Piratage de TV5 Monde : l’enquête s’oriente vers la piste russe

 L’enquête sur le piratage de TV5 Monde s’oriente vers la piste russe. L’enquête sur le piratage de TV5 Monde s’oriente vers la piste russe. Christophe Ena / AP

L’enquête sur le piratage de TV5 Monde s’oriente vers la piste russe. Christophe Ena / AP

La revendication publiée sur le site de TV5 Monde après son piratage début avril avait d’abord laissé penser que l’attaque trouvait sa source dans l’EI.

Après le piratage de TV5 Monde, survenu le 8 avril, les yeux des enquêteurs se tournent vers la Russie. C’est en tout cas en ce sens que convergent des indices récoltés par les enquêteurs de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), chargés des investigations techniques sur cette attaque d’envergure.

Des traces du passage des pirates ont été fournies, à la fin du mois d’avril, par l’Anssi à plusieurs grands médias. Elles correspondent, au moins en partie, à des attaquants qui ont déjà sévi dans le passé, selon les informations de L’Express, que Le Monde est en mesure de confirmer.

Si l’on en croit ces éléments, l’attaque ne proviendrait pas de l’Etat islamique, contrairement à ce que la revendication, publiée sur le site et sur les réseaux sociaux de TV5 Monde, laissait penser. Le mode opératoire et certaines traces spécifiques laissées par les pirates pointent vers un groupe de pirates russes bien connu des experts en sécurité informatique. Une source judiciaire a confirmé au Monde que l’enquête préliminaire s’orientait bien, à ce stade, vers des hackers russes, mais qu’il ne s’agissait encore que d’une piste de travail.

Le groupe désormais soupçonné de s’être introduit dans les infrastructures informatiques de TV5 Monde a plusieurs noms – en fonction de l’entreprise qui l’a analysé. L’entreprise américaine FireEye l’a appelé « APT28 », les Canadiens de la société qui développe des antivirus ESET lui ont donné le nom de « Sednit » et Trend Micro l’a baptisé « Pawn Storm » (« tempête de pions », par analogie avec une stratégie du jeu d’échecs).

Les experts de ces trois entreprises estiment tous, à des degrés divers, que ces groupes sont liés à la Russie. Trend Micro affirme avoir retrouvé la signature de « Pawn Storm » dans plusieurs attaques visant des cibles militaires aux Etats-Unis, mais aussi des opposants à Vladimir Poutine, des objectifs en Pologne et en Ukraine et des journalistes aux Etats-Unis…

Dans son rapport sur « APT28 », FireEye décrit « une équipe douée de développeurs collectant des informations sur les questions de défense et de géopolitique, engagés dans des opérations d’espionnage contre des cibles politiques et militaires ».

Joan Calvet, chercheur pour ESET, note une « accumulation » d’indices – des réglages de langue, des traces de russe dans le code ou d’horaires de création de certains logiciels –, qui le conduisent à estimer avec « un grand niveau de confiance que les développeurs de ce groupe ont le russe comme langue principale » et sont basés en Europe de l’Est.

Les chercheurs de FireEye sont les plus assurés quant à l’origine de ce groupe. Selon eux, ce dernier « reçoit un financement direct d’une organisation bien installée, très probablement un gouvernement ».

Mais il faut rester prudent, tant l’attribution précise d’une cyberattaque est délicate. On trouve en tout cas parmi les principales victimes du groupe les ministres de l’intérieur et de la défense de Géorgie et plusieurs organisations gouvernementales d’Europe de l’Est.

Mode opératoire

Les enquêteurs français de l’Anssi ont acquis davantage de connaissances quant au mode opératoire des pirates. Ils savent désormais que les pirates se sont approchés de TV5 Monde en s’abritant derrière un virtual private network (VPN — « réseau privé virtuel ») grand public. Les VPN sont, entre autre, un moyen de camoufler les connexions de manière à être moins traçable.

Ils sont arrivés dans le réseau de TV5 Monde dès la fin du mois de janvier, sur l’ordinateur d’un poste de production servant à contrôler les caméras sur le plateau, auquel ils ont réussi à accéder grâce à un mot de passe peu sécurisé d’un prestataire du groupe de télévision.

Ensuite, pendant plusieurs semaines et jusqu’à la date de l’attaque, les pirates ont exploré le réseau de TV5 Monde et mis en œuvre une technique rodée, appelée « élévation de privilèges » : ils ont gravi peu à peu les échelons à l’intérieur du réseau jusqu’à s’octroyer de très larges pouvoirs sur le réseau. Les enquêteurs pointent le rôle des prestataires, des entreprises externes à TV5 Monde qui avaient la main sur des portions critiques du système informatique du groupe de télévision.

Enfin, les pirates s’en sont pris ensuite à trois cibles : les réseaux sociaux, le site Internet et, surtout, les outils de production, nécessaires à la diffusion des images. Comme nous l’écrivions précédemment, les enquêteurs ont noté la grande sophistication des pirates, qui sont parvenus à endommager des matériels Cisco en détruisant des composants logiciels indispensables à leur bonne marche. Des multiplexeurs, des encodeurs et des « switchs » ont été pris pour cible, ainsi qu’un serveur de messagerie.

Par Damien Leloup et Martin Untersinger

Le Monde de l’Economie 09.06.2015

 

 

Le piratage de TV5 Monde revendiqué par un groupe djihadiste

 La page Facebook de TV5 Monde, le compte Twitter de TV5 Afrique et les antennes du groupe ont été attaquées par des pirates se réclamant du Cyber Caliphate. La page Facebook de TV5 Monde, le compte Twitter de TV5 Afrique et les antennes du groupe ont été attaquées par des pirates se réclamant du Cyber Caliphate. Capture d'écran

La page Facebook de TV5 Monde, le compte Twitter de TV5 Afrique et les antennes du groupe ont été attaquées par des pirates se réclamant du Cyber Caliphate. Capture d’écran

La revendication publiée sur le site de TV5 Monde après son piratage début avril avait d’abord laissé penser que l’attaque trouvait sa source dans l’EI.

Des documents présentés comme des pièces d’identité et des CV de proches de militaires français impliqués dans les opérations contre l’Etat islamique ont été publiés sur le compte Facebook de TV5 Monde.

Les chaînes, le site Web et plusieurs pages Twitter et Facebook du groupe télévisé français TV5 Monde ont été victimes mercredi 8 avril vers 22 heures d’une attaque informatique revendiquée par le groupe islamiste CyberCaliphate.

 

L’attaque qu’a subie @TV5MONDE est inédite et de grande envergure. L’enquête en dira plus très bientôt et nos antennes seront rétablies.

— Hélène Zemmour (@hzemmour)

La chaîne a dû interrompre ses programmes et rendre son site Internet inaccessible pour barrer la route aux pirates. Elle a repris le contrôle de ses pages sur les réseaux sociaux pendant la nuit, mais son site Internet est resté inaccessible jusqu’à jeudi en début d’après-midi.

Des programmes pré-enregistrés, mais pas de journaux

Quant aux émissions télévisées, « nous sommes en train d’essayer de restaurer nos onze chaînes avec leurs propres programmes » précise au Monde le directeur de la chaîne, Yves Bigot, jeudi en tout début de matinée :

« Depuis l’attaque, nous n’avons réussi qu’à diffuser un seul programme unique sur toutes les chaînes. Nous ne sommes toujours pas en mesure de produire nos propres journaux télévisés, nous ne diffusons que des programmes de stock enregistrés. Nous espérons surmonter cela en fin de matinée ou en début d’après-midi. »

« Nous sommes sous le choc, l’ambiance est morose. Il n’y aura aucun journal télévisé jusqu’à nouvel ordre. Peut-être celui de 18 heures, mais ça n’est même pas sûr » précise une source au sein de la rédaction. Tous les salariés de TV5 Monde ont l’interdiction de s’exprimer sur l’attaque subie par leur chaîne.

« Nos systèmes ont été extrêmement détériorés » par cette attaque « d’une puissance inouïe » et le retour à la normale « va prendre des heures, voire des jours », explique encore M. Bigot.

« On commence à analyser avec des experts qui sont venus sur place. La cyberattaque est d’une puissance majeure : nos systèmes de production sont puissants et sophistiqués et avaient été revus récemment. »

Le directeur de TV5 a assuré qu’une plainte serait déposée, « ne serait-ce que pour marquer cette attaque et puis pour éventuellement plus tard travailler avec des assurances ».

Un « véritable acte terroriste »

Pour Manuel Valls, ce piratage est une « atteinte inacceptable à la liberté d’information et d’expression ». Le premier ministre a affiché dans le même message son « soutien total à la rédaction ». La ministre de la culture Fleur Pellerin a qualifié cette attaque de « véritable acte terroriste » :

J’exprime tout mon soutien et ma solidarité aux équipes de la chaîne @TV5MONDE, victimes d’un véritable acte terroriste @YvesBigot

— Fleur Pellerin (@fleurpellerin)

Les services d’enquête français notamment l’Anssi, l’autorité en charge de la sécurité informatique des institutions sensibles se sont rendus sur place, mais ne peuvent pas encore se prononcer sur l’authenticité des documents d’identité diffusés et de l’identité des attaquants. En fin de matinée, le ministre de l’intérieur a indiqué qu’une enquête était ouverte, et que le gouvernement était « déterminé » à combattre « des terroristes déterminés ».

Selon une source judiciaire, l’enquête, dirigée par le parquet de Paris, vise des faits présumés d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, ainsi que d’accès, maintien frauduleux et entrave au fonctionnement d’un système de traitement automatique de données.

Menaces contre les militaires français

Durant la durée de l’attaque, de nombreux internautes ont constaté des anomalies sur les sites du groupe : apparition de l’en-tête noire et blanche du groupe Etat islamique, mais aussi publication de vidéos de propagande ainsi que de menaces envers des militaires français. Des documents présentés comme des pièces d’identité et des CV de proches de soldats français impliqués dans les opérations contre l’Etat islamique ont été postés sur le compte Facebook de TV5 Monde.

Un message accuse également le président français François Hollande d’avoir commis « une faute impardonnable » en menant « une guerre qui ne sert à rien ». « C’est pour ça que les Français ont reçu les cadeaux de janvier à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher », ajoutent les pirates, en référence aux attentats sanglants contre l’hebdomadaire satirique et le magasin, qui avaient fait 17 morts entre le 7 et le 9 janvier à Paris.

Le groupe CyberCaliphate est apparu début janvier. Il s’est notamment signalé par le détournement du compte Twitter du CentCom, le centre de commandement américain au Moyen-Orient et en Asie Centrale, puis en prenant le contrôle durant plusieurs minutes de celui de l’hebdomadaire américain Newsweek, en février. Deux attaques bien moins sophistiquées que celle qui a touché TV5 Monde.

Chaîne internationale de télévision francophone basée à Paris, TV5 Monde est reçue dans plus de 200 pays et territoires dans le monde.

Source : Le Monde avec AFP  9/04/2015

Voir aussi : Actualité Internationale, rubrique Politique, Affaire, Politique Internationale, rubrique International, rubrique Médias,   rubrique Société, Citoyenneté, Opinion, rubrique Internet, On Line, TV5 Monde, un piratage d’ampleur et de nombreuses zones d’ombre, TV5 Monde : les pirates ont infiltré la chaîne plusieurs semaines avant l’attaque ,

Combien de temps Netanyahu tiendra-t-il avec des Ayelet Shaked à ses côtés ?

La nouvelle ministre de la Justice, Ayelet Shaked

La nouvelle ministre de la Justice, Ayelet Shaked

La nouvelle ministre de la Justice cristallise à elle seule toutes les peurs et les colères de la communauté internationale, des Palestiniens et de la gauche.

Jamais un gouvernement israélien n’aura été autant de droite. Quelques jours à peine après la formation in extremis de son cabinet, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu semble déjà en bien mauvaise posture. Non seulement il ne dispose, pour l’instant, que d’un siège supplémentaire nécessaire à la majorité requise pour gouverner (61 sièges sur 120), mais il l’aura en plus chèrement payé.

En effet, il a dû offrir plus de portefeuilles que prévu aux partis ultraorthodoxes et de droite, qui lui ont pour ainsi dire tiré le tapis de sous les pieds. Le Likoud aura donc moins de sièges, sauf en cas d’un éventuel et de plus en plus probable amendement constitutionnel, censé intervenir dans les prochains jours (lire ici).

Il n’en reste pas moins que les grands gagnants des élections du 17 mars resteront les ultraorthodoxes (le Shass, la Liste unifiée de la Thora), le parti de centre droit (Koulanou) et le parti nationaliste religieux (le Foyer juif) de Naftali Bennett, qui a accepté de lui apporter le soutien de ses huit députés, quelques heures avant l’échéance qui aurait valu au président Reuven Rivlin de charger quelqu’un d’autre de former une coalition. Il faut dire les choses clairement : c’est bel et bien le chantage qui a permis au Foyer juif de se tailler la part du lion et de se retrouver avec les portefeuilles principaux, notamment celui de la Justice et de la présidence de la commission des Lois de la Knesset, un ministère de la plus haute importance et qui a été offert à… Ayelet Shaked.

« Petits serpents » palestiniens

Cette députée cristallise à elle seule toutes les peurs, toutes les appréhensions et toutes les colères de la communauté internationale, des Palestiniens et de la gauche israélienne. Résolument opposée à une solution à deux États, Ayelet Shaked s’est déjà fait remarquer à l’été 2014, quelques jours avant le début de l’opération « Protective Edge » à Gaza, qui a fait des milliers de victimes, en relayant sur sa page Facebook un article écrit en 2002 par l’ancien journaliste d’extrême-droite Uri Elitzur. Avant d’être retiré, l’article, qui a pour sujet les Palestiniens, avait entre-temps été lu et « liké » par des milliers d’internautes. En voici un extrait : « Ce sont tous des combattants ennemis, et leur sang devrait leur retomber sur la tête. Cela inclut également les mères de martyrs, qui les envoient en enfer avec des fleurs et des baisers. Elles devraient suivre leurs fils, rien ne serait plus juste. Elles devraient partir, tout comme les maisons dans lesquelles elles ont élevé les serpents. Sinon, d’autres petits serpents y seront éduqués. » Des mots glaçants, qui se passent littéralement de commentaires, et que Mme Shaked juge « encore d’actualité » quelque douze ans plus tard – une position qui donne le la d’un mandat qui s’annonce pour le moins tumultueux.

Au passage, le personnage n’est pas sans rappeler, même de très loin, une autre femme qui a, elle, profondément marqué la politique israélienne : Golda Meïr. L’ancienne Première ministre, la Thatcher avant l’heure du Proche-Orient, avait publiquement affirmé en 1969 : « Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre. » Sauf que, naturellement, n’est pas Golda Meïr qui veut.

Encore plus isolé

Ces dernières années, Israël a vu ses relations avec le reste de la communauté internationale, notamment avec les États-Unis, se dégrader progressivement, au fur et à mesure que les négociations sur le nucléaire iranien avançaient. Parallèlement, les Palestiniens ont marqué quelques victoires symboliques, dont une reconnaissance en novembre 2012 par l’Onu en tant qu’État observateur non membre, et le 1er avril 2015 par la Cour pénale internationale (CPI). Une droitisation progressive d’Israël s’avérait donc inéluctable, bien que certains observateurs ne donnent pas cher du gouvernement actuel, à la majorité trop minime, et donc trop précaire. S’il se maintient en l’état, le gouvernement de M. Netanyahu pourra-t-il durer, rester à l’abri de la plus petite crise interne ? Les pourparlers de paix avec les Palestiniens sont, semble-t-il, un projet mort-né, du fait du refus total des deux camps d’un compromis quel qu’il soit. Tout cela avec, en toile de fond, l’apathie presque absolue d’une grande partie de la communauté internationale, encore minée par la culpabilité d’une Shoah vieille de 70 ans et dépassée par des crises à répétition dans le monde, qui touchent désormais l’Europe.

Avec des ministres comme Ayelet Shaked à ses côtés, Benjamin Netanyahu ne devrait avoir aucun problème à se retrouver encore plus isolé qu’il ne l’est déjà sur la scène diplomatique. Même Avigdor Lieberman n’avait pas été aussi loin. Cela ne devrait toutefois pas avoir d’impact considérable sur la place de l’État hébreu dans le monde. Quelles que soient les composantes du nouveau gouvernement Netanyahu, Israël continuera de jouer dans la cour des grands. Mais à quel prix…

Samia MEDAWAR

Source L’Orient du Jour : 11/05/2015

Voir aussi : Actualité Internationale Rubrique Moyen Orient, Israël, Israël. Le coup de poker réussi de Nétanyahou, On line , (Lire aussi : La coalition de Netanyahu va au-devant de la défiance internationale, Israël s’engage à reverser aux Palestiniens près d’un demi-milliard de dollars),

L’Arabie doit enquêter sur les bavures présumées de la guerre au Yémen (HRW)

4bhbe4cdb09f7f76s_620C350L’annonce par l’Arabie saoudite de l’arrêt de ses frappes aériennes intensives au Yémen « ne met pas fin à ses obligations d’enquêter sur les violations présumées des lois de la guerre », a affirmé jeudi l’organisation Human Rights Watch (HRW).

Dans un communiqué, HRW, dont le siège est à New York, est revenue sur un raid qui a détruit une installation de l’organisation humanitaire Oxfam, faisant un mort non identifié, le 18 avril à Saada, fief de la rébellion chiite des Houthis dans le nord du Yémen. « Les gouvernements qui ont participé à l’attaque devraient enquêter de manière impartiale sur le raid aérien qui a frappé des marchandises civiles et une structure qui ne semble pas avoir été utilisée à des fins militaires », écrit l’organisation de défense des droits de l’Homme.

« Détruire un entrepôt d’un groupe humanitaire affecte de nombreux civils, pas seulement près du lieu de la frappe », souligne Joe Stork, directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord.

Le 26 mars dernier, l’Arabie saoudite a pris la tête d’une coalition comprenant au total neuf pays arabes, qui a mené des raids aériens pendant quatre semaines pour stopper les avancées de rebelles chiites Houthis, soutenus par l’Iran. Mardi, le gouvernement saoudien a annoncé que la phase intensive des frappes était « terminée », mais qu’il se réservait la possibilité d’intervenir de nouveau ponctuellement si des mouvements rebelles se faisaient menaçants.

Les bombardements de la coalition ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés parmi les rebelles mais aussi parmi les civils. HRW a notamment rappelé que des frappes aériennes avaient touché un camp de personnes déplacées le 30 mars dans le nord du Yémen (29 civils tués), ainsi qu’une laiterie le lendemain dans l’ouest (31 civils tués).

Source AFP 23/04/2015

Voir aussi :  Actualité Internationale :  Rubrique Moyen Orient, Arabie Saoudite, Yemen,

 

Les USA se rapprochent de l’Iran ? C’est le meilleur allié contre l’État islamique

rohani-obama_0L’Iran et les États-Unis semblent avoir un ennemi en commun : l’État islamique. Et même si John Kerry affirme qu’il n’y a pas de coopération entre les deux pays, pour Thomas Flichy de La Neuville, membre du centre Roland Mousnier, Université de Paris IV – Sorbonne, l’Iran va devenir le théâtre d’une guerre d’influences géo-économiques majeure.

Comment expliquer le rapprochement américain vis-à-vis de l’Iran ?

Force est de constater que les sanctions économiques à l’encontre de l’Iran n’ont pas produit tous les effets escomptés, même si la situation économique du pays est très difficile. On peut même parler d’échec si l’on considère le nombre actuel de centrifugeuses par rapport à la situation qui prévalait au moment des premières sanctions.

Loin de confiner davantage ce pays, les sanctions l’ont rapproché de la Russie et surtout de la Chine. Or, le centre géo-économique du monde est en train de se déplacer à grande vitesse vers l’Orient. Par conséquent, plus le temps passe, plus les sanctions gênent l’Europe.

En réalité, les sanctions américaines ne punissent pas l’Iran, mais bien les entreprises européennes. En effet, Washington veut assécher le marché iranien de la concurrence européenne.

Or, non seulement, les entreprises chinoises ont rempli le vide laissé, mais les sociétés françaises, longtemps découragées par l’hostilité des pouvoirs publics français et des banques, ont été supplantées par leurs concurrents européens, l’Allemagne en particulier. La place de la France s’est effondrée.

Des accords bilatéraux à l’origine du rapprochement

Depuis une décennie, l’alliance souple entre l’Iran, la Chine et la Russie avait constitué une sorte de « nouvel empire mongol« . Une forteresse continentale qui s’opposait en quelque sorte à la puissance océanique déclinante des États-Unis.

Mais ce nouvel empire souffrait d’une faiblesse de taille : l’île turcophone, c’est à dire la Turquie et les territoires de langue et de culture turque lui échappaient. Or, d’un point de vue historique, c’est bien le centre turco-mongol qui a fédéré l’Empire de Gengis Khan.

L’élément déclencheur est le suivant : le 1er décembre 2014, ont été conclus une série d’accords bilatéraux d’une extrême importance entre la Russie et la Turquie. Vladimir Poutine, qui a retrouvé l’initiative stratégique en désendettant la Russie, a fait échouer le projet de gazoduc russo-européen en lui substituant un nouveau pipeline russo-turc.

Ce mouvement vers le sud est un succès diplomatique majeur pour Vladimir Poutine. Ce succès est d’autant plus important qu’il n’a été entouré d’aucune publicité. Or, en raison de la concurrence millénaire entre l’Iran et la Turquie, l’alliance Russie-Iran-Turquie-Chine, donne au partenaire russe un rôle de pivot.

 Rien ne semble pouvoir enrayer le déclin américain

À la différence de Vladimir Poutine, qui parvient à multiplier les succès stratégiques au sein de sa sphère d’influence et peut compter sur la division des européens sur la question ukrainienne, le président américain est aux prises avec une accumulation inverse de défaites militaires : Afghanistan, Irak, Libye, Ukraine. Rien ne semble pouvoir enrayer le déclin américain.

En réalité, la politique étrangère américaine, porte en elle de telles contradictions, qu’elle entraîne irrémédiablement le chaos. Qui plus est, l’Amérique est tentée par une politique de pillage afin de remédier à son endettement colossal.

Tout comme Vladimir Poutine, qui exerce une influence visible sur les conseillers d’Obama, le président américain cherche à retrouver l’indépendance stratégique. Il lui faut donc revenir à une politique moins aventureuse, plus équilibrée.

La meilleure façon de retrouver l’équilibre consiste à se rapprocher de l’Iran. Ce pays va donc devenir au cours des prochain mois, le théâtre d’une guerre d’influences géo-économiques majeure.

L’Iran est la seule puissance qui veuille intervenir au sol

L’Iran a montré au cours des derniers mois, qu’il se présentait comme l’adversaire le plus déterminé contre l’État islamique. Les raisons en sont à la fois religieuses et historiques.

En effet, l’une des fiertés de l’Iran est de constituer un État millénaire remontant aux dynasties achéménides puis sassanides. Cette ancienneté de l’État lui donne une supériorité sur les monarchies récentes nées à ses côtés. On comprend dans ces circonstances que l’expression « État islamique » constitue une contestation directe de la « République islamique ».

Au-delà de cette opposition culturelle, il ne fait guère de doute, qu’une lutte contre l’État islamique qui n’intégrerait pas l’action militaire de l’Iran, serait vouée par avance à l’échec.

En effet, l’Iran est la seule puissance qui puisse et veuille intervenir au sol. Les États-Unis le savent. Ils doivent aujourd’hui faire le choix entre des actions de communication visant à se donner l’illusion de la puissance et un retour à la politique. Un retour qui implique des choix, et par conséquents des renoncements.

L’Iran constitue peut être le point d’appui ultime à partir duquel les États-Unis pourraient renverser la situation en leur faveur. Cette opportunité passée, ils n’auront d’autre choix que de prendre acte de leurs échecs pour revenir à l’isolationnisme.

 

Source L’Obs 05/03/2015

Voir aussi : Rubrique Géopolitique, rubrique Moyen-Orient, Iran, rubrique Etats-Unis, rubrique Russie : Livres : Olivier Hanne, Thomas Flichy de La Neuville, « État islamique, anatomie du nouveau Califat », Bernard Giovanangeli, 2014. Antoine de Prémonville, Thomas Flichy de La Neuville, « Géopolitique de l’Iran », Presses Universitaires de France, 2015

Jean Ziegler : La conscience humaine est une force révolutionnaire

Jean Ziegler "La société civile planétaire, cette mystérieuse fraternité de la nuit, oppose à la dictature du capital financier globalisé une résistance fractionnée mais efficace " © Hermance Triay

Jean Ziegler « La société civile planétaire, cette mystérieuse fraternité de la nuit, oppose à la dictature du capital financier globalisé une résistance fractionnée mais efficace. »
© Hermance Triay

Dans Retournez vos fusils ! le sociologue suisse choisit clairement son camp et livre des éléments d’analyse concrets pour comprendre et résister à la barbarie libérale.

Rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation, aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, Jean Ziegler est professeur émérite de sociologie à l’université de Genève. Son dernier essai apporte des clés pour comprendre notre situation et indique les voies d’action pour sa transformation.

Retournez les fusils ! Choisir son camp : vous n’y allez pas par quatre chemins…

La dictature du capital financier globalisé qui asservit aujourd’hui l’humanité non plus… Nous vivons dans un ordre cannibale du monde : toutes les cinq secondes un enfant en dessous de 10 ans meurt de faim, presque 1 milliard d’êtres humains sont mutilés par une sous-alimentation grave et permanente, alors que d’immenses richesses s’accumulent dans les mains d’une mince oligarchie quasi toute puissante.

Selon la Banque mondiale, en 2014, les 500 plus puissantes sociétés privées transcontinentales, tous secteurs confondus, ont contrôlé 52,8% du produit mondial brut, Ces « gigantesques personnes immortelles », comme les appelle Noam Chomsky, échappent à tout contrôle étatique, syndical, social, etc. Elles fonctionnent selon un seul principe : celui de la maximalisation du profit dans le temps le plus court.

Contre cet ordre absurde et meurtrier, les Etats eux-mêmes, surdéterminés par les oligarchies du capital financier, sont impuissants. Les faits sont accablants, les risques encourus énormes. Les fusils dont il est question dans le titre de mon livre sont les droits démocratiques dont nous disposons dans les pays dominateurs.

Aujourd’hui, « faire ce qu’on veut et vouloir ce qu’on fait est devenu quasiment impossible » soulignez-vous. Ce regard critique réconforte, en quoi peut-il porter remède à ce monde malade ?

Connaître l’ennemi, combattre l’ennemi », telle était l’injonction de Jean-Paul Sartre. C’est la tâche de l’intellectuel, mais aussi de tout démocrate : faire l’effort d’étudier le capitalisme financier globalisé dans ses moindres stratégies, confronter celles-ci à l’intérêt général, choisir son camp, rallier les mouvements sociaux. Mon livre veut être une arme pour l’insurrection des consciences à venir.

Vous évoquez l’utilité des intellectuels. Faut-il mettre en regard leur rôle avec la régression de l’histoire des idées depuis plus de trois décennies ?

Ces trente ans écoulés ont vu l’effondrement du bloc soviétique, dont l’influence couvrait la moitié de la planète, l’unification économique du monde, le tsunami du néolibéralisme qui a dévasté l’idée de l’État-providence, privatisé le monde, tenté d’anéantir les politiques publiques, d’enchaîner les pays dépendants de l’hémisphère sud. Le triomphe de l’idéologie néolibérale correspond à une véritable contre-révolution qui a aussi ravagé les intellectuels.

En vertu des « lois naturelles » de l’économie, dites-vous, le but de toute politique est la libéralisation complète des mouvements de capitaux, marchandises et services. Le reste serait une histoire d’emballage ?

Oui, c’est le grand succès de l’idéologie néolibérale que de réussir à faire croire que l’économie obéit à des «lois naturelles», que la privatisation et la libéralisation, autrement dit la suppression de toute forme de contrôle public, crée le terrain favorable à l’expansion de l’économie, que la pauvreté des uns et l’extrême richesse des autres découlent d’une fatalité contre laquelle toute résistance serait vaine, que c’est à l’apogée de l’expansion que se fait « naturellement » la redistribution

En Europe, on commence à se rendre compte du danger mortel de cet « emballage » idéologique. On réalise progressivement qu’il soumet les gouvernements et les citoyens à ces forces économiques aveugles.

L’idéologie néolibérale est-elle le socle du retour du racisme et de la    xénophobie ?

Le désespoir qu’il provoque, oui. Racisme et xénophobie d’un côté, sentiment d’exclusion et d’apartheid de l’autre. En France, la droite française connaît une scission importante entre son courant gaulliste en train de disparaître et son aile néoconservatrice qui s’aligne sur la montée de l’extrême droite en Europe.

Dans ce contexte, l’unité républicaine prend-elle sens ?

Oui, toute unité républicaine vaut mieux que l’extrême-droite au pouvoir. Mais elle ne peut pas durer sans changement profond de la société, de l’économie, de la politique, sans retour de la souveraineté populaire. Sinon la République, la nation, l’héritage formidables de la Révolution française, seront bientôt des coquilles vides.

Comment la gauche de gouvernement qui adopte le langage néolibéral pourrait-elle produire un récit alternatif ?

Telle qu’elle est jusqu’à ce jour, c’est sans espoir. Il faudrait un sursaut gigantesque au PS, je ne l’en crois pas capable.

Que vous évoque les attentats terroristes survenus à Charlie Hebdo et dans le supermarché casher ?

Un antisémitisme nauséabond monte en France. Mais aussi dangereux, au moins à égalité, est l’anti-islamisme. Entre le gouvernement soi-disant socialiste et un grand nombre de Français d’obédience musulmane, le contrat social, le lien de confiance sont fragilisés. C’est sur le terreau de la misère que prospère le monstre djihadiste.

Alors que peut, que doit faire le gouvernement français ? Essayer, par des investissements sociaux massifs, de briser l’isolement et la misère économique des millions d’habitants des banlieues sordides, dont une importante partie sont des musulmans. Prendre enfin sur la tragédie du peuple martyr de Palestine une position officielle claire : non à la colonisation et au terrorisme d’Etat du gouvernement Netanyhaou, oui à la création d’un Etat palestinien souverain.

Où situez-vous la relève ?

La société civile planétaire, cette mystérieuse fraternité de la nuit, oppose à la dictature du capital financier globalisé une résistance fractionnée mais efficace. Elle est composée par une myriade de mouvements sociaux, locaux ou transcontinentaux : tels Via Campesina, qui organise, du Honduras jusqu’en Indonésie, 141 millions de petits paysans, métayers, éleveurs nomades, travailleurs migrants, ATTAC, qui tente de maîtriser le capital spéculatif, Greenpeace, Amnesty international, les mouvements de femmes, etc.

Tous ces mouvements organisent patiemment le front planétaire du refus. Je suis persuadé qu’en Europe aussi l’insurrection des consciences est proche. Il n’y a pas d’impuissance en démocratie. La conscience de l’identité entre tous les hommes est une force révolutionnaire. La nouvelle société civile planétaire n’obéit ni à un comité central ni à une ligne de parti. L’impératif catégorique du respect de la dignité humaine de chacun est son unique, mais puissant moteur.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Retournez les fusils ! Choisir son camp, Ed. du Seuil, 2014.

Source : La Marseillaise 16/02/2015

Voir aussi : Actualité internationale, Rubrique Rencontre, rubrique Livre, Essai, rubrique Politique, Politique Internationale, Société civile, rubrique Science, Science politique, rubrique Société, Citoyenneté, Droit des femmes, Pauvreté, Santé,