dans beaucoup de cas, ils ne le savaient en fait pas. Ils savaient que les capacités de le faire existaient, ce qui est différent.  »

En 2006, des articles sont sortis sur la collecte massive de données sur Internet et de métadonnées. Pourquoi n’ont-ils pas eu le même impact que les révélations de Snowden trois ans plus tard  ? «  Parce qu’il y a une différence fondamentale quant à l’impact d’une information entre connaître une possibilité, savoir qu’elle pourrait être utilisée, et le fait qu’elle l’est. En 2013, ce qui s’est passé c’est que nous avons déplacé le débat public d’allégations à des faits.  »

 

 

Capter l’attention

Il y a de plus en plus de publications qui se battent pour capter l’attention limitée du public. «  C’est pourquoi nous avons une hausse de publications hybrides, comme un BuzzFeed, qui produit juste un énorme tas de déchets  », avec des contenus «  fabriqués spécifiquement pour obtenir plus d’attention, même s’ils n’ont aucune valeur pour le public.  »

Snowden concède que ces publications commencent à produire aussi des actualités et de l’information journalistique à côté des listes de « dix photos de chatons adorables  ».

«  Ce n’est pas une critique d’un modèle particulier, mais l’idée ici est que le premier clic, le premier lien, occupe l’attention. Plus nous lisons sur quelque chose, plus cela remodèle réellement notre cerveau. Tout ce avec quoi nous interagissons a un impact sur nous, une influence, cela laisse des souvenirs, des idées, des sortes d’expressions mémétiques que nous emportons, et qui forment ce que nous attendons du futur.  »

 

 

Indépendance et méfiance

Interrogé sur tout le travail qu’il a mené (que l’on voit en partie dans le documentaire «  Citizen Four  » de Laura Poitras) avec des journalistes, Snowden salue d’abord, chez Glenn Greenwald, son indépendance et sa méfiance envers les allégations.

«  Plus une institution est puissante, plus on doit être sceptique. Un journaliste, I.F. Stone, l’a dit autrefois  : “ Tous les gouvernements sont dirigés par des menteurs et on ne devrait rien croire de ce qu’ils disent. ”  »

Snowden mentionne ensuite la prudence envers ses sources  : des détails ont ainsi été publiés dans la presse sur ses méthodes de communication, qui jusqu’alors étaient secrètes. «  Mais les journalistes ne m’ont même pas prévenu, et d’un coup j’ai dû changer toutes mes méthodes à la volée. Ce qui s’est bien passé parce que j’avais la capacité de le faire, mais c’était dangereux.  »

Thierry Noisette

Source Rue 89  11/05/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Société Justice, rubrique Politique, Affaires, Monsieur Hollande, de quel côté êtes-vous ?, rubrique UE, Luxembourg, rubrique Médias,

 

Loi travail : échec de la motion de censure de gauche

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Les députés socialistes « frondeurs » n’ont pas réussi, mercredi 11 mai, à rassembler assez de signatures pour déposer une motion de censure de gauche contre le gouvernement : seuls 56 députés, sur les 58 nécessaires, se sont ralliés à ce projet.

Vingt-huit députés socialistes ou apparentés ont signé le document, dont les anciens ministres Benoît Hamon, Aurélie Filippetti et Thomas Thévenoud. La motion, lancée par le Front de gauche, a également été signée par dix écologistes de la sensibilité de Cécile Duflot, ainsi que par deux élus MRC et le député centriste Jean Lassalle. Ils y dénonçaient un projet de loi qui « comporte un risque grave d’atteintes aux droits des salariés et à notre modèle social » et accusaient le gouvernement de « bafouer » les droits du Parlement

Une seule motion de censure sera donc discutée jeudi après-midi à l’Assemblée, celle déposée dès mardi par Les Républicains et l’UDI.

Risque d’exclusion du Parti socialiste

« Il s’est passé quelque chose de grave, ce n’est pas anodin. L’intention de censurer le gouvernement n’est pas une intention banale », a réagi le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, interrogé sur l’échec, à deux voix près, de la motion de gauche. M. Le Roux n’a cependant rien voulu dire sur d’éventuelles sanctions contre les socialistes qui ont signé le texte. Plus tôt, il avait averti les frondeurs que « c’est une ligne rouge que de déposer ou voter une censure contre le gouvernement » et qu’un tel comportement entraînerait une exclusion du groupe et du Parti socialiste.

« C’est [aux frondeurs] de sortir [du PS] » et « ils ne le font pas, c’est un manque de courage patent et de responsabilité », a dénoncé de son côté un porte-parole du groupe PS, Hugues Fourage, proche du premier ministre. Invité mercredi de l’émission Questions d’info sur LCP en partenariat avec Le Monde, France info et l’AFP, le secrétaire d’État aux relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, a pour sa part fustigé l’état d’esprit « assez nihiliste » des frondeurs, dénonçant un jeu « un peu délétère qui affaiblit la gauche qui n’a pas besoin de ça en ce moment. »

Les frondeurs ont exclu de voter la motion de la droite, tout comme les écologistes, qui n’a guère de chance d’être adoptée. Les députés du Front de gauche ont en revanche fait savoir qu’ils apporteraient leur voix au texte de droite, comme ils l’avaient déjà fait en 2015 au moment de la loi Macron. Pour être adoptée, une motion de censure doit réunir la majorité absolue des suffrages des députés, soit 288 voix sur 574 (trois sièges sont actuellement vacants).

Dans ce contexte, de nouvelles manifestations sont prévues aujourd’hui à l’appel des sept syndicats opposés à la réforme du Code du Travail tandis que deux nouvelles journées de grève et de manifestations sont annoncées pour les 17 et 19 mai.

Source : Le Monde AFP, Reuter: 11/05/2016

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Politique, La liste des signataires, rubrique Document, On line, Loi travail : la motion de censure a-t-elle des chances de passer ?

Loi du travail. La motion de censure de gauche et la liste des signataires

Les députés« frondeurs » n’ont pas réussi,  à rassembler assez de signatures pour déposer une motion de censure de gauche contre le gouvernement : seuls 56 députés, sur les 58 nécessaires, se sont ralliés à ce projet.

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2-2d57167c0cVoir aussi : Actualité France, Rubrique Politique, rubrique Document,