Syriza « La volonté d’un nouvel équilibre politique »

Photo Rédouane Anfoussi

Anastassia politi. Elle est membre fondatrice de Syriza Paris, le parti grec arrivé au pouvoir le 25 janvier dernier. Petit tour d’horizon des questions qui se posent pour faire entendre la voix du peuple.

Anastassia Politi est une artiste grecque qui mène sa carrière de comédienne et metteur en scène à Paris. Elle est membre fondatrice de Syriza Paris. Invitée jeudi au cinéma Diagonal par le collectif montpelliérain de solidarité avec le peuple Grec*, elle apporte un éclairage sur la position politique du parti Syriza et l’espoir qu’il suscite pour tous les peuples d’Europe, deux mois après son arrivée au pouvoir en Grèce.

Quelle analyse portez-vous sur les conditions de votre arrivée au pouvoir le 25 janvier dernier ?

L’accession de Syriza au pouvoir est le fruit d’un long processus historique. Notre parti trouve ses origines dans une large coalition de partis de gauche et d’extrême gauche. Le ciment de cette alliance remonte au forum social de Gènes en 2001. Syriza est un parti qui revendique une position marxiste-léniniste adaptée au XXIe siècle. Il faut comprendre que la gauche grecque et notamment les communistes, se sont illustrés héroïquement à travers leurs faits d’armes et leurs convictions tenaces durant le XXe siècle. Cette gauche jouit toujours aujourd’hui d’une vraie reconnaissance dans la population.

L’origine de cette soif démocratique populaire tiendrait aux braises du XXe siècle…

Oui, après le désastre de la Seconde guerre mondiale le combat révolutionnaire s’est poursuivi, contre le nouveau pouvoir grec soutenu par les puissances anglo-saxonnes. Les résistants de gauche furent écartés une première fois. Durant les trois ans de guerre civile, la chasse aux sorcières a fonctionné à plein régime. Il suffisait d’avoir un membre de sa famille communiste pour perdre ses droits élémentaires de citoyen, comme celui d’étudier ou de travailler. Puis ce fut la dictature des Colonels extrêmement répressive qui s’inspirait ouvertement de l’idéologie fasciste avec le soutien de la CIA. Après la guerre civile et la dictature, ce qui s’est passé en janvier dernier est la troisième possibilité d’accéder à une démocratie populaire. Elle s’est imposée par la voie des urnes, ce qui confirme que la résistance est implantée dans le coeur du peuple grec.

Le peuple grec se mobilise aussi face au désastre humanitaire lié au programme de sauvetage de la troïka…

En effet le mémorandum conditionnait le plan d’aide financière à des économies et réformes qui se sont révélées catastrophiques et inhumaines. En cinq ans, les classes moyenne et ouvrière se sont appauvries de 337%. Le taux de chômage dépasse les 30%. Il est de 60% chez les moins de 26 ans. On a assisté à une vague d’émigration sans précédent des jeunes diplômés. Les services publics ont été abandonnés. Vingt-cinq hôpitaux ont fermé et beaucoup de nos médecins sont partis trouver du travail en Allemagne. La crise a aussi touché le secteur privé avec la liquidation de 65 000 entreprises.

Le président de la Commission J-C. Juncker oppose très frontalement les traités
de l’UE à votre volonté de démocratiser la vie politique…

On peut dire que monsieur Juncker a enfin révélé la vraie nature de la dictature libérale qui tient lieu de démocratie dans l’union européenne. Ce que les peuples français, irlandais, et néeerlandais ont déjà pu expérimenter en voyant leur voix rejetées après avoir été consultés sur les traités. Le volet démocratique du programme de Syriza repose notamment sur des mesures pour combattre la corruption et l’évasion fiscale. Il passe par un soutien à la croissance économique, la création de 300 000 emplois notamment pour les jeunes. Il comporte enfin un important volet social pour fournir de l’électricité et nourrir 300 000 personnes en situation d’extrême précarité.

 

Alexis Tsipras engage un bras de fer pour renégocier la dette estimée à 320 Mds d’euros. Ne sera-t-il pas contraint à faire des compromissions ?

La BCE devait verser 7,2Mds d’euros à la fin 2014 mais elle met le peuple grec au supplice de la goutte. La croissance de la dette depuis la crise de 2008 est le produit de l’effet combiné des cures d’austérité, qui ont plongé le pays dans la dépression, et de la spéculation financière qui fait exploser les taux d’intérêts. Les banques ont utilisé une partie de l’argent public injecté afin de les sauver de la faillite pour spéculer sur la dette grecque. Nous avons commandé un audit conduit par 15 experts indépendants pour se pencher sur la nature de la dette grecque et en estimer la part légitime et illégitime.

Si le gouvernement ne trouve pas d’issue sur cette question envisage-t-il de renoncer à la monnaie unique ?

Jusqu’ici le gouvernement se prononce pour poursuivre les négociations mais au sein du parti le débat est ouvert sur cette question. L’UE joue la carte de l’asphyxie économique. Vous savez on a déjà vécu la guerre civile et on ne souhaite pas la revivre. Cela veut dire que nous voulons avoir la paix.

Après la rencontre avec Merkel, Alexis Tsipras sera reçu par Poutine début avril. Envisagez-vous l’alternative russe comme une porte de sortie ?

Avec la Chancelière allemande le risque est grand pour que la négociation n’aboutisse pas à un compromis. Le problème n’est pas purement financier il est idéologique. Admettre que la politique d’austérité ne fonctionne pas concerne la plupart des pays de l’Union. Ce qu’exprime Syriza c’est avant tout la volonté d’un nouvel équilibre politique. C’est une partie d’échec. Il existe une commission bi ministériel entre la Grèce et la Russie. L’embargo économique de l’UE contre la Russie a pénalisé l’économie grecque. L’idée c’est que nous sommes un pays souverain et que nous avons en tant que tel la possibilité de parler à qui bon nous semble.

Les difficultés auxquelles vous vous trouvez confrontés n’entament-elles pas la mobilisation populaire sur laquelle vous vous appuyez ?

Nous avons été élus sur un programme. Il est hors de question de l’abandonner. Je ne sais pas si nous allons trouver l’argent pour le mettre en oeuvre. L’UE nous dit que notre initiative est unilatérale. C’est absurde. Nous sommes face à une crise civilisationnelle profonde et nous essayons de trouver des solutions politiques. Notre force provient d’un sentiment de dignité retrouvée même si on est encore dans la misère. Ce n’est pas le parti qui mène le peuple. Syriza est issu des mouvements sociaux et souhaite que les mouvements sociaux donnent l’orientation.

RecueiIli par Jean-Marie DINH

Source : La Marseillaise 30/03/2015

Voir aussi : Actualité Internationale Rubrique UE, Grèce, rubrique Russie, rubrique Politique, Politique internationale, rubrique Société, Mouvements sociaux, Citoyenneté, rubrique Rencontre,

Et l’intégrisme économique, on le combat ?

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Selon le dictionnaire Larousse, l’intégrisme est « une attitude et une disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ».

Si une bataille s’engage contre l’intégrisme religieux et ses idées rétrogrades, un autre intégrisme sévit, plus sournoisement, avec l’appui des principaux responsables politiques et des milieux d’affaires. Cet intégrisme, économique celui-là, n’a pas eu besoin de recourir à des moyens barbares pour s’imposer.

Mais, comme l’intégrisme religieux, il défend une tradition, en l’occurrence l’économie néo-libérale, les dogmes sur lesquels elle repose et refuse toute évolution. Les dix commandements de la bible économique néo-libérale sont d’ailleurs bien connus :

  • (1) l’austérité budgétaire tu prôneras ;
  • (2) la dépense publique tu diminueras ;
  • (3) plutôt que les plus riches, les pauvres tu taxeras ;
  • (4) la libéralisation financière tu assureras ;
  • (5) une banque centrale indépendante tu chériras ;
  • (6) le marché tu vénéreras ;
  • (7) la compétitivité tu promouvras ;
  • (8) la privatisation de l’économie tu organiseras ;
  • (9) la déréglementation tu favoriseras ;
  • (10) la propriété privée tu défendras.

L’intégrisme économique a un dieu qu’il vénère : le marché ; et de nombreux prédicateurs médiatiques qui ont pour mission de convaincre les foules de la bonté de ce dieu et, pour les récalcitrants, de nier toute alternative et de promettre l’enfer, sur terre cette fois-ci, à ceux qui douteraient de la véracité des tables de la loi économique.

Il a aussi ses théologiens dont l’un des principaux est Milton Friedman. Bernard Maris rappelait d’ailleurs que « dans un article qui a fait un tabac dans la profession, [Friedman] a avancé la thèse qu’une théorie ne devait pas être testée par le réalisme de ses hypothèses, mais par celui de ses conséquences. Autrement dit, peu importe de faire l’hypothèse que la Terre est plate, tant que ça vous permet d’aller où vous voulez à vélo… Vous pouvez même supposer que la Terre est creuse comme un bol, si vous sentez que votre vélo descend »…

Vive la concurrence… mais pas celle des idées

La « pseudo »-science économique, qui manipule les hypothèses à sa guise et s’arrange avec la réalité si cela lui permet d’asseoir son pouvoir, relève donc plus du domaine de la foi que de la science. Elle est servie idéologiquement par une corporation qui cherche à éradiquer les économistes « hérétiques », que l’on qualifie d’hétérodoxes. Ces gardiens du temple, qui prônent à longueur de temps les vertus de la concurrence, refusent pourtant celle qui devrait s’exercer sur le marché des idées.

En effet, une bataille s’est engagée en France entre les économistes « orthodoxes », défenseurs de la doxa néo-libérale, et les « hétérodoxes » qui militent pour que d’autres approches économiques puissent être développées, discutées et enseignées.

Ces derniers sont actuellement en voie de disparition comme le rappelle l’Association française d’économie politique (Afep) : « Les statistiques montrent que, sur la période 2005-2011, sur 120 recrutements de professeurs, on ne compte que 6 économistes appartenant à des courants minoritaires ».

Etouffer la contestation de l’intérieur

La section 5 du conseil national des universités (CNU), qui conditionne l’entrée et les promotions dans la carrière universitaire en économie, fait preuve d’une grande ouverture d’esprit… C’est pourquoi l’Afep mène la bataille de la défense du pluralisme. Puisque le débat d’idées n’est pas possible au sein de la section actuelle, les intégristes rejetant toute évolution, il a été demandé au ministère de tutelle de créer une autre section au sein de laquelle l’économie pourrait dialoguer sereinement avec les autres sciences sociales, ouvrant ainsi un nouvel espace intellectuel qui ne supprimerait aucun de ceux qui existent.

Après avoir acté cette création en décembre 2014, le ministère est revenu sur sa décision début janvier 2015. Dans l’intervalle, les représentants de l’ordre établi sont montés au créneau afin de tuer dans l’œuf toute remise en question du dogme. Jean Tirole, fort de ses nouveaux galons de « prix Nobel d’économie », a pris la plume afin de dire à la ministre tout le mal qu’il pensait de ce désir de pluralisme. Pour lui, la volonté de s’émanciper de l’orthodoxie « promeut le relativisme des connaissances, antichambre de l’obscurantisme ». Rien que ça…

On reconnaîtra ici aisément l’artifice consistant à accuser son adversaire de ses propres turpitudes. Le président de la section 5 du CNU, Alain Ayong Le Kama, n’est pas en reste. Pour lui, la revendication des hétérodoxes est « très idéologique ». La quasi-totalité des 20 doyens de facultés d’économie s’opposent aussi à ce projet, affirmant que « cette nouvelle section “ fourre-tout ” va essentiellement servir à caser les “ ratés ” ou “ frustrés ” du système universitaire ».

L’intégrisme n’a jamais brillé par sa tolérance. Mais pourquoi les orthodoxes veulent-ils conserver avec eux cette bande d’économistes ratés ? La raison est simple : il faut contrôler toute contestation et il est plus facile de l’étouffer de l’intérieur.

Grèce : étouffer toute stratégie autre en Europe

Le pouvoir d’envoûtement de l’intégrisme économique est puissant puisque la très grande majorité de la classe politique européenne est sous sa coupe comme nous le montre aujourd’hui le traitement de la « question » grecque. Que demande aujourd’hui la Grèce d’Alexis Tsipras ? Que l’on desserre l’étreinte qui étrangle sa population depuis plus de cinq ans et mène à la catastrophe. En effet, le PIB de la Grèce a baissé de 25% depuis 2008 tandis que les salaires et les pensions ont diminué de 40%, tout comme les dépenses de santé et d’éducation. Le taux de chômage dépasse les 25%. La dette, que les politiques imposées par la Troïka (Commission européenne, BCE et FMI) étaient supposées réduire, est passée de 110% du PIB en 2008 à… 175% aujourd’hui.

L’hostilité affichée par les « partenaires » européens à l’égard des propositions du gouvernement grec qui n’ont, de l’aveu de beaucoup, rien de révolutionnaire, est symptomatique de cet intégrisme économique qui cherche à étouffer l’ébauche de toute autre stratégie au sein de l’Union européenne.

La Commission européenne a cherché par exemple à stopper le projet de loi sur « l’urgence humanitaire » promis par Syriza. Tandis que près d’un quart de la population grecque vit sous le seuil de pauvreté, le but était « d’apporter une assistance d’urgence à ceux qui en avaient le plus besoin. (…) Le projet de loi prévoyait d’accorder une allocation logement de 70 à 220 euros à 30.000 personnes (…). Il envisageait une aide alimentaire pour 300 000 personnes et le rétablissement, jusqu’à la fin de l’année, de l’électricité pour les ménages qui se l’étaient vu couper faute de moyen pour payer les factures. Rien de plus. Le coût de cette action était estimé à 200 millions d’euros. Autrement dit, une somme négligeable sur le plan budgétaire. »

Terrorisme intellectuel

Cette stratégie vise à démolir le nouvel exécutif grec ou à le faire rentrer dans le rang afin qu’aucun autre pays en difficulté n’ait à l’avenir l’idée de remettre en question le dogme néo-libéral. Elle est servie par un discours bien rôdé faisant de l’égoïsme et de l’enrichissement personnel les valeurs cardinales de nos sociétés dites modernes tandis que la lutte de chacun contre tous est supposée conduire au bonheur généralisé. Ainsi, ce terrorisme intellectuel a gangréné nos esprits et nous conduit aujourd’hui à accepter l’idée que le pauvre, le chômeur ou l’exclu sont les uniques responsables de leur sort, justifiant ainsi de les laisser se débrouiller aux marges de la société.

Comme l’intégrisme religieux, l’intégrisme économique promeut des valeurs rétrogrades et nous invite à souffrir aujourd’hui afin d’atteindre un bonheur illusoire sans cesse différé. Le combattre est un devoir.

Par Eric Berr (Economiste atterré)

Source Rue 89 23/03/2015

Du traité constitutionnel à Syriza : l’Europe contre les peuples

PHOed012d58-ab0e-11e4-82e2-a3a5660d4bd1-805x453Pour Jean-Claude Juncker, «il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens déjà ratifiés». Coralie Delaume rappelle qu’il n’y a pas non plus de choix qui permette qu’un traité européen ne soit pas ratifié …


L’Union européenne est décidément une étrange construction. Il est impératif d’être une démocratie pour y entrer. C’est même l’unique critère. Les élargissements hâtifs et désordonnés aux PECO (pays d’Europe centrale et orientale) opérés en 2004 et 2007 en furent une illustration. En revanche, une fois admis dans le club, requérir à son profit le respect des règles élémentaires de la démocratie est jugé avec sévérité, et donne le plus souvent lieu à des procès en «populisme».

Les menues imperfections antidémocratiques de l’édifice communautaire sont connues de tous les observateurs sincères. En revanche, jamais jusque-là un dirigeant européen n’avait eu le culot de les reconnaître. Jean-Claude Junker vient de s’en charger, sous le coup de la forte émotion qui s’est emparé des tous les défenseurs de l’Union lisbonno-mastrichienne après la large victoire de Syriza en Grèce le 25 janvier.

Certains ont eu de la fièvre et des suées. D’autres se sont mis à dire sans précaution tout ce qu’ils avaient vraiment dans la tête, à l’instar du président de la Commission européenne. Ce dernier est entré directement à la première place du «Top10» des propos les plus invraisemblables proférés la semaine dernière avec cette sortie: «dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités (…) Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens»

Pas de choix démocratique contre les traités européens…: pour un aveu, il est de taille! C’est d’ailleurs un authentique progrès pour un Jean-Claude Juncker dont on peut penser qu’il est en phase de rémission. Tous les psys le disent: pour expurger une névrose, il faut ver-ba-li-ser. Il serait donc très encourageant que le Luxembourgeois poursuive cette opération vérité. Et qu’il pousse l’audace jusqu’à concéder ceci: il n’y a pas vraiment de choix démocratique non plus pour les traités européens.

Cette réalité, encore faudrait-t-il que Junker accepte de la regarder en face. Peut-être peut-on l’y aider ? Rappelons-lui dès à présent quelques faits saillants ayant pris place dans un passé récent.

Au début des années 2000, l’Union européenne veut se doter du traité de Nice. L’Irlande, en vertu de ses institutions, doit convoquer ses électeurs aux urnes pour une ratification référendaire. Le référendum a lieu en juin 2001 et… 54% des votants irlandais rejettent le texte. On laisse alors passer un peu de temps Les peuples, c’est connu, sont oublieux. Un an et demi plus tard, le corps électoral irlandais est à nouveau mobilisé et, cette fois, il vote en faveur du traité de Nice. Du coup, puisque l’entourloupe a réussi une fois, pourquoi ne pas en abuser? Ce sera chose faite avec le traité de Lisbonne. En 2008, les Irlandais sont appelés à se prononcer sur celui-ci et répondent par la négative à 53% Un vote qui sera «corrigé» l’année d’après par un re-vote, afin que le «oui» l’emporte enfin.

Au Pays-Bas, on est moins téméraire. On ne sollicite pas deux fois les mal-votants car c’est dangereux: le peuple étant stupide, il arrive qu’il persiste dans la déviance. Là, quand les citoyens votent de travers, on recourt donc à leurs «représentants», qui acceptent de se transformer de bonne grâce en censeurs de leurs propres mandants. Ainsi, à la question «Êtes-vous pour ou contre l’approbation par les Pays-Bas du traité établissant une constitution pour l’Europe?», les Néerlandais avait répondu «contre» à plus de 61% en 2005. Trois ans plus tard, leur Parlement votait sans moufter le même texte, rebaptisé pour faire bien «traité de Lisbonne».

En France, nous eûmes la chance d’avoir les mêmes gros malins, pour nous écrire le même scénario. Ainsi, alors que le référendum sur le projet de traité constitutionnel organisé en mai 2005 avait placé le «non» à plus de 54 %, le Parlement adopta Lisbonne dans la joie et la bonne humeur dès 2008. Pour l’occasion, les parlementaires du Parti socialiste apportèrent un soutien touchant à leurs collègues de l’UMP, puisque 142 d’entre eux décidèrent de s’abstenir. N’écoutant que leur enthousiasme, trente environ allèrent jusqu’à voter pour. Un coup de pouce bien sympathique, qui permit à Nicolas Sarkozy d’obtenir la majorité des trois cinquièmes au Congrès dont il avait besoin pour nous glisser le traité. Après ça, il se trouve encore de braves ingénus pour s’étonner, des larmes plein les yeux, des scores mirobolants du Front national….

Bref, comme le dit Jean-Claude Junker, il n’y a pas de choix démocratique possible contre les traités européens déjà ratifiés. Mais, on vient de le voir, il n’y a pas non plus de choix qui permette qu’un traité européen ne soit pas ratifié. Or… s’il n’y a pas de choix possible quant à des textes de valeur quasi-constitutionnelle qui encadrent, dans de très nombreux domaines, la conduite des politiques nationales, peut-on nous dire ce qu’il reste, exactement, de la démocratie ?

Coralie Delaume

Coralie Delaume est journaliste. Elle a notamment publié «Europe. Les Etats désunis» (Michalon, 2014).

Source : Le Figaro vox 02/02/2015

Voir aussi : Actualité internationale, Rubrique UE, Grèce, Commission Juncker la finance aux manettes, rubrique Politique, Politique économiqueSociété civile, rubrique Société, Citoyenneté, Opinion,

En France, le PS gêné par la victoire de Syriza

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Au Parti socialiste, l’embarras se traduit souvent par une économie de mots. Pour résumer la position de son parti sur l’élection législative du dimanche 25 janvier en Grèce, le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, donne dans la formule : « Nous sommes inconditionnellement pour la victoire de la gauche rassemblée. » La probable victoire de Syriza place les socialistes face à un dilemme de taille. D’un côté, la difficulté de soutenir Alexis Tsipras, le chef de file de cette gauche radicale décomplexée, qui veut mettre fin à l’austérité et renégocier la dette, en contradiction complète avec les positions de François Hollande sur la scène européenne et intérieure. De l’autre, l’impossibilité de se ranger aux côtés d’Antonis Samaras, le premier ministre conservateur sortant, symbole d’une droite « austéritaire » que le PS combat en Europe.

La gauche française pâtit de l’effondrement de son allié traditionnel, le Parti socialiste panhellénique (Pasok), miné par les affaires de corruption et coupable aux yeux des électeurs d’avoir participé à la coalition avec les conservateurs. Georges Papandréou, l’ancien premier ministre et actuel président de l’Internationale socialiste, s’en est allé de son côté fonder un nouveau parti social-démocrate.

« Tsipras a levé un espoir dans son pays »

Selon les derniers sondages, les socialistes pourraient tout simplement être balayés du Parlement. Un scénario noir pour le PS, qui espère qu’en dernier lieu Syriza aura besoin d’une alliance avec les socialistes pour former une coalition majoritaire. Dans les dernières projections de l’institut Alco, le parti de la gauche radicale, en bénéficiant de la prime de 50 députés accordée à la formation arrivée en tête, pourrait obtenir 147 sièges sur 300. Un accord pourrait être envisagé avec le Dimar, petit parti de gauche qui devrait gagner quelques sièges. « Nous pensons qu’il faut qu’il y ait une alliance entre les partis de gauche, car Syriza ne sera pas majoritaire seule, veut croire M. Cambadélis. Un gouvernement minoritaire, ce serait déraisonnable. »

L’hypothèse d’un parti de la gauche radicale qui parvient seul au pouvoir en Europe n’enchante pas les responsables socialistes. Lundi 19 janvier, le Front de gauche, une partie des écologistes et quelques élus de l’aile gauche du PS ont tenu meeting commun à Paris en soutien à Syriza. L’ébauche pour certains d’une alliance alternative au sein de cette gauche, où la politique économique menée par François Hollande ne fait pas l’unanimité. Jean-Luc Mélenchon, proche d’Alexis Tsipras, pousse dans ce sens.

Nombreux sont également les socialistes qui, à la gauche du parti, se réjouissent de la percée de Syriza. « Tsipras a levé un espoir dans son pays et dans toute la gauche européenne, estime Emmanuel Maurel, député européen et chef de file de l’aile gauche du PS. C’est révélateur de la faillite des partis traditionnels, englués dans les politiques d’austérité, sans imagination ni capacité de résistance. Syriza porte un discours socialiste traditionnel qui s’assume, et pas du tout radical. »

Minimiser la contagion

Pas question pour autant parmi les dirigeants du PS de faire des parallèles avec la situation française. « C’est à nous d’inventer notre propre modèle », tempère M. Maurel. « Si Syriza existe en Grèce, c’est parce qu’il y a eu un effondrement du Pasok, ce n’est pas le cas en France, rappelle Carlos Da Silva, porte-parole du PS et proche de Manuel Valls. Le PS a vocation à organiser durablement le débat à gauche, dans le respect de ses partenaires. »

Pour minimiser le risque de contagion, les responsables socialistes mettent volontiers en avant la mue que Syriza aurait effectuée avant de prétendre diriger le pays. Malgré son hostilité aux traités européens actuels, le parti ne prévoit notamment pas de sortie de l’euro dans son programme. « Il n’a échappé à personne que le discours de Syriza a totalement changé », assure Carlos Da Silva. A la direction du PS, on veut même croire à un effet positif sur le rapport de forces en Europe, à l’heure où la France plaide pour une politique de l’investissement. « Cela renforcera ceux qui sont pour la relance en Europe et pour la croissance, explique M. Cambadélis, qui assure que « le programme de Syriza est plus proche de celui du Pasok que de celui du Front de gauche ».

Mais face à la volonté de M. Tsipras de renégocier la dette et d’en effacer une partie, les dirigeants socialistes bottent en touche. François Hollande lui-même, qui a défendu le plan d’austérité en Grèce aux côtés de la chancelière allemande, Angela Merkel, n’a pas voulu s’exprimer sur le résultat de l’élection. Tout juste a-t-il glissé : « Les gouvernants auront à respecter les engagements pris. » Si les sondages se révèlent exacts, M. Hollande pourra en discuter de vive voix avec Alexis Tsipras dans les semaines à venir.

Nicolas Chapuis

Source Le Monde 24/01/2015

Voir aussi : Rubrique Politique, rubrique UE Grèce, Espagne La leçon de communication politique de Pablo Iglesias, On line ; Grèce : victoire historique de la gauche radicale,

TRAVAILLEURS INDÉPENDANTS ÉCONOMIQUEMENT DÉPENDANTS

TRAVAILLEURS INDÉPENDANTS ÉCONOMIQUEMENT DÉPENDANTS
:
Mesures statistiques, enjeux et opportunités
Publication développée dans le cadre du Projet TRADE
Réseau Européen pour le Soutien des Travailleurs Indépendants Économiquement Dépendants.
Ref. N°. VS/2012/0434
Projet mis en place dans le cadre du Programme Relations Industrielles et Dialogue Social
de la Direction Générale Emploi, Affaires Sociales et Inclusion de la Commission
européenne. Projet développé avec le soutien financier de la Commission européenne
Auteurs :
Syndicat des Travailleurs Professionnels et Indépendants – UPTA
Association Travail, Emploi, Europe, Société – ASTREES
Association Bruno Trentin – ISF-IRES
Confédération des Syndicats Indépendants de Bulgarie – CITUB
Association Nationale des Femmes Entrepreneurs et Travailleuses Autonomes – ANMEYA
Fédération Européenne des Travailleurs
du Bâtiment et du Bois – EFBWW
3
TABLE DES MATIÈRES
1.
PRESENTATION ……………………………………………………………………………………….
5
2.
INTRODUCTION ……………………………………………………………………………………….
7
3.
LE PROJET TRADE …………………………………………………………………………………….
9
4.
CONTEXTUALISATION DU TRAVAIL INDÉPENDANT ÉCONOMIQUEMENT DÉPENDANT DANS LES DIFFÉRENTS PAYS PARTENAIRES DU PROJET …………………………………………………………
11
4.1. Le travail indépendant économiquement dépendant en Espagne …………………………………. 11
4.1.1
Reconnaissance légale ou juridique
……………………………………………………………… 11
4.1.2
Conditions de travail du groupe cible …………………………………………………………… 12
4.1.3
Représentation collective des travailleurs indépendants économiquement dépendants
… 13
4.2. Le travail indépendant économiquement dépendant en France …………………………………… 14
4.2.1
Reconnaissance légale ou juridique
……………………………………………………………… 14
4.2.2
Conditions de travail du groupe cible …………………………………………………………… 14
4.2.3
Représentation collective des travailleurs indépendants économiquement dépendants
… 15
4.3 Le travail indépendant économiquement dépendant
en Italie ……………………………………… 16
4.3.1
Reconnaissance légale ou juridique
……………………………………………………………… 16
4.3.2
Conditions de travail du groupe cible …………………………………………………………… 17
4.3.3
Représentation collective des travailleurs indépendants économiquement dépendants
… 19
4.4 Le travail indépendant économiquement dépendant
en Bulgarie ………………………………….. 20
4.4.1
Reconnaissance légale ou juridique
……………………………………………………………… 20
4.4.2
Conditions de travail du groupe cible …………………………………………………………… 20
4.4.3
Représentation collective des travailleurs indépendants économiquement dépendants
… 21
4.5 Le travail indépendant économiquement dépe ndant dans le secteur de la construction
……….. 21
4.5.1
Spécificités du secteur de la construction
………………………………………………………. 21
4.5.2
Incidence particulière du travail indépendant économiquement dépendant sur les
travailleurs immigrés
………………………………………………………………………………………… 23
4.5.3
Représentation collective des travailleurs indépendants économiquement dépendants
dans la construction
…………………………………………………………………………………………. 23
5.
ENJEUX STATISTIQUES SUR LE GROUPE CIBLE :
LA PROPOSITION MÉTHODOLOGIQUE DU PROJET
TRADE ………………………………………………………………………………………………………..
25
5.1 Description méthodologique de l’enquête ……………………………………………………………… 26
5.1.1
Critères d’identification du groupe de
s TIEDs …………………………………………………. 28
5.1.2
Définition du grou pe des TIEDs ………………………………………………………………….. 29
5.2. La notion de faux indépendants ………………………………………………………………………… 30
6.
PRINCIPAUX RÉSULTATS DE L’ENQU?TE PILOTE
………………………………………………..
…………33
6.1 Description des résultats de l’enquête en Espagne …………………………………………………… 33
6.1.1
Définition du groupe des TIEDs en Espagne …………………………………………………… 33
6.1.2
Situation socioprofessionnelle du groupe cible ………………………………………………… 33
6.1.3
Les motifs de leur adhésion au travail indépendant ………………………………………….. 35
6.1.4
Les défis que les TIEDs doivent surmonter
…………………………………………………….. 36
6.1.5
Degré d’indépendance dans le développement de leurs activités professionnelles ……… 37
4
6.1.6
Perception du niveau de représentation et de protection dont ils bénéficient ……………. 38
6.1.7
Description des femmesTIEDs en Espagne ……………………………………………………. 39
6.1.8
Le faux travail indépendant en Espagne ……………………………………………………….. 40
6.2 Description des résultatsde l’enquête en France …………………………………………………….. 41
6.2.1
Définition du groupe des TIEDs en France
……………………………………………………… 41
6.2.2
Situation socioprofessionnelle du groupe cible ………………………………………………… 41
6.2.3
Les motifs de leur adhésion au travail indépendant ………………………………………….. 42
6.2.4
Les défis que les TIEDs doivent surmonter
…………………………………………………….. 43
6.2.5
Degré d’indépendance dans le développement de leurs activités professionnelles ……… 44
6.2.6
Perception du niveau de représentation et de protection dont ils bénéficient ……………. 46
6.2.7
Description des femmes TIEDs en France ……………………………………………………… 47
6.2.8
Le faux travail indépendant en France
………………………………………………………….. 47
6.3 Description des résultats de l’enquête en Italie ………………………………………………………. 49
6.3.1
Définition du groupe des TIEDs en Italie
……………………………………………………….. 49
6.3.2
Situation socioprofessionnelle du groupe cible ………………………………………………… 49
6.3.3
Les motifs de leur adhésion au travail indépendant ………………………………………….. 50
6.3.4
Les défis que les TIEDs doivent surmonter
…………………………………………………….. 51
6.3.5
Degré d’indépendance dans le développement de leur activité …………………………….. 52
6.3.6
Perception du niveau de représentation et de protection dont ils bénéficient ……………. 54
6.3.7
Description des femmes TIEDs en Italie ……………………………………………………….. 55
6.3.8
Le faux travail indépendant en Italie ……………………………………………………………. 55
6.4 Description des résultats de l’enquête en Bulgarie …………………………………………………… 57
6.4.1
Définition du groupe des TIEDs en Bulgarie …………………………………………………… 57
6.4.2
Situation socioprofessionnelle du groupe cible ………………………………………………… 57
6.4.3
Les motifs de leur adhésion au travail indépendant ………………………………………….. 58
6.4.4
Les défis que les TIEDs doivent surmonter
…………………………………………………….. 59
6.4.5
Degré d’indépendance dans le développement de leur activité …………………………….. 60
6.4.6
Perception du niveau de représentation et
de protection dont ils bénéficient ……………. 62
6.4.7
Description des femmes TI
EDs en Bulgarie ……………………………………………………. 63
6.4.8
Le faux travail indépendant en Bulgarie
………………………………………………………… 63
7.
CONCLUSIONS ………………………………………………………………………………………..
65
7.1. Principales conclusions sur la méthodologie
de mesure statistique du groupe cible …………… 65
7.2. Principales conclusions sur la représentation
du groupe cible dans les relations industrielles
européennes et le dialogue social ……………………………………………………………………………. 67
Année de publication : 2014 : Etude complète.