Hortefeux juge «inadmissible» que Mélenchon accuse la police

La police en civile sur tous les fronts

Le président du Parti de Gauche a accusé les policiers d’«infiltrer» les manifestations. Des députés de gauche demandent une commission d’enquête parlementaire sur le sujet. Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a jugé mardi «inadmissibles» les propos du président du Parti de Gauche Jean-Luc Mélenchon qui a accusé les policiers d’«infiltrer» les manifestations.

Ces propos sont «tout simplement inadmissibles» et relèvent de «rumeurs indignes qui circulent sur internet et visent à salir l’honneur de la police», a dit le ministre qui recevait les syndicats pour «soutenir» les policiers mobilisés sur la voie publique lors du mouvement contre la réforme des retraites.

Selon le syndicat Synergie Officiers, Brice Hortefeux ne compte toutefois pas porter plainte, comme plusieurs organisations le lui avaient demandé.

«Le ministre estime que ce n’est pas opportun dans la mesure ou cela donnerait une caisse de résonance et une publicité à M. Mélenchon», a expliqué à l’AFP le secrétaire général de Synergie Officiers Patrice Ribeiro.

Jean-Luc Mélenchon avait dénoncé dimanche la «présence dans les cortèges de personnes infiltrées qui jettent des pierres, brisent des vitrines et ensuite sortent des brassards de police». «Qui donne de tels ordres? Je pense que le ministre de l’Intérieur est au courant», avait ajouté le sénateur.

«Brice Hortefeux préfère faire des déclarations fermes de soutien aux policiers. S’il le fait ce sera déjà une bonne chose, mais nous on aurait aimé des poursuites. On peut pas laisser dire n’importe quoi», a ajouté Patrice Ribeiro.

Demandant la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le sujet, les députés communistes et du parti de gauche ont évoqué des «doutes sérieux» sur «l’implication possible d’agents de la force publique dans les actes de violence dont ont été victimes des manifestants et notamment des jeunes».

AFP

Voir aussi : Rubrique Société Clichy :  Les policiers trompent les pouvoirs publics,

26 octobre 2010 : Une vidéo de l’agence Reuters prise dans une manifestation parisienne pose de nombreuses question sur l’attitude des policiers en civil dans les manifestations.

28 octobre 2010 :

La police a interpellé  jeudi un homme «proche des milieux anarchistes», dont des images diffusées sur internet avaient fait naître des soupçons sur la présence de policiers provocateurs dans les manifestations. Interpellé jeudi dans la matinée dans un squat du XXe arrondissement parisien par la Brigade de recherche et d’intervention (BRI), il a été placé en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire à Paris. L’individu interpellé serait celui qui donne le coup de pied, selon la même source.

«A Clichy-sous-Bois, les policiers ont trompé les pouvoirs publics»

Manifestation à la mémoire de Zyed Benna et de Bouna Traoré le 27 octobre 2007 à Clichy-sous-Bois. photo AFPS de Sakutin

Mes Mignard et Tordjman, avocats des familles, réagissent au renvoi de policiers en correctionnelle :

L’enquête aura duré cinq ans. Le 27 octobre 2005, trois jeunes poursuivis par la police se cachaient dans un transformateur EDF. Bouna Traoré, 15 ans, Zyed Benna, 17 ans, y décédaient électrocutés à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Le troisième, Muhittin Altun, 17 ans, s’en sortait grièvement blessé. Les juges d’instruction de Bobigny Claire d’Urso et Marc Sommerer ont ordonné, vendredi, le renvoi de deux policiers devant le tribunal correctionnel pour «non-assistance à personne en danger».

En septembre, le parquet avait requis un non-lieu en leur faveur. Mes Jean-Pierre Mignard et Emmanuel Tordjman, avocats des familles et du jeune Muhittin Altun, décryptent l’affaire.

Pourquoi l’enquête a-t-elle duré cinq ans, pour des faits apparemment assez simples ?

Les faits auraient été simples s’ils n’avaient pas été toujours contestés par une majorité de fonctionnaires de police concernés par l’intervention sur le site ce jour-là. Ayant menti, les policiers ont contribué à tromper les pouvoirs publics sur le sens de ce qui s’était passé. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, entérine les premiers rapports de police, qui sont par la suite complètement contredits par l’enquête de l’Inspection générale des services. Sur deux aspects majeurs : d’abord, il y a bel et bien eu course-poursuite jusqu’à un lieu très dangereux, à savoir le site électrique, et ensuite il n’y avait pas d’infraction à l’origine de cette course. Pendant trois ou quatre jours, toutes les autorités judiciaires et politiques continuaient à maintenir contre toute évidence qu’il n’y avait pas eu de course-poursuite. Or quatorze fonctionnaires de police avaient poursuivi les adolescents.

Est-ce qu’en s’emparant du dossier les politiques n’ont pas faussé le jeu et dessaisi le monde judiciaire ?

Dans ce dossier, comme dans celui de Villiers-le-Bel [où deux jeunes sont morts après avoir été renversés par une voiture de police en 2007, ndlr], le pouvoir politique avalise, en étant désinformé, les dires des fonctionnaires. Puis l’émeute est là. La question n’est plus du tout de connaître la vérité. Mais d’échapper à un discrédit public. Tout en sauvant la face des policiers. Dès le premier moment, seul le procureur de la République aurait dû s’exprimer, or le ministre de l’Intérieur lui confisque la parole. Nicolas Sarkozy a parlé avec légèreté, sans vérifier. Nous ne croyons pas qu’il ait voulu cautionner ce qu’il croyait être un mensonge. Le procureur n’ouvre pas d’information, et il est dessaisi au profit de sa hiérarchie, et du ministre de l’Intérieur et son directeur de cabinet, Claude Guéant. Désigner un juge, c’était déjà reconnaître que la thèse policière n’était pas si certaine que cela.

Mais, quand il a été informé, le ministre de l’Intérieur n’a pas rectifié…

Huit jours après, nous le rencontrons avec les familles, il est en possession de l’enquête menée par l’Inspection générale des services. Il attire notre attention sur le fait que les policiers ont pris position à l’entrée du cimetière de Clichy.

Il reconnaît l’encerclement…

La course-poursuite… c’est-à-dire la BAC [brigade anticriminalité] qui poursuit les adolescents, et l’unité de police qui prend position au cimetière et leur barre la route. Pour échapper à la police, les jeunes n’avaient donc plus d’autre solution que de pénétrer sur le site EDF qui est à côté du cimetière. Ce jour-là, Nicolas Sarkozy nous annonce, mais l’émeute s’est étendue sur tout le territoire, qu’une information judiciaire va être ouverte. Le basculement intervient avec la retranscription partielle du trafic radio. On y découvre cette phrase d’un policier : «S’ils sont entrés sur le site, je ne donne pas cher de leur peau.» Cet élément contraint le pouvoir politique à ouvrir une instruction. Le soir de la nomination du juge, les émeutes s’arrêtent à Clichy. Un statut de victime est reconnu aux familles.

Ce statut de victime est toujours contesté par le parquet lorsqu’il requiert un non-lieu…

Aux familles ainsi qu’au survivant, Muhittin Altun. L’avocat d’un des policiers a même demandé sa mise en examen. C’était une vraie entreprise de destruction psychologique. Les juges, heureusement, ont balayé la demande. Muhittin Altun est dans un processus morbide, sans suivi psychiatrique, se demandant pourquoi il n’est pas mort. Lors d’une reconstitution, il découvrira aussi que les policiers de la BAC qui le contrôlent constamment dans la ville sont ceux qui l’avaient poursuivi en octobre 2005. Il ne le savait pas, mais les policiers si. La lenteur du parquet est elle aussi problématique dans ce dossier. Qu’est-ce qu’on attend ? Que les gens oublient ? Que Muhittin Altun disparaisse ? Que plus personne ne demande de compte ? C’est le choix de l’oubli qui a été fait par l’autorité de poursuite. Heureusement, les juges ont tenu bon.

Lundi, un policier a été mis en examen dans l’affaire Villiers-le-Bel…

On peut espérer que c’est l’amorce d’une prise de conscience de ce que la restauration de la loi dans les quartiers passe aussi par la prise en considération de la souffrance des jeunes et de leurs familles, et que l’on ne doit pas systématiquement mépriser leur parole lorsqu’elle est mise en balance avec celle des fonctionnaires de police.

Libération

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Wikileaks publie 400.000 documents secrets sur la guerre en Irak

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109.032 morts en Irak dont plus de 60% de civils

La coalition internationale a torturé des prisonniers irakiens et fermé les yeux sur des exactions commises par les forces irakiennes, a affirmé vendredi le site WikiLeaks, en publiant près de 400.000 documents secrets de l’armée américaine sur la guerre en Irak. «L’administration Obama a l’obligation (…) d’enquêter» sur ces révélations, a jugé le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, Manfred Nowak.

Après des semaines de suspense, le site spécialisé dans le renseignement a commencé à diffuser vendredi soir 391.831 documents qu’il a présentés comme «la plus grosse fuite de documents militaires secrets de l’Histoire». Les documents mettent en évidence «de nombreux cas de crimes de guerre qui semblent manifestes de la part des forces américaines, comme le meurtre délibéré de personnes qui tentaient de se rendre», accuse le site dans un communiqué.

Ces documents révèlent «la vérité» de la guerre en Irak, a déclaré le fondateur du site Julian Assange, samedi lors d’une conférence de presse à Londres. WikiLeaks évoque aussi le comportement de soldats américains «faisant sauter des bâtiments entiers parce qu’un tireur se trouve sur le toit».

Tortures

Les documents révèlent «plus de 300 cas de torture et de violences commis par les forces de la coalition sur des prisonniers», ajoute WikiLeaks, qui a aussi dénombré plus d’un millier d’exactions de la part des forces irakiennes. «On parle de cinq fois plus de morts en Irak, un vrai bain de sang comparé à l’Afghanistan», a déclaré sur CNN le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, jugeant que «le message de ces dossiers est puissant et peut-être un peu plus facile à comprendre que la complexe situation en Afghanistan».

L’AFP a pu consulter une partie des documents à Londres avant leur diffusion sur internet. Une grande partie des textes sont expurgés des noms pouvant mettre en danger des personnes, a expliqué WikiLeaks. WikiLeaks a également remis à l’avance ses documents à plusieurs médias internationaux comme le New York Times, le Guardian, le Monde, Der Spiegel et la chaîne Al-Jazira, qui a la première révélé leur contenu.

15.000 décès de civils non révélés

Selon la chaîne de télévision du Qatar, l’armée américaine a «couvert» des cas de torture de détenus par les autorités en Irak, où des centaines de civils ont en outre été tués à des barrages tenus par les alliés. Au vu des documents, «les autorités américaines n’ont pas enquêté sur les centaines de cas de violences, tortures, viols et mêmes des meurtres commis par des policiers et des militaires irakiens», écrit le Guardian.

Selon le communiqué de WikiLeaks, les documents secrets couvrent la période du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2009, après l’invasion américaine de mars 2003 qui a renversé le régime de Saddam Hussein.

Les documents révèlent que le conflit a fait 109.032 morts en Irak, selon le communiqué, qui précise que plus de 60% sont des civils, soit 66.081 personnes. Sur ce total, 15.000 décès de civils n’avaient jusqu’à présent pas été révélés, selon WikiLeaks.

Nouveaux cas impliquant la société Blackwater

Ces chiffres montrent «que les forces américaines disposaient d’un bilan recensant morts et blessés irakiens même si elles le niaient publiquement», a relevé Al-Jazira. Un bilan américain publié officiellement fin juillet faisait état de près de 77.000 Irakiens civils et militaires tués de 2004 à août 2008.

Selon Al-Jazira, les documents font également état de liens entre le Premier ministre irakien sortant Nouri al-Maliki et des «escadrons de la mort» qui semaient la terreur au début du conflit. D’autres documents «révèlent de nouveaux cas impliquant (l’ancienne société de sécurité américaine privée) Blackwater dans des tirs contre des civils», sans qu’aucune charge ne soit retenue contre elle.

«L’administration Obama a l’obligation d’enquêter»

Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, Manfred Nowak, a appelé le président américain Barack Obama à lancer une enquête sur les cas de torture révélés dans une série de documents de l’armée américaine publiés vendredi par le site WikiLeaks.

«L’administration Obama a l’obligation, quand surgit des accusations sérieuses de torture contre un responsable américain, d’enquêter et d’en tirer les conséquences… Cette personne devrait être traduit en justice», a déclaré M. Novak sur la radio BBC 4.

M. Nowak a cependant reconnu qu’il ne pourrait s’agir que d’une enquête américaine. Des poursuites par la Cour pénale internationale (CPI) ne sont pas possibles car les Etats-Unis ne reconnaissent pas la cour, a-t-il admis.

Au cours de la même conférence de presse, un responsable de WikiLeaks, Kristinn Hrafnsson, a annoncé la diffusion prochaine de nouveaux documents militaires américains, sur la guerre en Afghanistan cette fois.

AFP

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Une sévère cure d’austérité pour les Britanniques

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Pour éviter la faillite publique, le gouvernement britannique a annoncé mercredi des mesures d’austérité drastiques. Les prestations sociales seront réduites et près d’un demi-million de postes seront supprimés dans le service public.  Les commentateurs jugent cette politique dure, injuste et extrêmement dangereuse pour l’économie.

The Guardian – Royaume-Uni

Les coupes mettent la relance en péril

Avec le programme d’austérité, le chancelier de l’Echiquier George Osborne mise tout sur une seule carte, écrit le quotidien de centre-gauche The Guardian, qui estime toutefois que ce jeu pourrait mal se terminer avec l’économie : « Osborne a besoin que suffisamment de gens avalent la petite histoire de la coalition, selon laquelle le Labour aurait ruiné l’économie et créé un déficit auquel la seule réponse serait une cure d’austérité, prescrite de façon relativement équitable. D’après les sondages, c’est l’opinion qui domine aujourd’hui. Mais sur la durée, l’opinion publique se basera sur la perspective d’une véritable relance économique ces quatre prochaines années, afin qu’Osborne ou son successeur soit en mesure de déclarer en octobre 2014 que le remède a été efficace, et qu’une période favorable – et une réélection en 2015 – se profilent. … Ce programme d’austérité est l’œuvre d’un parieur. Un Chancelier ne peut pas retrancher 81 milliards de livres de l’économie, à l’image d’Osborne, sans porter atteinte au pays. Ce sera un pays différent dorénavant. » (21.10.2010)

Aamulehti – Finlande

Du sang, de la sueur et des larmes

En procédant aux plus lourdes coupes budgétaires depuis la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre britannique David Cameron s’inscrit dans la lignée de Winston Churchill, écrit le quotidien Aamulehti. Mais le risque d’échec est grand : « Alors que la Grande-Bretagne luttait pour son existence au début de la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre de l’époque, le conservateur Winston Churchill, ne mâchait pas ses mots dans son premier discours en tant que dirigeant du gouvernement de guerre, à un moment extrêmement difficile. ‘Je n’ai rien d’autre à vous offrir que du sang, du labeur, de la sueur et des larmes’, déclarait-il dans son célèbre discours à la nation. En d’autres termes, il fallait accepter de nombreux sacrifices pour pouvoir espérer un avenir meilleur. … Les détails du programme d’austérité seront fortement contestés, dans la rue comme au Parlement. Mais ce qui importe, c’est l’influence qu’il aura sur l’avenir britannique. Même si l’opération est un succès, le patient y survivra-t-il ou laissera-t-il sa peau sur le billard ? C’est un pari dangereux, pour lequel le gouvernement Cameron a décidé de prendre tous les risques. » (21.10.2010)

Politiken – Danemark

Ne pas oublier le secteur financier

Après l’annonce du gouvernement britannique d’un programme d’austérité qui prévoit notamment des coupes dans les dépenses sociales, le quotidien progressiste Politiken espère des mesures tout aussi strictes pour le secteur financier : « La coalition libérale-conservatrice veut soumettre l’Etat-providence britannique à une cure d’austérité dramatique ; elle veut davantage épargner que stimuler. La reine aussi doit épargner, mais ce sont surtout le système social, l’Etat-providence, ainsi que les services publics, qui sont touchés. Avec pour résultat les plus grandes coupes budgétaires jamais imposées au secteur public depuis la Seconde Guerre mondiale. Si les Britanniques doivent avaler cette couleuvre, il faudra que le secteur financier, indubitablement à l’origine de la crise, soit plus fortement réfréné et contraint à assumer ses responsabilités. » (21.10.2010)

De Volkskrant – Pays-Bas

Cameron doit offrir des perspectives

Avec ses lourdes mesures d’austérité, le Premier ministre britannique David Cameron suit un cap bien plus rigoureux que ce à quoi s’attendait beaucoup de monde, estime le quotidien de centre-gauche De Volkskrant. Mais contrairement à l’ex-Premier ministre Margaret « Thatcher, qui voulait surtout briser le pouvoir des syndicats, Cameron tente de prêter à sa thérapie de choc une dimension idéaliste. A ses yeux, cette thérapie n’est pas seulement une amère nécessité économique, mais aussi une mesure qui va dans le sens de son projet de ‘Big Society’, où il est naturel que certaines tâches n’incombent plus à l’Etat mais aux citoyens, ceux-ci disposant ainsi d’un plus grand pouvoir de contrôle. Ce n’est pas une idée inintéressante, mais ce n’est pas non plus la panacée. Pour créer une base sociale suffisante acceptable pour ces lourdes atteintes, le Premier ministre devra offrir des perspectives nouvelles et plus claires. » (21.10.2010)

Selon Merkel, le modèle multiculturel en Allemagne a « totalement échoué »

Le débat sur l’immigration enflamme la droite allemande

patrice_nouveau_single1 » L’Allemagne manque de main d’oeuvre qualifiée et ne peut pas se passer d’immigrants, mais ceux-ci doivent s’intégrer et adopter la culture et les valeurs allemandes, a insisté Angela Merkel dans un discours devant les Jeunesses de sa formation conservatrice. Le credo « Multikulti » (multiculturel) – « Nous vivons maintenant côte à côte et nous nous en réjouissons » – a échoué, selon elle. « Cette approche a échoué, totalement échoué », a martelé la chancelière. La classe politique a condamné les thèses de Thilo Sarrazin, mais selon les sondages une majorité des Allemands les approuvent. Une étude publiée cette semaine montre même que plus de 50 % d’entre eux tolèrent mal les musulmans. Plus de 35 % estiment que l’Allemagne est « submergée » par les étrangers et 10 % que l’Allemagne devrait être dirigée « d’une main ferme » par un « führer ».

Dans son discours, Mme Merkel semblait ainsi ménager l’aile libérale de sa formation et l’aile conservatrice, incarnée par le chef de la CSU, Horst Seehofer. Ce dernier avait déjà lancé vendredi devant le même public: « Nous nous engageons pour la culture de référence allemande et contre le multiculturel. Le Multikulti est mort ».

« Démesuré, hypocrite et hystérique

Tout en affirmant que l’Allemagne restait un pays ouvert au monde, Angela Merkel a estimé: « Nous n’avons pas besoin d’une immigration qui pèse sur notre système social ». Cependant, le pays ne pourra faire l’économie de spécialistes étrangers même s’il forme des chômeurs allemands, a estimé la chancelière.

La coalition d’Angela Merkel est particulièrement divisée sur le thème de l’immigration, rappelle d’ailleurs la presse allemande dimanche. Les ministre du travail, de l’éducation et de l’économie ont ainsi tous pris le contre-pied des déclarations de Horst Seehofer, rapporte le Süddeutsche Zeitung. Ils estiment tous que les besoins en main d’œuvre de l’Allemagne plaident pour une ouverture — maîtrisée — à l’immigration.

« La chrétienté n’est pas une religion d’Etat, mais une affaire de conscience personnelle des citoyens » affirme également le secrétaire général du FDP, le parti libéral allié d’Angela Merkel, dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Zeitung. Christian Lindner regrette ainsi que dans le débat actuel « les vertus religieuses apparaissent plus importantes que celles républicaines ».

La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé samedi que le modèle d’une Allemagne multiculturelle, où cohabiteraient harmonieusement différentes cultures, avait « totalement échoué ». Le débat sur l’immigration divise l’Allemagne depuis la publication d’un pamphlet d’un haut fonctionnaire, Thilo Sarrazin, qui sous le titre « L’Allemagne se défait », affirme que son pays « s’abrutit » sous le poids des immigrés musulmans.

Horst Seehofer avait fait scandale une semaine plus tôt en déclarant que son pays n’avait « plus besoin d’immigrants de pays aux cultures différentes, comme les Turcs et les Arabes », car s’intégrer « est au final plus difficile » pour eux. Le chef du Conseil central des juifs d’Allemagne, Stephan Kramer, a estimé samedi que le discours tenu par M. Seehofer était « carrément irresponsable » et le débat sur l’intégration des immigrés « démesuré, hypocrite et hystérique ».

Selon le président de la chambre de commerce et d’industrie allemande, Hans Heinrich Driftmann, il manque à l’économie allemande environ 400 000 ingénieurs et personnels diplômés. « Cela nous coûte environ 1 % de croissance », a-t-il estimé dimanche dans le journal Welt am Sonntag.

Le Monde et AFP

Voir aussi : Rubrique Allemagne, lien externe, Grioo.com rubrique Finance Arroseurs arrosés, rubrique UE L’UE n’a aucune vision européenne, rubrique  France politique discours de Latran, rubrique Histoire La nuit de cristal,