Les escales du nouveau grand voyage musical de Fiest’A Sète

Baba Zula soirée Balkans Express le 4 août Crédit Photo DR

Baba Zula soirée Balkans Express le 4 août Crédit Photo DR

Avec une idée certaine de la modernité et du métissage l’association Métisète nous fait entrer dans le mouvement de la musique vivante.

Dites 21, et préparez-vous à danser, aimer, chalouper, découvrir, rire, sourire et respirer au son des musiques vivantes des quatre coins du globe. Fiest’A Sète vous donne rendez-vous du 22 juillet au 7 août au Théâtre de la Mer et dans les communes du Bassin de Thau, pour sa 21ème édition.

Des soirées comme celles concoctées par l’association Métisète, cela ne se refuse pas. On vous en rappelle le principe : chaque soirée est composée de deux concerts autour d’une thématique. Le schéma ne répond pas au concert classique avec une tête d’affiche et une première partie. Ici, la hiérarchie liée à la notoriété est remplacée par la volonté de correspondance, de résonance et de dialogue possible entre les artistes.

Se mêle les grands ancêtres, comme aime à les appeler le directeur artistique José Bel et les nouveaux talents. « A partir d’un thème, on cherche à donner du sens à chaque soirée. Le sens culturel, c’est la base du festival.» On peut le croire, car l’homme et son équipe sont de fins connaisseurs de l’histoire des musiques dans le monde. C’est leur passion, pour eux, la réussite est d’abord artistique. La dimension économique est importante parce qu’elle contribue à la pérennité du festival, pas comme une fin en soi.

Le festival figure avec Jazz à Sète comme pionnier des soirées sétoise à ciel ouvert. Aujourd’hui une quinzaine de manifestations se succèdent pour rendre attractive la vitrine du spectacle vivant dans l’île de beauté. Cela nécessite une coordination dont on n’ose imaginer qu’elle puisse s’opérer au détriment de l’ADN des organisations. Au total, l’édition 2017 se compose de onze soirées concerts et deux soirées dansantes organisées avec le savoir et les incertitudes des alchimistes. Du 22 au 31 juillet les concerts gratuits se répandent entre Sète et le bassin de Thau. Et du 1er au 7 août, tout ce recentre avec les concert payants au Théâtre de la Mer.

A l’affiche face à la mer

Le 1er août on célébrera les 20 ans de la mort du créateur de l’Afro beat avec une soirée Tribute to Fela kuti. L’afro américain Roy Ayers grand monsieur du jazz funky qui a gravé avec Fela Music of Many Colors en 1980 se retrouve à Sète avec son fils Seun Kuti & Egypt 80 qui jouait tout jeune au sein de l’orchestre paternel. Le swing chaud dans la durée est garanti.

Le lendemain l’ambiance sera Cubassimo ! Le festival reçoit un autre grand ancêtre de la musique, cubaine cette fois, en la personne de Eliades Ochoa comparse du célèbre Buena Vista Social Club porté à l’écran par Wim Wenders. A ses côtés le très talentueux pianiste Roberto Fonseca. Enfant prodige qui a entrepris, à travers son oeuvre, de retracer l’histoire foisonnante de la musique cubaine et de ses nombreuses influences.

Jeudi 3 août hommage aux grandes dames du continent africain avec la soirée African Divas. Au programme, un duo de premier choix composé de Fatoumata Diawara interprète malienne qui se produit partout dans le monde et la musicienne franco marocaine d’ascendance touarègue Hindi Zahra. Oumou Sangare célébrée comme une des plus grandes chanteuses africaines de son temps sera aussi de la partie.

La soirée du 4 août nous transporte dans les Balkans. On y découvrira le groupe stanbouliote Baba Zula et aussi que la vague psychédélique de la fin des années 60 a largement contaminé le proche et Moyen-Orient. Le même soir la fanfare roumaine Ciocarlia et ses douze musiciens souffleront dans leur cuivre et se déchaîneront aux percussions pour perforer les nuages et célébrer la vie comme le veut leur musique cathartique.

La nuit du 5 août sera orientale avec l’étonnant artiste tunisien Dahfer Youssef, chanteur et joueur de Oud inspiré du jazz comme de la musique nordique. Le tout coloré d’une spiritualité joyeuse proche du soufi. Cette soirée signe également le retour de la grande interprète égyptienne Natacha Atlas dont le concert de l’an dernier avait été interrompu par la pluie.

Fiest’A Sète se conclura dimanche 6 août par une soirée consacrée aux sources du blues rural américain. L’occasion d’entendre la violoncelliste new-yorkaise Leyla McCalla qui puise son inspiration dans le creuset de culture et de style liée à ses origines haïtienne et son long séjour en Nouvelle Orléan. Eric Bibb, brillant héritier du folk rural du sud américain accompagné de l’harmoniciste virtuose Jean-Jacques Milteau rendront un hommage au maître de la guitare à 12 cordes Lead Belly qui naquit dans une plantation en 1885.

 JMDH

Source La Marseillaise : Dernière modification le samedi, 15 avril 2017

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En Allemagne, le conservateur Schäuble lâche Fillon pour Macron

Wolfgang Schauble, ministre des finances allemand, le 12 avril, à Berlin. STEFFI LOOS / AFP

Wolfgang Schauble, ministre des finances allemand, le 12 avril, à Berlin. STEFFI LOOS / AFP

Le soutien du ministre des finances d’Angela Merkel, réputé en Europe pour son austérité, ne présente pas que des avantages pour le candidat d’En marche !.

Après Sigmar Gabriel, Wolfgang Schäuble. En Allemagne, Emmanuel Macron pouvait déjà compter sur le soutien du ministre social-démocrate des affaires étrangères. Le voici désormais adoubé par son collègue conservateur chargé des finances. « Si j’étais français et habilité à voter, (…) je voterais probablement pour Macron », a déclaré ce dernier, mardi 11 avril, à Hambourg, à l’hebdomadaire Der Spiegel.

Invité, le lendemain, à participer à une émission consacrée à l’élection présidentielle française sur la radio publique Deutschlandfunk, M. Schäuble s’est montré plus prudent. « Mon parti, la CDU, est, comme celui de François Fillon, lié au Parti populaire européen, et nous avons naturellement des points communs. D’un autre côté, j’ai bien connu Emmanuel Macron quand il était ministre de l’économie, nous avons de très bonnes relations et partageons beaucoup d’idées », a t-il déclaré. Si les mots étaient plus mesurés que la veille, la mise en scène parlait d’elle-même. Dans le foyer plein à craquer du Deutsches Theater de Berlin, M. Schäuble partageait l’affiche avec l’eurodéputée Sylvie Goulard, membre de l’équipe de campagne de M. Macron, avec laquelle il s’est montré d’une totale complicité…

Le coût pour Fillon est indiscutable

Après l’émission, celle-ci se réjouissait d’ailleurs de ce soutien. « Un tel geste de la part du ministre des finances le plus expérimenté de la zone euro est, pour Emmanuel Macron, la reconnaissance d’une crédibilité. C’est un signe important », explique au Monde Mme Goulard.

En France, il n’est pas certain qu’un tel appui ne présente que des avantages pour M. Macron, compte tenu de la réputation qu’y a M. Schäuble, associé aux politiques d’austérité fort peu populaires auprès de toute une partie de l’électorat que compte séduire le candidat d’En marche !

Mais si le gain politique pour M. Macron est discutable, le coût pour M. Fillon est, lui, indiscutable. Au Spiegel, M. Schäuble, pour qui « le pire scénario possible » serait un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, a en effet expliqué qu’il avait fort peu apprécié les « attaques contre la justice » proférées par l’ancien premier ministre. Un sentiment largement partagé outre-Rhin, où l’image du candidat de la droite s’est considérablement dégradée depuis les révélations du Canard enchaîné, publiées vingt-quatre heures après sa venue à Berlin, le 23 janvier, lors de laquelle il avait été reçu par la chancelière, Angela Merkel, ainsi que par M. Schäuble.

Thomas Wieder

Source Le Monde 13.04.2017

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Avec la victoire du oui, la Turquie en pleine régression

5112483_6_c254_le-president-turque-recep-tayyip-erdogan-et_0cdd2220aed6bf65a87fec1892197b4bRéférendum en Turquie : les observateurs internationaux critiquent la campagne

« Les électeurs n’ont pas reçu d’informations impartiales sur les points-clés de la réforme », estime notamment la mission de l’OSCE et du Conseil de l’Europe.

Une mission commune d’observateurs internationaux a estimé, lundi 17 avril, que la campagne pour le référendum constitutionnel en Turquie s’est déroulée dans des conditions inéquitables.

Les observateurs, issus de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et du Conseil de l’Europe, ont critiqué de nombreux aspects du scrutin, à l’issue duquel une majorité de Turcs a approuvé dimanche soir une réforme renforçant considérablement les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan. « Les électeurs n’ont pas reçu d’informations impartiales sur les points-clés de la réforme », estime notamment la mission d’observation dans un communiqué. « De manière générale, le référendum n’a pas été à la hauteur des attentes du Conseil de l’Europe. »

« Le référendum a eu lieu dans un environnement politique dans lequel les libertés fondamentales essentielles à un processus démocratique étaient étouffées par l’état d’urgence », a ajouté Tana de Zulueta, de l’OSCE.

L’opposition demande l’annulation du vote

« Des modifications tardives dans la procédure de comptage [des voix] ont supprimé un important garde-fou », a ajouté Cezar Florin Preda, de la mission d’observation, faisant allusion à la décision des autorités d’accepter les bulletins non estampillés du sceau officiel.

Lundi, le principal parti d’opposition a demandé l’annulation du référendum, en dénonçant des irrégularités. « Il n’y a qu’une seule décision à prendre […] C’est l’annulation du scrutin par le Haut Conseil électoral (YSK) », a déclaré Bülent Tezcan, vice-président du CHP (social-démocrate), cité par l’agence de presse Dogan.

Dès l’annonce des résultats préliminaires, dimanche, l’opposition a dénoncé des irrégularités dans le scrutin. Bülent Tezcan a qualifié sur la chaîne CNN-Türk de « violation » la décision du Haut Conseil électoral (YSK) de valider les bulletins de vote non marqués du sceau officiel. Et le deuxième parti d’opposition, le HDP, a fait savoir sur Twitter qu’il allait contester les votes provenant de « deux tiers » des urnes.

Le Monde.fr avec AFP 17/04/17

AVEC LA VICTOIRE DU OUI, LA TURQUIE EN PLEINE REGRESSION

 

Editorial du « Monde ». Recep Tayyip Erdogan a donc achevé de détruire ce qu’il avait largement contribué à construire : la démocratie en Turquie. Au lendemain du référendum du dimanche 16 avril, le président turc dispose des pleins pouvoirs, ou presque. Le régime politique turc change de nature. Il passe de la démocratie parlementaire à un « hyperprésidentialisme » taillé pour le chef du parti islamo-conservateur AKP. La Turquie s’éloigne de l’Europe pour s’aligner sur la pratique politique moyen-orientale : le mode de gouvernement autoritaire, plus ou moins tempéré.

Un cycle s’achève. Depuis la fin du XXe siècle – d’abord avec le parti laïc de centre gauche CHP puis avec l’AKP –, la démocratie n’avait cessé de progresser dans ce grand pays, membre de l’OTAN et, depuis 2005, candidat à l’adhésion à l’Union européenne. La Turquie, enfin apaisée, semblait à même de jouer un rôle essentiel pour l’équilibre géopolitique et géostratégique de la région. On parlait d’un « modèle turc », qui faisait coexister islam et démocratie et où succès économique – la Turquie est la 15e économie du monde – et dynamisme démographique – 80 millions d’habitants – permettaient à Ankara de tenir sa place dans le groupe des puissances émergentes.

Il en est allé ainsi pendant dix ans ou presque, jusqu’à ce que M. Erdogan, au pouvoir depuis 2003, cède à un tropisme autoritaire de plus en plus prononcé. Cette tendance destructrice n’a cessé de s’accentuer au fil de ces dernières années. Masquant de plus en plus mal sa volonté d’islamiser la société turque et de projeter à l’étranger une forme de politique néo-ottomane, le chef de l’AKP gouverne en autocrate irascible. Au bout de cette dérive, il y a ce projet d’amendement de la Constitution adopté dimanche d’une courte majorité : 51 % des voix.

C’est peu pour changer de fond en comble le régime politique turc et passer du parlementarisme – qui avait bien réussi au pays – à un régime présidentiel boursouflé, où M. Erdogan disposera d’un contrôle total sur l’exécutif et le pouvoir judiciaire et très large sur le législatif. C’est peu pour légitimer ainsi une forme de despotisme constitutionnel, où le jeu des pouvoirs et contre-pouvoirs est réduit à rien ou presque. La Turquie retourne en arrière sous le coup du caprice d’un homme qui, loin d’être plébiscité, divise son pays. La Turquie des villes a voté « non », l’opinion est polarisée comme jamais. Il y a « deux Turquie ».

On dira que le pays vient de traverser nombre de traumatismes : l’atroce et interminable guerre chez le voisin syrien et l’afflux de réfugiés sur le sol turc ; une vague d’attentats meurtriers perpétrés par des cellules locales de l’organisation Etat islamique ; la guerre avec ses propres Kurdes ; la tentative de coup d’Etat militaire en juillet 2016. Tout cela est vrai. L’UE ne le sait que trop, qui compte sur la Turquie pour maîtriser un flux migratoire continu à destination de l’Europe.

Mais, par son aventurisme en Syrie, où il a joué avec l’islamisme radical, par la répression disproportionnée qu’il a déclenchée à l’été 2016, par sa volonté de soumettre la presse et l’ensemble de l’appareil d’Etat, M. Erdogan est largement responsable des malheurs de son pays. Cet homme imperméable à la moindre critique, prompt à injurier ses collègues européens et à dénoncer un « complot global », est maintenant doté d’un pouvoir sur mesure. Ce n’est bon ni pour la Turquie ni pour l’Europe.

Source : LE MONDE | 17.04.2017

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Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Europe, Turquie, La crise politique turque grande menace pour les artistes, La romancière Asli Erdogan en prison, Assasinat de l’ambassadeur de Russie à Ankara, rubrique Politique,

Incontournable Emmanuel Todd : « Les élites sont affligeantes, mais le peuple est décevant »

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Le JDD – Qui est Charlie ?, paru au Seuil en 2015, a suscité une immense polémique.

Emmanuel Todd – Mon modèle expliquait, statistiquement, le comportement de la moitié des manifestants du 11 janvier 2015. Lors de la sortie du livre, des gens qui se pensaient bons, justes et républicains, mais que je décrivais comme égoïstes, islamophobes et antirépublicains, ont fait une crise. J’avais écrit que la France avait fait un gros accès d’hystérie pendant et après la grande manifestation. Quelques mois plus tard, la parution de Qui est Charlie ? a produit un petit accès d’hystérie. N’importe quel psychiatre admettrait que le livre a touché juste. Bien des “Charlie” ont été dévoilés à eux-mêmes.

« Avec Qui est Charlie?, j’ai fait mon devoir d’intellectuel. J’ai fait face à mon pays. »

Comment avez-vous vécu la violence des attaques?

Au-delà de la polémique, je prends acte que j’appartiens au camp des vaincus. Le livre n’a pas redressé la situation. On continue dans l’obsession de l’islam. Les gens que je critique dans le livre, comme Finkielkraut et Zemmour, représentent maintenant l’idéologie dominante. La dernière fois que j’avais vu Alain Finkielkraut, lors d’un déjeuner que vous aviez organisé, nous étions dans deux camps opposés mais de force égale. A l’époque, il souffrait d’un lumbago ; aujourd’hui, il siège à l’Académie française. Et je suis une sorte de paria. Mais je suis fier d’avoir écrit ce livre. Si j’étais croyant, je dirais que je me sens, en tant qu’être humain, justifié par ce bouquin. Quatre millions de personnes ont défilé dans la rue et j’ai écrit : « Non, vous n’êtes pas des gentils. » On m’a beaucoup dit, à l’époque, que j’étais un mauvais Français. Je suis tombé récemment sur un exemplaire de Pour l’Italie (1958), de Jean-François Revel. Il y rappelle que les gens qui représentent la France dans les manuels scolaires ont été souvent de leur temps des parias. La force de la France, c’est de produire des individus qui sont capables de critiquer la France. Face à la violence des réactions, qui m’a rendu malade, je me suis posé des questions. Allais-je devoir être breton, ou redevenir juif ? Finalement, je me suis dit « je vais être vieux » : c’est plus simple et plus réaliste comme identité. Mais le texte de Jean-François Revel, qui fut l’un de mes maîtres, m’a rappelé que j’ai fait mon devoir d’intellectuel. J’ai fait face à mon pays.

La journaliste Elisabeth Lévy vous décrit comme un « brillant savant » doublé d’un « idéologue énervé ».

C’est ça, la grandeur de la France : on peut dire ce que l’on veut et même n’importe quoi.

Comment appréhendez-vous l’élection présidentielle de 2017 ?

Nous sommes en pleine désagrégation du système. L’élection est une pure comédie. La constitution de la Ve République fait en théorie du président un monarque. En vérité, la France est dans la zone euro, nous ne contrôlons plus notre monnaie, nous avons perdu la maîtrise du budget et du déficit, et, à l’heure de la globalisation, notre président n’a plus aucun pouvoir. La France est prisonnière d’une zone euro dont le patron est l’Allemagne. Les gens confondent vote et démocratie, croient que s’exprimer, c’est décider. Mais il faut que le vote représente la nation entière et que le président élu ait un réel pouvoir, et qu’il respecte ses électeurs, pour que l’on soit dans une véritable démocratie. Aucune de ces conditions n’est réalisée. La primaire de la droite a été une mascarade avec un sous-électorat de droite atypique, vieux et riche, se choisissant un thatchérien qui a trente ans de retard. Symétrique, le sous-électorat de gauche a choisi Hamon et sa version revenu minimum du “on rase gratis”. C’est la fête. Tout est permis. Grâce à Hollande, nous savons qu’il n’y a plus d’exécutif en France. Nous allons désigner celui qui va nous représenter à Berlin.

« Les élites trahissent le peuple, mais le peuple est médiocre. »

Vous sentez-vous des accointances avec le programme économique de Marine Le Pen?

J’ai suffisamment pris la défense des Français d’origine musulmane pour que mon rejet de Marine Le Pen soit un fait d’évidence. Et je ne dédouane pas ses électeurs. Je ne suis pas un politicien, et j’ai été libéré de mon patriotisme naïf par la sortie de Qui est Charlie ? Je ne me sens plus obligé de dire que les Français sont merveilleux. Les élites sont affligeantes, mais le peuple est décevant. Les gens du Midi de la France n’ont aucune excuse pour voter FN parce qu’ils ne vivent pas dans le naufrage industriel. Les gens du Midi qui votent Front national doivent être jugés pour ce qu’ils sont : de purs racistes anti-Arabes. Quant aux ouvriers du Nord, ils pourraient lutter pour l’égalité en votant pour Mélenchon. Ils préfèrent en majorité taper sur plus faibles qu’eux, les immigrés, les Arabes. Les élites trahissent le peuple, mais le peuple est médiocre. La société française est un ramassis d’égoïsme et de ressentiment, dans toutes les couches sociales. Les Français se comportent mal et il faut le leur dire. S’ils continuent, l’histoire les punira, par une vraie perte de liberté et une vraie chute de leur niveau de vie.

Dans ce contexte, Marine Le Pen avance une vérité : il faut sortir de l’euro et pratiquer le protectionnisme. Mais la condition première du succès, pour mener à bien un changement aussi drastique, ce serait la solidarité nationale et la fraternité. L’épreuve est à aborder en commun, par tous les Français. Or, parmi les Français, il y a ceux qui sont d’origine arabe ou musulmane. Avant même l’épreuve, le Front national divise la société. À quelle condition pourrions-nous le prendre au sérieux ? Soyons réalistes, laissons-lui son fond de commerce anti-immigrés ; il ne faut pas rêver. On pourrait toutefois prendre Marine Le Pen au sérieux si, à la suite d’une crise spirituelle, elle traçait une ligne claire entre les Français d’origine maghrébine, qui sont des Français pleins et entiers, et l’immigration actuelle et à venir. Le FN ne serait toujours pas gentil, mais il révélerait au moins une envie sérieuse de gouverner.

Pour qui allez-vous voter à la présidentielle de 2017 ?

Lors de la sortie de Qui est Charlie ?, on m’a signifié que je n’étais plus un vrai Français. J’en ai tiré une conclusion logique et me suis d’abord retiré le droit de vote. De plus, le poids des vieux plombe les élections en France et j’ai 65 ans. Pourquoi ne pas donner l’exemple du retrait? M’abstenir ne serait pas une souffrance : aucun des candidats ne m’est totalement compréhensible. Mais nous sommes en phase terminale et peut-être y aura-t-il urgence à voter. Qui sait ? D’emblée, il y a des gens pour lesquels je ne pourrais pas voter comme François Fillon, Marine Le Pen ou Benoît Hamon.

Vous allez voter pour Emmanuel Macron ?

Non, impossible aussi, évidemment. Je ne l’ai pas cité car j’avais oublié son existence. J’ai une sympathie instinctive pour Emmanuel Macron à cause de son mariage inhabituel. Il a été capable de défier le monde sur un sujet grave. Il a eu, à un moment de sa vie, un courage que je n’aurais pas eu. J’ai regardé le débat télévisé. J’ai apprécié son naturel, au milieu de tous ces vieux crabes. Il est exceptionnel d’assurance pour ne rien dire. Mais il a un programme, très clair, amalgame de tous les lieux communs du système bancaire. Le côté sympathique, c’est que la banque n’est pas raciste. Les gens qui ne s’intéressent qu’à l’argent n’ont rien contre les immigrés. Et puis lui aussi veut obéir à l’Allemagne.

« Benoît Hamon légitime l’idée qu’il n’y a pas de problème avec l’euro. »

Vous renvoyez dos à dos Benoît Hamon et François Fillon ?

J’ai une détestation particulière pour Benoît Hamon à cause de son discours sur une quantité de travail limitée qui devrait nous amener à accepter 10% de chômage et faire des Français des assistés. Mais ce taux de 10% est dû à l’appartenance à la zone euro. Benoît Hamon légitime l’idée qu’il n’y a pas de problème avec l’euro. C’est un sous-marin de l’Inspection des finances et du delorisme. C’est aussi un apparatchik archétypal, qui n’a jamais travaillé et produit. Il est normal qu’il ne croie pas au travail, ça ne lui est jamais arrivé. Je ressens le discours de Benoît Hamon comme un facteur de passivité et de corruption morale. Dans le cas de François Fillon, il y a tout ce que l’on sait déjà : il vit dans son monde, il aime l’argent, il est sorti de la réalité… Mais ce qui reste scandaleux, c’est la manière dont la droite n’a pas été capable de s’en débarrasser. Nous nous plaignons de l’incivilité dans les banlieues, mais nous posons-nous la question de l’effet moral sur la jeunesse d’une droite, dite républicaine, qui soutient un candidat mis en examen pour détournement de fonds publics et escroquerie?

Aucun candidat ne trouve grâce à vos yeux ?

Si je décidais de voter, les deux candidats vers qui je pourrais éventuellement me tourner seraient Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan. Ils ressemblent à des êtres humains. Jean-Luc Mélenchon est un homme de gauche, courageux sur la question allemande, mais mou sur les priorités : échapper à l’euro mortifère et passer au protectionnisme raisonnable. Mélenchon papote trop sur des sujets secondaires comme les institutions. Il n’est pas réaliste sur le plan géopolitique. Sortir de l’Otan ? Surtout pas ! Si l’on veut échapper à Berlin, il va falloir s’appuyer sur Washington. C’est juste le moment d’être pro-américain. La réflexion de notre gauche sur les États-Unis frôle le degré zéro : « Trump est méchant. » Aucun intérêt. En ce qui concerne Dupont-Aignan, sa constance patriotique force l’admiration et il a une netteté comme personne qui manque à Jean-Luc Mélenchon. Il y a un problème pour moi avec Dupont-Aignan : il est de droite et je suis de gauche. Mais j’adorerais que les électeurs de droite, touchés par la grâce patriotique et sociale, votent en masse pour Nicolas Dupont-Aignan !

« Pour ce qui concerne la compréhension de la dynamique historique générale, j’ai plutôt assuré. »

Le clivage droite/gauche ne serait-il pas remplacé par un clivage fermé/ouvert ?

Toute personne doit se situer sur deux axes : le patriotisme et le clivage droite/gauche. Je suis patriote et de gauche. Je n’ai par ailleurs aucune leçon d’ouverture au monde à recevoir : j’ai été formé à la recherche en Angleterre, 95% des livres que je lis sont en anglais, un tiers de mes e-mails sont avec des Japonais. Voici bien l’ultime escroquerie : ceux qui évoquent le clivage fermé/ouvert se pensent évidemment ouverts. Mais ces types représentent en général la quintessence de la franchouillardise. Ils ignorent le monde, le retour général au protectionnisme, notamment aux États-Unis, qui ont pourtant lancé le libre-échange. Partout, hors de France et d’Allemagne, on considère la zone euro comme le boulet de l’économie mondiale. Il y a plus d’ouverture au monde dans un syndicaliste CGT que dans Pascal Lamy, ex- “patron” de l’Organisation mondiale du commerce.

Comment vit un intellectuel en politique?

Je suis un chercheur. Pour ce qui concerne la compréhension de la dynamique historique générale, j’ai plutôt assuré : j’ai prédit, entre autres, l’effondrement du système soviétique, l’affaiblissement du système américain, les révolutions du monde arabe, le dysfonctionnement de l’euro. Mais s’il y a un domaine dans lequel j’ai montré ma totale incompétence, c’est bien la perception des individus. Comme psychologue, je suis nul. Je suis un chercheur en chambre et un introverti contrarié. Je ne sens vraiment bien les êtres humains qu’à travers des agrégats statistiques. Ainsi, toute ma vie, j’aurai surestimé le niveau de moralité des politiques et le sens de l’humour des Français. Comprendre les individus, c’est le principal, et c’est pour ça que sur ma pierre tombale, j’aimerais comme épitaphe : « Je n’ai rien compris, mais c’était génial. »

Pierrick Tillet

Source : Le JDD 09/04/2017

Voir aussi : Rubrique Livre, rubrique Politique,

Wilders ne quitte pas la scène

Manifestation contre le projet d’accueil de 500 réfugiés, à Heesch, aux Pays-Bas, le 18 janvier 2016. / Robert Vos /AFP

Manifestation contre le projet d’accueil de 500 réfugiés, à Heesch, aux Pays-Bas, le 18 janvier 2016. / Robert Vos /AFP

Le démon du populisme de droite aux Pays-Bas est loin d’être conjuré, pense pour sa part Corriere del Ticino :

«On aurait tort de sous-estimer la ‘wilderisation’ de la politique néerlandaise. Le parti d’extrême droite de Wilders pourrait continuer à séduire les électeurs d’un pays nouveau, qui n’est plus le pays de la tolérance que nous connaissions. Les Pays-Bas sont devenus un pays qui juge insuffisantes les réponses apportées par les partis traditionnels aux thèmes de la crise des réfugiés et de l’intégration européenne, par exemple. Mais surtout, il ne faut pas sous-évaluer le fait que Wilders – indépendamment de la question de ses compétences et de la réelle possibilité de gouverner – continuera d’incarner le prototype du parti post-politique – sans base, sans membres, sans programme et sans structures. Un parti qui, grâce à l’alliance informelle avec d’autres dirigeants ultranationalistes en Europe, reste une formation dont la politique néerlandaise ne parvient pas à se débarrasser.»

Gerardo Morina

Source : Corriere del Ticino (Suisse)

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique UE, rubrique  De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité, rubrique Pays-BasComment expliquer la réussite de Wilders aux Pays-Bas ?, rubrique Europe, L’Allemagne  face à la montée de l’extrême droiteL’extrême-droite remporte l’élection au Danemark, L’Europe, bras ballants devant la transgression de ses valeurs, rubrique Politique, rubrique Société, Mouvements sociaux, Citoyenneté, rubrique Rencontre, Camille Tolédo « Faire face à l’angle mort de l’histoire » ,