Les Kirghizes votent pour la démocratie

elections_kirgistan

Le Kirghizistan sera la première démocratie parlementaire d’Asie centrale. Deux semaines après les émeutes sanglantes dans le sud du pays, environ 90 pour cent des Kirghizes ont voté dimanche en faveur d’une nouvelle constitution sur le modèle allemand. Pour la presse européenne, cela représente une lueur d’espoir en Asie centrale, bien que la situation dans la région soit globalement alarmante.

Berliner Zeitung – Allemagne

La nouvelle république kirghize doit instaurer la confiance

Les Kirghizes ont décidé dimanche par référendum le passage à une république parlementaire. Mais tout n’est pas encore gagné, estime le journal de centre-gauche Berliner Zeitung : « Il faut désormais instaurer la confiance dans le futur Etat, notamment au sein des Ouzbeks qui ont été victimes voici deux semaines d’un pogrom qui a coûté la vie à environ 2.000 personnes. … Cela présuppose trois choses : le gouvernement doit faire en sorte que les maisons détruites soient reconstruites rapidement et que les personnes revenant chez elles puissent vivre et travailler dans un environnement sûr. Deuxièmement, pour empêcher que des légendes ne surgissent, il doit demander à une Commission internationale d’enquêter sur le pogrom et sur le rôle de l’armée dans celle-ci, et faire comparaître les coupables devant la justice. C’est la condition de toute réconciliation. Mais pour que celle-ci soit durable, il faut troisièmement que les Ouzbeks soient représentés de manière raisonnable dans les institutions publiques, notamment au sein de l’armée, qui est pour l’instant essentiellement composée de troupes kirghizes. » (29.06.2010)

Le Temps – Suisse

Des doutes sur l’avenir de l’Asie centrale

Le vote des Kirghizes en faveur d’une démocratie parlementaire ne fait pas encore de l’Asie centrale une région modèle, estime Alain Délétroz, vice-président de l’organisation non-gouvernementale International Crisis Group en Europe, qui effectue des analyses sur les conflits : « Le bilan des 20 ans d’indépendance des ex-républiques soviétiques d’Asie centrale est très mitigé: trafic d’opium provenant d’Afghanistan, régimes kleptocrates, jeux d’influence entre les grandes puissances. … L’explosion de violence dans le sud du Kirghizistan a ramené sous les projecteurs une région encore mal connue, alors que les cinq républiques ex-soviétiques d’Asie centrale s’apprêtent à fêter l’an prochain leur vingtième année d’indépendance. Pour les populations de la région, cet anniversaire aura un goût amer. En effet, malgré la pompe que ne manqueront pas d’introduire dans ces festivités les cinq gouvernements, tous les indices de développement humains sont au rouge. » (29.06.2010)

Keskisuomalainen – Finlande

La véritable démocratie est un processus

Environ 70 pour cent des électeurs autorisés à voter ont participé au référendum sur la nouvelle constitution du Kirghizistan, un état de fait que le quotidien Keskisuomalainen approuve avec confiance : « Après que le référendum de dimanche s’est déroulé dans de bonnes conditions qui ont dépassé toutes les espérances, l’espoir que le Kirghizistan, en proie aux troubles, retrouve un avenir politique apaisé renaît. … Il est clair qu’il n’est pas possible d’instaurer une ‘véritable démocratie’ avec un référendum, mais qu’il s’agit d’un long processus. Mais il est tout aussi clair que les Kirghizes ont ainsi clairement exprimé leur volonté de voir leur pays retrouver un avenir politique. C’est leur droit, même si le résultat ne correspond pas tout à fait aux projets stratégiques proclamés par la Russie et les Etats-Unis pour cette région. » (29.06.2010)

Voir aussi : Rubrique Asie centrale, Bichkek promet une enquête sur le déclenchement des violences , Kirghizistan l’armée mobilisée, Bakiev : aucun pouvoir ne peut m’arrêter,

Pourquoi se pencher sur le sort d’une femme morte ?

David Peace. Photo

Né en 1967 dans le West Yorkshire, David Peace s’est fait connaître en France avec la publication du Quatuor du Yorkshire (Rivages Noir). Quatre romans d’une grande noirceur se déroulant dans les banlieues thachériennes. Le Festival International du Roman noir, qui s’est terminé hier à Frontignan, proposait cette année d’en découvrir l’adaptation cinématographique The Red Riding Triogy qui participe au renouveau du cinéma noir britannique. « Comme Ellroy, David Peace est un auteur très soucieux des détails et de la vraisemblance du climat où se déroule l’action, indique François Guérif qui a signé les deux auteurs dans les collections dont il assure la direction (Rivage/ Noir, Rivage/Thriller). David ne veut surtout pas écrire un livre sur les années 80 avec la langue de 2002. C’est difficile parce que la langue évolue en permanence. Lorsqu’il prépare un livre il s’immerge totalement dans l’époque qu’il va traiter. » L’écrivain qui a vécu 9 ans à Tokyo écrit actuellement une trilogie sur le Japon de l’après-guerre. Le premier livre Tokyo année zéro est paru au printemps. Rencontre.

Quel est le phénomène déclencheur qui vous a poussé à écrire sur le Japon ?

Je vivais au Japon depuis plusieurs années, mon fils est né là-bas. Je voulais qu’il connaisse l’histoire du pays. Comment il a été détruit et comment il s’est reconstruit. Le premier volume débute en 1946 dans une ville en ruine.

Dans ce vaste cimetière où le pays abdique, l’inspecteur Minami découvre un cadavre et il va poursuivre son travail comme si de rien n’était…

A l’image de son pays, le personnage de Minami est désagrégé. Il tente de recoller les morceaux à travers l’exercice de son métier. Concernant le meurtre, je me suis inspiré d’une affaire réelle. On peut s’étonner de l’attitude de ce policier. Dans une ville où l’on compte les cadavres par centaines, à quoi bon s’intéresser au sort de cette femme morte ? Minami cherche à trouver l’assassin mais sa quête est aussi identitaire. A la fin, le problème de l’identité n’est pas résolu.

La période où vous nous plongez est celle où les forces d’occupation américaines mettent un terme à la culture japonaise. On assiste à l’éradication de la gauche réalisée avec l’aide des clans yakuzas, à la mise en place dune constitution et à l’imposition par la force des valeurs occidentales…

L’occupation américaine, qui s’est poursuivie jusqu’en 1952, a refaçonné complètement le pays et dessiné le Japon actuel. C’est la fin d’une culture millénaire. La même histoire s’est répétée en Irak. Pour le Japon on était dans le contexte de la guerre froide. La mafia japonaise a en effet largement participé à nettoyer le terrain au profit des grandes familles japonaises qui ont continué d’exercer le contrôle de l’économie. A une plus petite échelle, dans la France de l’après-guerre, la CIA a fait appel à la mafia corse pour briser les grèves.

Pourquoi s’appuyer sur des faits divers pour aborder l’histoire ?

Le fait de parler des crimes permet d’envisager un contexte politique plus global. Les gens sont fascinés par les crimes. C’est une façon de s’allier des lecteurs dans l’espoir qu’ils s’intéresseront à ce qui se passe derrière les meurtres. C’est le travail de l’écrivain ou du journaliste de relier les faits divers à des choses plus importantes.

Quel regard portez-vous sur la conscience politique des populations britannique et japonaise à la lumière des élections et de la démission du Premier ministre japonais faute d’avoir pu fermer la base militaire US d’Okinawa ?

Dans les deux cas, il me semble qu’aujourd’hui le problème principal concerne l’abandon de l’Etat providence. L’extrême droite est très puissante au Japon. La droite est au pouvoir depuis l’après-guerre hormis une petite parenthèse en 1993 et l’arrivée du centre gauche avec l’élection du Premier ministre Yukio Hatoyama qui n’a tenu que neuf mois. L’échec du déménagement de la base américaine sur l’île d’Okinawa qui faisait partie de son programme a lourdement pesé dans l’opinion publique. Les Japonais s’étaient mobilisés pour le départ des Américains à la suite du viol d’une fillette de neuf ans par un GI américain. En Grande-Bretagne, personne n’a voté pour la coalition des libéraux-démocrates et des conservateurs actuellement au pouvoir. Aujourd’hui ils proposent une politique imposée par les banquiers qui ne figurait dans aucun de leur programme respectif. Nous sommes les moins révolutionnaires du monde. Nous avons coupé la tête du roi et ensuite nous l’avons recollé. Aujourd’hui les Britanniques ne se préoccupent que de la World Cup !

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Roman noir : Ellroy dépasse le mur du crime, Rubrique Japon, le PJD perd le Sénat, Rubrique livre Yakuza ed Philippe Picquier, Rubrique Grande Bretagne, L’impasse britannique est liée à la crise,

Sade et les composantes érotiques de la volonté

mme-sade

De multiples dissonances se glissent à l’intérieur des personnages.

Au Printemps des Comédiens. La pièce Madame de Sade explore les rapports de pouvoir sur lesquels se fondent l’érotisme.

La rencontre attendue entre Sade et Mishima a tenu ses promesses au Printemps des Comédiens vendredi et samedi, avec la pièce Madame de Sade mise en scène par Jacques Vincey. A première vue rien ne paraît bien enviable dans la situation de Renée, la marquise de Sade. Pour s’être prêtée au jeu à quelques reprises, celle-ci n’ignore rien du comportement déviant de son mari. C’est sans compter sur la lecture qu’en offre l’auteur du Pavillon d’or qui explore les effets de l’inversion transgressive sur la gente féminine. La pièce se déroule entre 1772 et 1790, alors que l’histoire avance à grand pas.

Dans le salon de madame de Montreuil, la mère manipulatrice de Renée, six femmes habitées par l’ombre monstrueuse et géniale du divin marquis, se trouvent en prise à leurs propres limites. Le contenu subversif de son influence, où se mêlent raffinement et incroyable barbarie, heurte toutes les formes conventionnelles. Il satirise les sentiments pieux de Mme de Simiane, épuise Mme de Saint-Fond dans la débauche, captive la sœur Anne et fascine la domestique Charlotte. Dans ce monde fait de préciosité, s’insuffle une dualité entre l’esprit et la matière, le contenu et le contenant, le bien et le mal… de multiples dissonances se glissent à l’intérieur des personnages. A propos de son terrible mari, Madame de Sade fait face à Mme de Montreuil dans une confrontation mère-fille passionnante. Telle une figure de proue, la femme se dévoue corps et âme à son marquis emprisonné : « si mon mari est un monstre de vice, il faudra que je devienne pour lui un monstre de fidélité » mais elle décide de le quitter alors qu’il retrouve sa liberté au lendemain de la Révolution.

Une lecture réelle

En évitant la parodie et en se gardant du mauvais goût, Jacques Vincey concocte une mise en scène d’une grande intelligence. L’esthétisme de la pièce, les costumes et la scénographie puisent subtilement dans les sources du théâtre japonais traditionnel et du théâtre français du 18e siècle, pour se mettre au service d’une mécanique précise. Comme tenues par un invisible maître de marionnettes, les scènes s’enchaînent avec une redoutable efficacité. Le plus remarquable s’exprime dans la profondeur lucide des personnages. La pureté de jeu des acteurs ouvre sur l’individualisme exacerbé qui les met à nu face à la réalité de leurs sensations, fussent-elles perverses. Jacques Vincey restitue la pluralité de filiation existant entre Sade et Mishima. Malgré l’heure tardive, le public reste tendu jusqu’au bout, à la recherche d’une juste (voire futile ?) distance entre rejet et identification.

Jean-Marie Dinh

Akram Khan : du poème épique hindou à la globalisation

gnosis-international-dance-festival-birmingham1

Akram Khan artiste de la culture monde

Une fois n’est pas coutume, un point de rencontre a surgi cette année entre deux festivals qui s’évitent depuis des décennies. Ce que tout oppose dans la personnalité des directeurs, l’esprit de la manifestation et la conception artistique, se retrouve par le hasard d’une programmation dans Le Mahabharata conté par Jean-Claude Carrière au Printemps des comédiens et dansé par Akram Khan dans le cadre de Montpellier Danse. Voilà un prodige que l’on doit véritablement à la sagesse cosmique de l’Inde.

Gnosis*, le titre de la pièce ne concerne en fait que la seconde partie du spectacle. La première se compose de deux solos Polaroïde Feet et Tarana correspondants aux toutes premières créations de la compagnie du chorégraphe Anglo-Bengali qui vit le jour il y a juste dix ans à Londres.  Dans cette première partie Akram Khan accompagné de cinq excellents musiciens démontre sa maîtrise du Kathak. La danse traditionnelle qu’il lui a été enseignée à l’Académie de danse indienne. Un vibrant hommage sobre et éblouissant qui révèle la maîtrise du rythme et du corps dans un espace nu. On apprécie la volonté de ne pas séduire. Ici le corps instrument du danseur répond aux instruments de musique sans conscience mais non sans âme.

La seconde partie scénographiée cette fois, nous entraîne dans un des passages les plus captivant du Mahabharata. Episode où l’héroïne Gandhari donnée en mariage au roi aveugle Dhritarashtra se plonge d’elle-même dans le noir à jamais, pour partager pleinement son union.

La chorégraphie saisit les instants clés de cette relation fascinante dans le temps. La performance de la Japonaise Yoshie Sunahata Kodo est remarquable. Elle répond à l’unisson, quoique dans un espace culturel différent, à l’étonnante faculté de concentration d’Akram Khan. La pièce est très bien servie par la création lumière de Fabiana Piccioli. La magie expressive et sensuelle des corps semble convoquée dans le présent. Comme si elle remontait les canaux du temps pour irriguer le langage contemporain. La rapidité ahurissante des gestes et la précision démultiplient l’espace en nous envoûtant.

Dans cette alternance de tourbillons, de blocages, et de jeux d’équilibre, Akram Khan dit les paradoxes qui le traversent. Il exprime dans un langage clair et accessible, le rapport entre tradition et modernité, le décloisonnement des disciplines artistiques, et les contradictions du moment. Khan est un artisan de la culture monde, une culture abondante éphémère et monnayable à laquelle il apporte du sens et du contenu.

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Danse festival 2010  Cunningham, Jiri Kylian,

La Chine traduit ses paroles en actes avec un cours du yuan en hausse

Conformément à ses engagements du week-end, la Chine a introduit une première dose de souplesse dans son système de taux de change, avec un cours pivot du yuan en nette hausse face au dollar mardi, à quelques jours de l’ouverture du sommet du G20.

La Banque centrale a fixé un cours pivot de 6,7980 yuans contre le dollar, après 6,8275 lundi –soit une hausse du yuan de 0,43%. Ce cours représente le seuil autour duquel la monnaie chinoise fluctue quotidiennement, dans une limite de plus ou moins 0,5% en ce qui concerne le dollar. Il est basé sur la moyenne des taux évalués par des teneurs de marché mais reste déterminé par la Banque centrale, qui a averti dimanche qu’elle continuerait de privilégier la stabilité de sa monnaie. La veille, l’institut avait aussi affirmé son intention de poursuivre la réforme de son taux de change et d’insuffler plus de souplesse au système.

 Pour les analystes, Pékin a assorti ses promesses de son premier geste concret mardi, sans pour autant lâcher la bride ni être prêt à une appréciation trop forte pour le bien-être de ses exportateurs. « La Chine a soutenu ses paroles par des actions et le président Hu (Jintao) va arriver à Toronto avec la preuve tangible que le pays est sérieux sur la question d’une souplesse accrue du taux de change », a commenté Brian Jackson de Royal Bank of Canada, qui prévoit des gains « limités » et néanmoins « significatifs » face au dollar dans les prochaines semaines.

Nombre d’analystes avaient estimé que les déclarations de la Banque centrale visaient à apaiser les critiques étrangères avant le sommet du G20 de Toronto (26 et 27 juin). Les partenaires commerciaux de la Chine, surtout les Etats-Unis, ont renouvelé leurs pressions ces derniers mois en faveur de l’appréciation du yuan. Ils fustigent sa sous-évaluation, estimant qu’elle baisse artificiellement le prix des exportations de la Chine et induit des déséquilibres dans l’économie mondiale.

Les annonces de la Banque centrale ont aussi été considérées comme le signe que le yuan allait de nouveau pouvoir s’apprécier face au dollar, après deux ans de stagnation. Cela a propulsé la monnaie chinoise sur le marché interbancaire lundi à son plus fort niveau contre le dollar depuis la réforme du sytème chinois de taux de change de juillet 2005, qui avait désarrimé le yuan du dollar pour l’adosser à un panier de devises.

« Nous nous attendons à des mouvements d’envergure, dans les deux sens, avec un déplacement global vers un yuan plus fort. Mais le G20 terminé, le rythme d’appréciation devrait se ralentir », a estimé Mark Williams, de Capital Economics dans une note. Mardi, sur le marché interbancaire, le yuan s’est tout d’abord encore renforcé avant de retomber à 6,82 contre le dollar, en raison, selon l’agence Dow Jones Newswires, d’une forte demande pour la monnaie américaine. L’agence fait état de spéculations selon lesquelles des banques chinoises, à l’origine de cette demande de dollars, auraient pu être encouragées par la Banque centrale, décidée à montrer qu’un taux de change plus souple veut dire des mouvements dans les deux sens.

Le fait est que le yuan profite depuis lundi de l’amplitude de la bande de fluctuation, après ses mouvements étriqués des deux dernières années, qui l’ont vu de facto re-chevillé au billet vert. Et en fixant mardi un cours pivot au niveau de la clôture la veille sur le marché interbancaire, « les autorités ont confirmé qu’elles avalisaient » les mouvements vers le haut de la bande de fluctuation, a souligné Mitul Kotecha, analyste de Crédit agricole à Hong Kong. « Mais il n’y aura pas de mouvement d’appréciation agressif d’ici à la fin de l’année ».

AFP