Congrès PS : ce texte que les ministres auraient dû mieux lire avant de signer

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Le Joker Macron qui n’a pas sa carte au PS…
DÉCRYPTAGE

Tous les socialistes du gouvernement ont apposé leur nom sur la motion Cambadélis. A lire le détail, ils se sont engagés à beaucoup d’ici la fin du quinquennat…

C’est le titre du dernier paragraphe : «Les orientations de notre congrès devront avoir prise sur le cours du quinquennat.» On le trouve à la fin de la «motion A», ce texte d’orientation porté par le Premier secrétaire sortant du PS, Jean-Christophe Cambadélis, pour le 77e congrès du PS à Poitiers et… signé par tous les ministres socialistes du gouvernement. Le premier d’entre-eux compris. Et à quoi se sont-ils engagés en le signant ? Si personne ne trouvera à redire aux chapitres «écosocialisme», «égalité réelle», «accès à la culture» ou encore «santé partout et pour tous», d’autres points sont en contradiction avec les prises de positions récentes de certains ministres. De quoi rappeler, dans les deux ans à venir, aux locataires de Bercy et de la rue de Grenelle (voire de la Commission européenne puisque Pierre Moscovici a aussi signé) ce que les parlementaires PS seront censés porter. Car, sur ce point, le texte est clair : «Les parlementaires devront en faire une référence pour guider leur action. De même, les grands textes de loi devront donner systématiquement lieu à un débat avec vote en conseil national». Morceaux choisis.

Sur le pacte de responsabilité

Si cette motion garantit le cadre du pacte de responsabilité, elle émet un bémol. «Les engagements ne semblent pas, à ce stade et par toutes les branches professionnelles, respectés», est-il écrit. Conséquence: «Si cette situation est confirmée par l’évaluation nationale, nous estimons que les 15 milliards du pacte qui restent à utiliser devraient dorénavant l’être plus directement pour favoriser l’emploi, l’investissement privé productif et les investissements publics.» Suffisant pour réallouer les sommes destinées à baisser les «charges» des entreprises ? A voir… Et si un premier passage demandant des «contreparties» a été supprimé, les ministres de Bercy s’engagent ainsi à «mieux cibler les dispositifs d’intervention pour les entreprises qui en ont un réel besoin – et d’abord les PME et ETI industrielles, ainsi que les secteurs exposés à la concurrence internationale – et sur les leviers réellement utiles à la compétitivité comme la recherche, l’innovation, la formation.»

Sur la fiscalité

«Plus que jamais, la grande réforme fiscale que nous avons voulue doit être menée à bien.» Au temps de Jérôme Cahuzac, on nous avait pourtant expliqué que cette réforme fiscale était «faite». Pas totalement apparemment… Le texte ressuscite donc l’engagement de campagne du candidat Hollande. Et il ne reste plus que le budget 2016 (discuté au Parlement à l’automne 2015) pour le tenir : «Pour les ménages, nous souhaitons que le chantier de l’impôt citoyen soit engagé dès le projet de budget pour 2016 par un prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu et une réduction de la CSG sur les premières tranches de revenus, est-il écrit. Lisible pour le contribuable, cette première étape permettra de poser le socle du rapprochement entre l’impôt sur le revenu et la CSG.» On attend donc Christian Eckert et Michel Sapin – tous deux signataires – lorsqu’ils présenteront le prochain projet de loi de finances.

Sur le contrat de travail

Passons au ministre du Travail, François Rebsamen. En signant ce texte, finie l’idée du contrat unique ou de tout autre nouveau contrat : «Les règles qui le régissent, qu’il soit à durée déterminée ou indéterminée, doivent permettre une sécurité pour les salariés et combattre la précarité qui les frappe, est-il rappelé. Ainsi une réforme telle que le contrat unique ou l’extension des contrats de chantiers à d’autres secteurs que le bâtiment, et a fortiori à l’ensemble des secteurs, est pour nous exclue.» Ça ne peut pas être plus clair.

Sur le «repos dominical»

Ce dossier concerne Rebsamen mais aussi le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. Lequel, certes, n’a pas sa carte au PS… Sa loi sur la «croissance et l’activité» doit revenir à l’Assemblée avant l’été ? Le texte – qui engage donc les députés – est limpide : «Nous sommes opposés à une nouvelle extension du travail du dimanche.». Exit en principe les 12 dimanches travaillés présents dans la loi ? En tout cas, cette motion reprend les arguments défendus par les opposants à cette extension, Martine Aubry en tête : «C’est d’abord un choix de société. La consommation ne peut être l’alpha et l’oméga de nos vies. Le dimanche doit d’abord être un moment du vivre ensemble. C’est une question de protection des salariés les plus fragiles pour lesquels la liberté de choix n’existe pas réellement, de protection des petits commerces qui restent souvent les dernières activités présentes dans les quartiers en difficulté et dans les zones rurales désertifiées.» A suivre dans l’hémicycle…

Sur la «réorientation» européenne

Enfin, pas sûr que cette motion soit allée jusqu’à Bruxelles… Car ce texte engage aussi le commissaire européen, Pierre Moscovici, chargé des Affaires économiques, monétaires et de la fiscalité… donc de faire respecter la réduction des déficits. Or, cette motion demande à ce que «les disciplines budgétaires» soient «assouplies» et qu’«une part des investissements d’avenir [soient] exclus du calcul des déficits». L’Union bancaire doit être parachevée, «notamment par la garantie européenne des dépôts des épargnants», demandent aussi ces socialistes. Quant au plan Juncker, Moscovici trouve donc aussi qu’il est sous-doté et souhaite que «sa capacité de prêt [soit] portée à 200 milliards d’investissements par an (contre 100 actuellement prévus)». Le texte plaide enfin aussi «pour une initiative forte en Europe en vue d’une directive ambitieuse de séparation des activités des banques d’investissement et des banques de dépôt». Ce que Moscovici, lorsqu’il était à Bercy, a enterré.

Lilian ALEMAGNA

Source Libération :14/04/2015

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Politique, Politique économique, rubrique UE,

Et l’intégrisme économique, on le combat ?

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Selon le dictionnaire Larousse, l’intégrisme est « une attitude et une disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ».

Si une bataille s’engage contre l’intégrisme religieux et ses idées rétrogrades, un autre intégrisme sévit, plus sournoisement, avec l’appui des principaux responsables politiques et des milieux d’affaires. Cet intégrisme, économique celui-là, n’a pas eu besoin de recourir à des moyens barbares pour s’imposer.

Mais, comme l’intégrisme religieux, il défend une tradition, en l’occurrence l’économie néo-libérale, les dogmes sur lesquels elle repose et refuse toute évolution. Les dix commandements de la bible économique néo-libérale sont d’ailleurs bien connus :

  • (1) l’austérité budgétaire tu prôneras ;
  • (2) la dépense publique tu diminueras ;
  • (3) plutôt que les plus riches, les pauvres tu taxeras ;
  • (4) la libéralisation financière tu assureras ;
  • (5) une banque centrale indépendante tu chériras ;
  • (6) le marché tu vénéreras ;
  • (7) la compétitivité tu promouvras ;
  • (8) la privatisation de l’économie tu organiseras ;
  • (9) la déréglementation tu favoriseras ;
  • (10) la propriété privée tu défendras.

L’intégrisme économique a un dieu qu’il vénère : le marché ; et de nombreux prédicateurs médiatiques qui ont pour mission de convaincre les foules de la bonté de ce dieu et, pour les récalcitrants, de nier toute alternative et de promettre l’enfer, sur terre cette fois-ci, à ceux qui douteraient de la véracité des tables de la loi économique.

Il a aussi ses théologiens dont l’un des principaux est Milton Friedman. Bernard Maris rappelait d’ailleurs que « dans un article qui a fait un tabac dans la profession, [Friedman] a avancé la thèse qu’une théorie ne devait pas être testée par le réalisme de ses hypothèses, mais par celui de ses conséquences. Autrement dit, peu importe de faire l’hypothèse que la Terre est plate, tant que ça vous permet d’aller où vous voulez à vélo… Vous pouvez même supposer que la Terre est creuse comme un bol, si vous sentez que votre vélo descend »…

Vive la concurrence… mais pas celle des idées

La « pseudo »-science économique, qui manipule les hypothèses à sa guise et s’arrange avec la réalité si cela lui permet d’asseoir son pouvoir, relève donc plus du domaine de la foi que de la science. Elle est servie idéologiquement par une corporation qui cherche à éradiquer les économistes « hérétiques », que l’on qualifie d’hétérodoxes. Ces gardiens du temple, qui prônent à longueur de temps les vertus de la concurrence, refusent pourtant celle qui devrait s’exercer sur le marché des idées.

En effet, une bataille s’est engagée en France entre les économistes « orthodoxes », défenseurs de la doxa néo-libérale, et les « hétérodoxes » qui militent pour que d’autres approches économiques puissent être développées, discutées et enseignées.

Ces derniers sont actuellement en voie de disparition comme le rappelle l’Association française d’économie politique (Afep) : « Les statistiques montrent que, sur la période 2005-2011, sur 120 recrutements de professeurs, on ne compte que 6 économistes appartenant à des courants minoritaires ».

Etouffer la contestation de l’intérieur

La section 5 du conseil national des universités (CNU), qui conditionne l’entrée et les promotions dans la carrière universitaire en économie, fait preuve d’une grande ouverture d’esprit… C’est pourquoi l’Afep mène la bataille de la défense du pluralisme. Puisque le débat d’idées n’est pas possible au sein de la section actuelle, les intégristes rejetant toute évolution, il a été demandé au ministère de tutelle de créer une autre section au sein de laquelle l’économie pourrait dialoguer sereinement avec les autres sciences sociales, ouvrant ainsi un nouvel espace intellectuel qui ne supprimerait aucun de ceux qui existent.

Après avoir acté cette création en décembre 2014, le ministère est revenu sur sa décision début janvier 2015. Dans l’intervalle, les représentants de l’ordre établi sont montés au créneau afin de tuer dans l’œuf toute remise en question du dogme. Jean Tirole, fort de ses nouveaux galons de « prix Nobel d’économie », a pris la plume afin de dire à la ministre tout le mal qu’il pensait de ce désir de pluralisme. Pour lui, la volonté de s’émanciper de l’orthodoxie « promeut le relativisme des connaissances, antichambre de l’obscurantisme ». Rien que ça…

On reconnaîtra ici aisément l’artifice consistant à accuser son adversaire de ses propres turpitudes. Le président de la section 5 du CNU, Alain Ayong Le Kama, n’est pas en reste. Pour lui, la revendication des hétérodoxes est « très idéologique ». La quasi-totalité des 20 doyens de facultés d’économie s’opposent aussi à ce projet, affirmant que « cette nouvelle section “ fourre-tout ” va essentiellement servir à caser les “ ratés ” ou “ frustrés ” du système universitaire ».

L’intégrisme n’a jamais brillé par sa tolérance. Mais pourquoi les orthodoxes veulent-ils conserver avec eux cette bande d’économistes ratés ? La raison est simple : il faut contrôler toute contestation et il est plus facile de l’étouffer de l’intérieur.

Grèce : étouffer toute stratégie autre en Europe

Le pouvoir d’envoûtement de l’intégrisme économique est puissant puisque la très grande majorité de la classe politique européenne est sous sa coupe comme nous le montre aujourd’hui le traitement de la « question » grecque. Que demande aujourd’hui la Grèce d’Alexis Tsipras ? Que l’on desserre l’étreinte qui étrangle sa population depuis plus de cinq ans et mène à la catastrophe. En effet, le PIB de la Grèce a baissé de 25% depuis 2008 tandis que les salaires et les pensions ont diminué de 40%, tout comme les dépenses de santé et d’éducation. Le taux de chômage dépasse les 25%. La dette, que les politiques imposées par la Troïka (Commission européenne, BCE et FMI) étaient supposées réduire, est passée de 110% du PIB en 2008 à… 175% aujourd’hui.

L’hostilité affichée par les « partenaires » européens à l’égard des propositions du gouvernement grec qui n’ont, de l’aveu de beaucoup, rien de révolutionnaire, est symptomatique de cet intégrisme économique qui cherche à étouffer l’ébauche de toute autre stratégie au sein de l’Union européenne.

La Commission européenne a cherché par exemple à stopper le projet de loi sur « l’urgence humanitaire » promis par Syriza. Tandis que près d’un quart de la population grecque vit sous le seuil de pauvreté, le but était « d’apporter une assistance d’urgence à ceux qui en avaient le plus besoin. (…) Le projet de loi prévoyait d’accorder une allocation logement de 70 à 220 euros à 30.000 personnes (…). Il envisageait une aide alimentaire pour 300 000 personnes et le rétablissement, jusqu’à la fin de l’année, de l’électricité pour les ménages qui se l’étaient vu couper faute de moyen pour payer les factures. Rien de plus. Le coût de cette action était estimé à 200 millions d’euros. Autrement dit, une somme négligeable sur le plan budgétaire. »

Terrorisme intellectuel

Cette stratégie vise à démolir le nouvel exécutif grec ou à le faire rentrer dans le rang afin qu’aucun autre pays en difficulté n’ait à l’avenir l’idée de remettre en question le dogme néo-libéral. Elle est servie par un discours bien rôdé faisant de l’égoïsme et de l’enrichissement personnel les valeurs cardinales de nos sociétés dites modernes tandis que la lutte de chacun contre tous est supposée conduire au bonheur généralisé. Ainsi, ce terrorisme intellectuel a gangréné nos esprits et nous conduit aujourd’hui à accepter l’idée que le pauvre, le chômeur ou l’exclu sont les uniques responsables de leur sort, justifiant ainsi de les laisser se débrouiller aux marges de la société.

Comme l’intégrisme religieux, l’intégrisme économique promeut des valeurs rétrogrades et nous invite à souffrir aujourd’hui afin d’atteindre un bonheur illusoire sans cesse différé. Le combattre est un devoir.

Par Eric Berr (Economiste atterré)

Source Rue 89 23/03/2015

La mobilisation des peuples

tourmente-grecque-filmDocumentaire. Dans la tourmente grecque ce soir au Cinéma Diagonal.

Le journaliste montpelliérain Philippe Menut est le réalisateur de La Tourmente grecque. Une enquête à la fois humaine et économique sur les causes et les conséquences de la crise grecque. Il livre son analyse de l’arrivée de Syriza au pouvoir.

Comment analysez-vous la victoire de Syriza ?

Syriza était déjà le premier parti en Grèce. La nouveauté c’est qu’il a pu constituer un gouvernement pour se battre contre l’austérité. La situation sociale est effroyable. Le chômage a été multiplié par trois en quatre ans, les retraites ont baissé de 25% le service public est abandonné. Les gens ne peuvent plus se loger, se soigner et s’éduquer. Syriza représente un espoir de sortie.

Avec une marge de manoeuvre étroite ?

Oui le gouvernement fait face à la fois aux banques d’affaires et aux fonds spéculatifs, et à l’oligarchie européenne.

Après l’élan de joie qui dépasse les frontières, court-on vers une désillusion ?

Le prolongement de cette victoire ne dépend pas seulement du bulletin de vote, il relève aussi de la mobilisation populaire. Avec 11 millions d’habitants, la Grèce est un petit pays qui ne représente que 3% du PIB de l’UE mais c’est un symbole important. Tsipras et son équipe doivent appeler à un appui populaire et ne pas tomber dans le piège des compromissions. Ce qui n’est pas évident car le système politique est comme chez nous assez perverti. Mais depuis six mois Syriza a fait un sans faute. Aujourd’hui leur position est subtile, ils ne s’opposent pas  à l’UE mais remettent en cause ce qui est contre le peuple grec.

En se rapprochant de la Russie, Syriza se ménage aussi une porte de sortie avec les BRICS…

C’est une composante du rapport de force avec une incidence sur les mécanismes de l’UE dans la mesure où les positions doivent être validées à l’unanimité. Cela ne signifie pas pour autant un engagement pro russe sur le dossier de l’Ukraine. La Grèce ouvre aussi le dialogue avec le Brésil.

A quoi tient la stratégie d’alliance avec les Grecs indépendants ?

Au sein du parlement, sur la base du combat contre l’austérité, Syriza pouvait s’allier aux communistes du KKE qui ont refusé ou avec le Centre droit patriot. On voit dans le film Panos Kammeros, le chef de ce parti, interpeller le gouvernement sur un détournement du fond de soutien vers les hedge funds avec beaucoup de virulence. Les grecs indépendants sont complètement opposé au parti d’extrême droite Aube dorée. Il ne sont pas pour la sortie de l’UE.

Comment analysez-vous la positon embarrassée du PS ?

Hollande vient de rencontrer Merkel sur le sujet. Il ne prendra pas position pour Syriza. Il veut apparaître comme un intermédiaire. Je pense qu’il va jouer le rôle du gentil et Merkel celui de la méchante. On va vers une Pasokisation du PS français qui est dans une position intenable ou du moins tenable vis à vis des marchés financiers mais pas du peuple…

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Ce soir La tourmente grecque à 19h45 au cinéma Diagonal suivie d’un débat avec Philippe Menut qui part en mars à Athènes pour réactualiser son film.

Source : L’Hérault du Jour 02/02/2015

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique UE, Grèce, BRICS, rubrique Politique, Politique Internationale, rubrique Cinéma,

En France, le PS gêné par la victoire de Syriza

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Au Parti socialiste, l’embarras se traduit souvent par une économie de mots. Pour résumer la position de son parti sur l’élection législative du dimanche 25 janvier en Grèce, le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, donne dans la formule : « Nous sommes inconditionnellement pour la victoire de la gauche rassemblée. » La probable victoire de Syriza place les socialistes face à un dilemme de taille. D’un côté, la difficulté de soutenir Alexis Tsipras, le chef de file de cette gauche radicale décomplexée, qui veut mettre fin à l’austérité et renégocier la dette, en contradiction complète avec les positions de François Hollande sur la scène européenne et intérieure. De l’autre, l’impossibilité de se ranger aux côtés d’Antonis Samaras, le premier ministre conservateur sortant, symbole d’une droite « austéritaire » que le PS combat en Europe.

La gauche française pâtit de l’effondrement de son allié traditionnel, le Parti socialiste panhellénique (Pasok), miné par les affaires de corruption et coupable aux yeux des électeurs d’avoir participé à la coalition avec les conservateurs. Georges Papandréou, l’ancien premier ministre et actuel président de l’Internationale socialiste, s’en est allé de son côté fonder un nouveau parti social-démocrate.

« Tsipras a levé un espoir dans son pays »

Selon les derniers sondages, les socialistes pourraient tout simplement être balayés du Parlement. Un scénario noir pour le PS, qui espère qu’en dernier lieu Syriza aura besoin d’une alliance avec les socialistes pour former une coalition majoritaire. Dans les dernières projections de l’institut Alco, le parti de la gauche radicale, en bénéficiant de la prime de 50 députés accordée à la formation arrivée en tête, pourrait obtenir 147 sièges sur 300. Un accord pourrait être envisagé avec le Dimar, petit parti de gauche qui devrait gagner quelques sièges. « Nous pensons qu’il faut qu’il y ait une alliance entre les partis de gauche, car Syriza ne sera pas majoritaire seule, veut croire M. Cambadélis. Un gouvernement minoritaire, ce serait déraisonnable. »

L’hypothèse d’un parti de la gauche radicale qui parvient seul au pouvoir en Europe n’enchante pas les responsables socialistes. Lundi 19 janvier, le Front de gauche, une partie des écologistes et quelques élus de l’aile gauche du PS ont tenu meeting commun à Paris en soutien à Syriza. L’ébauche pour certains d’une alliance alternative au sein de cette gauche, où la politique économique menée par François Hollande ne fait pas l’unanimité. Jean-Luc Mélenchon, proche d’Alexis Tsipras, pousse dans ce sens.

Nombreux sont également les socialistes qui, à la gauche du parti, se réjouissent de la percée de Syriza. « Tsipras a levé un espoir dans son pays et dans toute la gauche européenne, estime Emmanuel Maurel, député européen et chef de file de l’aile gauche du PS. C’est révélateur de la faillite des partis traditionnels, englués dans les politiques d’austérité, sans imagination ni capacité de résistance. Syriza porte un discours socialiste traditionnel qui s’assume, et pas du tout radical. »

Minimiser la contagion

Pas question pour autant parmi les dirigeants du PS de faire des parallèles avec la situation française. « C’est à nous d’inventer notre propre modèle », tempère M. Maurel. « Si Syriza existe en Grèce, c’est parce qu’il y a eu un effondrement du Pasok, ce n’est pas le cas en France, rappelle Carlos Da Silva, porte-parole du PS et proche de Manuel Valls. Le PS a vocation à organiser durablement le débat à gauche, dans le respect de ses partenaires. »

Pour minimiser le risque de contagion, les responsables socialistes mettent volontiers en avant la mue que Syriza aurait effectuée avant de prétendre diriger le pays. Malgré son hostilité aux traités européens actuels, le parti ne prévoit notamment pas de sortie de l’euro dans son programme. « Il n’a échappé à personne que le discours de Syriza a totalement changé », assure Carlos Da Silva. A la direction du PS, on veut même croire à un effet positif sur le rapport de forces en Europe, à l’heure où la France plaide pour une politique de l’investissement. « Cela renforcera ceux qui sont pour la relance en Europe et pour la croissance, explique M. Cambadélis, qui assure que « le programme de Syriza est plus proche de celui du Pasok que de celui du Front de gauche ».

Mais face à la volonté de M. Tsipras de renégocier la dette et d’en effacer une partie, les dirigeants socialistes bottent en touche. François Hollande lui-même, qui a défendu le plan d’austérité en Grèce aux côtés de la chancelière allemande, Angela Merkel, n’a pas voulu s’exprimer sur le résultat de l’élection. Tout juste a-t-il glissé : « Les gouvernants auront à respecter les engagements pris. » Si les sondages se révèlent exacts, M. Hollande pourra en discuter de vive voix avec Alexis Tsipras dans les semaines à venir.

Nicolas Chapuis

Source Le Monde 24/01/2015

Voir aussi : Rubrique Politique, rubrique UE Grèce, Espagne La leçon de communication politique de Pablo Iglesias, On line ; Grèce : victoire historique de la gauche radicale,

L’Allemagne: bancale, en équilibre instable ?

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La Chancelière a tonitrué comme jamais à l’occasion d’interviews programmatiques: les budgets doivent être équilibrés, les latins doivent comprendre ce que « équilibrer » veut dire en Allemand. En tout cas, cela ne peut pas vouloir signifier « remettre à demain ». Équilibrer, c’est tout de suite, avec conviction et volonté. C’est faire comme les Allemands des réformes Schroeder. C’est creuser profond pour renforcer les fondations même s’il faut envoyer des petites mains mal payées, sans SMIC et sans protection sociale avec des contrats de travail gentiment traficotés pour pouvoir se débarrasser sans trop de difficultés des insuffisants ou du manpower en surplus. L’Allemagne n’a-t-elle pas enfin, après des années de travail sur elle-même, trouvé cette équilibre budgétaire qui fait les bonnes dépenses publiques et qui donne le sentiment à la masse des imposables que l’argent versé est bien utilisé?

Les saines fondations du Bunker…

Il est fermement établi et accroché dans le sol. Il ne risque pas d’être emporté comme une vulgaire digue néerlandaise ou submergé comme des centrales nucléaires japonaises?

C’est un fait que l’Allemagne a su d’année en année en venir enfin à un budget équilibré. Le mot « enfin » a un sens fort car pendant de nombreuses années les Allemands ont connu la même dérive des dépenses publiques que la France, au point qu’en 2011, Claude Junker pouvait s’exclamer que les pays les plus endettés n’étaient pas ceux qu’on croyait et que l’Allemagne qui avait atteint un niveau impressionnant de dettes accumulées pour financer ses déficits faisait jeu égal avec la France. A cette époque, l’Allemagne était le troisième pays le plus endetté du monde. Si cette information n’était pas venue d’Eurostat, si l’Allemagne de l’Est avait encore existé, on aurait dit qu’il y avait là une manœuvre fétide destinée à saboter le modèle allemand! D’évidence ce n’était pas le cas, les déficits budgétaires qu’il avait fallu re-financer étaient les fautifs comme en France, comme aux Etats-Unis etc. En particulier, se trouvaient en cause les plans de relance sur financement publics pour éviter que 2008 se transforme en clone de 1929. Ainsi, entre 2007 et 2010, la dette publique allemande avait bondi de 64,9% du PIB à 83,2%. Quant à la France, elle passait de 63,9% à 81,7%!!!! Un comble: le taux d’endettement de l’Allemagne était supérieur à celui de la France.

Mais ça c’est le passé. Un passé douloureux, certes, que ce demi-siècle de budget déséquilibré. En 2014, le gouvernement allemand a tranché sur ses mauvaises habitudes. Le projet de budget est à l’équilibre. Une première depuis 1969. Jouent à plein dans ce rééquilibrage du budget, la fin de la prise en charge de l’Allemagne de l’Est, la fin du désarmement de fait de l’Allemagne, résultat de l’effondrement de l’Union Soviétique, la diminution de la prise en charges sociales, dont, en particulier, celle du chômage et enfin, la compression violente des dépenses publiques en infrastructures, équipements publics, hôpitaux etc. Après avoir été présentée comme l’homme malade de l’Europe, l’Allemagne a pu capitaliser sur tous ces efforts, dont ceux qui venaient directement des mesures dites « loi Hartz ». L’Allemagne récolterait donc maintenant le double effort qu’elle a mené sur elle-même, effort sur l’organisation du travail et celle du non-travail, d’une part, effort, d’autre part, sur les dépenses exposées pour le « confort de la société », éducation, santé, infrastructures routières etc.

Le bunker est installé sur du sable

Si on veut vraiment descendre dans les tréfonds, un peu plus bas que la cave, vers les quelques tonnes de béton qu’on a insufflé pour que le bunker tienne bien, on devrait s’inquiéter: ce rééquilibrage fait plus bidouille qu’efforts créatifs. Si on prend la régression du chômage tel que comptabilisé dans les statistiques allemandes, on invoquera, si on est optimiste, la bonne gestion des dépenses « sociales », le retour au travail des paresseux (il y en aurait même en Allemagne) et la croissance allemande; si on est pessimiste, on dira qu’il n’est pas bien difficile de réduire les dépenses relatives au chômage des jeunes par exemple quand on sait qu’en matière de jeunes, l’Allemagne est plutôt en fort déclin et que la remise à plat des structures du marché du travail et de dépenses sociales dans les dix années qui ont précédé la crise, ont largement profité de la croissance de l’ensemble de l’Union Européenne.

L’évolution de la population active fournit des informations intéressantes sur le caractère très approximatif du bel équilibre allemand. En France, sur la période 1991-2013, la population active a cru de 15,7%. En Allemagne, 8,5%. Écart « en faveur » de la France: 400.000. Même constatation pour les emplois qui sont en progression de 13,7% en France contre 8,7% en Allemagne. Décidément, si les Allemands sont très forts pour le fameux marché de l’emploi, cela pourrait bien tenir à ce qu’il s’y trouve de moins en moins de « travailleurs »!

La preuve par un calcul « absurde »: imaginons que l’Allemagne ait « fait » aussi bien que la France, imaginons que la progression de la population active allemande se soit calquée sur la vitesse de progression de la France: résultat, l’Allemagne aurait eu 5 millions de chômeurs en plus!!! Soit le même taux que la France!!! et sachant qu’on « oublie » ici que les calculs du chômage en Allemagne tiennent compte des curieux contrats « un euro » qui permettent de sortir un nombre important de chômeurs des listes des demandeurs d’emploi.

L’équilibre au présent sacrifie le futur

Les fissures dans les fondements ont parfois quelques agréments: l’Allemagne, comme la plupart des pays en régression démographique, a la chance d’économiser des masses considérables d’argent. On apportera une autre preuve par l’absurde sur ce point en imaginant que les Allemands aient connu le même taux de progression démographique que les Français entre 2000 et 2013: le résultat aurait été impressionnant, la population allemande aurait progressé de 6.5 millions d’habitants. En 2013, les charmants bambins n’ont pas encore contribué à faire progresser le revenu national. En revanche, ils pèsent sur les revenus de leurs parents et coûtent à leur gouvernement (c’est-à-dire à leurs parents à nouveau).

En faisant un calcul simpliste c’est-à-dire en s’appuyant sur la dépense publique par habitant selon le budget 2015, soit environ 4 100 euros par an, on conclurait que le surcoût de ce dynamisme démographique se situerait à environ 26 milliards d’euros soit des dépenses publiques 2015 supplémentaires de 8%… Autant dire que le Budget serait plus déséquilibré encore que le budget anglais, qui a le singulier privilège de pulvériser le déficit français! Encore est-on ici dans une mesure approximative car, une population « jeune » progressant à cette vitesse, comme en France, induit des dépenses sociales, santé, éducation, soins maternels et infantiles, supérieures à ce qui est nécessaire à une population largement constituée de personnes entre 18 et 65 ans. Le budget moyen par habitant en serait naturellement impacté. Au surplus, on n’a pas mesuré la demande d’investissements en logements et son impact en infrastructures. Donc, les 26 milliards sont la zone incompressible à la baisse. 40 milliards seraient plus justes en tenant compte de la profonde modification de la structure économique allemande globale en raison de ce rééquilibrage démographique drastique.

L’insuffisance démographique conduit à un besoin accru en main d’œuvre étrangère? Eh bien voilà qui est simple, les 40 milliards ont été financés par les voisins!!! C’est la forme budgétaire de la stratégie du coucou.

Complétons dans la recherche des fissures ou des malfaçons caricaturales qui fragilisent les fondations du bunker: il manque à l’Allemagne des têtes et des bras. Prenons simplement les têtes, c’est-à-dire les ingénieurs, les techniciens, les diplômés en tous genres qui constituent cette classe de salariés supérieurs. 200.000 par an serait le besoin annoncé: or, les études internationales montrent qu’un diplômé de l’enseignement supérieur « coûte » 100.000 euros par an pendant quatre ans. L’importation, gratuite, de cette denrée rare représente donc une sérieuse économie pour le budget allemand: 20 milliards! Décidément, si l’Allemagne avait une démographie « à la française », le coût finirait par en être exorbitant! Elle ressemblerait à un vrai pays latin!

Et les fissures deviennent des lézardes

Faut-il compléter? On ne dira rien sur l’effondrement des dépenses d’investissement public: après tout, les voitures allemandes sont d’une qualité telle que les nids de poule sur les autoroutes ne sont que des taupinières face des panzers!!! Peut-être, si les Allemands avaient plus de jeunes, que la demande de culture serait plus importante. On n’en parlera pas, c’est trop français, et ça sent trop l’exception culturelle. Ce n’est pas une obsession allemande. On a évoqué les Panzers? L’Allemagne combien de divisions? De moins en moins, peut-être à cause de la démographie, sûrement à cause des dépenses militaires aussi effondrées que le mur de Berlin.

En prenant ici, en prenant là, par exemple, le refus de soutenir les idées et valeurs de l’Europe en Afrique ou au Moyen-Orient, ce sont des petits milliards qui s’ajoutent aux petites centaines de millions qui font toucher du doigt que le bunker n’est pas si solidement posé, il serait tout de guingois, il vacillerait aussi. Son équilibre est mal assuré dans le court terme va devenir douteux dans la longue durée. Sans compter que la troupe qui le tient est en voie de réduction et, qui plus est, de moins en moins satisfaite et de moins rassurée.

Ancien dirigeant de la banque HSBC
Source : Huffington Post 10/12/2014
Voir aussi : Rubrique Economie, UE, Allemagne,