Islande : pourquoi les « Panama Papers » ont fait tomber le Premier ministre

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Le Premier ministre islandais cité dans les « Panama Papers » a annoncé ce mardi sa démission après des manifestations massives lundi. Un signe du traumatisme persistant de la crise dans l’île nordique.

Sigmundur Davíð Gunlaugsson, le Premier ministre islandais, a finalement cédé. Mardi 5 avril, il a annoncé qu’il démissionnait après avoir rencontré le président du pays et lui avoir demandé de convoquer de nouvelles élections. Le chef du gouvernement islandais est un des six dirigeants politiques mondiaux en exercice directement cité dans les « Panama Papers ». Lundi 4 mars au soir, une manifestation demandant sa démission a réuni entre 10.000 et 20.000 personnes pour une population totale de 330.000 âmes dans les rues de la capitale, Reykjavik.

L’affaire islandaise

L’enquête « Panama Papers » a révélé une rumeur qui circulait depuis plusieurs jours dans l’île nordique : la femme du chef du gouvernement, Anna Sigurlaug Pálsdóttir a utilisé en 2007 une société basée aux Îles Vierges Britanniques, Wintris, pour y placer sa fortune personnelle, issue de la vente de la vente de l’entreprise personnelle qui détenait le monopole de la vente des automobiles Toyota en Islande. Sigmundur Davíð Gunlaugsson était copropriétaire de la moitié de Wintris jusqu’en 2009, date à laquelle il a été élu député et a vendu sa part à son épouse pour 1 dollar des Etats-Unis.

Légalement, il n’est pas certain qu’il soit attaquable. Le quotidien britannique The Guardian affirme n’avoir « observé aucune preuve qui suggérerait de l’évasion fiscale, de la fraude fiscale ou aucun bénéfices malhonnête de la part de Sigmundur Davíð Gunlaugsson, d’Anna Sigurlaug Pálsdóttir ou de Wintris». C’était, du reste, la défense du Premier ministre jusqu’à ce mardi : il a vertement repoussé toutes les questions des journalistes et a déclaré lundi soir sur une chaîne privée qu’il ne « pensait pas à démissionner pour cette affaire ». Mais, en Islande, cette ligne de défense est intenable. Pour plusieurs raisons.

Le réveil des mauvais souvenirs

D’abord, parce que cette affaire rappelle de très mauvais souvenirs aux Islandais. Jusqu’en 2008, l’Islande a connu un développement financier débridé. En 2007, le bilan des banques islandaises a atteint 1035 % du PIB du pays. C’était l’époque des nouveaux riches et de la fortune étalée sans vergogne. Durant cette période, comme le remarque la journaliste islandaise Sigrún DavÍðdóttir sur son blog, les banques islandaises étaient spécialisées dans les constructions offshores. Elle rappelle qu’alors, « tu n’étais personne si tu n’avais pas une société offshore. »

L’affaire Gunlaugsson renvoie donc directement à cette époque. Elle rappelle que, huit ans après, rien n’a réellement changé : les hommes politiques restent liés au système financier. Ils restent des hommes d’un passé qui est désormais insupportable aux Islandais compte tenu de l’ampleur de la crise qu’ils ont traversé. Car si l’Islande a choisi une autre voie que les pays de la zone euro pour contenir la crise bancaire, les ménages islandais n’ont pas traversé sans dommages la crise, touchés par l’inflation causée par la dépréciation de 55 % en 2008 de la couronne islandaise et par plusieurs mesures d’austérité prises notamment dans le domaine de la santé. Ce que les Islandais ne veulent plus vivre, c’est cet effondrement qui a suivi la bulle. Or, avec cette affaire « Panama Papers », c’est donc un retour vers un passé honni qu’ils vivent.

L’affaiblissement de la confiance dans les élites politiques

La deuxième raison, c’est le manque de confiance dans les élites politiques que la crise a révélé et que cette affaire renforce encore. La bulle de 2000-2008 a été construite et encouragée par le personnel politique conservateur, à commencer par deux premiers ministres, Davið Oddsson, devenu ensuite président de la Banque centrale, et Geird Haarde, le chef du gouvernement lors de l’effondrement de 2008. Ce personnel politique a voulu consciemment utiliser le secteur financier comme levier de croissance après la crise de la filière piscicole dans les années 1990. Geird Haarde a, en 2012, été condamné par un tribunal pour sa gestion dans la crise de 2008. Il a alors déclaré que « nul parmi nous n’a pris conscience à l’époque que quelque chose clochait dans le système bancaire ». C’est cette irresponsabilité que le peuple islandais ne peut plus supporter. Or, même légal, l’existence d’une fortune placée aux Caraïbes, ramène l’actuel premier ministre a cette même irresponsabilité, à cette confluence entre le politique et le financier qui est insupportable désormais dans l’île nordique.

Un système politique en lambeaux

D’autant que le désaveu politique est quasiment général. La gauche, arrivée au pouvoir en 2009, s’est discréditée par sa volonté de protéger les créanciers étrangers et par les mesures d’austérité qu’elle a prises. C’est elle qui a négocié l’accord de dédommagements des créanciers néerlandais et britanniques dans le cadre du fonds Icesave, accord qui a été rejeté par deux fois par référendum en 2010 et 2012. La nouvelle majorité de droite issue des élections de 2014 s’est rapidement discréditée à son tour, notamment en rompant, sans le référendum promis, les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Au final, la crise a ravagé le système politique islandais. Tous les partis traditionnels sont discrédités et c’est maintenant le parti Pirate, luttant pour la liberté d’Internet, qui est en tête des sondages avec plus de 35 % des intentions de vote.

D’autres ministres concernés

Dans un contexte aussi fragile, cette révélation achève ce système politique. D’autant que Sigmundur Davíð Gunlaugsson a très mal réagi, avec sa morgue habituelle, à ces informations et que deux autres ministres sont concernés par les « Panama Papers » : le ministre de la justice Ólöf Nordal et le vice premier ministre et ministre des Finances, Bjarni Benediktsson, président de l’autre grand parti de la coalition gouvernementale. Bjarni Benediktsson est le leader du parti de l’Indépendance, l’autre parti de la coalition gouvernementale avec celui de Sigmundur Davíð Gunlaugsson, le parti progressiste. Dès lors, c’est l’ensemble de la confiance avec la vie politique qui s’effondre. D’où l’exigence des manifestants islandais d’une démission pour organiser un « nouveau départ » à la vie politique locale et se débarrasser de cette élite désormais détestée.

Discours discrédité

Enfin, dernier élément clé : les révélations sur la femme du premier ministre le classent parmi ceux qui ont échappé au très strict contrôle des capitaux imposé en 2008 pour éviter la fuite des capitaux. Certes, ce compte n’a pas été ouvert pour « contourner » ce contrôle puisqu’il a été ouvert en 2007, mais cela ne change rien pour des Islandais qui vivent sous un régime restrictif qui, certes, a été affaibli, mais qui est très contraignant. Et comment ne pas soupçonner, même si on peut en douter, qu’il n’ait négocié avec les investisseurs étrangers la levée de ce contrôle en ayant son propre intérêt en tête ? Comme le résume un manifestant cité par le Guardian, « ce compte prouve que Sigmundur Davíð Gunlaugsson et sa femme n’avait aucune confiance dans la monnaie et le système financier de ce pays. » L’idée qui domine est donc encore celle d’une élite protégée. Une élite menteuse, puisque, protégé, le premier ministre a mené campagne en 2014 sur le thème de sa détermination à lutter contre les fonds étranger et la finance internationale. Un discours évidemment complètement discrédité désormais.

Symbole d’un traumatisme vivace

Sigmundur Davíð Gunlaugsson est ainsi devenu le symbole d’une société islandaise encore convalescente de la crise. Plus personne ne semble vouloir le sauver, et certainement pas son allié Bjarni Benediktsson, bien heureux que son propre cas passe au second plan dans cette affaire. Les élections anticipées sont donc inévitables, elles seront redoutables pour les anciens partis. Si la décision islandaise de 2008 de privilégier la dépréciation monétaire et la participation des créanciers a permis à l’économie de se redresser plus rapidement qu’ailleurs, il n’en reste pas moins que cette crise est demeurée un traumatisme et que les montages financier de l’épouse du premier ministre ramène à des réalités dont les Islandais ne veulent plus entendre parler. Cette crise politique islandaise de 2016, qui devrait entraîner le chef du gouvernement vers sa chute, est en fait un nouveau chapitre de la crise financière de 2008.

 

Source : La Tribune O5/04/2016

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Panama Papers : les Islandais demandent massivement la démission de leur Premier ministre

Des milliers d'Islandais se sont réunis à Reykjavik pour demander la démission du Premier ministre, cité dans les Panama Papers. Photo Stringer. Reuters

Des milliers d’Islandais se sont réunis à Reykjavik pour demander la démission du Premier ministre, cité dans les Panama Papers. Photo Stringer. Reuters

Eclaboussé par les révélations d’un consortium d’investigation sur les avoirs de milliers de personnalités dans les paradis fiscaux, David Sigmundur Gunlaugsson refuse de démissionner malgré une manifestation d’une ampleur jamais vue dans le pays.

Des milliers d’Islandais ont manifesté en fin de journée ce lundi à Reykjavik pour réclamer la démission du Premier ministre David Sigmundur Gunlaugsson, pris dans la tourmente de la révélation de ses avoirs dans des paradis fiscaux.

Selon des documents dévoilés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), David Sigmundur Gunnlaugsson, 41 ans, a créé en 2007 avec sa future épouse une société dans les îles Vierges britanniques pour y parquer des millions de dollars, jusqu’à ce qu’il lui cède ses parts fin 2009 pour un dollar symbolique. Quand il a été élu député du Parti du progrès (centre-droit) pour la première fois en avril 2009, il a omis cette participation dans sa déclaration de patrimoine, alors que la loi l’y obligeait.

La police a indiqué que la manifestation rassemblait plus de monde que celles qui en 2009, après la révélation des graves manquements des responsables politiques dans la surveillance des banques, avaient poussé le gouvernement de droite à la démission. Mais les forces de l’ordre n’ont pas fourni de décompte.

«Prenez vos responsabilités» ou «Où est la nouvelle Constitution ?», lisait-on sur des pancartes, en référence au projet de nouvelle Constitution né de la crise politique de 2009, resté en rade au Parlement. Sur les réseaux sociaux, des Islandais confirmaient l’impression d’assister à un «séisme politique» d’une ampleur supérieure à celui causé par la crise de 2008.

#panamapapers causing a political earthquake in Iceland. Demand for immediate resignation of PM. Massive protest. pic.twitter.com/ii74KhqiEN

— Huginn Þorsteinsson (@huginnf) 4 avril 2016

David Sigmundur Gunnlaugsson, qui nie toute évasion fiscale, a exclu de démissionner. Pendant que se déroulait cette manifestation devant le Parlement, le Premier ministre était soumis à une séance de questions où seuls les députés d’opposition ont pris la parole. Il a expliqué ne pas avoir révélé plus tôt ces avoirs afin de ne pas faire de la fortune de sa compagne une question politique, a rapporté la chaîne de télévision RUV. Une motion de censure a été déposée par l’opposition, qui sera soumise au vote à une date indéterminée.

Source Libération avec AFP : 04/04/2016

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La pauvreté et l’exclusion sociale menacent 125 millions d’Européens

1904655S’acheter une voiture, faire réparer les fuites de son toit ou aller chez le dentiste : pour des millions d’Européens, ces dépenses sont difficiles, voire impossibles à assumer.

Eurostat publiait le 16 avril les tout premiers chiffres de la pauvreté en Europe de 2014. Seules les statistiques de trois pays ont pour l’instant été dévoilées : celles de l’Autriche, de la Hongrie et de la Lettonie. Pour les deux derniers, les nouvelles semblent plutôt bonnes. Le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale y a baissé de 2,4 points de pourcentage. Mais il reste malgré tout très élevé. Plus d’un tiers de la population serait ainsi concerné. En 2013, dans toute l’Europe, la moyenne était à 24,5%, le pays le plus touché étant la Bulgarie et ses 48%, et le moins touché l’Islande, avec 13%.

Un cinquième de la population en situation de privation

Derrière ces chiffres se cache une réalité souvent méconnue. Celle de 125 millions d’Européens qui vivent dans une situation de risque de pauvreté ou de privation matérielle sévères. Parmi eux, on trouve surtout des femmes, de jeunes adultes, des étrangers, des chômeurs, ou des personnes peu éduquées. D’autres facteurs jouent aussi, comment le nombre d’enfants dépendants du foyer, ou la situation familiale. Ainsi, d’après un rapport d’Eurostat publié il y a quelques mois, plus de la moitié des personnes vivant dans un foyer unipersonnel ou monoparental, avec des enfants dépendants serait touchée par ce risque.

Ce même rapport révèle que nous sommes encore loin des objectifs fixés par l’Union Européenne dans son opération « Europe 2020″. Depuis son instauration il y a cinq ans, le programme qui devait mettre 20 millions d’habitants à l’abri du risque de pauvreté n’a pas vraiment fait avancer les choses. Pire encore, dans la plupart des États membres, le risque a augmenté entre 2008 et 2013.

Pour mieux rendre compte de la situation de ces populations démunies, Eurostat a mené toute une série d’études statistiques sur le terrain. L’agence y a avant tout étudié le rapport aux privations matérielles. Un peu moins d’une dizaine de critères ont été retenus, parmi des produits jugés très utiles voire indispensables au bien-être par la plupart des Européens. Un cinquième de la population serait considérée en situation de privation d’après l’étude, qui se focalise sur l’Union Européenne.

Le logement et la santé, deux priorités

La qualité de l’habitation regroupe plusieurs des critères. Eurostat a cherché à évaluer « la capacité des gens à s’offrir un habitat adapté, de qualité décente, et dans un environnement sûr ». Les résultats sont pour le moins éloquents. 17% de la population vivrait actuellement dans des logements surchargés par exemple. Le taux le plus faible revient à la Belgique, avec 1,6%. Lorsque la maison n’est pas trop petite, elle est malheureusement bien souvent de mauvaise qualité. Le problème le plus fréquent serait lié à l’isolation : fuites dans la toiture, humidité sur les murs, les sols, pourriture autour des portes. 15,1% des personnes interrogées ont cité cet aspect en premier lieu. Viennent ensuite les problèmes liés à l’environnement, comme les nuisances sonores ou l’insécurité. Sur le point du logement, il y a de quoi se montrer optimiste. Depuis 2008, ces chiffres baissent constamment (même si 2,7% des logements ne sont toujours pas équipés de toilettes). Globalement, en dépit des problèmes, les Européens se disent très majoritairement satisfaits de leur chez-soi. Les personnes âgées seraient d’ailleurs les premières à le revendiquer.

Vient ensuite le problème de la santé. Au quotidien, l’alimentation pose toujours problème. Parmi les personnes en risque de pauvreté, un quart se disent incapables d’avoir un repas comportant une viande, un poisson ou un équivalent végétarien tous les deux jours. En Europe de l’Est, ce chiffre grimpe très vite, pour atteindre souvent la moitié de cette population. A titre d’exemple, si le taux n’est qu’à 3,7% au Luxembourg, il atteint des sommets en Bulgarie, avec 82,7%.

Autre difficulté, celle à se soigner. Du côté des enfants, à partir de l’âge de trois ans, les taux sont plutôt bons, c’est-à-dire supérieurs à 80% en moyenne. Au niveau de la population globale, les résultats sont en revanche très contrastés. Le taux d’insatisfaction peut atteindre 23,9% chez les plus de 65 ans. Ce sont principalement des femmes qui se plaignent de leur état de santé et de leur accès aux soins. Cependant, comme le rappelle Eurostat dans son rapport, il faut rester méfiant vis à vis de ces chiffres, qui pourraient aussi trouver une explication dans l’augmentation de l’espérance de vie. Les coûts élevés des soins restent une barrière rédhibitoire pour 2,2% des Européens, et pour 4,6% d’entre eux lorsqu’il s’agit de soins dentaires. Là encore, ces chiffres varient beaucoup en fonction des pays, et surtout, des systèmes de remboursement des soins de santé qui y sont mis en place.

Les jeunes plus exposés au risque de pauvreté

Le rapport révèle aussi que près de 40% des personnes risquant la pauvreté ou l’exclusion sociale seraient incapables de faire face à certaines dépenses financières. Pour les femmes vivant seules, le pourcentage grimpe jusqu’à 50%. Dans les foyers monoparentaux, on atteint même 68%. Se payer des vacances loin de chez soi, une semaine par an, est alors devenu impossible pour près de la moitié de ces Européens. Un dixième d’entre eux ne peut s’acheter une voiture, un vingtième un ordinateur, un centième une machine à laver. 0,3% n’espèrent pas non plus pouvoir se munir d’un téléviseur couleur.

Globalement, les jeunes sont plus touchés par ces problèmes que les personnes âgées, exception faite de quelques pays dont fait partie la Belgique. Cela pourrait expliquer qu’ils soient toujours plus nombreux à rester vivre chez leurs parents, jusqu’à plus de trente ans parfois. Ils seraient toujours 48,2% âgés de 18 à 34 ans à privilégier ce mode de vie, par choix, mais aussi bien souvent par obligation. Un taux largement boosté par la Slovaquie, où 95,8% des 18/24 ans dorment toujours sous le toit familial.

La crise économique n’a rien arrangé à ces chiffres, et l’exemple de la Grèce est à ce titre révélateur. 73,1% de sa population estimait au moment de l’enquête avoir quelques ou beaucoup de difficultés à joindre les deux bouts. La moyenne européenne, elle n’excédait pas les 30%… Il reste donc encore un peu de travail d’ici 2020.

Source Eurostat.17/04/2015

L’imaginaire et l’histoire des sagas islandaises

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Rencontre littéraire. En partenariat avec l’association Cœur de livres, L’Hérault du Jour et Radio Campus sont associés à la découverte des classiques de la littérature nordique.

La troisième rencontre littéraire organisée par l’association Cœur de livres autour des grands classiques de la littérature nordique est consacrée aux sagas islandaises. Le terme de saga, aujourd’hui sémantiquement dévoyé à grand coup de Star Wars et autres séries littéraires, signifie raconter. Il voit le jour en Islande.

Une origine incertaine

La question liée à l’origine des sagas semble toujours faire l’objet d’un débat entre scientifiques. Pour certains, à un stade pré-littéraire, les sagas se seraient élaborées d’elles-mêmes, selon une tradition orale vivante. Elles se seraient transmises de génération en génération, par voie orale jusqu’à leur consignation par écrit. Tandis que pour d’autres spécialistes, les sagas seraient des ouvrages de fiction composés par des amateurs d’histoires anciennes qui se seraient livrés à un travail de reconstitution à partir de personnages et de faits mémorables conservés dans la tradition. Reste que les sagas fournissent le seul élément narratif dont nous disposons pour comprendre la vie quotidienne des Islandais et au-delà, des peuples scandinaves dans le monde médiéval nordique.

Au temps des Vikings

Les sagas constituent une source de référence pour aborder le temps des Vikings. A l’instar de L’Edda en prose, que l’on doit à Snorri Sturluson (1178-1241), poète scalde* voyant que sa passion était en train de se perdre dans les « progrès » du christianisme, tente une opération de sauvetage en mettant en scène Dieu et les mythes anciens. L’Edda qui regorge d’obscurité mêle les sagas des rois légendaires puis historiques de Norvège au premier rang desquels le roi Olàfr, dont la hache de guerre tenue entre les pattes d’un lion figure sur le blason de la Norvège. Explorateur de la Méditerranée à l’Amérique, commerçant de fourrures et d’esclaves, guerriers et pillards scandinaves, les Vikings sont restés païens jusqu’au Xème siècle. Leur ère couvre une période s’étendant du VIIIème au XIème siècle. Un regard nouveau de certains historiens lie le phénomène viking à une réaction à la christianisation forcée par le fer et le feu découlant de la volonté du roi franc, Charlemagne. Les raids vikings commencent au VIIIème siècle. La Scandinavie est alors constituée d’une multitude de petits royaumes.

Le passage à l’écrit

La volonté d’établir des grands royaumes centralisateurs dans les pays scandinaves apparaît avec la christianisation. Des princes convertis bénéficient d’alliances chrétiennes pour accéder au pouvoir. Les équilibres médiévaux s’en trouvent bouleversés. De nombreux seigneurs norvégiens prennent la mer pour s’installer dans les îles en Écosse ou en Irlande, et parviennent sur les côtes islandaises. A dater du milieu du Xe siècle, les premiers missionnaires arrivent avec l’alphabet et un fonds littéraire qui se mêle aux poèmes héroïques et scaldiques sans occasionner de résistance.

Rencontre avec François Emion

Invité de cette soirée, François Emion, maître de conférence de littérature et civilisations nordiques à l’université de Paris IV. Il est notamment auteur de L’Islande dans l’imaginaire, publié aux presses universitaires de Caen et travaille à une grammaire historique du vieil islandais. La rencontre se tient ce soir à 19h salle Pétrarque à Montpellier (entrée libre). A travers les extraits qui seront lus par les comédiens de la compagnie Tire pas la nappe, on découvrira également que les sagas sont avant tout un genre littéraire.

Jean-Marie Dinh

 * Les Scaldes, poètes de cour attachés à un roi ou à un chef pour en célébrer les hauts faits. Leurs œuvres sont antérieures aux sagas.

La colonisation de l’Islande


Nicholas_Roerich_Guests_from_OverseasL’histoire de la colonisation de l’Islande nous est connue par le Livre de la colonisation (Landnámabók) et le Livre des Islandais. Les informations sur la société nous viennent des sagas. En 860 environ, l’Islande aurait été redécouverte par les marins norvégiens de Nadoddrr rejetés par la tempête. Ils auraient baptisé le pays Snaeland, pays de la neige. Selon la légende, le Norvégien Ingólfr Arnarson et son frère juré Hjörleilf Hróddrmarsson arrivent de Norvège en Islande après une affaire difficile avec un seigneur. Hjörleilf est tué par des esclaves qu’il avait attelés à sa charrue. Ceux-ci cherchent refuge dans des îlots au sud-est de l’Islande. Après avoir châtié les assassins de son frère, Ingólfr se fixe à Reykjavik.

Source : La Marseillaise : 24/04/2014

Télécharcher la brochure de présentation Les Saga Islandaises

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L’Islande s’éloigne de l’Union européenne, sans référendum

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Hördur ne pensait pas redescendre un jour dans la rue. « La dernière fois, c’était en 2009, pour réclamer la démission du premier ministre », raconte cet étudiant de 26 ans. Lundi 24 janvier, comme 3 500 Islandais, il est allé protester devant le Parlement à Reykjavik, la capitale. Un événement dans ce petit pays de 320 000 habitants, peu enclin à battre le pavé. « Le gouvernement a trahi sa promesse », explique Hördur, furieux.

Lui et les autres manifestants réclamaient la tenue d’un référendum sur l’adhésion de leur pays à l’Union européenne (UE), comme l’avait promis le gouvernement de centre droit lors de son élection en avril 2013. Vendredi 21 février, pourtant, les deux partis eurosceptiques au pouvoir, celui du Progrès et celui de l’Indépendance, se sont entendus sur une proposition de loi prévoyant de retirer la candidature du pays à l’UE. Et ce, sans passer par la voie référendaire. « Je suis contre l’adhésion, mais il est scandaleux qu’on nous interdise si brutalement de nous exprimer », ajoute Aslaug, une autre manifestante. Mercredi, une pétition exigeant un référendum a été signée par 31 000 Islandais, soit près d’un électeur sur huit.

Lire nos explications Pourquoi l’Islande suspend ses négociations pour entrer dans l’Union européenne ?

Voilà qui illustre bien les sentiments ambivalents des Islandais à propos de l’UE. Selon les derniers sondages, ils sont 25 % seulement à souhaiter voir leur pays rejoindre l’Union. Mais 70 % d’entre eux tiennent malgré tout à l’organisation d’un référendum sur le sujet. « La question européenne résume le dilemme auquel l’Islande est régulièrement confrontée : s’ouvrir à l’extérieur ou bien jouer la carte du repli », commente Asgeir Jonsson, de la faculté d’économie de Reykjavik.

ADOPTER L’EURO, UNE FORMALITÉ, PENSAIT-ON ALORS…

Avant la crise, nombre d’Islandais voyaient le rapprochement avec le Vieux Continent d’un bon œil. Le gouvernement de centre gauche, au pouvoir en 2009, lança alors la procédure d’adhésion, espérant adopter l’euro dans la foulée. Une formalité, pensait-il alors…

Las, la façon dont s’est déroulée la crise a fait changer d’avis une partie de l’opinion. « La valeur de la couronne islandaise a chuté de 50 % en quelques mois, ce qui a soutenu nos exportations et le tourisme : avec l’euro, nous n’aurions pas eu cette souplesse », estime Elias Gudmundsson. Le petit hôtel qu’il tient à Sudureyri, un petit village des fjords de l’ouest, a ainsi vu, comme beaucoup d’autres, sa fréquentation doubler depuis 2008.

Dans son bureau avec vue sur le fjord enneigé d’Isafjordur, à quelques kilomètres de là, Kristjan Joakimsson soupire longuement lorsque l’on évoque l’Europe. « Les entreprises comme la mienne ont mis des années à s’adapter aux quotas établis par le gouvernement pour éviter la surpêche, explique-t-il. Maintenant que le système fonctionne, pourquoi Bruxelles viendrait-elle s’en mêler ? »

LA PÊCHE, PRINCIPAL POINT D’ACHOPPEMENT

La question de la pêche est, de fait, le principal point d’achoppement des négociations avec l’UE. Le secteur, qui représente 43 % des exportations islandaises, est en effet redevenu l’un des piliers de l’économie depuis l’effondrement du système bancaire. Il repose sur un système de quotas par espèces finement élaboré chaque année par les autorités, sur lequel les Islandais n’ont aucune envie de perdre la main. « Plus je réfléchis, moins je vois ce qu’on gagnerait à rejoindre l’Europe », ajoute M. Joakimsson.

Le son de cloche est différent du côté des entreprises de services, plutôt favorables à l’adhésion. Elles se plaignent en effet du strict contrôle des changes instauré en 2008 pour freiner les sorties de capitaux. Mais qui représente aujourd’hui un sérieux frein au développement des sociétés islandaises à l’international. « Certains patrons redoutent qu’en rejetant l’Europe le premier ministre renonce aussi à mettre fin au contrôle des changes », résume Thorolfur Matthiasson, professeur d’économie à l’université d’Islande, à Reykjavik.

Malgré les manifestations, le texte contesté du gouvernement doit encore être discuté ces prochains jours, pour une adoption probable par le Parlement d’ici à quelques semaines. « Cela laissera des traces dans la relation des Islandais avec leurs dirigeants, qui s’est dégradée depuis la crise », estime Michel Sallé, spécialiste de l’Islande contemporaine.

Source Le Monde 26/02/2014

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