A Béziers, le Théâtre sortieOuest cerné par le FN

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Le Théâtre sortieOuest, situé sur le canton 1 de Béziers, est au cœur d’un combat politique et culturel. Jean-Michel Du Plaa, candidat socialiste aux élections départementales dans ce canton, affrontera en duel, dimanche 29 mars, l’élu du Front national, Henri Bec. Au soir du premier tour, le 22 mars, le FN a totalisé plus de 44 % des voix sur ce canton, devant le PS (25 %) et l’UMP (19 %). Précisons, pour compléter le tableau, que Jean-Michel Du Plaa, vice-président du conseil général, est aussi le président de l’association qui gère le Théâtre sortieOuest – une scène conventionnée avec le département, l’Etat et la région, installée sur le domaine de Bayssan, au milieu d’un parc.

Les phrases de l’entre deux-tours ont le mérite d’être claires, dans la ville dirigée par Robert Ménard depuis mars 2014, sous l’étiquette Rassemblement Bleu Marine. Voici ce qu’a déclaré, jeudi 26 mars, dans le quotidien La Marseillaise/L’Hérault du Jour, l’élu FN Henri Bec. Interrogé sur le devenir du Théâtre sortieOuest, fortement soutenu par le conseil général (PS), à hauteur d’un million d’euros, l’élu qui se dit monarchiste, tendance « orléaniste », a répondu avec détachement : « Cela ne me dérangerait pas que ce site ferme. On dépense trop pour la culture, on pourrait réduire les impôts en dépensant moins. » Dès avant le premier tour, la divers droite Fatima Allaoui, candidate sur le canton 3, ancienne de l’UMP évincée pour son appartenance au Siel, proche du FN, avait inscrit « la suppression » de sortieOuest dans ses promesses électorales – « un site qui coûte trop cher » – proposant son rapatriement dans le centre-ville avec une programmation comprenant « 50 % d’artistes locaux ». Depuis le 22 mars, elle a appelé à voter pour le candidat FN.

« Eviter un désert culturel à Béziers »

Pour Jean Varela, directeur de sortieOuest, ce sont les valeurs véhiculées par la scène contemporaine qui indisposent l’extrême-droite. « On nous attaque pour ce que nous sommes : un lieu de programmation exigeante, où la parole circule librement. Il y a d’autres scènes qui coûtent de l’argent sur le territoire, et qui font du divertissement. Elles ne sont pas du tout inquiétées », dit-il. Il rappelle l’histoire de ce théâtre, et l’enjeu pour le territoire. « C’est le conseil général qui a pris l’initiative de créer cette scène conventionnée, en 2006, pour éviter un désert culturel à Béziers, qui autrefois était un foyer artistique. Le président de notre association, Jean-Michel Du Plaa, est un homme de culture, très apprécié ici », poursuit Jean Varela, qui dirige par ailleurs le Printemps des Comédiens.

Lors des précédentes élections, en 2011 (les anciennes cantonales), le combat avait été ardu : Jean-Michel Duplaa l’avait emporté avec 170 voix d’avance, face au frontiste Guillaume Vouzellaud. Le scrutin du 29 mars s’annonce serré. Sur les deux autres cantons de Béziers, l’avance du FN est encore plus nette, tout particulièrement dans le canton 3 où il a totalisé 46,86 % des voix. Pour la presse locale, l’affaire semble ici pliée.

Une programmation « à caractère militant »

Jean Varela tire la sonnette d’alarme : « Ce n’est pas possible que Béziers soit représenté au conseil général uniquement par des élus Front national », s’inquiète-t-il. Il dit avoir reçu du soutien de certains élus de droite, mais d’autres à l’UMP ne cachent pas leur aversion pour la politique culturelle du département, sortieOuest compris. Ainsi, le député UMP Elie Aboud a abrité sur sa page d’accueil la lettre d’un auteur bitterrois, Jean-Pierre Pelaez, s’indignant de ne pas être programmé à sortieOuest, théâtre « grassement » financé par le département, écrit-il, et « engloutissant des budgets énormes » pour mener une programmation « à caractère militant ».

Jean-Pierre Pelaez a déjà été reçu au cabinet du président du conseil général, le socialiste André Vézinhet. « Nous lui avons dit deux choses : un, Jean Varela a une liberté de programmation, selon ses choix esthétiques, et l’on ne peut en aucune sorte imposer une préférence nationale en direction d’artistes locaux. Deux, le conseil général n’est pas du tout indifférent au sort des artistes locaux, puisqu’il soutient entre soixante et quatre-vingts compagnies sur son territoire », indique-t-on dans l’entourage d’André Vézinhet.

Une campagne sur les réseaux sociaux

Jean Varela défend sa programmation : « Les spectacles ont lieu sous un chapiteau, pour abolir la barrière symbolique entre la scène et le public. Nous menons une programmation hors-les-murs, appelée Le Grand Tour ; nous organisons une manifestation littéraire (Chapiteaux du livre), nous touchons un public de 35 000 personnes, dont 7 000 scolaires et étudiants. »

La campagne s’organise à présent sur les réseaux sociaux. Alors que la ville de Béziers accueille depuis le 24 février, et jusqu’au 23 août, l’exposition intitulée Gaulois : une expo renversante, conçue par la Cité des sciences, les partisans du candidat PS, lequel fait alliance avec la communiste Roselyne Pesteil, ont réalisé une affiche dans l’esprit gaulois. Jean-Michel Du Plaa est dans la peau d’Obélix – il en a la corpulence –, et porte sur son dos un dolmen coiffé du visage de la candidate PCF. Avec ce slogan : « La République contre-attaque ». Dans le journal municipal, Robert Ménard, lui, communique à sa façon sur l’exposition dédiée aux Gaulois : « C’est l’éternel retour du grand blond », indique le titre de l’article, complété par ce bandeau : « Comment nos élites réécrivent le passé ».

Source : Le Monde.fr |

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Théâtre. Un regain de textes contemporains

Béla Czuppon

Théâtre. La Baignoire ouvre grand les portes aux auteurs dramatiques contemporains du 28 mars au 3 avril.

A Montpellier le lieu des écritures contemporaines La Baignoire ouvre samedi la deuxième édition des Horizons du texte qui donne à entendre et à écouter au quatre coins de la ville la langue des auteurs dramatiques de notre temps. Outre le laboratoire de la Baignoire du 7 rue Brueys, les lectures se tiendront au Centre dramatique national Hth, à la Bulle Bleue, au Théâtre universitaire La Vignette et à la bibliothèque de l’université Paul Valéry jusqu’au 3 avril.

La question du statut du texte dans le théâtre n’a jamais vraiment été stable. Est-t-il un simple support de l’expression scénique, un matériau de la construction dramatique ou une base fondatrice incontournable pour l’art théâtrale ? Aujourd’hui le texte serait une nouvelle fois confronté à la liberté créative des metteurs en scène renforcés par l’arrivée des nouvelles pratiques technologiques et l’hybridation des formes (musique, vidéo…) qui se multiplient sur scène.

A l’initiative des Horizons du texte, Béla Czuppon réaffirme l’importance du texte pivot de la création théâtrale. « Dans la tête des gens, le théâtre correspond à des formes assez figées. Les auteurs évoluent avec la vitesse du monde. La partition des enjeux, la multiplicité des sources d’information se reflètent aujourd’hui dans les écritures contemporaines. Ces évolution appelle d’autres formes de textes à découvrir. Je tiens beaucoup à la position de l’auteur dont les textes sont souvent retravaillés à coups de ciseaux. Un texte signifie la place d’un individu, il traduit son regard sur le monde. Cela ne me dérange pas que l’on fasse des collages à partir du moment où on respecte la cohérence. D’autant que les écritures contemporaines laissent très souvent la place au travail de mise en scène. Ce ne sont pas des textes impérieux

Cette nouvelle édition nous offre l’occasion d’ausculter la forme du texte en évolution en passant par le Japon avec L’Abeille de Hideki Noda  ( sam 28 à la Baignoire ) qui aborde le rapport aux médias et à la violence. Autre invité asiatique à découvrir (La Vignette jeudi 2 avril), deux textes singapouriens de Stella Kon et Kuo Pao Kun qui évoque la question de l’identité bien au-delà de la réussite économique apparente.

On pourra aussi écouter du théâtre dialogué et performatif. « Avec les progrès des neurosciences entre autre, les auteurs ont quitté le schéma narratif. Dans L’assassin dispersé, Jean-Marc Lanteri exploite l’éclatement qu’il nous est permis d’accepter et la capacité que nous avons de reconstituer le récit à partir de stimuli.» indique Béla Czuppon qui estime que l’heure est venue de « passer les horizons.»

Jean-Marie Dinh

Source : L’Hérault du Jour 27/03/2015

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L’amoralité menaçante de Jake Hinkson

Photo Lilian Bathelot

Rencontre. L’écrivain traumatisé Jake Hinkson présente l’enfer de church street à la librairie Sauramps.

Geoffrey Webb est en train de se faire braquer sur un parking par une petite frappe. Et cette situation lui convient bien, il en redemanderait même. Après avoir repris le contrôle de la situation, il lui offre les trois mille dollars qui se trouvent dans son portefeuille, en échange de cinq heures de voiture jusqu’à Little Rock.

Les premières pages de L’enfer de Church street, seul roman de Jake Hinkson traduit dans la toute nouvelle collection Néonoir chez Gallmeister, embarqueront à coup sûr les sombres amateurs du pessimisme. C’est le genre de bouquin qu’on se fait en deux paires d’heures et une plaquette de cachetons pour la cirrhose de l’âme. L’auteur que l’on découvre en vrai dans le cadre des excellents K-fé-Krime proposés par la librairie Sauramps ne déçoit en rien. Il nous explique très sérieusement qu’il a grandi dans une fa- mille très religieuse et qu’il lisait en cachette des romans noirs. Et que son livre est en quelque sorte une synthèse de ces deux univers.

Voilà qui inspire tout suite la confiance. Pourtant, avec sa barbe d’évangéliste Jake Hinkson n’apparait pas fondamentalement machiavélique. Si on passait en noir et blanc, ce serait le genre de type capable de vous faire jaillir la cervelle à coups de batte de baseball et de sortir un mouchoir blanc bien plié de sa poche pour essuyer le sang que vous avez laissé sur ses lunettes.

Mais tout va bien. On est toujours en couleur et on l’écoute parler de cette première scène. « Peut-être à cause des personnages qui fument dans la bagnole, je me disais que c’était comme une sorte de chambre à gaz sur roues… Pourquoi Geoffrey kidnappe son kidnapper… Je crois qu’il fait cela parce qu’à ce moment c’est le grand vide. Il veut se purger de son histoire. Et il n’a plus personne d’autre autour de lui pour le faire – faut dire qu’il a flingué pas mal et trahi tous les gens qu’il avait séduits… mais bon. –

Donc, une fois dans la chambre à gaz, on découvre l’histoire de Geoffrey qui arrive dans un trou perdu et se fait embaucher par un pasteur évangéliste comme diacre pour s’occuper de la jeunesse. On peut pas dire qu’il ait vraiment la vocation. Pour lui, la religion est un moyen de prendre du pouvoir rapidement et de se faire de l’argent facilement. Le truc, c’est qu’il se fera aussi la fille mineure du pasteur, ce qui précipitera sa fuite en avant dans le noir mais ça, on vous laisse le plaisir amoral de le découvrir.

« En allant à l’église j’ai rencontré des gens merveilleux, j’ai des prêcheurs et des pasteurs dans ma famille, mais j’ai aussi vu des gens sans coeur ni moralité; confie Hinkson, avec ce livre j’ai pris plaisir à m’en amuser mais j’avais aussi de la colère à exprimer.» Un peu comme son alter égo romanesque…

Jean-Marie Dinh

Source : L’Hérault du Jour 28/03/2015

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Dans les Bouches-du-Rhône, la chute de la maison Guérini

Presentation de la derniere generation de bus RTM

27 mars 2015 |  Par Louise Fessard Médiapart

À gauche depuis 1953, les Bouches-du-Rhône devraient, sauf grosse surprise, basculer à droite dimanche soir. Ce qui paradoxalement rend le sourire à certains militants socialistes marseillais : un échec signerait la fin du système Guérini et la possibilité d’une refondation pour le PS local.

Ambiance de fin de règne au neuvième étage du bateau bleu, le bâtiment du conseil général des Bouches-du-Rhône. À trois jours du second tour des départementales, le cabinet de Jean-Noël Guérini, patron du département depuis 1998, a, selon plusieurs sources, commencé à faire ses cartons et certains collaborateurs chercheraient à se recaser. Dans le calme. « Avec toutes les perquisitions qu’on a eues, tout ce qui était à trouver a déjà été emmené », plaisante une source interne. A priori, les quelque 6 000 fonctionnaires territoriaux, protégés par leur statut, n’ont rien à craindre d’une alternance même si « tous ceux qui ont été placés par des coups de pouce commencent à faire la gueule », commente un agent, lui aussi sous couvert d’anonymat.

Malgré une ultime rodomontade dans La Provence jeudi 26 mars 2015, le département paraît perdu pour l’ex-socialiste, toujours mis en examen dans deux affaires de marchés publics, et il le sait. « Guérini fait le matador devant les médias, mais il est résigné et n’essaie même plus de convaincre les petits maires de droite, qui vont tous aller à la gamelle à droite chez les vainqueurs », indique un ex-proche du sénateur sous couvert d’anonymat. Depuis quinze jours, « les élus socialistes ne mettent plus les pieds au conseil général », raconte de son côté un conseiller général PS sortant.

À gauche depuis 1953, les Bouches-du-Rhône font partie des départements qui devraient basculer à droite dimanche soir. Ce qui paradoxalement rend le sourire à certains militants socialistes marseillais : un échec signerait la chute de la maison Guérini et la possibilité d’une refondation pour le PS local. Présente dans 18 cantons sur 29, l’union UMP-UDI est « pour la première fois dans la situation de gagner notre département ! » s’est réjouie dimanche 22 mars l’UMP Martine Vassal, adjointe au maire de Marseille, qui se verrait bien présider le département. Son directeur de campagne Marc Jolibois table sur une majorité relative à 14 cantons, en espérant grimper jusqu’à 15 voire 16 cantons pour obtenir la majorité absolue.

C’est le Front national, présent au second tour dans les 29 cantons des Bouches-du-Rhône (dont trois triangulaires), qui tranchera. Dans les douze nouveaux cantons marseillais, six duels opposent le FN à la gauche et six autres à la droite (voir la carte réalisée par les anciens journalistes de Marsactu). « Le PS a des cantons très difficiles à gagner et le report de voix sera meilleur dans les duels FN-droite que dans les duels FN-gauche : choisir entre l’extrême droite et Guérini et comparses, c’est un peu compliqué », avance Marc Jolibois.

Pour la première fois depuis sa première mise en examen en septembre 2011, le sénateur Jean-Noël Guérini a fait face le 22 mars 2015 aux vrais électeurs. Et loin des marchandages feutrés de voix de grands électeurs des sénatoriales, le verdict du suffrage direct a été sans appel. Si l’ex-socialiste arrive en tête devant le FN dans son fief historique du centre-ville de Marseille (34 % des votants), il faut noter que le redécoupage des cantons, opéré par Yves Colmou, un proche conseiller du premier ministre Manuel Valls, lui a été très favorable. Jean-Noël Guérini s’était plaint début 2014 d’avoir hérité « du plus gros canton du département de 80 719 habitants » (contre moins de 30 000 habitants avec l’ancien découpage). Mais son canton compte en fait le plus petit nombre d’inscrits de la ville (28 991 contre 53 000 dans le 7e canton marseillais, le plus important). En y ajoutant une forte abstention (60 %), il a suffi de 3 808 voix au binôme Jean-Noël Guérini-Lisette Narducci pour arriver en tête le 22 mars 2015. Ce qui permet au sénateur « de remporter sans coup férir ou presque son élection en mobilisant la très petite clientèle », remarque sur son blog le collectif Renouveau PS13, à l’origine de cette surprenante découverte. En 2008, Manuel Valls, Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini avaient fait une contribution commune, « La ligne claire », au congrès du PS de 2008.

Les fidèles de Jean-Noël Guérini se présentant sous l’étiquette Force du Treize ont été écartés dès le premier tour à Aix-en-Provence, Vitrolles, Trets, Allauch et Gardanne. « Toutes les candidatures Force du Treize ont été éliminées, sauf celle de monsieur Guérini, les électeurs ont tranché », estime le député aixois Jean-David Ciot, premier secrétaire de la fédération départementale socialiste. À Vitrolles, le maire socialiste et conseiller général sortant Loïc Gachon, parti avec une candidate de la Force du Treize, a ainsi été éliminé dès le premier tour. À Salon-de-Provence, un autre proche de Guérini, le socialiste Hervé Chérubini, vice-président délégué aux finances du conseil général qui se présentait sous une étiquette « majorité départementale », s’est, lui, désisté pour faire barrage au FN. « Ils ont été victimes de candidatures dissidentes pilotées par des socialistes marseillais et subissent donc les effets désastreux de la division », s’est plaint dans La Provence Jean-Noël Guérini, avec un sens du comique insoupçonné.

Mais l’ex-homme fort du PS des Bouches-du-Rhône entraîne également dans sa chute la gauche locale, présente au second tour dans seulement 14 des 29 cantons. Dans les quartiers nord, les trois binômes soutenus à la fois par la Force du Treize et le PS se retrouvent en ballottage défavorable derrière le FN, avec parfois près de dix points d’écart à rattraper. « Quand on joue avec le feu et qu’on pratique la politique de la terre brûlée, on finit par brûler sa propre maison », conclut le socialiste Benoît Payan qui, aux côtés de l’écologiste Michèle Rubirola, a dû faire face dans le centre-ville de Marseille à un binôme guériniste « fabriqué pour nous faire perdre ». « Ça a permis de mesurer qu’en dehors de son canton, Guérini n’a plus qu’une force de nuisance », commente-t-il, cinglant.

Le protégé de Marie-Arlette Carlotti, qui veut incarner la nouvelle génération PS, a de bonnes chances de l’emporter au second tour face au Front national, de même que le député PS Henri Jibrayel dans son canton tout au nord de la ville. « Indubitablement, les candidats socialistes qui ont refusé tout au long de leur campagne la compromission avec Jean-Noël Guérini résistent mieux et font des scores plus encourageants, dans des cantons pas toujours favorables, que ceux qui ont choisi de soutenir le président sortant », constate le député socialiste Patrick Mennucci sur Facebook. À ses yeux, le PS des Bouches-du-Rhône paie donc son absence de clarté « face au clientélisme et aux pratiques de Jean-Noël Guérini ». « Le non-rassemblement des forces de gauche a également joué », reconnaît la socialiste Nathalie Pigamo, à qui il a manqué quelque 300 voix (derrière le binôme UMP-UDI) dans le centre-ville de Marseille pour se maintenir au second tour avec son colistier écologiste Sébastien Barles.

En début de semaine, Henri Jibrayel, qui a dû lui aussi faire face à un binôme de la Force du Treize, a demandé la démission de Ciot, qu’il accuse d’être « téléguidé » par Guérini, de la tête de la fédération départementale. Jean-Christophe Cambadélis a eu beau marteler depuis Solférino qu’il fallait « en finir avec le système GG : Guérini – Gaudin », la fédération départementale a tout de même investi plusieurs candidats soutenus par Jean-Noël Guérini, et même des binômes PS/Force du Treize assumés comme tels. « Dans les quartiers nord, les binômes sont plus société civile que Force du Treize », ergote Jean-David Ciot, qui a demandé au candidat PS Denis Rossi de « couper le bas de ses affiches » où figurait le logo de Force du Treize. Et assure avoir épluché le matériel de campagne du socialiste Christophe Masse, patron de l’office HLM du conseil général – dont la sœur est de tous les meetings de Guérini –, sans y trouver une référence à la Force du Treize. Ni au PS du reste…

« Le changement est en cours »

À Saint-Rémy-de-Provence, le maire PS Hervé Chérubini veut y croire encore. Il a fait ses comptes et estime quant à lui que la claque infligée au PS n’est pas plus importante que dans le reste du pays. Il table sur l’absence « de majorité absolue au conseil général » et un ultime coup de pied de l’âne de Jean-Noël Guérini. « Il nous a donné l’habitude de se sortir de situations qui paraissaient compromises », dit le conseiller général sortant.

En avril 2008, le socialiste Eugène Caselli avait ainsi raflé, à la surprise générale, la présidence de la communauté urbaine de Marseille, pourtant majoritairement à droite. Beaucoup y avaient vu l’action en coulisses de Jean-Noël Guérini et de son frère Alexandre auprès de petits maires de droite. Rebelote lors des municipales de 2014 : sa fidèle, et ex-socialiste, Lisette Narducci n’avait pas hésité à faire alliance avec le candidat UMP Jean-Claude Gaudin contre le PS pour conserver sa mairie de secteur au bord du Vieux-Port.

Mais un tel scénario semble aujourd’hui improbable lors de l’élection du futur président du département, prévue la semaine prochaine. D’abord à cause de l’écart de voix : l’UMP-UDI table sur 14 à 16 cantons, 7 à 8 pour le FN et 6 à 7 pour le PS. Ensuite parce que le contexte est totalement différent, explique un élu socialiste marseillais sous couvert d’anonymat : « En 2008, il y avait pas mal d’inconnues avec 157 nouveaux élus et ça a été un coup de tonnerre qui a pris tout le monde de court. Là, il y aura une telle pression médiatique sur les élus de droite et de gauche que ce ne sera pas jouable pour eux. Même si le scrutin est secret, ils ne prendront qu’un bulletin pour éviter les soupçons. »

Avant le premier tour, Martine Vassal, la tête d’affiche UMP-UDI, a tout de même pris la précaution d’écrire à plusieurs maires du département pour leur assurer qu’elle ne toucherait pas aux subventions promises par Jean-Noël Guérini. Mercredi soir, l’adjointe au maire de Marseille a obtenu le soutien de l’ensemble des maires des Alpilles et du pays d’Arles. Ce qui épanouit son directeur de campagne : « Le changement est en cours. Que les maires de territoires jusqu’alors satisfaits se tournent vers nous, c’est un signe qui ne trompe pas ! »

Mais la candidate marseillaise, critiquée par certains élus de droite très remontés contre la future métropole Aix-Marseille, n’est pas à l’abri d’une contestation interne. « Martine Vassal, c’est une candidature très stigmatisante, juge le député aixois Jean-David Ciot. Une majorité relative l’obligerait à rentrer dans une discussion d’harmonie territoriale où Marseille ne pille pas le reste du territoire. »

Reste également à savoir ce que feront les quelques élus de gauche rescapés une fois dans l’isoloir le 2 ou le 3 avril 2015. Parmi ceux encore en lice, sept conseillers généraux sortants avaient signé le 4 novembre 2014 une lettre ouverte appelant à une union du PS avec la Force du Treize. Pourraient-ils être tentés de voter pour leur ancien mentor plutôt que pour le candidat PS lors de l’élection du futur président du conseil départemental ? « Je réunirai lundi les élus PS au département, en excluant Jean-Noël Guérini, dit Jean-David Ciot. La question est très simple : soit ils sont dans le groupe PS et votent pour le candidat PS qui sera désigné par les militants mercredi ou jeudi soir, soit ils sont avec Guérini et ils quitteront le parti ou en seront exclus. » Le premier secrétaire ne prend pas un gros risque puisqu’il parie que « Jean-Noël Guérini, au vu du résultat dimanche soir, ne sera même pas candidat ».

L’élection risque également de marquer l’entrée massive d’élus FN, arrivés en tête dans 15 des 29 cantons du département. Au grand regret du vice-président sortant Hervé Chérubini, qui s’est retiré au second tour au profit d’un binôme UMP-UDI. Il ne supporte pas l’idée que « des élus FN siègent au conseil d’administration des collèges, des maisons de retraite ou viennent déposer des gerbes à la mémoire des résistants à [s]es côtés ». Adrien Mexis, candidat FN à Istres où il affronte le maire socialiste René Raimondi, affirme dans Le Figaro « être en mesure d’emporter la moitié des cantons du département ». Le directeur de cabinet de Stéphane Ravier, maire FN de secteur à Marseille, entend briguer la présidence du conseil départemental s’il est élu le 29 mars 2015. Contacté par Mediapart, il n’a pas donné suite.

Dans le canton de Châteaurenard au nord du département, le candidat FN Frédéric Laupies, époux de la conseillère éducation de Marine Le Pen, a fait 44,3 % des voix. Issu d’une famille communiste et agent d’accueil à la gare d’Arles, il se réjouit dans Le Figaro que le pari d’extrême droite prenne « de plus en plus dans le milieu agricole ». Le deuxième meilleur score du FN (41,8 %) dans les Bouches-du-Rhône a été réalisé à Marseille sur les terres de la droite (Marseille 8).

Dans les quartiers nord, où la victoire du FN à la mairie de secteur des 13e et 14e arrondissements lors des dernières municipales pose déjà le maire FN Stéphane Ravier en notable, le parti dépasse également les 40 % dans deux cantons. Alors qu’ils avaient peu fait campagne au premier tour, se contentant de diffuser les programmes nationaux, les candidats FN ont investi le terrain, tractant jusque dans la cité des Micocouliers dans le 14e arrondissement selon leur adversaire socialiste (et guériniste) Rebia Benarioua. « Pour la première fois, ils font du porte-à-porte, ils ont pris conscience que c’était possible de rentrer au département ! » s’alarme le conseiller général sortant. Son seul espoir est désormais de mobiliser « notre électorat abstentionniste déçu par la politique nationale ». « Nous sommes à égalité avec l’UMP dans les noyaux villageois, mais on tombe à 30 % de participation dans les quartiers populaires », explique-t-il.

Dans leur canton des 15e et 16e arrondissements, Henri Jibrayel et Josette Sportiello font quant à eux face au « FN pur et dur » en la personne de Bernard Marandat, chirurgien marseillais, âgé de 60 ans, et pilier historique du parti frontiste. « Si le FN l’emporte dans les 15e et 16e arrondissements, ils vont faire la passerelle avec Ravier dans les 13e et 14e arrondissements, ça va être chaotique », redoute Henri Jibrayel. L’heure est si grave que sa meilleure ennemie sur ce territoire, la sénatrice et maire de secteur PS Samia Ghali, a mis de côté les petites rivalités internes pour sonner le rappel des troupes en sa faveur. «Dimanche 29 mars, un seul objectif : faire barrage au Front national. Comme l’a clairement dit mon amie Valérie Diamanti : No pasaran», écrit jeudi soir la sénatrice sur sa page Facebook.

Manifestement, les ressorts clientélistes de la gauche marseillaise ne suffisent plus à lui assurer son électorat habituel. « Ce qui joue en faveur du FN, c’est qu’il n’y a pas eu de politique de gauche dans ces quartiers populaires depuis trente ans, nous disait avant le premier tour Karima Berriche, qui a dirigé le centre social de la Busserine (14e arrondissement) pendant plus de dix ans. Le clientélisme, ça fait quelques heureux élus et les autres restent sur le carreau. Sur le terrain, ce n’est pas simple. Les gens n’y croient plus d’autant qu’au plan national, il ne se passe rien non plus. » À la tête d’une liste rassemblant le PCF, le Parti de gauche et plusieurs collectifs, la candidate et son binôme, également militant associatif, ont été éliminés au premier tour, laissant place à un duel FN-PS.

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Théâtre. Cuisant témoignage d’un état du chaos

 

Avec Transition donné cette semaine au Domaine d’O dans le cadre de la saison Hth le collectif La carte blanche évoque la haine qui fait basculer l’humanité.

Lost in the same woods est le second volet de Transition une création de La carte Blanche, un collectif d’acteurs issus de L’ENSAD de Montpellier. « Il a été question d’idées, concernant le travail, d’étendards utopiques portés par les éléments d’une génération qui n’en cherchait pas (…) on a tenté de réconforter notre besoin d’être autre chose que des solitudes. »

Voilà pour les intentions. Pour le reste, il faut se rendre à l’évidence. L’ancien monde se perd dans l’embarras de considérations multiples qui n’ont plus court. Le XXIe siècle et sa modernité peuvent faire table rase des conventions ringardes et autres simagrées comme la hiérarchie au travail où le respect d’autrui. La pièce qui emprunte des extraits de l’oeuvre de Falk Richter met en scène une jeune équipe au travail qui entreprend un projet rédactionnel avec un modèle de Management à la Google. Chez Global, on s’évalue entre tiers. L’esprit amoli par les richesses de la société de consommation, des jeunes gens décomplexés entendent construire leur propre culture d’entreprise.

Toutes les bonnes méthodes s’imposent pour faire tomber le raisonnement faussé et rester attaché aux principes de la stricte liberté individuelle. On érige quelques rites réparateurs pour gérer les conflits. Cérémonies vite abandonnées à la machine de la haine car la rigueur démonstrative fonctionne sans aucun besoin d’humanité. Il est possible d’effacer l’autre de manière parfaite quand celui-ci porte atteinte à notre volonté.

Indécence généralisée

Quand l’indécence se généralise, on reste en mouvement par sa seule existence. Ce à quoi s’emploie la mise en scène de Vincent Steinebach qui s’appuie habilement sur la bouillonnante énergie des comédiens, la dimension corporelle et sur un dispositif vidéo redoutable d’efficacité dans le hors scène.

Le triomphe du principe du plaisir révèle la souffrance des êtres en quête de sens que le texte et les situations abordent sous l’angle comique. L’autocritique que porte cette génération sur ses propres codes mérite d’être soulignée. Elle renvoie à la religion comme sens ultime de la déroute ou digne passage de la piété à la cruauté. Elle renvoie aussi au strict cadre politique du prince Machiavel. Les passions personnelles engagées, ne sommes nous pas tous des petits rois ? Considérons nos actions et notre volonté, nous trouverons alors qu’elles sont grandes et méritent qu’on les défendent à tout prix.

Le danger pour une communauté qui se fonde sur l’individualisme serait d’éteindre la haine. Ce que ne parvient pas vraiment à faire la joyeuse équipe de l’entreprise Global.

Jean-Marie Dinh

Source : L’Hérault du jour 26/03/2015

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