Retour sur Mulholland Drive

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L’univers lynchien de Montpellier par le photographe toulousain Yohann Gozard.

Exposition
A la Panacée débute le premier cycle d’expositions présentées sous la direction de Nicolas Bourriaud en charge du futur Centre d’art contemporain, nouvelle génération attendu pour 2019. Sous le titre Retour sur Mulholland Drive une vingtaine d’artistes  rendent compte des tendances actuelles de l’art contemporain.

En attendant le MoCo, futur navire amiral de Montpellier Contemporain, La Panacée se recentre sur l’art contemporain après quelques errements autour de la création numérique. Non que l’art numérique soit inintéressant dans les formes de langage qu’il a mis à jour, mais plutôt qu’il était peu opportun d’axer les lignes programmatiques du lieu sur un terme aussi générique. On a senti le moment où la notion d’art elle-même se trouvait en souffrance face à sa particule numérique. La page s’est tournée avec l’arrivée de Nicolas Bourriaud nous évitant peut-être la chasse aux Pokémons tendances, dans les couloirs de la Panacée sponsorisée par SFR.

L’arrivée de cet historien et critique d’art contemporain n’est pas pour autant un gage de confort pour le visiteur. Exit les balises pédagogiques, et place à l’émotion, aux interrogations, au malaise parfois qui peuvent émaner des oeuvres contemporaines. La proposition d’exposition autour du film de David Lynch Mulholland Drive en témoigne.

Etre dérangé en trois fragments
« L’art d’aujourd’hui ne relève pas d’une esthétique unique. On ne peut pas tout résumer par un point de vue ou un regard, explique Nicolas Bourriaud, le cycle d’expositions à la Panacée s’ouvre à tous les médiums et toutes les disciplines.» Une manière de répondre à la masse de propositions artistiques en provenance des quatre coins de la planète et de préfigurer le modèle nouveau du futur MoCo en connexion avec le monde.

Conception basée sur le constat que Paris n’est plus l’instance de validation. La proposition qui s’ouvre aujourd’hui se découpe en trois expositions distinctes. Solo show de l’artiste iranienne Tala Madani, jamais exposée en France, propose un univers grotesque et critique centré sur une représentation masculine où s’agitent des hommes décervelés. Mus par leurs instincts sexuel primaires, ces personnages semblent désigner un recul certain de la conscience dans tout ce qui existe.

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Tala Madani opère un détournement  de l’usage de la lumière spirituelle qui exprime la vibration énergétique par laquelle les choses deviennent visibles ou sont éclairées. Les représentations de l’artiste opèrent une forme de redistribution du sacré et du moi intérieur dégénéré qui met à niveau la lumière cosmique, avec celle d’un d’orifice ou d’excréments.

Intérims, l’art contre emploi, présente neuf artistes qui prennent le monde du travail comme matériau et explorent les mécanismes du salariat avec un regard militant ou ironique. Cette seconde exposition fait lien avec le concept Exform – forme saisie par les artistes  autour des enjeux d’exclusion, culturels, sociaux ou politiques, et territoire traversé par des mécanismes de rejet et de réhabilitation – au coeur des dernières recherches de Nicolas Bourriaud.

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Intitulée Retour sur Mulholland drive, la troisième proposition explore l’univers lynchien à partir des travaux d’une vingtaine d’artistes et plus particulièrement du film sorti en 2001 qui a marqué une génération de créateurs par la force de son esthétisme et l’ambivalence du rapport à la réalité. Les travaux exposés ont pour dénominateur commun d’utiliser des objets du quotidien pour y insuffler une puissance d’évocation singulière. Les formes proposées sont empruntes d’une gravité à la hauteur du vertige lié à la perte d’identité sans pour autant s’inscrire comme forme de contre-pouvoir.

JMDH

Source ; La Marseillaise 27/01/2017

Voir aussi :   Rubrique Artrubrique Expositionrubrique Montpellier, rubrique Société, Travail, rubrique Rencontre, Nicolas Bourriaud,

Begin the Beguine. L’humanité masculine sous influence

Jan Lauwers?: «?Qu’il est beau l’échec de la langue au théâtre?!?» Photo marc Ginot

Jan Lauwers?: «?Qu’il est beau l’échec de la langue au théâtre?!?» Photo marc Ginot

Begin the Beguine de Cassavetes, création mise en scène par Jan Lauwers, au CDN hTh de Montpellier jusqu’au 3 février.

Ecrite en 1987, peu avant la mort de John Cassavetes, la dernière pièce du cinéaste culte a été montée par Jan Lauwers dans une première version au Burgtheater de Vienne. A l’invitation de la fondation Cassavetes de N.Y. Le directeur du CDN de Montpellier Rodrigo Garcia reconduit cette invitation en proposant au metteur en scène flamand de créer une nouvelle version de ce texte peu connu.

C’est chose faite avec cette première en France, qui associe Gonzalo Cunill et Juan Navarro, deux acteurs proches de Rodrigo Garcia, aux deux actrices de la Needcompany, Inge Van Bruystegem et Tomy Louise Lauwers, la propre fille de Jan Lauwers. Ce choc des énergies fait vibrer le plateau en jouant sur les contrastes, de cultures et de langues pour donner un prolongement européen à  ce drame issu des zones déchues et marginales de la société américaine.

Les quatre performers font preuve d’un souffle de liberté éblouissant. Dans un appartement au bout d’une route donnant sur la mer deux hommes commandent des femmes par téléphone et philosophent sur le sexe, l’amour et la mort.

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Dans un temps non défini, leurs rapports avec les prostitués s’inscrit comme une fin et un éternel recommencement. Réduits à se perdre, les deux antihéros ne parviennent pas à tromper leur profond désespoir. Le sexe tarifé ne satisfait plus les fantasmes si bien que la rencontre entre clients et prostitués prend parfois un tournant  désarçonnant et l’amitié entre les deux hommes enregistre des distorsions.

Begin the beguine porte à son paroxysme le rapport au corps et au réel. Jan Lauwers travail la scène comme Cassavetes l’image, en faisant du plateau un immense terrain de jeu où s’expose la vie déchue des hommes seuls.

Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise 31/01/2017

Voir aussi : Rubrique Théâtre, Les théâtres Sorano et Jean Vilar croisent leur regard, Dossier. Théâtre en péril, fin d’un modèle à Montpellier et dans l’Hérault, hTh 2017 Libre saison de bruit et de fureur,

Emmanuel Macron, le candidat attrape-tout

 Un candidat qui construit sa stature internationale à coup de déplacements à l'étranger. Anwar Amro/AFP

Un concept a émergé depuis quelques dizaines d’années en sciences politiques : celui de catch-all party, autrement dit le parti attrape tout, à savoir le parti qui séduit tous azimuts au-delà des classes sociales et surtout des clivages classiques entre droite et gauche.

Plus précisément, ce type de parti se définit par sa capacité d’attirer des individus ayant des points de vue différents les uns des autres, des électeurs venant d’horizons divers, des hommes et des femmes qui peuvent venir de la gauche comme de la droite. Ce concept développé par le politiste Otto Kirchheimer évoque un parti faiblement bureaucratique, faiblement organisé, pouvant être aussi caractérisé par une centralisation du pouvoir dans les mains du leader et de son entourage immédiat (Sawicki, 1996). Ce parti, conséquemment, peut se transformer en parti dit charismatique (selon le mot d’Angelo Pannebianco (Political Parties : Organisation and Power, Cambridge, Cambridge University Press, 1988) autour d’une figure et d’une seule. C’est le risque de dérive de ce type de parti, sans bureaucratie suffisante, seul le leader peut tenir l’ensemble.

Longtemps la science politique a donné le qualificatif de parti « attrape tout » au Front national ; ceci par sa capacité à séduire des électeurs venant de la gauche comme de la droite. L’électorat de gauche pouvant être attiré par le volet économique et social ; celui de droite étant intéressé par les aspects identitaire et sécuritaire. Ajoutons à cela la faiblesse de l’organisation partisane et un leadership très marqué par Marine Le Pen, nous avions là tous les ingrédients d’un catch-all party.

Dépasser le sempiternel clivage gauche-droite

Nous assistons visiblement aujourd’hui à l’émergence d’un mouvement « attrape tout » : celui d’Emmanuel Macron baptisé « En Marche ». Et, au-delà de cela, nous voyons naître un candidat attrape-tout tant l’acronyme du mouvement EM fait écho aux initiales de sa propre personne ; EM dirige EM, le sommet de la pyramide est siglé par l’homme qui attrape-tout, le « catch-all man », « le catch-all candidate », le mouvement messianique tourné vers ce « designated candidate ».

L’électorat de ce mouvement-candidat-attrape-tout se dessine peu à peu, mais déjà – aux dires des données sociologiques des sondages – il semble enjamber le Rubicon et dépasse le clivage gauche-droite.

A ce jour, on peut, avec certitude, affirmer que EM est le « _catch-all candidate _ » en termes de personnalités qui le rejoignent ou l’apprécient : des écologistes plutôt marqués à droite comme Corinne Lepage, des élus socialistes comme Gérard Collomb, des journalistes démocrates à la mode USA comme Laurence Haim, des historiques de l’UDF et du Nouveau Centre comme Jean-Marie Cavada, des protégés du gouvernement actuel tel Jean Pisani-Ferry, des visiteurs du soir libéraux tel Alain Minc… La liste est longue mais elle illustre bien les dépassements de clivages politiques. Socialistes, libéraux de droite, écologistes, centristes, on trouve tout cela chez EM et tout ce petit monde s’emploient à dépasser allègrement le sempiternel clivage entre la droite et la gauche.

Nouveau gotha

Pour l’heure, nous ne pouvons savoir avec certitude si EM – le mouvement et le candidat – sauront séduire au-delà de ces élites. Est-ce que ce « catch all » candidat-mouvement saura attraper tous les électorats, dans toutes les classes sociales et dans toutes les campagnes de France.

Nous nous demanderons à l’avenir si ce catch-all mouvement ne va pas devenir un parti messianique à la gloire d’Emmanuel Macron avec pour simple intention de remplacer la « bourgeoisie d’État » actuellement en place par ce nouveau cercle d’initiés, ce nouveau ghota, ce who’s who spectaculaire. C’est tout le risque du catch-all party…

Car, tandis que des visions du monde sont clairement proposées par Benoît Hamon avec une vision tout hétérodoxe et écologique de la société, par Manuel Valls avec sa posture toute républicaine, par François Fillon avec un objectif de libéralisation de la France ou par Marine Le Pen avec son cap national-identitaire, ceux qui marchent ne proposent pour l’instant qu’un élan qui ressemblerait à la terre techno-digital-promise de la Sillicon Valley, version Frenchie. Un élan des élites qui ont visiblement envie de ne plus être dans l’ombre du politique à tirer d’éventuelles ficelles, mais de passer côté lumière.

Est-ce que l’essence du politique n’est qu’une juxtaposition de noms voire d’expertises et d’experts ou une vision du monde et de la société à laquelle on croit et pour laquelle on se bat ? Le philosophe et politologue Julien Freund, s’inspirant de Carl Schmidt, nous dirait que tout ne peut pas être dans tout et que la politique se définit bien par une vision versus une autre.

Virginie Martin

 

Source : Les sens du politique 26/01/2017

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Projets d’oléoducs : Trump repart en guerre contre les Sioux

C3GoIzQWIAAGBQBDonald Trump a signé le 24 janvier, quatre jours après son investiture, des décrets présidentiels visant à relancer deux projets d’oléoducs. Très controversés, les deux oléoducs Keystone XL et le Dakota Access ont fait l’objet d’une intense bataille politique entre les défenseurs du climat et les industriels des énergies fossiles. Tous deux avaient été suspendus par l’administration Obama.

C’est le 6 novembre 2015, après des mois d’actions non violentes et de batailles juridiques et administratives, que Barack Obama annonce l’abandon de la construction de l’oléoduc Keystone XL au nom, notamment, de la lutte contre les changements climatiques. « Transporter du pétrole brut plus sale jusque dans notre pays ne renforce pas la sécurité énergétique des États-Unis », fait alors valoir le président sortant. Porté par le consortium TransCanada, cet oléoduc doit transporter sur 1900 kilomètres le pétrole issu des champs de sables bitumineux de l’Alberta jusque dans le Golfe du Mexique.

« Nous allons renégocier certaines conditions et, s’ils les acceptent, nous verrons si nous pouvons le faire construire », a précisé Donald Trump à propos du projet Keystone XL. « Ce sont beaucoup d’emplois, 28 000 emplois, de super emplois dans la construction. » Ce décret « invite TransCanada à soumettre à nouveau sa proposition et ordonne aux agences [fédérales] de l’approuver sans délai ». L’objectif est « d’assurer une approbation rapide » du projet.

Une décision « irresponsable »

Le même processus est à l’œuvre dans le cadre du projet Dakota Access Pipeline. D’une longueur de 1800 kilomètres, ce pipeline, dont la construction est évaluée à 3,8 milliards de dollars abondés en partie par des banques françaises, menace des sites culturels ancestraux des Sioux et leurs sources d’eau. Depuis le 1er avril 2016, des tribus amérindiennes et des militants écologistes occupent un terrain privé, acheté 18 millions de dollars par la société exploitante. Au terme de neuf mois de résistance, ils ont obtenu le 4 décembre dernier le rejet du tracé initial, le gouvernement s’engageant à « entreprendre une étude d’impact environnementale complète » et à « étudier des tracés alternatifs » (voir ici). La construction du pipeline a donc été stoppée. Là encore, le décret signé par Donald Trump « ordonne aux agences d’accélérer leurs analyses et leur approbation de la portion restante de l’oléoduc, que la précédente administration a bloquée pour des raisons politiques ».

Le président de la communauté sioux de Standing Rock, Dave Archambault, avant son discours contre Dakota Access devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, en Suisse, en septembre 2016. Photo : Reuters/Denis Balibouse

Le président de la communauté sioux de Standing Rock, Dave Archambault, avant son discours contre Dakota Access devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, en Suisse, en septembre 2016. Photo : Reuters/Denis Balibouse

Les Sioux de Standing Rock ont immédiatement dénoncé les nouveaux décrets signés par le président Trump. Dans un communiqué, ils réitèrent que leurs sources d’eau potable risquent d’être contaminées par le projet. Leur avocat a également déploré une décision « irresponsable », prise avec « trop d’empressement ». « Nous ne sommes pas opposés à l’indépendance énergétique. Nous sommes opposés à des projets de développement imprudents et motivés par des raisons politiques, qui ignorent nos droits issus de traités et menacent notre eau. Créer un deuxième Flint ne rendra pas l’Amérique plus grande. » Une référence au slogan de campagne de Trump – Make America Great Again – et à Flint, une ville de l’État du Michigan de 100 000 habitants, où l’eau potable a été contaminée au plomb après des coupes budgétaires.

Mardi soir, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés en signe de protestation, à New York et devant les grilles de la Maison Blanche. « Donald Trump n’est en fonction que depuis quatre jours et il se révèle déjà être une dangereuse menace pour le climat, comme nous le redoutions », réagit le directeur exécutif de l’ONG Sierra Club. « C’est un jour sombre pour la raison mais nous allons continuer le combat », souligne 350.org, fer de lance du mouvement contre les énergies fossiles. L’American Civil Liberties Union (ACLU), la puissante association de défense des droits civils, estime que la décision concernant le pipeline Dakota Access s’apparente à une « gifle » donnée par le président. Les Sioux de Standing Rock annoncent d’ores et déjà qu’ils engageront une bataille juridique contre ces décrets.

Sophie Chapelle

Source Basta 26/01/2017 lire également : Aux États-Unis, les Républicains légifèrent déjà pour réprimer durement les manifestations pacifiques

Voir aussi : Actualité Internationale, rubrique EcologiePolitique, Politique économique, rubrique International, société civile, rubrique Amérique du Nord Etats-Unis, Bilan quotidien des premières décisions Trump, La réponse de San Francisco, Fucking Tuesday,

Pour éviter la « destruction de la famille », la Russie dépénalise les violences domestiques

 La députée Olga Batalina à la tribune de la Douma défend le projet de loi dépénalisant les violences intra-familiales, le 25 janvier. La députée Olga Batalina à la tribune de la Douma défend le projet de loi dépénalisant les violences intra-familiales, le 25 janvier. ALEXANDER ZEMLIANICHENKO / AP

La députée Olga Batalina à la tribune de la Douma défend le projet de loi dépénalisant les violences intra-familiales, le 25 janvier. ALEXANDER ZEMLIANICHENKO / AP

Sous la pression du pouvoir et de l’Eglise orthodoxe, les députés ont voté un projet de loi qui allège les peines en cas de violences dans le cercle familial.

A une écrasante majorité, les députés russes ont adopté, mercredi 25 janvier, un projet de loi controversé visant à dépénaliser les violences commises dans le cercle familial. Le texte, voté en deuxième lecture avec 385 voix et seulement 2 contre, prévoit de commuer en peine administrative des actes de violence n’entraînant pas d’hospitalisation, mais considérés jusqu’alors comme un délit pénal passible de deux ans d’emprisonnement. « C’est un vote historique car, dans certains pays, le rôle de l’Etat dans la vie familiale dépasse toutes les bornes », s’est réjoui, en séance, le député Andreï Issaïev.

« Le pouvoir veut faire trois pas en arrière en dépénalisant complètement la violence et en retirant aux victimes leur seul mécanisme de protection », s’insurge un collectif de femmes qui appelle à une manifestation, le 4 février, dans un quartier nord de Moscou. Leur précédente tentative de rassemblement, sur la place Bolotnaïa – lieu de rassemblement des grands défilés de protestation contre la réélection de Vladimir Poutine durant l’hiver 2011-2012 – s’est heurtée à un cynique refus des autorités : « Pas assez de place pour 1 000 personnes », a affirmé la mairie.

Pression de l’Eglise orthodoxe

Féministes et défenseurs des droits de l’homme ne désarment pas pour autant et font valoir qu’en Russie, plus de 10 000 femmes meurent chaque année sous les coups de leur conjoint. Selon Svetlana Aïvazova, membre du conseil des droits de l’homme au Kremlin, qui s’appuie sur les statistiques officielles, 40 % des crimes graves, dont sont victimes en priorité des femmes mais aussi des enfants, se produisent en milieu familial.

Sous la pression du pouvoir et de l’Eglise orthodoxe, les promoteurs du projet, qui devrait être adopté définitivement le 27 janvier – une simple formalité – avant d’être promulgué par Vladimir Poutine, ont remis en cause l’introduction, en juillet 2016, de la notion de « proches » dans l’article 116 du code pénal russe relatif aux violences physiques. Ils jugeaient « discriminatoire » le fait que ces proches puissent être poursuivis pénalement alors que les auteurs d’agressions bénignes qui ne font pas partie du cercle familial relèvent du droit civil.

L’entrée en vigueur de cette disposition aurait pu « aboutir à ce que les parents consciencieux soient menacés de poursuites pénales, jusqu’à deux ans de prison, pour n’importe quel recours, même modéré et judicieux, à la force physique dans l’éducation des enfants », avait aussitôt réagi la commission des affaires familiales du patriarcat sur son site Internet.

En décembre 2016, interrogé sur ce sujet lors de sa conférence de presse annuelle, Vladimir Poutine avait lui-même répondu : « Il existe d’autres moyens d’éducation que les fessées mais bien sûr, il faut aussi rester raisonnable. » Aller trop loin dans l’interdiction, « c’est mauvais à la fin, ça détruit la famille », avait-il ajouté.

On se charge un peu et on va aux putes ? Non moi après,  je rentre à la maison mais c'est pareil et gratos ...

On se charge un peu et on va aux putes ? Non moi après, je rentre à la maison. C’est pareil et en plus c’est gratos …

Société « traditionnelle »

Une première mouture du texte, présentée en juillet 2016 par la sénatrice Elena Mizoulina – connue pour être à l’origine d’une loi contre la « propagande homosexuelle », pour ses positions conservatrices sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ou sa proposition de taxer les divorces –, mettait en avant la « préservation des valeurs traditionnelles familiales », dans la droite ligne des discours appelant à s’écarter des « valeurs occidentales ».

Dans la version actuelle, défendue par la députée Olga Batalina, l’exposé des motifs a été expurgé de ces éléments, mais aucune modification sur le fond n’a été introduite. Et le débat public a éludé le sort des femmes battues pour se concentrer sur le droit des parents à punir leurs enfants. « Les traditions russes ne reposent pas sur l’éducation des femmes par le fouet comme certains essaient de nous en convaincre », a toutefois fustigé le député communiste Iouri Sineltchikov, l’une des rares voix discordantes de la Douma, la chambre basse du Parlement russe.

Mais peu de victimes de violences domestiques finissent par porter plainte, et seulement 3 % des enquêtes ouvertes franchissent le seuil d’un tribunal. Parfois, la police n’intervient même pas. Fin novembre 2016, le pays s’était ému du cas d’une jeune femme morte sous les coups de son compagnon à Orel, dans la région d’Orlov, 360 kilomètres au sud-ouest de Moscou. Peu avant le drame, la victime avait appelé les secours, en vain.

Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)

Source Le Monde 25/01/2017

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