La France au bord du burn-out… et nos résignations

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Par Cyrille de Lasteyrie, alias Vinvin

J’ai atteint un tel niveau d’exaspération politique que j’ai l’impression d’être au bord du burn out. Chaque jour je prends directement dans le ventre la honteuse réalité. Je vis dans un pays malade de partout, avec à sa tête des petits Français, élus par la magie de tous nos renoncements, assis sur leurs privilèges, vidant les caisses à tour de rôle et à tours de bras sous nos yeux ébahis, se moquant allègrement de nos conversations et de nos avis, s’octroyant des primes, des salaires, des taux, des toits et des avantages généreux, inventant des lois scélérates sous la panique, chantant la Marseillaise au Congrès de Versailles, la larme à l’oeil entre deux mises en examen, désertant leur poste à l’Assemblée, démissionnant de leurs ministères pour retrouver leur mairie, profitant de leur poste, les yeux dans les yeux, pour placer l’oseille au frais, écrivant des livres de promesses malodorantes, courant de plateaux en plateaux pour déverser leurs éléments de langage, vidant le langage de tous ses éléments, bafouant la vérité au profit du profit, mentant le mardi pour se repentir le jeudi et se représenter le dimanche, la gueule enfarinée, rasant gratis et sans état d’âme, bénis par leurs camarades de promotion, coudes à coudes, soudés, calés dans les dorures, au son de la trompette républicaine lustrée par notre impôt massif et notre dette souveraine.

J’ai la nausée, elle est là et elle ne me quitte plus, elle s’intensifie

Je cherche des traces de l’intérêt général, je ne le trouve pas. Il a été noyé sous les partis, les syndicats, les associations, les lobbies, les groupes, les intérêts particuliers, les privilèges des uns qui font les bénéfices des autres. Le blocage est total, les verrous sont rouillés et les flambeurs continuent de parader devant six millions de chômeurs, une école qui se délite, une santé attardée, un indice de bonheur qui s’écroule au 29ème rang derrière le Qatar et une consommation d’anti dépresseurs qui fait le délice de nos laboratoires, eux aussi bien placés dans la course aux bien placés. Je dégueule ma peine et je pisse dans un violon. Comme vous. Français impuissant à qui l’on fait croire tous les cinq ans qu’ils ont leur destin en main, comme des veaux qu’on mène à l’abattoir en leur caressant le flanc sous une musique douce pour faciliter l’anesthésie. Cinq ans à nous déchirer pendant qu’une petite bande de petits Français joue avec nos vies, nos économies, nos rêves de bonheur simple et de paix sociale. De temps en temps ils nous filent un os à ronger, qui d’un mariage pour tous, qui d’une loi de renseignement, qui d’une déchéance ou d’une indignité, et nous sautons dessus comme prévu, en bons petits soldats. Ils nous divisent à l’intérieur de nos familles, à l’heure où nous devrions plus que jamais nous aimer. Je suis écoeuré et perdu, silencieux, tétanisé par le sentiment d’impuissance. Les gens comme moi n’appartiennent à aucun intérêt particulier, hors celui de vivre bien ensemble, sans se déchirer, sans se méfier les uns des autres, tranquillement vivants sans faire de vague. Mais ça ne se passe plus comme ça… Cet hiver, l’un des nôtres est mort à trois cents mètres de l’Elysée. Je dis bien l’un des nôtres. Un membre du village, un cousin de cousin, certainement. On l’a laissé crever comme un rat aux pieds du Palais. Sans domicile. Pendant ce temps-là l’Élu assistait à des matchs de rugby et commémorait les chrysanthèmes, s’asseyait sur l’Histoire pour laisser une trace, de frein. Je n’en veux plus, de ces simulacres d’un temps passé et révolu.

Je ne veux plus d’un homme qui dit « moi je », il est temps que nous disions Nous. Aucune raison morale, technique et même de bon sens, qu’un seul homme du haut de ses petits arrangements entre amis, puisse décider d’envoyer le pays dans la guerre, et même de nommer la guerre, sans que nous, NOUS, ayons dit qu’il le pouvait. Aucune raison de modifier notre constitution sur l’autel de la peur. Aucune raison de prendre seul des responsabilités plus grandes que lui. Sommes-nous donc fous d’oublier sans cesse de fermer les yeux comme ces femmes battues qui voudraient fuir mais ne le peuvent pas, prisonnières d’une peur qui les paralyse? Si peu de choix entre l’incompétence, la malhonnêteté et la résignation? Nous irons bientôt, en 2017, comme des moutons sous morphine, choisir entre trois personnages, glissant dans l’urne le nom d’un comédien, maquillé, média-trainé, porté par des intérêts qui nous sont étrangers. Le goût des jeux, même sans le pain, nous donnera quelques temps notre dose d’adrénaline et comblera notre sens du débat. Le lendemain, les trois quarts de la population auront la gueule de bois et retourneront tête baissée vaquer à leurs espoirs corrompus, jusqu’en 2022.

J’ai perdu le goût de ce cirque. Le pays est au bord du burn out et à la fin de cet article, je ne sais toujours pas ce que je peux faire. Cercle vicieux et vertigineux. Ce qui me fait peur, c’est ma propre résignation et cette colère stérile qui ne fait qu’engendrer de la colère stérile. À quel moment la somme de ces colères pourra-t-elle produire un son commun, un premier pas vers une remise au goût du jour de notre dignité ?

Source sur Clairon.tv, le blog de Vinvin. 12/02/2016

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Le triptyque gagnant de Cinemed : Filippetti-Leparc-Talvat

vcsPRAsset_3165929_63766_42f1763f-dfc0-483b-90b8-cad0e9993b7d_0Christophe Leparc, Philippe Saurel, Henri Talvat, Aurélie Filippetti. Photo Montpellier Métropole

La nouvelle gouvernance du festival de cinéma méditerranéen a été dévoilée hier. Elle répond à un équilibre et une volonté de développement.

L’attente s’éternisait et le secret était bien gardé, en cinéma on appelle ça le suspense. Philippe Saurel y a mis fin hier après-midi lors d’un point presse. La direction du Festival Cinemed revient à Christophe Leparc qui assurait l’intérim depuis le départ de Jean-François Bourgeot. Une satisfaction pour l’équipe soudée du festival qui soutenait sa candidature. La présidence revient à l’ancienne ministre de la culture Aurélie Filippetti. Le cinéphile Henri Talvat, membre fondateur du festival conserve la présidence d’honneur.

Cet annonce, qui doit encore être entérinée par le conseil d’administration du Cinemed, devrait satisfaire tous les amoureux de ce festival atypique dédié au cinéma méditerranéen. Le président de la Métropole montpelliéraine Philippe Saurel a finalement choisi de maintenir l’identité forte de la manifestation qui rayonne aujourd’hui sur toutes les rives de la grande bleue. Equilibre interne et professionnalisme avec Christophe Leparc qui assure la fonction de Secrétaire général de la Quinzaine des réalisateurs cannoise depuis 2008 et fut une cheville ouvrière du Cinemed depuis 20 ans, en tant que délégué artistique notamment. Histoire et passion pour le cinéma avec Henri Talvat, qui fut conseiller municipal en charge de la culture sous Georges Frêche et fondateur du festival avec Pierre Pitiot.

La nomination d’Aurélie Filippetti revêt un caractère quasi providentiel par sa dimension à la fois politique, culturelle et médiatique. « C’est un grand plaisir et une jolie surprise d’avoir été sollicitée  par Philippe Saurel, indique l’ancienne ministre, désormais députée de la Moselle, « En tant que ministre, j’ai constaté la vitalité et l’innovation de Montpellier en matière de politique culturelle. Ce qui suppose d’être toujours en mouvement. Cinemed en représente un des aspects. Je pense que la culture est une solution et une réponse face à cette crise qui touche certains pays de la Méditerranée. » Philippe Saurel voit dans la réforme territoriale « une occasion de renforcer notre identité méditerranéenne », ce qu’il s’apprête à faire lors de son voyage à Palerme où il entend parler cinéma avec le maire dans la perspective d’un jumelage qui sera signé lors de la Comédie du livre.

Au-delà de la culture, la dimension politique n’est jamais absente chez le maire de Montpellier. « Qui se rassemble s’assemble, commente la frondeuse Aurélie qui semble proche du rebelle Philippe dans la défiance des instances au pouvoir. Le temps est à l’innovation…

JMDH

La Marseillaise 20/02/2016

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Théâtre. « Hate Radio » Campagne de pub pour le génocide

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Théâtre. « Hate Radio » par Milo Rau. Une entrée dans le rouage médiatique du génocide rwandais. A 20h à hTh.

Sans image, ni cri de victimes, le metteur en scène suisse Milo Rau conçoit avec Hate radio une installation théâtrale qui donne à entendre la puissance performative de la voix. Les paroles nous font toucher le réel. Elles se sont manifestées lors des appels au génocide au Rwanda via les transmissions radio de station Radio-Télévision libre des Milles collines. Du mois d’avril au mois de juin 1994, la RTLM a préparé et facilité le génocide dont le bilan s’élève à près d’un million de morts dans la minorité Tutsi et des milliers de Hutus modérés assassinés.

Ce n’est pas par frilosité que la mise en scène délaisse le choc des images violentes. C’est tout au contraire pour se centrer sur les effets bien plus dévastateurs de la violence invisible issue de la manipulation psychologique. Le décor se constitue d’une réplique du studio de RTLM à l’identique. On pénètre dans l’ambiance du studio après les témoignages poignants d’humanité de quelques victimes et témoins du génocide.

Dans la phase préparative, Milo Rau et son équipe se sont rendus au Rwanda à la rencontre des bourreaux et des victimes. Ils ont collecté plus de 1 000 heures d’émissions, réalisé près de 50 interviews, pour les condenser en une émission imaginaire, en réduisant les animateurs au nombre de quatre personnages. En ce sens, il ne s’agit pas à proprement parler de théâtre documentaire mais d’une dramatisation d’une réalité qui pointe un cynisme indescriptible. Aux platines, on mixe les tubes congolais et internationaux du moment en les entrecoupant de messages subliminaux. On incruste des appels aux meurtres au coeur de reportages sportifs ou de pamphlets politiques et historiques. On encourage la délation pour « écraser les cafards ». On vante l’efficacité des massacres comme on le ferait pour une marque de lessive.

Equipé d’un casque, chaque spectateur gère individuellement la propagande qui passe entre ses oreilles, le pouvoir des mots, du médium et leurs horribles conséquences. La liberté d’expression trouve ici ses limites.

JMDH

« Hate Radio » produit par International institute of political murder (IIPM). Photo dr

Source : La Marseillaise 19/02/2016

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Un Wikileaks est en train de naître à Nantes : le projet GOleaks

Lanceurs d’alerte, projet artistique « Quelque chose à dire ? » à Berlin, le 1er mai 2015 - Michael Sohn/AP/SIPA

Lanceurs d’alerte, projet artistique « Quelque chose à dire ? » à Berlin, le 1er mai 2015 – Michael Sohn/AP/SIPA

La région Grand Ouest va bientôt disposer de sa plate-forme d’alertes, permettant aux sources et aux journalistes de communiquer de manière sécurisée et confidentielle. Projet unique et novateur, porté par un binôme nantais, le journaliste Romain Ledroit et le hacker Datapulte.

A l’origine du projet de l’association GOleaks, la conférence d’un confrère, hacker nantais, à destination de journalistes locaux. Et ce constat sans appel de Datapulte, qui y assiste  : à l’aune de la loi sur le renseignement, les pratiques numériques des journalistes sont parfois obsolètes et souvent peu, voire pas, sécurisées.

«  La majorité des journalistes ne semble avoir aucune idée des traces qu’ils peuvent laisser derrière eux sur le Web. Ils ne connaissent pas, ou ne se servent pas des outils existants, capables de les protéger et de protéger leur source.  »

Mais ils savent pourtant qu’ils en ont besoin. Qu’il est temps pour eux, à l’heure des débats sur la protection des données, de s’y mettre aussi. Et de se rappeler que le Web est aussi ouvert qu’une porte de lupanar un samedi soir.

A peine l’idée émise, qu’elle semble trouver écho. Et les langues se délient. Ce journaliste influent de la région qui explique recevoir de nombreuses lettres, anonymes. Parfois à son domicile. Des lanceurs d’alerte qui ne savent pas comment faire autrement. Et se tournent vers le papier, faute de mieux. Faute d’outils numériques appropriés.

Mais encore faut-il savoir à qui, et où, adresser ses découvertes. Quel journaliste, pour quelle histoire.

Le hacker et le journaliste

Romain Ledroit, journaliste, rejoint alors aussitôt Datapulte l’hacktiviste pour «  le versant journalistique.  » Et ainsi créer le lien entre deux communautés qui se méconnaissent, mais qui ont pourtant tout intérêt à travailler ensemble. Entre hackers et journalistes, la frilosité disparaît rapidement, pour laisser place à un désir commun  : offrir aux lanceurs d’alerte l’outil qui leur manque.

«  Sensibiliser, c’est utile certes, mais au final pas très concret », remarque Datapulte. De là est née l’idée de créer cet outil concret, rassembleur, pour une corporation «  dont les pratiques sont souvent plutôt individualistes  », souligne Romain Ledroit. Ce sera donc GOleaks, pour Grand Ouest leaks. De la Normandie aux Pays de la Loire, en passant par la Bretagne, une plateforme sécurisée entièrement dédiée aux lanceurs d’alerte locaux. Avec, à l’autre bout, des journalistes volontaires pour recevoir ces alertes.

Et un peu affolés, au début, d’entendre parler mail chiffré et clé PGP. Pourtant, à écouter attentivement Romain et Datapulte, rien de bien compliqué. Un logiciel à télécharger pour le lanceur d’alerte. Soit Tor, navigateur qui protège son utilisateur. Pour le journaliste, une petite formation afin de savoir manier le chiffrage des données. Et au final, un mail chiffré, accessible par lui seul. Et une source protégée, leitmotiv obsessionnel de GOleaks.

Car à travers cette plate-forme, il s’agit bien de proposer un double service. Le journaliste est identifié par la source, qui va ainsi pouvoir choisir son destinataire selon ses domaines de prédilection. En utilisant cette plateforme, le professionnel, lui, vient signifier au lanceur d’alerte son souhait de protéger ses sources. Ce qui n’est pas rien. Et rassure le citoyen, souvent inquiet d’être reconnu. Ce dernier va donc choisir le journaliste en fonction de sa spécialité tout en sachant, second point important, que le journaliste qu’il aura choisi sera le seul à pouvoir lire les documents envoyés.

Pour Datapulte :

« Il s’agit avant tout de désacraliser le statut du lanceur d’alerte. La majorité des gens ne se sentent pas l’âme d’un héros. Sécuriser la source revient à évacuer la pression sur les épaules du lanceur d’alerte. On a trop vu de lanceurs d’alerte être propulsés contre leur gré sur le devant de la scène médiatique. »

La priorité de la plateforme, «  c’est la sécurité de la source  », confient les deux instigateurs du projet.

«  La crédibilité du projet repose sur une sûreté maximale, et donc un hébergeur de confiance.  »

Déjà trouvé. Au local évidemment. Et prêt à s’embarquer dans l’aventure GOleaks.

L’intérêt d’une plateforme régionale

La question soulevée en filigrane est celle de l’intérêt d’une nouvelle plateforme de leaks, au vu de celles déjà existantes des «  grands  » médias, tels Le Monde ou Mediapart. Pour Datapulte, la réponse se trouve elle aussi au niveau local. GOleaks ne vient en aucun cas remettre en cause l’hégémonie des médias de référence, ce n’est pas une plateforme de leaks de plus, mais bien une plateforme qui offre de nouvelles possibilités, jusqu’ici inexplorées.

Datapulte constate que «  les citoyens se sentent concernés par ce qui les touche de près, dans leur ville, leur région ». Certaines problématiques sociétales soulevées par les médias nationaux leur paraissent loin. Et ce qui les touche directement, une subvention culturelle, un pot-de-vin, un conflit d’intérêt, ne semblent pas forcément intéresser lesdits médias nationaux. L’aspect local, lui, est donc à portée du citoyen. Pour Romain Ledroit, journaliste, la difficulté est aussi d’ordre économique. La déliquescence du travail d’investigation au niveau local est frappante, et semble-t-il pérenne.

«  Les économies de moyens au niveau local ne permettent plus ce type de pratiques journalistiques.  »

L’intérêt est donc multiple, autant que les problématiques que viendront soulever les lanceurs d’alerte. Bien sûr, on ne peut que penser au dossier patate chaude de la région, à cet enlisement incessant du conflit autour de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Les documents risquent de fuser. Ce sera alors au journaliste destinataire de faire son travail de vérification. Avec la possibilité, bien sûr, de pouvoir rencontrer la source.

Datapulte, lui, a déjà été contacté par rapport à un problème d’hygiène au sein de l’usine d’un gros groupe industriel, usine implantée au local. Par une personne ayant entendue parler de GOleaks. Mais il rappelle que lui n’est pas journaliste, qu’il va juste rendre viable cet outil, pour que ces lanceurs d’alerte se sentent moins seuls avec ce qu’ils savent. Et le hacker d’insister :

«  Romain et moi n’aurons aucun accès aux données et documents envoyés.  »

Une fois la plateforme lancée, elle a sa vie propre. Entre sources et journalistes seulement. Eux vérifieront juste, avec l’hébergeur, cette sécurité qui leur est si chère. Et apprécieront la satisfaction d’avoir donné un outil en plus à la liberté d’expression.

« Pas une plateforme de délation »

Il est aussi question d’offrir de nouvelles possibilités, à portée de main. Le tissu local est la source de nombreuses interrogations des citoyens. Et pas forcément là où on l’attend : les intéressés viennent aussi d’autres sphères, ni journalistiques, et encore moins hacktivistes. Mais aussi du syndicalisme, de la fonction publique ou du milieu associatif. Bref, là où les réseaux bien en place sont parfois en vase clos. L’opportunité d’un débouché sécure et anonyme apparaît comme une priorité dans le Grand Ouest.

S’il est question de transparence, il ne s’agit pas d’une simple citoyenneté numérique avec GOleaks. Il y a encore peu de temps, les métropoles s’offraient une communication publique avec l’open data (l’ouverture des données publiques à toutes et tous). Derrière les lumières tapageuses, des tableaux Excel aussi communicants qu’un guichet automatique de la Banque postale. Et assez peu d’informations. GOleaks, en misant sur des émissions d’informations anonymes, entend aussi donner un autre visage à cette transparence, voulue par une frange grandissante de la population. Les deux garçons insistent  :

«  GOleaks n’est pas une plateforme de délation, il ne s’agit pas de régler des comptes, mais bien de pouvoir créer le tuyau sécurisé entre la source et le journaliste dans l’intérêt public.  »

Lorsqu’on aborde la politique, ils sourient et secouent la tête. Ce projet est certes «  militant  » reconnait le duo, «  mais il est avant tout apolitique. Ce qui est en revanche politique, si l’on peut dire, c’est ce désir pour nous d’un Internet ouvert et d’une liberté d’expression qui est fondamentale.  »

L’association GOleaks n’est affiliée ni à un parti politique ni à un média régional. Un outil autosuffisant en somme, qui mise sur la confiance et le professionnalisme des journalistes rencontrés, et qui fait de la construction de GOleaks «  une aventure humaine avant tout ».

Une aventure qui ne s’arrête pas là. Dans un souci de transmission, et pour faire vivre le projet, Romain Ledroit et Datapulte ont en commun le souhait de former les journalistes aux outils de protection des données. Tous les journalistes ou rédactions qui en feront la demande, et pas seulement au niveau régional cette fois.

Désankyloser l’investigation

Mais GOleaks ne veut pas se contenter d’attendre le leak comme d’autres le like. Un board associatif composé de journalistes et d’hacktivistes de l’association éponyme proposera une saisonnalité des leaks, c’est-à-dire un appel public sur une thématique. Afin de mutualiser les pratiques. Ne plus se retrouver seule avec des bribes d’informations, mais bien penser autrement, en collectif, l’évolution des pratiques. Et peut-être remettre au centre une investigation ankylosée, avec des projets innovants comme le projet 102h, qui permettrait de suivre des journalistes dans leur quotidien.

La plus-value de GOleaks réside dans l’apport d’une certaine expertise et d’une expérience de travail bénéfique journaliste-hacker.

Pour ce faire, un crowdfunding a été lancé sur Kickstarter, et s’est terminé mardi 16 février, recueillant plus de 6 000 euros, au-delà de la somme demandée.

A Nantes, au gré des rencontres et des questions, ils organisent également des «  crypto-parties  » gratuites à destination du grand public, afin de sensibiliser tout un chacun à la protection de la vie privée sur le Web. Ce qui n’est pas une mince affaire, en ces temps d’extimité exacerbée.

Déjà, d’autres régions intéressées ont contacté le binôme. SOleaks (pour Sud-Ouest leaks) pourrait également voir le jour. Pour continuer l’aventure, encore. Parce que GOleaks se veut comme un soutènement à une liberté d’expression mise à mal. Une solution sûre, dans une société aujourd’hui insécure.

Elsa Gambin.

Source Rue 89 18/02/2016

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Travail Salaire « modulable », astreintes non payées : les idées chocs d’El Khomri

L'avant-projet de loi de Myriam El Khomri se révèle explosif. Photo AFP/MARTIN BUREAU

L’avant-projet de loi de Myriam El Khomri se révèle explosif. Photo AFP/MARTIN BUREAU

Les 35 heures restent – sur le papier – mais la ministre du Travail fait des propositions que n’auraient pas reniées les politiques les plus libéraux. Revue de détail.

Selon Le Parisien, La future loi Travail de Myriam El Khomri empile les propositions chocs. L’avant-projet de loi livre les principaux points d’un texte explosif sur le plan du droit social. Reste qu’il est encore loin d’être voté: la loi doit encore passer en comité interministériel, avant d’être présentée en Conseil des ministres le 9 mars et devant le Conseil d’État.

Revue de détail d’un texte qui n’a pas fini de faire parler de lui.

Vers la semaine de 60 heures?

La durée légale du travail resterait à 35 heures (autrement dit, les heures supplémentaires débuteraient toujours à la 36e heure), mais la durée maximale d’une semaine de travail serait portée à… 60 heures! Un cas possible aujourd’hui « pour des circonstances exceptionnelles, sous réserve d’accord de l’inspection du travail ». Sauf qu’El Khomri veut faire sauter cette demande d’autorisation – quasiment jamais accordée.

Un salaire… « modulable »

Lors d’un passage à vide économique, ou dans le cas de la conquête de nouveaux marchés, l’entreprise pourrait moduler (à la baisse) librement le temps de travail et le salaire des employés pour cinq ans maximum. Si l’accord préalable des salariés est prévu, ceux qui refuseront pourront être licenciés pour « cause réelle et sérieuse ». Jusqu’ici, en cas de modification unilatérale du contrat, le salarié qui refusait la nouvelle version pouvait être licencié économique, ce qui lui était plus favorable.

Des astreintes non travaillées… et non payées

Aujourd’hui, un salarié en astreinte est considéré comme à disposition de l’entreprise, ne serait-ce que parce qu’il ne peut s’éloigner ou s’absenter. Il doit donc à ce titre être indemnisé. Le texte d’El Khomri prévoit tout simplement qu’il soit considéré comme… « en repos », à partir du moment où l’entreprise n’aurait pas fait appel à lui. Pourtant, selon la Charte sociale européenne, une astreinte peut être moins payée – ce n’est pas un travail effectif – mais elle doit tout de même être indemnisée.

Prud’hommes: les indemnités plafonnées

Au-delà des indemnités légales de base, les prud’hommes peuvent librement fixer le montant des indemnités allouées à un salarié licencié abusivement. Mais El Khomri prévoit un plafonnement, réclamé et attendu par les patrons. Le juge doit s’en tenir à un barème, qui tient uniquement compte de l’ancienneté du salarié. Avec une limitation à 15 mois de salaire pour les employés qui ont plus de 20 ans d’ancienneté.

Des référendums plutôt que des syndicats

Le principe d’un accord d’entreprise voté par les syndicats demeure, mais ceux-ci devront représenter au moins 50% des suffrages lors des élections professionnelles (contre 30%) pour être jugés représentatifs. Si les syndicats majoritaires ne valident pas l’accord, des syndicats pourront demander la tenue d’un référendum, sans pouvoir s’opposer à sa validation si les voix sont majoritaires.

Coup de canif dans le forfait jour

En France, 50% des cadres sont au « forfait jour »: ils peuvent donc déroger aux 35 heures hebdomadaires, mais doivent s’en tenir à d’autres contraintes: 235 jours de travail par an au maximum, et 11 heures de repos consécutives obligatoires par 24 heures. La mise en place du forfait jour passait par la signature d’un accord collectif dans les PME de moins de 50 salariés. Selon le texte de la ministre, un accord individuel de chaque salarié suffira désormais. Et ce n’est pas tout: les 11 heures de repos pourront être fractionnées, plutôt que consécutives.

Les apprentis travailleront plus

La durée légale de travail d’un apprenti serait portée à 40 heures hebdomadaire (contre 35), avec 10 heures par jour au maximum (contre 8), ce qui était déjà possible, mais uniquement avec l’accord de l’inspection du travail et d’un médecin du travail. Désormais, le patron devra seulement « informer » l’inspection et le médecin du travail.

Source : Le Bien public 18/02/2016

Le texte intégral de l’avant-projet de loi

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