Adolescents suspendus par les jambes, jeunes hommes frappés et électrocutés, citoyens séquestrés pendant des mois : Amnesty International accuse le pouvoir égyptien de tortures et d’enlèvement dans un rapport publié mercredi 13 juillet. Le Caire nie régulièrement avoir recours à de telles pratiques, reconnaissant seulement des « incidents isolés ».
« Ce rapport révèle les tactiques choquantes et sans pitié que les autorités égyptiennes sont prêtes à employer pour terrifier les opposants au pouvoir et les réduire au silence », explique Philip Luther, directeur de l’ONG pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
« Les disparitions forcées sont devenues un des instruments clés de la politique d’Etat en Egypte. Toute personne qui ose exprimer des critiques est en danger », déplore l’organisation, qui note une recrudescence des disparitions depuis l’arrivée au ministère de l’intérieur de Magdi Hamid Abdel Ghaffar, ex-membre du SSI, l’ancienne police secrète du président déchu Hosni Moubarak. Amnesty estime que trois à quatre personnes sont enlevées chaque jour, le plus souvent lors de raids chez eux du NSA, l’héritier du SSI.
Entre Jérusalem et Le Caire, l’heure est à la normalisation
Un adolescent violé avec un bâton
Parmi les dix-sept cas cités par l’ONG, cinq concernent des mineurs, dont un adolescent de 14 ans, « violé à plusieurs reprises avec un bâton, afin qu’il fasse de faux aveux ». Amnesty dénonce « la collusion » entre les forces de sécurité et des autorités judiciaires, « disposées à mentir pour couvrir leurs agissements ou qui s’abstiennent d’enquêter sur les allégations de torture ».
L’organisation sise à Londres n’est pas la seule à s’alarmer. La Commission égyptienne des droits et des libertés, qui incrimine les services de sécurité, a décompté 544 cas de disparitions entre le 1er août 2015 et le 31 mars 2016.
« Tous les Etats, en particulier les Etats membres de l’Union européenne et les Etats-Unis, doivent utiliser leur influence et faire pression sur l’Egypte pour qu’elle mette fin à ces violations », réclame M. Luther. Le rapport appelle également le président Abdel Fattah Al-Sissi à mettre en place une commission d’urgence pour enquêter sur ces violences en mesure d’auditer « sans interférence » toutes les agences gouvernementales, y compris militaires.
La question des disparitions en Egypte retient l’attention des pays occidentaux depuis l’affaire Giulio Regeni, un étudiant italien enlevé le 25 janvier et retrouvé mort avec des traces de torture dans une banlieue du Caire. Selon la police, il a été victime de la violence d’un gang, une version à laquelle les autorités italiennes ne croient pas.
Les dirigeants du PSOE comme de Podemos ont tenu samedi 9 juillet deux réunions clés, alors que l’Espagne est toujours sans gouvernement. Les premiers ont prévenu qu’ils ne faciliteraient pas l’investiture du sortant, Mariano Rajoy. Les seconds, eux, commencent à analyser leur défaite avec Pablo Iglesias qui prédit la « normalisation » de Podemos. La droite espère former un gouvernement fin juillet.
cause de la fusillade de Dallas, Barack Obama a écourté d’un jour son séjour en Europe, et annulé son déplacement à Séville. Il se contentera dimanche d’une escale à Madrid pour échanger avec le chef du gouvernement sortant, Mariano Rajoy (PP, droite). Le président des États-Unis a tout de même souhaité maintenir de brefs entretiens avec les trois candidats de l’opposition, Pedro Sánchez (PSOE), Pablo Iglesias (Podemos) et Albert Rivera (Ciudadanos), qui devraient se dérouler à l’aéroport militaire de Torrejón de Ardoz, non loin de Madrid, juste avant son envol, en milieu d’après-midi, pour Washington.
Barack Obama a sans doute préféré rester prudent, face à la crise politique espagnole ouverte par les législatives du 20 décembre 2015. Si Mariano Rajoy semble le mieux placé, depuis les générales du 26 juin, pour présider le prochain exécutif, les incertitudes sont encore nombreuses. Certains s’interrogent déjà, dans la presse espagnole, sur la probabilité de la tenue de troisièmes législatives consécutives, en novembre 2016.
Dans un discours très attendu – il était resté silencieux depuis 13 jours –, Pedro Sánchez a prévenu samedi lors d’un comité fédéral du PSOE que son parti voterait contre l’investiture de Rajoy. Et qu’il n’était pas question que les 85 députés socialistes s’abstiennent, pour faciliter la formation d’un gouvernement minoritaire emmené par le PP. « Rajoy ne peut pas exiger notre soutien. Nous sommes l’alternative au PP, nous ne pouvons pas être la solution. Qu’il se trouve d’autres alliés », a lancé le leader socialiste. « Pour que l’on puisse construire une opposition, il faut qu’il y ait un gouvernement, a-t-il poursuivi. Que Rajoy se mette à travailler pour de bon, et qu’il soit à la hauteur des responsabilités […] Qu’il ne compte pas avec les socialistes. »
Le PP est sorti vainqueur des législatives de juin, avec 137 sièges (33 % des voix). Des quatre principaux partis, il est le seul à avoir amélioré son score, en voix comme en pourcentage, par rapport aux législatives de décembre 2015. S’il scelle une alliance avec Ciudadanos le parti de centre-droit (32 sièges, 13 %), il ne manquerait au PP que sept sièges pour former une majorité absolue au sein du Congrès des députés (qui compte 350 sièges). Mariano Rajoy mise sur l’abstention à la dernière minute de certains socialistes, prêts à se sacrifier pour sortir l’Espagne de la crise politique, et empêcher le retour aux urnes. Certaines figures de la vieille garde socialiste, comme l’ex-chef du gouvernement Felipe González, ou l’ex-président du parlement européen Josep Borrell, ont ainsi plaidé pour une abstention « sous conditions » du PSOE, pour débloquer la crise politique.
Mais le discours de Sánchez, samedi, complique le scénario d’une investiture rapide de Rajoy dès le vendredi 27 juillet, comme le PP l’espère. Aux yeux de la plupart des barons locaux du PSOE, les résultats du 26 juin ont confirmé le statut de Sánchez comme principale figure de l’opposition au PP. Il n’est donc pas possible de commencer ce travail d’opposition en facilitant l’investiture de Rajoy. Au sein du parti socialiste, ils ne sont qu’une minorité, emmenée par le chef des socialistes catalans Miquel Iceta, à exhorter le PSOE à ne pas se cantonner à l’opposition, et tenter de former, coûte que coûte, une majorité alternative au PP, avec Ciudadanos et la coalition Unidos Podemos.
Les socialistes ont l’impression d’avoir beaucoup travaillé à former une majorité, après les législatives du 20 décembre, à l’inverse du PP, qui s’est tenu à l’écart des négociations. Et c’est le parti de Mariano Rajoy qui s’est trouvé conforté dans les urnes. Cette fois, Sánchez exhorte donc Rajoy à se mouiller davantage. Cette stratégie du « non » à Rajoy n’est pas sans risques, juge samedi un éditorialiste d’El País(quotidien qui a fait campagne, au printemps, pour une grande coalition PP-PSOE-Ciudadanos) : « Cette monosyllabe sans équivoque, entrouvre, même si cela paraît invraisemblable, l’hypothèse de troisièmes législatives. Et oblige surtout Rajoy, pour empêcher une répétition du scrutin, à travailler sur l’anathème qu’il a lancé contre les nationalistes. »
Si les socialistes maintenaient, d’ici fin juillet, leur abstention, Rajoy n’aurait d’autre choix que d’aller chercher des voix du côté de certains partis régionalistes, comme les Basques du PNV (cinq députés). Cela pourrait prendre du temps. Madrid est censé envoyer à Bruxelles une première version de ses budgets pour l’année 2017 d’ici fin août. Il faudrait donc un accord d’ici fin juillet. En réaction au discours de Sánchez, Rajoy a déclaré samedi que « répéter les élections serait une folie », et promis qu’il réalisera « tous les efforts dont il est capable » pour former un gouvernement « le plus rapidement possible ».
Les «mass shootings» sont surtout le symptôme de sociétés hypermodernes et hyperindividualisées. Puisque le collectif semble incapable de rendre le présent et surtout l’avenir plus juste que le passé et de rassurer les peurs individuelles, de nouvelles radicalités occupent l’espace laissé vacant.
Dallas, jeudi 7 juillet 2016, un homme seul muni d’un fusil d’assaut tire sur plusieurs policiers, en tue 5 et en blesse 7 ainsi que 2 civils. Le motif invoqué : il voulait se venger des «blancs et plus particulièrement des policiers blancs». Il s’agit du 8emass shooting aux Etats-Unis en 2016.
Aujourd’hui, les mass shootings ou tueries de masse sont devenus malheureusement une problématique connue du grand public. Par mass shooting, les universitaires entendent le plus souvent le fait qu’une personne puisse tuer au moins trois personnes en un laps de temps assez court (moins de vingt-quatre heures).
Ce phénomène n’est certes pas inédit puisque des tueries de masse ont été identifiées aux Etats-Unis et en Europe dès le XIXe siècle, mais l’originalité de la situation actuelle provient de l’accélération et l’extension du nombre de telles tueries dans tout l’Occident. Il y a trente ans, le nombre de mass shootings se limitait à un par an et le phénomène était particulièrement concentré sur le territoire américain. Depuis le début des années 2000, le nombre de mass shootings a été multiplié par 10 par rapport aux années 80, et même si le phénomène se concentre encore aux Etats-Unis, de nombreux cas se sont produits en dehors du sol américain : Canada, France, Suisse, Norvège…
De nos travaux récents, il ressort clairement que la circulation d’armes sur un territoire donné accroît la probabilité de réalisation d’un mass shooting mais ne constitue pas un facteur suffisant pour expliquer l’extension de ce phénomène. De même, le chômage, l’intervention militaire extérieure ou encore les inégalités peuvent avoir une incidence, mais cette incidence reste limitée et toute corrélation directe reste difficile à établir.
Selon nous – et c’est la thèse que nous défendons depuis plusieurs années –, l’accroissement du nombre de mass shootings résulte plus structurellement de l’avènement d’une société hypermoderne en Occident. Reprenons la définition du sociologue François Ascher qui considère que nos sociétés sont entrées dans une nouvelle phase de la modernité, une phase qui allie un processus d’approfondissement de l’individualisation et un renforcement de chaque individu à faire société, c’est-à-dire à vouloir participer à la communauté globale notamment du fait de la multiplication des sources d’informations à la disposition de chacun.
Dans la société hypermoderne, l’individu cherche à avoir une maîtrise sur les événements, à combattre de manière réflexive ce qui lui paraît injuste, et à choisir ce qui peut lui paraître éthique. C’est un contexte où la personnalité du tueur de masse peut se développer. De manière radicale, il considère avec sa rationalité propre (rares sont les tueurs de masse diagnostiqués fous), régler des problèmes sociétaux et se faire justice, se venger de catégories d’individus qui semblent se liguer contre lui ou contre une communauté dont il se sent proche. En ce sens, le cas de Micah Johnson, le tueur de Dallas, est symptomatique de notre époque. Noir américain, réserviste de l’armée de terre déployé en Afghanistan, vivant dans la banlieue de Dallas, il a certainement vécu le meurtre d’un jeune noir par la police le 5 juillet à Bâton-Rouge (Louisiane) comme le meurtre de trop, un meurtre qui vient s’ajouter à la longue liste des hommes noirs tués par des policiers blancs lors d’une arrestation.
Les radicalités actuelles sont certainement le résultat de l’incapacité du collectif à rendre le présent et surtout l’avenir plus juste que le passé et à rassurer et calmer les anxiétés et les peurs individuelles. En fermant la porte à toute échappée utopique par rapport au présent, la conscience de l’absence d’un ailleurs pousse certains individus à prendre leur avenir en main ici et maintenant. Poussés par des bouffées narcissiques incontrôlées, des hommes, surtout des hommes, prennent alors les armes et deviennent des bombes humaines.
Sans cette capacité à fédérer autour de nouveaux projets sociétaux, certains chercheront individuellement ou collectivement à se venger de notre société actuelle. Ces actes aussi atroces qu’odieux continueront à perdurer tant que nous n’arriverons pas collectivement à redonner sens à notre avenir.
Divisée sur la guerre en Irak, l’Union européenne pourrait toutefois en retirer un « avantage collatéral » : celui d’affirmer une identité propre en prenant ses distances avec un « partenaire » américain qui confond alliance et allégeance. Mais il faudrait, pour cela, donner un contenu politique à l’euro, remettre en cause le tout-marché et promouvoir le savoir-faire européen en matière de droit et de justice.
u moment où ils se retrouvent à Athènes, le 16 avril 2003, pour signer le traité d’adhésion, les représentants des dix nouveaux pays membres de l’Union européenne (UE) et ceux des quinze actuels sont loin d’être tout entiers saisis par l’émotion de cet instant de retrouvailles historiques et géographiques. Si les Etats-Unis ne sont pas physiquement présents, leur ombre portée depuis Washington et Bagdad rend quelque peu surréalistes les proclamations obligées d’unité de chefs d’Etat et de gouvernement prétendant soutenir les efforts des Nations unies « pour garantir la légitimité internationale et la responsabilité mondiale ». Cette « légitimité internationale » n’est-elle pas, brutalement, et au même moment, tournée en dérision en Irak par quelques-uns des participants, M. Anthony Blair et M. José Maria Aznar en tête, soutenus par la majorité des autres réunis pour la « photo de famille » devant l’Acropole ?
Déjà, en décembre 2002 à Copenhague, lors de l’adoption du traité par le Conseil européen, chacun avait bien compris que, paradoxalement, cette Europe à vingt-cinq serait encore moins porteuse d’une volonté européenne autonome qu’auparavant . L’agression anglo-américaine a donné un formidable coup de projecteur sur cette vassalisation – désirée ou résignée, selon les cas -, qui était seulement implicite dans les discours officiels. C’est pourquoi l’effet d’annonce psychologique de l’élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale a été nul, les citoyens étant bien conscients que les choses importantes se passaient ailleurs. Avant même de tenter de régler ses problèmes internes, et ils sont légion, l’Union est ainsi confrontée à sa question existentielle jamais sérieusement posée depuis de Gaulle : celle du « lien transatlantique ».
Pour qu’il y ait « lien », encore faudrait-il qu’existe à chaque extrémité une entité décidée à le valoriser et à ne pas le considérer comme une simple courroie de transmission de la rive ouest de l’Atlantique à l’autre. En fait, il n’y a d’atlantistes que sur (…)
Bernard Cassen
(1) Sous réserve de ratification du traité, seront membres de l’UE à compter du 1er mai 2004 : Chypre, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie.
(8) Lire Frédéric F. Clairmont, « Vivre à crédit ou le credo de la première puissance du monde », Le Monde diplomatique, avril 2003. Lire également, dans Politis du 10 avril 2003, le commentaire du rapport « Fin d’empire » d’un institut de recherche britannique, Independent Strategy, qui met à mal le mythe de la surpuissance économique américaine.
(9) « Logique jusqu’au bout », Le Monde, 12 avril 2003.
(10) Michael Moore, Mike contre-attaque ! Bienvenue aux Etats stupides d’Amérique, La Découverte, Paris, 2002.
Les pontes de la Silicon Valley prennent de l’âge et ils détestent ça. Sont-ils près de trouver un remède scientifique au vieillissement ?
La porte brune du bureau de Joon Yun passe facilement inaperçue, entre un teinturier et un salon de coiffure au deuxième étage d’un immeuble du centre-ville de Palo Alto, Californie. À elle seule, l’adresse en dit long : le 475 University Avenue, au cœur d’un quartier particulier dans le monde des start-up de la Silicon Valley. A quelques minutes à pied des sièges de PayPal, Facebook et Google. Étrangement, les ambitions de ces multinationales sont bien plus modestes que les idées sur lesquelles travaille Yun.
Cet élégant médecin d’une quarantaine d’années est également un important gestionnaire financier de la Silicon Valley. Ce rêve ambitieux le poursuit depuis ses études sur les bancs d’Harvard.
« Je fait le pari que le vieillissement est un code », m’explique-t-il, assis à l’autre extrémité d’une table de conférence lustrée. « Un code qu’il est possible de cracker et de pirater. L’approche actuelle de la santé repose sur un allègement de vos symptômes jusqu’à ce que la mort vous délivre. On soigne les maladies dues au vieillissement, mais on ne traite pas le processus qui en est responsable. La médecine fait du bon boulot pour que les gens vivent mieux et plus longtemps, mais le vieillissement reste pour le moment inéluctable. »
Récompense : 1 million de dollars
En 2014, Yun a créé la fondation Race Against Time (« Course contre le temps ») ainsi que le prix Palo Alto, qui prévoit une récompense d’un million de dollars pour l’équipe qui sera capable de ralentir le vieillissement et d’allonger l’espérance de vie d’un mammifère de 50 %.
« Nous avons besoin de gens qui réalisent des progrès scientifiques sur le long terme et d’autres qui font des paris plus risqués. Pour moi, il est impossible que la question du vieillissement reste indéfiniment sans réponse. »
’idée que la recherche scientifique s’emparera bientôt du phénomène est largement répandue dans la Silicon Valley. Le langage utilisé par Yun pour décrire son rêve, en particulier l’emploi du mot « guérir », hérisse le poil des chercheurs conventionnels du secteur.
Pourtant, ils sont peu à se plaindre de l’intérêt des magnats de la Silicon Valley pour la médecine.
La mort le mettait « très en colère »
Depuis plusieurs années, les organismes publics de santé tels que le National Institutes of Health (NIH) ne consacrent qu’une part symbolique de leur budget à la recherche sur le vieillissement. Ce sont clairement les financements privés, nourris par de grandes ambitions, qui galvanisent le secteur.
L’Ellison Medical Foundation a investi pas loin de 400 millions de dollars dans la recherche sur la longévité. Larry Ellison, le fondateur d’Oracle, a confié à son biographe que la mort le mettait « très en colère ».
Peter Thiel, co-fondateur de PayPal et venture capitalist renommé, a quant à lui contribué au financement de la SENS Research Foundation, une organisation qui s’intéresse à la longévité, qu’il co-préside avec Aubrey de Grey. Ce gérontologue britannique soutient qu’un jour nous serons capables de ralentir le vieillissement et d’augmenter l’espérance de vie humaine à l’infini.
C’est encore Sonia Arrison, amie de longue date de Peter Thiel, qui est à l’origine de leur rencontre.
L’optimisme de la Silicon Valley
En 2013, les fondateurs de Google lancent Calico, la contraction de California Life Company, une entreprise consacrée à la recherche sur le vieillissement et les maladies connexes. Un an plus tard, Calico se rapproche de la société biopharmaceutique AbbVie, avec laquelle elle décide d’investir 1,5 milliards de dollars dans le développement de thérapies anti-vieillissement. Larry Page, co-fondateur de Google, a déclaré :
En s’appuyant sur une réflexion audacieuse à long terme sur la santé et les biotechnologies, je suis convaincu que nous pouvons améliorer des millions de vies. »
Dans son bureau du Presidio, l’ancienne base militaire qui surplombe la baie de San Francisco, Lindy Fishburne explique que la quête d’éternité a tout son sens dans la Silicon Valley. C’est une des fidèles conseillères de Peter Thiel. « Notre culture de l’ingénierie nous pousse à construire petit à petit la solution. Car il doit bien y avoir une », dit-elle.
« Cette culture s’accompagne d’un optimisme qu’on ne trouve que dans la Silicon Valley »
L’objectif des titans de la Silicon Valley n’est pas de prolonger l’espérance de vie en combattant les cancers, les maladies cardiaques, Alzheimer et toutes les autres affections auxquelles la plupart d’entre nous succombent. Leur véritable ambition est d’utiliser la biologie moléculaire pour décoder les mécanismes qui se cachent derrière le vieillissement lui-même – le principal facteur de risque dans toutes les maladies citées – et ralentir sa course.
L’impact négatif du battage médiatique
Au cours des dernières années, les scientifiques ont fait d’indéniables progrès dans le décodage du métabolisme cellulaire, qui se dégrade avec l’âge.
« Google peut-il en finir avec la mort ? » – Une du Time
Les médias ont amplifié ce phénomène en faisant de leurs recherches la nouvelle fontaine de Jouvence. « Google peut-il en finir avec la mort ? », titrait le magazine Time en 2013. Les vieux briscards de la recherche scientifique sur le vieillissement se crispent à l’évocation du fameux concept d’immortalité.
À l’heure actuelle, même les études les plus avancées en matière de biologie moléculaire – y compris celles menées par les pointures recrutées par Google pour grossir les rangs de Calico – ne garantissent pas de déboucher sur un remède au vieillissement ; encore moins à la mort.
Le battage médiatique autour de l’immortalité « a un impact négatif, car il donne l’impression que nous nous concentrons sur quelque chose d’infaisable », déclare Felipe Sierra, responsable du département biologie du vieillissement au sein du NIH.
« Approche holistique »
Cette surmédiatisation occulte les études significatives des mécanismes du vieillissement.
’aspect positif de la chose, c’est que les gens commencent à comprendre que notre objectif est d’améliorer la santé de tous et pas seulement celle des patients atteints d’une maladie spécifique. Il s’agit d’une approche plus holistique.
L’implication de la Silicon Valley et des investisseurs privés a un impact plus profond. Ils ont fait virer de bord la recherche toute entière, détournant son attention du traitement des affections qui surviennent avec l’âge au profit de l’étude des mécanismes qui sous-tendent le vieillissement lui-même.
Certains scientifiques et chercheurs spécialisés voient l’entrée de ces capitaux comme une révolution, notamment d’un point de vue culturel. Selon eux, elle peut être bénéfique.