Jean-Michel Baylet, un homme de pouvoir privé de son fief départemental

Photo Philippe Guionie Libération

Photo Philippe Guionie Libération

Jean-Michel Baylet auteur d’une triple carrière de grand patron de presse, d’homme politique national et régional, s’est retrouvé privé jeudi de son pilier politique local avec la perte de la présidence du conseil départemental du Tarn-et-Garonne.

Président du Parti radical de gauche, qui a souffert du désaveu général électoral comme ses alliés socialistes, M. Baylet, 68 ans, a jeté l’éponge, renonçant au dernier moment à disputer au candidat soutenu par l’UMP la présidence qu’il avait occupée pendant 29 ans. Il demeure toutefois simple conseiller départemental du canton de Valence d’Agen.

Patron du puissant groupe de presse La Dépêche du Midi, cet homme du Sud, grand, chauve à la voix puissante, était également jusqu’à peu sénateur (de 1986 à 1988 puis à partir de 1995), avant se faire battre en septembre 2014 par le candidat UMP François Bonhomme, avec le soutien d’un ancien de sa majorité Yvon Collin.

Homme de pouvoir, M. Baylet, très amer, a accusé l’UMP d’avoir « rejoué le coup des sénatoriales » en faisant élire Christian Astruc, qu’il considérait comme PRG.

Co-fondateur en 1973 du mouvement des Radicaux de Gauche (MRG) devenu aujourd’hui le Parti radical de gauche (PRG), il est à la tête du dernier allié de la majorité présidentielle de François Hollande, après le départ des écologistes.

Il a été à plusieurs reprises membre de gouvernements socialistes: secrétaire d’Etat aux Relations extérieures (1984-86); secrétaire d’Etat chargé des Collectivités locales (1988-90), puis ministre du Tourisme entre 1990 et 1993.

Après son échec départemental, le seul basculement de majorité dans tout Midi-Pyrénées, la question est de savoir s’il pourra encore briguer un poste ministériel, comme on lui en avait prêté le dessein depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir en 2012.

Il était devenu en 2011, le seul candidat non socialiste aux primaires du PS pour l’élection présidentielle.

Très ouvert, il prônait alors une Europe fédérale, la dépénalisation du cannabis, le droit de mourir dans la dignité et le mariage homosexuel. Avec un score de 0,64% au premier tour des primaires, il avait ensuite soutenu François Hollande.

– Un patron de presse à l’offensive –

Sa carrière politique a commencé dans les souliers familiaux. Il a d’abord succédé à sa mère Evelyne Jean-Baylet en 1977 à la mairie de Valence-d’Agen (Tarn-et-Garonne) qu’il gardera jusqu’en 2001.

Il a pris la tête du Conseil général du Tarn-et-Garonne en 1985, trois ans après le retrait de sa mère de la présidence . Entretemps, il s’est fait élire député jusqu’en 1984, puis en 1988, mais n’a pas siégé, ayant été nommé ministre.

Il a connu une ascension parallèle dans le groupe La Dépêche du Midi, prenant sa tête en 1995, pour remplacer Mme Baylet mère, alors âgée de 82 ans.

Si l’homme politique connaît des revers, le grand patron de presse est toujours à l’offensive. Jean-Michel Baylet est en train de prendre le contrôle du groupe Midi Libre, dont se retire Sud-Ouest.

Par tradition familiale et politique, Jean-Michel Baylet, marié et père de trois enfants, est initié à la franc-maçonnerie au sein de la loge Demain, au Grand Orient de France.

M. Baylet a été mis en cause dans trois affaires, dont une pour favoritisme, mais a bénéficié de deux non-lieux et d’une relaxe pour prescription.

Source AFP :02-04-2015

Puce du Midi Libre du 21/04/2015

 » Dans l’article que Libération consacre à Jean-Michel Baylet, notre confrère assure que le patron du PRG compte bien « imposer au PS  pour les Régionales « sa protégée » Sylvia Pinel,  l’actuelle ministre du logement, comme tête de liste en Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon. Elle aurait alors pour allié le maire de Montpellier Philippe Saurel. Et le quotidien national d’affirmer que « Hollande et Valls ne peuvent pas s’en mêler. Qui a dit que la gauche devait désormais s’unir ? « 

NB. Dans un entretien accordé au Midi Libre de la même édition , le Député Patrick Vignal qui se déclare partant pour les régionales évoque une possible opportunité pour Philippe Saurel de décrocher un Secrétariat d’Etat. Affaire à suivre… On en  sera plus en juin après le congrès du PS, y compris sur la forme que devrait prendre ce remaniement tant attendu.

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Taxi Téhéran. La vraie vie par-delà la censure

edito-taxi-teheranCinema. «Taxi Téhéran» l’Ours d’or du réalisateur iranien Jafar Panahi.

Rien n’arrêtera Jafar Panahi. Le réalisateur est devenu la bête noire des autorités iraniennes, qui l’ont condamne en 2010 à ne plus réaliser de films, à ne plus accorder d’entretiens à la presse étrangère et à ne plus quitter son pays. Sous peine de vingt ans d’emprisonnement pour chaque délit. Mais c’est à peine perdue, nous invite à penser Panahi qui continue de raconter la réalité de son pays avec les moyens du bord.

Son nouveau film Taxi Téhéran actuellement sur les écrans a remporté l’Ours d’or du dernier festival de Berlin. Il était présenté mercredi au Diagonal Montpellier par Amnesty International. L’occasion d’aborder la situation du pays et d’alarmer sur la forte croissance des peines de mort depuis l’accession au pouvoir d’Hassan Rouhani en 2013, pourtant soutenu par les réformateurs.

Autre sujet du débat, la condition des femmes iraniennes relayées par les autorités religieuses au rôle de la procréation. Jafar Panahi, signe avec Taxi Téhéran un bijou d’humour et d’ironie. Il accueille dans son taxi un échantillon représentatif de la société iranienne. A l’abri des oreilles indiscrètes, la population restitue quasi naturellement, les vérités du quotidien. Au delà de l’acte de résistance, l’intelligence de la mise en scène offre un grand moment de cinéma où le docu-fiction touche du doigt la notion de culture, de transmission et d’espoir sur le devenir d’un pays amené à retrouver sa liberté d’expression.      

JMDH

Source La Marseillaise 18/04/2015

Bande annonce

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Daniel Mermet : « A Radio France, c’est une grève de civilisation »

« Celles qui ont engagé la grève ce sont les femmes de ménage. » DR

Daniel Mermet, le producteur-réalisateur-journaliste, évoque le conflit social de la radio publique toujours dans l’impasse et présente un documentaire sur le travail de l’historien Howard Zinn.

Ecarté des programmes de France Inter en juin 2014, Daniel Mermet a créé Là-bas Hebdo un site internet payant* animé par une équipe de professionnels. Il était à Montpellier jeudi 9 avril pour présenter en avant-première au cinéma Diagonal le premier volet d’une trilogie sur l’histoire populaire américaine*. Ce film co-réalisé avec Olivier Azam, revisite l’histoire populaire de Christophe Colomb à nos jours à travers le parcours personnel de l’historien Howard Zinn, figure majeure de la gauche américaine.

Après plus de trois semaines de grève, quel regard portez-vous sur le conflit social de Radio France ?

Je suis justement venu pour faire une collecte au profit de Mathieu Gallet, le PDG de la Maison ronde qui se trouve en grande difficulté… (rire) Non, plus sérieusement je pense que c’est une grève historique, très importante, exceptionnellement longue et profonde. Il s’agit d’une grève de civilisation où deux possibilités sont offertes entre une civilisation de l’émancipation et une civilisation de la consommation.

Rien à voir donc pour vous, avec le problème budgétaire qui est évoqué ?

Mathieu Gallet est une figure caricaturale qui incarne parfaitement l’idéologie dominante. Lorsqu’il est arrivé, il a tout de suite annoncé la couleur en déclarant : « Je ne suis pas un homme de radio, je ne suis pas un journaliste, je suis un manager. » La stratégie a été de dire : on est frappé par la crise. Il y a un déficit et un trou dans la caisse et il va falloir y remédier par des économies et un pléthorique plan de départs volontaires. Ainsi, le problème budgétaire est asséné comme une vérité absolue, 20 millions de trou alors qu’il est très difficile d’avoir accès aux comptes. Sur le fond du problème, on veut démanteler le service public mais il n’y a pas de crise dans ce pays, il y a en revanche entre 60 et 80 milliards d’euros d’évasion fiscale

La durée de la grève semble faire grincer des dents une partie des journalistes ?

Celles qui ont engagé la grève ce sont les femmes de ménage au-sous-sol de la Maison ronde, puis les pompiers et les intermittents, et le mouvement s’est étendu aux journalistes précaires et finalement à l’ensemble du personnel. Cette question sur les journalistes renvoie à celle de leur encadrement. Si cet encadrement existe, c’est bien parce que les journalistes voulaient pratiquer leur métier autrement. Au fil du temps les journalistes intériorisent les limites dans lesquelles ils évoluent. Si on prend un support d’investigation comme Médiapart qui sort une affaire tous les jours, on peut considérer cela comme une pratique du métier excessive mais on peut se dire aussi que Radio France qui emploie 700 journalistes ne sort jamais aucune affaire… Prenez un sujet comme l’amiante, personne n’en parlait alors que Radio France a déjà consacré 10 M d’euros au désamiantage depuis 2006. Eh bien, il n’y a pas eu une seule enquête des journalistes sur leur propre maison alors que cela concerne leur propre santé !

Nous dirigeons-nous vers une arrivée massive de la publicité sur les antennes du service public ?

Il faut décrypter le discours des managers et des spécialistes de la communication en lisant entre les lignes. Quand ils disent par exemple qu’il n’y aura plus de pub dans les matinales cela signifie qu’il y aura de la pub dans tout le reste de la journée. Les radios qui attrapent les auditeurs par les oreilles pour les vendre aux publicitaires ça s’appelle des radios commerciales. Contrairement à ce qui a été dit, Radio France n’est pas née en 1963 avec la création de la Maison de la Radio par le Général de Gaulle. L’acte de naissance remonte au 22 août 1944, lors de la libération de Paris après une période où la grande majorité des médias avaient joué la carte collabo. La volonté de créer un pôle de radios publiques est issue de la Résistance. On retrouve cet esprit dans un texte du CNR qui affirme la volonté d’avoir une presse échappant aux puissances de l’argent et à celles des puissances étrangères. Aujourd’hui, l’ensemble des antennes de Radio France touche 14 millions d’auditeurs jour. On a très peu besoin de pub puisque le financement provient de la redevance et assure un budget pérenne.

Vous venez présenter en avant première Du pain et des roses, premier film d’une trilogie sur l’histoire populaire des USA à partir du travail d’Howard Zinn. Par quel bout avez-vous entrepris ce travail gigantesque ?

Tout est parti d’une rencontre avec cet homme extraordinaire en 2003. En 1980, Howard Zinn (1922/2010) sort son livre L’histoire populaire américaine qui rencontre un succès énorme. C’est un bouquin facile à lire, précis et documenté, qui fait que les gens s’y retrouvent. Au point où ce livre a contribué et contribue toujours à changer le regard des Américains sur leur propre histoire. Pour retracer 500 ans de cette histoire enfouie, nous sommes partis du parcours de Zinn lui-même qui a grandi dans une famille pauvre d’immigrants juifs ce qui lui a donné dès le départ une conscience de classe.

Une lutte de classe américaine mise en exergue dans ce premier film, du XIXème à la Première guerre, est littéralement gommée de l’histoire…

Oui, Zinn explique cette lecture de l’histoire très familière en Europe en commençant par la révolution américaine présentée comme une guerre contre l’occupant alors que ce fut surtout une guerre des riches contre les pauvres. Zinn a passé sa vie à faire comprendre comment cette vision politique du monde a été passée sous le tapis par la mobilité sociale. C’est à dire la forme de religion qui tend à vous faire croire qu’en étant cireur de chaussures vous pouvez devenir Rockfeller…

Recueilli par Jean-Marie Dinh

* Une histoire populaire américaine editions Agone

Source La Marseillaise 13/04/2015

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Départementales : Les élections tournent mâle

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Malgré l’instauration du scrutin paritaire, seules 6% à 9% des assemblées seront dirigées par des femmes à l’issue de l’élection des présidents ce jeudi.

Ce jeudi soir, elles seront six. Neuf dans le meilleur des cas. A l’issue du «troisième tour», celui de l’élection des président(e)s des conseils départementaux, les femmes seront écartées du poste dans plus de 90 départements. Les mandatures se suivent et se ressemblent donc. Un comble, alors que pour la première fois les assemblées départementales sont paritaires. 50% d’élues mais toujours 6 à 9% de patronnes.

«On peut partager les places, sans partager le pouvoir», se désole Réjane Sénac, présidente de la commission parité au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Les habitudes ayant la vie dure, la loi s’en est mêlée et a imposé un mode de scrutin inédit pour faire entrer massivement les femmes dans les assemblées départementales : des binômes femme-homme qui siègent au même rang. Le progrès dont toute la classe politique a fait mine de se féliciter est spectaculaire : de 13,9% d’élues en 2011 à la moitié depuis dimanche. Il va s’arrêter au pied des fauteuils de président(e)s.

Patience. Grande gagnante du scrutin, la droite, qui l’a emporté dans 67 à 70 départements, ne revendiquera, ce jeudi, que quatre femmes à la tête d’exécutifs. La liste est si courte qu’on peut se permettre l’exhaustivité : Martine Vassal (Bouches-du-Rhône), Christine Bouquin (Doubs), Valérie Simonet (Creuse) et l’UDI Nassimah Dindar à la Réunion, seule sortante. La gauche qui détient moitié moins de départements fait jeu égal, avec entre deux et cinq présidentes pressenties. Pas de quoi non plus fanfaronner. Le PS présente Nathalie Sarrabezolles dans le Finistère (lire ci-contre) et reconduit Hermeline Malherbe dans les Pyrénées-Orientales. Pour le reste, rien n’est encore sûr. La Lozère, à condition qu’elle bascule à gauche (lire page 5), devrait revenir à une femme, Sophie Pantel. Dans le Lot, l’élection de Geneviève Lagarde n’est pas acquise. Pas plus que celle de Josette Borel-Lincertin en Guadeloupe. Tous bords confondus, les présidentes seront à peine plus nombreuses que les cinq sortantes (hors Paris).

Qu’est-ce qui plombe les femmes ? Leur inexpérience, de l’avis des responsables de partis. «Il est rare de devenir présidente ou président quand on vient d’être élu(e)», avance Christophe Borgel, chargé des élections au PS. Avec la loi du 17 mai 2013 créant les binômes, «il y a eu un grand renouvellement des élus. C’est bien car cela nourrit un vivier pour la suite, mais il faut aussi de la stabilité, des gens qui connaissent la maison», justifie Virginie Duby-Muller, secrétaire nationale de l’UMP à la parité. En gros, les partis en appellent à la patience. Et prient les femmes de faire leurs armes. La prochaine fois sera la bonne…

L’argument est un peu court au regard de la sous-représentation féminine à la tête d’autres exécutifs (mairies, régions) issus de scrutins imposant la parité depuis déjà plusieurs mandats. Dans les villes de plus de 1 000 habitants, les conseils municipaux élus en 2014 sont féminins à 48,2%, mais seules 12,9% de femmes sont maires. Et une seule, Marie-Guite Dufay en Franche-Comté, est présidente de région sur les 22 que compte la métropole. «L’argument du vivier ne tient pas, conteste Réjane Sénac, auteur de l’Egalité sous conditions (Presses de Sciences-Po). Des vice-présidentes, des maires adjointes, des militantes qui ont de la bouteille, qui détiennent le capital politique, les réseaux, il y en a. Mais les hommes choisissent de préférence des candidates novices. Pour eux, la prime au sortant, pour elles, une prime… au renouvellement.»

Loi phallique. A droite, on dénonce aussi les résistances des états-majors. «L’arbitrage pour les présidences est lié à des négociations partisanes, souligne la sénatrice (UDI) Chantal Jouanno. C’est à la commission des investitures des partis que cela se joue. Et les femmes qui en sont rarement membres sont exclues des négociations.» Côté gauche, on renvoie la balle à la base. «Ce n’est pas un problème d’appareil parisien, défend Christophe Borgel. Au PS, ce sont les militants qui désignent les têtes de liste aux élections. Et s’ils ne choisissent pas des femmes…» Dans le Lot pourtant, l’élection de Geneviève Lagarde, désignée chef de file par les militants PS, est menacée par des querelles au sein de la majorité de gauche et la contestation du socialiste sortant.

La loi ne peut pas tout face aux réflexes machistes. Lesquels s’engouffrent dans la moindre brèche. Le législateur a d’ailleurs revu plusieurs fois sa copie. En imposant par exemple la parité au sein des vice-présidences des conseils régionaux et départementaux. Ce qui n’empêche pas les élus masculins d’hériter en général des dossiers les plus stratégiques. Dans les Pyrénées-Atlantiques, le futur président prévoit ainsi de confier aux hommes les finances et l’aménagement du territoire, aux femmes les ressources humaines et le social. «Nous sommes un pays de loi phallique, les hommes considèrent illégitime que les femmes exercent le pouvoir, c’est profondément ancré dans l’imaginaire collectif», regrette la députée PS Sandrine Mazetier. Sa collègue socialiste Chantal Guittet complète : «C’est une question d’éducation. Si les pères participent activement à la vie des enfants et créent une cellule familiale paritaire, tout le monde trouvera normal que la vie politique le soit aussi.» Il fallait une loi, il faudra une révolution culturelle.

Nathalie RAULIN, Laure EQUY et Laure BRETTON

Source : Libération 01/04/2015

Voir aussi : Rubrique Politique, Citoyenneté, rubrique Société Droit des femmes,

Après l’échec aux départementales : une gauche à reconstruire

Le rêve de Hollande : Bientôt plus que moi et Marine...

Le rêve de Hollande : Bientôt plus que moi et Marine…

Une défaite historique, mais on ne change rien : ce message des ténors socialistes, dimanche soir, était prévisible quel que soit le nombre de départements perdus par la majorité présidentielle.

Entre l’abstention d’un électeur sur deux, le vote FN massif là où il se maintenait même si cela ne se traduit pas en « prise » de département, et le succès sans précédent de l’UMP qui devient majoritaire à ce niveau de pouvoir, le Parti socialiste est face à un champ de ruines, même s’il se console en se disant que ça aurait pu être pire.

Ce n’est guère plus brillant pour le reste de la gauche, qui, s’il parvient à quelques bons résultats locaux, n’a pas offert d’alternative au discrédit du Parti socialiste.

« Unité » ?

Au lendemain de cette sombre journée électorale pour elle, où va la gauche ? Le mot « unité » a souvent été prononcé ces derniers jours, et, dimanche soir encore, la « désunion » a été rendue responsable des piètres résultats.

Nul doute qu’on va encore entendre, dans les prochaines semaines, les appels au « rassemblement » à gauche, sans que les termes de ce rassemblement ne soient évidents.

Comme il l’a dit dès dimanche soir, relayé par ses lieutenants sur les chaînes de télévision, Manuel Valls reste « droit dans ses bottes », s’appuyant sur les signes timides de reprise économique pour ne pas envisager de réorientation.

Dans ces conditions, quelles peuvent êtres les conditions d’un rassemblement, ne serait-ce qu’avec les « frondeurs » socialistes, ceux-là même qui refusaient il y a quelques semaines encore de voter la confiance à leur propre gouvernement ?

Difficile d’imaginer les acteurs de la « gauche de la gauche » accepter aujourd’hui un rapprochement avec le PS sur un programme politique qu’ils ont dénoncé avec véhémence depuis des mois.

Il y a quelques jours, Clémentine Autain, une des personnalités du Front de gauche, appelait ainsi à reconstruire la gauche en prenant « la mesure du désastre politique actuel ». Mais, dans son esprit, il s’agit d’un « Syriza à la française », allant des dissidents socialistes aux communistes en passant par une partie des écologistes, pas d’une « union de la gauche » avec le PS.

Pas de « Tsipras français »

Cette impossibilité à retrouver les chemins de l’unité à gauche a certes le mérite de la clarté programmatique – un « programme commun » n’est guère possible quand l’une des composantes de la gauche est au pouvoir et l’autre pas –, mais elle porte en germe les défaites à venir.

Le contexte politique français fait que là où la déception et la colère des électeurs populaires se tournent vers de nouvelles forces politiques de gauche en Espagne ou en Grèce, c’est le Front national qui, en France, en tire les bénéfices. Et ceux qui rêvent d’être les « Tsipras français » n’ont pas fait, jusqu’ici, la percée escomptée, au contraire.

Alors, défaite annoncée aux régionales de la fin de l’année, et défaite presque déjà programmée en 2017, avec un deuxième tour Marine Le Pen – Nicolas Sarkozy ?

La vie politique a ce talent d’imprévisibilité que les mutations économiques et sociales actuelles accentuent. Mais il est clair qu’il manque, aujourd’hui, les bases intellectuelles et conceptuelles de la reconstruction d’une gauche crédible en France.

Les électeurs, en particulier à gauche, ne s’y trompent pas, qui gardent désormais leurs distances avec le champ politique pour s’investir dans celui de la société, de leur cercle privé, faute d’espoir.

Cette défaite est d’abord celle des idées et d’une certaine pratique politique. Peut-être est-ce par là qu’il faut recommencer, par le bas, et pas par des accords d’appareils qui ne seraient guère crédibles.

Pierre Haski

Source Rue 89 29/03/2015

Voir aussi : Actualité France, rubrique Politique, Prévisible et imparable victoire de la gauche, rubrique Société,