Théâtre Time’s Journey through a room de Toshiki Okada
Au CDN hTh la pièce scénarisée et mise en scène par Toshiki Okada s’insère dans la programmation entre le bruit et la fureur. Reconnu aujourd’hui comme une figure majeure des arts de la scène dans le monde, Toshiki Okada met en scène les complexités et les doutes d’un Japon hyper contemporain post-Fukushima.
C’est à la suite du séisme qui frappa la côte pacifique du Japon en 2011 que la vision théâtrale du dramaturge s’est orientée vers l’exploration de la validité de la fiction. Mettant à profit la capacité japonaise d’une interrogation profonde post traumatique à l’instar du Butô qui s’inscrivait en rupture avec les arts vivants traditionnels du nô et du kabuki, impuissants à exprimer des problématiques nouvelles. Né en réaction aux traumatismes laissés par la Seconde Guerre mondiale.
Un demi siècle plus tard, la catastrophe de Fukushima semble demander un nouveau dépassement. «?Les émotions qui ont surgi dans le coeur des Japonais durant les jours qui ont suivi la catastrophe n’étaient pas seulement limitées à la douleur et au mal-être?; il y avait également une lueur d’espoir, l’idée que les choses allaient s’améliorer par la suite. Aujourd’hui, alors qu’il n’est plus possible d’espérer ceux qui continuent de vivre sont tourmentés par les fantômes de ceux qui, avant de disparaître, croyaient en l’avenir.?»
Avec Time’s journey through a room Toshiki Okada construit un espace temps commun au passé et au présent qui semble imperméable à l’avenir. Dans cette forme d’expression post Fukushima, plus aucun appui n’est possible, les corps parlent en suspension, l’existence se cherche entre l’ombre et la lumière.
Le CETA est l’enjeu principal de la première visite officielle du premier ministre au Canada.
Ils semblent s’entendre comme deux larrons en foire, se donnent du Justin par ci, du Manuel par là, en pleine conférence de presse à Ottawa, dans le grand « foyer » de la Chambre des communes. Jeudi 13 octobre, pour le début de sa première visite officielle au Canada – avant de poursuivre jusqu’à vendredi à Montréal et Québec –, le ton est donné : pas de zone d’ombre entre la France et le Canada, non plus qu’entre le premier ministre français et son homologue Justin Trudeau, à la tête du gouvernement fédéral depuis tout juste un an. Entre les deux hommes, le courant passe très bien, apparemment. Ils se sourient, s’écoutent, se renvoient gentiment la balle mais surtout abondent dans le même sens sur des sujets comme le libre-échange, la lutte au terrorisme ou les questions climatiques.
Malgré leur bonne différence d’âge – l’un a 54 ans et l’autre dix ans de moins – et de taille, Manuel Valls et Justin Trudeau ont l’air de deux gamins efflanqués sortis d’une cour d’école. S’ils sont sérieux comme des papes à l’extérieur du Parlement pour les traditionnels honneurs militaires au petit matin, avec fanfare et coups de canon, la suite est plus joyeuse. Avec Justin Trudeau à ses côtés, Manuel Valls signe les livres d’or du Sénat et de la Chambre des communes, y inscrivant ces mots : « Merci de la chaleur de votre accueil et vive notre amitié » dans l’un, « Le Canada et la France, deux grandes démocraties qui partagent les mêmes valeurs », dans l’autre.
De l’entretien privé que M. Valls aura ensuite avec M. Trudeau, on apprendra qu’ils sont sur la même longueur d’ondes sur les sujets de l’heure. A un mois de l’anniversaire de la tragédie du Bataclan, le premier évoque le terrorisme qui a durement frappé la France, en soulignant que les deux pays sont « déterminés à renforcer la coopération antiterroriste et à réfléchir ensemble aux moyens de prévenir la radicalisation ».
« Esprit d’ouverture »
Le Canada ne peut que se réjouir aussi du formidable coup de pouce qu’a donné Manuel Valls à l’Accord économique et commercial global (CETA), conclu entre le Canada et l’Union européenne. Il doit être officiellement signé à Bruxelles le 27 octobre mais continue à susciter des réserves dans certains pays européens. Ottawa fait des pieds et des mains pour que cet accord de libre-échange soit enfin mis en œuvre en 2017. M. Valls l’appuie sans équivoque : « C’est un bon accord, exemplaire, qui n’a rien à voir avec celui dans lequel s’embourbe l’Union européenne avec les Etats-Unis et qu’il faut mettre en œuvre rapidement. » Et d’ajouter que « l’un est équilibré, gagnant-gagnant, mutuellement bénéfique aux deux parties » ; l’autre est « déséquilibré », autant dire voué selon lui à l’échec.
M. Valls en profite pour saluer « l’esprit d’ouverture » du Canada qui a fait beaucoup d’efforts par exemple pour ouvrir tous ses marchés publics à la concurrence européenne et accepter le principe d’une cour de justice publique qui préservera la souveraineté des Etats en cas de différends commerciaux. Il serait dommage, insiste-il, que cet accord qui offre un énorme potentiel d’accroissement des échanges canado-européens reste « pris dans le tourbillon de la contestation entourant le TAFTA ».
Un baume que ces paroles pour le premier ministre canadien qui rappelle pour sa part que le CETA est « un accord ambitieux avec un pays progressiste », qui jette les bases d’une nouvelle approche de libre-échange et dont la mise en œuvre, ou l’échec éventuel, aura valeur de test sur la capacité d’ouverture de l’Europe, voire sur son « utilité ». La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a aussi offert l’occasion à M. Valls de dire à M. Trudeau que « la France veut désormais être le partenaire européen de référence pour le Canada ».
Dans ce jeu de ping-pong amical, M. Trudeau a encore salué le « leadership exemplaire » dont la France a fait preuve en matière de lutte aux changements climatiques, tandis que M. Valls applaudissait la signature de l’Accord de Paris par Ottawa et la récente annonce de M. Trudeau d’introduire une taxe carbone nationale en 2018.
Sur la scène internationale, « le Canada est de retour », est l’une des phrases préférées de Justin Trudeau que Manuel Valls aime à répéter. « Nous avons besoin de vous au Moyen-Orient, en Afrique, aux Nations Unies », a-t-il dit à son vis-à-vis, tout en appelant à un renforcement de la coopération franco-canadienne à l’échelle de la planète, notamment dans les pays francophones du Sahel et la lutte contre Boko Haram.
Défilé à Bruxelles contre le traité commercial avec le Canada. | AFP
Le gouvernement de la région belge a maintenu son opposition au projet d’accord de libre-échange, et bloque ainsi la ratification.
Pour l’Union européenne (UE), la négociation sur le traité de libre-échange avec le Canada (CETA) s’apparente décidément à un long chemin de croix, à l’issue toujours incertaine. Jeudi soir 20 octobre, la Wallonie, hostile au texte en son état actuel, a rejeté une nouvelle proposition de la Commission de Bruxelles, suscitant visiblement le désarroi de celle-ci, qui espérait pouvoir confirmer la signature du traité le 27 octobre.
« Il y a des progrès, mais ils ne sont pas suffisants », a expliqué Paul Magnette, ministre-président socialiste de la région, qui a indiqué qu’il rencontrerait, vendredi, la ministre canadienne du commerce international et son négociateur.
« Le Canada considère qu’il reste des marges pour une négociation ; je suis au regret de constater qu’il est plus ouvert que l’UE », a poursuivi M. Magnette. Ce dernier devait, ensuite, informer son Parlement, ainsi que le Conseil européen et la Commission « pour explorer s’il reste encore une chance de trouver un accord ».
Le dossier du CETA a, du coup, focalisé toute l’attention du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, qui s’ouvrait à Bruxelles jeudi après-midi. A l’ouverture, le président du Conseil, le Polonais Donald Tusk, avait accentué la pression sur la Wallonie, estimant qu’un échec pourrait signifier la fin des accords de libre-échange négociés par l’UE. « J’espère que la Belgique prouvera une fois encore qu’elle est une vraie championne en matière de compromis », ajoutait le président.
Avancées insuffisantes
Le premier ministre fédéral belge, Charles Michel, favorable à l’accord mais contraint de décrocher l’approbation de tous les Parlements de son royaume pour l’entériner, disait, lui, regretter que la Wallonie soit « le dernier endroit en Europe où l’on s’oppose à ce qui est sur la table ».
Le dernier ? Pas tout à fait. Car la Roumanie et la Bulgarie, dissimulées derrière le refus des Wallons, continuaient, elles, d’exiger du Canada qu’il exempte ses citoyens de visas. Une requête totalement opportuniste : l’accord commercial sur la table n’aborde pas ces sujets. Une réunion extraordinaire des ambassadeurs a, en tout cas, été convoquée dans la soirée pour tenter de dégager des solutions.
Campant sur son refus, le ministre-président wallon juge que des progrès ont été accomplis au cours des derniers jours. Dans un entretien avec Le Monde, jeudi après-midi, il évoquait des « avancées » sur divers points (clauses sociales et environnementales, principe de précaution, droits de l’homme) mais les jugeait insuffisantes dans le domaine agricole, les services publics, ou les mécanismes d’arbitrage en cas de conflit entre les Etats et des multinationales.
« Cheval de Troie »
M. Magnette exige, par ailleurs, que la « déclaration interprétative » du texte initial soit « incluse dans le traité et possède une valeur juridique pleine et entière ». Il détaille un autre point très sensible à ses yeux : « Comment s’assurer que le CETA ne sera pas le cheval de Troie du TTIP [ou Tafta], l’éventuel traité de libre-échange avec les Etats-Unis ? Comment faire en sorte que des multinationales ayant un siège au Canada n’utilisent pas le CETA pour bénéficier de tous les avantages qu’offrirait celui-ci et anticiper le TTIP ? »
« Il n’y a pas de calendrier formel, les échéances ne sont que politiques et la question est de savoir si l’on veut prendre, ou non, le temps de discuter avec nous. Or, on ne peut qu’avoir l’impression que l’on a tenté de nous forcer la main », poursuit le ministre-président.
« La particularité wallonne, c’est que notre Parlement a voulu utiliser ses prérogatives. Et que cela plaise ou non, cette assemblée a le même pouvoir constitutionnel qu’un Etat membre », poursuit le ministre-président, soulignant que « ce qui alimente aujourd’hui la crise de l’Europe, c’est la manière de négocier des textes d’une telle importance ».
Les francophones belges n’ont-ils pas trop tardé à exprimer leurs griefs ? « Non, affirme l’intéressé. Nous avons reçu la version définitive il y a moins d’un an et j’ai alerté la commissaire sur tous les problèmes qu’il nous posait dès le 2 octobre 2015. La première réaction m’est parvenue le 4 octobre… 2016, à vingt-trois jours du sommet avec le Canada. »
« Nous ne sommes pas contre le libre-échange ou les traités commerciaux, insiste M. Magnette. Mais notre niveau d’exigence est élevé. S’il est illégitime, il ne fallait pas nous donner un pouvoir de ratification nationale. On ne peut pas nous dire : “Ce traité est parfait, vous ne comprenez rien, vous avez le choix entre oui et oui”. »
Incompréhension
« Jusqu’où va aller M. Magnette ? Il a obtenu à peu près tout ce qu’il demandait dans la note interprétative », se demandaient des diplomates, jeudi, surpris par la « résistance » du patron de l’exécutif wallon. Et d’espérer qu’il « cède » durant le week-end. Le premier ministre canadien, Justin Trudeau – très favorable au CETA –, a indiqué, selon plusieurs sources, qu’il pourrait attendre jusqu’au lundi 24 octobre avant de prendre la décision de venir (ou pas) pour signer l’accord à Bruxelles, comme prévu de longue date.
La résistance wallonne, si elle cristallise une partie de la société civile, notamment en France, en Espagne et en Belgique, suscite largement l’incompréhension des membres « libre-échangistes » de l’UE : Suède, Finlande, Danemark, etc. « Chez nous, tout le monde est pour le CETA, et même pour le TTIP [l’accord, plus controversé, avec les Etats-Unis], même les syndicats », assurait le diplomate d’un de ces pays, jeudi.
Le 17 octobre, une plateforme initiée par Eurocadres (le conseil des cadres européens) appelant l’Union Européenne à protéger les lanceurs d’alerte a été lancée par les 48 premiers signataires, dont la Fédération européenne des journalistes (FEJ), lors d’une conférence de presse. La FEJ encourage ses partenaires, ses membres ainsi que tout citoyen ou organisation à signer la pétition. Des représentants d’Eurocadres, de la Confédération européenne des syndicats (CES), de la Fédération syndicale européenne des services publics (EPSU), de Transparency International et de la FEJ ont rappelé l’importance de s’unir sur ce sujet.
A la suite du débat sur la directive sur le secret des affaires et du procès LuxLeaks, le manque de protection des lanceurs d’alerte au niveau européen a été dénoncé à plusieurs reprises. Ils risquent souvent de payer le plus haut prix pour révéler des informations d’intérêt public – par exemple des activités illégales, qui menacent la santé, la sécurité publiques ou des faits de corruption.
Le Parlement européen est majoritairement favorable à la mise en place d’une législation européenne sur les lanceurs d’alerte. Le député européen (Verts) Benedek Javor soutient cette action : “Ce n’est pas une campagne pour les lanceurs d’alerte, mais une campagne pour nous, pour le public » a-t-il affirmé lors de la conférence de presse. Le groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) organise par ailleurs une conférence ce jeudi 20 octobre. Mais la Commission européenne est toujours en train d’étudier la base légale la plus appropriée pour légiférer.
Renate Schroeder, directrice de la FEJ, a fait le lien entre protection des lanceurs d’alerte et liberté de la presse, et a réaffirmé que cette question va de pair avec la protection des sources journalistiques. “Nous sommes fiers des récents scandales, LuxLeaks et les Panama Papers, car ils ont montré l’importance du journalisme d’investigation et de la coopération transfrontalière. Cela n’aurait pas été possible sans lanceurs d’alerte.” Renate Schroeder a également mentionné l’étude du Centre pour le pluralisme et la liberté des médias (CMPF) sur les lois protégeant les lanceurs d’alerte dans les différents pays européens. Elle montre que seuls quelques pays ont mis en place une législation spécifique.
Antoine Deltour, le lanceur d’alerte condamné dans l’affaire LuxLeaks a également rappelé dans un message vidéo pourquoi il est important que cette protection soit européenne. Pour voir ou revoir la vidéo, cliquez ci-dessous.
Françoise Sagan, célèbre à 18 ans à peine pour Bonjour tristesse, surnommée « le charmant petit monstre », et dépeignant la jeunesse bourgeoise et désabusée, était aussi désillusionnée que son œuvre. Ce ton unique, qui fit sa célébrité dans le monde entier, innerve cette lettre d’adieu à un amant inconnu, où elle évoque leur passé, et le vain héritage qu’elle lui laissera.
Puisque nous ne nous aimons plus, puisque tu ne m’aimes plus en tout cas, je dois prendre des dispositions pour les funérailles de notre amour. Après cette longue nuit, chuchotante, et étincelante, et sombre que fut notre amour, arrive enfin le jour de ta liberté.
C’est alors que moi, restant seule propriétaire de cet amour sans raison, sans but et sans conséquence, comme tout amour digne de ce nom, moi propriétaire cupide, hélas, qui avais placé cet amour en viager – le croyant éternel puisque te croyant amoureux -, c’est alors que je décide, n’étant saine ni de corps ni d’esprit, et fière de ne pas l’être, je te lègue :
Le café où nous nous sommes rencontrés. Il y avait Richard avec moi et Jean avec toi, ou le contraire. Au coin de la rue d’Assas et de la rue de Seine, nous nous sommes vus, évalués et plu. Tu m’as dit : « Je vous connais sans vous connaître. Pourquoi riez-vous ? » Et je te répondis que je riais de cette phrase idiote. Après, tu me regardais, l’air penché ; et mystérieux, croyais-tu. Que vous êtes bêtes, vous, les hommes, et attendrissants à force ! […]
Ils partirent, Richard et Jean, nous laissant là. Tu pris ma main ou je pris la tienne. Je ne sais pas la suite. L’amour, c’est tellement ordinaire. Je passe sur la nuit.
Beau, tu étais beau,
Derrière toi bougeait le rideau
Fleuri de la maison de passe
Tu me disais « Pourquoi pas avant ? Pourquoi jusque-là ? Pourquoi ce vent ? »
Passons. Il faut passer ; j’ai tant de choses à te léguer. La première maison, ce n’était rien. Nous n’habitions nulle part, nous habitions la nuit. A force d’amour, de cris et d’insomnies, nous devenions phosphorescents de corps, exsangues. Je devenais femme vestale. Des cigarettes abandonnées brûlaient doucement, comme moi, dans la nuit, sans s’éteindre. Tiens, je te lègue ça : un de ces mégots si longs, si écrasés, si significatifs. Te voilà bien loti : un café triste et un mégot. Je cherche des traces et je trouve des symboles. Je te hais. Comme toi, à l’époque, par moments, tu me haïssais. […]
Jaloux, oui, tu l’étais. Je te donne les lettres que tu as lues en douce, que tu n’as pas voulu détruire, par orgueil, par virilité, par bêtise, et que tu savais être là. Et moi, qui savais que tu savais, je n’osais plus, non plus, les jeter. Il y a un instant de l’amour, inévitable, où le pur instinct le plus pur devient mélodramatique ; et nous étions si convenables… Convenables, quel blasphème ! Convenables, que dis-je. Je n’en peux plus de tous tes airs d’homme. J’aimais l’enfant en toi, et le mâle et le vieillard possible. Pas cette figurine. […]
Et puis l’imaginaire. Tu te rappelles ce dessin que nous avions tracé ensemble, un soir triste, sur un double papier et sans nous consulter ? C’était le même. Oh oui, je te le jure, nous nous sommes aimés. Deux lits de fer sur une plage. Deux têtes, l’une couleur de paille, l’autre, de fer. Deux corps au-dessus de la mer interdite léchant les pieds du lit. Tu avais acheté un pick-up. J’ignore quel disque tu y mettais. Moi, mon seul air, mon grand air, c’était ta voix, ta voix disant, « je t’aime ». Toi, tu avais dû prévoir du Mozart. Les hommes stylisent volontiers tandis que leurs femmes hurlent silencieusement à la lune. A ce sujet, tu avais oublié le soleil sur ton dessin ; jaune poussif, jaune poussin, jaune possédé, il éclairait le mien de ses rayons trop crus.
Tant que j’y suis, je te lègue ces mots embrouillés, confus, mortels, grâce auxquels tu m’expliquais tes absences. Je te lègue les « Rendez-vous d’affaires, démarches indispensables, contretemps fâcheux ». Ah, si tu savais, si tu avais su à quel point ces contre-temps s’appelaient « contre-amour », et ces démarches « férocités ». Je te lègue aussi les « Tu ne t’es pas ennuyée ? », les « Je suis désolé » qui suivaient ces contretemps. Oui, je m’étais ennuyée, non, j’étais plus que désolée. Je feignais de dormir. Je te lègue les draps où tu te réfugiais si soucieux, toi si bohème, de ne pas les secouer. Tu dormais. J’attendais que tu dormes pour ouvrir mes paupières. Le jour cru de mon amour m’obligeait à de silencieux incendies, des plaies, des escarres d’insomnie. Non, je ne te lègue pas ces aubes maladroites, rythmées par des cils clos du même effroi. Je te lègue, puisque tu es un homme, les honteux bandages dont tu entouras mes poignets, le soir où je jouai à mourir. Tu penchais la tête, tu tremblais, tu disais « Le sang est rouge à tes poignets, et tes bras sont raides. Il faudrait te reposer, et puis que l’on s’aide. » C’était un cri sincère ou pas, mais un cri ne veut rien dire de plus qu’un sourire. Il y a des sourires si las qu’ils vous feraient gémir et des cris comme des coups.
Et puis, mon amour, je crois qu’il me reste à te léguer ces mots si lourds d’électricité. Tu me disais « Tu ne dors pas, tu veilles, tu ne peux pas rêver. Le sommeil est un miel qu’on ne peut refuser. Tout cela n’est qu’un rôle. Je veux te voir dormir. » Tu avais raison, tu étais raisonnable, moi pas. Mais qui a raison, là, dans ce domaine ? Je te laisse la raison, la justification, la morale, la fin de notre histoire, son explication. Pour moi, il n’y en a pas, il n’y a jamais eu d’explication au fait terrifiant que je t’aime. Ni, non plus, pas du tout, mais pas du tout à ce que cela prenne fin. Et nous y sommes…
Ah, j’oubliais les coquillages. Tu te souviens de ces coquillages ? Parce que tu m’en voulais ; de quoi ? De cette plaie ouverte qui était notre passion, comme je t’en voulais moi-même. Nous nous étions jetés alors sur ces coquillages lugubres dont nous avions couvert nos oreilles pour ne plus nous entendre, pour ne plus entendre, en fait, le ressac de la mer, le ressac de l’amour et nos voix trop haut perchées tentant de surmonter le vent. Ces coquillages, donc, sont restés là, sur place, ou rejetés par nos mains puissantes et périssables lorsque nous avons admis ensemble, à force de nous voir devenus aveugles, sourds-muets et tristes, qu’ils étaient ridicules. Je te lègue ces coquillages. Ils sont sur la plage, ils t’attendent. C’est un beau cadeau que je te fais là. J’irai bien moi-même sur cette plage où il plut tant, où nous nous plûmes si peu, où rien n’allait plus.
Je ne te lègue plus rien. Tu le sais, il n’y a rien d’autre à léguer, rien de compréhensible, rien d’humain ; surtout rien d’humain, parce que moi, je t’aime encore, mais cela, je ne te le lègue pas. Je te le promets : je ne veux pas te revoir.