Migrants: jusqu’à 70.000 pourraient être «pris au piège» en Grèce

Des réfugiés attendent à la frontière entre la Grèce et la Macédoine à Idomeni, le 28 février 2016 Photo LOUISA GOULIAMAKI. AFP

Des réfugiés attendent à la frontière entre la Grèce et la Macédoine à Idomeni, le 28 février 2016 Photo LOUISA GOULIAMAKI. AFP

La Grèce a averti dimanche que le nombre de migrants bloqués sur son territoire risquait de tripler en mars, pour atteindre le chiffre de 70.000 personnes, en raison des quotas imposés par les pays des Balkans aux candidats à l’établissement en Europe occidentale.

«Selon nos estimations, le nombre de ceux qui seront pris au piège dans notre pays s’établira entre 50.000 et 70.000 personne le mois prochain», a déclaré le ministre grec de la Politique migratoire, Yiannis Mouzalas.

«Aujourd’hui, il y a 22.000 réfugiés et migrants» en Grèce, a-t-il dit dans une interview télévisée à la chaîne Mega Channel.

Et environ 6.500 d’entre eux étaient bloqués dimanche dans un camp de fortune installé près du village d’Idomeni, dans le nord de la Grèce, à la frontière macédonienne. La veille, les autorités de Skopje n’ont laissé passer que 300 personnes par ce poste-frontière. Aucune ne l’avait traversée dimanche en milieu d’après-midi.

Et ils étaient des dizaines — hommes, certains avec leurs enfants dans les bras, et femmes — à manifester dimanche, allongés sur les rails, pour exiger l’ouverture du point de passage.

Idomeni s’est transformé en goulot d’étranglement après la décision, la semaine dernière, de Skopje de refuser l’accès à son territoire aux Afghans et de renforcer le contrôle des documents d’identité pour les Syriens et Irakiens.

Et la situation devrait encore empirer avec la décision vendredi de la Slovénie et la Croatie, membres de l’UE, ainsi que la Serbie et la Macédoine de limiter à 580 le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants transitant quotidiennement par leur territoire.

Ces pays des Balkans ont emboîté le pas à l’Autriche qui a choisi il y a plus d’une semaine de limiter l’entrée des migrants à 80 demandeurs d’asile par jour, et à 3.200 personnes en transit.

La décision de ces pays de la route des Balkans de faire cavalier seul a profondément irrité Athènes, qui a rappelé la semaine dernière son ambassadrice à Vienne pour «consultations» après une réunion à laquelle la Grèce n’avait pas été associée.

Le chancelier autrichien Werner Faymann a enfoncé le clou dimanche, accusant Athènes de se comporter «comme une agence de voyages» en laissant librement passer les migrants.

«Je ne comprends plus la politique des Grecs. Il est inacceptable que la Grèce agisse comme une agence de voyages et laisse passer tous les migrants. La Grèce a accueilli l’an passé 11.000 demandeurs d’asile, nous 90.000. Cela ne doit pas se reproduire», a-t-il estimé dans la presse autrichienne.

– ‘Effet ricochet’ –

Face à la cacophonie européenne sur la question des migrants, le pape François a exhorté les pays de l’Union à trouver une «réponse unanime» et à «répartir équitablement les charges» entre eux.

Le pape, qui s’exprimait dimanche lors de l’Angélus sur la place Saint-Pierre à Rome, a salué «le généreux secours» apporté par la Grèce et «les autres pays en première ligne», et estimé que cette urgence humanitaire «nécessitait la collaboration de toutes les nations».

En quête d’un hypothétique «consensus» sur la gestion de la crise qui divise comme jamais l’Europe, le président du Conseil européen Donald Tusk doit se rendre du 1er au 3 mars à Vienne, Ljubljana, Zagreb, Skopje et Athènes avant un sommet UE-Turquie le 7 mars.

L’enjeu a été posé par le commissaire européen aux Migrations, Dimitri Avramapoulos, qui a prévenu que l’Europe irait au «désastre» s’il n’y avait pas de «convergence» lors de ce sommet à Bruxelles.

La Grèce, elle, semblait surtout compter sur une baisse de l’afflux de migrants en provenance de Turquie, «quand les nouvelles de la fermeture du poste-frontière d’Idomeni se diffuseront», a expliqué le ministre grec de la Politique migratoire, M. Mouzalas.

«Nous préparons une campagne d’information à destination de la Turquie», a-t-il dit, estimant que cette initiative, ajoutée au déploiement prévu de navires de l’Otan en mer Egée, devrait réduire le nombre des arrivées en Grèce de 70%.

Plus à l’ouest, c’est l’Italie qui craignait un «effet ricochet», selon les mots du procureur régional de la ville de Lecce dans les Pouilles (sud), et se préparait donc à faire face à un afflux possible de migrants, en quête d’une nouvelle route vers l’Europe du Nord.

Source AFP 28/02/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique UE, La plupart des migrants ne se réfugient pas en Europe, Grèce, rubrique Grèce, Grèce. Le croque-mort de Lesbos, rubrique Politique, De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité , Politique de l’immigrationLe camp de Grande-Synthe, enfer et contre tout,  rubrique Société,

Les médicaments innovants sont trop chers : les inégalités de santé vont s’amplifier

Des militants d'Act Up dénoncent le prix du Sofobuvir, à Montpellier le 24 avril  2014 Photo S Thomas AFP

Des militants d’Act Up dénoncent le prix du Sofosbuvir, à Montpellier le 24 avril 2014 Photo S Thomas AFP

Par Daniel Carré

L’accès de tous aux médicaments innovants est-il menacé ? Très coûteux, ces médicaments bénéficient pour l’heure d’un remboursement intégral par l’Assurance maladie. Mais les restrictions budgétaires pourraient bientôt changer la donne, et certains malades ne plus y avoir accès, craint Daniel Carré, membre de la Commission nationale des droits de l’homme (CNCDH).

Depuis un an maintenant, l’explosion du coût de certains médicaments innovants soulève de très nombreuses questions. Un premier cas est celui du Sofosbuvir, commercialisé sous le nom de Sovaldi par le laboratoire Gilead pour un traitement remarquable de l’hépatite C.

Son prix reste de 41.000 euros après négociation par les pouvoirs publics (le prix initial demandé par le laboratoire étant de 57.000 euros). La charge financière actuelle pour l’Assurance maladie est évaluée à 1,2 milliard d’euros par an pour le seul traitement de l’hépatite C par le Sofosbuvir.

Ce chiffre provient le l’étude d’impact du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2015. Il devra être corrigé, dans la mesure où, au-delà de 450 millions de chiffre d’affaires annuel, Gilead devra reverser une partie de ses bénéfices à la Sécurité sociale. Il n’y a à ce jour aucun chiffre de l’assurance maladie concernant le coût global 2015.

Des traitements onéreux

Les « négociations » de prix évoquées plus haut incluent des mesures de rationnement, car seuls les malades à un stade aggravé de la maladie bénéficieront de ce traitement onéreux (fibroses de type 4 et 3). Or il s’agit d’une maladie transmissible. Cette situation empêche de stopper l’épidémie alors que la diffusion du nouveau traitement auprès de tous les malades aurait dû le permettre !

C’est ce que réclament maintenant les hépatologues Français qui s’engageraient à éradiquer l’hépatite C d’ici 2020 si le Sofosbuvir devenait disponible pour tous les malades atteins par l’hépatite C. Leur communiqué ne chiffre pas le coût de cette mesure pertinente qui est attendue par de nombreux malades.

Mais ce n’est qu’un début. Apparaissent en effet sur le marché des traitements des cancers personnalisés par immunothérapie, un coût unitaire de 150.000 dollars ayant été accepté pour Merks par la FDA, l’agence européenne des médicaments (FDA). Ces traitements concernent une population plus large que l’hépatite C. 19 nouvelles indications ont été évoquées aux Rencontres de la cancérologie française de 2015.

L’impact budgétaire est certes l’objet de nombreux débats et il serait estimé par l’Institut national du cancer (INCA) à 4 milliards par an… pour des thérapies qui n’apportent pas toujours de garanties de guérison, mais en général une rémission.

L’accès aux soins remis en cause

Des tarifs qui remettent en cause, aujourd’hui en France, l’accès aux soins : la presse a récemment rapporté des cas de malades cancéreux auxquels les traitements ont été ou vont être refusés en raison de leur coût pour les établissements de santé où ils sont suivis !

Le dernier point qui émerge est l’arrivée des biotechnologies dans le traitement des maladies rares. Ces traitements très spécifiques sont destinés à des affections très nombreuses (plus de 8.000) dont la prévalence est extrêmement faibles (quelques milliers de cas dans le monde). Les coûts là aussi explosent et peuvent atteindre 440.000 dollars par patient et par an.

De son côté, l’industrie pharmaceutique, représentée par le LEEM, justifie notamment le prix de ces traitements innovants en les comparant aux économies qu’ils permettent de faire réaliser au système de santé. Un malade traité par un médicament plus efficace aura en effet besoin de beaucoup de moins de soins par ailleurs, en particulier en termes de jours d’hospitalisation souvent onéreux.

De plus, d’un point de vue comptable, cette évolution conduit à sortir ces traitements de la prise en charge normale des patients à l’hôpital, les médicaments concernés étant inscrits sur la « liste en sus » de la pharmacopée hospitalière

Un défi pour notre protection sociale

L’ensemble de ces constats est d’une très grande importance sur le fonctionnement des mécanismes de solidarité nationale. L’équilibre risque d’être rapidement remis en cause si rien n’est fait pour qu’une régulation du prix de l’innovation en santé permette à la fois la définition de prix soutenable pour le système, l’accès de tous à cette innovation et la juste rémunération de celle-ci.

En tout cas, l’approche actuelle des industriels, en termes de retour sur investissement, et de niveau attendu de rentabilité, vont faire exploser la base des valeurs de solidarité de la protection sociale.

Si ces innovations s’imposent, de très grands changements seront alors nécessaires, qui impacteront des choix drastiques concernant les structures de coût et les choix de l’offre de soins et de prise en charge de la maladie. Sinon, des formes de rationnement à l’accès aux médicaments vont durablement s’installer.

Les mécanismes de régulation reposant sur un « rationnement » de l’accès aux médicaments posent des problèmes du respect du droit aux soins, un socle fondateur de notre pacte social qu’il est très dangereux de remettre en cause (article 25 du préambule de notre Constitution).

Vers davantage d’inégalités de santé ?

Des décisions arbitraires vont inévitablement être prises sous la pression de l’équilibre budgétaire. Les passe-droits vont se multiplier et les inégalités de santé s’amplifier. Les plus riches de nos concitoyens accéderont alors aux traitements, éventuellement hors Assurance maladie, ou en bénéficieront en utilisant leurs relations privilégiées dans le système de santé.

Ce très important changement menace l’équilibre de l’équité dans le droit d’être soigné, un des droits de l’homme les plus importants.

 Source L’Obs 23/02/2016

Voir aussi : Rubrique Economie, Convergence des erreurs économiques, rubrique Société, Santé, Consommation, rubrique Politique,

Considérant Calais

img-5721Par Sébastien THIERY

Vu la République, la fraternité en ses fondements, l’hospitalité à l’horizon.

Vu les bouleversements des temps présents, la perspective de mouvements migratoires extraordinaires à venir, la démultiplication annoncée de « jungles » dans les plis et replis de nos métropoles.

Considérant que la « jungle » de Calais est habitée par 5 000 exilés, non pas errants mais héros, rescapés de l’inimaginable, armés d’un espoir infini.

Considérant qu’ici-même vivent effectivement, et non survivent à peine, des rêveurs colossaux, des marcheurs obstinés que nos dispositifs de contrôle, procédures carcérales, containers invivables s’acharnent à casser afin que n’en résulte qu’une humanité-rebut à gérer, placer, déplacer.

Considérant que Mohammed, Ahmid, Zimako, Youssef, et tant d’autres s’avèrent non de pauvres démunis, mais d’invétérés bâtisseurs qui, en dépit de la boue, de tout ce qui bruyamment terrorise ou discrètement infantilise, ont construit en moins d’un an deux églises, deux mosquées, trois écoles, un théâtre, trois bibliothèques, une salle informatique, deux infirmeries, vingt-huit restaurants, quarante quatre épiceries, un hammam, deux salons de coiffure, des histoires d’humanité reléguées au statut d’anecdotes dans l’histoire officielle de la « crise des migrants ».

Considérant qu’ici-même l’on habite, cuisine, danse, fait l’amour, fait de la politique, parle une vingtaine de langues, chante l’espoir et la peine, pleure et rit, contredit ô combien les récits dont indignés comme exaspérés s’enivrent, assoiffés des images du désastre, bourrés de plaintes, écoeurés par ce qui s’invente, s’affirme et déborde.

Considérant que chacun des habitats ici dressé, tendu, planté, porte l’empreinte d’une main soigneuse, d’un geste attentif, d’une parole liturgique peut-être, de l’espoir d’un jour meilleur sans doute, et s’avère une écriture bien trop savante pour tant de témoins dont les yeux n’enregistrent que fatras et cloaques, dont la bouche ne régurgite que les mots « honte » et « indignité ».

Considérant que quotidiennement depuis début septembre 2015 des centaines de britanniques, belges, hollandais, allemands, italiens, français, construisent dans la « jungle », distribuent vivres et vêtements, organisent concerts et pièces de théâtre, créent radios et journaux, dispensent conseils juridiques et soins médicaux, et le soir venu occupent les lits des campings alentours et de l’Auberge de Jeunesse de Calais, haut-lieu d’une solidarité active extraordinaire, centre de l’Europe s’il en est.

Considérant que jamais les associations calaisiennes n’ont enregistré autant de propositions de dons et de bénévolat, et que ne cesse pourtant d’être narré le récit d’une unanime exaspération collective, d’une violence et d’un racisme prétendument généralisés, d’une pourriture surexposée salissant une ville autant que les kilomètres de barbelés la défigurent.

Considérant que Calais est, de facto, une ville-monde, avant-garde d’une urbanité du 21e siècle dont le déni, à la force de politiques publiques brutales, témoigne d’un aveuglement criminel à l’endroit de ce qui vient, d’un mépris mortifère de ce qui s’affirme.

Considérant que la « jungle » ne disparaîtra pas, ni à la force d’une violence légale déployée comme si s’organisait là une bande de criminels, ni par la grâce des « solutions » abstraites de « l’hébergement pour tous », dont les containers du « Centre d’Accueil Provisoire » à 20 millions d’euros exposent, sidérante, l’absurdité.

Considérant que la faillite des acteurs publics et l’incurie de leurs solutions sont si vastes, que dans une semaine, un mois, un an, la « jungle » de Calais apparaîtra au centuple, et que demeurera comme seul trésor public le fruit de ce que calaisiens et exilés auront cultivé malgré tout, à savoir ce qui nous rapproche.

Déclare :

– 1 : Que la destruction annoncée par la Préfète du Pas-de-Calais de la partie sud de la « jungle » de Calais, comprenant notamment une école resplendissante, s’avère une infamie, un acte de guerre irresponsable conduit non seulement contre des constructions, mais aussi contre des hommes, des femmes, des enfants, des rêves, des solidarités, des amitiés, des histoires, une opération militaire écervelée conduite non seulement contre le bidonville, mais contre ce qui fait ville à Calais.

– 2 : Que résister nécessite de riposter enfin au déni de réalité généralisé, de contredire les professionnels de la plainte comme les promoteurs de l’exaspération, de rendre célèbre ce qui s’affirme aujourd’hui à Calais, de faire retentir le souffle européen qui s’y manifeste, de s’avérer autrement attentifs aux promesses d’avenir qui s’y dessinent, à la beauté des bâtisseurs, à la vie qui toujours invente.

– 3 : Que penser et agir de nouveau à Calais, au devant d’une situation-monde nous concernant tous, c’est s’inspirer des gestes de celles et ceux qui construisent inlassablement en dépit de la haine qui porte le nom de « politique publique », c’est poursuivre l’édification d’une cité-oasis du 21 siècle où trouver abris de droits, de culture, de joie et de fraternité, c’est risquer d’autres formes d’écritures politiques de l’hospitalité, de ce que nous avons en commun, de notre République.

Ecole du Chemin des Dunes, zone sud de la Jungle de Calais, Février 2016 © Sébastien Thiéry

Ecole du Chemin des Dunes, zone sud de la Jungle de Calais, Février 2016 © Sébastien Thiéry

Ecole du Chemin des Dunes, zone sud de la Jungle de Calais, Février 2016 © Sébastien Thiéry

NB : Le PEROU développe à Calais des « actes documentaires » associant huit équipes de chercheurs et étudiants d’universités et d’écoles d’enseignement supérieur ainsi que des photographes. Intitulé « New Jungle Delire » (voir sur le site du PEROU : www.perou-paris.org), ce travail est soutenu par le PUCA et la Fondation de France. Il est présenté chemin faisant au Pavillon de l’Arsenal (21 boulevard Morland, 75004 Paris) dans le cadre d’Ateliers Publics bi-mensuels. Le troisième Atelier Public du PEROU aura lieu le mardi 23 février à 18h30.

Sébastien THIERY

Source : Blog de Madiapart 14 févr. 2016

Voir aussi : Actualité France,  Rubrique Politique, Politique de l’immigration, Le camp de Grande-Synthe, rubrique Société, Justice,

Danse. Emmanuel Eggermont : Le corps face au trou noir

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Emmanuel Eggermont sur les traces invisibles. Photo dr

Danse. « Strange Fruit », création du chorégraphe Emmanuel Eggermont à l’Agora Studio Bagouet à Montpellier.

Donnée au Studio Bagouet, la création Strange Fruit d’Emmanuel Eggermont pose la première pierre d’une histoire originale et saisissante. Tout démarre quand l’historien Pierre Schill tombe par hasard sur une vingtaine de photographies dont il ignore l’origine. L’historien revient à ses études mais certaines de ses photos, qui témoignent de pendaisons collectives ne quittent pas son esprit. Il a alors la lumineuse idée de s’en remettre à des créateurs pour explorer les possibles.

Réceptif à la démarche, Emmanuel Eggermont se saisit de ce trou noir pour en proposer une lecture artistique. Son travail sensible joue sur les frontières  de l’espace et du temps en y adjoignant le poème d’un certain Lewis Allen Strange fruit interprété par Billie Holiday qui traverse l’histoire de la révolte. L’expression corporelle lente et posée d’Emmanuel Eggermont témoigne d’une inspiration profonde. Elle semble baigner dans un climat où les résonances du temps guident le danseur sur les traces d’une humanité alternative.

C’est le premier volet d’une exploration que poursuivra l’auteur Jerôme Ferrari à la Comédie du livre.

JMDH

« Strange Fruit« , création du chorégraphe Emmanuel Eggermont

Source ; La Marseillaise 20 02 2016

Voir aussi ;  Rubrique Danse, rubrique Histoire“Strange Fruit”, et Billie Holiday suspendit l’Histoire, rubrique Photo rubrique Montpellier,

David Cameron, le roi nu

Malgré leur engagement à s’intéresser aux demandes britanniques, les Européens ont consacré l’essentiel du sommet des 18 et 19 février à débattre de l’avenir de l’espace Schengen. Marginalisé, le Royaume-Uni a tenté de donner le change.

893954b2bc5026519af97474adb2cf7f« J’ai négocié pour le Royaume-Uni un statut spécial au sein de l’Union européenne ». David Cameron affichait toute sa morgue, vendredi 19 février, lors de la présentation de l’accord conclu avec ses pairs à l’issue d’un très long sommet européen à Bruxelles.

Cet accord s’autodétruira

L’analyse était bien différente de l’autre côté de la Manche. « Le Royaume-Uni a une place à part. Il n’est pas dans Schengen, il n’est pas dans l’euro et il n’adhère pas à la Charte des droits », a rappelé François Hollande.

« Nous avons accepté qu’il puisse avoir un autre destin, mais pas question qu’il puisse freiner la marche de la zone euro ou déroger aux règles communes », a précisé le chef de l’État français. « Le Royaume-Uni n’est pas dans la démarche d’une Union plus étroite. »

« C’est un constat », a conclu François Hollande, partisan affiché d’une « Europe différenciée ».

Et le Premier ministre belge, Charles Michel, d’insister :

« Si les Britanniques refusent de rester dans l’Union européenne lors du référendum [annoncé pour le 23 juin, ndlr], ces concessions seront automatiquement détruites, comme dans Mission impossible. »

Il est exclu de les utiliser pour une nouvelle négociation en cas de repentir, a-t-il insisté.

Le Lion britannique pourra encore rugir contre Bruxelles et ses institutions, mais ses griffes ont été limées et il a été parqué dans un enclos éloigné du centre du pouvoir.

David « Battling » Cameron a en fait été dépossédé de son sommet européen, celui qu’il aurait voulu spécialement consacré au problème existentiel du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Même si elle s’est prolongée plus que de raison, la réunion n’a fait qu’acter la marginalisation de son pays.

Longues discussions pour pas grand-chose

Pour la France, les priorités du sommet ont été la crise des réfugiés, qui menace Schengen, l’espace de libre circulation européen et la guerre en Syrie. Il s’agit de « deux drames humains », a souligné François Hollande.

La discussion sur la place du Royaume-Uni dans l’UE a été longue, « mais ce n’est pas parce qu’un sommet européen dure longtemps qu’il s’y passe beaucoup de choses », a raillé François Hollande.

« Peu de modifications ont été apportées au projet d’accord préparé pour Londres, même s’il a fallu du temps pour lever les ambiguïtés », a-t-il expliqué.

David Cameron paie son mépris pour les enjeux européens qui ne concernent pas son pays.

« Il est en dehors. Il ne s’intéresse qu’à son sujet, le reste lui importe peu », explique un diplomate déplorant l’autisme du Premier ministre britannique envers l’avenir de Schengen.

Alors forcément, quand la question des réfugiés s’est imposée comme le sujet majeur de son sommet, le Britannique s’est retrouvé sur la touche.

Crise existentielle de Schengen

En revanche, le débat sur la crise migratoire a tourné à l’affrontement après la décision de l’Autriche de limiter, dès vendredi 19 février, l’entrée de son territoire à 80 demandeurs d’asile par jour. Une mesure qui risque de provoquer un effet domino et de bloquer les réfugiés en Grèce, avec pour conséquence une énorme crise humanitaire dans le pays.

Une crise existentielle que François Hollande a résumée ainsi :

« La fin de Schengen signifierait la fin de l’Europe. »

La nécessité d’agir vite a même poussé les dirigeants à annoncer la tenue d’un sommet extraordinaire avec la Turquie, début mars, reléguant encore une fois les préoccupations de David Cameron dans l’ombre.

Impression de déjà-vu

Le Premier ministre britannique avait déjà vécu cette situation d’isolement tout au long de la crise grecque. Écarté des sommets des dix-neuf dirigeants de la zone euro, il venait traîner son spleen le lendemain, lors des réunions élargies aux Vingt-Huit.

Visage fermé, il affichait un air de suprême ennui. La bataille du budget européen a été son dernier grand moment. Elle date de 2013, et l’Union européenne en subit maintenant les conséquences, incapable de financer ses ambitions et de faire face aux crises.

Le choix du Royaume-Uni d’être dans l’UE sans en être a fini par se retourner contre lui. Et le mépris affiché par David Cameron pour Jean-Claude Juncker, dont il a combattu la désignation à la tête de la Commission européenne, institution qu’il voue aux gémonies, a réduit l’influence britannique à Bruxelles. Sans alliés, sans relais, il est marginalisé par des partenaires soucieux de ne lui faire aucun cadeau, explique un fin connaisseur des arcanes européens.

Lassitude des dirigeants

David Cameron a bien tenté de rependre la direction des opérations le deuxième jour du sommet, le vendredi 19 février, et de refaire monter la passion.

« Je n’ai aucun problème pour rester ici jusqu’à dimanche. J’ai prévenu ma femme et mes enfants », a-t-il lancé à son arrivée en fin de matinée. La posture a fâché.

La présidente de la Lituanie, Dalia Grybauskaité, ancienne commissaire européenne, n’a pas mâché ses mots contre cette volonté de dramatisation du sommet pour des raisons de politique intérieure. Elle a d’ailleurs signifié la fin du jeu par un tweet assassin :

« Accord conclu, fin du drame. »

Les nombreux temps morts de cette longue journée ont surtout été mis à profit pour de multiples consultations sur la crise des réfugiés. La chancelière Angela Merkel, lassée des reports, est même sortie sous bonne escorte manger un cornet de frites sur une place voisine, pendant que François Hollande bloquait deux heures de son temps pour une émission avec une radio française.

Jean-Sébastien Lefebvre et Luis Grasès

Principaux points de l’accord sur le Brexit :

  • – indexation des allocations familiales pour les Européens résidant au Royaume-Uni dont les enfants sont restés dans leur pays d’origine. La mesure s’appliquera progressivement d’ici 2020 et nécessitera l’accord du Parlement de Strasbourg
  • – possibilité pour Londres d’actionner une clause de sauvegarde pour priver les nouveaux arrivants des crédits d’impôts octroyés aux bas salaires, pendant 7 ans ;
  • – possibilité pour 55 % des Parlements nationaux de bloquer un projet de directive ;
  • – droit pour le Royaume-Uni d’exprimer son désaccord avec un projet législatif poussé par les membres de la zone euro, et qui pourrait aller à l’encontre des intérêts britanniques. Toutefois, Londres n’aura aucun réel moyen de le bloquer ;
  • – le Royaume-Uni ne sera plus concerné par la phrase « union toujours plus étroite » dans la prochaine révision des traités.

Source : Contexte 21/02/2016