Turquie: la romancière Asli Erdogan en prison

967Asli Erdogan, l’une des voix les plus importantes de la littérature turque contemporaine, a été arrêtée à son domicile dans la nuit du 16 au 17 août.
Romancière et nouvelliste, Asli Erdogan (dont le patronyme, courant en Turquie, n’a pas de lien avec le président du pays) est également une intellectuelle engagée, membre de la rédaction de Özgün Güden, un quotidien soutenant les revendications des Kurdes, et dont la 8ème cour criminelle d’Istanbul a ordonné le 16 août, la fermeture et l’arrestation de ses collaborateurs.
Mise en garde à vue au Bureau de lutte contre le terrorisme de la Sécurité turque, puis transférée à l’hôpital, certainement à la suite d’un malaise, Asli Erdogan a été déférée au tribunal le 19 août sur la base de trois chefs d’accusation : « propagande en faveur d’une organisation terroriste », « appartenance à une organisation terroriste », « incitation au désordre ».
À ce jour, Asli Erdogan a quitté la garde à vue et a été placée en détention dans la prison stambouliote pour femmes, Barkirköy.

« En ce qui concerne les écrivains, on s’interroge encore plus : pourquoi s’en prendre à ces voix sincères et talentueuses qui font honneur à la culture turque d’aujourd’hui ? Cela ne rapportera rien, c’est un mauvais calcul et une publicité désastreuse pour un pays qui se plaint toujours de souffrir d’’une image négative. Et puis, méfiez vous des femmes fragiles ! Asli Erdogan ne l’est qu’en apparence et ce n’est pas demain qu’elle cessera de porter un regard critique sur le monde. » commente dans  Le Monde diplomatique Timour Muhidine, enseignant à l’INALCO, directeur de la collection “Lettres turques” chez Actes Sud.

Lundi, un tribunal d’Istanbul a rejeté la demande formulée par la pétition, a indiqué à l’AFP Cihat Duman, l’un de ses avocats, précisant qu’ils allaient faire appel de cette décision auprès de la Cour constitutionnelle.

Dans l’après-midi, quelques dizaines de personnes – dont des journalistes, écrivains et associations de défense des droits de la femme – se sont rassemblées devant la prison pour femmes de Bakirköy à Istanbul où est détenue Asli Erdogan.

L’écrivaine y a été déférée pour « propagande en faveur d’une organisation terroriste », « appartenance à une organisation terroriste » et « incitation au désordre ».

« Elle a besoin du soutien des écrivains internationaux et d’une mobilisation de la société civile », a déclaré à l’AFP Erol Önderoglu, représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie. « Il faut continuer à faire pression », a-t-il ajouté,dénonçant un « climat d’arbitraire » créé par l’état d’urgence en Turquie.

Contacté par l’AFP, le porte-parole de la présidence n’a pas souhaité s’exprimer sur le dossier.

06/09/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Opinion, rubrique Turquie, Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakirköy, La crise politique turque grande menace pour les artistes,

L’économie comme on ne vous l’a jamais expliquée

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Le 8 septembre arrive en kiosques le « Manuel d’économie critique » du « Monde diplomatique ». En 2014, le premier opus de cette collection était consacré à l’histoire. Il s’agit cette fois d’éclairer les bases et les enjeux d’une discipline de pouvoir, l’économie, dont les principes gouvernent maints aspects de nos vies. Cet ouvrage vise à faire comprendre pour faire agir : la bataille des idées s’ouvre à tous dès lors qu’on s’efforce de conjuguer souci de l’écriture, rigueur du propos, sens des images, pédagogie et recul historique. Telle est la vocation de ce manuel.

es libéraux ne se satisfont pas des êtres humains tels qu’ils sont : trop imprévisibles, mus par des passions obscures. Ils ont donc inventé l’individu néoclassique. Dépourvu de culture et d’affect, celui-ci n’éprouve aucun sentiment : pas d’amour, pas de haine, pas de solidarité, encore moins d’abnégation. Il permet de produire de savants travaux de laboratoire sur le fonctionnement du monde sans avoir à se soucier d’histoire, de géographie ou d’émotions. Petite plongée dans le monde mystérieux de l’économie dominante.

Habitant de cette singulière contrée, Rémi adore les pizzas. A priori, rien de vraiment étrange. Sauf que la faim des individus néoclassiques ne connaît pas plus la satiété qu’eux-mêmes l’embonpoint. Rémi dévorait déjà trois pizzas par jour avant de gagner au Loto ? Qu’à cela ne tienne : en bon néoclassique, il profite de sa soudaine fortune pour s’abandonner un peu plus encore aux plaisirs de la gastronomie italienne.

Dans le monde de l’économie néoclassique, le marché pose les mêmes problèmes qu’ailleurs. Mais il offre également des solutions. La quête de profit conduit à l’extraction effrénée de matières premières, dégradant ainsi l’environnement ? Peu importe. Ici, la transformation de la nature en marchandise constitue la meilleure réponse aux dérives qu’elle a engendrées : plus les ressources s’amenuisent, plus leur prix s’élève et moins il devient intéressant de les exploiter. La pollution comme antidote à la pollution, en somme…

Les règles de base de l’arithmétique basculent également lorsqu’on pénètre en terres néoclassiques. En ces lieux, il arrive que les additions se comportent comme des soustractions. Par exemple, dans le domaine des impôts. D’ordinaire, augmenter le taux des prélèvements obligatoires accroît les recettes de l’État. Sous le climat néoclassique, au contraire, cela revient… à les réduire, puisque toutes sortes de mécanismes d’évasion et de niches fiscales permettent aux contribuables de refuser des impôts qu’ils jugent soudain trop élevés. La sagesse locale milite donc pour la plus grande prudence en la matière.

Des réalités trop « impures » pour se conformer aux théories néoclassiques

D’une logique parfois déroutante, le monde de l’économie néoclassique se distingue en tout point du monde réel. La plupart des dirigeants occidentaux se prévalent pourtant de ses règles pour justifier leurs décisions : dérégulation, privatisations, abandon des politiques publiques aux « forces du marché » — bref, la réalisation du projet néolibéral. Ce fut par exemple le cas en Grèce, quand leurs observations de l’étrange univers néoclassique ont convaincu les membres de la « troïka » (Fonds monétaire international, Commission et Banque centrale européennes) qu’on pouvait espérer ramener à la vie les victimes d’asphyxie en pratiquant la strangulation.

Mais la Grèce appartient au monde réel, et la recette néoclassique a fait bondir la dette. Pouvait-on vraiment s’en étonner, lorsque les mêmes prescriptions avaient conduit aux mêmes afflictions trente ans plus tôt en Amérique latine ? L’échec de la méthode soulève une interrogation : comment expliquer que les dirigeants politiques s’abreuvent exclusivement à la fontaine néoclassique alors que les sources sont si nombreuses alentour ?

La résilience de cette pensée repose en grande partie sur sa prétention à la scientificité. Il en irait de l’économie comme de la physique ou des mathématiques. Mais les physiciens morigènent rarement les atomes qui se refusent à suivre les trajectoires calculées préalablement en laboratoire. À l’image de ces enfants qui s’agacent de voir une boule refuser de s’insérer dans un orifice triangulaire, les néoclassiques s’impatientent souvent d’économies trop « impures » pour se conformer à leurs modèles théoriques.

Certes, les débats existent — d’autant plus enfiévrés qu’ils sont cantonnés à des revues confidentielles et formulés à travers d’énigmatiques équations. Du côté des politiques publiques, les militants néolibéraux ont conquis les cabinets ministériels et le sommet des institutions financières internationales depuis la fin des années 1970 (avant, parfois, de retourner conseiller les multinationales et les banques, comme l’ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso, désormais au service de la banque d’affaires Goldman Sachs). Infalsifiable, leur modèle n’échoue jamais — un privilège qui garantit une confortable légitimité. À charge pour la réalité de s’adapter.

Cette dérive trouve l’une de ses illustrations les plus frappantes dans la « théorie des anticipations rationnelles ». Popularisée dans les années 1980, cette thèse a repris (et radicalisé) la position du monétariste Milton Friedman (1912-2006). Celui-ci avait imposé l’idée que les injections de liquidités décidées par les banques centrales — en vue de relancer l’économie, par exemple — revenaient à se tirer une balle dans le pied. Pourquoi ? Parce que « faire tourner la planche à billets » provoque une inflation bientôt perçue par les entreprises et les ménages, qui, pas dupes, resserreraient les cordons de leur bourse. Renforçant encore la foi de leur maître dans l’efficacité des marchés, les héritiers de Friedman ont postulé que toute politique publique (de régulation, de pilotage de la conjoncture, etc.) serait donc instantanément déjouée par des agents économiques supposés aussi bien informés que les experts qui les étudient. Conclusion stratégique du très optimiste père de cette théorie, Robert Lucas : il fallait déréguler toujours davantage les marchés financiers. En 2003, Lucas considérait que ses appels avaient été entendus et déclarait devant l’American Economic Association que le problème des dépressions était « résolu, et pour de nombreuses années ». Quatre ans après éclatait la plus grave crise financière mondiale depuis 1929…

Au cœur de la tempête, le dogme néolibéral ressemble parfois au roseau de la fable : il plie, et les « experts » aménagent leurs convictions. Quand la foudre a menacé l’euro, la Banque centrale européenne (BCE) a levé le tabou monétariste qui la guidait en rachetant massivement des obligations d’État. Quelques mois auparavant, l’idée aurait fait tressaillir les grands argentiers européens, qui estimaient qu’elle inciterait au laisser-aller et doperait la dépense publique.

Dégager l’horizon en rappelant que rien n’est irréversible

Si la BCE, une institution plus politique que technique, s’est si facilement dépouillée de ses dogmes malcommodes, c’est qu’il s’agissait de sauver l’essentiel : maintenir les affaires économiques à l’abri d’une démocratie jugée trop versatile. Un projet qu’ont porté avec succès, au-delà de leurs nuances, toutes les variantes du néolibéralisme, qu’il s’agisse du monétarisme d’origine américaine ou de l’ordolibéralisme de filiation allemande. Le sabir économique (qui recèle des trésors d’euphémismes) parle de « crédibilité » des politiques menées. Entendre : l’abdication par les élus de leur pouvoir de décision au profit de règles préétablies, comme les traités européens. Les capitaux sont autorisés à déstabiliser un pays en y affluant, avant de le chahuter davantage encore en le désertant. À la liberté dont ils jouissent répond désormais le carcan appliqué à la démocratie : un corpus juridique presque intouchable, et dont les fondements théoriques surprennent parfois par leur désinvolture. Ainsi, un étrange plafond limite les déficits publics à 3 % du produit intérieur brut (PIB) au sein de la zone euro.

Et, lorsque la potion du Fonds monétaire international (FMI) n’a pas donné les résultats escomptés en Grèce, c’est qu’Athènes s’est montré trop timoré, comme le suggère la directrice du FMI Christine Lagarde, sourde aux revirements du département de la recherche de sa propre institution : « Une des raisons pour lesquelles le programme grec a été beaucoup moins réussi [que ceux de la Lettonie ou de l’Irlande], c’est qu’il y a eu une résistance des gouvernements successifs (1).  »

N’en déplaise à Mme Lagarde, nul n’est tenu de se résoudre à la docilité. Faire advenir un autre monde implique toutefois un double effort : réussir à se libérer des lois édictées par les dominants ; parvenir à réinsérer la contrainte économique dans la réflexion stratégique. Notre Manuel d’économie critique n’affiche pas d’autre ambition que de contribuer à cette entreprise.

On y apprendra ce qu’est une crise financière, comment fonctionne le chantage à la dette, comment les banques créent la monnaie ou pourquoi le Brésil a récemment été chahuté par les investisseurs. Mais on découvrira également comment fut inventée la carte de crédit, qu’on a hier échangé autre chose que de l’argent, que les revues scientifiques s’intéressent parfois davantage aux sièges des toilettes qu’au rapport entre financiarisation et chômage, que l’économiste libéral Friedrich Hayek avait peut-être lu Lénine et les patrons, Karl Marx…

La bataille idéologique débute dans le système éducatif, où les « sciences économiques et sociales » sont enseignées à partir de la seconde en France. À la différence de ce qui se passe dans les cursus universitaires, au lycée l’économie continue de dialoguer avec sa grande sœur, la sociologie. Cette singularité française subit de nombreuses attaques depuis quelques années. Sur fond de militantisme patronal, le cadre néoclassique et la célébration du libre-échange ont pris une place confortable dans les programmes, alors que la notion de « classe sociale » a été escamotée en 2011. Lorsque, en juin 2016, le ministère de l’éducation nationale a décidé de rendre facultatif l’enseignement de la sacro-sainte « loi de l’offre et de la demande » en seconde, le Mouvement des entreprises de France (Medef) a condamné un « projet d’appauvrissement du programme » qui « contredit totalement le discours louable de la ministre en faveur d’un rapprochement de l’école et de l’entreprise ». Recommandation du vice-président de l’organisation, M. Thibault Lanxade : « Tout doit être fait au contraire pour insuffler l’esprit et le goût d’entreprendre le plus tôt possible, par un enseignement en phase avec la réalité quotidienne des entreprises (2). »

Si, dans cette matière, les professeurs s’illustrent par leur propension à résister aux mots d’ordre patronaux, ils ne rédigent pas les programmes. Certes, ces derniers ne sont pas des scripts dessinant, tels les rails d’une voie ferrée, un passage obligé. Fort heureusement, les enseignants demeurent libres d’apporter un éclairage spécifique sur les questions abordées. Mais l’ambition d’émanciper les esprits qui anime la plupart d’entre eux peut-elle se satisfaire de simples marges de manœuvre ? La perspective enthousiasme d’autant moins que celles-ci rétrécissent : alors que le gouvernement s’était engagé auprès de l’Association française d’économie politique (AFEP), fin décembre 2014, à créer une section « Institutions, économie, territoire et société » susceptible d’accueillir les universitaires hétérodoxes, il s’est rétracté à la suite d’une offensive des néolibéraux, dont Jean Tirole. Pour le « Prix Nobel » français, la mesure — une « catastrophe » — aurait promu « le relativisme des connaissances, antichambre de l’obscurantisme ».

Nous avons réuni certains des meilleurs spécialistes en économie — chercheurs, professeurs d’université et du secondaire, journalistes — pour revisiter les programmes de première et de terminale et en donner notre propre traitement. Avec quatre objectifs : déconstruire les idées reçues qui instillent dans les esprits la fatalité néoclassique ; apporter un éclairage historique et international souvent absent des programmes ; introduire les analyses d’écoles de pensée chassées des universités et privées d’accès aux médias ; dégager l’horizon en rappelant que rien n’est irréversible.

Se libérer des contraintes édictées par les néoclassiques n’implique pas d’ignorer celles liées au fonctionnement du monde. Entre les dogmes et l’ignorance, le manuel que nous proposons invite à replacer l’économie au service de la société. Car il ne suffit pas de souhaiter que le monde change pour parvenir à le changer : si l’économie néoclassique prétend réinventer les lois de l’arithmétique, celles-ci s’imposent néanmoins au pouvoir politique. Y compris quand il entend « changer la vie ». Comment comprendre le chaos économique vénézuélien sans évoquer le phénomène de la « maladie hollandaise » ? Comment tirer le bilan de l’échec de la relance opérée par François Mitterrand en 1981 sans s’intéresser à la concurrence étrangère ? Suffit-il vraiment de dénoncer la dette comme un héritage néolibéral pour en gérer le fardeau ? De même, tenter de se libérer du marché grâce à la planification conduit parfois à d’embarrassantes bévues, comme la production de chaussures exclusivement pour les pieds gauches.

L’intellectuel britannique Ralph Miliband soulignait en 1979 que « les gouvernements de gauche (…) viennent généralement au pouvoir dans des circonstances de crise économique et financière grave (3) ». Dans un tel contexte, l’opiniâtreté des soutiens du nouveau pouvoir s’avère décisive. Une meilleure compréhension de la nature politique et sociale de l’économie n’y nuirait pas. Nous avons donc l’espoir que nos manuels circuleront également en dehors des salles de classe.

par Renaud Lambert & Hélène Richard

 

Source : Le Monde Diplomatique Septembre 2016

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Agenda Ciné : On peut « Voir du Pays ».

"VOIR DU PAYS" Un long métrage de Delphine et Muriel Coulin

 Le film de Delphine et Muriel Coulin sort aujourd’hui.
Deux jeunes militaires, Aurore et Marine, reviennent d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression…
La thérapie militaire a plus ou moins de succès selon les individus mais elle a de pratique qu’elle procure un scénario pour accueillir l’expérience de la guerre.
Le « Voir » du titre est bien ironique, indiquent les réalisatrices : non seulement Aurore n’a rien vu du pays où elle est allée, mais elle ne « voit » pas davantage l’essentiel avec les multiples sources d’images qu’on lui propose…« 
Le croisement d’images provenant de simulateur, jeux vidéo, et images d’actualité, dessine la version officielle sensée tenir à distance les souvenirs douloureux et les remplacer par des images plus propres.
« Il y a une certaine violence à faire croire à des jeunes qui s’engagent qu’ils vont avoir une vie pleine d’aventure, une situation enviable, et qu’ils vont voir du pays, sans que la guerre ne leur fasse aucun mal. »
Chypre tient à la fois de lieu d’action et de sas de décompression. Les plans dans l’ hôtel cinq étoiles offrent de saisissants contrastes où s’entrechoquent des phases d’une même réalité comme celle du choix d’être femme et soldat, ou celle du contact entre la section revenant du front et les touristes dans une relation troublante, intrigante et inflammable.
« Il y a un lien entre ces guerres que nous avons menées et notre situation actuelle, que nous ne voulons pas voir. » rappellent les réalisatrices.
Le zoom arrière de Delphine et Muriel Coulin est évocateur. Comme si quelque chose d’inquiétant passait près de vous et la caméra se mettait en marche. Une deux, une…
Le Vent se lève : 7/09/2016
A Montpellier Cinémas Diagonal
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L’Allemagne tétanisée face à la montée de l’extrême droite

Angela Merkel et François Hollande à leur arrivée à Evian pour les Rencontres franco-allemandes. Image: EPA/SEBASTIEN NOGIER

Angela Merkel et François Hollande à leur arrivée à Evian pour les Rencontres franco-allemandes.
Image: EPA/SEBASTIEN NOGIER

Elections régionales Un an après l’arrivée d’un million de réfugiés, Angela Merkel affronte une flambée populiste, prête à se manifester dans les urnes.

 

Tandis qu’Angela Merkel et François Hollande se rassuraient à Evian sur l’avenir du couple franco-allemand, les Allemands se préparaient vendredi à un tremblement de terre électoral. Les habitants de la région côtière du Mecklembourg sont appelés à renouveler leur parlement dimanche, et le parti AfD (Alternative pour l’Allemagne) s’apprête à triompher avec un score inégalé dans l’histoire de la République fédérale pour un parti d’extrême droite.

Selon les sondages, l’AfD serait au coude-à-coude avec le Parti chrétien-démocrate (CDU) aux alentours de 22%. «Mais il pourrait bien arriver en tête devant le Parti social-démocrate (SPD) avec près de 30%. Les instituts de sondages se sont souvent trompés sur l’AfD», prévient Hajo Funke, spécialiste de l’extrême droite à l’Université de Berlin (FU).

Un vote sanction

Il y a un an, on se serait encore moqué de ce petit parti au bord de l’extinction. Les sondages ne lui accordaient que 5% des voix. «Notre objectif aujourd’hui est d’être le premier groupe parlementaire de la région», claironne Leif-Erik Holm, la tête de liste.

Que s’est-il passé? En un an, la situation politique a complètement changé. Les agressions sexuelles de la Saint-Sylvestre à Cologne et les attentats revendiqués par le groupe Etat islamique, perpétrées eux aussi par des réfugiés, ont plongé les électeurs dans le doute sur le choix humanitaire de la chancelière. Trois Allemands sur quatre condamnent aujourd’hui son choix d’avoir ouvert des frontières et une bonne partie souhaite la sanctionner en votant pour l’AfD. Ce parti ouvertement xénophobe, divisé et sans leader charismatique, a réussi ainsi à s’ancrer dans le paysage politique en adoptant une ligne anti-islam.

Il a atteint, en mars, 24% au scrutin régional de Saxe-Anhalt. Présent dans la moitié des parlements régionaux, l’AfD est en mesure de faire son entrée au Bundestag en 2017 comme troisième force politique au niveau fédéral.

Une fiction qui fonctionne

«Le parti a mis les réfugiés en concurrence avec les Allemands sur le terrain de l’emploi, du logement et de l’identité. Cette fiction fonctionne très bien, surtout dans les régions avec peu d’étrangers», analyse le politologue Gero Neugebauer.

Dans le Mecklembourg (1,6 million d’habitants), le taux d’étrangers est inférieur à 1,5%. La mise en concurrence fait recette. Le chômage a baissé de moitié depuis la Réunification et les perspectives économiques sont bonnes. Mais les électeurs sont obnubilés par les 8000 réfugiés installés chez eux.

Un triomphe de l’extrême droite dans sa propre circonscription électorale serait un revers symbolique pour la chancelière. A un an des législatives, Angela Merkel restera néanmoins sur ses positions après la défaite. «Elle ne changera rien», assure le politologue.

«Personne n’est actuellement en mesure de proposer autre chose chez les conservateurs», explique Gero Neugebauer. Merkel reste populaire et elle se représentera sans aucun doute pour un quatrième mandat en 2017. «Elle ne va pas abandonner son poste après sa décision d’accueillir un million de réfugiés!» s’exclame le politologue. Personne ne doute aujourd’hui de sa victoire.

Source La Tribune de Genève 02.09.2016

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Royaume-Uni: Theresa May prête à repousser le Brexit à 2019 ?

La Première ministre britannique Theresa May (à gauche) et la chancelière allemande Angela Merkel, le 20 juillet dernier à Berlin. John MACDOUGALL

Un article du Sunday Times explique que le Royaume-Uni pourrait reporter sa sortie de l’Union européenne à 2019. Un retard causé par les difficultés que rencontre l’administration britannique, mais aussi par les prochaines élections en France et en Allemagne.

Avec notre correspondante à Londres,  Marina Daras

La Première ministre britannique Theresa May avait annoncé qu’elle déclencherait l’article 50 du traité de Lisbonne en janvier ou février 2017, ce qui devait marquer le début de la période de négociations de deux ans au terme de laquelle le pays concerné doit quitter l’Union européenne.

Mais d’après le Sunday Times, certains ministres de son gouvernement auraient d’ores et déjà prévenu en privé de hauts responsables de la City de Londres que les négociations pourraient être repoussées jusqu’à fin 2017, ce qui reporterait le Brexit à fin 2019.

Les raisons de ce retard seraient d’ordre administratif, puisque les équipes ministérielles chargées du commerce international et de la sortie du royaume de l’UE ne sont tout simplement pas prêtes à entamer les négociations.

Au lendemain de sa nomination, Theresa May avait créé un ministère consacré entièrement au Brexit. Mais le ministre en charge, David Davis, n’aurait pour l’instant recruté que la moitié du personnel requis. Liam Fox, le ministre du Commerce international, est lui aussi en manque d’effectifs.

Le Sunday Times ajoute que l’élection présidentielle en France, qui aura lieu au printemps 2017, ainsi que les élections fédérales en Allemagne, prévues pour septembre de la même année, sont également susceptibles de pousser Mme May à retarder le processus.

Prudence du côté de Bruxelles

« Ce ne serait pas la bonne méthode d’imposer un ultimatum au Royaume-Uni », affirme, à Bruxelles, un porte-parole de la Commission européenne. Au lendemain du référendum britannique, les responsables des institutions européennes avaient pourtant été très clairs : le Brexit doit se faire le plus vite possible.

« Nous préférons un déclenchement accéléré, déclare un représentant de la Commission européenne à la correspondante de RFI dans la capitale belge, Laxmi Lota. Déclencher le processus est important car cela permet de clarifier les choses ». Mais, ajoute-t-il, « il n’y a pas de date imposée dans l’article 50, c’est au Royaume-Uni de décider ».

Martin Schulz, le président du Parlement européen, a à nouveau demandé le mois dernier à toutes les parties d’« agir avec une très grande responsabilité ». Le Brexit sera le dossier-clé de la rentrée, confirme la commission. « Nous ne sommes pas uniquement dans une position d’attente, confirme son porte-parole. Nous avons nommé Michel Barnier (commissaire européen au marché intérieur et ancien ministre français de l’Agriculture) comme négociateur et nous préparons les discussions ».

John MACDOUGALL

Source AFP et rfI 14/08/2016

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