La symbolique des films algériens mise en regards en Occitanie

Le film le puits de représente l'Algérie aux Oscars 2017

Le film « Le puits » de Lotfi Bouchouchi  représente l’Algérie aux Oscars 2017

La 11e édition de Regards sur le cinéma algérien débute à Montpellier et se poursuivra cette année dans toute la région jusqu’à Toulouse.

Ce n’est pas un festival mais un panorama sur ce qui se fait aujourd’hui en matière de 7ème art en Algérie. A l’initiative du collectif Regards sur le cinéma algérien, la manifestation poursuit son objectif avec très peu de moyens mais beaucoup de conviction. « Il s’agit de faire connaître le cinéma algérien et favoriser le dialogue entre les cultures. Avec le concours de l’association toulousaine Les amis d’Averroès et la section Coup de soleil de Toulouse, nous étendons cette année notre programmation à la grande région, précise Nadir Bettache , une des chevilles ouvrières de la manifestation, notre travail permet aussi aux réalisateurs algériens de trouver un public car l’absence de salles en Algérie les met dans la situation ubuesque de faire des films sans pouvoir les montrer au public à qui ils s’adressent en premier lieu. »

Depuis plusieurs années, le gouvernement algérien promet de reconstruire le réseau de salles dans le pays, évoquant l’objectif de trois cent cinquante salles, mais ces déclarations restent au stade d’intention. « C’est devenu une forme de mirage, commente le professeur de cinéma et distributeur des Films des deux rives Jacques Choukroun. Ce chiffre de 350 salles correspond aux infrastructures dues avant la décennie noire, à l’époque il y avait 30 millions de spectateurs. Aujourd’hui ils ont disparu et il n’existe plus qu’une vingtaine de salles digne de ce nom en Algérie.»

Voir des films algériens inédits

Mardi était projeté au cinéma Diagonal à Montpellier, Le Puits premier long métrage de fiction de Lotfi Bouchouchi. Le débat à l’issue de la séance a donné lieu à un échange mettant en avant une grande diversité de lectures. L’absence du réalisateur et la revendication affirmée des programmateurs de montrer tous les films algériens d’une certaine tenue sans faire prévaloir de sélection, ajoutait à ce climat d’échange spontané. A partir du ressenti à chaud, la violence et la charge émotive de certaines scènes fit le reste. Si Le puits inscrit son action dans l’histoire de la guerre d’Algérie au début des années 50, le film ne s’apparente pas à un film de guerre mais plutôt à un drame en huit clos proche de la tragédie antique. Un lieu-dit se trouve encerclé par une patrouille de l’armée française à la poursuite de Moudjahidines. Un petit groupe de soldats décide de faire le siège du village en attendant des renforts. Ils prennent position autour du village en faisant savoir qu’ils abattront toute personne qui passe l’enclave des habitations. A l’intérieur la population composée de vieillards, de femmes et d’enfants qui dépérissent assoiffés, tente de trouver une issue.

Une réflexion sur la société

Il n’y a pas de combat mais une situation absurde comme la guerre, qui conduit inévitablement à la mort. On pense aux Sept samouraïs de Kurosawa, sans les samouraïs. Le Puits a reçu le soutien des autorités, il représente l’Algérie aux 89e Oscars. Il peut répondre aux critères valorisant de l’indépendance nationale mais ne s’inscrit pas pour autant dans sa glorification. Tourné en 2015, ce film apporte un regard sur le monde actuel à la lumière de l’histoire.

Sous couvert du respect de la tradition, le réalisateur pose les bases d’une réflexion sur la société. Lotfi Bouchouchi explore des thèmes comme la violence de l’éducation, la force de la détermination, l’émancipation. L’instinct maternel qui apparaît au premier plan sert de levier pour aborder la place des femmes qui tiennent tête aux dignitaires religieux par leur vivacité d’esprit, leur courage et leur capacité d’action. Au-delà même du contexte algérien, Le puits rejoint les problématiques de la femme occidentale dont l’affirmation et la force est souvent mise en sourdine. La métaphore de l’eau polluée dont le poison se répand et d’un lieu de vie n’offrant aucune issue pouvant être extrapolée à bien des situations. Ce film peut aussi être lu comme une leçon de résistance et de liberté face au monde actuel.

Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise, 07/02/2017

Voir aussi : Rubrique, Cinéma, rubrique Algérie,

Camille Tolédo « Faire face à l’angle mort de l’histoire »

sans-titre6

Camille Tolédo : « Le massacre d’Utoya révèle un état politique réactionnaire en Europe ». Photo dr

L’auteur Camille Tolédo évoque son drame contemporain « Sur une île » donné au Théâtre de la Vignette. Une pièce inspirée de la tragédie d’Utoya en Norvège où le raid d’Anders Bechring Breivik s’est soldé par la mort de 69 jeunes et une dizaine de blessés

Sur une île fait suite à votre texte « L’inquiétude d’être au monde » paru chez Verdier, comment s’est opéré ce passage au théâtre ?

J’avais écrit ce texte suite au carnage d’Utoya où ce gamin, qui s’est mis à tirer sur des enfants comme dans un jeu vidéo, m’est apparu comme le marqueur d’un cycle historique qui se réveille  en Europe  sous le fantasme de la pureté des origines, comme un besoin de revenir aux fondamentaux identitaires et religieux réducteurs. Cela révèle un état politique réactionnaire en Europe. Une vague très lourde, qui m’a inspiré un chant pour prendre à rebours et inverser ce cycle de mort. Le metteur en scène Chistophe Bergon avec le Théâtre Garonne de Toulouse et le TNT qui produisent la pièce, m’ont demandé d’écrire une adaptation.

Cette adaptation, que l’on vient de découvrir à Montpellier, nous donne une nouvelle perception de cet événement plus intime et prégnante que celle véhiculée par les médias.  Est-ce à vos yeux le rôle politique et social du théâtre ?

J’aurais du mal à assigner une fonction au théâtre. Chacun s’en saisit à sa manière. Le théâtre dans sa forme classique, qui met des gens dans une assemblée, recoupe la fonction politique. Aujourd’hui on le voit avec ses formes stéréotypées de discours, l’arène politique est ruinée. J’observe dans l’art contemporain et dans la littérature une reprise de l’activité politique. L’expression artistique propose des scénarii. Pour cette pièce, je voulais aller sur ce terrain. Je souhaitais que l’assemblée réunie au théâtre se retrouve face à ces grands cortèges souverainistes  extrémistes qui défilent massivement en Europe.  Dans la pièce, on fait face à l’angle mort de l’histoire, face à une Europe putréfiée qui fait histoire.

Vous faites remonter la conscience d’un temps historique et générationnel, ce sont les premiers enfants du siècle qui sont morts à Utoya écrivez-vous. Pensez-vous que la perception de votre pièce par les jeunes diffère de celle de leurs aînés sans doute moins aptes à agir ?


Quelque chose chez moi fait appel à nos enfances. Après le virage néo-libéral, il est juste de dire que le discours dominant depuis une vingtaine d’année, s’est accommodé de ce monde sans perspective. La génération des trente glorieuses et celle qui lui succède n’ont pas les capteurs sensoriels  aiguisés. Ils n’ont pas vu venir la violence et cette violence s’est installée.  Là, on retombe sur deux enfances captées par le désir des petits soldats radicaux qui tuent pour exister, celle des Breivik et celle des islamiques et puis il y a la jeunesse  d’Utoya, la jeunesse sociale démocrate. Celle qui se réveille le lendemain du Bataclan soudainement face au loup, à la verticalité de l’Histoire et à la mort.

Sur une ïle. Production Théâtre Garonne, TNT, programmé au Théâtre La Vignette

Sur une ïle. Production Théâtre Garonne, TNT, programmé au Théâtre La Vignette

Vous pointez la soumission, l’obéissance à un monde révolu. Dans la pièce, Jonas le bon enfant de Norvège, finit par tuer Breivik devenu un décideur européen. Assumez-vous ce rapport à la violence ?

Je la mets très clairement dans la bouche de Jonas, mais son acte individuel doit questionner nos impuissances. La séquence ouverte par François Furet, qui a enterré la Révolution française dans les année 80, s’ouvre à nouveau aujourd’hui. Nous sommes dans un moment où nous devons prendre en charge la question du politique. Face à la résurgence du KKK sous sa forme trumpiste ou à l’ordre nihiliste de type islamiste, il est temps de sortir de la vision : la violence c’est mal. Je crois qu’une violence peut être plus légitime qu’une autre.

On sait qu’un ordre politique naît souvent du meurtre. Ce savoir tragique a été complètement oublié. Le pouvoir tyrannique qui règle la question de nos peurs fonde les dérives de la démocratie avec toujours plus de sécurité et d’Etat d’urgence. L’Etat reste en suspension mais la question demeure. Quel meurtre dois-je commettre pour fonder un autre monde ?

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise 03/02/2017

Voir aussi : Rubrique Théâtre, rubrique Littérature, De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité, rubrique Europe, L’Allemagne  face à la montée de l’extrême droiteL’extrême-droite remporte l’élection au Danemark, L’Europe, bras ballants devant la transgression de ses valeurs, rubrique Politique, rubrique Société, Mouvements sociaux, Citoyenneté, rubrique Rencontre,

Le « New York Times » gagne 300 000 abonnés en trois mois

 L’application du « New York Times » consultée à Pékin le 5 janvier. L’application du « New York Times » consultée à Pékin le 5 janvier. FRED DUFOUR / AFP

L’application du « New York Times » consultée à Pékin le 5 janvier.
L’application du « New York Times » consultée à Pékin le 5 janvier. FRED DUFOUR / AFP

Le quotidien américain a vu le nombre de ses abonnements en ligne faire un bond de 19 % depuis fin septembre 2016. Sur un an, la hausse s’élève à 45,9 %.

Le New York Times a gagné quelque 296 000 abonnés en ligne sur les trois derniers mois de 2016, a-t-il annoncé jeudi 2 février, un bond considérable de 19 % depuis la fin septembre, période correspondant aux derniers mois de l’élection présidentielle américaine. A la fin de l’année 2016, le groupe de presse comptait 1,853 million d’abonnés au seul service en ligne, en hausse de 45,9 % par rapport à 2015.

Résolument tourné vers le numérique et ses supports dématérialisés, le New York Times ne communique plus séparément les chiffres d’abonnements aux seules éditions papier ou mixte (papier + Internet).

Lors d’une conférence téléphonique, le PDG, Mark Thompson, a précisé que le nombre total d’abonnés, tous supports confondus, atteignait 2,9 millions depuis la fin 2016. Il a ajouté qu’à cette date, le portefeuille d’abonnés était supérieur à 3 millions. Par comparaison, il a rappelé qu’en 1993, au plus haut de l’ère tout papier, le nombre d’abonnés n’était que de 1,8 million.

« Nous ne faisons que commencer », a assuré M. Thompson. « Je pense qu’il y a un immense potentiel de croissance en matière d’abonnements et de chiffre d’affaires. »

Lire aussi :   La presse libérale de la côte Est, déchirée par le départ d’Obama, saute dans l’inconnu avec Trump

Le numérique pour compenser le papier

Le groupe est, comme beaucoup d’autres, lancé dans une course contre la montre pour compenser la chute des ventes des éditions papier et de la publicité imprimée. Sur le seul quatrième trimestre, cette dernière a baissé de 20 %. Le repli s’accélère, car il n’est que de 15,8 % sur l’ensemble de l’année. Quant au recul des ventes des éditions imprimées, le New York Times en fait état mais ne donne aucun chiffre.

La publicité sur les supports numériques a progressé, elle, de 10,9 % au quatrième trimestre, un rythme plus soutenu que celui enregistré sur l’année (+ 5,9 %). La publicité dématérialisée représente désormais 41,9 % des revenus publicitaires du groupe (au quatrième trimestre), contre 34,1 % seulement un an plus tôt.

Lire aussi :   Trois grands journaux américains rejoignent la plate-forme Blendle

L’entreprise dit s’attendre à une baisse des recettes publicitaires entre 5 % et 10 % au premier trimestre 2017 par rapport à la même période de 2016. Au total, sur l’année, le chiffre d’affaires du New York Times accuse un léger repli de 1,5 % à 1,55 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros). Quant au bénéfice net, en partie affecté par des charges de restructuration, il est en baisse de 62 % sur l’année à 23 millions de dollars.

A la Bourse de New York, le titre a terminé la séance de jeudi à l’équilibre à 13,55 dollars, dans un marché quasiment inchangé également (– 0,03 %).

Diversification

Déjà très actif dans la vidéo, le New York Times a poursuivi sa diversification en lançant, mercredi, une émission d’information quotidienne en podcast, « The Daily ».

Ce programme de quinze à vingt minutes, téléchargeable tous les matins à partir de 6 heures, entre en concurrence non seulement avec les autres podcasts, notamment ceux d’autres quotidiens comme le Washington Post et le Wall Street Journal, mais aussi avec des matinales radiophoniques.

Lors de la conférence téléphonique, Mark Thompson a révélé que « The Daily » s’était hissé, jeudi, en tête des podcasts les plus téléchargés aux Etats-Unis.

Source AFP 03.02/2017

 

Le « New York Times » segmente ses abonnements Web

 NYT Opinion, nouvelle offre d'abonnement en ligne du "New York Times".

NYT Opinion, nouvelle offre d’abonnement en ligne du « New York Times ».

L’application NYT Opinion illustre la nouvelle stratégie du quotidien américain, visant à recruter de nouveaux abonnés numériques avec des offres ciblées à coûts réduits.

l n’y a plus une, ni deux, mais trois, et bientôt quatre applications mobiles du New York Times. En faisant son apparition sur les plateformes IOS  le 4 juin, NYT Opinion donne accès aux tribunes et textes des éditorialistes du journal pour 6 dollars par mois (4,40 euros). L’application doit « attirer plus efficacement les lecteurs fidèles à notre contenu, tout en les rapprochant des chroniqueurs », a indiqué Andy Rosenthal, éditeur des pages Opinions, dans un communiqué.

  • Quatre nouvelles offres d’abonnements

NYT Opinion est introduite près de deux mois après les débuts d’une autre application, NYT Now.

– NYT Now : symbole d’une « nouvelle stratégie de segmentation de l’offre » numérique selon l’analyste des médias Ken Doctor, cette application mobile, lancée en avril, propose une sélection du meilleur des articles du titre. Seule, elle vaut 8 dollars par mois (5,90 euros) mais est accessible aux abonnés numériques.

– Times Premier : ce service premium a été présenté une semaine avant NYT Now. C’est une option haut de gamme (10 dollars) qu’on peut ajouter à toute formule d’abonnement pour avoir accès à des contenus « bonus », comme des articles sur les coulisses d’une enquête, photos non publiées, sélection de livres numériques ou de vidéos

– NYT Cooking : dans la lignée de ces déclinaisons, une application mobile de niche dédiée à la cuisine devrait être lancée prochainement.

  • Proposer des offres moins chères

Avec ces nouvelles applications, le New York Times viserait « un public plus jeune, qui cherche à s’informer à des prix plus raisonnables », explique au Monde le directeur du laboratoire d’analyse des médias d’Harvard, Joshua Benton.

Elle permettent en tout cas à la marque New York Times d’offrir des prix d’entrée plus bas : 6 ou 8 dollars par mois.

A titre de comparaison, il faut débourser 15 dollars pour s’abonner via le site et son smartphone, 20 dollars pour le site et sa tablette et 35 dollars pour tous les supports.

La version la plus chère (l’accès numérique complet Times Premier) vaut 45 dollars/mois.

  • La « deuxième phase » de la stratégie numérique-maison

Pour M. Benton, le New York Times cherche surtout à franchir une nouvelle étape, après avoir réussi à fidéliser une solide base d’abonnés aux offres standard : sur le numérique, avec presque 800 000 abonnés (en augmentation de près de 78 % en deux ans), les offres payantes génèrent des revenus supérieurs à ceux de la publicité en 2013.

Denise Warren, vice-présidente du pôle produits numériques et services du groupe, voit dans cette diversification la « deuxième phase » de la stratégie numérique du New York Times, trois ans et demi après avoir crée un « mur payant », depuis adopté par d’autres sites d’information (X articles par mois sont gratuits, puis il faut s’abonner). Après avoir « converti les lecteurs les plus fidèles à l’abonnement numérique, nous voulons désormais satisfaire une demande plus large et des lecteurs à la recherche d’un accès privilégié à des contenus précis », a indiqué au Monde Mme Warren.

  • Sur le Web, les abonnements rapportent plus que la publicité

Que pourraient rapporter ces nouveaux produits au titre ? Au New York Times, on refuse de communiquer des objectifs et les nombres d’abonnés de ces applications de niche. Ken Doctor prédit lui 200 000 abonnés à NYT Now d’ici à deux ans. « Si le New York Times peut générer 20 millions de dollars avec chacun de ces quatre produits, le titre doublerait les revenus issus de ses offres payantes sur le numérique », qui ont plafonné à 150 millions de dollars (110 millions d’euros) en 2013.

L’image d’un titre vieillissant, en crise et luttant pour s’adapter à la transition numérique décrite dans le documentaire A la une du New York Times (2011), semble donc avoir changé. M. Doctor estime à 500 le nombre de sites d’information américains qui ont repris le système de « mur payant » à la suite du New York Times avéré. Le site a aussi innové sur Internet avec des articles multimédias qui ont suscité de l’admiration dans la profession.

  • Rapport interne alarmiste

Pourtant, le titre ne montre pas que des signes d’optimisme. En mai 2014, quelques jours après la démission controversée de la directrice de la rédaction Jill Abramson, un rapport interne confidentiel dressait un tableau alarmiste du numérique au New York Times.

Si ces nouvelles applications sont des succès, d’autres pourraient suivre, ce que n’écarte pas Mme Warren dans une interview au site Capital New York : « Quand on pense à la profondeur et à la largeur du New York Times, on peut laisser aller notre imagination » pour créer d’autres applications. Ken Doctor voit dans les rubriques Voyages, Technologie ou Cinéma de potentielles applications à succès, imaginant surtout ce « mur payant 2.0 » comme un « futur modèle pour les sites d’information ».

Elian Peltier

Le Monde 06/06/2014

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Médias, rubrique Internet, rubrique Economie, rubrique Lecture,

Projets d’oléoducs : Trump repart en guerre contre les Sioux

C3GoIzQWIAAGBQBDonald Trump a signé le 24 janvier, quatre jours après son investiture, des décrets présidentiels visant à relancer deux projets d’oléoducs. Très controversés, les deux oléoducs Keystone XL et le Dakota Access ont fait l’objet d’une intense bataille politique entre les défenseurs du climat et les industriels des énergies fossiles. Tous deux avaient été suspendus par l’administration Obama.

C’est le 6 novembre 2015, après des mois d’actions non violentes et de batailles juridiques et administratives, que Barack Obama annonce l’abandon de la construction de l’oléoduc Keystone XL au nom, notamment, de la lutte contre les changements climatiques. « Transporter du pétrole brut plus sale jusque dans notre pays ne renforce pas la sécurité énergétique des États-Unis », fait alors valoir le président sortant. Porté par le consortium TransCanada, cet oléoduc doit transporter sur 1900 kilomètres le pétrole issu des champs de sables bitumineux de l’Alberta jusque dans le Golfe du Mexique.

« Nous allons renégocier certaines conditions et, s’ils les acceptent, nous verrons si nous pouvons le faire construire », a précisé Donald Trump à propos du projet Keystone XL. « Ce sont beaucoup d’emplois, 28 000 emplois, de super emplois dans la construction. » Ce décret « invite TransCanada à soumettre à nouveau sa proposition et ordonne aux agences [fédérales] de l’approuver sans délai ». L’objectif est « d’assurer une approbation rapide » du projet.

Une décision « irresponsable »

Le même processus est à l’œuvre dans le cadre du projet Dakota Access Pipeline. D’une longueur de 1800 kilomètres, ce pipeline, dont la construction est évaluée à 3,8 milliards de dollars abondés en partie par des banques françaises, menace des sites culturels ancestraux des Sioux et leurs sources d’eau. Depuis le 1er avril 2016, des tribus amérindiennes et des militants écologistes occupent un terrain privé, acheté 18 millions de dollars par la société exploitante. Au terme de neuf mois de résistance, ils ont obtenu le 4 décembre dernier le rejet du tracé initial, le gouvernement s’engageant à « entreprendre une étude d’impact environnementale complète » et à « étudier des tracés alternatifs » (voir ici). La construction du pipeline a donc été stoppée. Là encore, le décret signé par Donald Trump « ordonne aux agences d’accélérer leurs analyses et leur approbation de la portion restante de l’oléoduc, que la précédente administration a bloquée pour des raisons politiques ».

Le président de la communauté sioux de Standing Rock, Dave Archambault, avant son discours contre Dakota Access devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, en Suisse, en septembre 2016. Photo : Reuters/Denis Balibouse

Le président de la communauté sioux de Standing Rock, Dave Archambault, avant son discours contre Dakota Access devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, en Suisse, en septembre 2016. Photo : Reuters/Denis Balibouse

Les Sioux de Standing Rock ont immédiatement dénoncé les nouveaux décrets signés par le président Trump. Dans un communiqué, ils réitèrent que leurs sources d’eau potable risquent d’être contaminées par le projet. Leur avocat a également déploré une décision « irresponsable », prise avec « trop d’empressement ». « Nous ne sommes pas opposés à l’indépendance énergétique. Nous sommes opposés à des projets de développement imprudents et motivés par des raisons politiques, qui ignorent nos droits issus de traités et menacent notre eau. Créer un deuxième Flint ne rendra pas l’Amérique plus grande. » Une référence au slogan de campagne de Trump – Make America Great Again – et à Flint, une ville de l’État du Michigan de 100 000 habitants, où l’eau potable a été contaminée au plomb après des coupes budgétaires.

Mardi soir, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés en signe de protestation, à New York et devant les grilles de la Maison Blanche. « Donald Trump n’est en fonction que depuis quatre jours et il se révèle déjà être une dangereuse menace pour le climat, comme nous le redoutions », réagit le directeur exécutif de l’ONG Sierra Club. « C’est un jour sombre pour la raison mais nous allons continuer le combat », souligne 350.org, fer de lance du mouvement contre les énergies fossiles. L’American Civil Liberties Union (ACLU), la puissante association de défense des droits civils, estime que la décision concernant le pipeline Dakota Access s’apparente à une « gifle » donnée par le président. Les Sioux de Standing Rock annoncent d’ores et déjà qu’ils engageront une bataille juridique contre ces décrets.

Sophie Chapelle

Source Basta 26/01/2017 lire également : Aux États-Unis, les Républicains légifèrent déjà pour réprimer durement les manifestations pacifiques

Voir aussi : Actualité Internationale, rubrique EcologiePolitique, Politique économique, rubrique International, société civile, rubrique Amérique du Nord Etats-Unis, Bilan quotidien des premières décisions Trump, La réponse de San Francisco, Fucking Tuesday,

Pour éviter la « destruction de la famille », la Russie dépénalise les violences domestiques

 La députée Olga Batalina à la tribune de la Douma défend le projet de loi dépénalisant les violences intra-familiales, le 25 janvier. La députée Olga Batalina à la tribune de la Douma défend le projet de loi dépénalisant les violences intra-familiales, le 25 janvier. ALEXANDER ZEMLIANICHENKO / AP

La députée Olga Batalina à la tribune de la Douma défend le projet de loi dépénalisant les violences intra-familiales, le 25 janvier. ALEXANDER ZEMLIANICHENKO / AP

Sous la pression du pouvoir et de l’Eglise orthodoxe, les députés ont voté un projet de loi qui allège les peines en cas de violences dans le cercle familial.

A une écrasante majorité, les députés russes ont adopté, mercredi 25 janvier, un projet de loi controversé visant à dépénaliser les violences commises dans le cercle familial. Le texte, voté en deuxième lecture avec 385 voix et seulement 2 contre, prévoit de commuer en peine administrative des actes de violence n’entraînant pas d’hospitalisation, mais considérés jusqu’alors comme un délit pénal passible de deux ans d’emprisonnement. « C’est un vote historique car, dans certains pays, le rôle de l’Etat dans la vie familiale dépasse toutes les bornes », s’est réjoui, en séance, le député Andreï Issaïev.

« Le pouvoir veut faire trois pas en arrière en dépénalisant complètement la violence et en retirant aux victimes leur seul mécanisme de protection », s’insurge un collectif de femmes qui appelle à une manifestation, le 4 février, dans un quartier nord de Moscou. Leur précédente tentative de rassemblement, sur la place Bolotnaïa – lieu de rassemblement des grands défilés de protestation contre la réélection de Vladimir Poutine durant l’hiver 2011-2012 – s’est heurtée à un cynique refus des autorités : « Pas assez de place pour 1 000 personnes », a affirmé la mairie.

Pression de l’Eglise orthodoxe

Féministes et défenseurs des droits de l’homme ne désarment pas pour autant et font valoir qu’en Russie, plus de 10 000 femmes meurent chaque année sous les coups de leur conjoint. Selon Svetlana Aïvazova, membre du conseil des droits de l’homme au Kremlin, qui s’appuie sur les statistiques officielles, 40 % des crimes graves, dont sont victimes en priorité des femmes mais aussi des enfants, se produisent en milieu familial.

Sous la pression du pouvoir et de l’Eglise orthodoxe, les promoteurs du projet, qui devrait être adopté définitivement le 27 janvier – une simple formalité – avant d’être promulgué par Vladimir Poutine, ont remis en cause l’introduction, en juillet 2016, de la notion de « proches » dans l’article 116 du code pénal russe relatif aux violences physiques. Ils jugeaient « discriminatoire » le fait que ces proches puissent être poursuivis pénalement alors que les auteurs d’agressions bénignes qui ne font pas partie du cercle familial relèvent du droit civil.

L’entrée en vigueur de cette disposition aurait pu « aboutir à ce que les parents consciencieux soient menacés de poursuites pénales, jusqu’à deux ans de prison, pour n’importe quel recours, même modéré et judicieux, à la force physique dans l’éducation des enfants », avait aussitôt réagi la commission des affaires familiales du patriarcat sur son site Internet.

En décembre 2016, interrogé sur ce sujet lors de sa conférence de presse annuelle, Vladimir Poutine avait lui-même répondu : « Il existe d’autres moyens d’éducation que les fessées mais bien sûr, il faut aussi rester raisonnable. » Aller trop loin dans l’interdiction, « c’est mauvais à la fin, ça détruit la famille », avait-il ajouté.

On se charge un peu et on va aux putes ? Non moi après,  je rentre à la maison mais c'est pareil et gratos ...

On se charge un peu et on va aux putes ? Non moi après, je rentre à la maison. C’est pareil et en plus c’est gratos …

Société « traditionnelle »

Une première mouture du texte, présentée en juillet 2016 par la sénatrice Elena Mizoulina – connue pour être à l’origine d’une loi contre la « propagande homosexuelle », pour ses positions conservatrices sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ou sa proposition de taxer les divorces –, mettait en avant la « préservation des valeurs traditionnelles familiales », dans la droite ligne des discours appelant à s’écarter des « valeurs occidentales ».

Dans la version actuelle, défendue par la députée Olga Batalina, l’exposé des motifs a été expurgé de ces éléments, mais aucune modification sur le fond n’a été introduite. Et le débat public a éludé le sort des femmes battues pour se concentrer sur le droit des parents à punir leurs enfants. « Les traditions russes ne reposent pas sur l’éducation des femmes par le fouet comme certains essaient de nous en convaincre », a toutefois fustigé le député communiste Iouri Sineltchikov, l’une des rares voix discordantes de la Douma, la chambre basse du Parlement russe.

Mais peu de victimes de violences domestiques finissent par porter plainte, et seulement 3 % des enquêtes ouvertes franchissent le seuil d’un tribunal. Parfois, la police n’intervient même pas. Fin novembre 2016, le pays s’était ému du cas d’une jeune femme morte sous les coups de son compagnon à Orel, dans la région d’Orlov, 360 kilomètres au sud-ouest de Moscou. Peu avant le drame, la victime avait appelé les secours, en vain.

Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)

Source Le Monde 25/01/2017

Voir aussi : Actualité Internationale, rubrique Russie  rubrique Société, Citoyenneté, Droits des femmes, Religion, rubrique PolitiquePolitique Internationale, rubrique International, rubrique Amérique du Nord, Etats-Unis, Fucking Tuesday,